Jusqu’où peut aller la Politique 2.0 ?

Publié le 14 février 2009 et mis à jour le 23 février 2009 - 6 commentaires -
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L’élection de Barack Obama et son arri­vée à la Mai­son Blanche ont été l’occasion de s’ébaubir sur l’usage des tech­no­lo­gies numé­riques et des réseaux sociaux dans l’art d’accéder au pou­voir et de l’exercer. En France, le même thème était à l’ordre du jour pen­dant la der­nière cam­pagne pré­si­den­tielle, ali­menté notam­ment par le concept de “démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive” de Ségo­lène Royal. Sans comp­ter les nom­breux élus qui tiennent un blog, ont un site web ou ont un groupe d’amis sur Facebook.

Tout cela est très dans l’air du temps. Mais jusqu’où peut donc aller la “poli­tique 2.0” ? Quelles sont ses limites ? Est-ce que l’exercice du pou­voir est com­pa­tible avec les modèles du web 2.0 ?

C’est ce voir dans ce post struc­turé en cinq points qui s’appuieront sur les exemples amé­ri­cains et français :

  • Du par­ti­ci­pa­tif hori­zon­tal à l’influence pyra­mi­dale, où com­ment les méca­niques d’influence évoluent une fois le can­di­dat arrivé au pouvoir.
  • Une com­mu­ni­ca­tion poli­tique “très broad­cast” qui rap­pelle que l’essentiel de la com­mu­ni­ca­tion poli­tique reste à sens unique, avec ou sans nou­velles technologies.
  • Le rôle de la culture mana­gé­riale dans la mise en pra­tique des prin­cipes par­ti­ci­pa­tifs du web 2.0.
  • Le rôle de la péda­go­gie dans la com­mu­ni­ca­tion poli­tique et gouvernementale.
  • A la fin, nous pas­se­rons aux tra­vaux pra­tiques par le tru­che­ment d’une expé­rience per­son­nelle inté­res­sante que je par­ta­ge­rai avec vous…

Avec en toile de fond, quelques obser­va­tions : les pra­tiques des poli­tiques ne changent pas tant que cela avec les outils du web 2.0. Certes, la com­mu­ni­ca­tion s’accélère et les mises en réseau sont plus nom­breuses entre les mili­tants et les citoyens, mais l’usage qui est fait du web 2.0 par les poli­tiques eux-mêmes reste limité au “broad­cast” du fait de la pos­ture, de pra­tiques qui n’évoluent pas tant que cela et aussi d’un manque de temps. La “poli­tique 2.0” est fina­le­ment plus une affaire de mili­tants et de citoyens qu’une affaire de poli­ti­ciens et de gou­ver­nants. Mais l’esprit 2.0 peut émer­ger dans les pra­tiques poli­tiques, le numé­rique n’étant là que pour faci­li­ter ces pra­tiques : écoute, trans­pa­rence, recon­nais­sance de la société civile, pro­ces­sus de concer­ta­tion plus ouvert, le tout avec des res­sources plus adaptées.

Du par­ti­ci­pa­tif hori­zon­tal à l’influence pyramidale

L’équipe de Barack Obama a cer­tai­ne­ment poussé le concept de la “Poli­tique 2.0” le plus loin à ce jour tant pen­dant la cam­pagne qu’après son arri­vée à la Mai­son Blanche. Au point de créer une sorte de “cli­cko­cra­tie” selon Le Monde, com­men­tée par l’ami Jean-Michel Billaut. L’affaire de l’équipement en Black­Berry d’Obama était symp­to­ma­tique de la volonté de la nou­velle équipe d’apparaitre d’aligner le fonc­tion­ne­ment du gou­ver­ne­ment avec celui de la société.

