Back from the Silicon Valley 1

Publié le 3 décembre 2007 et mis à jour le 8 novembre 2008 - 16 commentaires -
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Je suis de retour de cet extra­or­di­naire voyage d’étude orga­nisé par Jérémy Fain. Il avait pour objec­tif de com­prendre le fonc­tion­ne­ment de l’innovation dans la Sili­con Val­ley et de nouer des ren­contres. Pour les entre­pre­neurs du voyage, c’était aussi l’occasion de com­prendre com­ment on s’implante aux USA. Nous étions une grosse ving­taine (la liste est ici) avec un mélange de jeunes entre­pre­neurs, des consul­tants IT, un inves­tis­seur (Said Sebti de Ven­tech), un jour­na­liste (Guy Her­vier de ITR Mana­ger, qui publie un compte rendu détaillé de plu­sieurs de nos mee­tings, com­plé­tés par une semaine sup­plé­men­taire dans la Sili­con Val­ley) et un jeune retraité bien dyna­mique (Alain Le Cor­vec, ancien PDG de Phi­lips France).

Les ren­contres

Nous avons eu droit à 31 rendez-vous pen­dant cette semaine! Un record, très speed, pas de temps morts! Avec un pana­chage com­plet ras­sem­blant star­tups, grandes entre­prises high-tech, inves­tis­seurs et socié­tés de ser­vices aux star­tups et le plus grand blog­geur au monde, Robert Scobble. Le tout com­plété avec la DSI de la ville de San Fran­cisco, l’université de Stan­ford et le SRI, un labo­ra­toire de recherche appli­quée privé et sans but lucra­tif, l’Atelier US, la Mis­sion Eco­no­mique fran­çaise à San Fran­cisco qui a bien aidé à la pré­pa­ra­tion du séjour et pour finir, la chambre de com­merce franco-américaine. L’ensemble des per­sonnes ren­con­trées com­pre­nait un mix de fran­çais qui sont très nom­breux dans la Sili­con Val­ley (envi­ron 35000), d’américains et d’étrangers tra­vaillant dans les dif­fé­rentes struc­tures visitées.

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(schéma télé­char­geable en PDF)

Nos ren­contres eurent lieu dans les quatre coins de la Sili­con Val­ley: du nord à San Fran­cisco, au sud-est, à San José. En pas­sant par San Mateo, Palo Alto, Moun­tain View et San Jose. Pour aller d’un bout à l’autre de la Sili­con Val­ley, il faut comp­ter entre une heure et demi et plus de deux heures de voi­ture selon le moment de la jour­née. La 101 qui irrigue en 4x4 la Sili­con Val­ley est l’équivalent de notre natio­nale 118…

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Inno­va­tions du voyage

Le voyage lui-même était une inno­va­tion! Il était pré­paré par un jeune de 24 ans (Jérémy vient de finir un stage chez Micro­soft France après des études à HEC et Cen­trale). C’était l’un de mes élèves à Cen­trale Paris l’année der­nière. Jérémy a fait appel à son réseau per­son­nel, déjà bien dense, et aux réseaux sociaux. Lin­ke­dIn, Face­book et Twit­ter (pour le rendez-vous avec Robert Scobble) ont tous été mis à contri­bu­tion pour sol­li­ci­ter les entre­prises visi­tées: le CEO de Twit­ter, le VP Research de SAP, le CIO de la ville de San Francisco.DSCF0545

Autre inno­va­tion, le côté très infor­mel de la plu­part des rendez-vous. Avec un dia­logue très libre. Nous avons pu véri­ta­ble­ment res­pi­rer l’air des star­tups comme des grands groupes.

Enfin, pen­dant les tra­jets de bus entre les rendez-vous, Jérémy jouait le rôle de jour­na­liste en posant ques­tions après ques­tions à tous les par­ti­ci­pants du voyage (à droite, Oli­vier Marx inter­rogé par Jérémy). Une excel­lente for­mule per­met­tant d’animer tous les temps morts et de créer un véri­table esprit d’équipe.

Vous allez dire: je veux la même chose, tout de suite. Too bad, Jérémy n’a pas prévu de deve­nir orga­ni­sa­teur de voyages. Mais vous pou­vez contac­ter la Mis­sion Eco­no­mique à San Fran­cisco (aymeril.hoang (at) missioneco.org) qui saura vous orienter.

