Les ambitions de France Numérique 2020

Publié le 2 décembre 2011 et mis à jour le 7 décembre 2011 - 11 commentaires -
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J’ai assisté le 30 novembre 2011 aux qua­trièmes Assises du Numé­rique à l’Université Paris Dau­phine qui don­nèrent lieu à la pré­sen­ta­tion du bilan du plan France Numé­rique 2012 d’Eric Bes­son, au plan France Numé­rique 2020 qui lui suc­cède et à un dis­cours de Fran­çois Fillon. Nous allons cou­vrir ces thèmes ici-même !

Les Assises du Numé­rique 2011

Orga­ni­sées par PPP Agency en liai­son avec le cabi­net d’Eric Bes­son, ces Assises adop­taient un for­mat clas­sique avec une suc­ces­sion de dis­cours et de panels avec des repré­sen­tants de grandes socié­tés, la majo­rité étant des spon­sors finan­ciers de l’événement, des repré­sen­tants de l’Etat, d’Autorités Indé­pen­dantes comme l’ARCEP ou le CSA, des col­lec­ti­vi­tés locales et des asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles (Syn­tec, AFDEL, etc). Le tout avec plu­sieurs membres du gou­ver­ne­ment dont Fran­çois Fillon.

Panorama Salle 2

Les panels de ce genre de confé­rence sont une véri­table plaie : des ani­ma­teurs assez effa­cés en géné­ral, des inter­ve­nants très sou­vent “cadres sup com­mer­ciaux” de filiales de groupes étran­gers, peu ou pas de débats dans les panels et encore moins avec la salle et pas de mur Twit­ter à l’écran. Au final, une dose mor­telle d’ennui qui fait que l’on se demande tou­jours ce que l’on fait là. Le for­mat de l’événement auto­fi­nancé par les spon­sors, déjà vu au eG8, enlève toute indé­pen­dance édito­riale à son orga­ni­sa­teur et le condamne à trans­for­mer les panels en équi­va­lents de publi-rédactionnels public-privé. Il y a de l’innovation à appor­ter dans ce domaine !

Pour reve­nir aux spon­sors, leur par­ti­ci­pa­tion est cepen­dant sou­vent lourde de sens et une infor­ma­tion en soi. Si l’on trou­vait les habi­tuels opé­ra­teurs télé­coms et grands acteurs étran­gers ou pas (dans le hard­ware : Intel, Erics­son, Alca­tel, mais per­sonne dans l’Internet et le logi­ciel), la pré­sence de deux indus­triels chi­nois (Hua­wei et ZTE) n’était pas anodine !

Une autre ori­gi­na­lité de cette édition des Assises était cette dis­tri­bu­tion à l’entrée de l’Université Paris Dau­phine d’un tract de la CFDT. Pas pour une reven­di­ca­tion liée à la Fac, mais pour “Construire une filière du numé­rique : un enjeu d’avenir !”. Les reven­di­ca­tions ? Assez vagues, foca­li­sées sur les usages, l’emploi, la jeu­nesse et un ni-ni sur le finan­ce­ment des conte­nus (scan ci-dessous). C’est bien la pre­mière fois que je vois cela dans un événe­ment. Le jour même, je rece­vais une invi­ta­tion de la CGT pour une confé­rence de presse le 5 décembre 2011 sur l’annonce de leur appli­ca­tion mobile iPhone/Android ! Les syn­di­cats se moder­nisent, dis-donc !

Tract CFDT distribue aux Assises du Numerique 2011 RectoTract CFDT distribue aux Assises du Numerique 2011 Verso

Alors, que pouvions-nous se mettre sous la dent pen­dant cette jour­née ? Il y avait heu­reu­se­ment un peu de matière…