Pen­dant la cam­pagne Obama, les outils web 2.0 avaient servi à amé­lio­rer le maillage des mili­tants entre eux pour l’action ter­rain et à orga­ni­ser un gigan­tesque “Oba­ma­thon” col­lec­tant 500 mil­lions de dol­lars de dona­tions pour finan­cer la cam­pagne. Il fal­lait faire feu de tout bois pour convaincre les voi­sins et les com­mu­nau­tés eth­niques, sociales, pro­fes­sion­nelles ou géo­gra­phiques de s’inscrire sur les listes élec­to­rales et de voter pour Obama. La cam­pagne avait ceci d’exemplaire qu’il y avait acti­va­tion de cen­taines de mil­liers de volon­taires à la fois sur Inter­net, au télé­phone et sur le ter­rain. Un phé­no­mène dit “grass­roots” mis à la sauce “click and mor­tar”. Le web 2.0 fonc­tion­nait aussi à plein dans les médias par­ti­ci­pa­tifs. Comme dans le Huf­fing­ton Post ainsi qu’avec le Daily Kos, deux blogs deve­nus des médias à part entière avec des équipes à temps plein et des cen­taines de com­men­taires de lec­teurs par article (exemple récent avec plus de 400 commentaires) !

L’équipe Obama cherche à main­te­nir l’esprit par­ti­ci­pa­tif de la cam­pagne pour mener à bien ses réformes. Mais le mode d’influence sera méca­ni­que­ment dif­fé­rent. Il s’agit main­te­nant d’influencer les élus du congrès sur le vote de textes de loi par­fois assez tech­niques. Même si les chan­ge­ments qu’Obama veut insuf­fler vont tou­cher la vie des gens – santé – emploi – éner­gie -, l’approche d’influence sera beau­coup plus pyra­mi­dale que pen­dant la cam­pagne. On retom­bera dans une démo­cra­tie à étages pas­sant par des élus, des lob­bies et des spé­cia­listes. Tout ceci va réduire le nombre de citoyens impli­qués et deve­nir plus une affaire de spé­cia­listes. L’engouement et l’aspiration liés à la cam­pagne élec­to­rale ne seront pro­ba­ble­ment pas égalés dans cette phase. Même si ils seront peut-être relan­cés avec les élec­tions “mid term” du congrès qui auront lieu dans 18 mois.

USCapitol

L’autre enjeu pour l’équipe Obama sera de limi­ter les effets des cam­pagnes média­tiques des répu­bli­cains conser­va­teurs qui com­mencent à se déchaî­ner, en par­ti­cu­lier sur Fox News. Comme pen­dant la cam­pagne, il leur fau­dra orga­ni­ser les contre-enquêtes, struc­tu­rer les “tal­king points”, réagir rapi­de­ment. His­toire d’éviter des his­toires à la Whi­te­wa­ter qui avaient miné les débuts du pre­mier man­dat de Clinton.

Et puis, un pré­sident ne peut pas don­ner dans le par­ti­ci­pa­tif sur les sujets de poli­tique étran­gère et de sécu­rité natio­nale. On est loin de la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, mais dans le pri­vi­lège de l’exécutif, quand bien même il est condi­tionné par cer­taines appro­ba­tions par la branche légis­la­tive, très puis­sante aux USA.

Une com­mu­ni­ca­tion poli­tique très “broadcast”

Mal­gré tous les dis­cours sur le par­ti­ci­pa­tif, la majo­rité des outils numé­riques employés par les poli­tiques relèvent du “broad­cast” : c’est de la dif­fu­sion de mes­sages à grande échelle. Sur­tout à l’échelon natio­nal. Le par­ti­ci­pa­tif fonc­tionne bien mieux à l’échelon local lorsqu’il y a une réelle proxi­mité, ne serait-ce que géo­gra­phique, entre les élus et les citoyens.

Dans le cas d’Obama, le broad­cast était lar­ge­ment uti­lisé pen­dant la cam­pagne : ava­lanche de spots publi­ci­taires, mes­sages envoyés en SMS et sur Twit­ter, sites web, etc. La prio­rité au broad­cast a été encore plus mani­feste après son arri­vée à la Mai­son Blanche. A la fois parce que l’exercice du pou­voir est dif­fé­rent d’une cam­pagne élec­to­rale, mais aussi du fait des habi­tudes et des outils en place.

