Industrie du logiciel libre ou artisanat ?

Publié le 21 juin 2007 et mis à jour le 17 février 2008 - 11 commentaires -
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La semaine der­nière, j’ai été contacté par Cédric Ingrand qui sou­hai­tait me voir inter­ve­nir dans son émis­sion « Plein Ecran » de LCI au sujet de l’actualité des logi­ciels libres, entre­te­nue par la mani­fes­ta­tion « Paris Capi­tal du Libre » qui avait lieu la même semaine. J’y suis allé. L’enregistrement avait lieu le ven­dredi après-midi pour une dif­fu­sion le samedi sui­vant avec 15 minutes pour dif­fu­sion TV et l’équivalent pour une dif­fu­sion Web. Le débat avait lieu avec Alexandre Zapolski, PDG de la SSLL Lina­gora et orga­ni­sa­teur de « Paris Capi­tale du Libre », Tris­tant Nitot, Pré­sident de Mozilla Europe, et Emma­nuel Paquette, jour­na­liste aux Echos. Chaque tranche de 15 minutes étant cou­pée par un repor­tage d’environ 5 minutes, autant dire qu’il res­tait peu de temps pour per­mettre à ce petit monde de s’exprimer. Et j’en suis res­sor­tit un peu frus­tré aux entour­nures, comme de nom­breux spé­cia­listes qui ont l’occasion de s’exprimer pour le petit écran. Heu­reu­se­ment, le blog est là et per­met de pour­suivre le débat sous une autre forme, plus dense et argumentée.

Pour­quoi pour­suivre le débat ? Parce que cette émis­sion était un peu trop béa­te­ment enthou­siaste sur l’impact écono­mique du logi­ciel libre. Tant dans les repor­tages, telle cette ins­tal­la­tion d’Ubuntu qui avait l’air aussi simple que celle de Picasa sous Win­dows et res­sem­blait à une vidéo de télé-achat à la Bel­le­marre, qu’avec les inter­ve­nants. Mais bon, que ce phé­no­mène sou­vent dénoncé lorsqu’il favo­rise les éditeurs com­mer­ciaux se retrouve dans les logi­ciels libres ne devrait pas être surprenant.

Vous pou­vez vision­ner cette émis­sion par télé­char­ge­ment en MPEG4 avec la pre­mière par­tie et la seconde par­tie, et égale­ment sous forme de strea­ming sur LCI.fr.

Alors, sur ces entre­faits, voici sur quoi je vou­lais donc revenir…

Les logi­ciels libres crée­raient des dizaines de mil­liers d’emploi

Le point de Cédric Ingrand était que le logi­ciel libre était devenu du « big busi­ness ». Alexandre Zapolski met­tait ainsi en avant les quelques dizaines de mil­liers d’emplois créés par les logi­ciels libres et un taux de crois­sance de ces emplois de plus de 70%. Le Syn­tec estime quant à lui le mar­ché des ser­vices autour du libre à 540m€ et à 1,4% du total et devrait croitre de 50% en 2007.

Ces don­nées me semblent en fait bien sous-estimées ! Le sec­teur infor­ma­tique repré­sente en France plus de 600000 emplois, dont une grosse moi­tié dans les socié­tés de ser­vices. Comme la part de mar­ché des logi­ciels libres dans les ser­veurs est d’environ 27% et que les acti­vi­tés de ser­vices autour des ser­veurs et appli­ca­tions asso­ciées, en par­ti­cu­lier dans les domaines Inter­net et Intra­net, sont en pleine effer­ves­cence, il n’est pas absurde d’évaluer le poids des logi­ciels libres à envi­ron le quart du mar­ché des ser­vices, soient près de 75000 emplois, sans comp­ter le côté des entre­prises et des four­nis­seurs de tech­no­lo­gies. Mais il s’agit essen­tiel­le­ment d’un mar­ché de ser­vices informatiques.

Mais le mar­ché des ser­vices infor­ma­tiques ne croit pas de 70% par an! Il a cru de 6,5% en 2006, tou­jours d’après le Syn­tec, et ces chiffres sont sou­vent légè­re­ment sur­es­ti­més. Les logi­ciels libres ne sont donc pas créa­teurs nets d’emploi à hau­teur de +50%. Une grande part des emplois autour des logi­ciels libres sont le résul­tat de trans­ferts entre tech­no­lo­gies. La pre­mière affec­tée : Unix dont l’essentiel des acti­vi­tés et com­pé­tences, cou­rantes dans les ser­veurs d’application, ont migré vers le libre et Java. Seconde tech­no­lo­gie affec­tée : Novell Net­ware, qui a pro­gres­si­ve­ment perdu du ter­rain ces 15 der­nières années au pro­fit des ser­veurs Micro­soft et de Linux. Et Novell est main­te­nant foca­lisé sur Linux. Troi­sième vic­time: Win­dows Ser­ver et ce qui va autour. Même si cela ne s’est pas tra­duit en pertes nettes pour Micro­soft, l’avancée du libre a au moins ralenti la crois­sance de Micro­soft dans les ser­veurs. En par­ti­cu­lier dans le sec­teur public qui lui est devenu par­ti­cu­liè­re­ment hos­tile. Et d’après le Syn­tec, la crois­sance des ser­vices infor­ma­tiques en France est liée à “la recru­des­cence des pro­jets de trans­for­ma­tions dans les entre­prises, […] d’une demande accrue pour des pro­jets liés au règle­men­taire et aux fusions & acqui­si­tions. Parmi les métiers les plus dyna­miques figurent le Conseil, l’Infogérance appli­ca­tive (en par­ti­cu­lier la TMA) et les logi­ciels embar­qués”. Et donc pas vrai­ment aux logi­ciels libres, même si on en trouve bien enfouis dans les sys­tèmes embarqués.