  • Une intro­duc­tion du phi­lo­sophe Ber­nard Stie­gler pleine de mes­sages mais assez confuse : le numé­rique change tout, cela ne sert à rien de vou­loir pro­té­ger l’état anté­rieur, la société est en manque de confiance, des modèles alter­na­tifs contri­bu­tifs sont pos­sibles entrai­nés par les jeunes et les contri­bu­tions libres, c’est l‘ère de l’open inno­va­tion, il faut revoir la notion même d’écriture et conce­voir la nou­velle “écri­ture numé­rique” (un blog ne serait-il pas numé­rique ?… ). Le mon­sieur a cité quatre fois Micro­soft dans son inter­ven­tion, fai­sant de l’éditeur l’acteur ayant le meilleur rap­port qua­lité prix “visibilité/investissement” de ces Assises puisqu’il n’était pas spon­sor. Mais il n’a pas vrai­ment chauffé la salle.
  • Un Eric Bes­son pré­sen­tant le bilan du plan France Numé­rique 2012 et esquis­sant les prio­ri­tés du plan France Numé­rique 2020. Et de rap­pe­ler les emplois créés par l’économie numé­rique (700K) et ceux qui res­tent à créer (500K) s’appuyant sur la fameuse étude McKin­sey com­man­dée par Google (et qui ne traite que de l’impact écono­mique de l’Internet, mais pas du numé­rique en géné­ral). Il passe pas mal de temps à évoquer la fin de la TV ana­lo­gique et le déploie­ment réussi de la TNT. Pour l’horizon 2020, c’est le très haut débit pour tous, autant fixe que mobile et l’administration sans papier. Il doit écour­ter son dis­cours à cause du pré­cé­dent qui avait duré trop long­temps et pour cause de Conseil des Ministres où il est assez mal­venu d’arriver en retard, même avec un mot d’excuse. Vous trou­ve­rez la vidéo et le texte de son inter­ven­tion sur CapeCalm.tv.
  • Un Gilles Babi­net assez ins­piré avec des accents poli­tiques et sociaux genre “les emplois qua­li­fiés du numé­rique per­mettent de faire bais­ser la délin­quance”. Il cite une étude d’Elaia Part­ners (pas visible sur leur site…) selon laquelle les emplois créés par les star­tups ont aug­menté de 22% par an (entre quand et quand et sur quel volume ?). Il rap­pelle l’excellence mathé­ma­tique fran­çaise, qui fait de nous le pre­mier pays en médailles Fields par habi­tant (et numéro 2 en valeur abso­lue), et son impact sur un grand nombre de tech­no­lo­gies cou­rantes (CAO, chif­fre­ment dans cartes de cré­dit, com­pres­sion vidéo, GSM, etc). Il défend une écono­mie numé­rique plus volon­ta­riste, l’entrepreneuriat (nous sommes le troi­sième pays au monde en capi­tal risque, der­rière USA et UK et devant Israël) et aussi l’enseignement supé­rieur et la recherche qui doivent conti­nuer de se rap­pro­cher des entre­prises, dans la lignée de la loi LRU de 2007. Il évoque un rap­port remis à la Pré­si­dence de la Répu­blique au sujet des aides aux inves­tis­se­ments dans l’innovation, qui ne semble pas public. Il rap­pelle que la filière du capi­tal risque est en dan­ger en France et en Europe du fait de la crise finan­cière et des évolu­tions règle­men­taires européennes.

Gilles Babinet (4)

  • Un débat sans grande saveur sur la e-Ville avec un zeste d’Open Data mais sans repré­sen­tant des villes dans le panel. Idem pour le débat sur la e-santé, que j’ai loupé et qui se concluait par une courte inter­ven­tion de Nora Bera, Secré­taire d’Etat en charge de la Santé, qui ferait bien de faire un petit tour en média trai­ning tel­le­ment elle manque de convic­tion dans sa prise de parole.
  • Un Fré­dé­ric Mit­ter­rand égal à lui-même, défen­seur des droits des auteurs et de la créa­tion face aux “bar­bares” de l’Internet et pour qui la TV connec­tée est un “accé­lé­ra­teur du pira­tage” mais qui évoque le besoin d’assouplissement de la chro­no­lo­gie des médias (avec contre par­ties pour les chaines TV…). Quel dynamisme !

Frédéric Mitterrand (2)

  • Une passe d’armes ani­mée dans la table ronde sur l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire sur le haut débit, entre un élu local et le pré­sident de l’ARCEP, Jean-Ludovic Sili­cani, remonté comme un res­sort. Le finan­ce­ment du haut débit n’est pas un sujet facile dans les zones peu denses. Les opé­ra­teurs n’y vont pas natu­rel­le­ment et la puis­sance publique est coin­cée entre sa dette et son mille-feuille admi­nis­tra­tif Etat/régions. Les régions se plaignent du manque de concer­ta­tion et d’une vision top-bottom pro­ve­nant de l’Etat, sans dis­po­ser des moyens finan­ciers pour la mettre en musique. Leur fer de lance est le séna­teur cen­triste Hervé Mau­rey, auteur d’un rap­port sur le sujet en 2010 et d’une pro­po­si­tion de loi asso­ciée, mais il n’intervenait pas dans cette table ronde. Je l’avais vu dans la confé­rence de l’EBG sur la pré­si­den­tielle la semaine précédente.