En voici deux illus­tra­tions. Avec tout d’abord le cas du “blog” de la Mai­son Blanche qui est sur­tout un fil de news (et pour la petite his­toire, le site semble déve­loppé en tech­no­lo­gie Micro­soft .NET, ce qui est rare). Sous Bush, cela s’appelait les news, mais c’était pareil. Dans ce “blog”, on ne peut pas com­men­ter les articles. Ce qui se com­prend bien : le site est un lieu de pou­voir, avec ses sym­boles et sa solen­nité. Cela ne peut pas être un lieu de dis­cus­sion et de pas­sion. La dis­cus­sion doit avoir lieu ailleurs sur un ter­rain moins institutionnel.

White House blog

Autre exemple, ces “weekly addresses” d’Obama qui remettent au goût du jour les cau­se­ries au coin du feu de Frank­lin D. Roo­se­velt. Elles opti­misent sur­tout le “reach” pour tou­cher un maxi­mum de citoyens et même d’étrangers, en ligne ou hors ligne. Il y en eu trois “weekly addresses” à ce jour qui sont télé­char­geables en MP4, à une vitesse rare­ment vue sur un site web : 1,2 Mo/s. La pre­mière était en 720p, mais les sui­vantes ont été rétro­gra­dées en un for­mat 720x405 de qua­lité, his­toire pro­ba­ble­ment d’économiser un peu de bande pas­sante ou de s’adapter aux capa­ci­tés des ordi­na­teurs de l’audience. Détail de geek, certes, mais qui illustre la volonté des équipes d’Obama de pro­duire de la “bonne vidéo”, comme cela avait été le cas pour la conven­tion démo­crate de Den­ver. On trouve évidem­ment ces allo­cu­tions comme celles de la période de tran­si­tion sur You­Tube. Et avec des com­men­taires. Mais la reprise de la décla­ra­tion du 31 jan­vier n’a généré que neuf commentaires !

On pou­vait sur­tout admi­rer les pre­miers jours de la pré­si­dence Obama dans la capa­cité à uti­li­ser les sym­boles dans une optique de com­mu­ni­ca­tion et à l’échelle pla­né­taire : le voyage de Phi­la­del­phie à Washing­ton dans le train de Lin­coln, l’anniversaire de la nais­sance de Mar­tin Luther-King la veille de l’investiture avec un grand concert, la bible de Lin­coln pen­dant la pres­ta­tion de ser­ment, la marche dans Penn­syl­va­nia Ave­nue le jour de l’inauguration, l’annonce de la fer­me­ture de Guan­ta­namo (tech­ni­que­ment très com­plexe), les annonces sur l’environnement, l’envoi d’un émis­saire pour la paix au proche orient, la main ten­due au monde musul­man, la fer­meté avec l’envoi de mis­siles au Pakis­tan et une approche bipar­ti­sane tant que pos­sible, à com­men­cer par la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment. A part avec les ratés dans les nomi­na­tions de cer­tains membres de son cabi­net pour cause de fraude fis­cale, et les len­teurs du bou­clage du plan de relance, la com­mu­ni­ca­tion d’Obama a eu presque tout bon jusqu’à pré­sent. Mais dans une approche média­tique clas­sique, fonc­tion­nant d’ailleurs à l’échelle planétaire.

La mani­pu­la­tion des sym­boles est fon­da­men­tale en poli­tique. Elle ins­pire, elle donne l’exemple, elle s’appuie sur des réfé­rences par­ta­gées. Tout ceci contraste avec notre Pré­sident qui s’était pris les pieds dans le tapis avec le Fouquet’s et le yacht de Bol­loré. Sans comp­ter les nom­breuses mal­adresses ver­bales, du Salon de l’Agriculture aux remarques récentes sur les chercheurs.

