Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations

Publié le 20 juin 2012 et mis à jour le 22 juin 2012 - 20 commentaires -
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Samedi 16 juin 2012, je suis allé faire un tour au Cent­quatre au Nord de Paris au “Vil­lage des inno­va­tions” orga­nisé dans le cadre de “Futur en Seine”, une mani­fes­ta­tion en région pari­sienne dont c’était la troi­sième édition après 2009 et 2011.

Futur en Seine est un fes­ti­val inter­na­tio­nal qui pro­meut des inno­va­tions numé­riques fran­çaises et inter­na­tio­nales auprès des pro­fes­sion­nels et du grand public, ce pen­dant dix jours. Le 104 était le navire ami­ral de cette édition 2012. Il était com­plété de 80 mani­fes­ta­tions orga­ni­sées par dif­fé­rents par­te­naires avec par exemple la Mai­rie d’Issy les Mou­li­neaux. L’événement est piloté par le très actif pôle de com­pé­ti­ti­vité “Cap Digi­tal” qui pré­sente la par­ti­cu­la­rité de regrou­per 620 PME, prin­ci­pa­le­ment des star­tups, parmi ses 700 adhérents.

Futur en Seine 2012 au 104

Au 104, le Vil­lage des Inno­va­tions pré­sen­tait les pro­jets de nom­breuses star­tups ainsi que de labo­ra­toires de recherche comme l’INRIA. Mais il héber­geait aussi dif­fé­rentes mani­fes­ta­tions comme le Car­re­four des Pos­sibles de la FING (Fédé­ra­tion Inter­net Nou­velle Géné­ra­tion) ou une confé­rence déve­lop­peurs de Twitter.

Car­re­four des Possibles

Pre­mière étape de ma visite, le Car­re­four des Pos­sibles. C’est une for­mule créée il y a dix ans par la FING. J’avais assisté à la pre­mière édition le 14 février 2002 à l’Ecole Natio­nale Supé­rieure de Créa­tion Indus­trielle, située entre Répu­blique et la Bas­tille à Paris. Depuis, la for­mule a été éten­due à des éditions en région. Le for­mat m’avait un peu étonné car les pro­jets pré­sen­tés visaient à amé­lio­rer la vie des citoyens mais leur approche busi­ness était loin d’être évidente. Mais cela dépen­dait des éditions. Dans les cen­taines de pro­jets inno­vants pré­sen­tés en dix ans, on trouve à la fois des star­tups connues du cir­cuit habi­tuel tout et des pro­jets déca­lés que je situe­rai “hors de la sphère marchande”.

C’était clai­re­ment le cas dans cette édition dédiée essen­tiel­le­ment à des créa­tions artistico-numériques rafrai­chis­santes issues d’une sorte de monde paral­lèle à celui des star­tups clas­siques du numé­rique. Les pro­jets pré­sen­tés don­naient sou­vent plus dans l’allégorique et le méta­pho­rique que dans le pro­duit fonctionnel.

Pour­tant, ces pro­jets étaient tous à la recherche de finan­ce­ments. Mais des finan­ce­ments un peu par­ti­cu­liers à quelques excep­tions près, et pen­chant plus du côté du mécé­nat cultu­rel que des busi­ness angels ou du capi­tal risque.

Cela com­men­çait avec trois œuvres d’artistes :

  • Ber­trand Bos­sard pré­sen­tait son œuf du savoir, une œuvre numé­rique maté­ria­li­sant la diver­sité et la richesse de la connais­sance de l’Internet. En cours de créa­tion et devant être exposé au 104, il s’agira d’un œuf de quelques mètres de haut dont l’intérieur sera recou­vert d’écrans pré­sen­tant des “infor­ma­tions” de toutes sortes avec lumière, sons et images résul­tant d’une simple recherche sur Google. La fonc­tion est plus démons­tra­tive qu’utile. Petit détail : du pétrole (pro­ba­ble­ment simulé) cou­lera en continu sur l’œuf, sauf dans les deux portes qui per­met­tront d’y entrer et d’en sor­tir après la visite. His­toire de rap­pe­ler que nos recherches Google ont aussi un coût envi­ron­ne­men­tal. Dom­mage, j’aurais pré­féré du cho­co­lat. Oui, le fan­tasme d’une fon­taine de cho­co­lat liquide géante, éven­tuel­le­ment décli­nable (on fait bien des robes en cho­co­lat…) ! Au Bac de Philo, on dirait que cette idée d’ “œuf de Pâques” géant serait un “hors sujet”. La vidéo en syn­thèse 3D est ici.

