Numérique : pas celui que l’on attendait !

Publié le 19 mars 2008 et mis à jour le 7 mai 2008 - 6 commentaires -
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Les médias et com­men­ta­teurs s’échinaient depuis des mois à pré­dire qui pour­rait récu­pé­rer le poste de Secré­taire d’Etat en charge de l’Economie Numé­rique (voir cet exemple sur ZDNet). Plein de noms cir­cu­laient, la plu­part issus de l’UMP. Et paf, c’est Eric Bes­son qui récu­père la mis­sion en com­plé­ment de la pros­pec­tive dont il était déjà en charge. Voyons ce qu’il en est et ce qu’il pour­rait bien faire.

Besson

L’impact du politique

Ainsi, nous avons bien un Secré­taire d’Etat qui reporte au Pre­mier Ministre, une solu­tion impo­sée par la grande trans­ver­sa­lité de la mis­sion qui couvre l’économie, l’éducation, l’enseignement, la recherche et l’industrie. Mais ce n’est pas du tout celui que tout le monde atten­dait ! Mais il ne faut pas s’étonner car moins d’un Ministre sur deux est nommé selon son domaine de com­pé­tences propres, lié par exemple à son tra­vail passé de par­le­men­taire (comme rap­por­teur de mis­sion ou membre de com­mis­sion), d’élu local ou à une res­pon­sa­bi­lité dans un parti. Dans le cas d’Eric Bes­son, nous avons affaire à une sorte de géné­ra­liste de l’économie, ce qui pour le numé­rique n’est pas for­cé­ment une tare.

Cer­tains regret­te­ront évidem­ment la nomi­na­tion d’un per­son­nage connu et emblé­ma­tique d’une cer­taine ambi­guïté. Et les aigris pres­sen­tis et non sélec­tion­nés vaque­ront à leurs occu­pa­tions au mieux, ou nui­ront au pire au Secré­taire d’ouverture aux pré­ro­ga­tives ainsi étendues.

Le numé­rique a donc été une sorte de pion dans le jeu déli­cat de l’équilibre “d’ouverture” du Pré­sident. Il fal­lait bien trou­ver un ou deux postes pour l’ouverture qui ne soient pas trop dom­ma­geables d’un point de vue poli­tique. L’équilibre a ainsi été trouvé : le numé­rique (Eric Bes­son) et le Grand Paris (Chris­tian Blanc) pour l’ouverture, et pour les méri­tants de l’UMP, la famille (Nadine Morano), l’aménagement du ter­ri­toire (Hubert Falco), les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales et l’outre-mer (Alain Mar­leix). Avec le bonus de dédom­ma­ge­ment pour Anne-Marie Idrac (com­merce exté­rieur), après sa perte de la pré­si­dence de la SNCF. Ce qui cal­mera cer­tai­ne­ment les caciques de l’UMP, qui avaient été quelque peu aigris par les nomi­na­tions d’ouverture au prin­temps der­nier (Kouch­ner, Amara, Bockel, Jouyet).

La mis­sion

La nomi­na­tion d’un Secré­taire d’Etat est géné­ra­le­ment sui­vie d’un décret d’application, ici du Pre­mier Ministre, déli­mi­tant pré­ci­sé­ment ses res­pon­sa­bi­li­tés et les admi­nis­tra­tions qui lui sont éven­tuel­le­ment rat­ta­chées. C’est un peu le sus­pens car il n’y a pas grand chose de concret à lui rat­ta­cher. A moins de créer un ou plu­sieurs nou­veaux organes: agences, haut com­mis­sa­riat, auto­rité indé­pen­dante, que sais-je. Atten­dons un peu. L’information clé sera là !

La mis­sion d’un tel Secré­ta­riat d’Etat a été abon­dam­ment com­men­tée par les milieux du numé­riques. Plu­sieurs asso­cia­tions et grou­pe­ments cherchent à en influen­cer l’agenda. L’une d’entre elles est l’AFNET, auteur d’un Pacte Numé­rique, pro­posé aux can­di­dats à la pré­si­den­tielle en 2007, et qui conti­nue d’être promu. Pierre Faure, son pré­sident (qui tra­vaille chez Das­sault), a immé­dia­te­ment envoyé une lettre à Eric Bes­son pour l’inviter à par­ti­ci­per à Net2008, une confé­rence orga­ni­sée par l’AFNET en avril prochain !