Fac­teurs de suc­cès de la Sili­con Valley

On est évidem­ment impres­sionné par le dyna­misme de la Sili­con Val­ley. Elle est entiè­re­ment tour­née vers l’innovation, ce moteur incon­tour­nable de la crois­sance. Et la région ne vit qua­si­ment que de cela. Avec trois sec­teurs d’activités: la high-tech, les bio-techs, et le nou­vel eldo­rado des clean-techs. L’environnement est à la fois concen­tré (tout au même endroit) et très dense (masse cri­tique qui faci­lite les ren­contres et le busi­ness). C’est en gros un pôle de com­pé­ti­ti­vité, un vrai, et à l’échelle d’un dépar­te­ment: la Sili­con Val­ley fait 100 km de long sur 10 de large. Le tout dans un état dont le PNB est à peu près celui de la France.

Mais il ne s’agit pas de res­ter béat. Il faut com­prendre le sys­tème. La concur­rence mon­diale est rude. Tous les pays visitent et observent la Sili­con Val­ley. De nom­breux pays comme Israël, Sin­ga­pour et plus récem­ment les pays Baltes en ont imité les prin­ci­paux fac­teurs de suc­cès. Sans comp­ter l’Inde et la Chine qui avancent à grand pas. La France a fort a faire pour enclen­cher la même démarche, on le verra plus loin. Mais il faut pour­suivre cet effort.

Vue de haut, la Sili­con Val­ley est construite sur une culture tour­née vers l’innovation et sur deux cercles ver­tueux clés, l’un sur la cir­cu­la­tion des talents et l’autre sur celle de l’argent:

  • Une culture et un envi­ron­ne­ment favo­rables à l’innovation

Beau­coup de fac­teurs de suc­cès de la Sili­con Val­ley sont liés à la culture amé­ri­caine, et plus par­ti­cu­lier à celle de l’ouest.

Une culture pour qui l’argent n’est pas tabou, mais une com­mo­dité. Tout s’achète et se vend. Tout se sous-traite ou s’externalise pour per­mettre à l’entrepreneur de se concen­trer sur son busi­ness. Et il n’y a pas d’émotionnel dans les affaires. Un prix est un prix, on ne négo­cie pas comme dans les pays du sud, France com­prise! (Freddy Mini, Net­Vibes).

C’est aussi une culture qui valo­rise le risque et même l’échec. C’est le culte du verre à moi­tié plein: l’échec per­met d’apprendre et de mieux faire. On est dans un envi­ron­ne­ment où l’on peut se refaire faci­le­ment. L’enseignement supé­rieur pousse les étudiants à plus de mul­ti­dis­ci­pli­na­rité. A côté d’un domaine clé, ils devront étudier un ou deux champs com­plé­men­taires dans les sciences humaines, le droit ou les langues. A Stan­ford, ils doivent mener des pro­jets avec des élèves aux par­cours dif­fé­rents. Cela favo­rise les ren­contres et le lan­ce­ment de pro­jets. Le rêve des étudiants est de mon­ter une star­tup, pas d’aller dans les grands groupes. Même si une majo­rité s’y retrouve tout de même. Un créa­teur de star­tup peut se relan­cer s’il échoue car il pourra valo­ri­ser ses leçons. Mais il faut assu­mer les échecs, pas les repor­ter sur d’autres ou les cir­cons­tances. “You are not in the excuse busi­ness” comme me disait Eric Tran-Le, mon pre­mier mana­ger chez Micro­soft, qui venait de chez HP. Exemples: les créa­teurs de Box.net ou de Twit­ter avaient échoué dans leur pré­cé­dent pro­jet. Aussi curieux que cela puisse paraître, la culture locale est emprunte d’une grande hon­nê­teté dans la conduite des affaires, même si elle est mati­née de méthode coué et de faux sem­blants (assi­mi­lable à du “bull­shit”, tels ces VCs qui disent “c’est inté­res­sant” après avoir entendu votre pré­sen­ta­tion de pro­jet, pour signi­fier… que ce n’est pas inté­res­sant pour eux, ou le bull­shit que l’on entend plus sou­vent dans les grandes entre­prises visi­tées). La loi en géné­ral et la loi des affaires en par­ti­cu­lier sont faites pour être obser­vées et pas pour être contour­nées comme en France (où le mau­vais exemple venait même de très haut…). Le res­pect, ce sont aussi des condi­tions de paie­ment favo­rables aux PME: deux semaines maxi­mum. Pra­tique pour ne pas avoir de pro­blèmes de cash-flow! Et on ne tran­sige pas là-dessus. On n’a pas besoin de tri­cher pour avan­cer. Le tri­cheur est vite repéré et sa répu­ta­tion détruite (selon Jean-Louis Gas­sée).