Table Ronde Aménagement du Territoire (2)

  • Un débat décon­necté sur la TV connec­tée où l’on par­lait de conte­nus alors qu’il s’agit main­te­nant d’une bataille de pla­te­formes (voir les enjeux dans cet article). Alain Weil (Next Radio / BFM) qui se dit peu menacé par la TV connec­tée car ses chaines font essen­tiel­le­ment du direct et des news. Jéré­mie Maligne de SFR qui dort sur ses deux oreilles car les nou­veaux usages mul­tié­crans et déli­néa­ri­sés sont des oppor­tu­ni­tés pour le réseau des opé­ra­teurs. Et Emma­nuel Gabla du CSA qui rap­pelle au cas où on l’oublierait qu’il faut tout de même pro­té­ger les enfants contre les conte­nus inappropriés.
  • Un assez bon dis­cours de Fran­çois Fillon, très à l’aise dans l’exercice de la lec­ture et qui fait écho à celui d’Eric Bes­son du matin. Mais qui n’échappe pas à cette ten­ta­tion de foca­li­ser son atten­tion sur les conte­nus et l’édition et moins sur les indus­tries du numé­rique, même s’il indique qu’il faut main­te­nir l’effort de R&D en géné­ral (notam­ment via le Cré­dit Impôt Recherche) y com­pris en période de crise.
  • Une table ronde sur la recherche et l’innovation avec trois boites étran­gères (Intel, Erics­son et Hua­wei), ce qui fait un peu désordre, l’INRIA, le pôle Sys­té­ma­tic et un Joël de Ros­nay assez en forme, évoquant de bons vieux basiques comme le besoin de mai­tri­ser l’anglais pour inno­ver à l’échelle mon­diale. Mais par contre, on y parle peu des com­po­santes non tech­no­lo­giques de l’innovation.
  • Un débat sur la com­pé­ti­ti­vité et la crois­sance, où Gilles Babi­net remet le cou­vert sur l’enseignement supé­rieur, et un bon cas­sage de la “direc­tive Guéant” (qui dur­cit les condi­tions de main­tien en France d’étrangers, même étudiants et cher­cheurs, exemple ici) et son impact sur l’emploi et la com­pé­ti­ti­vité des entre­prises fran­çaises ou étran­gères en France (comme ZTE, un autre spon­sor). A noter la dépu­tée UMP Laure de la Rau­dière, proche du ter­rain, qui donne un excellent exemple de TPE de 7 per­sonnes qui exporte par­tout dans le monde grâce à Internet.

Au fait, qui assis­tait à cette confé­rence ? Il y a déjà les nom­breux spon­sors et leur staff, notam­ment de lob­byistes. On les iden­ti­fie notam­ment lorsqu’ils quittent la salle une fois que leur patron s’est exprimé sur scène. Il y a ensuite pas mal de repré­sen­tants d’organismes publics concer­nés par le numé­rique. Puis, quelques médias et blog­geurs dont votre ser­vi­teur. Enfin, de nom­breux consul­tants qui cherchent du bou­lot et aussi pas mal d’étudiants. En tout, au nez, quatre cent personnes.

Voilà pour ces Assises du Numé­rique 2011 ni plus ni moins mémo­rables que les autres confé­rences sur le sujet. Pas­sons main­te­nant aux plans France Numé­rique 2012 et 2020.

Le bilan du plan France Numé­rique 2012

Fait suf­fi­sam­ment rare pour être sou­li­gné, l’équipe d’Eric Bes­son a inté­gré une “sco­re­card” de la réa­li­sa­tion des 154 mesures du plan France Numé­rique 2012 lancé en 2008 dans son docu­ment “France Numé­rique 2012-2020 - Bilan et pers­pec­tives”. Bravo, bravo ! Ces mesures étaient clas­sées en réa­li­sées, en cours de réa­li­sa­tions ou pas réa­li­sées. 95% des mesures auraient ainsi été réa­li­sées ou sont sur le point de l’être.

Il y a évidem­ment des bémols : ces actions étaient d’importance et de per­ti­nence très inégale et les objec­tifs de moyens comme de résul­tats étaient rare­ment chif­frés. Ce véri­table inven­taire à la Pré­vert des actions de l’Etat dans le numé­rique est révé­la­teur de son mode d’action très codi­fié. Les actions type “créer un groupe de tra­vail …”, “publier un décret…”, “favo­ri­ser …”, “étudier …”, ”enga­ger une réflexion …”, “sai­sir le conseil machin pour for­mu­ler un avis sur bidule”, “créer un baro­mètre pour mesu­rer ceci” ou “contri­buer acti­ve­ment à…” sont des objec­tifs de moyens très vagues et peu enga­geants, sur­tout si on ne sait pas qui fait quoi. Donc, assez faciles à res­pec­ter en période de bilan.

Comme on peut le consta­ter dans le cadre du grand emprunt, l’Etat pêche sou­vent dans le détail de l’exécution. C’est une chose de dire “on va aider l’innovation en finan­çant les entre­prises inno­vantes”, c’en est une autre de construire un dis­po­si­tif cohé­rent qui tienne la route et que l’on cor­rige rapi­de­ment lorsque l’on iden­ti­fie des écueils. Les liens public/privé dans la pré­pa­ra­tion de ces plans ne suf­fisent pas car ils sont eux aussi géné­ra­teurs d’incohérences regrettables.