Si les logi­ciels libres créaient de façon nette plus d’emplois que la crois­sance du mar­ché infor­ma­tique, cela vou­drait dire que ces der­niers sont plus consom­ma­teurs de ser­vices que les logi­ciels com­mer­ciaux qu’ils rem­placent et qu’au final, la fac­ture pour les clients s’en res­sen­ti­rait (les bud­gets ser­vices sont envi­ron cinq à dix fois plus grands que les bud­gets licences). Cela ali­men­te­rait le dis­cours de Micro­soft selon lequel le « Total cost of owner­ship » des logi­ciels libres en entre­prise est supé­rieur à celui des logi­ciels com­mer­ciaux. Or ce n’est pas néces­sai­re­ment le cas…

La crois­sance d’emploi géné­rée par le libre est donc pour moi un argu­ment écono­mique aussi déplacé que ces études de Micro­soft com­man­dées à IDC dans le monde qui chif­fraient les mil­liers d’emplois créés par Win­dows Vista au moment de son lan­ce­ment en novembre dernier.

Ceci étant, si la part de mar­ché de Linux dans les ser­veurs s’est rela­ti­ve­ment sta­bi­li­sée en France, tout comme sur les postes de tra­vail où elle pla­fonne à envi­ron 3% en uni­tés (en nou­velles machines), les scé­na­rios d’utilisation des logi­ciels libres se diver­si­fient. Ils touchent de plus en plus les Intra­net de par­tage d’information (notam­ment avec l’émergence des Wikis en entre­prise) et les mes­sa­ge­ries, au-delà des scé­na­rios tra­di­tion­nels autour de la sécu­rité, du Web. Nombre de ser­veurs d’applications métier tournent égale­ment sur des plates-formes alliant Linux et les midd­le­wares Java.

Bref, s’il y a bien des emplois autour du libre, mais il ne s’en créé pas autant que les par­ti­sans du libre l’indiquent en valeur nette. D’autant plus que les emplois infor­ma­tiques ne sont pas sim­ple­ment clas­si­fiables en « logi­ciels libres » ou « logi­ciels com­mer­ciaux». Il y a des métiers : déve­lop­peurs, admi­nis­tra­teurs réseaux, archi­tectes, chefs de pro­jets et des sec­teurs d’activité (finance, indus­trie, etc) avec des com­pé­tences propres qui sont rela­ti­ve­ment indé­pen­dantes des tech­no­lo­gies employées.

Il fau­drait créer un pôle de com­pé­ti­ti­vité des logi­ciels libres

C’est un thème cher à Alexandre Zapolski qu’il pro­meut depuis long­temps et avait relayé auprès des can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle au tra­vers de son asso­cia­tion l’ASS2L (Asso­cia­tion des Socié­tés de Ser­vices en logi­ciel libre). J’ai sur ce point une réserve liéeimage au fait que la majeure par­tie des acteurs du libre en France sont des socié­tés de ser­vice. Au mini­mum, ce sont des SSII dans le modèle écono­mique. En effet, la majeure par­tie des éditeurs de logi­ciels libres ne com­mer­cia­lisent pas des licences logi­cielles, mais plu­tôt des pres­ta­tions de ser­vices de déploie­ment et de main­te­nance de ces logi­ciels. Ce modèle écono­mique pré­sente la carac­té­ris­tique d’être peu « sca­lable ». A savoir que la marge déga­gée n’augmente qua­si­ment pas avec le volume d’activité. Contrai­re­ment à l’édition de logi­ciel pro­pre­ment dite et à de nom­breuses acti­vi­tés indus­trielles où les inves­tis­se­ments en R&D sont amor­tis par le volume de vente, et dans le cas de l’industrie, où les risques indus­triels au niveau fabri­ca­tion sont main­te­nant réduits du fait de sa sous-traitance et/ou de sa délocalisation.

Les SSLL et les éditeurs de logi­ciels libres fran­çais sont sou­vent des entre­prises de proxi­mité, elles n’exportent pas, ou presque pas. Leur mar­ke­ting est donc sou­vent limité, comme l’est celui des SSII. Les grandes SSII fran­çaises qui ont une acti­vité inter­na­tio­nale comme Cap­Ge­mini pré­sentent moins d’intérêt pour la balance com­mer­ciale de la France que les éditeurs logi­ciels, même moins nom­breux. En effet, l’essentiel de leur valeur ajouté se tra­dui­sant en salaires locaux, les sièges rapa­trient peut de marge alors que les éditeurs de logi­ciels décen­tra­lisent moins leur R&D en géné­ral et ont des coûts des ventes locaux bien plus faible que la déli­vrance de ser­vices des SSII. Résul­tat, les éditeurs de logi­ciels qui exportent rap­portent plus à leur pays d’origine que les SSII.

La pous­sée du libre en France relève par ailleurs plus d’une logique d’acheteurs, interne au pays, pous­sée notam­ment par le sec­teur public. Cette logique de mar­ché inté­rieur – qui n’est pas spé­ci­fique à la France – n’encourage pas non plus à la créa­tion de busi­ness à échelle mondiale.