La culture amé­ri­caine génère une confiance en soi dès le plus jeune âge, qui fait que les amé­ri­cains ont un talent appa­rem­ment inné pour com­mu­ni­quer, pré­sen­ter et se valo­ri­ser. Cette culture est aussi emprunte de prag­ma­tisme. On le retrouve dans la capa­cité à faire du mar­ke­ting et à com­prendre les besoins des clients. En France, on com­mence son his­toire avec une abs­trac­tion et puis on donne des exemples. Aux USA, c’est le contraire: on donne un exemple concret et puis on géné­ra­lise. Cette forme de dis­cours est plus effi­cace pour vendre (selon Mary­lène Delbourg-Delphis). Curieu­se­ment, on nous a dit qu’il fal­lait être à la fois une forte tête, mais savoir res­ter humble et mettre son égo au pla­card (sur­tout pour les fran­çais qui ont ten­dance à la rame­ner). Chez cer­tains, cela peut deve­nir un équi­libre délicat.

Un autre aspect cultu­rel inté­res­sant est la rela­tion au temps. Là-bas, tout va très vite. On doit apprendre à pré­sen­ter rapi­de­ment son pro­jet: trois slides maxi­mum pour Jean-Louis Gas­sée. Après on dis­cute si le pro­jet inté­resse son inter­lo­cu­teur. Et on ne perd pas du temps à négo­cier tant avec ses finan­ciers qu’avec ses clients ou four­nis­seurs, les cycles de vente sont plus rapides. Et on pri­vi­lé­gie simul­ta­né­ment la vitesse et la qua­lité d’exécution. En un mot, l’efficacité. Les jour­nées dans la Sili­con Val­ley peuvent ainsi être deux fois plus effi­caces qu’à Paris (pour Jérôme Lecat de Bizanga).

Un der­nier élément à signa­ler où la Sili­con Val­ley ne se dis­tingue cette fois-ci pas de la France : le monde des star­tups est très mas­cu­lin. Il faut aller cher­cher du côté des agences de com­mu­ni­ca­tion et de rela­tions presse pour croi­ser la gente fémi­nine. Cer­tains ont un truc pour orga­ni­ser des soi­rées: faire appel à ces agences! Mais ce n’est pas en prio­rité pour recru­ter des déve­lop­peurs… :( .

Enfin, il ne faut pas confondre la Sili­con Val­ley avec le reste des USA. La concen­tra­tion de richesse, d’investissements, de talents et d’innovations n’a pas d’équivalent aux USA, même dans la région de Bos­ton. Au point qu’il existe une forte migra­tion inté­rieure aux USA vers la Sili­con Val­ley. MyS­pace a migré de Los Angeles dans la Val­lée. Idem pour Feed­Bur­ner en pro­ve­nance de Chi­cago. Cela concerne même les sans logis, très nom­breux dans les rues de San Fran­cisco, atti­rés il y a quelques années par la meilleure pro­tec­tion sociale déci­dée par le pré­dé­ces­seur démo­crate d’Arnold Schwarzeneger(et sup­pri­mée depuis). Les gens de l’Est des USA sont (tout du moins… seraient) moins ouverts, moins aptes à prendre des risques, et plus rigides sur l’origine (for­ma­tion, etc). Mais ils pipo­te­raint moins. En un mot, ils sont plus européens.

  • La cir­cu­la­tion des talents et des idées

Celle-ci est opti­mi­sée de l’université aux star­tups et aux grands groupes. Elle com­mence par un recru­te­ment élitiste mais plus égali­taire qu’il n’y parait. Stan­ford a près de la moi­tié d’étudiants étran­gers, les meilleurs du monde. Les étudiants amé­ri­cains peuvent accé­der aux études qui sont très chères. En effet, les frais de sco­la­rité de $38K mini­mum à Stan­ford sont tout ou par­tie cou­verts par des bourses et réduc­tions en fonc­tion du revenu des parents. Gra­tuits pour les familles qui gagnent moins de $35K par an, et en aug­men­ta­tion pro­gres­sive ensuite. Les étudiants tra­vaillent éven­tuel­le­ment et com­plètent leur finan­ce­ment par des prêts. En France, on par­le­rait de risque. Ici, on parle d’investissement pour le futur.