Site web Elysee

La com­mu­ni­ca­tion pré­si­den­tielle fran­çaise met lar­ge­ment l’accent sur la vidéo, encore plus qu’aux USA. La cam­pagne élec­to­rale de 2007 avait été mar­quante dans le camp du gagnant par son usage de la vidéo avec la “NSTV”. Le plus sou­vent au détri­ment du texte tant il était dif­fi­cile de mettre la main sur le pro­gramme du can­di­dat. Seule l’UMP pro­po­sait une pla­te­forme avec plus de 500 pro­po­si­tions, mais dans un for­mat pas adapté au grand public. Le pré­sident par­ti­cipe à des confé­rences de presse, notam­ment lors de ses dépla­ce­ments à l’étranger et les trans­crip­tions et vidéos sont dis­po­nibles. Mais on est loin d’avoir un brief quo­ti­dien comme aux USA. C’est sans doutes aussi lié au côté bicé­phale de l’exécutif fran­çais et aussi à la mal­heu­reuse expé­rience des points presse heb­do­ma­daires de David Mar­ti­non. Alors, on fait du broad­cast : le site de l’Elysée est pré­senté comme la chaine de télé­vi­sion du Pré­sident, qui enclenche une vidéo de sa der­nière inter­ven­tion dès son ouverture.

Blog VGE

Les poli­tiques se sont sinon lan­cés dans les blogs depuis quelques années. Mais la com­mu­ni­ca­tion y est tout aussi “broad­cast”, à sens unique. Domi­nique Strauss-Kahn blog­gait avant sa nomi­na­tion au FMI, mais il ne répon­dait pas aux com­men­taires. Le blog de VGE créée une pos­ture de supé­rio­rité en ne répon­dant aux com­men­taires que dans des posts, et pas dans le fil des com­men­taires. Chez Alain Juppé, c’est plus simple : très peu de com­men­taires, à défaut de lec­teurs. La plu­part des blogs des poli­tiques, même quand ils sont dans l’opposition, sont main­te­nus et modé­rés par leurs équipes.  Ils reprennent le plus sou­vent les prises de posi­tion, inter­ven­tions et autres inter­views de ces élus. On est loin de véri­tables “conver­sa­tions”. Ségo­lène Royal avait de son côté lancé le site Désirs d’avenir en 2006, qui est tou­jours vivant. Mais elle ne s’y implique pas. Et dans ses mee­tings de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive, elle venait avec un dis­cours tout prêt conçu pour le jour­nal télé­visé et s’impliquait assez peu dans les débats.

Mar­tine Aubry a bien un blog, mais son site ne répond pas au moment où j’écris. Chez le jeune et sémillant Benoit Hamon, nous avons encore un blog “one way” tout comme un compte Twit­ter (mort-né) qui servent plus de revue de presse qu’à autre chose. Si on conti­nue à balayer l’échiquier poli­tique fran­çais, Fran­çois Bay­rou n’a pas de blogs, mais plu­tôt des sites qui parlent de lui, Oli­vier Besan­çe­not n’a pas de Blog non plus, et idem au PC et au FN.

Blog Benoit Hamon 

L’outil ne fait donc pas le moine ! Il y a aussi une dif­fi­culté concep­tuelle à se mélan­ger au “bon peuple”. Le pou­voir semble avoir peur de se désa­cra­li­ser ! On est bien loin de l’esprit “2.0” qui prône une cer­taine symé­trie entre contri­bu­teur et lec­teur, l’un pou­vant deve­nir l’autre !

Le manque de temps – quand ce n’est pas le cumul des man­dats - expliquent aussi une pos­ture qui ne prête pas à l’échange. Jean-Louis Mis­sika, actuel­le­ment Maire Adjoint de Paris en charge de l’innovation me racon­tait récem­ment à quel point il est gêné d’intervenir solen­nel­le­ment dans de nom­breuses confé­rences et de s’enfuir juste après. Son agenda ne lui per­met pas de pas­ser plus de temps sur place, de répondre à des ques­tions, de se bala­der. Alors que lui même exé­crait les poli­tiques qui se com­portent ainsi ! Ainsi, lorsque dans une confé­rence quel­conque, on voit un Ministre arri­ver en retard pour son inter­ven­tion, que l’agenda est bou­le­versé pour y caser une inter­ven­tion mal­adroi­te­ment lue de 10 ou 20 minutes sans inter­ac­tion avec l’audience, là encore, l’esprit par­ti­ci­pa­tif du 2.0 est bien loin. D’où la per­for­mance remar­quée d’une Chris­tine Lagarde lorsqu’elle s’adonne à une ses­sion de questions/réponses en anglais dans la confé­rence LeWeb en décembre dernier.