On objec­tera que de grands acteurs du libre se sont créés dans le monde. Il y a effec­ti­ve­ment Red­Hat (US), MySQL (suède), et… bien, plus grand monde qui fasse plus de $100m de chiffre d‘affaire. Mal­gré la pous­sée du libre, il n’y a qu’une poi­gnée d’éditeurs de logi­ciels libres dans le Top 200 des éditeurs mon­diaux. Et il n’y a aucun fran­çais. Alors que nous avons tout de même Busi­ness Objects (certes main­te­nant plus nord-américain que fran­çais) et Das­sault Sys­tèmes, qui sont dans le Top 50 mon­dial. Pour­quoi donc ? Je pense que c’est jus­te­ment lié à cette culture du ser­vice fran­çaise et à la dif­fi­culté des socié­tés du libre à se déve­lop­per à l’échelle mon­diale. Nous avions Man­driva, mais après des déboires nom­breux et mal­gré sa reca­pi­ta­li­sa­tion récente et très ris­quée par Occam Capi­tal, il n’est pas évident qu’ils aillent bien loin face à Red­Hat, Novell et autres Ubuntu. Fina­le­ment, cette force fran­çaise avec ses « grandes SSII » a créé une culture qui est une fai­blesse de l’industrie infor­ma­tique fran­çaise. Dans les années 80, les SSII éditaient des logi­ciels : ate­liers de génie logi­ciels, logi­ciels d’entreprises, etc. Et elles ont aban­donné ces acti­vi­tés pour se recen­trer sur les ser­vices. Nos grands fleu­rons du ser­vice sont en fait notre talon d’Achille. Ils ont drainé les com­pé­tences, et cela s’est en par­tie fait au détri­ment d’une culture indus­trielle du logiciel.

Il n’y a cepen­dant rien d’inéluctable et rien n’empêche des entre­pre­neurs auda­cieux de conqué­rir le monde avec des logi­ciels libres. Cer­taines acqui­si­tions comme chez Idealx ou Lina­gora visent à élar­gir leur porte-feuille logi­ciel. Encore faut-il qu’ils ne décident pas, comme l’a fait Marc Fleury, le fon­da­teur de JBOSS racheté par Red­Hat, d’aller s’installer aux USA !

S’il fal­lait encou­ra­ger les pôles de com­pé­ti­ti­vité (dont la for­mule reste dou­teuse sur de nom­breux aspects), il fau­drait le faire sur le logi­ciel en géné­ral. Les logi­ciels sont incon­tour­nables dans les TIC. On les trouve par­tout : dans le maté­riel comme les set-top-boxes ou les voi­tures, dans les com­po­sants, dans les ser­vices Inter­net qui pré­sentent lorsqu’ils tournent bien d’énormes écono­mies d’échelle, dans les conte­nus comme les jeux, et ven­dus comme tels. Les logi­ciels libres inté­grés ou pas dans ces dif­fé­rente incar­na­tions ne sont qu’une forme, qu’un modèle écono­mique. Mais il n’est pas exclu­sif. D’autant plus que contrai­re­ment aux idées reçues, la dif­fé­rence entre un logi­ciel libre de niche (les plus nom­breux) et les logi­ciels com­mer­ciaux est minime. Sou­vent, leur com­mu­nauté de déve­lop­peurs est qua­si­ment réduite aux créa­teurs du logi­ciel. Et les béné­fices d’ouverture du code source et le déve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire sont plus des argu­ments mar­ke­ting qu’une réa­lité ter­rain. Et qui dit com­pé­ti­ti­vité dit expor­ta­tions, pas ser­vice de proximité.

Mais il existe déjà des pôles de com­pé­ti­ti­vité autour des logi­ciels, notam­ment autour du jeu à Lyon, des sys­tèmes com­plexes et du mul­ti­mé­dia dans la région pari­sienne. Les logi­ciels libres peuvent faci­le­ment s’y gref­fer si cela fait sens. Encore une fois, je me demande com­ment les socié­tés du libre pour­raient réel­le­ment amé­lio­rer la posi­tion de la France en matière de balance com­mer­ciale dans l’informatique au regard de ce que font les éditeurs tra­di­tion­nels. S’il y avait un choix à faire, je pri­vi­lé­gie­rais plu­tôt la créa­tion d’un pôle autour de l’Internet plu­tôt qu’autour du libre. Sachant que le libre en béné­fi­cie­rait indi­rec­te­ment puisque de nom­breux ser­vices Inter­net pro­fitent du libre. Mais comme outil, pas comme busi­ness model.

Bref, pre­nons gare de ne pas faire de la poli­tique indus­trielle à la va-vite !

Impact de la concur­rence sur les prix

La ques­tion posée concer­nait l’impact de la concur­rence des logi­ciels libres sur le prix des logi­ciels com­mer­ciaux. Et les pra­tiques de Micro­soft dans cer­tains pays dits « en voie de déve­lop­pe­ment » étaient bran­dies en exemple avec ces ver­sions de Win­dows à $5.

A vrai dire, dans ces pays, il est des concur­rents encore plus dan­ge­reux que les logi­ciels libres : le pira­tage et la contre­fa­çon. Avec un taux d’équipement « légal » infé­rieur à 10% en Chine. Taux qui s’explique entre autres fac­teurs par un pou­voir d’achat assez faible. Face à ce phé­no­mène tout comme à la concur­rence de Linux comme « Red­Flag » en Chine, Micro­soft pro­pose des ver­sions à très bas coût de Win­dows et Office. Et à l’instar des pro­duits « pre­mier prix » de la grande dis­tri­bu­tion en France, ce sont des ver­sions dégra­dées fonc­tion­nel­le­ment. Le recul est insuf­fi­sant pour vali­der ce modèle qui s’est appli­qué ini­tia­le­ment en Thai­lande, en Malai­sie et Indo­né­sie puis en Inde. Et pour les ventes de Win­dows en OEM via des construc­teurs locaux.