Corniou

La mis­sion poten­tielle d’Eric Bes­son a été aussi décrite de manière rai­son­née par Jean-Pierre Cor­niou dans “Pour un minis­tère de l’Internet” publié sur son blog (ex-DSI de Renault et Pré­sident du Cigref, main­te­nant VP chez EDS, et au pas­sage énarque). Rai­son­née, mais en même temps, sans grande illusion.

Le numé­rique pour le mar­ché intérieur

Dans ces deux cas (AFNET, Cor­niou), je note un pen­chant natu­rel pour des mis­sions rele­vant du mar­ché inté­rieur fran­çais, notam­ment, encou­ra­ger l’Etat et les entre­prises à uti­li­ser les tech­no­lo­gies numé­riques pour amé­lio­rer leur com­pé­ti­ti­vité. Et c’est vrai qu’il y a fort à faire. On les com­plé­tera avec les pro­po­si­tions répé­tées de créa­tion d’un pôle de com­pé­ti­ti­vité autour des logi­ciels libres. La part de ces idées qui relève de l’entrepreneuriat et de l’exportation est géné­ra­le­ment faible (voir ici mon rai­son­ne­ment sur les logi­ciels libres).

PacteNumerique

Pour­tant, dans l’économie numé­rique, il nous fau­dra bien trou­ver un équi­libre entre le déve­lop­pe­ment des usages en France (le “mar­ché inté­rieur”) et l’encouragement de l’industrie locale (le “mar­ché exté­rieur”), assez mal en point alors que les impor­ta­tions de maté­riels et logi­ciels vont bon train, ali­men­tées par la crois­sance des usages. Et les cercles ver­tueux du mar­ché inté­rieur (que l’on peut pro­té­ger) ne coïn­cident pas for­cé­ment avec ceux du mar­ché exté­rieur (qui est très concurrentiel).

Nous avons une situa­tion assez par­ti­cu­lière en France: la dif­fi­culté à créer des entre­prises de taille cri­tique et à expor­ter, spé­cia­le­ment dans l’industrie high-tech. Alors que la France est un pays expor­ta­teur dans son ensemble, effi­cace dans cer­taines indus­tries (agro-alimentaire, luxe, aéro­spa­tial, dis­tri­bu­tion) mais pas dans celui-ci. L’héritage des grands pro­jets gaul­liens (nucléaire en tête) imprègne encore le tis­sus infor­ma­tique fran­çais, doté de puis­santes SSII sachant gérer de gros pro­jets (enfin … plus ou moins), et une rela­tive fai­blesse des acteurs du logi­ciel, de l’internet, et sur­tout du maté­riel. Les diag­nos­tics ne manquent pas et tournent sou­vent autour du manque de finan­ce­ment, sur­tout dans l’amorçage, et des lacunes dans la recherche.

Les quelques attri­bu­tions qu’Eric Bes­son récu­pé­rera lui don­ne­ront cer­tai­ne­ment un pen­chant natu­rel sur le mar­ché inté­rieur : du fait du pou­voir réel de l’Etat et de ses limites. Pour l’extérieur de la France, il sera en recou­vre­ment avec les Minis­tères en charge de l’Economie, de l’Industrie, du Com­merce Exté­rieur, et aussi de l’Enseignement Supé­rieur et de la Recherche. C’est un peu dom­mage car nous aurions bien besoin d’un coup de fouet pour encou­ra­ger l’innovation dans les star­tups de ce secteur.

Com­ment donc impac­ter la pré­sence fran­çaise sur les mar­chés exté­rieurs ? Comme c’est sou­vent le cas en écono­mie, l’impact de l’Etat sur l’innovation devrait être plus indi­rect que direct. Sur­tout dans la mesure où les inno­va­tions pro­viennent en géné­ral de petites struc­tures. C’est à l’Etat de créer un envi­ron­ne­ment pro­pice à l’émergence de ces inno­va­tions et à leur réus­site écono­mique. Pas de vou­loir micro-manager l’innovation ou à la finan­cer comme il peut avoir ten­dance à le faire.