FING - L'oeuf du savoir - Bertrand Bossard (1)

  • Cyril Her­nan­dez pré­sen­tait son Mobi­la­son, qui n’est pas un mobile mol­las­son mais une sorte de sys­tème pen­du­laire com­por­tant des haut-parleurs per­met­tant d’entendre des sons en des­sous de manière par­ti­ci­pa­tive. L’artiste adapte les sons en fonc­tion du lieu où est ins­tallé le dispositif.
  • Le col­lec­tif MXM pré­sen­tait l’usage de robots-automates télé­gui­dés dans le théâtre. L’interaction entre des enfants-acteurs et cette arai­gnée à six pattes était tou­chante. Les spec­tacles qui uti­li­se­ront cet arti­fice seront pro­ba­ble­ment très innovants.

FING - MXM - Nicolas Doremus (1)

S’en sui­vaient une dizaine de pro­jets plus entre­pre­neu­riaux mais pas for­cé­ment situés réel­le­ment dans la sphère marchande :

  • Kalei­do­mix, pré­senté par Lucie Poi­rot, est une appli­ca­tion mobile qui enri­chit l’expérience muséale. Par exemple, en enre­gis­trant le par­cours du visi­teur et les objets où il s’est le plus attardé et en com­pa­rer les par­cours des visi­teurs à la sor­tie d’une salle ou du musée sur un grand écran. L’idée est de favo­ri­ser les échanges entre les visi­teurs. Par exten­sion, on peut par­ler d’une forme inno­vante de réseau social de visi­teurs de musées. Cela entre mal­gré tout dans la caté­go­rie des solu­tions qui cherchent un pro­blème. Ce genre de solu­tion requiert beau­coup d’expérimentation pour iden­ti­fier ce qui va fonc­tion­ner chez les visi­teurs et aussi appor­ter un plus en termes de satis­fac­tion et/ou de visitorat.

FING - Le Vent Tourne - Lucie Poirot (7)

  • My Super Sou­ve­nir, pré­senté par Alex Chi­non, per­met de créer des sou­ve­nirs de la visite de musées et autres lieux tou­ris­tiques et cultu­rels, sous la forme de clips vidéo où votre photo est incrus­tée dans le par­cours. Bref, une sorte de concur­rent d’Instagram. Qui n’a pas plus de modèle écono­mique que ce dernier.
  • Neuf­cubes des Forges de Vul­cain, pré­senté par David Meu­le­mans, est un outil ludique qui per­met d’aider à écrire et de lut­ter contre le syn­drome de la page blanche. Ecrire quoi donc ? Sur­tout des fic­tions. Pas votre thèse de doc­to­rat, vos tweets, articles de blogs ou rap­ports d’activité. Le prin­cipe ? Une équipe de cinq joueurs lance des dés com­por­tant des signes figu­ra­tifs. En résulte une com­bi­nai­son de neufs signes qui doivent ser­vir de base à l’écriture de phrases courtes. Et on répète le pro­ces­sus de bout en bout pour écrire les épisodes de l’histoire. Allons bon. Pas sûr qu’il existe un “mar­ché de volume” pour ce genre d’usage.
  • Spamm Col­lec­tion, de Jean-Jacques Gay est un ser­vice en ligne qui per­met de se créer une col­lec­tion per­son­nelle d’œuvres numé­riques visuelles. Votre déco­ra­tion de mur d’appartement en SaaS ? Pour l’instant, c’est sur­tout une page web qui per­met d’afficher une cin­quan­taine de vidéos créa­tives en mode “lightbox”.
  • Claw, de Gabriel Car­doso, est une sta­tion de tra­vail de créa­tion musi­cale en mode col­la­bo­ra­tif en ligne construite à par­tir d’un pro­jet open source issu de l’INRIA. Le pro­jet a gagné le concours “Boost your code” du labo­ra­toire de recherche publique en informatique.
  • Noise Jelly était l’un des pro­jets les plus ori­gi­naux de cette série, pré­senté par Marianne Cau­vard et Raphaël Plu­vi­nage, deux élèves de l’ENSIC et de La Mar­ti­nière à Lyon. C’est un jeu de mise en forme de matière et de musique. On com­mence par mettre de l’eau et un géli­fiant dans des moules trans­pa­rents en plas­tiques. Il s’agit d’agar-agar, un addi­tif ali­men­taire (E406) notam­ment uti­lisé pour den­si­fier les des­serts lac­tés. Puis on colore le tout. Les pièces géli­fiées – appa­rem­ment sans cuis­son ou échauf­fe­ment - sont posées sur un sup­port connecté à une tablette. Une pres­sion sur cha­cun des objets donne un son dif­fé­rent. Intri­gant. Ça a l’air de bien amu­ser les enfants la pre­mière fois, mais je me demande com­ment trans­for­mer cela en jeu addic­tif. Mais à ce stade, ce n’est qu’un pro­jet d’étudiants.