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En France, la mon­tée du libre a créé une pres­sion com­mer­ciale sur Micro­soft et d’autres acteurs, comme Oracle qui ne doit pas for­cé­ment appré­cier la mon­tée en puis­sance inexo­rable de MySQL. Mais jusqu’à pré­sent, ces éditeurs ont plu­tôt tenu bon. D’autant plus que les marges com­mer­ciales des filiales ne sont pas très grandes par rap­port à des poli­tiques tari­faires défi­nies à l’échelle mon­diale. Sur­tout chez Microsoft.

Même dans le sec­teur public, les ris­tournes de Micro­soft n’ont rien à voir avec les chiffres miro­bo­lants annon­cés il y a trois ans pour la Mai­rie de Paris. Les jour­na­listes qui avaient relayé cette infor­ma­tion com­pa­raient sim­ple­ment les prix publics à l’unité avec les prix pour ce client. Ces remises en volume sont déjà signi­fi­ca­tives, s’y est peut-être ajouté un geste com­mer­cial, mais pas de 60%! La pra­tique, de bon aloi, consiste plu­tôt à aug­men­ter l’accompagnement autour des logi­ciels, comme avec du ser­vice, plu­tôt que de bais­ser les prix. En cela, cette stra­té­gie est rela­ti­ve­ment clas­sique : un acteur indus­triel a inté­rêt à pro­té­ger les prix de ses sec­teurs d’activité cri­tiques et à éven­tuel­le­ment bra­der ce qui est moins critique.

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Le pire, c’est que dans les six der­nières années, les prix de Micro­soft ont même eu plu­tôt ten­dance à aug­men­ter. Notam­ment à l’occasion du lan­ce­ment de leurs nou­velles for­mules de licen­sing en2001, qui ont bien remué le Cigref, cette puis­sante asso­cia­tion de DSI de grands comptes fran­çais. Au bout du compte, ce nou­veau pro­gramme qui avait pour but d’annualiser les prix des logi­ciels a poussé de nom­breux clients à étudier plus sérieu­se­ment l’alternative des logi­ciels libres. Mais force est de consta­ter qu’à part quelques gros pois­sons du sec­teur public (Finances, Gen­dar­me­rie, Marie de Paris), il n’y a pas eu de réelle vague de fond ni de tsu­nami. Ce qui n’empêche pas les grands clients fran­çais d’exercer des pres­sions sur Micro­soft pour négo­cier les prix en agi­tant le chif­fon rouge du libre, tout en espé­rant ne pas avoir à mettre en pra­tique la menace d’une migra­tion, sur­tout sur les postes de tra­vail, car cela bous­cu­le­rait trop les habi­tudes des utilisateurs.

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Il en va cer­tai­ne­ment dif­fé­rem­ment du grand public. Mais là, ce n’est pas l’open source qui fait fureur. Ce sont les logi­ciels gra­tuits, open source ou pas. Il n’y a pas un jour­nal infor­ma­tique qui ne fasse pas régu­liè­re­ment sa cou­ver­ture sur les meilleurs logi­ciels gra­tuits du moment. J’en suis moi-même assez friand, sur­tout au niveau des uti­li­taires, car on a l’embarras du choix.

Vendre du logi­ciel grand public est devenu très dif­fi­cile. Ce mar­ché s’est trans­formé tout d’abord en direc­tion de l’Internet, et ensuite, vers un finan­ce­ment par la publi­cité. A part les jeux, une grande par­tie du revenu grand public dans le logi­ciel pro­vient de ventes via les construc­teurs. Micro­soft étant celui qui en pro­fite le plus avec Windows.

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Micro­soft amou­reux du libre?

A la fin du débat LCI, Emma­nuel Paquette des Echos for­cait le trait jour­na­lis­tique en pré­sen­tant cer­taines actions récentes de Micro­soft comme un revi­re­ment et un amour sou­dain pour les logi­ciels libres après les avoir trai­tés de cancer.

Il ne faut évidem­ment pas pous­ser. Les actions de Micro­soft sont de la real poli­tik qui n’a rien à voir avec l’adoption du libre. Il s’agit plu­tôt d’une ges­tion opti­male de la coopé­ti­tion avec le libre : par l’intégration ou par des accords sur la pro­priété intel­lec­tuelle. Même si par­fois, cela atteint un seuil assez ori­gi­nal, tel la four­ni­ture par Micro­soft à ses clients de la dis­tri­bu­tion SuSE de Novell. Mais c’est pour mieux vendre des ser­veurs de conso­li­da­tion tour­nant sous Win­dows, pas pour une sou­daine adop­tion du libre. Même topo pour les licences Sha­red Source qui ne sont appli­quées qu’à des logi­ciels rela­ti­ve­ment secon­daires qui n’affectent pas le coeur du revenu de Microsoft.

Il en va de même avec les décla­ra­tions enflam­mées de grands acteurs comme IBM pour le libre. Vous vous sou­ve­nez de leur annonce il y a quelques années du mil­liard de $ d’investissements dans Linux en 2000. En atten­dant, ils sont tou­jours le second éditeur de logi­ciels pro­prié­taires au monde der­rière Micro­soft avec près de $17B de revenu qui repré­sentent presque à égalité avec les ser­vices, leur pre­mière source de pro­fits. Et tout ça, c’est du bon vieux logi­ciel pro­prié­taire… mais qui peut effec­ti­ve­ment tour­ner sous Linux. Ils n’ont pas inves­tit dans Linux, mais sur Linux. Nuance! Même topo pour Oracle et les autres. Ils sup­portent le libre. Oui, comme plate-forme sys­tème. Mais ils n’en ont pas pour autant adopté le modèle écono­mique pour leurs pro­duits stratégiques!