Les talents cir­culent faci­le­ment ensuite dans les entre­prises. Tout d’abord, parce que le mar­ché du tra­vail est extrè­me­ment flexible. Pas ou peu de contrat de tra­vail. Un don­nant don­nant béné­fique pour tous, et pas seule­ment pour les employeurs. La pro­tec­tion sociale est meilleure dans les grands groupes que dans les star­tups. Il s’est déve­loppé une grande écono­mie de ser­vices divers et d’intérim autour de la Sili­con Val­ley. Avec un taux de chô­mage très bas, sauf en période très dif­fi­cile comme après l’éclatement de la bulle high-tech en 2000. Comme le risque est accepté, cela ne pose pas de pro­blèmes. En fait, le pro­blème dans la Sili­con Val­ley est inverse: la dif­fi­culté à trou­ver des talents. Les entre­prises se les arrachent et il est très dur de recru­ter. Même des étran­gers car les visas et cartes de séjour sont très limi­tés, mal­gré le lob­bying à Washing­ton des Gates, Elli­son et autres McNeally. Résul­tat, les entre­prises out­sourcent beau­coup à l’étranger. Il ne s’agit pas de délo­ca­li­sa­tions car ils ne trans­fèrent pas à l’étranger des acti­vi­tés réa­li­sées loca­le­ment. S’ils pou­vaient déve­lop­per avec des res­sources locales, ils le feraient car c’est plus pra­tique et effi­cace. Le ver­sant du décor est que les entre­prises éliminent rapi­de­ment leurs éléments les moins bons. Où vont-ils donc? Mys­tère. En fait, plu­tôt dans les grandes entre­prises ou dans des indus­tries moins exi­geantes que la high-tech.

Les talents savent aussi s’adapter. Petite anec­dote qui date d’octobre 2003. Je pars de San Fran­cisco pour Seat­tle. A l’aéroport, je passe le contrôle de sécu­rité et l’agent iden­ti­fie la petite étiquette de Micro­soft der­rière mon lap­top qui vient de pas­ser aux rayons (j’étais à l’époque Direc­teur de la Divi­sion en charge des rela­tions déve­lop­peurs chez Micro­soft France, que j’ai quitté en 2005). Il me demande d’emblée: “Faut-il choi­sir .NET ou Java? Que pensez-vous de Visual Stu­dio?”. J’en suis bouche bée. S’en suit une petite dis­cus­sion inté­res­sante et lui demande d’où il vient. C’était un déve­lop­peur qui avait perdu son emploi dans une SSII locale après l’explosion de la bulle. Il vou­lait se for­mer aux nou­velles tech­no­lo­gies pour se pré­pa­rer à reprendre du ser­vice dans la high­tech une fois la bulle pas­sée. Un bel exemple d’adaptation! Même si on tombe, on sait que l’on peut rebondir.

La flexi­bi­lité au tra­vail se retrouve même dans les tables des bureaux et des salles de réunion! Elles sont presque par­tout à rou­lettes (ci-dessous au SRI, à Stan­ford, chez OQO et Net­Vibes), his­toire de favo­ri­ser l’adaptation des locaux aux embauches, à la crois­sance et aux réorganisations:

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Les idées cir­culent égale­ment très bien. La recherche fon­da­men­tale des uni­ver­si­tés est reliée aux entre­prises par de la recherche appli­quée, comme ce qui se fait dans le SRI, un éton­nant réser­voir de cher­cheurs payés qui récu­pèrent 25% des royal­ties de la pro­priété intel­lec­tuelle géné­rée, tout comme dans de nom­breux labo­ra­toires finan­cés par le gou­ver­ne­ment fédé­ral (Law­rence Liver­more, Ames de la NASA à Moun­tain View, le LBNL de Ber­ke­ley). La concen­tra­tion des talents fait que dans n’importe quel café ou res­tau­rant on peut faire des ren­contres utiles, échan­ger des idées. La culture locale est très trans­pa­rente de ce point de vue là, même si les uns et les autres prennent des pré­cau­tions d’usage pour pro­té­ger leurs éven­tuels secrets industriels.