Speakers Day 2 (128)

Alors, la poli­tique sera véri­ta­ble­ment “2.0” lorsque la pos­ture dans le monde réel des poli­tiques se trans­for­mera. Pas seule­ment lorsqu’ils ou leurs équipes adop­te­ront les outils Inter­net du web 2.0 pour aug­men­ter la puis­sance de dif­fu­sion de leurs messages !

L’importance de la culture managériale

Avec le recul, la “poli­tique 2.0” est sur­tout une affaire de pos­ture mana­gé­riale et d’écoute. Porte ouverte contre porte fer­mée. Mana­ge­ment bala­deur contre mana­ge­ment très hié­rar­chique. Ecoute du ter­rain contre tour d’ivoire. Empa­thie contre inti­mi­da­tion. Un poli­tique qui écoute bien pourra faire un peu de “2.0”. Un poli­tique qui écoute peu et ne pose pas assez de ques­tions aura du mal. Ou il fera semblant.

Bush 43 était un bon contre-exemple de 2.0 : son incom­pé­tence abys­sale comme celle d’une grande par­tie son équipe étaient dou­blées de valeurs mana­gé­riales qui excluaient l’écoute, l’intelligence et la rai­son et pri­vi­lé­giaient l’idéologie et les idées simples (pléo­nasme). Et aussi le copi­nage, comme dans le cas de Michael Brown, ce direc­teur de la FEMA dépassé par les événe­ment pen­dant Katrina en sep­tembre 2005. La totale ! Qui explique beau­coup de choses : l’exemplarité par la médio­crité ne pou­vait pas géné­rer le meilleur des gouvernements !

Cette pos­ture mana­gé­riale et idéo­lo­gique est à l’origine du fiasco de la guerre en Irak. Cette guerre était pro­ba­ble­ment inutile dans l’absolu. Mais l’équipée Bush a tout sabordé dans son exé­cu­tion à cause de graves manques de mana­ge­ment. Par exemple, le fait que le Sec­Def Donald Rum­sfeld n’en fai­sait qu’à sa tête, sans écou­ter les avis de l’équipe char­gée de la recons­truc­tion du pays menée par le géné­ral Jay Gar­ner, ou que le peu de potable de la machine gou­ver­ne­men­tale – notam­ment du Dépar­te­ment d’Etat - était court-circuité par la Vice Pré­si­dence de Dick Che­ney. Le docu­men­taire “No end in Sight” dif­fusé sur Pla­nète en décembre 2008 est édifiant de ce point de vue là (voir la bande annonce). Tout comme l’excellent “An oral his­tory of the Bush white house” dans Vanity Fair qui montre com­ment de nom­breuses déci­sions étaient prises ces huit der­nières années à la Mai­son Blanche sur le dos de la cuillère.

Bush team 2001

Ci-dessus, Powell (SecS­tate), Che­ney, Bush, Rice (Natio­nal Secu­rity Advi­sor), Card (chief of staff), Tenet (CIA) et Rum­sfeld (Sec­Def) en 2001. Avec au moins trois per­son­nages dan­ge­reux dans le lot ! Dom­mage, car ils étaient les plus haut gradés !

A côté de cela, on ne peut qu’être admi­ra­tif de l’aspect posé et ration­nel de Barack Obama, sans comp­ter la qua­lité de pas mal des per­sonnes qui l’entourent. Ce n’est pas Bush qui aurait nommé un prix Nobel comme Ministre de l’Energie ! Obama l’a fait avec Ste­ven Chu, le pre­mier Nobel à inté­grer un gou­ver­ne­ment des USA ! On verra à l’expérience si l’attitude posée d’Obama détein­dra sur le com­por­te­ment de l’ensemble de son équipe gouvernementale.