Il y a au moins deux fac­teurs qui sont sous-évalués par les poli­tiques et la tech­no­struc­ture qui cherchent à favo­ri­ser l’innovation et la com­pé­ti­ti­vité: l’impact de la culture et du sys­tème de valeur, et la dif­fé­rence entre recherche et inno­va­tion. Ce que je vais ten­ter d’expliciter.

La rôle de la culture et du sys­tème de valeur

Le plus grand défi à long terme est de modi­fier pro­gres­si­ve­ment la culture et le sys­tème de valeur de notre pays au regard de la réus­site écono­mique, de l’argent (tabou), du risque et de l’échec. Nous avons un sérieux han­di­cap moral à rele­ver. J’avais eu l’occasion de sou­le­ver ce point dans mon compte-rendu de visite de la Sili­con Val­ley en décembre 2007 (pre­mière par­tie et troi­sième par­tie) tout comme dans Grandes Ecoles et inno­va­tion. C’est tou­jours d’actualité !

Com­ment avan­cer si les fran­çais et sur­tout les jeunes ne rêvent plus et n’ont confiance en rien du tout comme plein d’études le démontrent (vis à vis de la mon­dia­li­sa­tion, des poli­tiques, des patrons, du futur; voir cet essai de Daniel Mar­tin sur la société de défiance qui ras­semble les don­nées du pro­blème) ? La part du rêve est un moteur clé du déve­lop­pe­ment des socié­tés. En France, la peur du risque a deux impacts : un mar­ché inté­rieur mou pour les nou­veau­tés, par­ti­cu­liè­re­ment dans l’informatique, et un défi­cit d’entrepreneuriat, notam­ment chez les jeunes, que l’on n’encourage pas assez.

Ceci est d’autant plus vrai que nous vivons dans un véri­table cli­mat délé­tère et anxio­gène autour de l’entreprise et de l’emploi. Avec l’UIMM. Avec les para­chutes dorés. Avec l’affaire de la Société Géné­rale. Tout contri­bue à clouer au pilori le monde de l’entreprise et dans l’esprit public à mettre dans le même sac les patrons issus des élites fran­çaises et les PME inno­vantes, tous logés à la même enseigne dans la dénon­cia­tion des stock-options. De plus, l’énorme cou­ver­ture média­tique sur les tra­vailleurs pré­caires et les SDF, tout en étant fort louables dans leur inten­tion, contri­bue à ce cli­mat anxio­gène. Au point que des cadres supé­rieurs qui à priori ne devraient pas être dans le besoin ont aussi peur pour leur situa­tion. Un comble !

Der­nier épisode en date: les patrons “sur­payés” du CAC40 avec un délire écono­mique média­tique basé sur les sta­tis­tiques pas tou­jours très claires du groupe Hays sur les 40% d’augmentation des patrons du CAC40 reprises par­tout, alors que le véri­table chiffre serait plu­tôt aux alen­tours de 10%. Et qui génèrent des com­men­taires aussi absurdes que “Un tiers des entre­prises dis­tri­bue ces actions quelle que soit la per­for­mance du diri­geant” (dans Le Figaro). Alors que la valeur des stock-options attri­buées dépend jus­te­ment de la per­for­mance à la bourse de l’entreprise, en moyenne cor­ré­lée par la per­for­mance de l’entreprise et de son diri­geant. Et que sur­tout, si le diri­geant n’est pas per­for­mant du tout (genre chez Alca­tel), l’action chute et les stock-options ne valent plus rien ! Les stock-options sont en fait un pari, un effet de levier, sur la per­for­mance future escomp­tée, et pas pas­sée. La per­for­mance pas­sée est plu­tôt rému­né­rée par les bonus, eux aussi indexés sur la per­for­mance écono­mique de l’entreprise. A force de tor­piller les stock-options, la folie média­tique relayée par les syn­di­cats et cer­tains poli­tiques de gauche comme de droite, a créé une situa­tion poten­tiel­le­ment défa­vo­rable aux entre­pre­neurs de PME !