FING - Noise Jelly (1)

  • Pho­no­to­nic, de Nico­las Rasa­mi­ma­nana, est un jeu numé­rique musi­cal qui rap­pelle le pré­cé­dent et per­met de créer des sons avec des objets posés sur un tapis de table. L’équipe devra apprendre à créer un site web car pour l’instant, le site web du pro­jet se résume à un logo et 10 lignes de code HTML. Un peu léger pour expli­quer le concept !
  • Sand­box, de JC Karich, est une créa­tion artis­tique curieuse. C’est un bac de sable où l’on peut cacher des mes­sages audio que les uti­li­sa­teurs cherchent en creu­sant dans le tas. C’est du bizarre. De là à en faire une star­tup, faut pas pousser… !

FING - Sandbox

  • iGi­rouette, pré­senté par Vincent Autin, est pour faire simple du Twit­ter gélo­ca­lisé sur pan­neaux d’affichage. Le sys­tème col­lecte et filtre les mes­sages dans les réseaux sociaux concer­nant les acti­vi­tés dans la ville (par fil­trage de hash­tag, un peu comme les outils qui ana­lysent le tra­fic Twit­ter sur les émis­sions de TV). Il géo­lo­ca­lise les acti­vi­tés en ques­tion et les affiche sur les pan­neaux qui s’orientent auto­ma­ti­que­ment en fonc­tion de leur posi­tion dans la ville. Le tout est agré­menté de QR Code et de NFC. L’engin a été expé­ri­menté à Lyon. Reste à trou­ver des conseils muni­ci­paux pour leur vendre la chose.

FING - iGirouette - Vincent Autin (1)

Voilà pour les pro­jets du Car­re­four des Pos­sibles ! A noter un point com­mun d’une bonne part d’entre eux : ils s’appuient sur des objets pilo­tés avec la pla­te­forme élec­tro­nique open source Arduino que j’avais évoquée au sujet de Josh­fire.

Toute cette créa­ti­vité est fort sym­pa­thique et bien louable. La culture c’est bien, c’est consen­suel. Mais on res­sort de ce genre de pré­sen­ta­tion avec un arrière-gout un peu désa­gréable. Comme si la créa­ti­vité était mise au ser­vice du trai­te­ment de besoins trop futiles, avec des chances de réus­site tant dans l’usage qu’au niveau écono­mique plus que limitées.

On aime­rait que le génie fran­çais soit mis au ser­vice de la réso­lu­tion de pro­blèmes plus impor­tants. Un peu comme l’objectif que s’est donné la Sin­gu­la­rity Uni­ver­sity que j’avais pu visi­ter près de Palo Alto en avril 2011. Vous rétor­que­rez que ce n’est pas bien plus futile que Ins­ta­gram qui a enri­chi ses créa­teurs et finan­ceurs grâce à une sor­tie à $1B chez Face­book. Oui, il s’agissait certes d’un outil futile, mais il était géné­rique et uti­lisé par des mil­lions de mobi­nautes ! Le volume, le volume ! Aucun des pro­jets de ce Car­re­four des Pos­sible ne sem­blait pou­voir cor­res­pondre à un usage en volume.