France Numerique 2012-2020 Bilan et PerspectivesScorecard Plan France Numerique 2012

Mais il est très facile d’être grin­cheux. Recon­nais­sons tout de même ce qui a pu être réa­lisé, avec notamment :

  • Le pas­sage à la TNT sans trop de douleur.
  • Des pro­grès dans la cou­ver­ture haut débit du ter­ri­toire même s’il reste de grosses zones d’ombre. Je crains qu’il ne faille adop­ter des mesures de plus en plus coer­ci­tives à l’encontre des opé­ra­teurs télécoms.
  • Le déve­lop­pe­ment de l’administration élec­tro­nique qui suit son cours et le lan­ce­ment du por­tail Proxima Mobile.
  • La créa­tion d’ETALAB qui va ame­ner celle du por­tail d’open data de l’Etat fran­çais avec une poli­tique d’opt-out inté­res­sante (sauf à être dans une liste d’exclusion publiée, les don­nées devront être publiques)
  • Quelques pro­grès dans l’environnement entre­pre­neu­rial, dans l’éducation et l’enseignement supé­rieur, dans la valo­ri­sa­tion des conte­nus, dans le déve­lop­pe­ment de nou­veaux conte­nus numé­riques même s’il s’agit sou­vent de créa­tion de digues pour pro­té­ger les acteurs du passé.
  • Il y a aussi la créa­tion du Conseil Natio­nal du Numé­rique qui a l’air de com­men­cer à por­ter ses fruits pour véhi­cu­ler des pro­po­si­tions inté­res­santes au gou­ver­ne­ment, notam­ment dans le domaine de l’entreprenariat.

On s’amusera de ce que l’une des rares prio­ri­tés dont tous les voyants sont affi­chés au vert est “Lut­ter contre toutes les formes de cri­mi­na­lité”, met­tant de l’eau au mou­lin de ceux qui dénoncent une approche pri­vi­lé­giant le “tout répres­sif”. Même si les équipes d’Eric Bes­son (comme celles du temps de NKM) ont bien pris soin de ne pas s’occuper du brû­lant sujet de la HADOPI.

Dans les points noirs, nous avons le dos­sier santé, l’un des plus gros ser­pents de mer qui a démarré avant Bes­son 2008 et per­du­rera après Bes­son 2012 ! Il y a aussi l’épineux pas­sage à IP V6, autre ser­pent de mer qui risque de tirer l’Internet des objets vers le fonds, mais pas seule­ment en France.

On pourra ne pas regret­ter que cer­taines actions n’aient pas abouti. La TV mobile ? Il n’était pas néces­saire de se pré­ci­pi­ter vu qu’il n’y a pas de bon busi­ness model ni de forte demande. La radio numé­rique ter­restre ? Oui, nous sommes en retard par rap­port aux USA et au Royaume-Uni, mais cela n’a pas de grand impact sur notre vie de tous les jours ni sur notre com­pé­ti­ti­vité. L’atmosphère IP est tel­le­ment omni­pré­sente que l’on peut se connec­ter à toutes sortes de web radios dans plein d’endroits, et par­ti­cu­liè­re­ment chez soi. La Carte Musique ? On ne rigole pas.

Enfin, cer­tains dénoncent l’absence de bud­get pour le plan pré­cé­dent comme pour le sui­vant, comme dans cet article d’Oli­vier Chi­che­por­tiche dans ZDNet. Mais en période de crise, il faut rai­son­ner “iso” et faire des réal­lo­ca­tions. Le gou­ver­ne­ment a décidé d’utiliser le pro­fit du divi­dende numé­rique pour finan­cer cer­taines actions. C’est plu­tôt sage.

Le plan France Numé­rique 2020

Dans le même docu­ment, on trouve ce bien curieux plan France Numé­rique 2020. Il mélange les acquis du plan 2012 et le plan 2020 lui-même qui en est essen­tiel­le­ment la pro­lon­ga­tion en étant volon­tai­re­ment plus vague du fait des échéances élec­to­rales. La vision est long terme (haut débit mobile, fibre par­tout, etc) mais il est dom­mage qu’elle ne soit pas assez chif­frée en termes d’objectifs. La culture de la sco­re­card n’est pas encore entiè­re­ment adoptée !

L’un des points clés du plan est de pour­suivre le déploie­ment du très haut débit fixe (avec les moyens du bord) et de lan­cer celui du très haut débit mobile et les usages qui vont avec. Le THD mobile pro­fi­tera du divi­dende numé­rique de la TNT, à savoir des fré­quences libé­rées par le rem­pla­ce­ment de la TV ana­lo­gique par la TNT.

