Tentative de décryptage du Grand Emprunt

Publié le 4 février 2010 - 23 commentaires -
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J’avais fait le point en novembre sur le Grand Emprunt et le numé­rique alors que la Com­mis­sion Juppé/Rocard avait rendu son rap­port, pro­po­sant un inves­tis­se­ment de 4 mil­liards d’Euros sur le numérique.

Depuis, les choses ont avancé. Le gou­ver­ne­ment a sou­mis un pro­jet rec­ti­fi­ca­tif de loi de finance qui défi­nit pré­ci­sé­ment les allo­ca­tions bud­gé­taires du grand emprunt et la gou­ver­nance de l’usage de ces fonds. On com­mence à y voit un peu plus clair. Plus ou moins car l’opacité qui reste de mise pour ce qui est des détails.

Nous sommes en ce moment en plein débat par­le­men­taire sur ce Pro­jet de Loi de Finance Rec­ti­fi­ca­tive pour 2010 du gou­ver­ne­ment. Les dis­cus­sions ont démarré à l’Assemblée Natio­nale : la Com­mis­sion des Finances a rendu ses arbi­trages et les débats ont lieu cette semaine en plé­nière. Sachant qu’après, cela pas­sera au Sénat début mars 2010 et revien­dra ensuite à l’Assemblée.

J’ai creusé ce pro­jet de loi pour com­prendre son impact sur le finan­ce­ment géné­ral de l’innovation et plus par­ti­cu­liè­re­ment des star­tups, mais aussi pour voir com­ment le gou­ver­ne­ment envi­sa­geait de remettre le pieds dans la créa­tion d’une “stra­té­gie industrielle”.

Struc­ture des allo­ca­tions budgétaires

Pour com­men­cer, voici une syn­thèse “jamais vue” sur les allo­ca­tions du Grand Emprunt par thé­ma­tique et par type d’allocation. J’ai du com­pul­ser le pro­jet de loi et le rap­port de la com­mis­sion des finances pour recons­ti­tuer ce tableau asso­ciant une des­crip­tion de chaque ligne d’investissement iden­ti­fiable et de la ven­ti­la­tion des fonds alloués.

Tableau synthese du grand emprunt 2010

Tout d’abord, il faut faire la dis­tinc­tion entre les dif­fé­rentes formes d’allocation du Grand Emprunt que voici ci-dessous. La moi­tié est du “non consomp­tible”, un terme pas très grand public ! Il s’agit d’un mon­tant qui est conservé par le Tré­sor et dont seule­ment l’intérêt annuel est attri­bué chaque année aux orga­nismes de ges­tion des fonds. Le Tré­sor a emprunté ce mon­tant sur les mar­chés, il le replace à un taux d’intérêt un peu supé­rieur et il verse tout ou par­tie de cet inté­rêt aux inté­res­sés. Avec l’intérêt de créer une res­source pérenne sur de nom­breuses années. Une approche curieuse alors que l’Etat est censé finan­cer ces acti­vi­tés dans ses bud­gets habi­tuels. C’est une manière de créer des inves­tis­se­ments “ring fen­ced” comme on dit dans les boites amé­ri­caines, à savoir, pro­té­gés des aléas bud­gé­taires du futur.

Ventilation typee du Grand Emprunt

Exemple : l’opération Cam­pus est dotée de 1300 m€ de non consomp­tible. Sup­po­sons qu’ils rap­portent 4% par an. Ce qui va don­ner 52 m€ par an, qui sont répar­tis sur 10 cam­pus. Soit 5 m€ par uni­ver­sité… pour réno­ver le patri­moine immo­bi­lier. Cela s’ajoute aux 15 m€ qui avaient déjà été alloués avec la revente d’actions EDF par l’Etat (3,7 Md€). Donc, en tout 20 m€ pour réno­ver les bâti­ments chaque année. Donc, des tra­vaux qui risquent d’aller bien len­te­ment. On constate alors l’énorme inéga­lité de trai­te­ment qui favo­rise le cam­pus de Saclay. Il béné­fi­ciera d’une allo­ca­tion entiè­re­ment consump­tible de 1 Md€. Il pourra donc enga­ger très rapi­de­ment sa trans­for­ma­tion et la conso­li­da­tion comme le démé­na­ge­ment de l’Ecole Cen­trale Paris de Châ­te­nay à Gif, près de Supe­lec. Tan­dis que les autres cam­pus évolue­ront à la vitesse de l’escargot.

Pour les autres allo­ca­tions, il y a ce qui relève de véri­tables dépenses (dépenses directs, sub­ven­tions) et ce qui relève d’un point de vue comp­table de la créa­tion de nou­veaux actifs : les avances rem­bour­sables, prêts et prises de par­ti­ci­pa­tion. Dans les deux cas, ces allo­ca­tions sont cen­sées s’étaler sur au moins quatre à cinq ans. Il est donc déli­cat de cal­cu­ler une ver­sion annua­li­sée de ces dif­fé­rentes allo­ca­tions. Beau jeu de bon­ne­tots ! Ces dis­tinc­tions per­mettent en tout cas de réduire l’impact du Grand Emprunt dans la comp­ta­bi­lité publique. Ainsi, le coût “bud­gé­taire” sup­porté par le bud­get de l’Etat au sens de Maas­tricht n’est-il que de 2 à 3 mil­liards d’Euros par an (ci-dessous). Etalé sur une dizaine d’années.

Cout annualise du Grand Emprunt

Citons les orga­nismes ges­tion­naires de ces allo­ca­tions. Ils couvrent les dif­fé­rents champs de recherche et indus­triels du Grand Emprunt. La part du lion va à l’Agence Natio­nale de la Recherche qui va gérer la moi­tié des fonds pour le compte des Uni­ver­si­tés et de la Recherche. La Caisse des Dépôts est der­rière, avec son rôle pré­émi­nent dans le numé­rique, puis Oséo pour l’investissement dans les PME inno­vantes. On verse ensuite dans le sec­to­riel avec le CEA, l’ADEME, l’ONERA, le CNES, etc.

Organismes gestion grand emprunt

Eric Woerth attend 25 mil­liards de fonds pri­vés pour com­plé­ter les 35 du plan. Comme c’est étalé sur de nom­breuses années, cela sera dif­fi­ci­le­ment véri­fiable, notam­ment en termes d’incrément réel. C’est la plus grande incon­nue car les méca­nismes d’effet de levier sur l’investissement privé ne sont pas bien docu­men­tés dans le plan du gou­ver­ne­ment. D’autant plus qu’ils risquent de créer des phé­no­mènes de vase com­mu­ni­quant avec d’autres inves­tis­se­ments existants.

Côté gou­ver­ne­ment, la mise en appli­ca­tion du Grand Emprunt sera enfin sous la super­vi­sion du Com­mis­saire Géné­ral à l’Investissement, René Ricol, rat­ta­ché à Mati­gnon. Il n’est pas payé et est entouré de deux per­ma­nents issus de l’inspection des finances. Donc, une struc­ture de coor­di­na­tion très légère. Ce qui va rendre cri­tique le rôle du par­le­ment pour sur­veiller la mise en appli­ca­tion du Grand Emprunt.

Le rôle de l’Assemblée Nationale

Nous avons un pro­jet de loi avec de nom­breuses par­ties impli­quées : le gou­ver­ne­ment (Ministres, cabi­nets), les admi­nis­tra­tions, les élus, les orga­nismes de recherche, les établis­se­ments publics comme Oséo, et dif­fé­rents lob­bies indus­triels. Quels sont les équi­libres de pou­voir ? Com­ment sont prises les déci­sions ? A l’observation, on ne peut que consta­ter que le gou­ver­ne­ment navigue un peu à vue. Cela se voit avec les mon­tants alloués qui tombent “rond”. Et aussi avec le peu de détails four­nis sur cha­cune des allo­ca­tions. Cer­tains minis­tère cloi­sonnent jalou­se­ment l’information concer­nant leur sec­teur. D’autres tra­vaillent avec de grosses louches.