Plus géné­ra­le­ment, l’écoute se démontre par la recon­nais­sance et le feed­back. Le temps, on l’a vu, limite ce feed­back. L’attitude peut égale­ment jouer un rôle. Entre l’homme poli­tique (bien rare) qui indique la source de ses idées, recon­nait les contri­bu­teurs, et celui qui veut tout assu­mer comme s’il avait pensé à tout lui-même, il y a un déca­lage de per­cep­tion. On pense évidem­ment à Nico­las Sar­kozy qui à force de vou­loir tout assu­mer, écrase ses équipes, à com­men­cer par son pre­mier ministre, mais aussi la société civile qui ins­pire ses équipes. Son pro­ces­sus de déci­sion très cen­tra­lisé et son volon­ta­risme donnent aussi l’impression que la concer­ta­tion affi­chée n’est qu’un pré­texte. Ou alors, il n’y a pas de concer­ta­tion du tout comme pour la sup­pres­sion de la publi­cité télé­vi­sée en prime time sur les chaines de France Télévision.

Bref, en poli­tique, faire du “2.0” com­mence d’abord par la méthode de tra­vail et de mana­ge­ment avant même de concer­ner l’usage des nou­veaux outils de communication.

Com­mu­ni­ca­tion, péda­go­gie et concertation

En France, les usages du web par le gou­ver­ne­ment sont encore bien bal­bu­tiants. Com­ment mieux faire ?

Avant même d’être “2.0”, il fau­drait com­men­cer par faire du “1.0” correctement !

Les réformes menées à tam­bour bat­tant par le gou­ver­ne­ment en sont une bonne illus­tra­tion. Allez sur les sites web des Minis­tères concer­nés pour essayer d’y com­prendre quelque chose ! Exemple d’actualité : la réforme du sta­tut des enseignants-chercheurs qui occupe l’actualité et les rues depuis quelques semaines. Sur le site du Minis­tère de la Recherche, on trouve bien un dos­sier et des FAQ sur la réforme en cours. Mais c’est par­fai­te­ment incom­pré­hen­sible pour le pro­fane car il n’y a pas de pré­sen­ta­tion claire de la réforme comme on le ferait pour n’importe quel pro­jet. Avec : la situa­tion, ce que l’on veut amé­lio­rer ou chan­ger, com­ment on va le faire et une des­crip­tion du pro­ces­sus de consul­ta­tion. Bref, un peu de mar­ke­ting produit !

Réforme Enseignants Chercheurs

C’était encore pire il y a un an avec les réformes de la jus­tice ou des régimes spé­ciaux. Le meilleur de la classe semble être Bercy, comme pour ces expli­ca­tions de la LME (Loi de Moder­ni­sa­tion de l’Economie) qui font preuve d’un peu plus de pédagogie.

Pour­quoi cette insis­tance sur la péda­go­gie ? Parce que c’est un moyen d’organiser les débats publics et la concer­ta­tion sur des bases plus saines que l’émotionnel qui est actuel­le­ment mis en avant. Pour faire accep­ter une réforme, il faut com­men­cer par par­ta­ger un diag­nos­tic sur ce qui ne va pas et doit être amé­lioré. Pas aller direc­te­ment aux solu­tions. Est-ce que “l’opinion publique” doit subir un nivel­le­ment de la com­mu­ni­ca­tion poli­tique par le bas ? Non, car en pra­ti­quant ce nivel­le­ment, les pou­voirs publics se privent de relais d’opinion.