Il n’est pas évident de tout ana­ly­ser dans le détail. Cha­cun a ses centres d’intérêt !

Il y a tou­jours cette foca­li­sa­tion trop forte du gou­ver­ne­ment sur les conte­nus et les digues asso­ciées (8 pages, prio­rité 3 sur 5). Le débat sur la TV connec­tée en est un exemple. L’Etat et les indus­tries des conte­nus se battent trop sur la régu­la­tion alors qu’ils devraient col­la­bo­rer et s’entendre sur une véri­table stra­té­gie indus­trielle de pla­te­formes et de stan­dards. De telles stra­té­gies sont égale­ment indis­pen­sables dans l’Internet des objets comme sur le cloud com­pu­ting, plu­tôt que des pro­jets col­la­bo­ra­tifs de R&D à la sauce Quaero. La ques­tion de la stan­dar­di­sa­tion est cepen­dant bien trai­tée dans les pro­po­si­tions sur les smart grids, la domo­tique et l’Internet des objets.

La par­tie concer­nant l’économie et les indus­tries du numé­rique reste tou­jours défi­ciente. Elle ne pro­jette pas de vision de la posi­tion de la France dans le monde dans le sec­teur du numé­rique. Alors, quel est le plan ? Ver­ba­tim : “Le déve­lop­pe­ment des PME du numé­rique conti­nuera de béné­fi­cier de toute l’attention des pou­voirs publics dans les années à venir. […] L’accès des PME du numé­rique au finan­ce­ments pour­rait égale­ment béné­fi­cier d’investisseurs dans les écosys­tèmes d’innovation, en par­ti­cu­lier des pôles de com­pé­ti­ti­vité, comme de la for­ma­tion d’analystes finan­ciers spé­cia­li­sés sur les star­tups du numé­rique, l’absence actuelle de pos­si­bi­li­tés de sor­ties sur le mar­ché bour­sier consti­tuant un frein à l’investissement dans les phases amont” (page 8). Argh, je m’étrangle ! Des ana­lystes finan­ciers ! Qui a bien pu sug­gé­rer une telle idée ?

Il faut sur­tout encou­ra­ger, for­mer et aider les entre­pre­neurs à se lan­cer rapi­de­ment à l’international, et à favo­ri­ser l’interdisciplinarité tant dans l’enseignement supé­rieur que dans l’entrepreneuriat (tech­nique, busi­ness, design, etc). Et de com­prendre que la réus­site dans l’innovation n’est pas seule­ment une affaire d’investissements en R&D et de Cré­dit Impôt Recherche.

Il sub­siste aussi cette prio­rité de déve­lop­per le numé­rique dans les PME où la connexion est là, mais pas tous les usages, notam­ment dans le com­merce en ligne. Le pays se traine tou­jours un peu. Ce n’est pas qu’un pro­blème de gou­ver­ne­ment, mais de culture, de rela­tion à la tech­no­lo­gie, et aussi qui à trait à la struc­ture de nos acti­vi­tés notam­ment ter­tiaires. Le tou­risme est un bon exemple de contraste : nous sommes la pre­mière des­ti­na­tion tou­ris­tique au monde, mais nous n’en tirons pas suf­fi­sam­ment pro­fit, faute de suf­fi­sam­ment bien accueillir les visi­teurs et de ne pas uti­li­ser à fond les tech­no­lo­gies, notam­ment mobiles. Pour encou­ra­ger les TPE à pas­ser au numé­rique, rien de mieux que l’exemplarité. A ce titre, l’ambition de viser le 100% sans papier dans les démarches admi­nis­tra­tives d’ici 2020 est tout à fait cen­sée. Il fau­drait peut-être même aller plus vite !

Les hauts et les bas des symboles

La pré­sence du Pre­mier Ministre à ces Assises du Numé­rique était bonne sym­bo­li­que­ment. Il sem­ble­rait qu’elle ait été déci­dée il y a quelques semaines, quand Mati­gnon s’est rendu compte que le plan France Numé­rique 2012 et le 2020 étaient une occa­sion de com­mu­ni­quer sur autre chose que la crise et la rigueur. Bon point.

On pou­vait cepen­dant remar­quer que le dis­cours du Pre­mier Ministre était posé sur le pupitre par son aide de camp mili­taire, ce qui n’est parait-il pas une obli­ga­tion pro­to­co­laire. On peut très bien deman­der cela à un “civil” ! J’avais observé la même chose pour le Pré­sident de la Répu­blique au eG8 (ci-dessous à droite). La nuance ? L’aide de camp de Fillon est plus “geek” - comme Fillon vs Sar­kozy - puisqu’il avait l’air de pas­ser son temps sur son smart­phone pen­dant l’intervention de son patron.