Dans ce pays qui n’a confiance en rien du tout, il serait utile d’apporter une part de rêve et d’aspirations et de dédia­bo­li­ser la réus­site écono­mique. Cela pour­rait pas­ser par une meilleure cir­cu­la­tion de l’argent des grandes for­tunes vers des causes favo­ri­sant l’innovation: la recherche, l’enseignement supé­rieur et les star­tups. Il faut pas­ser de l’argent sale et pas mérité à de l’argent mérité et utile pour la société. Des actes et des sym­boles forts pour­raient créer un choc média­tique pour mon­trer que l’argent et les for­tunes peuvent se recy­cler posi­ti­ve­ment pour le pays, comme c’est par­fois le cas aux USA. L’Etat pour­rait inven­ter des moyens (notam­ment fis­caux) pour faire évoluer la struc­ture même du capi­ta­lisme à la fran­çaise, qui est actuel­le­ment dans un cercle vicié : on exo­nère de l’ISF le vieux (les objets d’art) plus que le neuf (l’investissement dans l’innovation) et les grandes for­tunes et les entre­prises se trans­mettent par héré­dité quand de nom­breux mil­liar­daires amé­ri­cains trans­mettent leur for­tune à des fon­da­tions (et pas seule­ment Bill Gates). On pour­rait rêver de quelques grandes for­tunes fran­çaises créant ainsi des fon­da­tions pour l’enseignement supé­rieur et/ou la recherche ou des fonds d’investissement d’amorçage pour les star­tups. Au lieu de créer des musées à Venise ou d’investir dans l’immobilier, quand ils ne choi­sissent pas de s’expatrier - pra­tique assez cou­rante dans les grandes for­tunes issues de la high-tech !

Chan­ger la culture passe aussi par l’éducation, par les liens entre l’université, les grandes écoles et les entre­prises. La loi LRU va dans le bon sens, mais à la vitesse de la réforme à la fran­çaise. Ainsi, les étudiants ont-ils fait grève contre le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés par le privé alors que c’est un des fac­teurs clés de suc­cès reconnu dans le monde entier, sur­tout aux USA. Mais le chan­ge­ment cultu­rel évoqué plus haut devrait aussi avoir un impact sur la pro­pen­sion des élites à prendre le risque d’entreprise (voir aussi Grandes Ecoles et inno­va­tion).

Enfin, s’il y a bien des rup­tures à pro­vo­quer, c’est dans la lour­deur de la triple hié­rar­chie de la société française :

  • Celle de l’âge - encore pesante dans les entre­prises et les poli­tiques (la moyenne d’âge des dépu­tés a aug­menté de 5 ans lors des der­nières législatives),
  • Celle du diplôme (les écoles d’ingénieur groupes A, B, C, les grands Corps de l’Etat, …).
  • Celle de l’origine sociale, quand ce n’est pas ethnique.

Réus­sir la trans­for­ma­tion cultu­relle, c’est aussi créer des valeurs d’exemples pris dans ces trois dimen­sions pour mon­trer qu’il est pos­sible de réus­sir en France mal­gré un ou plu­sieurs de ces trois han­di­caps. Et il serait bon d’aller au delà de la nomi­na­tion de Fadela Amara et Rachida Dati au gou­ver­ne­ment. Il faut encore plus d’exemples. C’est d’ailleurs aussi comme cela que l’on peut redon­ner un peu d’espoir aux ban­lieues. Les exemples créent des mythes, et ils font aussi rêver.

Recherche et innovation

Dans l’innovation, il est un autre mal fran­çais issu de l’état et de la tech­no­struc­ture consis­tant à confondre les bien­faits et moteurs de la recherche et de l’innovation. Avec cette croyance bien ancrée qu’un plus fort inves­tis­se­ment dans la recherche va résoudre nos pro­blèmes de compétitivité.

On en est bien loin. En effet, le che­min qui va de la recherche aux inno­va­tions et aux suc­cès écono­miques est com­plexe. Il intègre la notion de pro­duit, de mar­chés de volume, de rapi­dité d’exécution (une des meilleures bar­rières à l’entrée…), de mar­ke­ting, de vente et d’exportations. C’est là que nous pêchons le plus sou­vent dans la high-tech car notre écono­mie de la high-tech a été for­te­ment cali­brée pour créer des pro­duits com­plexes dif­fu­sés à faible échelle, sans grand mar­ke­ting et sou­vent plu­tôt localement.

