Culture d’entreprise et innovation 2/6

Publié le 19 juin 2010 et mis à jour le 28 juin 2010 - 5 commentaires -
PDF Afficher une version imprimable de cet article

Dans cette seconde partie d’une série d’articles sur la culture d’entreprise et l’innovation destinée à comparer les pratiques chez Apple, Microsoft et Google, nous allons nous consacrer à la mission que se donnent les entreprises et comment elles codifient leur système de valeur.

La mission et la codification des valeurs

Il est intéressant de constater qu’Apple n’a pas formalisé de Steve Jobs présentant l'iPad en janvier 2010.

Apple a une autre particularité : son culte du secret. C’en est devenu une marque de fabrique au point de plus faire ressembler la firme à un service de renseignement qu’à une entreprise hightech. Et cela ne va pas en s’améliorant (cf “Microsoft Mission Statement

Chez Microsoft, la mission est bien prosaïque et passe partout : “Our mission, and values are to help people throughout the world realize their full potential” résumé en “Your potential, our passion”. Datant de 2003, y a été associée une codification des valeur de la société en six domaines : la passion (pour les produits et les clients), l’ambition, le respect, la remise en question, la responsabilité et l’intégrité. Un bon mélange de ce que la société est déjà ou devrait être.

En pratique, la culture de Microsoft laisse plutôt pas mal d’autonomie aux équipes, tout du moins au niveau de la Corporation. Au point de créer parfois une certaine cacophonie, expliquée par un de ses anciens VP, Dick Brass dans son attaque contre la culture corporate de Microsoft quelques années après son départ (“Bill Gates slides

Culture analytique oblige, les méthodes de management et la communication de Microsoft empruntent fréquemment une approche plus quantitative (milliards de $ de R&D, nombre de brevets déposés) que qualitative (produits introduits sur le marché et avec succès, ergonomie, etc). Cela conduit à donner un aspect faiblement empathique à la société.

A l’opposé d’Apple, la culture du secret est assez réduite chez Microsoft. C’est d’ailleurs plutôt une entreprise très ouverte par rapport à la moyenne du marché. Cela commence en interne avec la coordination interne ultra-complexe pour le moindre projet, avec des réunions rassemblant des dizaines d’intervenants. Ces réunions aboutissent souvent à des consensus de décision  un peu mou. Que ce soit pour décider des fonctions d’un produit ou d’approches marketing. Cela continue avec la relation avec l’écosystème de l’éditeur. Microsoft étant surtout un éditeur de plateformes logicielles, son succès dépend de la coordination avec quasiment tous les acteurs de l’industries informatique et notamment les constructeurs et développeurs. Ils sont donc véritablement bichonnés : conférences développeurs, programmes bêta, programmes startups, nombreux blogueurs dans l’entreprise, utilisation de Twitter, etc. Une nouvelle version de Windows, de Windows Mobile ou même Natal pour la XBOX 360 peut être pré-annoncée plus d’un an avant sa disponibilité. Les Steve Ballmer présentant les matériels supportant Windows 7. Le contraste est saisissant avec Steve Jobs présentant d'ipad.

Du côté de Google, la mission est “d’organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous”. Et le slogan est “Don’t be evil”, Great Place to Work Institute

Alors, où vit-on le mieux dans ces entreprises ? Microsoft et Google (comme Cisco) sont généralement bien placés dans l’étude mondiale “Great places to work” (pour la France en 2010, et aux USA). Mais Apple ne figure pas dans le classement, peut-être parce qu’il faut payer l’institut Great Place to Work pour y être intégré. De plus, culte du secret oblige, Apple ne doit pas envisager sous les meilleurs auspices d’exposer ses collaborateurs à des sondages externes. Apple n’a été présent qu’une seule fois dans le palmarès, en 1984, quand elle ne comptait que 5400 collaborateurs. Difficile de comparer dans ces conditions !

Que conclure de tout cela ?

  • Apple veut être le meilleur dans ce qu’il fait, et faire peu de choses.
  • Microsoft veut contribuer un peu partout à la vie numérique de ses clients, au risque de la dispersion.
  • Google veut gérer toute l’information sans “faire de mal”.

Pour ce qui est de ces aspirations, c’est pour l’instant Apple qui s’en sort le mieux.

—————————-

Le prochain épisode de cette série portera sur la culture produit et channel.