  • La cir­cu­la­tion de l’argent et son recy­clage qui va tou­jours dans le sens de l’investissement autour de l’innovation.

L’argent est une com­mo­dité qui cir­cule bien et sur­tout qui se recycle d’une excel­lente manière dans la Sili­con Val­ley. Cela ne veut pas dire qu’il suf­fit de se bais­ser pour ramas­ser de l’argent pour créer sa star­tup. Mais c’est plus facile qu’en France.

Le cercle ver­tueux y est incroya­ble­ment effi­cace et a démarré il y a plus d’un siècle: c’est d’abord l’université de Stan­ford qui a été fon­dée et finan­cée par Leland Stan­ford, un magnat des trans­ports devenu gou­ver­neur de Cali­for­nie au 19eme siècle. On passe quelques décen­nies et les star­tups qui sont deve­nues grandes ont généré leur lot d’entrepreneurs et cadres supé­rieurs riches qui sont deve­nus à leur tour inves­tis­seurs, sou­vent busi­ness angels. Leur connais­sance des cir­cuits de l’innovation les fait appré­cier ces inves­tis­se­ments, certes ris­qués, mais à fort retour. Les plus riches d’entre eux financent l’enseignement supé­rieur et la recherche de dif­fé­rentes manières: créa­tion d’un labo­ra­toire (pour Bill Gates et quelques autres), dons aux fonds d’investissement des grandes uni­ver­si­tés (les endow­ments) qui servent à finan­cer le fonc­tion­ne­ment des uni­ver­si­tés et à l’attribution de bourses. Cet esprit com­mu­nau­taire très amé­ri­cain entraine les plus riches à recy­cler leur argent dans l’économie et pour le bien public. Chose qui est sommes toutes assez rare en France. Com­bien de mil­liar­daires y ont inves­tit dans les uni­ver­si­tés, les grandes écoles ou les labo­ra­toires de recherche ? Les fonds de pen­sion sont égale­ment impli­qués. Depuis les années 1980, ils peuvent inves­tir dans les fonds des capi­taux ris­queurs. Vu de la France, c’est de la spé­cu­la­tion, ici, c’est un moyen de plus de géné­rer de l’innovation. Toute l’économie est ainsi tour­née vers l’innovation.

Le schéma ci-dessous résume tous ces éléments qui expliquent le suc­cès de la Sili­con Val­ley. Il est télé­char­geable en ver­sion PDF imprimable.

Ecosystem SV

Vous trou­ve­rez égale­ment des articles très inté­res­sants sur notre voyage dans ITR Mana­ger, et notam­ment une inter­view du PDG de Sun France. Il y a aussi le compte rendu en sept par­ties d’un autre voyage simul­tané au même endroit de Jean-Michel Billaut ren­con­tré deux fois cette semaine là!

Quelques sur­prises

Pre­mière sur­prise: la ren­contre avec le CIO et le CTO de la Mai­rie de San Fran­cisco. Une ville qui a une répu­ta­tion de moder­nité et d’avant-gardisme. Notam­ment parce qu’elle avait lancé en 2004 un pro­gramme d’équipement wifi gra­tuit de la ville. Le pro­jet n’a pas abou­tit, lâché par les opé­ra­teurs télé­coms (dont le CEO d’Earthlink mort d’un can­cer au début de l’année), n’ayant pas trouvé les finan­ce­ments pour l’installation des infra­struc­tures. Mais le pro­jet a curieu­se­ment servi de modèle pour plein d’autres villes. C’est un peu comme le choix de Linux et Ope­nOf­fice à la Mai­rie de Munich. Et la Ville de Paris entre­tien­drait d’excellentes rela­tions avec celle de San Fran­cisco, au point qu’il serait prévu qu’un data­cen­ter de backup soit ins­tallé à Paris pour San Fran­cisco et réci­pro­que­ment. La ville de San Fran­cisco a néan­moins com­mis une véri­table per­for­mance en fusion­nant tous ses centres d’appel en un centre unique capable de sup­por­ter 175 langues dif­fé­rentes. Le tout dans une ville avec des jeunes et des retrai­tés, en moyenne riches ($100K / an) et sans enfants.