L’Assemblée joue-t-elle son rôle de contrôle du gou­ver­ne­ment et de ce qui se cache der­rière ? Et bien pas vrai­ment, et voilà pourquoi…

  • L’opposition par­le­men­taire incar­née par le Parti Socia­liste a consa­cré presque tous ses amen­de­ments aux impôts, en pro­po­sant d’en aug­men­ter cer­tains ou d’en créer d’autres. Avec en ligne de mire les dis­po­si­tions du fameux paquet fis­cal de 2007. Mais ils n’ont rien pro­posé concer­nant les inves­tis­se­ments du Grand Emprunt.
  • Le PS pro­pose aussi une majo­ra­tion du taux du Cré­dit Impôt Recherche en faveur des PME. Mais en oubliant que rares sont les PME qui peuvent faire de la véri­table recherche au titre du CIR. Le PS parle de “recherche et déve­lop­pe­ment” mais le CIR ne couvre pas offi­ciel­le­ment le “déve­lop­pe­ment”. L’initiative est en tout cas louable. Cf ce livre blanc du MEDEF sur le CIR de décembre 2009 qui met en avant le fait que le CIR béné­fi­cie déjà aux PME. En fait, tout est ques­tion de défi­ni­tion de ce qu’est une PME.
  • Le Rap­por­teur de la Com­mis­sion des Finances, Gilles Car­rez (UMP) pro­pose des dis­po­si­tions du contrôle plu­tôt à pos­té­riori des inves­tis­se­ments issus du Grand Emprunt par les deux assem­blées. Ce qui aura pour consé­quence, une plus grande trans­pa­rence pour le public des inves­tis­se­ments en ques­tion. Une bonne chose, mais qui laisse plu­tôt les mains libres à l’administration.
  • Patrice Martin-Lalande (UMP), déjà connu pour ses prises de posi­tion autour d’HADOPI (pour en modé­rer la noci­vité…), a pro­posé quelques modi­fi­ca­tions sur les aides à l’industrie des jeux vidéo et sur le rôle du par­le­ment dans la gou­ver­nance du Fonds Natio­nal de la Société Numérique.

A part cet inté­rêt sec­to­riel de Patrice Martin-Lalande pour le numé­rique, je constate au vu des débats le peu d’intérêt des élus pour la poli­tique indus­trielle. Aucun élu n’a remis en cause les allo­ca­tions et n’a posé de ques­tion sur leur fonc­tion­ne­ment. Sujet trop consen­suel pour être un enjeu poli­tique ? Manque de connais­sances et d’intérêt ? Insuf­fi­sance des lob­bies ? Je penche pour la deuxième piste…

La foca­li­sa­tion sur la recherche

Le grand emprunt a fait la part belle au finan­ce­ment de la recherche, tant fon­da­men­tale qu’appliquée, jusqu’à la créa­tion de pro­to­types et démons­tra­teurs. Avec 14,5 Md€ sur 35 Md€, dont 6,6 Md€ dédiés à la ques­tion envi­ron­ne­men­tale (sur­tout par le biais des trans­ports qui se font la part belle des allo­ca­tions). On voit là une volonté louable de finan­cer un peu plus de l’aval de la R&D, tout en res­pec­tant les cri­tères de la Com­mis­sion Euro­péenne. Ainsi, dans la R&D “filières indus­trielles”, seuls 28% des cré­dits prennent la forme de sub­ven­tions et aides, le reste rele­vant de prêts et de prises de par­ti­ci­pa­tion, moins contraints par Bruxelles.

On retrouve mal­gré tout ce tro­pisme pour les pro­jets “col­la­bo­ra­tifs” dans un grand nombre de lignes bud­gé­taires. Une méca­nique qui favo­rise l’amont, les gens qui ont du temps et les inves­tis­se­ments assez éloi­gnés du mar­ché. On y trouve beau­coup de pertes en ligne !

Autre foca­li­sa­tion du gou­ver­ne­ment, la valo­ri­sa­tion de la recherche. Com­ment amé­lio­rer la trans­for­ma­tion des tra­vaux de labos en valeur ajou­tée écono­mique, en créa­tion de nou­veaux pro­duits dans les grands groupes comme dans les star­tups ? Alors que les pro­grammes de valo­ri­sa­tion ont his­to­ri­que­ment donné peu de résul­tats, on conti­nue d’amplifier le mou­ve­ment en amé­lio­rant la dota­tion des socié­tés de valo­ri­sa­tion indus­trielle de la recherche et de fonds d’amorçage. Ce sys­tème finance l’amont de l’innovation : les études d’intérêt, le pré-amorçage (matu­ra­tion des pro­jets avant de créer une entre­prise) et enfin l’amorçage. Dans le cir­cuit, Oséo prend le relai pour contri­buer au finan­ce­ment des PME innovantes.

Mais cela reste une vue assez clas­sique et linéaire du pro­ces­sus d’innovation de la recherche vers les mar­chés. Elle est certes com­plé­tée par la mise en réseau, notam­ment par les pôles de com­pé­ti­ti­vité qui béné­fi­cient eux-aussi d’un sur­croît de finan­ce­ment dans le Grand Emprunt. Mais ce sont de telles usines à gaz qu’on se demande encore ce qu’elles ont pu géné­rer en sortie.

Tout cela reste donc encore trop éloi­gné d’une véri­table valo­ri­sa­tion écono­mique et de la créa­tion d’emplois mar­chands.  Et pour plu­sieurs rai­sons fondamentales :

  • Tout d’abord, l’absence de diag­nos­tic (rele­vée aussi dans le blog Sin­cé­ri­tés) sur les carences du dis­po­si­tif fran­çais de l’innovation dans le Grand Emprunt. On rai­sonne tou­jours trop avec l’oeil rivé sur le % du PIB investi dans la recherche.
  • Les règle­men­ta­tions Euro­péennes et de l’OMC entrainent une concen­tra­tion des aides sur l’amont de la R&D, là où le mar­ché est censé être défi­cient. Même si sous d’autres formes (prêts, avances, par­ti­ci­pa­tions), elles peuvent aussi tou­cher l’aval de l’innovation.
  • On manque cruel­le­ment de com­pé­tences dans le “busi­ness deve­lop­ment” de l’innovation. Et beau­coup plus que de finan­ce­ments. Il est d’ailleurs dom­mage qu’aucun inves­tis­se­ment ne porte spé­ci­fi­que­ment sur ce point. La consti­tu­tion des pôles d’excellence uni­ver­si­taires comme celui de Saclay va certes créer une masse cri­tique d’ingénieurs, uni­ver­si­taires et cher­cheurs. Mais essen­tiel­le­ment dans les “sciences dures” et sans regrou­pe­ment avec les sciences molles utiles au busi­ness (écoles de com­merce, de mar­ke­ting, de design, de droit, de sciences humaines, …). Inves­tir dans ces com­pé­tences aurait été plus que sou­hai­table, et de plus, fai­sable ! Si je salue les 300m€  alloués au déve­lop­pe­ment de la culture scien­ti­fique (on manque d’ingénieurs, …), je me demande où l’on va valo­ri­ser les com­pé­tences busi­ness indis­pen­sables pour valo­ri­ser tous ces inves­tis­se­ments dans l’amont de l’innovation !
  • Une réelle dif­fi­culté à vendre la tech­no­lo­gie à l’étranger, incar­née par notre balance com­mer­ciale ultra-déficitaire dans les tech­no­lo­gies numé­riques tout comme les dif­fi­cul­tés à vendre le Rafale, TGV et autres cen­trales nucléaires.
  • La valo­ri­sa­tion de la recherche est de plus trop sou­vent vue sous l’angle de la pro­priété intel­lec­tuelle par les orga­nismes de valo­ri­sa­tion. Si il est utile de la pro­té­ger, elle est bien insuf­fi­sante pour la valo­ri­ser ! Et c’est en géné­ral une bar­rière à l’entrée assez illu­soire. La meilleure bar­rière reste la capa­cité à exé­cu­ter rapi­de­ment son plan, à com­mer­cia­li­ser l’offre et à consti­tuer un écosys­tème autour.