Jour­née “Mais que refaire”

L’opération Mais­Que­Re­faire  du 16 juin 2012 était très sédui­sante par son côté péda­go­gique. Il s’agissait d’une jour­née, le 16 juin, dédiée aux pro­ces­sus créa­tifs inno­vants. L’initiative était por­tée par Marie-Noéline Viguié et Sté­pha­nie Bac­quere de nod-A, une agence qui pro­pose aux entre­prises et orga­ni­sa­tion des pro­ces­sus de créa­tion d’innovation col­la­bo­ra­tive ainsi que par le très dyna­mique Jean-Louis Fré­chin, de l’agence de design NoDe­sign. Jean-Louis est d’ailleurs l’une des che­villes ouvrières de l’ensemble de la mani­fes­ta­tion Futur en Seine. Au pas­sage, c’est aussi le créa­teur du cadre photo Dia de Parrot !

Mais­Que­Re­faire se pré­sen­tait sous la forme d’exposition de pro­jets inno­vants, de défis de créa­ti­vité col­la­bo­ra­tive et de débats sur les pro­ces­sus d’innovation. L’idée prin­ci­pale est de pro­po­ser aux entre­prises des pro­ces­sus d’innovation qui sortent de l’ordinaire et qui laissent plus de place à la créa­ti­vité et à la collaboration.

Dans les défis, il y avait cette “machine infer­nale” faite de bric et de broc avec un enchai­ne­ment de mou­ve­ments sur cinq tables d’affilée. Réa­li­sée en une heure et demi, elle fonc­tion­nait presque entiè­re­ment à son lan­ce­ment. Quel plai­sir de voir des enfants bri­co­ler de concert avec des adultes des astuces méca­niques pour enclen­cher la réac­tion en chaine !

FENS - Mais que faire (11)

Parmi la dou­zaine de pro­jets pré­sen­tés, j’ai sur­tout remar­qué ces “ser­veur en bidon” chez l’association Jerry Digi­tal Empo­werment. Il s’agit de ser­veurs Linux créés avec du maté­riel de récu­pé­ra­tion : cartes mères de vieux PC, vieux rou­teurs, le tout inté­gré dans des bidons. Un beau bri­co­lage. Ce n’est pas du tout indus­triel mais ça marche !

FENS - Jerry (serveurs à base de produits recyclés) (3)

Il y avait aussi cette “bri­quet­te­rie per­son­nelle” qui per­met de com­pres­ser des petites briques en forme de bou­din à par­tir de déchets végé­taux secs. Pour sa chau­dière du futur ?

FENS - Briquetterie personnelle

Le Vil­lage de l’innovation

Le gros du mor­ceau au 104 était le “Vil­lage de l’innovation” avec des dizaines de stands expo­sant des inno­va­tions diverses. La plu­part étaient issues de star­tups, notam­ment de celles du pôle Cap Digi­tal, mais il y en avait aussi d’autres, issues de régions diverses. On y trou­vait notam­ment des démons­tra­tions de pro­to­types numé­riques divers cofi­nan­cés par Cap Digi­tal et la Région Ile de France dans le cadre d’un appel à pro­jet lancé pour Futur en Seine.

J’y ai ren­con­tré des lau­réats de Scien­ti­pole Ini­tia­tive, comme Babble Pla­net (gagnants du Web2Day 2012), AlphaUI (et son cla­vier de back-typing Tab­Key­board pour mobiles) et Hedera Tech­no­lo­gies. Ce der­nier est en train de pro­to­ty­per Storm (ci-dessous), un ser­veur de don­nées sous forme de tour qui rap­pelle les super-ordinateurs Cray d’antan, et qui pré­sente la par­ti­cu­la­rité de per­mettre le refroi­dis­se­ment des disques dur avec un simple ven­ti­la­teur et un écou­le­ment d’air opti­misé. C’est en gros un “data cen­ter écolo­gique”, qui ne néces­site pas de salle blanche et réfrigérée.