Résul­tat? Un sys­tème vicié :

  • Qui aide plus faci­le­ment la recherche (Cré­dit Impôt Recherche, Concours du Minis­tère de la Recherche, aides Oséo) que le déve­lop­pe­ment mar­ke­ting et com­mer­cial.  Au point que pas mal d’entreprises passent leur temps à maquiller en R&D des déve­lop­pe­ments pro­duits clas­siques, sou­vent déjà réalisés.
  • Qui a ten­dance à trop aider les grandes entre­prises au détri­ment des petites. Avec les grands pro­jets style Agence de l’Innovation Indus­trielle (inté­grée à l’Oséo depuis le début de l’année), le fameux Quaero (dont j’aurais l’occasion de repar­ler), les pôles de com­pé­ti­ti­vi­tivé et aussi les aides euro­péennes FP6/FP7. Depuis des décen­nies, l’Etat fran­çais arrose les “losers” de l’industrie infor­ma­tique, ceux qui dés­in­ves­tissent, ceux qui ne se frottent pas assez ou pas effi­ca­ce­ment aux mar­chés mon­diaux. Et mal­heu­reu­se­ment, on enfonce le clou dans la mau­vaise direc­tion, tel Nico­las Sar­kozy (voir ici page 4) annon­çant au Cebit un pro­jet de “cal­cu­la­teur géant” pro­posé en par­te­na­riat aux alle­mands (pro­gramme qui a au demeu­rant peu de chances d’aboutir car en France, il sert à simu­ler les explo­sions nucléaires au CEA).
  • Qui n’encourage pas les grandes entre­prises à ache­ter les petites. Par le méca­nisme pré­cé­dent: pour­quoi rache­ter si on peut faire sub­ven­tion­ner sa propre recherche, et tor­piller les petites boites par des méthodes plus ou moins avouables ? Sur­tout pour de grands ingé­nieurs ultra-diplômés qui ne tolèrent pas faci­le­ment qu’une inven­tion ou inno­va­tion puisse pro­ve­nir d’une petite struc­ture créée par des ‘auto­di­dactes’ et qui ne la jugent sou­vent que par sa valeur tech­nique et non pas commerciale !
  • Qui n’aide pas les star­tups à trou­ver des clients sur leur mar­ché inté­rieur comme exté­rieur. La peur du risque des diri­geants et autres déci­deurs. Xavier Dal­loz qui orga­nise le voyage au Consu­mer Elec­tro­nics Show de Las Vegas auquel je par­ti­cipe chaque année a ainsi rai­son de se lamen­ter du faible nombre d’entreprises pré­sentes sur le salon. On ne les a pas assez encou­ra­gées à se bouger !

ll faut donc cer­tai­ne­ment revoir le sys­tème des aides à l’innovation. Com­prendre qu’elles devraient être plus indi­rectes (comme la réduc­tion d’ISF favo­ri­sant le déve­lop­pe­ment du finan­ce­ment par les busi­ness angels, l’abaissement des délais de paie­ment, la com­mande publique) que directes (les “subventions”).

Les mesures clés sont toutes celles qui faci­li­te­ront la vie des star­tups - des PME en géné­ral. On en trouve plein de très bien vues dans le fameux rap­port Attali, que j’ai déjà eu l’occasion de com­men­ter. Espé­rons que le gou­ver­ne­ment les met­tra en oeuvre rapidement.

What’s next ?

Que va-t-il donc se pas­ser avec Eric Bes­son ? On peut craindre l’habituelle com­mande d’un n+unième rap­port à une per­son­na­lité coif­fée d’un rap­por­teur jeune fonc­tion­naire, qui fera les mêmes pré­co­ni­sa­tions dont cer­taines seront issues de la “tech­no­struc­ture” et à défaut d’être à côté de la plaque, ne trai­te­ront pas suf­fi­sam­ment de l’aspect valeurs/culture et de la com­pé­ti­ti­vité à l’exportation.

Espé­rons que Eric Bes­son, mais aussi Chris­tine Lagarde et Valé­rie Pécresse pren­dront ce défi en main avec une véri­table vision long terme.