Le cor­pus idéo­lo­gique domi­nant n’a donc pas vrai­ment changé avec le Grand Emprunt. C’est bien dommage.

Les infra­struc­tures

Un emprunt peut aussi ser­vir à bâtir des infra­struc­tures pré­pa­rant le futur. Il y en a cinq essen­tiel­le­ment dans le Grand Emprunt, mais pour des mon­tants assez modestes :

  • Le finan­ce­ment du renou­veau du parc immo­bi­lier des uni­ver­si­tés dans le cadre du plan cam­pus. C’est du bon vieux basique de rat­tra­page (1,3 Md€). Il y a aussi des créa­tions d’établissements de prévues.
  • Le finan­ce­ment d’acquisition de maté­riels de labo­ra­toires de recherche (1 Md€).
  • Le cofi­nan­ce­ment des infra­struc­tures haut débit, le plus sou­vent pour des col­lec­ti­vi­tés locales en socié­tés mixtes (2 Md€).
  • La réno­va­tion ther­mique des bâti­ments pri­vés (0,5 Md€), dans un mon­tage com­pli­qué impli­quant l’Agence Natio­nale pour l’Habitat.
  • Une part des prêts verts (1 Md€) dans le cadres des recom­man­da­tions des Etats Géné­raux de l’Industrie, qui visent à finan­cer le renou­veau de l’outil indus­triel pour l’adapter aux normes environnementales.

Le reste ne relève pas d’infrastructures maté­rielles, mais plu­tôt imma­té­rielles (recherche, valo­ri­sa­tion, etc).

Et le numérique ?

C’est une grosse enve­loppe obte­nue après un lob­bying per­sis­tant au sein du gou­ver­ne­ment et auprès de la Com­mis­sion sur le Grand Emprunt réa­lisé par Natha­lie Kosciusko-Morizet pen­dant la seconde moi­tié de 2009.

On trouve trois pôles d’investissement dans le numérique :

  • L’enveloppe de 2 Md€ pour le cofi­nan­ce­ment des infra­struc­tures régio­nales de haut débit. Cer­tains trouvent déjà qu’elle sera insuf­fi­sante pour assu­rer une bonne cou­ver­ture des ter­ri­toires et qu’elle pro­fi­tera sur­tout aux agglo­mé­ra­tions moyennes.
  • Le finan­ce­ment de la numé­ri­sa­tion des conte­nus pro­po­sée par le Minis­tère de la Culture (ce qui explique notam­ment la pré­sence de Fré­dé­ric Mit­ter­rand au sémi­naire numé­rique grand emprunt de sep­tembre 2009). Son impact écono­mique reste à déter­mi­ner. Il est dit que cette ini­tia­tive per­met­tra des usages com­mer­ciaux des conte­nus numé­ri­sés, avec valo­ri­sa­tion par les admi­nis­tra­tions concer­nées. Mais les­quels ? On hésite entre “excep­tion cultu­relle”, “fran­co­pho­nie” et véri­table béné­fice écono­mique. Il serait inté­res­sant d’obtenir le détail de ces inves­tis­se­ments. Si par exemple, ils per­met­taient de mieux valo­ri­ser écono­mi­que­ment notre patri­moine tou­ris­tique, cela pour­rait avoir de réels débou­chés économiques.
  • Le finan­ce­ment de pro­jets divers sans que la répar­ti­tion soit indi­quée : dans le cloud com­pu­ting, la e-santé, la e-éducation, la ville, les trans­ports, les nanos-technologies et les logi­ciels. Seul le pro­jet Smart Grid géré par l’ADEME, est détaillé (250m€). Beau bric à brac ! On y retrouve un pro­jet en ges­ta­tion de data cen­ter de cloud com­pu­ting copi­loté par Tha­lès, Das­sault Sys­tèmes et Orange. Mais ces gens là ont-il vrai­ment besoin de l’Etat, les deux der­niers étant plus que pro­fi­tables ? Si c’est un bon busi­ness, pour­quoi n’utilisent-ils pas leurs fonds propres pour s’y lan­cer ? Et au train où cela va aller, ils auront raté une ou deux révo­lu­tions de l’Internet ! Ce qui m’inquiète est aussi la forte pro­por­tion des mar­chés expli­ci­te­ment visés où l’économie est avant tout locale et/ou le finan­ce­ment est lui-même d’origine publique (santé, éduca­tion, ville) et où il est donc plus que dif­fi­cile de créer des acteurs d’envergure inter­na­tio­nale. Res­tent les logi­ciels et les nano­tech­no­lo­gies. L’honneur est sauf ! On va cer­tai­ne­ment voir fleu­rir des appels à pro­jets du style de celui sur le serious gaming et le web 2.0 du prin­temps der­nier. Avec des tra­vers bien iden­ti­fiés qui, je l’espère, seront corrigés.

Sachant que le numé­rique est égale­ment concerné par la par­tie du grand emprunt qui concerne les PME, et est essen­tiel­le­ment géré par Oséo et le FSI qui voient leurs moyens ren­for­cés. Moyens qui vont pro­ba­ble­ment sur­tout com­pen­ser la baisse pré­vi­sible des levées de fonds des socié­tés de capi­tal risque sur les années à venir.

Et vous star­tups, com­ment pro­fi­ter du Grand Emprunt ? Les règles ne changent pas trop : s’impliquer si cela a du sens dans des pro­jets col­la­bo­ra­tifs (je n’en pense pas beau­coup de bien, mais c’est comme cela) et gérer avec soin vos dos­siers de demandes d’aides, avances et prêts auprès Oséo. Et puis sinon, ne pas s’en pré­oc­cu­per est peut-être une très bonne option !

Sau­pou­drage ?

A la vue de la répar­ti­tion bud­gé­taire de ce Grand Emprunt, on ne peut pas échap­per à l’impression d’un grand sau­pou­drage. Quand tout est prio­ri­taire, rien ne l’est plus ! Les arbi­trages semblent rele­ver d’un consen­sus mou. Il y a quelques perles comme la construc­tion navale (100m€) ou le déve­lop­pe­ment des inter­pôles de com­pé­ti­ti­vité (200m€). D’autres actions comme la créa­tion d’un fond pour l’entrepreneuriat soli­daire (100m€) ou la réno­va­tion ther­mique de loge­ments pri­vés (500m€) ne sont pas contes­tables, mais res­tent un peu décon­nec­tées du reste des investissements.

Voici une vision sys­té­mique du pro­ces­sus de l’innovation financé par le Grand Emprunt syn­thé­ti­sée sous forme de gra­phique avec des rec­tangles de taille à peu près pro­por­tion­née aux bud­gets consacrés :

Cycle de l'innovation du grand emprunt Fev2010

Le bon point : le sec­teur du déve­lop­pe­ment durable qui récu­père la plus grosse part du gâteau la plus avale du cycle de l’innovation. Cela couvre aussi la filière trans­port puisque les inves­tis­se­ments cor­res­pon­dants visent à créer les auto­mo­biles, trains, navires, avions et fusées du futur moins consom­ma­teurs d’énergie.