Tous les billets de cette série :

Culture d’entreprise et innovation 1/6 : les dirigeants
Culture d’entreprise et innovation 2/6 : la mission et la codification des valeurs
Culture d’entreprise et innovation 3/6 : les produits et le channel
Culture d’entreprise et innovation 4/6 : le long terme et la recherche
Culture d’entreprise et innovation 5/6 : le management, les ressources humaines, le recrutement, la géographie de la R&D
Culture d’entreprise et innovation 6/6 : les acquisitions, le bilan économique, conclusions

RRR

 
S
S
S
S
S
S
S
img
img
img

Publié le 19 juin 2010 et mis à jour le 28 juin 2010 Post de | Apple, Google, Innovation, Management, Microsoft | 26622 lectures

PDF Afficher une version imprimable de cet article          

Reçevez par email les alertes de parution de nouveaux articles :


 

RRR

 
S
S
S
S
S
S
S
img
img
img

Les 5 commentaires et tweets sur “Culture d’entreprise et innovation 2/6” :

  • [1] - Laurent a écrit le 25 juin 2010 :

    Il y a le slogan officiel, et ce que les entreprises font réellement.

    Apple crée des produits (matériels, pas logiciel) lorsque Steve n’est pas satisfait de ce qui existe déjà (Apple II, Mac, iPod, iPhone, etc.). S’ils se débrouillent très bien sur le logiciel, ils vendent fondamentalement du matériel. Le logiciel est conçu autour du matériel et non l’inverse. C’est pour ça que iWorks pour iPad ne coûte que $30. iWorks est le rasoir et l’iPad est la lame.

    Microsoft veut contrôler les marchés-clé (principalement logiciels) et être le numéro un (pas forcément le meilleur, nuance). Par exemple, ils ont conquis les deux marchés les plus juteux du monde du PC (le système d’exploitation et la suite bureautique) et ont laissé le menu fretin aux autres (l’assemblage de PC). Comme il est difficile de prévoir l’avenir, Microsoft a décidé d’être partout. Ils misent sur tous les chevaux pour être sûrs de miser sur le vainqueur.

    Google, quant à lui, va au-delà de la gestion de l’information (Android ou Chrome ne tombent pas dans cette catégorie). Comme Apple ils ont tendance à créer un nouveau produit ou service quand ils sont décus de ce qu’ils voient (le moteur de recherche, Google Mail, Google Maps, Chrome, etc.), sauf qu’ils sont orienté logiciel.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 juin 2010 :

      Nuances…

      OK sur le fait qu’Apple est avant tout une boite de hardware pour qui le logiciel est un moyen de vendre du matériel. Cela explique pourquoi MacOS n’a pas été licencié en OEM.

      Pour MS, notons qu’il a tout de même créé la notion de suite bureautique, Office étant la première du genre. Auparavant, il y avait juste des “intégrés” (Framework d’Ashton Tate et Symphony de Lotus) qui tournaient sous MS-DOS, un OS non multitâche et non-multifenêtré.

      Pour Google, il faut voir. Android comme Google TV ou Chrome OS sont surtout vus comme des outils permettant de faire de la recherche et sont monétisés par la publicité autour de la recherche, le soft étant gratuit. On retombe ainsi sur la vision initiale. Regarde la démo de Google TV, c’est éloquent.

      Chaque société est très autocentrée sur sa vision et son histoire. Pour Apple, tout est matériel et design et maintenant contenus; chez Microsoft, tout est logiciel; chez Google, tout est “recherche” (de texte, d’image, de vidéo, de TV, de carte géographique, de personne…). Chez Cisco, tout est réseau, chez Oracle, tout est “données d’entreprises”, etc.

  • [2] - jlc a écrit le 16 août 2010 :

    Bonjour Olivier

    Merci pour cette passionnante comparaison. Je partage ton analyse mais je suis toujours stupéfait de constater à quel point les entreprises changent peu.

    Petite remarque concernant l’open innovation…

    En référence au culte du secret d’Apple qui est incontestable, tu dit “On est en tout cas loin de “l’open inno­va­tion”… “.
    Je crois au contraire qu’Apple est un champion de l’open innovation bien maitrisée et que c’est une des distinctions par rapport à Microsoft. D’ailleurs c’est dans les gènes d’Apple et de SJ qui l’a pratiquée dès le début quand le concept n’existait pas encore en utilisant abondamment, pour le MAC, les idées et technos du fameux PARC de Xerox (souris, multi-fenêtre, imprimante…).