Les Assises du Numé­rique orga­ni­sées par Eric Bes­son étaient en 2008 un exemple de pra­tique inco­hé­rente dans la ges­tion d’une concer­ta­tion. Au départ, un pre­mier jet de plan et une jour­née de lan­ce­ment, le 29 mai 2008. Ensuite, des dizaines d’ateliers orga­ni­sés dans toute la France. Et puis un trou noir de trois mois et un plan pré­senté un peu piteu­se­ment à l’Elysée fin octobre 2008. Entre les deux, peu ou pas de signes de vie de l’équipe de Bes­son. Il y avait bien eu un inté­res­sant diner entre Eric Bes­son et une dizaine de blog­geurs dont je fai­sais par­tie, une belle photo… mais pas de suivi ni de dis­cus­sion sur les pro­po­si­tions des uns et des autres (comme Jean-Michel Planche ou Jean-Michel Billaut). Lorsque le plan a été pré­senté avec ses 154 mesures dont on ne savait plus trop à quels pro­blèmes elles appor­taient des solu­tions, aucune attri­bu­tion des idées aux contri­bu­teurs. Pas de tra­ça­bi­lité des idées en quelque sorte. Donc, de quoi déce­voir beau­coup de monde parmi les quelques contri­bu­teurs. Et aussi, dans d’autres cas, de quoi satis­faire cer­tains lob­bies qui tra­vaillent en sous-marin. Pas très 2.0 non plus !

C’est le symp­tôme d’une méthode et aussi d’un manque de res­sources. Symp­tômes que l’on retrouve dans de nom­breuses entre­prises qui veulent aussi faire du 2.0 et se lancent dans des approches com­mu­nau­taires, mais sans res­sources pour les ani­mer, pour four­nir du contenu ou sim­ple­ment être écou­tées des autres équipes internes. Ca ne fonc­tionne pas très bien en général…

Tra­vaux pra­tiques 2.0 avec NKM

Il se trouve que j’ai la chance d’avoir été invité à par­ti­ci­per la semaine pro­chaine à un voyage d’étude en Corée et au Japon avec Natha­lie Kosciusko-Morizet, notre nou­velle secré­taire d’Etat en charge de l’Economie Numé­rique. Pour­quoi donc ? Pour­quoi moi ? Pour­quoi faire ? Rap­port avec le schmil­blick ? Réponses…

Pour­quoi donc ? Comme l’avait fait Eric Bes­son en allant en Corée puis dans la Sili­con Val­ley, un nou­veau membre du gou­ver­ne­ment se doit de voya­ger pour voir ce qui se fait dans son domaine, et pas seule­ment en France. Donc, NKM visite deux pays emblé­ma­tiques de l’innovation dans le numé­rique, même s’il y en a plein d’autres de très inté­res­sants (USA, Tai­wan, Chine, Israël). L’agenda très chargé com­prend des visites de Sam­sung, de Pana­so­nic, de la 3D, du mobile, du RFID et tout le tou­tim, des ren­contres avec des experts fran­çais du sec­teur ins­tal­lés là bas, etc. Je fais par­tie du voyage avec quelques élus (Assem­blée Natio­nale, Sénat) qui accom­pagnent la Secré­taire d’Etat ainsi que quelques membres de son cabi­net. Un petit groupe qui crééra je l’espère une oppor­tu­nité unique de dia­logue avec NKM que je ne connais pas du tout.

Pour­quoi moi ? Le cabi­net de NKM avait envie d’intégrer au voyage une per­sonne indé­pen­dante à même de racon­ter ensuite ce qui s’y est passé. Et comme je m’étais fait remar­quer comme contri­bu­teur aux assistes du numé­rique avec les 29 pro­po­si­tions et avec un compte-rendu cir­cons­tan­cié et docu­menté du plan France Numé­rique 2012, ils ont en gros pris le plus bavard.

Pour­quoi faire ? J’espère ne pas vous déce­voir à mon retour par quelques lignes – et pho­tos + vidéos - de compte-rendu. Si l’équipe de NKM a cher­ché en moi un relai d’opinion, je suis aussi un relai dans l’autre sens et compte bien uti­li­ser cette oppor­tu­nité pour évoquer quelques sujets qui me sont chers : la situa­tion des entre­pre­neurs en France, com­ment bou­ger la France dans les star­tups, les nou­veaux médias numé­riques, la télé­vi­sion numé­rique, le lien entre recherche et inno­va­tion, l’impact socié­tal des TICs, etc. Vous pou­vez d’ailleurs réagir avec vos idées et pro­po­si­tions. Nous ver­rons si cette occa­sion de ren­contre est bien “2.0” c’est-à-dire plus symé­trique qu’asymétrique. Dans le même temps, NKM va tenir un jour­nal de son voyage en temps réel sur Face­book où elle dis­pose d’un compte. Je pour­rais ainsi répondre à la ques­tion de Nata­cha Quester-Séméon : com­ment fera-t-elle pour se connec­ter ?