Mais en dehors du déve­lop­pe­ment durable, on voit que l’amont du cycle de l’innovation est bien mieux cou­vert que l’aval. C’est par­fai­te­ment logique au vu des contraintes régle­men­taires. Mais est-ce que cela va réel­le­ment per­mettre de créer de la crois­sance et des emplois et de mieux expor­ter notre savoir faire ? Pas sûr que cette ques­tion ait été vrai­ment trai­tée à défaut d’être posée !

Publié le 4 février 2010 Post de | Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, France, Haut débit, Innovation, Logiciels, Startups, Technologie | 15548 lectures

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Les 23 commentaires et tweets sur “Tentative de décryptage du Grand Emprunt” :

  • [1] - Jacques a écrit le 4 février 2010 :

    Bon­jour,

    J’aurais des ques­tions de niveau débu­tant à pro­pos de la valo­ri­sa­tion de l’innovation, que vous évoquez dans votre article :

    - Pourriez-vous reve­nir sur les struc­tures actuel­le­ment dédiées à la valo­ri­sa­tion de l’innovation en France :
    Quelles sont les prin­ci­paux acteurs de la valo­ri­sa­tion de la recherche par la pro­priété indus­trielle ?
    Existe-t-il quelques acteurs de la valo­ri­sa­tion par le busi­ness deve­lop­ment, dont vous déplo­rez le manque en France ?
    N’y aurait-il pas des acteurs de la valo­ri­sa­tion posi­tion­nés à la fois sur la pro­priété indus­trielle et le busi­ness deve­lop­ment en France ?

    - Quels pays ont des struc­tures de valo­ri­sa­tion de l’innovation par le busi­ness deve­lop­ment plus déve­lop­pées que la France, et de quels types sont-elles ?

    Merci pour votre blog excellentissime.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 4 février 2010 :

      La plu­part des struc­tures de valo­ri­sa­tion sont rat­ta­chées aux grands établis­se­ments de recherche publique. Il y a par exemple INSERM Trans­fert, INRA Trans­fert, INRIA Trans­fert (qui est plus orienté busi­ness dans le coa­ching), tout comme CEA Inves­tis­se­ment, qui fait aussi de l’investissement d’amorçage.

      La valo­ri­sa­tion par le busi­ness deve­lop­ment relève aussi des fonds d’amorçage, tels que ceux qui sont ados­sés aux régions (IDF Capi­tal ou Cap Déci­sif pour l’Ile de France). Puis, il y a le privé avec les busi­ness angels et les rares VCs qui font de l’amorçage. Plus le finan­ce­ment est privé, plus il y a des chances que l’accompagnement soit orienté “business”.

      Comme on sort du rôle de l’Etat et de ses agents, je pense que le sujet devrait être traité indi­rec­te­ment par une meilleure orga­ni­sa­tion des pôles universitaires.

      Les pays anglo-saxons ont en géné­ral un avan­tage que je qua­li­fie­rai de “cultu­rel” plus favo­rable au busi­ness et qui per­fuse dans toute la société (cf le cas de la Sili­con Val­ley). La pré­dis­po­si­tion cultu­relle s’accompagne d’une accu­mu­la­tion de com­pé­tences liée à la struc­ture de l’enseignement supé­rieur qui asso­cie mieux les sciences molles et les sciences dures qu’en France. Et puis, il y a la masse cri­tique d’entrepreneurs qui ont réussi. Et dans un creu­set multi-culturel très concen­tré qui allie les talents de nom­breux pays comme l’Inde, la Chine, Israël et les pays euro­péens en géné­ral. L’environnement humain me semble moins divers dans l’entrepreneuriat français.

      Après, c’est un cercle ver­tueux : des entre­pre­neurs réus­sissent, ne s’expatrient pas (!), deviennent busi­ness angels ou VCs, puis accom­pagnent de jeunes entre­pre­neurs qui réus­sissent à leur tour. Dans le lot, quelques suc­cès pla­né­taires sont créés qui ali­mentent finan­ciè­re­ment le cercle ver­tueux. Ces suc­cès viennent de ce qu’il est plus aisé d’en créer à par­tir des USA qu’à par­tir d’un petit pays (oui, nous sommes un petit pays !). D’où mon crédo : pour réus­sir (dans les tech­no­lo­gies du numé­rique), il faut avoir un gros pieds de posé aux USA. Si ce n’est les deux.

      L’autre cercle ver­tueux aux USA pro­vient de la com­mande publique. L’Etat fédé­ral sub­ven­tionne moins et achète plus, ne serait-ce que parce qu’il fait moins de choses par lui-même et se repose plus sur le sec­teur privé (avec des dérives, cf Bla­ck­wa­ter ou Hali­bur­ton). C’est une autre forme de sub­ven­tion si l’on veut. Mais elle posi­tionne le gou­ver­ne­ment comme client et don­neur d’ordre (sur­tout le Penta­gone) plus que comme simple porte mon­naie ou prê­teur à bon compte. Cela créé une rela­tion plus orien­tée besoins et busi­ness entre les acteurs publics et pri­vés de l’écosystème de l’innovation.

      Pour reve­nir aux struc­tures de valo­ri­sa­tion fran­çaises, elles ont un inté­rêt pour les star­tups qui peuvent s’adosser sur elles pour se pro­té­ger plus effi­ca­ce­ment lorsqu’elles com­mencent à abor­der les mar­chés étran­gers comme les USA.

  • [2] - Peretz a écrit le 4 février 2010 :

    Belle étude. Mais, comme la plu­part de ce qui relève de l’investissement on ne sépare pas le ren­de­ment selon l’efficacité, ni sur le court ou long terme.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 5 février 2010 :

      Pas bien com­pris le sens de cette remarque, gram­ma­ti­ca­le­ment pour le moins ambigüe !

  • [3] - Guillaume a écrit le 5 février 2010 :

    Remar­quables gra­phiques. J’ai fini par com­prendre. Vous pou­vez indi­quer main­te­nant l’ADEME en troi­sième posi­tion comme opé­ra­teur, devant Oséo. En effet, Oséo n’aura fina­le­ment que 2,4 mil­liards, car l’augmentation des fonds propres de cette “banque” (fra­gi­li­sée par la crise) sera réa­li­sée désor­mais grâce aux bonus des banques (360 mil­lions d’euros), selon le sou­hait de Chris­tine Lagarde qui vient de réus­sir son annonce à l’Assemblée natio­nale sur ce point. Sans doute pour remer­cier Oséo (drôle de cadeau) pour ses efforts durant le plan de relance et aussi pour faire sau­ter de joie les banques (elles vont détes­ter Oséo main­te­nant ou accroître leur pou­voir sur cet organisme).

    Si le FNSN et la CDC s’occupent du numé­rique, des nano­tech­no­lo­gies et des logi­ciels (c’est énorme), cela retire à Oséo sa fonc­tion de sou­tien dans ces domaines ? Soit les 2/3 de son acti­vité en aide à l’innovation par exemple ? A côté de la pauvre dota­tion d’Oséo Inno­va­tion ces der­nières années, cela fait une sacrée dif­fé­rence (1 mil­liards d’euros pour le FNSN et ses appels à pro­jets il y a de quoi faire). D’autant que sur ces mêmes thèmes, la CDC avec le FSI pourra finan­cer les fonds propres de ces mêmes entre­prises du numérique.

    Fina­le­ment, je me demande si les PME plus proches du mar­ché ne vont pas pré­fé­rer les prêts d’Oséo qui seront dédiés à l’aval davan­tage. Mais ces prêts seront ils adap­tés aux star­tups au sens “créa­tions d’entreprises” à poten­tiel ? J’en doute.