Aide de camp de François FillonAide de camp de Nicolas Sarkozy (2)

Quant à lui, tout en jon­glant avec le nucléaire et les acié­ries à sau­ver à Flo­range, Eric Bes­son a réussi à lan­cer ce plan France Numé­rique 2020. Il a déve­loppé une pré­sence réelle sur Twit­ter qui tra­duit un enga­ge­ment ter­rain assez solide. De près, ce Mon­sieur n’est ni incom­pé­tent ni poli­tique au sens clas­sique du terme. Il ne joue pas le rôle d’un autre en sui­vant les conve­nances, mais juste le sien, assez natu­rel­le­ment, même si cela peut lui jouer des tours. Dans le numé­rique comme dans le nucléaire, il adopte une pos­ture fina­le­ment plus tech­ni­cienne que poli­tique (cf son débat sur Europe 1 avec Eva Joly). En poli­tique, c’est un tra­vers car l’émotionnel est plus por­teur que le ration­nel. Mais il a annoncé qu’il quit­tait la poli­tique en avril pro­chain. Donc, tout se tient ! Qui héri­tera du numé­rique en mai 2012 ? Les paris sont dou­ble­ment lan­cés, selon le camp qui gagnera la présidentielle.

Le plus mau­vais dans les sym­boles reste le Pré­sident de la Répu­blique. N’est-il pas éton­nant d’apprendre que le 6 décembre 2011, il devrait inau­gu­rer les nou­veaux bureaux de Google rue de Londres à Paris, à deux pas des pré­cé­dents, et en pré­sence d’Eric Schmidt, venu aussi inter­ve­nir à LeWeb 2011 ? Tout cela parce que ce nou­veau Goo­gle­plex va accueillir quelques dizaines de cher­cheurs en plus des équipes de la filiale fran­çaise du géant de l’Internet (détails ici). Alors qu’il n’est (qua­si­ment ?) jamais allé visi­ter d’incubateurs, de star­tups ou d’entreprises inno­vantes du numé­rique fran­çais ? C’est un beau Fouquet’s du Numé­rique qui se pré­pare ! Bon sang de bon soir ! Pour­quoi per­sonne ne se rend-il compte de ce genre de bourde ? Et là, on ne pourra pas dire comme en 2007 que c’est dû à l’influence de Cécilia !

Mes pho­tos des Assises du Numé­rique sont ici. Et vous pou­vez les revivre en consul­tant le flux Twit­ter #adn11.

Publié le 2 décembre 2011 et mis à jour le 7 décembre 2011 Post de | Entrepreneuriat, France, Internet, Politique, Sociologie, Technologie | 11434 lectures

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Les 11 commentaires et tweets sur “Les ambitions de France Numérique 2020” :

  • [1] - Michel Nizon a écrit le 3 décembre 2011 :

    Je ne suis pas sûr que ce soit une “bourde” d’inaugurer les locaux de Google mais plu­tôt une preuve de réa­lisme et de pragmatisme.

    Qui sait com­bien Google créera d’emplois en France dans les dix pro­chaines années ? La France n’a pas créé IBM mais au fil du temps cette entre­prise a apporté plus d’emplois et de richesses à la France que BUL (idem pour Micro­soft!). Google peut avoir le même impact en France d’ici 202O!
    C’est égale­ment une oppor­tu­nité pour les jeunes cher­cheurs fran­çais de res­ter en France.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 3 décembre 2011 :

      C’est effec­ti­ve­ment une ques­tion d’appréciation. En termes d’emplois directs, l’impact de Google est très limité pour l’instant et ne risque pas d’atteindre celui d’IBM, autant celui d’aujourd’hui que celui de ses glo­rieuses années (70/80) où l’effectif avait atteint je crois 30000 per­sonnes. Il y a au plus quelques cen­taines de per­sonnes chez Google.

      Sinon, les socié­tés amé­ri­caines uti­lisent tou­jours la même tac­tique pour mettre en valeur leur contri­bu­tion écono­mique, avec les emplois créés dans leur écosys­tème. C’est de bonne guerre. Mais c’est à com­pa­rer avec la valeur qui aurait été appor­tée par un écosys­tème mon­dial dont la pla­te­forme d’origine serait fran­çaise ou euro­péenne. Google est en plein lob­bying en ce moment. Créa­tion d’un (petit) labo de R&D, d’un “Centre Cultu­rel” (on ne rigole pas…), finan­ce­ment d’études d’impact écono­mique, pro­gramme PME, pro­gramme Star­tup Café. C’est un moyen de contrer la pro­cé­dure en cours à Bruxelles, pour se faire des amis dans les capi­tales euro­péennes. Exac­te­ment les mêmes tac­tiques que Micro­soft avec son labo INRIA/MS, sa R&D MSN en France et ses pro­grammes startups.