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Publié le 19 mars 2008 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Communication, Economie, Entrepreneuriat, France, Innovation, Politique, Sociologie, Startups, Technologie | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Numérique : pas celui que l’on attendait !” :

  • J’ai de gros doutes sur l’existence d’une véri­table volonté d’utiliser le Web et le numé­rique comme un outil et un vec­teur de croissance.

    Quaero est mort-né et conti­nue mal­gré tout à rece­voir du financement.

    J’ai eu la chance d’avoir un rap­port sur l’e-administration en France sous les yeux et ça me fait craindre le pire quant à son ave­nir (pour l’instant for­te­ment incer­tain … ou en tous cas figé au possible).

    Je pense qu’Éric Bes­son ne fera rien mais tout ce que je sou­haite c’est d’être contredis !

  • Un facé­tieux sur une des mai­ling lists que je fré­quente a répondu à la ques­tion “que va-t’il faire” en disant “c’est écrit des­sus comme le porc salut: des écono­mies avec le numérique” !

    Plus sérieu­se­ment, Sarko a déjà fixé deux objec­tifs: 70% de foyers avec PC et 100% de foyers acces­sibles à Inter­net Haut-Débit (fixe ou mobile, sic) d’ici 2012.

    A part ça, gageons qu’il va conti­nuer sur la voie du rap­port Oli­vennes en encou­ra­geant à plus de fer­me­ture et sur­tout celle des yeux. Triste, mais probable.

    Pour ma part, je n’aime pas beau­coup le per­son­nage non plus, qui me semble avoir démon­tré une volonté de faire pro­gres­ser sa car­rière plus que de faire avan­cer ses dos­siers. C’est regret­table dans un poste comme celui-ci…

    Bref, je ne suis pas bien confiant sur son rôle. Au FTTH Coun­cil récem­ment Novelli a fait un speech sur le déve­lop­pe­ment de la fibre optique, mais on sen­tait bien que le coeur n’y était pas. Bref, après avoir donné l’impression que notre nou­velle pré­si­dence sou­hai­tait embras­ser les enjeux de l’économie numé­rique, je suis de plus en plus pessimiste…

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 21 mars 2008 :

    100% des foyers avec le haut débit…

    Pour­quoi pas, si l’on traite en amont les pro­blèmes d’illétrisme ram­pants qui rongent une par­tie de la popu­la­tion, jeunes compris.

  • [4] - Mati a écrit le 21 mars 2008 :

    Outre l’économique et le social, j’espère que la mis­sion por­tera égale­ment sur le juridique.

    Fuzz, Wikio, Jus­ta­coté … les dos­siers s’accumulent depuis la début de l’année.

    C’est peut-être signe que le Web se pro­fes­sio­na­lise : tant mieux.
    Il y a cepen­dant un énorme tra­vail de fond sur le flou jurique qui entoure tou­jours le web.

    Il y a des débor­de­ments, et il y en aura tou­jours : cer­tains sortent des clous, d’autres à l’inverse ont le pro­cès un peu facile.
    Le plus impor­tant est que les règles du jeu soient claires …

    Il parait que l’Europe est relan­cée, et qu’il y a main­te­nant un Mr numé­rique. C’est le bon moment.

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 21 mars 2008 :

    Je ne l’inquiète pas trop sur ce point car le pays a une pro­pen­sion sans mesure à légi­fé­rer. Les par­le­men­taires ou le gou­ver­ne­ment s’empareront cer­tai­ne­ment du sujet d’autant plus qu’il a un impact média­tique cer­tain et qu’il a récem­ment affecté Nico­las Sar­kozy (dans l’affaire du SMS).

    Mal­heu­reu­se­ment, la com­pré­hen­sion du lien entre les méca­nismes écono­miques, l’émotionnel et le cultu­rel est moins courante…

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 13 avril 2008 :

    Et hop, lettre de mis­sion arri­vée pour Eric Bes­son : http://www.premier-ministre.gouv.fr/IMG/pdf/Lettre_mission_EcoNum_avril08.pdf .

    On notera le petit para­graphe où il est fait men­tion des star­tups du logi­ciel. Bonne nouvelle!




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