    Les socia­listes ne trouvent rien de mieux que de faire la pro­mo­tion du cré­dit d’impôt recherche ? Là c’est incom­pré­hen­sibles, alors que cer­tains élus vou­laient jus­te­ment plu­tôt des aides directes pour les condi­tion­ner à l’utilisation des emplois de recherche en France. Or le CIR n’est pas condi­tionné à l’embauche de cher­cheurs fran­çais. ET le Medef veut élar­gir la pos­si­bi­lité de faire finan­cer la sous­trai­tance par le CIR. Bruxelles inter­dira la pré­fé­rence natio­nale dans ce cadre aussi (la délo­ca­li­sa­tion de la R&D a de beaux jours devant elle).

    Côté “Indus­trie”, Chris­tian Estrosi doit se trou­ver mal. Il n’y a pas grand chose de sor­tie de ces “Etats Géné­raux”. Des prêts verts ? Très poé­tique en effet.

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 5 février 2010 :

      Je me gar­de­rai bien de décrire une image aussi sombre pour ce qui est du rôle d’Oséo. Je demande à voir les chiffres défi­ni­tifs. Etes-vous sûr que l’augmentation des fonds propres d’Oséo par la taxa­tion des bonus des banques va rem­pla­cer ce qui était prévu dans le grand emprunt (500 m€), en plus des 1000m€ de dota­tion pour aug­men­ter la capa­cité à faire des prêts aux PME ?

      Il me semble que ce que Lagarde a obtenu, c’est que les 360m€ servent à aug­men­ter le fonds de garan­tie d’Oséo, qui couvre les défaillances des PME qui sont plus nom­breuses et le seront cer­tai­ne­ment pen­dant encore quelque temps. Il faut suivre de près les dis­cus­sions à l’Assemblée avec l’évolution des allo­ca­tions du Grand Emprunt pour y voir plus clair.

      Le FSI et la CDC vont jouer un rôle dans les prises de par­ti­ci­pa­tion dans les PME inno­vantes, soit directes soit par le biais de fonds d’amorçages tiers co-financés, ce qu’Oséo ne fait plus et ne fera pas. Oséo res­tera l’outil de base pour les aides mul­ti­sec­to­rielles, les avances rem­bour­sables et les prêts. Sa charge de tra­vail va encore augmenter !

      Pour le numé­rique, il est par contre vrai que les appels à pro­jets thé­ma­tiques seront gérés par le Fond Natio­nal de la Société Numé­rique. Cela ne va pas rem­pla­cer ce que fait Oséo aujourd’hui, mais plu­tôt déchar­ger la DGCIS de Bercy qui gérait ces appels d’offre jusqu’à pré­sent. Il sera inté­res­sant de voir com­ment le FNSN est consti­tué : quel haut fonc­tion­naire (ou pas) le diri­gera, avec quelles équipes, de quelle pro­ve­nance. On peut avoir le meilleur comme le pire !

      Il est vrai par contre que l’ADEME va avoir de grosses sommes à gérer. C’est à sur­veiller comme le lait sur le feu. Car un trop plein de finan­ce­ment public ne rend jamais ni plus intel­li­gent, ni plus “orienté busi­ness”, ni plus clean. Au sens moral et éthique et pour les gens qui vont gra­vi­ter autour.

  • [4] - Guillaume a écrit le 5 février 2010 :

    Oui la taxe sur les bonus rem­place bel et bien ce qui était prévu dans le grand emprunt, puisque cette taxe rem­place 360 mil­lions d’euros qui auraient dû être trou­vés sur les mar­chés finan­ciers par l’emprunt de l’Etat. C’est donc une écono­mie de plus pour l’Etat. En outre, cette taxe ne vient pas finan­cer les PME mais ren­for­cer les fonds propres d’Oséo qui n’étaientt que de 1 mil­liard d’euros face à 15 mil­liards de risques pris par la garan­tie des prêts et autres cofi­nan­ce­ments.
    lire le compte rendu
    http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cfiab/09-10/c0910037.asp
    Il est clair que ce sont les fonc­tion­naires de Bercy qui s’occuperont des appels à pro­jets numé­riques pour consti­tuer le FNSN. Oséo sera t-il sol­li­cité pour de la simple ges­tion ? Sans doute, puisqu’on lui a déjà confié la simple ges­tion du FUI pour les pôles de compétitivité.

    • [4.1] - macha a répondu le 6 février 2010 :

      bon­jour guillaume. Pour com­prendre la situa­tion (les mil­liards don­nés à la recherche dans le grand emprunt, plu­tôt qu’à l’industrie ou aux PME), peut être que ce serait utile de lire le rap­port de l’Académie des sciences sur le bilan de la loi Allègre (1999). Il balance que les fai­blesses fran­çaises de valo­ri­sa­tion de la recherche. Il y a le concours de la créa­tion d’entreprise du minis­tère de la recherche et d’Oséo qui avait été créé en par­tie pour aider les cher­cheurs à trans­fé­rer leurs décou­vertes vers les entre­prises, quitte à créer eux-mêmes leurs boîtes. Mais cela ne suf­fit pas. Car il faut aussi accom­pa­gner plus long­temps en “amont” les créateurs-chercheurs dans leur labo avant de les lâcher dans la nature, face aux pré­da­teurs de toute sorte. Et puis, il y a le pro­blème du capi­tal de ces entre­prises. Le FSI pour­rait jouer un rôle plus grand dans l’amorçage (pour les pro­té­ger au début).
      Et sur­tout, j’ai l’impression que Pecresse veut que les cher­cheurs quittent leur sta­tut de “fonc­tion­naire” en labo, pour aller dans le privé (et vite) : c’est une poli­tique libé­rale qui consi­dère que la recherche fon­da­men­tale doit rapi­de­ment ser­vir l’économie (et sur­tout per­mettre de réduire les défi­cits en allé­geant gra­ve­ment la fonc­tion publique). Or, a priori, nos cher­cheurs choi­sissent sciem­ment de res­ter fonc­tion­naires (on les com­prend…) et donc de ne pas se lan­cer dans l’industrie.
      http://www.latribune.fr/journal/edition-du-0602/politique-france/360678/en-france-les-chercheurs-trouvent-mais-n-exploitent-pas.html
      http://www.academie-sciences.fr/publications/rapports/rapports_html/rapport_innovation_recherche_03_02_10.htm
      Mal­gré le sou­tien d’Oséo (qui est cité sur ce cré­neau de façon posi­tive), la mor­ta­lité des star­tups de la recherche est grande. C’est à dire qu’on ne donne pas les moyens aux cher­cheurs de réus­sir vrai­ment. Je pense sur­tout que dès qu’ils le peuvent, ils vendent leur entre­prise au plus offrant. De toute façon Oséo (en dehors de son job sur le concours qui est res­treint) et de sa dota­tion riqui­qui pour les créa­tions d’entreprises inno­vantes, je ne vois pas com­ment ils peuvent faire mieux.
      http://www.ecoles-entreprises.com/actu.php?id_article=4099
      “L’Académie des Sciences, dans un rap­port remis le 4 février à Valé­rie Pécresse, prône une plus grande péné­tra­tion de la recherche aca­dé­mique dans l’industrie.“
      Le lien entre recherche et indus­trie, les com­pli­ca­tions du Cré­dit d’impôt recherche, etc… c’est pour obli­ger les entre­prises du privé à embau­cher nos cher­cheurs.
      Enfin, la pri­va­ti­sa­tion des uni­ver­si­tés trouve comme argu­ment le mau­vais clas­se­ment de la France dans le pal­mares Shan­gai (bre­vets, etc).
      http://www.ifrap.org/Le-rapport-Aghion-et-ses-pistes-pour-la-reforme-de-l-Universite,11497.html
      http://www.ifrap.org/Universite-Osons-la-reforme,11386.html

      Il se passe des choses autour de la pri­va­ti­sa­tion de la recherche qui explique pour­quoi le grand emprunt finance à fond cette réforme. Mais au détri­ment de tout le reste. Notam­ment des créa­teurs qui ne sont pas cher­cheurs et qui ont besoin d’un coup de main aussi. Dom­mage.
      C’est un mas­sacre cette réforme des uni­ver­si­tés. Pour­quoi se cal­quer sur les US ou le Royaume-Uni ?
      Les cher­cheurs fran­çais et ingé­nieurs sont trop chers dans le privé et les entre­prises délo­ca­lisent leur R&D…
      Il fau­drait d’abord ras­su­rer tout le monde avant de réformer.