Par contre, Micro­soft reste plus que coincé aux entour­nures par la nature virale de la licence GPL (c’était cela le can­cer évoqué par Steve Ball­mer en 2001, même si par sim­pli­cité, il évoquait le cas de Linux, qui est effec­ti­ve­ment en GPL). Nature qui ne s’améliore par avec la nou­velle GPL3 par la FSF qui est encore plus virale. On n’en parle pas beau­coup, mais cela explique pour­quoi cer­taines dis­cus­sions d’acquisitions de star­tups par Micro­soft n’ont pas été concrétisées.

Conclu­sion

Mon pro­pos n’est pas ici de déni­grer le libre, mais plu­tôt de remettre les choses à leur place en terme d’impact économique.

Oui, il faut aider l’industrie du logi­ciel en France, mais dans son ensemble et sans à priori sur les modèles écono­miques et sans favo­ri­tisme par­ti­cu­lier pour les logi­ciels libres. De toutes manières, ils prennent natu­rel­le­ment leur place là où ils sont les mieux pla­cés, comme sur Internet.

C’est un peu pro­voc, cer­tai­ne­ment, alors voyons les réactions…


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Publié le 21 juin 2007 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Innovation, Logiciels, Logiciels libres | 11 commentaires

Les 11 commentaires sur “Industrie du logiciel libre ou artisanat ?” :

  • [1] - Steeve a écrit le 21 juin 2007 :

    Le monde de l’Open Source en france est le plus bete du monde.
    Ex: Zapolski qui reve eveillé de son pole d’autopromotion du logi­ciel libre.*
    Ex: Fire­fox, qui ne declare pas un euro de CA sur la france alors que les tran­sac­tions finan­cieres avec Google et les mar­chands, appor­tées par Fire­fox sont bien réelles. c’est de l’evasion fis­cale, comme toutes socié­tés de tech­no­lo­gies US.

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 21 juin 2007 :

    Oui, mais dans le cas de Fire­fox, n’est-ce pas pour la bonne cause?

  • c’est mar­rant, Alexandre Zapolski est le seul a por­ter une cra­vate sur le pla­teau :-)

  • Euh, IBM a inves­tit mas­si­ve­ment dans le noyau Linux et cer­taines tech­no­lo­gies vitales (GCC par exemple); pour preuve http://lwn.net/Articles/237768/

  • [5] - Jerome a écrit le 16 août 2007 :

    Ton article est fort inté­res­sant. Mais j’ai pour­tant l’impression que ton ana­lyse à deux ans de retard (il date bien de 2007) mais res­semble à bon nombre d’articles que l’on pou­vaient lire en 2005 et dont le ton était plus juste à l’époque …

    J’ai l’impression que si t’as connais­sance de l’informatique et des outils est rela­ti­ve­ment bonne, elle atteint ses limites lorsque tu abordes briè­ve­ment les grands acteurs IBM, Oracle et leur contri­bu­tions mais pour cela faudrait-il peut être que tu t’intéresses davan­tage aux logi­ciels libres …

    Et les cen­taines d’autres acteurs de la Linux Foun­da­tion, de la Linux Mobile Foun­da­tion ou des autres fon­da­tions et consor­tiums que tu passes sous silence : IBM et Oracle certes mais Sun, HP, Intel, Google, Nokia, Sie­mens, Moto­rola … tu n’en parles pas ?

    C’est pour­quoi tu sous estimes consi­dé­ra­ble­ment l’industrie du logi­ciel libre qui à pour­tant obligé Micro­soft à signé des accords avec Novell (à la demande des clients de Micro­soft ) mais sur­tout obligé Micro­soft à four­nir les solu­tions Linux de Novell.

    Voici une autre façon de voir les avan­cées du logi­ciel libre même si elle s’adresse davan­tage au grand public http://jroux.org/b/ll

    On assiste depuis peu à une véri­table explo­sion du logi­ciel libre dans les admi­nis­tra­tions comme tu le dis mais égale­ment dans toutes les entre­prises (ce qui n’était pas le cas en 2000 ou rare en 2005, tu as rai­son). Mais je t’assure que tes don­nées ne sont plus à jour, même si, il reste très dif­fi­cile de faire des stats ou des études sur l’Open Source.
    Des études qui ne prennent en compte que les licences issues de la vente, et jamais celles de licences issues des télé­char­ge­ments mais cela ferait beau­coup trop de tort au éditeurs tels que Micro­soft, Oracle, IBM … C’est pour­quoi, les études sous-estimeront tjrs le mar­ché de l’Open Source même lorque celui-ci sera bien plus impor­tant que celui des éditeurs traditionnels.

    Tu sembles égale­ment avoir passé sous silence le rap­port de la com­mis­sion euro­péenne (pour les emplois) ? tu sembles oublier que faire des pôles pour l’ensemble du logi­ciel pro­fi­te­rait davan­tage encore au grands acteurs (MS) et non à nos PME et à l’innovation.

    Pour finir quand tu dis à pro­pos d’IBM et d’Oracle: Ils n’ont pas inves­tit dans Linux, mais sur Linux. Nuance!
    Ta mécon­nais­sance te fais dire des absur­di­tés assez énormes. Je pré­fère pen­ser que tu manques d’informations

  • La balance com­mer­ciale est defi­nie comme expor­ta­tions moins impor­ta­tions. Certes les logi­ciels libres en mode ser­vice n’ont pas l’air d’augmenter les expor­ta­tions, en tous cas moins que des logi­ciels pro­prié­taitres clas­siques. Mais les logi­ciels libres peuvent dimi­nuer les impor­ta­tions de licences de ces meme logi­ciels pro­prié­taires etran­gers et donc par cet effet la amé­lio­rer la balance com­mer­ciale. Je n’ai pas les chiffres pour faire du quan­ti­ta­tif entre les deux effets.