    Je dirais que “l’open innovation” (Voir définition http://fr.wikipedia.org/wiki/Innovation_ouverte) consiste à s’appuyer l’innovation d’une entreprise aussi bien sur une R&D externe qu’interne (l’ensemble du reste des processus de l’innovation amont et avals restant bien sur interne). Pour caricaturer, c’est le contraire du fameux syndrome NIH.
    Le terme Open est assez trompeur, il n’implique pas forcément une ouverture aux 4 vents, loin s’en faut. On peut citer par exemple Boeing qui a organisé la conception de son projet Dreamliner autour de ce concept avec des partenariats forts pour bénéficier de la R&D des industriels et labos sur chaque composant de l’avion (moteur, fuselage…).

    Le “faible taux” de R&D d’Apple est cohérente avec cette orientation. L’histoire de l’Iphone est d’ailleurs très intéressante: puisqu’au début SJ conscient q’Apple ne connaissant rien à la téléphonie a voulu faire l’Iphone avec Motorola (en grand secret bien sur !). C’est seulement après plus d’un an de travail commun et n’étant pas du tout satisfait du résultat, qu’il décida de faire beaucoup mieux tout seul. C’est l’application complète de l’open Innovation: si personne n’est capable de concevoir ce qu’on veut faire alors seulement il faut internaliser cette partie de R&D. Il me semble que c’est Idem pour le rachat de la société qui fourni l’A4 de l’Ipad, car Intel n’était pas en mesure de répondre au cahier des charges.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 16 août 2010 :

      Intéressant.

      Oui, en effet, du point de vue du sourcing externe, Apple fait de l’open innovation. Un peu comme Google et même Microsoft cependant. Et plus dans une approche client-fournisseur sommes toutes assez classique, surtout dans le hardware, que dans une logique d’acquisition de sociétés ou de propriété intellectuelle.

      Par contre, Apple diffuse peu d’innovations vers l’extérieur au sens de l’open innovation : peu de brevets, peu de licences accordées sur des brevets, peu de production de logiciels open source (contrairement à Google), pas de spin-offs, pas de partenariats de recherche privé-public (comme chez MS), etc. C’est dans ce sens qu’ils font moins d’open innovation que MS ou Google.

  • [3] - Josh a écrit le 17 juillet 2011 :

    Inté­res­sant :).




Ajouter un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags dans vos commentaires :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong> , sachant qu'une prévisualisation de votre commentaire est disponible en bas de page après le captcha.

Captcha

Pour valider votre commentaire, veuillez saisir les lettres ci-dessus et cliquer sur le bouton Publier le commentaire ci-dessus.


Derniers articles

Derniers albums photos

Depuis juillet 2014, mes photos sont maintenant intégrées dans ce site sous la forme d'albums consultables dans le plugin "Photo-Folders". Voici les derniers albums publiés ou mis à jour. Cliquez sur les vignettes pour accéder aux albums.
albth
Hacking Hôtel de Ville de Paris Mar2017
2017
55 photos
albth
Journée de la Femme Digitale Mar2017
2017
77 photos
albth
Nouveaux portraits
Expo
433 photos
albth
CES 2017
2017
3109 photos
albth
Femmes en noir et blanc
Book
107 photos
albth
FrenchTech CES Kickoff Paris Dec2016
2016
24 photos
albth
Grand Prix de l'Innovation de la Ville de Paris Dec2016
2016
103 photos

Téléchargements gratuits

Le Rapport du CES de Las Vegas, publié chaque année en janvier depuis 2006. Vous souhaitez une restitution personnalisée et un point de veille du marché pour votre organisation ? Contactez-moi.

CouvertureRapportCES

Le Guide des Startups, mis à jour chaque année en mars, avec la somme la plus complète et actualisée d'informations pour lancer et faire vivre votre startup :

image

Voir aussi la liste complète des publications de ce blog.

image

Avec Marie-Anne Magnac, j'ai lancé #QFDN, l'initiative de valorisation de femmes du numérique par la photo. Installée depuis début octobre 2015 au Hub de Bpirance à Paris, elle circule dans différentes manifestations. L'initiative rassemble plus de 530 femmes du numérique (en janvier 2016) et elle s'enrichi en continu. Tous les métiers du numérique y sont représentés.