Seconde sur­prise, la par­ti­ci­pa­tion à une soi­rée du Chur­chill Club, une asso­cia­tion typique de la Sili­con Val­ley qui réunis­sait quelques cen­taines d’investisseurs et entre­prises locales. Avec une table ronde second degré ani­mée par Walt Moss­berg, célèbre jour­na­liste fai­sant la pluie et le beau temps dans la high-tech au Wall Street Jour­nal. Et avec la par­ti­ci­pa­tion de Marissa Meyer, VP Google de la R&D, pré­sen­tant dans une flo­pée de gad­gets le der­nier player TV wifi d’Archos et le lapin de Nabaz­tag (pho­tos ci-dessous). Deux boites fran­çaises valo­ri­sées… mais le fait qu’elles soient fran­çaises n’est pas mentionné.

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Troi­sième sur­prise, la décou­verte de l’entrée de la star­tup Twit­ter qui rap­pelle le garage (Twit­ter). La société ne fait que 10 per­sonne, mais quel bou­can sur le mar­ché pour ce petit effectif!

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Qua­trième sur­prise, tou­jours chez Twit­ter, un white board qui n’a pas changé depuis la créa­tion de la boite et qui illustre le brains­tor­ming ayant généré la créa­tion du nom de la société (ci-dessous, pré­senté par Jack Dor­sey, leur CEO). On s’efface pas les mythes fon­da­teurs dans la Sili­con Valley!

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Cin­quième sur­prise: notre chauf­feur de bus avait aussi créé sa star­tup! Une sorte de mall vir­tuel accueillant gra­tui­te­ment des bou­tiques vir­tuelles, et rému­néré sur le chiffre d’affaire généré. Une bonne illus­tra­tion de l’esprit d’entreprenariat de la région!

Esprit pra­tique

Pour­sui­vons les visites avec quelques ori­gi­na­li­tés ren­con­trées de ci de là. Tout d’abord ce bien large tableau blanc rétro-éclairé par la lumière exté­rieure (dans les locaux de Net­Vibes, ci-dessous). Très ori­gi­nal pour favo­ri­ser le brains­tor­ming et valo­ri­ser les idées générées.

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Chez Box.Net, les locaux ont servi quelques temps à loger les col­la­bo­ra­teurs de l’entreprise. Dans la salle de réunion où nous étions, une machine à laver le linge était même en train de tour­ner. Depuis quelques temps, les gars logent chez eux. L’esprit star­tup consiste à se débrouiller comme on peut au début! Mais avec une vie de famille plu­tôt limi­tée! C’est l’un des rares revers de la médaille dans les star­tups, avec l’alimentation bien trop grasse, glu­ci­dique et abondante.

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Toute star­tup digne de ce nom a une cui­sine et un garde man­ger bien rem­pli comme ici chez Xobni (éditeur d’add-on pour logi­ciels de messagerie) :

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Lorsque la star­tup gran­dit, le cadre de vie s’améliore. C’était ainsi le cas chez OQO, un fabri­cant d’UMPC (Ultra Mobile PCs) qui emploie déjà une cen­taine de per­sonnes dans des bureaux ins­tal­lés dans un énorme loft du sud de San Fran­cisco (ci-dessous).

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La société fran­çaise Néo­case est établie en face de San Fran­cisco de l’autre côté de la baie, à Eme­ry­ville. Voici la vue des fenêtres de bureau dans une tour… (le pont d’Oakland):

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Y aller ou pas?

Tour à tour, Jean-Louis Gas­sée, Vincent Worms, Jeff Cla­vier, Fran­çois Lau­gier, Mary­lène Delbourg-Delphis ainsi que les fran­çais des star­tups ren­con­trés nous ont expli­qué com­ment s’installer et les erreurs à ne pas com­mettre. Les star­tups fran­çaises du voyage pou­vaient alors être faci­le­ment ten­tées d’aller s’installer dans la val­lée. Même si ce n’est pas si facile que cela, le busi­ness y semble plus facile à démar­rer. Les autres par­ti­ci­pants se disaient qu’ils allaient res­ter en France et que cela serait dif­fi­cile. Mais que les choses peuvent s’améliorer.