      • [4.1.1] - Guillaume a répondu le 6 février 2010 :

        @macha. Encore mieux. Donc le finan­ce­ment de recherche en universités/labos et donc des futurs créa­teurs d’entreprises de tech­no­lo­gie inno­vantes se fera direc­te­ment dans les uni­ver­si­tés (par­don, “cam­pus d’excellence) avec l’ANR (si on lit le tableau d’Olivier et on recoupe avec tes infos). L’avenir du concours natio­nal d’aide à la créa­tion d’entreprises de tech­no­lo­gies inno­vantes du minis­tère est donc for­te­ment com­pro­mis. Après 10 éditions, on com­prend que la ministre Pécresse veuille s’en déba­ras­ser. Le rap­port Aghion n’est pas inin­te­res­sant. Pour 30 mil­lions d’euros par an, ce n’est pas bien grave, à côté des mil­liards du grand emprunt confiés à l’ANR. Une énor­mité.
        En ce qui concerne tous les regrou­pe­ments de clus­ters et de pôles uni­ver­si­taires, lit ce blog (la jour­na­liste a tout com­pris). En 2005, on avait prévu une stra­té­gie, aujourd’hui (5 ans après) on en pré­voit une autre. Et dans deux ans… je te laisse devi­ner.
        http://blog.usinenouvelle.com/innovation/entreprise/grand-emprunt-combien-vaut-un-mit-a-la-francaise/
        On démul­ti­plie les choses. Les inter­ven­tions sont concur­rentes les unes des autres.

  • [5] - Mimi Socquette a écrit le 6 février 2010 :

    Je suis tel­le­ment sen­sible à la per­ti­nence de vos ana­lyses que ce que j’aimerais main­te­nant, c’est que vous disiez quoi faire selon vous, non pas si l’on était dans un autre contexte écono­mique, avec quelqu’un d’autre au gou­ver­ne­ment, et ainsi de suite. Mais là, tel qu’on est, où on est, comme on est et avec qui on a affaire, ici et autour.

  • [6] - fabien a écrit le 7 février 2010 :

    N’aurait on pas dû sup­pri­mer la baisse de la TVA des res­tau­ra­teurs pour limi­ter le mon­tant du grand emprunt ? Ou reve­nir sur le paquet fis­cal ?
    Cela nous aurait fait 5 à 10 mil­liards d’euros tout de suite pour l’innovation et les star­tups. Je viens de décou­vrir que Oséo finance aussi les res­tau­ra­teurs et les hote­liers ? Je ne pige pas très bien. Depuis quand ? En quoi c’est por­teur ?
    http://www.e24.fr/economie/france/article158886.ece/Bercy-veut-faire-aimer-la-baisse-de-la-TVA-dans-la-restauration.html
    http://www.latribune.fr/static/pdf/brief_promotion.pdf

  • [7] - Pierre Col - Kizz TV a écrit le 10 février 2010 :

    Merci pour ce remar­quable tra­vail d’analyse et de mise en perspective.

  • [8] - Pierre Jol a écrit le 14 février 2010 :

    En réponse à Oli­vier sur les 360 mil­lions du bonus ban­caire, c’est effec­ti­ve­ment pour reca­pi­ta­li­ser Oséo et sa branche bancaire.

    Quand aux prêts par­ti­ci­pa­tifs à dis­tri­buer avec le mil­liard du grand emprunt, ils concer­ne­ront un type tout à fait par­ti­cu­lier d’entreprise : elles devront être ren­tables (donc elles rem­bour­se­ront, et même plus).

    Oséo n’est donc plus l’organisme “d’aide” mais un sem­blant de banque qui prête avec des taux d’intérêt aux côtés de banques (pour réduire leur prise de risque) et aux côtés des capitaux-risqueurs.

    On ne peut pas dire que cette banque Oséo pèse sur le bud­get de l’Etat, com­pa­ra­ti­ve­ment au FNSN, à l’Ademe ou à l’ANR… et son cor­tège de fonctionnaires.

    Je dis bien “banque” car Mme Lagarde l’a incluse dans son pro­jet de loi sur la régu­la­tion ban­caire. Oséo bdpme va car­ré­ment absor­ber oséo anvar ; une banque absorbe un orga­nisme d’aide publique. Autant dire que demain l’aide publique directe va dis­pa­raître au pro­fit du prêt.

    C’est impor­tant de le savoir pour la suite des événe­ments. Et d’ailleurs, avons nous le choix face au défi­cit public ? Ce qui est par contre indé­fen­dable, c’est de lais­ser d’autres agences publiques croître ou naître, sur les cendres des autres, avec la pos­si­bi­lité de dis­tri­buer des sub­ven­tions et des avances rem­bour­sables à taux 0. Alors que ces mêmes agences n’ont pas les outils de ges­tion et de prise de déci­sion aussi poin­tus que ceux d’Oséo dans son ensemble (sofa­ris incluse).

    • [8.1] - Aleccio a répondu le 15 février 2010 :

      Bon­jour,

      C’est ma pre­mière inter­ven­tion sur ce blog et je tiens à féli­ci­ter son auteur pour le tra­vail fourni, la qua­lité des articles et la clarté des analyses.

      @Pierre Jol : Votre com­men­taire m’a inter­pellé parce que je pen­sais que OSEO BDPME avait déjà fusionné avec OSEO ANVAR il y a déjà quelques années. Pour­quoi professez-vous aujourd’hui que l’aide publique directe va dis­pa­raitre au pro­fit du prêt?

      Au contraire, il me sem­blait que, tout récem­ment dans les cahiers de la com­pé­ti­ti­vité, Fran­çois Drouin par­lait de réduire les sou­tiens de tré­so­re­rie et d’augmenter les aides en matière d’investissement, d’innovation et d’international.

      • [8.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 15 février 2010 :

        Bon­jour Aleccio,

        Il faut en fait dis­tin­guer les aspects juri­diques, sta­tu­taires et orga­ni­sa­tion­nels. Oséo ne fait plus qu’un du point de vue du mana­ge­ment et de l’organisation depuis 2006. Mais c’est en fait un ras­sem­ble­ment d’entités aux sta­tuts dif­fé­rents, notam­ment pour Oséo Inno­va­tion. La fusion “juri­dique” est en cours. Cela a visi­ble­ment pris plus de temps que prévu.