    Ensuite, les migra­tions sous Linux ou l’utilisation de logi­ciels libres ne concernent pas uni­que­ment le monde public, comme le dit cette inter­view le Cré­dit Agri­cole migre 12 000 postes, Peu­geot 20 000 postes clients et 2500 ser­veurs, c’est du privé type du CIGREF pas du public.

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 16 août 2007 :

    Jérôme, je met en évidence une sous-estimation du nombre d’emplois infor­ma­tiques liés aux logi­ciels libres par ceux même qui en font la pro­mo­tion! Et les éléments de mon ana­lyse res­tent d’actualité. Il y a peut-être des choses que je n’ai pas écrites que j’aurais du écrire, mais on ne peut pas com­men­ter ce qui n’est pas écrit! Et en deux ans, des choses ont changé, comme tout ce qui concerne Ubuntu sur lequel je me suis déjà étendu.

    Les grands acteurs du logi­ciel conti­nuent à faire leur chiffre d’affaire avec du logi­ciel com­mer­cial. Il en va ainsi de tous ceux que tu cites: IBM, Oracle, SAP, etc. Et leur contri­bu­tion aux logi­ciels libres (bien que fort peu étudiée dans le détail) est mar­gi­nale par rap­port à ce qu’ils inves­tissent dans leurs propres logi­ciels com­mer­ciaux. Rien que pour IBM qui fait 17 mil­liards de dol­lars de CA par an en logi­ciels (pro­prié­taires), le fameux mil­liard investi en 2000 et dont on ne reparle d’ailleurs plus, est bien léger. Pour Oracle, même chose. Ils vendent tou­jours autant de logi­ciels pro­prié­taires qu’avant. Itou pour SAP et autres éditeurs d’ERP et CRM.

    Ce qui a changé ces deux der­nières années, c’est que Linux est plus uti­lisé sur les ser­veurs et sur des scé­na­rios de plus en plus diver­si­fiés. Et of course, dans le privé comme dans le public, et aussi de plus en plus dans les PME. Il est très déployé dans l’infrastructure réseau et cela ne fait pas pour autant vivre des éditeurs de logi­ciels (libres ou pas). Les acteurs de l’industrie infor­ma­tique qui béné­fi­cient le plus de la mon­tée du libre sont les SSII (d’où mon trait forcé sur l’opposition entre indus­trie du logi­ciel et artisanat).

    Ensuite, il y a tout le monde des logi­ciels embar­qués qui est moins connu et pro­fite pas mal aux indus­triels, mais ce sont des acteurs dont le métier prin­ci­pal n’est pas le logi­ciel. Net net, le logi­ciel libre ne pro­fite pas direc­te­ment à l’industrie du logi­ciel, mais plu­tôt à sa péri­phé­rie: ser­vices et maté­riel. Et aussi aux acteurs de l’Internet et du “soft­ware as a service”.

    Le cal­cul de Laurent Guerby sur la balance com­mer­ciale met en évidence la baisse des impor­ta­tions poten­tielle liée à l’usage de logi­ciels libres dans le pays. Je demande d’abord à voir le détail de ces chiffres. L’économie réa­li­sée ces cinq der­nières années est assez mar­gi­nale. Au pif, j’estimerai que le manque à gagner pour les Micro­soft, Oracle et com­pa­gnie - du fait de la popu­la­ri­sa­tion des solu­tions libres équi­va­lentes à leurs logi­ciels - est de l’ordre de gran­deur de 100m€ en licences, et pas beau­coup plus (on pour­rait détailler, à par­tir de leur CA Ser­veur et des évolu­tions des parts de mar­ché…). Or Busi­ness Object, Das­sault Sys­tèmes et ILOG font à eux seuls plus d’un mil­liard d’Euros d’exportations en logi­ciels. Et leur crois­sance dépasse ces 100m€ écono­mi­sés. Les éditeurs locaux et com­mer­ciaux contri­buent donc plus à l’amélioration de la balance com­mer­ciale du logi­ciel que les écono­mies géné­rées par l’usage de logi­ciels libres. Donc, certes le libre a per­mis de réduire cer­tains coûts, mais il n’a pas pour autant per­mis de créer plus de valeur amé­lio­rant la balance commerciale.

    L’argument du libre - notam­ment dans le sec­teur public - est avant tout une logique d’acheteur, mais pas du tout une logique indus­trielle. Les rap­ports Euro­péens n’y chan­ge­ront pas grand-chose. Ils prêchent la créa­tion d’une indus­trie du logi­ciel libre en Europe (et sont rédi­gés par des gens convain­cus de la chose). Mais ont-ils plus de chances de réus­sir que Gali­leo et autres Quaero? Ont-ils véri­ta­ble­ment une approche indus­trielle en volume? Appréhendent-ils le poids du mar­ke­ting et de l’internationalisation dans l’industrie du logi­ciel? A moins de deve­nir un centre d’offshore comme en Inde, le libre n’améliorera pas la com­pé­ti­ti­vité de l’Europe. Tout du moins, à mon sens, l’Europe ne béné­fi­ciera pas plus du libre que les autres conti­nents, et même, que les amé­ri­cains. C’est un jeu à somme nulle pour l’Europe tant qu’elle ne saura pas faire émer­ger plus de grands acteurs du logi­ciel “en volume”.