FENS - Storm

Beau­coup de pro­jets pré­sen­tés dans ce Vil­lage de l’Innovation étaient liés à l’amélioration de la vie dans la cité :

  • Ange Gar­dien, une appli­ca­tion web réa­li­sée par les star­tups Time­Just et Iso­kron qui aide les béné­voles à don­ner du temps pour accom­pa­gner les per­sonnes à mobi­lité réduite. C’est une forme d’entreprenariat social qui s’appuie sur de l’entrepreneuriat tra­di­tion­nel. Les solu­tions logi­cielles de Time­Just et Iso­kron qui per­mettent de mieux gérer son emploi du temps au niveau des trans­ports sont détour­nées de leur usage prin­ci­pal pour pro­po­ser ce nou­veau service.
  • Eta­bli Numé­rique, un meuble mobile (pléo­nasme ?) inter­ac­tif pour les écoles mater­nelles dont le plan de tra­vail est doté de cap­teurs de mou­ve­ments. Le tout est accom­pa­gné de conte­nus péda­go­giques mais cela reste un peu mys­té­rieux. Le concept a été ima­giné avec le concours de Jean-Louis Fré­chin de NoDesign.
  • Evol­ving Cities, un pro­jet pour amé­lio­rer la ville de la société UFO. L’objet pré­cis est incom­pré­hen­sible pour le pro­fane : essayez de tra­duire en lan­gage natu­rel cette des­crip­tion ou la vidéo asso­ciée ! Il s’agit concrè­te­ment d’une appli­ca­tion mobile de réa­lité aug­men­tée pour pré­sen­ter des pro­jets archi­tec­tu­raux d’aménagement de villes. L’outil vise à démo­cra­ti­ser les consul­ta­tions publiques gérées par les col­lec­ti­vi­tés locales.
  • HubS­tart Live est un pro­to­type de maquette inter­ac­tive dédié au Grand Roissy, à base de Kinect. Il a été déve­loppé par la star­tup Sen­so­rit, créé par des anciens de Micro­soft et aussi lau­réate de Scien­ti­pôle Ini­tia­tive, encore eux.
  • Metro­nome est un concept de moyen de trans­port “auto­nome éner­gé­ti­que­ment” uti­li­sant les voies fer­rées non uti­li­sées en ville. Auto­nome ? Chiche ? Si l’on consi­dère que l’énergie élec­trique est autonome…

Il y avait sinon pas mal de pro­jets de robo­tique. On pou­vait croi­ser le robot de télé­pré­sence Jazz de Gos­tai, déjà vu à LeWeb 2011 avec du Jean-Michel Billaut dedans. Puis, ce Sami, un robot semi-humanoïde auto­nome avec une tête, deux bras et mains, un torse, le tout repo­sant sur un sys­tème de mobi­lité à roues. Le robot pro­vient du CRIIF, un pres­ta­taire de ser­vices en robo­tique, méca­tro­nique et sys­tèmes intel­li­gents et connec­tés. Et aussi le robot Emox “pho­to­graphe” qui inter­agit avec les per­sonnes en ajou­tant des ava­tars aux per­sonnes pho­to­gra­phiées. Et enfin, très à la mode, tout un tas d’hélicoptères légers rap­pe­lant furieu­se­ment l’AR Drone de Par­rot. Heu­reu­se­ment, ce der­nier est bien un pro­duit et il est dif­fusé en volume. Au moins quelques cen­taines de mil­liers d’exemplaires !

FENS - Robotique

Le pro­jet OpenVibe2 de l’INRIA était pré­senté, avec son exploi­ta­tion d’un casque de cap­ta­tion d’ondes du cer­veau GAM­MA­cap de l’américain Cor­tex pour le pilo­tage de jeux, qui rap­pelle ce que fait la société cana­dienne Inter­axon, vue deux fois à LeWeb, en 2010 et 2011.

On pou­vait aussi ren­con­trer les équipes du fran­çais Sculp­teo qui pro­posent de l’impression d’objets 3D en cou­leur à dis­tance, via une appli­ca­tion mobile per­met­tant de sélec­tion­ner un objet et de le per­son­na­li­ser. L’impression s’appuie sur les machines de l’américain Z-Corp. Comme pour OpenVibe2, on se retrouve encore dans un cas où les pro­duits en volume viennent d’ailleurs, ici les USA, et les appli­ca­tions et mar­chés de niche de chez nous.