Pour ma part, je fais le constat réa­liste des dif­fi­cul­tés de notre pays mais pense qu’il est pos­sible de le trans­for­mer pour réus­sir dans la com­pé­ti­tion mon­diale. Je com­prends mieux le sens par­fois dérou­tant de la poli­tique ini­tia­li­sée par Sar­kozy : décom­plexion par rap­port à l’argent ou l’insistance lourde sur la valeur du tra­vail. J’analyserai les oppor­tu­ni­tés de chan­ge­ment dans un pro­chain post. Nous ver­rons notam­ment que cer­tains prin­cipes de la Sili­con Val­ley pour­raient s’appliquer à des indus­tries plus tra­di­tion­nelles en France comme l’agro-alimentaire ou le tourisme.

Mais avant, il nous fau­dra abor­der les ten­dances mar­ché et tech­no­lo­giques dis­cu­tées pen­dant le voyage: web 2.0, enter­prise soft­ware, conver­gence numé­rique et clean-tech.

Donc, affaire à suivre…

Article modi­fié le 4 décembre 2007.


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Publié le 3 décembre 2007 Post de Olivier Ezratty | Economie, Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, Innovation, Internet, Management, Marketing, Politique, Silicon Valley, Sociologie, Startups, USA | 16 commentaires

Les 16 commentaires sur “Back from the Silicon Valley 1” :

  • Sauf erreur de ma part, Feed­bur­ner vient de Chi­cago, pas de Bos­ton!
    Sinon, excellent compte-rendu et je regrette d’autant plus de ne pas avoir tout pu voir avec vous!

  • Whaouh, féli­ci­ta­tions cher homo­nyme. Avec ce compte-rendu à la fois détaillé, pré­cis et enri­chi de nom­breux schéma, tu te vois décer­ner le grand prix du meilleur compte rendu du Sili­con Val­ley Trip. Et sans jet­lag en plus.

    :)

    A bien­tôt Oli­vier, ravi d’avoir pu faire ta connais­sance et au bou­lot maintenant

    /Olivier
    “N°2 en compte-rendu”

  • J’allais dire la même chose que Julien : Feed­bur­ner vient de Chi­cago. C’était sur­tout pour dire que j’avais bien tout lu en détail, et tout est très très bien dit sur la Sili­con Val­ley et sa men­ta­lité. Après 18 mois à Londres dans une com­pa­gnie de la Sili­con Val­ley, faire du busi­ness avec la France me sur­prend doré­na­vant (trop lent !!).

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 4 décembre 2007 :

    En effet, véri­fi­ca­tions faites c’est bien Chi­cago. Comme quoi soit j’ai mal noté, soit le type qui nous l’a dit s’est planté…
    J’ai donc cor­rigé le post.

  • Moi je reste… http://www.u-lik.com c’est un pro­duit cultu­rel fran­çais et euro­péen. Nous avons bcp de progres à faire mais nous avons aussi pas mal d’avantages Voir mon post sur le sujet et la pre­sen­ta­tion de Saul Klein
    Merci oli­vier on attends la suite avec impa­tience.
    Pour ceux qui veulent voici qq pho­tos (toutes tele­char­gables en cli­quant sur la loupe juste au des­sus de chaque photo)

  • Comme les autres, un grand merci pour ce billet très riche.

    Sinon je pense que l’on ne doit pas cher­cher à répli­quer (néces­sai­re­ment) le modèle en France mais plu­tôt en Europe : nous n’avons pas besoin de 20 sili­con val­ley mais au moins une …

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 4 décembre 2007 :

    Dans ce cas là, autant qu’elle soit en France…
    Pour l’instant, l’Europe planche pour un “MIT à l’Européenne”. C’est-à-dire qu’il est à la fois par­tout (dans plu­sieurs uni­ver­si­tés de taille cri­tique) et nulle part (pas suf­fi­sam­ment concen­tré). La culture du consen­sus de l’Europe ne peut pas mener à autre chose. A ce jeu là, la France a des atouts, mais aussi de sérieux han­di­caps à lever.

  • Merci pour ce compte-rendu. C’est un des voyages que je rève de faire, c’est bien dom­mage que l’organisateur ne conti­nue pas dans cette voie…

  • Féli­ci­ta­tions Oli­vier pour ce tra­vail remar­quable ! C’est une syn­thèse par­faite de la folle semaine que nous avons vécue.

