Séminaire Numérique Grand Emprunt – Part 1

Publié le 11 septembre 2009 et mis à jour le 15 septembre 2009 - 5 commentaires -
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Le gou­ver­ne­ment orga­ni­sait jeudi 10 sep­tembre 2009 un Sémi­naire “Numé­rique : inves­tir aujourd’hui pour la crois­sance de demain” piloté par Natha­lie Kosciusko-Morizet, Secré­taire d’Etat en charge de l’économie numé­rique. C’était le der­nier événe­ment du genre depuis les Assises du Numé­rique orga­ni­sées par Eric Bes­son, son pré­dé­ces­seur, en mai 2008. Mais cette fois-ci, un Pre­mier Ministre s’y expri­mait. Cela fai­sait bien long­temps que cela n’était pas arrivé dans un tel contexte. En exa­gé­rant un peu, la der­nière remonte aux inter­ven­tions de Lio­nel Jos­pin aux Uni­ver­si­tés d’Eté de Hour­tin en 1998.

L’objectif de ce sémi­naire était de mettre sur la table les besoins et oppor­tu­ni­tés d’intégrer l’économie du numé­rique dans le grand emprunt en cours de ges­ta­tion. Avec comme cahier des charges, prio­ri­ti­ser le finan­ce­ment d’investissements tour­nés vers le futur, déve­lop­per l’économie, et cor­res­pondre à un inves­tis­se­ment “one shot”. NKM ajou­tait même : “des inves­tis­se­ments qui favo­risent les géné­ra­tions sui­vantes. Avec en tête le fonc­tion­ne­ment des nou­velles géné­ra­tions et en ne s’appuyant pas seule­ment sur des cri­tères de choix tech­niques”.

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Ce sémi­naire ras­sem­blait plus de 1000 per­sonnes à la Mai­son de la Chi­mie, ce qui est pas mal pour un événe­ment monté à par­tir de juillet der­nier et dont les invi­ta­tions n’ont été envoyées que très tardivement.

La forme contestable

Il y avait un fort contraste dans la pos­ture gou­ver­ne­men­tale dans ce sémi­naire avec un aspect très web 2.0 d’un côté, et de l’autre assez web –2.0 !

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Le Web 2.0, c’est NKM qui encou­rage les par­ti­ci­pants à débattre sur Inter­net, notam­ment via Twit­ter, où effec­ti­ve­ment cela pul­sait bien sur les dif­fé­rents ora­teurs. NKM qui est une des rares adeptes de Twit­ter au gou­ver­ne­ment, si ce n’est accro, a même pu mon­trer la teneur de ces débats sur son mobile à Michel Rocard. C’est aussi la pré­sence de quelques blog­geurs, en plus de la presse (ci-dessous, Ludo­vic Dubost et Daniel Glaz­mann, encore plus remonté que moi sur ce séminaire).

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De l’autre, c’était un sémi­naire sans débat avec des inter­ve­nants qui pas­saient les uns après les autres, avec presque aucune ani­ma­tion – sauf pour Hervé Novelli qui s’y est mieux pris, dans le second débat. Trois tables rondes étaient ani­mées par un Ministre pas­sant les plats d’un inter­ve­nant à l’autre après une intro­duc­tion. Elles regrou­paient quelques indus­triels, des repré­sen­tants d’autorités (CSA, ARCEP) ou orga­nismes divers (Cité des Sciences, Pôles de com­pé­ti­ti­vité), une éven­tuelle cau­tion intel­lec­tuelle (écono­mistes) et un élu (UMP) impli­qué dans le numé­rique. Les inter­ve­nants pré­sen­taient par­fois les enjeux de leur métier ou orga­ni­sa­tion mais sans les relier à la ques­tion du moment sans être pour autant relan­cés pour être remis sur les rails.

La jour­née était intro­duite par NKM expli­quant le contexte de l’emprunt, et par un speech de Paul Her­me­lin de Cap Gemini, qui a fait la promo de sa boite au début de son speech pour quit­ter la salle après son inter­ven­tion et ne plus y reve­nir. Et puis, NKM qui était bien ravie de pou­voir ras­sem­bler pareil sérail (deux anciens pre­mier ministres en plus de l’actuel), concluait la jour­née avec sa vision des prio­ri­tés numé­riques pour le grand emprunt. Prio­ri­tés bien pré­pa­rées à l’avance, et pas reliées en appa­rence à quelque forme de consul­ta­tion publique que ce soit ni même vrai­ment aux “débats”. Le choix des inter­ve­nants cor­res­pon­dait cepen­dant de près ou de loin à celui des priorités.