        • [8.1.1.1] - Aleccio a répondu le 15 février 2010 :

          Bon­jour Oli­vier,
          Merci pour cette réponse. Dois-je en conclure que vous pen­sez, comme Pierre Jol, que la concré­ti­sa­tion de cette der­nière étape « juri­dique » sonne le glas de l’intervention d’OSEO sous forme de sub­ven­tion pour les pro­jets inno­vants ?
          Dans ce cas, com­ment com­prendre (par exemple) le lan­ce­ment du Fond Régio­nal pour l’Innovation en Ile de France ?
          http://www.innovation-idf.org/fr/actualites/actu-partenaires/1822-lancement-du-fonds-regional-pour-linnovation-en-ile-de-france
          OSEO mise 3 mil­lions d’euros par an, la région 9. Certes cela reste faible en com­pa­rai­son des besoins sur l’Ile de France. En revanche, OSEO assure l’ensemble de la ges­tion du fonds qui sera des­tiné à un finan­ce­ment sous forme de sub­ven­tions. Est-ce un « os à ron­ger » lancé aux insi­ders de l’ex OSEO-Anvar, pour qu’ils ne se sentent pas trop floués par la nou­velle poli­tique de l’institution ? Est-ce une astuce poli­tique bon mar­ché pour se don­ner une image « éco-innovante » ? Ou est-ce une réelle volonté d’intervenir aux côtés des por­teurs de pro­jets ? Peut-être un peu des trois…
          Ce qui est cer­tain, c’est qu’OSEO à investi 400 mil­lions d’euros en 2009 en avances rem­bour­sables et sub­ven­tions en accom­pa­gne­ment de 4000 pro­jets inno­vants (cf. Bilan 2009 d’OSEO). Et annonce autant pour 2010.
          Alors, quid du finan­ce­ment public de l’innovation hors cré­dit d’impôt recherche (qui est un dis­po­si­tif très dis­cu­table mais c’est un autre débat) ? Va-t-on se diri­ger vers du 100% d’appels à pro­jets ?
          Pierre Jol à rai­son, c’est très impor­tant de le savoir pour la suite des évène­ments. Quel est votre avis la dessus ?

          • [8.1.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 15 février 2010 :

            Pierre enterre peut-être un peu trop vite le rôle d’Oséo Inno­va­tion qui aide les star­tups en phase d’amorçage. Le chan­ge­ment de sta­tut ne pas pas réduire cette mis­sion que je sache.

            En fait, Oséo est le seul à avoir la taille cri­tique pour trai­ter les mil­liers de dos­siers à l’échelle natio­nale. Cela explique ces par­te­na­riats divers. Celui que vous citez avec la Région Ile de France est en droite ligne d’un par­te­na­riat équi­va­lent avec la Ville de Paris (en fait, pour être plus pré­cis, le Dépar­te­ment de Paris) conclu en 2009. C’est l’association de bud­gets natio­naux et locaux et des res­sources humaines d’Oséo Inno­va­tion pour trai­ter les dos­siers. Cela relève aussi d’une approche de cofi­nan­ce­ment bien cou­rante en France.

    • [8.2] - macha a répondu le 16 février 2010 :

      :) j’ai trouvé le pro­jet de loi avec ce lien
      http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl2165.asp
      c’est pas la mort non plus. Ca ne change rien pour les entre­prises. Il est bien dit que les acti­vi­tés sur l’innovation seront dis­tinctes du finan­ce­ment et de la garan­tie, même avec cette absorp­tion par la banque. Les comptes seront sépa­rés.
      Le plus embê­tant ce n’est pas cela. C’est plu­tôt le grand emprunt et le FNSN sur le déve­lop­pe­ment de l’économie numé­rique. J’ai trouvé, enfin, le docu­ment qui dit tout.
      Regar­dez page 66
      http://www.performance-publique.gouv.fr/fileadmin/medias/documents/ressources/PLFR2010/PLFR1.pdf
      Oli­vier pourra comme cela enquê­ter plus faci­le­ment.
      En fait, le fonds est géré par la CDC. Pour ce qui est des pro­jets inno­vants sur les usages et conte­nus, ils vont pou­voir tou­cher pra­ti­que­ment tous les sec­teurs clés (santé, éduca­tion, ville, tou­risme, réseaux, trans­port, com­merce, loi­sirs, envi­ron­ne­ment, ser­vices mobiles… ma grand mère). Tout est détaillé page 69 et 70. Les pro­jets seront finan­cés en sub­ven­tions (pour les 2/3) et en avances rem­bour­sables (pour le 1/3 res­tant).
      Ce pro­gramme Eco­no­mie Numé­rique est piloté au com­mis­sa­riat du gou­ver­ne­ment par M. Lavisgne.

      Tan­dis que le pro­gramme sur la crois­sance des PME est piloté par Luc Rous­seau (de la DGCIS). C’est ce pro­gramme qui implique un peu Oséo (avec la CDC). Et dans le docu­ment il est bien dit que ce seront des prêts ou avances à faire pour 50% d’entre eux avec le réseau ban­caire (c’est un objec­tif clai­re­ment indi­qué). Il cite aussi les 200 mil­lions d’euros pour les pôles de com­pé­ti­ti­vité mais dans une logique de struc­tu­ra­tion des pôles indus­triels. Ils rêvent ou quoi ? Les prêts verts de Estrosi sont cité aussi.
      Il y a aussi 180 Mil­lions pour la relo­ca­li­sa­tion com­pé­ti­tives d’entreprises indus­trielles (on aura tout vu).

      En gros, Oséo inno­va­tion va se taper ce que plus per­sonne ne veut : l’industrie (avec les pôles) et ses catas­trophes de délo­ca­li­sa­tions qu’il fau­dra frei­ner… Tan­dis que le FNSN aidé par les fonc­tion­naires du minis­tère de l’industrie (ex-Drire) et la CDC vont tra­vailler dans le sec­teur numé­rique plus por­teur et dans lequel Oséo Inno­va­tion a bossé déjà (la moi­tié de son acti­vité).
      C’est page 65

      C’est un vrai gachis.

      • [8.2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 16 février 2010 :

        Macha, le deuxième lien de mon article poin­tait déjà sur le pro­jet de loi ! Je l’ai uti­lisé ainsi que le rap­port de la com­mis­sion des finances de l’Assemblée pour consti­tuer le tableau de répar­ti­tion du Grand Emprunt dans l’article.

        Je suis sinon un peu blasé par ces dis­cus­sions sur le qui gère quoi dans ce bazar. Oséo, CDC, FNSN, etc. Cela reste du sec­teur public. Cela reste com­pli­qué. Cela reste aussi poli­tique au sens de la gou­ver­nance. Et par­fois, à des niveaux insoup­çon­nés. Vous n’avez pas idée ! Par­fois, telle déci­sion est prise non pas pour res­pec­ter tel ou tel cor­pus idéo­lo­gique (plus ou moins d’Etat, etc) ou finan­cier (réduire la dette) mais pour satis­faire telle ou telle per­sonne ou lobby (haut fonc­tion­naire, syn­di­cat pro­fes­sion­nel, etc). Les inter­pré­ta­tions sur “Oséo perd ceci ou gagne cela par rap­port à la CDC, aux banques, etc” sont alors un peu à côté de la plaque. Nous n’avons jamais le détail du pour­quoi de nom­breuses déci­sions ! Donc, ne les sur­in­ter­pré­tons pas !

        Je ne pense pas qu’il y ait de “grand plan” comme cer­tains d’entre vous y font allu­sion. Le gou­ver­ne­ment navigue à vue. Il suit sur­tout comme il le peut les dési­dé­rata de l’Elysée. Rappelez-vous l’origine du Grand Emprunt : une idée d’Henri Guaino, pous­sée ensuite par Nico­las Sar­kozy et impo­sée à deux anciens pre­mier ministres récal­ci­trants mis dans la boucle pour les neu­tra­li­ser, et qui disent en privé que le Grand Emprunt est une bêtise. On a ensuite un par­le­ment qui tra­vaille en pro­cé­dure d’urgence, sans avoir le temps d’étudier les dos­siers. Comme l’Elysée ne tra­vaille pas assez les détails et l’exécution, elle laisse ensuite les Minis­tères s’approprier le GU. Et on est revenu au sau­pou­drage habi­tuel, à la culture du consen­sus, et on s’est un peu éloi­gné de l’objectif de géné­ra­tion de crois­sance. On a aussi fait plai­sir aux cher­cheurs, avec plus de cinq ans de retard par rap­port aux grèves de 2004/2005. Très bien, mais alors, on aurait du appe­ler cela le “Grand Emprunt pour la Recherche”. Pas pour la crois­sance, bien plus loin­taine, et que l’on sera bien infi­chue de mesu­rer, ou tout du moins d’attribuer aux effets du Grand Emprunt !