    A terme, un équi­libre va être trouvé entre libre et com­mer­cial avec de plus en plus d’approches hybrides. Le cas d’Idealx, rebap­tisé Open­Trust, est inté­res­sant à ce titre. Leur offre com­prend main­te­nant des éléments com­mer­ciaux com­plé­men­taires de leur souche open source. Et le “libre” est de moins en moins uti­lisé dans leur argu­men­taire commercial.

  • [8] - Jerome a écrit le 17 août 2007 :

    Lorsque tu dis :
    Les grands acteurs du logi­ciel conti­nuent à faire leur chiffre d’affaire avec du logi­ciel commercial.

    Tu as rai­son mais tu ignores peut être que ses acteurs exploi­te­ront jusqu’au der­nier moment un sys­tème déjà en place mais en pleine muta­tion car se devant de digé­rer le logi­ciel libre.

    D’un point de vue tech­nique cela donne la chose sui­vante : pour IBM, HP, Sun, Novell … (depuis quelques années) comme pour Oracle (aujourd’hui) et bien d’autres demain, le logi­ciel com­mer­cial est tou­jours un peu plus bâtit sur des briques ‘Open Source’ dont les licences le per­mettent (Apache, LGPL, BSD … ).

    Pour être plus clair je dirais que les pro­gi­ciels se déve­loppent de plus en plus vite car dans le déve­lop­pe­ment, il ne sert à rien de réin­ven­ter la roue et la roue comme la char­rette deviennent des briques Open Source, les socié­tés n’ont pour cari­ca­tu­rer, plus qu’a choi­sir la peinture.

    Même si, il reste du che­min à par­cou­rir, c’est la façon de l’industrie du logi­ciel d’intégrer l’Open Source. Cette muta­tion de l’industrie est pro­ba­ble­ment invi­sible aux yeux de bon nombre d’analystes qui ne rai­sonnent qu’en “CA” et qui se ras­sure avec des courbes.

    Ce qui per­met à des consor­tiums fran­çais et euro­péens comme “Object­web” de tra­vailler sur les mêmes couches supé­rieures du logi­ciel qu’une société comme IBM sans avoir les moyens d’IBM.

    Demain (dans quelques années) Micro­soft sera contraint d’abandonner le sys­tème Win­dows et la suite bureau­tique car ces briques appar­tiennent aujourd’hui à l’Open Source, après demain, ce sera pro­ba­ble­ment le tour de cer­tains pro­duits comme la base de don­nées, la CRM et l’ERP. Bref

    Alors si cette muta­tion n’est pas un moyen de sti­mu­ler la concur­rence et l’innovation, alors j’ai rien com­pris ;-)

    Lorsque tu me reparles du petit mil­liard offert par IBM, j’ai ten­dance à croire que tu n’as rien com­pris (sans vou­loir te man­quer de res­pect).
    J’ai un ami qui tra­vaille de façon indi­recte avec l’industrie du logi­ciel, c’est un finan­cier (Capi­tal Risque) et tout comme toi, il a beau­coup de mal à com­prendre la mon­tée en puis­sance de l’Open Source ou com­prendre com­ment un acteur comme Micro­soft avec une puis­sance finan­cière colos­sale peut jour après jour perdre de sa superbe.

    regarde cela : http://www.journaldunet.com/solutions/0410/041015_tribune.shtml

    J’espère qu’aux tra­vers de ses quelques lignes, je t’aurais per­mis de voir autre­ment l’industrie du logi­ciel. Je suis Inté­gra­teur pour une SSII et d’année en année, je constate l’intérêt des DSI pour rem­pla­cer les briques com­mer­ciales par de l’open source. Et tu peux me croire l’Open Source doit beau­coup, beau­coup d’argent et de recon­nais­sance à des boites comme IBM, Sun, HP … et main­te­nant Oracle et Google …

    Je rejoins égale­ment Laurent sur le coût des licences. Si pour toi elles sont mar­gi­nales ces cinq der­nières années, tu fais encore une erreur de plus en regar­dant encore le passé pour un mar­ché en pleine muta­tion. es 5 pro­chaines années seront énormes et le mar­ché aura pro­ba­ble­ment digé­rer l’Open Source. Ima­gine l’économie réa­li­sée par l’Europe et la France sans Win­dows, MS Office, les Anti­vi­rus, Win­dows Ser­ver, MS SQL Ser­ver, SGBD Oracle et les dizaines de mil­liers de pro­duits pour par­ti­cu­lier qui peuvent dors et déjà être rem­placé par des logi­ciels Open Source ;-)

  • [9] - Olivier Ezratty a écrit le 20 août 2007 :

    Jérôme, tu décris un phé­no­mène bien connu: le libre se géné­ra­lise d’abord par les couches basses de l’infrastructure. Et il gri­gnote ces couches vers le haut pro­gres­si­ve­ment. En tou­chant main­te­nant des couches appli­ca­tives CRM ou ERP: Sugar­CRM, Com­piere, et bureau­tique (OpenOffice).

    Tes invec­tives à la “tu n’as rien com­pris” sont sinon un peu limites car ton pro­pos n’est pas for­cé­ment contra­dic­toire avec le mien (et réci­pro­que­ment). Je mets en évidence un équi­libre entre libre et com­mer­cial qui se cherche. Les faits le montrent avec les stra­té­gies d’acteurs, y com­pris dans le logi­ciel libre.