      Les pla­te­formes clés du mar­ché captent une très grande par­tie de la valeur ajou­tée de leur sec­teur, en lais­sant les miettes aux autres. Micro­soft repré­sente plus de 20% du mar­ché mon­dial du logi­ciel, mais plus de 30% de son résul­tat net. Idem pour Google qui capte près de la moi­tié du revenu publi­ci­taire en ligne au monde, et avec un résul­tat net qui en repré­sente une plus grande pro­por­tion. Le tout ali­men­tant les fonds de pen­sion amé­ri­cains, sur­tout pour Micro­soft qui dis­tri­bue des divi­dendes tan­dis que l’action de Google est spé­cu­la­tive (sans ren­de­ment direct).

      Ce que je dénonce dans la pos­ture de la Pré­si­dence, c’est de faire ce dépla­ce­ment pour un événe­ment rela­ti­ve­ment mineur (un démé­na­ge­ment sans aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive de l’effectif) alors qu’aucun geste du même type n’a été fait à ce jour pour l’écosystème fran­çais. Et pour­tant, il s’y passe des choses ! Il y a deux ans envi­ron, c’est Fran­çois Fillon qui a inau­guré les nou­veaux locaux de Das­sault Sys­tèmes à Vélizy, pas NS. Pour Micro­soft à Issy les Mou­li­neaux (1800 per­sonnes), il y avait 8 membres du gou­ver­ne­ment dont Chris­tine Lagarde et c’était déjà bien assez comme cela d’un point de vue symbolique.

      • [1.1.1] - Michel Nizon a répondu le 3 décembre 2011 :

        C’est pour cela qu’il ne faut pas non plus écar­ter le docu­ment de la CFDT qui mérite plus d’attention peut être et ses inter­ro­ga­tions légi­times sur la fis­ca­lité de cette valeur ajou­tée. Pour­quoi ne pas ins­tau­rer comme au Bré­sil (je crois avoir lu récem­ment ?)une Taxe d’un 1/3 sur la valeur ajou­tée (TVA pour les intimes) sur toutes les tran­sac­tions digi­tales ?
        Pour les pla­te­formes the game is over pour les fran­çais pour des pro­blèmes autant lin­guis­tiques (non mai­trise de la langue anglaise due à un ensei­gne­ment élitiste dans les lycées)que d’ambitions et de moyens mis en face.

        On connait tous, les noms des joueurs entre qui, qui va se jouer le match :( Apple, Face­book, Google et Amazon).

        Donc autant favo­ri­ser leur venue en France qui avec le Cré­dit d’Impot Recherche fait de la France un para­dis fis­cal sou­vent oublié…

        • [1.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 3 décembre 2011 :

          Je ne bais­se­rai pas aussi vite les bras sur les batailles de pla­te­formes. Il y en a encore à mener !

          Pour ce qui est de la fis­ca­lité, Bercy y tra­vaille mais ce n’est pas évident. Il faut à la fois pré­ser­ver nos acteurs locaux (ce qui n’était pas le cas de la fameuse taxe Google heu­reu­se­ment aban­don­née) et res­pec­ter les accords inter­na­tio­naux (UE, OMC).

          Le CIR qui attire les boites étran­gères, oui, OK. Mais pour MS et Google, cela a un impact très sym­bo­lique. Quelques dizaines de per­sonnes de part et d’autres en R&D en France. Mais Hua­wei en a déjà des centaines…

  • [2] - cyprien decouty a écrit le 6 décembre 2011 :

    “quelques dizaines” => la capa­cité des nou­veaux locaux est bien au des­sus de 500 per­sonnes. Et l’effectif de Google Paris double presque… Je ne sais pas ce qu’il vous faut de plus.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 6 décembre 2011 :

      Merci pour cette précision.

      Mais il fau­drait pou­voir en savoir plus : quel est l’effectif de Google France aujourd’hui ? A quel rythme la filiale recrute-t-elle ? Cela per­mef­trait d’avoir une idée encore plus pré­cise sur le dimen­sion­ne­ment de ce labo de R&D.

  • [3] - Philippe MELET a écrit le 6 décembre 2011 :

    Le der­nier para­graphe est à lire…comment ne pas être 100% d’accord sur le symbole…et sur le Fouquet’s du numérique.

  • [4] - Pierre Boucard a écrit le 7 décembre 2011 :

    Comme évoqué lors d’un récent tweet, je me per­met d’apporter quelques pré­ci­sions au sujet de la RNT en France que vous sem­blez mettre de côté !