    J’ajouterais un point : j’ai été impres­sionné par la men­ta­lité dans la Sili­con Val­ley conci­liant la volonté de sou­te­nir et de valo­ri­ser l’initiative indi­vi­duelle d’un côté et celle de ne pas renon­cer à une sorte de pro­grès col­lec­tif. Cela donne ces start-ups où gar­diens et stan­dar­distes ont des stocks options… Inima­gi­nable en France, alors que nous reven­di­quons en per­ma­nence notre souci de voir les richesses mieux par­ta­gées. A réflé­chir ! :)

    Ravi en tout cas d’avoir fait ta connais­sance et celle du groupe.

    A très bientôt !

    Yona­than

  • [10] - Olivier Ezratty a écrit le 4 décembre 2007 :

    En effet Yona­than. j’ai oublié cela alors que je l’ai pour­tant vécu en France… mais chez Micro­soft. L’attribution de SO à tous les col­la­bo­ra­teurs n’est cepen­dant pas sys­té­ma­tique dans les boites high-tech, tant en France qu’aux USA.

  • Bon Oli­vier, on attend la suite ;) .

    Sinon pour la Sili­con Val­ley en Europe, tu n’es pas invité par notre chère Valé­rie Pécresse comme d’autres blog­geurs (Fred Cavazza, Dau­ran et d’autres) pour lui poser la seule ques­tion qui compte :
    Elle est où la Sili­con Val­ley fran­çaise ? hein où ?

    Peut être juste à côté de la Panthère’s Val­ley qui sait (rires). Le 25 janvier.

    A suivre en ts les cas.

    A +

    /Olivier le vrai ;-)
    G.O Panthère’s Club
    Sili­con Val­ley Trippeur

    PS : tes capt­chas sont incroyables, je n’arrive jamais à les lire. c’est un test ?

  • [12] - Olivier Ezratty a écrit le 5 décembre 2007 :

    Ben non, pas encore repéré… Mais cela va venir, patience!

    Valé­rie Pécresse serait bien entendu d’accord pour la Val­lée de Che­vreuse puisqu’elle en est dépu­tée (en sus­pens du fait de son sta­tut de Ministre)! Reste à avoir le cou­rage de déplaire aux autres…

    Les capt­chas illi­sibles? Je ne les des­sine pas à la main à chaque fois que tu com­mentes! Et pour­tant, je les ai agran­dis il n’y a pas long­temps pour qu’ils passent sur des mobiles.

  • Bravo et merci pour ce compte rendu, détaillé et très intéressant !

  • [14] - Domi a écrit le 17 décembre 2007 :

    Dif­fi­cile de ne pas avoir la tête qui tourne face à ce “Blitz” entreprenarial.

    On ne retrouve pas un peu le “rêve amé­ri­cain” dans tout ça ?

  • [15] - Olivier Ezratty a écrit le 17 décembre 2007 :

    Domi,
    Oui sans doutes. Mais aux USA, c’est le rêve de la Sili­con Val­ley, par le rêve amé­ri­cain. Vu de la Sili­con Val­ley, la côte est est aussi rin­garde et dépas­sée que l’Europe. Autant d’un point de vue cultu­rel (au sens culture entre­pre­neu­riale telle que je l’évoque) qu’économique.

  • [16] - Olivier Ezratty a écrit le 12 mars 2008 :

    J’ai décou­vert par hasard ce docu­ment inté­res­sant Index of Sili­con Val­ley, créé par une asso­cia­tion de la Sili­con Val­ley. L’édition 2008 de ce docu­ment fait état des chan­ge­ments écono­miques glo­baux qui impactent la Sili­con Val­ley. C’est aussi plein d’indicateurs d’une richesse incroyable. La crois­sance de la part des bre­vets dépo­sés dans la Sili­con Val­ley par rap­port aux US et à la Cali­for­nie. La diver­sité eth­nique et lin­guis­tique gran­dis­sante (après l’espagnol et le chi­nois, la troi­sième langue par­lée est… le viet­na­mien). La crois­sance des inves­tis­se­ments green­tech et bio/medtech. La péné­tra­tion de l’ADSL (51% des foyers), avec un indi­ca­teur qui place la France au der­nier rang des pays étudiés (en 2006). Le docu­ment s’achève sur une ana­lyse détaillée des évolu­tions de l’emploi et notam­ment de la pro­mo­tion sociale.

    Une bible à conser­ver sous le coude…




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