        Compte tenu de ses effec­tifs et de sa pré­sence régio­nale, je ne pense pas qu’Oséo sera un “laissé pour compte” de toutes ces ini­tia­tives. Et ce n’est pas pour leur faire plai­sir que je dis cela. Notez que Fran­çois Drouin siège au conseil d’administration de l’ANR avec voix consul­ta­tive. Regar­dez qui siège dans les conseil d’administration de toutes ces orga­ni­sa­tions : les mêmes per­sonnes, sou­vent des hauts fonc­tion­naires de Minis­tères issus des mêmes grands Corps de l’Etat et qui se connaissent bien.

        Ce que nous devrions regar­der de plus près, c’est le mode d’attribution de tous ces sub­sides. Quel est le ratio entre fonc­tion­naires (ou agents d’entreprises publiques, peu importe) et bud­gets attri­bués ? Il me semble qu’il va y avoir un réel pro­blème à l’ADEME, à la CDC, au FNSN et à l’ANR. Contrai­re­ment à Oséo qui est bien staffé. Ils vont devoir dis­tri­buer dans la durée des bud­gets signi­fi­ca­tifs avec peu de res­sources humaines. Par exemple, les effec­tifs per­ma­nents de l’ANR sont de l’ordre de la cen­taine de per­sonnes. Ils pilotent une foul­ti­tude de comi­tés de sélec­tion d’appels à pro­jets et font appel à plus de 15000 experts ! Les cham­pions des allo­ca­tions bud­gé­taires du privé sont encore les grandes entre­prises habi­tuelles (Tha­lès, etc). On retrouve un cir­cuit équi­va­lent à celui des Pôles de Com­pé­ti­ti­vité. En fait, l’ANR est une des sources de finan­ce­ment des Pôles en plus du FUI géré par Oséo.

        Le rôle de sur­veillance du Par­le­ment et de la Cour des Comptes sera cri­tique. Car des abus, il y en aura !

  • [9] - Pierre Jol a écrit le 15 février 2010 :

    @aleccio et oli­vier. Bon­soir. J’ai lu comme vous la presse citant les objec­tifs de M. Drouin pour Oséo. Les fameux “3i” (pour inno­va­tion, inves­tis­se­ment, international).

    En fait, à mon avis, cela signi­fie sur­tout qu’Oséo ne sou­haite pas avoir pour seule mis­sion le rem­plis­sage de tré­so­re­rie des entre­prises en dif­fi­cul­tés comme durant la crise (avec le plan de relance). Les PME finissent par ne rete­nir que cela.… Ce serait extrê­me­ment dan­ge­reux pour l’institution ban­caire à terme. Cette der­nière, qui devien­dra tota­le­ment une banque, pré­fère quit­ter peu à peu la scène de la crise… pour se tour­ner vers son coeur de cible : les belles entre­prises, de taille inter­mé­diaire, sur les­quelles des finan­ce­ments comme les “contrats de déve­lop­pe­ment” (inno­va­tion, par­ti­ci­pa­tif, inter­na­tio­nal, etc) peuvent être pra­ti­qués avec des marges.

    Ensuite, les par­te­na­riats avec les régions per­mettent jus­te­ment de finan­cer les créa­tions d’entreprises, et encore, pour un court laps de temps et des sommes modiques. La ges­tion est confiée à Oséo pour des rai­sons pra­tiques (le tra­vail de ges­tion est chro­no­phage). Comme on confie la ges­tion du finan­ce­ment des pro­jets des pôles. Mais Oséo dans ce cadre, n’instruit pas les projets.

    Il va bien y avoir un bou­le­ver­se­ment. Les Villes et les conseils régio­naux vont dif­fi­ci­le­ment pou­voir se sub­sti­tuer tota­le­ment aux mis­sions réga­liennes de l’Etat… Ce serait sui­ci­daire aussi pour elles.

    Enfin, les banques se sont enga­gées à faire davan­tage de prêts moyen long terme pour les PME (ren­tables). Mais ce dont ces der­nières ont besoin c’est de tré­so­re­rie court terme. Avec la crise, les PME sont au bord du gouffre. Les créa­teurs d’entreprises auront de plus en plus de mal à trou­ver des finan­ce­ments. Or, avec le chô­mage, nombre de jeunes cadres n’ont pas d’autre choix que ten­ter l’aventure…

    Il y a un gros dilemne… Cela va explo­ser. Mais avant que l’on ait pu com­prendre… de toute façon.

  • [10] - Pierre Jol a écrit le 15 février 2010 :

    Excellent guide. Petites cor­rec­tions (au pas­sage, et sans grande importance).

    Page 152 : Sofa­ris (Oséo garan­tie) n’est pas un orga­nisme indé­pen­dant. Il fai­sait par­tie (avant 2006) de la BDPME (Oséo finan­ce­ment) : la BDPME regrou­pait depuis 1996, le CEPME (cré­dit d’équipement des PME) et la Sofa­ris (Société fran­çaise d’assurance risque); La CDC et les banques sont action­naires de Sofa­ris. Ensuite, à par­tir de 2005, la BDPME et ANVAR (oséo inno­va­tion) se sont rap­pro­chées (et n’ont pas fusionné) pour don­ner nais­sance à OSEO. En 2010 peut être, la Sofa­ris et Anvar seront tota­le­ment absor­bés par le CEPME.

    Page 151 : le PPA peut faire suite soit à une aide à l’innovation d’Oséo soit à tout autre type d’aide à l’innovation (de type R-D I) par exemple régio­nale, pour des entre­prises de moins de 5 ans d’existence, et pour pré­pa­rer au mieux une levée de fonds.

    Page 151 : le PCE (prêt à la créa­tion) n’est pas direc­te­ment octroyé par Oséo à un créa­teur d’entreprise. C’est la banque du créa­teur qui fait le prêt, puis qui le signale à Oséo à tra­vers un extra­net spé­ci­fique, afin que Oséo puisse com­plé­ter par un prêt jusqu’à 7 000 euros et le garan­tir. Le PCE concerne très rare­ment les entre­prises tech­no­lo­gi­que­ment inno­vantes… Il per­met de se consti­tuer une petite tré­so­re­rie de démar­rage pour s’équiper (ordi­na­teur, etc).

    Concer­nant le rôle d’Oséo dans le grand emprunt, il est for­cé­ment mineur. Les 1 mil­liards d’euros ne seront dis­tri­bués direc­te­ment par Oséo que sous forme de prêts ban­caires par­ti­ci­pa­tifs pour une caté­go­rie très par­ti­cu­lière d’entreprises (de crois­sance, ren­tables…). M. Drouin vous a t-il dit si cela concer­nait les créa­teurs d’entreprises, les star­tups ? Pour le reste (avances et sub­ven­tions), tout se fera par les appels à pro­jets (pro­jets col­la­bo­ra­tifs) avec une sélec­ti­vité dras­tique (par les fonc­tion­naires des minis­tères). De même que le concours natio­nal de la créa­tion d’entreprises de tech­no­lo­gies inno­vantes est aussi très sélectif…

    Rien ne dit que la dota­tion d’Oséo Inno­va­tion pour l’aide clas­sique (sub­ven­tion et avance à taux 0 rem­bou­sable en cas de suc­cès) sera péren­ni­sée au delà de 2011… Le Pre­mier ministre nous annonce des réduc­tions énormes de défi­cits qui vont faire peur (en rai­son du grand emprunt jus­te­ment, qui sera sur­tout géré par les nou­velles agences, la recherche avec l’ANR et les universités).




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