    Comme le dit Fran­çois Letel­lier dans l’article que tu as pointé, les indus­triels ne sont pas altruistes. Ils voient bien où est leur inté­rêt. Je sim­pli­fie­rai leur stra­té­gie de la manière sui­vante : ils s’appuient sur des couches basses dont le déve­lop­pe­ment est mutua­lisé de plus en plus en open source, et avec leur contri­bu­tion éven­tuelle, appor­tant à la fois un gage de bon posi­tion­ne­ment mar­ke­ting et une assu­rance que les évolu­tions tiennent compte de leurs besoins. Ils tra­vaillent aussi à la cer­ti­fi­ca­tion des plates-formes avec les éditeurs de dis­tro comme Red­Hat ou Novell et avec les grands construc­teurs. C’est indis­pen­sable à une logique de volume. Mais ils se gardent bien d’appliquer cette démarche à leur coeur de métier qui reste bien pro­prié­taire. C’est exac­te­ment la stra­té­gie d’IBM et d’Oracle. On pour­rait arguer du fait qu’IBM est main­te­nant une grande SSII et pro­fi­tera bien du boom de l’open source. C’est vrai mais en même temps, leur acti­vité « logi­ciels com­mer­ciaux » leur apporte le même niveau de pro­fi­ta­bi­lité que les ser­vices. Pour un revenu trois fois moindre. C’est en par­tie lié au fait qu’une grosse moi­tié de leur CA logi­ciel relève de vaches à lait sur les­quelles ils n’investissent plus (les soft pour main­frames). Même en tenant compte du déclin inexo­rable de ces logi­ciels main­frame, IBM n’est pas prêt de s’assoir entiè­re­ment sur son revenu de licences logi­cielles. En tout cas, pas volontairement !

    Si on prend le cas de Google que tu cites, le libre n’est pas du tout une menace pour eux. Au contraire, cela leur apporte des écono­mies d’échelle avec les cen­taines de mil­liers de ser­veurs qu’ils ont à gérer. C’est le propre des grands sites Web de cher­cher des solu­tions logi­cielles sca­lable tech­ni­que­ment, mais pas au niveau des coûts de licence. Il y a d’ailleurs un point que tu n’évoques pas du tout et qui pour­rait éven­tuel­le­ment mettre de l’eau dans ton mou­lin : la crois­sance des modèles écono­miques « soft­ware as a ser­vice » via Inter­net. Ces modèles sont tech­ni­que­ment rela­ti­ve­ment neutres du point de vue des plates-formes, tant que les stan­dards du web sont bien res­pec­tés. Mais leurs offreurs peuvent pré­fé­rer les plates-formes libres pour la rai­son déjà citée.

    Alors, oui, il y a une concur­rence béné­fique au mar­ché. L’open source met la pres­sion sur IBM et Oracle (en + de Micro­soft, bien entendu). Oracle est menacé par MySQL et Post­greSQL. IBM WebS­phere par Object­Web et Jboss. Les Oracle Appli­ca­tions (qui intègrent main­te­nant l’offre de Peo­ple­soft, Sie­bel et Retek) n’ont pas encore d’équivalent en open source et se frottent plu­tôt à SAP. Mais cela ne veut pas dire que l’open source va tout balayer et deve­nir le modèle logi­ciel unique. Pour­quoi, parce que quoi qu’on en dise, les logi­ciels libres n’ont pas que des avan­tages, et les logi­ciels com­mer­ciaux, que des incon­vé­nients. L’approche plus « tech­nique » des logi­ciels libres est inhé­rente à leur mode de concep­tion, basé essen­tiel­le­ment sur des com­mu­nau­tés de déve­lop­peurs. C’est à la fois une force et une fai­blesse, qui explique la com­plexité de leur mise en œuvre (cf mon article sur GIMP, que j’utilise per­son­nel­le­ment, mais en ayant bien constaté cette dif­fé­rence avec les logi­ciels commerciaux).

    D’où un équi­libre entre les deux modèles qui est mou­vant et reste incer­tain. Pré­voir une dis­pa­ri­tion totale du logi­ciel com­mer­cial serait fran­che­ment présomptueux.

    La diver­sité est le propre de cette indus­trie et il est bon qu’elle per­dure. Pré­voir que Micro­soft va aban­don­ner ses propres plates-formes (Win­dows, Office) parce que « ces briques appar­tiennent à l’open source » est un peu rapide. D’abord, il n’y a pas de notion d’appartenance. Ensuite, il y a des briques dif­fé­rentes avec leurs avan­tages et leurs incon­vé­nients. Sans comp­ter le fameux poids des bases ins­tal­lées. Et l’émulation entre le libre et Micro­soft est plu­tôt béné­fique aux deux par­ties. Micro­soft a d’autres voies de sor­tie que cette évolu­tion ima­gi­née comme iné­luc­table vers le libre : soft­ware as a ser­vice, une plus grande flexi­bi­lité sur les prix, de la R&D appor­tant (par­fois, pas tou­jours) une cer­taine dif­fé­ren­tia­tion, l’approche grand public, les logi­ciels embar­qués, etc.

  • [10] - manuell a écrit le 20 août 2007 :

    > [inter­view] le Cré­dit Agri­cole migre 12 000 postes

    Ce pro­jet n’a fina­le­ment pas eu lieu.

  • [11] - Olivier Ezratty a écrit le 20 août 2007 :

    Il y a eu plein d’annonces de ce genre avec au mini­mum des délais impor­tants pour ces migra­tions voire des annu­la­tions. Cela concerne sur­tout les postes de tra­vail car leur migra­tion sous Linux n’est pas simple du fait du poids de l’existant tant tech­nique qu’au niveau des habi­tudes des utilisateurs.

    Il sera inté­res­sant de voir d’ici 6 mois ce que donne le déploie­ment d’Ubuntu à l’Assemblée Nationale.




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