Sculpteo (1)

Enfin, dans la lignée du Car­re­four des Pos­sibles, on trou­vait tout un tas d’œuvres d’art numé­riques. Les lam­pions d’Arbréole, finan­cés par la Région Ile de France qui s’installent sous des arbres et ils modulent la lumière en fonc­tion de ce qui se passe en des­sous et de l’état des autres lam­pions. Le pro­jet Cor­pus qui est “un dis­po­si­tif de créa­tion artis­tique mul­ti­mé­dia, à la fois sonore, visuel et archi­tec­tu­ral basé sur un prin­cipe de mise en vibra­tion d’espaces archi­tec­tu­raux, grâce à un sys­tème d’enceintes et de vibreurs in situ”. Et puis tout un tas d’autres dis­po­si­tifs, sou­vent ani­més comme ci-dessous. Ca bouge, ça éclaire, c’est piloté avec du Arduino, c’est aussi par­fois sub­ven­tionné. Mais quel inté­rêt indus­triel ? Quelles créa­tions d’emplois ?

J’ai mal­heu­reu­se­ment raté le “Pecha Kucha” du dimanche 17 juin, une mani­fes­ta­tion où étaient pré­sen­tés de nom­breux pro­jets de design. Mais cela sem­blait être dans la même veine que ce que nous avons déjà vu.

FENS - Divers (6)FENS - Divers

FENS - Responsive LightFENS - Responsive Mirror (1)

Conclu­sion ?

En plein, cette mani­fes­ta­tion est très inté­res­sante car elle valo­rise un esprit de créa­ti­vité débri­dée, la dis­ci­pline du design qui est si insuf­fi­sam­ment repré­sen­tée dans nos indus­tries du numé­rique et un bon nombre de star­tups. Elle apporte une dimen­sion citoyenne aux usages du numé­rique, notam­ment pour la vie dans la cité. Elle attire les jeunes géné­ra­tions et peut leur don­ner gout aux sciences et tech­no­lo­gies. Elle rap­proche les labo­ra­toires de recherche et les entre­prises, l’une des voca­tions des pôles de com­pé­ti­ti­vité comme Cap Digi­tal qui est à l’origine de Futur en Seine.

En creux, on y trouve une approche très arti­sa­nale, sur-intellectualisante, à l’opposé de l’industriel, de la créa­tion de pro­duits, de pla­te­formes et d’écosystèmes. C’est à l’image de ce mal fran­çais qui explique cer­tains de nos déboires indus­triels : on sait faire du ser­vice, du sur mesure, de la culture et des conte­nus mais on a bien du mal avec la créa­tion de pro­duits ven­dus en volume. On doit réap­prendre à faire des “pro­duits”, pas des œuvres uniques et non répli­cables. On retrouve aussi cette lan­ci­nante dif­fi­culté à vul­ga­ri­ser des concepts bien com­pli­qués. On est bien loin de l’efficacité de cet Age de la Mul­ti­tude, le récent livre d’Henri Ver­dier, ci-devant pré­sident de Cap Digi­tal, et de Nico­las Colin, ingénieur-énargue-inspecteur des finances et entre­pre­neur du numérique !

Comme d’habitude, mon petit tour à Futur en Seine est aussi sur Dar­q­room dans cet album photo.

Publié le 20 juin 2012 et mis à jour le 22 juin 2012 Post de | France, Innovation, Sociologie, Son, Startups | 9427 lectures

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Les 20 commentaires et tweets sur “Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations” :

  • [1] - Jeremie a écrit le 20 juin 2012 :

    Pour Noise Jelly et Pho­no­to­nic, ca res­semble beau­coup à un pro­jet Kicks­tar­ter Makey Makey (http://www.kickstarter.com/projects/joylabs/makey-makey-an-invention-kit-for-everyone) qui est main­te­nant Founded

    Comme quoi le crow­foun­ding c est bien mais ca ne garan­tie en rien la réuti­li­sa­tion des idées (pour etre poli)

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 20 juin 2012 :

      Les mêmes idées appa­raissent dans plu­sieurs pays simul­ta­né­ment sans for­cé­ment qu’il y ait de “vol” d’idées. Et de toutes manières, les idées ne se pro­tègent pas, tout du moins en Europe. Seuls les pro­cé­dés tech­niques peuvent l’être (par des brevets).