    La FM est aujourd’hui satu­rée et seule la RNT per­met aux radios exis­tantes de se déve­lop­per ou à de nou­velles radios de se créer…
    En dépit des attentes de nom­breuses radios et de dif­fé­rents acteurs de l’audiovisuels, le gou­ver­ne­ment et le CSA semblent main­te­nir un mora­toire favo­rable aux grands groupes com­mer­ciaux au détri­ment des radios locales et régionales.

    En soit, la RNT n’est qu’un des sup­ports tech­niques de la radio numé­rique, mais elle est le néces­saire pas­sage pour main­te­nir l’audience lors de la tran­si­tion. La meilleure preuve est le nombre de can­di­da­ture de nou­velles radios et de webra­dios à la RNT. Quand on y regarde bien, ces radios n’ont pas de modèles viables sur inter­net si elles ne sont pas filiales d’un grand groupe média. La radio inter­net seule ne peut donc être le futur des radios. Il ne faut pas oublier non plus les radios com­mer­ciales plus modestes, fortes contri­bu­trices au plu­ra­lisme du pay­sage fran­çais et qui cherchent à se déve­lop­per. De la radio régio­nale à la radio thé­ma­tique natio­nale, nom­breuses sont celles qui affirment avoir un modèle écono­mique pour se lan­cer en RNT.

    Le coût de la double dif­fu­sion n’est éven­tuel­le­ment un pro­blème que pour les groupes ayant des avan­tages acquis. Libres à eux de ne pas y aller et de se ral­lier au suc­cès en marche de la RNT, telle la tac­tique déjà vue en FM dans les années 80. La RNT est déjà acces­sible (dans le cadre de démons­tra­tion) à Nantes, Lyon, Paris, Mar­seille et bien­tôt d’en d’autres villes à défaut d’y être auto­ri­sée défi­ni­ti­ve­ment.
    Il reste encore du tra­vail pour ini­tia­li­ser le mar­ché mais l’exemple Anglais, Alle­mand, Suisse, Belge,… semble don­ner la tendance.

    La “mise à l’écart” de la RNT dans le plan « France Numé­rique 2020 » per­met de faire un constat, il est révé­la­teur de la volonté du gou­ver­ne­ment de favo­ri­ser les grands groupes audio­vi­suels au détri­ment des autres acteurs, même lorsque des pro­po­si­tions en rup­ture tech­nique et écono­mique per­mettent de recon­si­dé­rer le dossier.

    La crainte de ces radios domi­nantes est de voir (comme dans le dos­sier RNT) émer­ger de nou­velles radios dans le pay­sage radio­pho­nique français !

    • [4.1] - Olivier Ezratty a répondu le 7 décembre 2011 :

      Merci Pierre pour ces pré­ci­sions d’un acteur engagé dans le sujet et bien au cou­rant de ses arcanes. OK sur la valeur appor­tée par la RNT, notam­ment pour désen­gor­ger la bande FM qui est très satu­rée sur­tout dans les grandes villes.

      Je ne sais pas s’il s’agit d’une véri­table mise à l’écart de la RNT dans le plan Bes­son 2020 sous la pres­sion des grands groupes. Ce plan a fait l’impasse sur pas mal de sujets pour des rai­sons diverses. Il laisse un peu la voie libre aux can­di­dats de la pré­si­den­tielle pour y pico­rer et le compléter.

      Mon point reste un sujet à dis­cu­ter. L’atmosphère IP ne rem­place certes pas entiè­re­ment un broad­cast numé­rique notam­ment pour les popu­la­tions “non connec­tées”, au même titre que l’IPTV ne peut pas rem­pla­cer entiè­re­ment la TNT du fait d’un haut débit à débit très variable sur le ter­ri­toire. Mais la consom­ma­tion de musique et de radio via IP est tout de même une ten­dance inté­res­sante à obser­ver. On a vu notam­ment fleu­rir depuis quelques années de nom­breux “postes de radio” et “radio­ré­veil” uti­li­sant la connexion Inter­net comme source. Sans comp­ter les devices plus clas­siques que sont les PC, smart­phones et tablettes.

  • [5] - Stephans a écrit le 7 décembre 2011 :

    La visite du chef de l’état chez Google est effec­ti­ve­ment assez pathé­tique. Com­ment ser­vir son image sans trai­ter des véri­tables pro­blèmes tels que la defis­ca­li­sa­tion au sein de para­dis fis­caux euro­péens et du manque à gagner pour le bud­get.
    J’avais écrit un petit post là des­sus sur notre blog : http://blog.calipia.com/2010/09/23/entreprises-citoyennes/.
    Manque à gagner pour l’état : 500 M€ par an en ne comp­tant que 10 entre­prises…
    Stéphane

  • [6] - bobonofx a écrit le 7 décembre 2011 :

    Je t’aime bien Oli­vier quand tu fonces dans le tas comme ça

    boris




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