Les photos et les bios de ces femmes du numérique sont présentés au complet sur le site QFDN ! Vous pouvez aussi visualiser les derniers portraits publiés sur mon propre site photo. Et ci-dessous, les 16 derniers par date de prise de vue, les vignettes étant cliquables.
flow
Moojan Asghari (Startup Sesame)
Moojan est co-fondatrice et COO de Startup Sesame.
flow
Hélène Schlesinger (Google)
Hélène est Platform Specialist chez Google à Paris.
flow
Vera Baturina (Google)
Vera est software engineer chez Google France dans l'équipe d'optimisation et recherche opérationnelle. Elle est notamment diplômée en machine learning.
flow
Coralie Héritier (IDnomic)
Coralie est Directrice Générale de IDnomic, leader français de la protection et de la gestion des identités numériques.
flow
Blandine Delaporte (CheckPoint)
Blandine est manager de l'équipe avant-vente de Check Point France et membre du CEFCYS (CErcle des Femmes de la CYberSécurité).
flow
Magali Paletti
Magali est spécialisée dans le domaine de la sécurité des systèmes d'informations et des données, en direction de projets et en conseil opérationnel et stratégique en cybersécurité.
flow
Anne-Claire Haury (Google)
Anne-Claire est data-scientist chez Google à Paris avec un double background de mathématiques appliquées à l'ENSAE et un doctorat de bio-informatique à l'Ecole des Mines.
flow
Ana Ciumac (Google)
Ana est ingénieur solutions Google Cloud chez Google. Née en Moldavie, elle est diplômée de l'INSA Lyon.
flow
Julie-Elya Hasson (Carrefour)
Julie est Directrice Digitale, Marketing, Innovation, et Clients Groupe Carrefour-Rue du Commerce. Manager d'une équipe de 120 personnes et avec le défi du retour à la croissance d'un pure player ecommerce qui entre dans l'omnicanalité.
flow
Céline Heller (Google)
Céline est Partner Sales Manager, Google Cloud et Lead France Google pour les Associations et aussi enseignante vacataire à Sciences Po Paris et ESCP.
flow
Isabelle Landreau
Isabelle est avocate en droit de la Propriété Intellectuelle (brevets, marques, dessins et modèles) et droit des technologies numériques innovantes, notamment dans les objets connectés et la robotique et avec une spécialisation dans les questions de Big data et de gestion de données personnelles.
flow
Nathalie Launay
Nathalie est consultante indépendante : Experte en solutions d’identités physiques et numériques. Membre fondatrice de la SCIC ÆVATAR, qui est la création d'une référence pour l’identité digitale souveraine s’appuyant en particulier sur le travail de normalisation ISÆN (Individual perSonal data Auditable addrEss Number) à base de Blockchain, sponsorisé par l’association ÆTERNAM.
flow
Frédérique Cauvin-Doumic (OUAT Entertainment)
Frédérique est PDG de l'éditeur de jeux OUAT Entertainment, depuis 1998. Et basée à Angoulème. #entrepreneuse
flow
Delphine Lechat (Hippocampe Studio)
Delphine est présidente et co-fondatrice d’Hippocampe Studio, Concierge et co-fondatrice de ZeBocal, Vice-Présidente du SPN pour la Vienne. #entrepreneuse
flow
Evlampia Thoreau (Microsoft)
Evlampia est évangéliste au sein de la division Developper Experience chez Microsoft France après une formation d'ingénieure à l'EFREI.
flow
Anne-Marie Kermarrec (Mediego)
Anne-Marie est Docteur en Informatique et CEO de la startup Mediego qui fournit ses services de personnalisation marketing en ligne exploitant des recherches menées notamment à l'INRIA.

Derniers commentaires

“@olivez illustre les startups Medtech via @Microlight3D. Ttes lesMedetch au MedFIT 2017…...”
“Depuis, Charlotte Marchandise, candidate de La s'est alliée avec Julien Letailleur, "candidat viruel" retoqué, un Artifice...”
“Most of the #medical #software companies working in innovative solutions are still focusing on #genomics or a...”
“Tour d'horizon des biotechs prometteuses (cardio-vasculaire, diabéte, maladies rares,..)...”
“#lemasteraencorefrappe ;) "Startups scientifiques : biotechs 2" de @olivez sur ...”

Tweets sur @olivez



Abonnement email

Pour recevoir par email les alertes de parution de nouveaux articles :


 

RRR

 
S
S
S
S
S
S
S
img
img
img


Catégories

Tags

http://www.oezratty.net/wordpress/2016/ecosysteme-entrepreneurial-guyane/

Voyages

Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays :

Evénements

J'interviens dans de nombreuses conférences, événements, et aussi dans les entreprises. Quelques exemples d'interventions sont évoqués ici. De nombreuses vidéos de mes interventions en conférence sont également disponibles sur YouTube.