    • [1.2] - Nathanaël a répondu le 25 juin 2012 :

      Bon­jour,
      @Jérémie, Ima­gi­ner ce que demain sera fait et ceci grâce à la tech­no­lo­gie, n’était-ce pas là l’objectif de ce fes­ti­val ?
      Il y avait certes une atmo­sphère un peu fourre-tout comme quoi le crow­foun­ding peut-être très conceptuel.

      Natha­naël,
      My 2 cents,

  • [2] - Stéphane (@CravingStef) a écrit sur Twitter le 20 juin 2012 :

    Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations. Plein de projets/concepts nova­teurs ! http://t.co/XuO5Cd2n

  • [3] - LP Gilliard (@lpg) a écrit sur Twitter le 21 juin 2012 :

    Un retour d’Olivier Ezratty sur Futur en Seine. http://t.co/bBTfAnSC Conclu­sion inté­res­sante pour notre eco­sys­tèm… http://t.co/Gtw29JZw

  • [4] - (@jr_roy) (@jr_roy) a écrit sur Twitter le 21 juin 2012 :

    Les impres­sions de @olivez sur Futur en Seine http://t.co/qsXbiOae il faut créer des produits !

  • [5] - Henri Verdier a écrit le 21 juin 2012 :

    Cher Oli­vier
    Merci te ton art de l’écoute, de l’observation et de la rela­tion fidèle.
    Nous pre­nons les cri­tiques. C’est aussi le rôle de #Fens de don­ner à voir où nous en sommes. En même temps, le fait qu’il t ait à Paris un débat, la recherche d’un che­min sin­gu­lier dans le numé­rique mon­dial, est très exci­tant.
    Any­way, si tu veux par­ti­ci­per au pro­chain jury de pro­to­types, tu es bienvenu.

    Henri Ver­dier

    • [5.1] - Olivier Ezratty a répondu le 21 juin 2012 :

      Hello Henri,

      Mon compte-rendu n’est pas une cri­tique de l’événement en soi qui est exem­plaire et une très belle réus­site, mais une obser­va­tion des phé­no­mènes qu’il révèle sur les forces et fai­blesses des inno­va­tions “à la française”.

      On se pose sou­vent la ques­tion du moyen de faire réus­sir nos star­tups tech­no­lo­giques, de les faire gran­dir, deve­nir des ETI, des socié­tés expor­ta­trices. Ques­tion d’ambition, de finan­ce­ment et aussi de compétences.

      Avec Futur en Seine, on est très en amont. Beau­coup de pro­jets pré­sen­tés doivent être expé­ri­men­tés, chal­len­gés, tri­tu­rés pour pou­voir abou­tir à des busi­ness de volume per­met­tant d’aller dans l’étape sui­vante du pro­ces­sus de l’innovation. On en est au stade de la sou­ris de Doug Engel­bart du SRI avec l’habituelle dif­fi­culté d’aller au-delà. Comme Moréno, TTT et bien d’autres.

      Le concept même d’innovation - sous-tendant une réus­site dans la dif­fu­sion de la tech­no­lo­gie et au niveau écono­mique - reste encore à vul­ga­ri­ser tant au niveau du grand public que des pou­voirs publics.

      On pour­rait reprendre tous les pro­jets de FENS un par un et se poser la ques­tion : qu’est-ce qui pour­rait les trans­for­mer en pro­duits dif­fu­sés à grande échelle et puis en pla­te­formes avec leur propre écosys­tème (comme l’AR Drone ou les objets connec­tés de Withings) ?

      OK en tout cas pour contri­buer à la pro­chaine édition. Notam­ment avec Jean-Louis Fréchin.