Ce genre de voyage est une pre­mière pour ce qui me concerne, et j’anticipe que cela sera ins­truc­tif. Tant sur le fond de l’agenda que par l’équipée. Et nous ver­rons si NKM est prête pour la “Poli­tique 2.0” tant concep­tua­li­sée mais si peu mise en pra­tique. Etant en charge du numé­rique et l’une des plus jeunes du gou­ver­ne­ment, elle a une belle oppor­tu­nité de don­ner l’exemple en vivant bien avec son temps !


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Publié le 14 février 2009 Post de Olivier Ezratty | Communication, France, Internet, Microsoft, Médias, Obama et la Présidentielle 2008, Politique, USA | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Jusqu’où peut aller la Politique 2.0 ?” :

  • Pas­sion­nante analyse.

    Bonne chance pour le voyage en Corée, il y aura sur­ement beau­coup de choses à dire (et donnez-vous plus de cré­dit, peut-être êtes vous plus com­pé­tent que bavard) :)

  • En résumé, les poli­tiques fran­çais ne font du web 2.0 que pour paraître “à la page”. Ils n’ont pas la volonté (parce que le peuple est igno­rant) ou le temps de gérer des contri­bu­tions venant de la société civile.

    Il faut recon­naître aussi que les com­men­taires lais­sés sur les dif­fé­rents blogs ne donnent pas envie de les lire. La plu­part du temps, ils sont bour­rés de points d’exclamations qui montrent la haute opi­nion de l’auteur pour ses idées et le peu de consi­dé­ra­tion qu’il a pour les autres.

    Voici deux éléments qui me semblent utiles si l’on veut pro­fi­ter de contri­bu­tions venant de la société civile:

    1- Ins­tau­rer une culture de l’écoute et du dia­logue en France (apprendre à tem­pé­rer ses dis­cours, à ne pas répondre aux vio­lences ver­bales, à lire réel­le­ment le contenu et éviter les pro­cès d’intention comme “ils veulent sup­pri­mer la recherche”).

    2- Per­mettre l’émergence des bonnes idées. Cela peut pas­ser par des relais ascen­dants spé­cia­li­sés dans un domaine. Par exemple, un blog spé­cia­lisé peut expli­quer ce que veut faire le gou­ver­ne­ment et lais­ser à sa com­mu­nauté le soin de pro­po­ser et sélec­tion­ner les idées qui semblent per­ti­nentes ainsi que les risques entre­vus. Charge au modé­ra­teur du blog d’en extraire les contri­bu­tions phares.

    Par exemple, on pour­rait uti­li­ser les 29 pro­po­si­tions de ce site, les pos­ter comme un billet une à une, voir les com­men­taires, voter pour ou contre,… et à la fin choi­sir les plus importantes.

    Il y a bien d’autres choses à dire bien sûr mais je pré­fère ne pas trop me dis­per­ser ;-)

  • NKM sur Face­book. C’est elle en per­sonne ou c’est une imposture?

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 16 février 2009 :

    C’est elle.

  • Ca me fait pen­ser à Fre­de­ric Lefebvre lorsqu’il pré­tend que le web 2.0 n’est qu’une inven­tion mar­ke­ting pour vendre du rêve aux inves­tis­seurs. Evi­dem­ment, si les poli­tiques voient le “web 2.0″ comme cela, ils la mettent en pra­tique de la même manière…

  • On com­pare sou­vent France et USA dans le domaine de la “poli­tique 2.0″. Mais la pla­nete ne se limite pas aux 400 milions d’habitants de ces deux pays. Quid du Royaume-Uni? De l’Allemagne? De l’Espagne? D’Israel? Du Canada?




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