  • [6] - Benoit FULERAN (@fuleran) a écrit sur Twitter le 21 juin 2012 :

    Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations http://t.co/HI3IiKQ5 #inven­tion #innovation

  • [7] - Laugier a écrit le 21 juin 2012 :

    Bon­jour,
    Je serais curieuse de savoir à quelles sub­ven­tions tu fais allu­sion concer­nant le lumi­naire et le miroir que tu montres à la fin de ton article, pourrais-tu appor­ter ces pré­ci­sions pour éclai­rer ton pro­pos?
    Merci

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 21 juin 2012 :

      Cf http://www.futur-en-seine.fr/prototype/arbreole/ qui indique une aide de la Région IDF, sans pré­ci­ser sa nature. Et http://corpus.artoffailure.org/ qui semble aidé par le CNC. Pour les autres, pas de sub­ven­tion d’identifiée. Désolé si le para­graphe semble faire l’amalgame entre ces dif­fé­rents pro­jets. Mais cela n’a rien d’extraordinaire : la culture est sou­vent sub­ven­tion­née dans ses dif­fé­rentes formes même si les sub­ven­tions ont été signi­fi­ca­ti­ve­ment rognées pen­dant le pré­cé­dent quin­quen­nat, tout du moins au niveau du bud­get de l’Etat.

  • [8] - Patrick Cocquet a écrit le 22 juin 2012 :

    Bon­jour Oli­vier,
    Merci pour ce compte-rendu que j’apprécie beau­coup.
    Concer­nant tes remarques sur la fabri­ca­tion en France des pro­duits, je trouve que FenS-2012 montre une étape inter­es­sante. Le baby­foot, fabri­qué en Seine-Saint-Denis, qui retrouve une nou­velle place en étant connecté et en per­met­tant des tour­nois géo­lo­ca­li­sés, la figu­rine que tu achètes à une entre­prise qui fabrique ini­tia­le­ment de la por­ce­laine de limoge (http://www.mwoo.me/) - on peut même la faire fabri­quer en por­ce­laine, le livre de BD qui devient inter­ac­tif… Bref, pour moi des exemples de cette e-transformation dont nous par­lons tous.

  • [9] - (@bvanryb) (@bvanryb) a écrit sur Twitter le 22 juin 2012 :

    Comme tou­jours top ana­lyse de @olivez : “Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations http://t.co/rx3MUeA3

  • [10] - alain renk a écrit le 22 juin 2012 :

    Hello Oli­vier,

    Merci d’avoir cité Evol­ving Cities ! YES, Vidéos et textes sont dérou­tants pour le pro­fane mais le pro­fane nous étions là en per­sonne pour l’accueillir et l’écouter pen­dant 4 jours. Et le proto était tout juste sec. Futur en Seine c’est du LIVE.

    Sur Futur en Seine en géné­ral, ( A MON AVIS ) on est bien la aussi pour mettre un peu de rugo­sité et de bizar­re­rie dans un monde où tous les dis­cours sont cali­brés en fonc­tion des cibles. FenS c’est aussi entrer dans un labo­ra­toire d’expérimentation et se frot­ter à un peu de complexité.

    CECI DIT, le sujet pour FUTUR EN SEINE est comme tu le dis de ne pas se limi­ter à des expé­ri­men­ta­tions sans len­de­main mais d’ouvrir vers des pro­duits réels et de l’innovation.

    PS 1 le proto fonc­tionne dans la vie réelle, et voici ce que disent les uti­li­sa­teurs. https://vimeo.com/44331892

    PS 2 Nous allons chan­ger le texte et la vidéo, main­te­nant nous avons le recul nécessaire. ; )

  • [11] - alain renk (@UFOrenk) a écrit sur Twitter le 22 juin 2012 :

    Expé­ri­men­ter et vul­ga­ri­ser en même temps ? “Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations” de @olivez sur http://t.co/KPDP727N

  • [12] - Frechin a écrit le 22 juin 2012 :

    Hello oli­vier
    Avant de te répondre en détail . Le pro­jet de miroir de Fran­çois Brument recherche sur les objets vivants est financé par lui mëme.

    Ami­tiés

    Jean louis

  • [13] - Elisabeth Racine (@elisabethracine) a écrit sur Twitter le 26 juin 2012 :

    “Futur en Seine et sa cour des miracles d’innovations” http://t.co/5BbWSJH0 sur “Opi­nions Libres” pour revivre #fens2012 cc @olivez

  • [14] - @fredou_ a écrit le 2 août 2012 :

    J’aime beau­coup ces idées inno­vantes.. Très dif­fi­cile pour cer­tains de trou­ver un modèle écono­mique qui tienne la route, mais très diver­tis­sant… J’aime beau­coup l’idée de géli­fiant “agar agar” :-D




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