Bref, sur la forme, c’était vrai­ment la cata ! Mais bon, Eric Bes­son s’était essayé au par­ti­ci­pa­tif avec les dizaines de débats des Assises du Numé­rique de l’été 2008 labo­rieu­se­ment conso­li­dés par son cabi­net, et le résul­tat n’était pas for­cé­ment plus pro­bant. Il reste donc à inven­ter le juste milieu !… tou­jours la méthode !

Main­te­nant, trai­tons du fond. Je vais ici par­tir du résul­tat en cou­vrant les cinq prio­ri­tés de NKM pour ce grand emprunt, avec quelques éléments des débats de cette jour­née, quelques com­men­taires et recommandations.

Le haut débit pour tous

C’était le pre­mier débat de la jour­née et celui de plus haute tenue. En effet, on est en plein dans le sujet : le haut débit pour tous requiert des inves­tis­se­ments par­fois lourds et c’est du “one shot”. Mais le diable est dans les détails ! Deux inter­ven­tions me sem­blaient au des­sus du lot :

  • Celle d’Yves Gas­sot, de l’IDATE qui nous met­tait en pers­pec­tive quelques ini­tia­tives étran­gères : le plan Obama qui vise à sti­mu­ler la demande avec $7B d’investissements dans le haut débit, le le plan aus­tra­lien de 20Md€ (100 mbits) mais qui butte sur les condi­tions d’association des grands opé­ra­teurs (Tel­stra), la forte péné­tra­tion du haut débit en Asie liée à forte concen­tra­tion d’habitants dans les méga­lo­poles. Et de faire quelques recom­man­da­tions : réus­sir rapi­de­ment le très haut débit dans les grandes agglo­mé­ra­tions, (avant 2015), ne pas sépa­rer le haut débit mobile et fixe, ne pas déres­pon­sa­bi­li­ser les opé­ra­teurs pri­vés et concen­trer les inves­tis­se­ments publics sur le génie civil.

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  • Augus­tin de Roma­net, le DG de la CDC en évoquant les carences des inves­tis­se­ments pri­vés, le rôle des col­lec­ti­vi­tés locales qui depuis juin 2004 peuvent jouer le rôle d’opérateur haut débit en res­pec­tant des prin­cipes d’ouverture, de mutua­li­sa­tion et de neu­tra­lité. Avec pour lui un bilan posi­tif : cela a struc­turé un mar­ché pérenne avec des résul­tats d’exploitation posi­tifs après 3 à 4 ans d’exploitation et des tarifs de gros moins chers que chez France Télé­com (50% à 60% moins cher, et sur 1500 zones d’activité). La concur­rence vive a eu du bon ! Le très haut débit est un enjeu de 40Md€ alors que le haut débit pour cou­vrir les zones “blanches” (non cou­vertes) est de 2Md€. Il sera dif­fi­cile à finan­cer le très haut débit, d’autant plus que les col­lec­ti­vi­tés locales ne sont pas plus pros­pères en ce moment. Il faut une inter­ven­tion publique pour les 15-20 mil­lions d’habitants qui sont hors des agglo­mé­ra­tions. Il pro­pose d’accélérer la cou­ver­ture des “zones 2” (petites villes), inter­mé­diaires pour accé­lé­rer celle de la “zone 3” (zones rurales). Cela aug­men­te­rait le nombre d’abonnés, la ren­ta­bi­lité et encou­ra­ge­rait le déve­lop­pe­ment de nou­veaux services.

Alors, faut-il mettre le haut débit dans le grand emprunt ? Compte-tenu des cri­tères de l’emprunt cités au début de ce post, je dis­tin­gue­rai deux besoins distincts :

  • Equi­per en haut débit les zones non cou­vertes qui ne repré­sentent aujourd’hui moins de 2% de la popu­la­tion (source : Rap­port ARCEP 2008, page 251). Je pense que cela ne devrait pas être dans le grand emprunt car cela relève d’une prio­rité poli­tique et sociale (l’équité dans l’accès à Inter­net), mais est com­plè­te­ment mar­gi­nal dans son impact écono­mique. Les zones non cou­vertes sont rurales et il y a peu d’emplois en jeu. Cela aidera quelques toutes petites entre­prises à mieux com­mu­ni­quer au plus.
  • Déve­lop­per l’investissement glo­bal dans le très haut débit et la fibre. Ca coute cher, oui. Mais c’est stra­té­gique et cela peut créer des emplois car c’est por­teur de nou­veaux ser­vices inno­vants (télé­pré­sence, télé­vi­sion numé­rique haute défi­ni­tion, etc). Et étalé sur plu­sieurs années, l’investissement privé doit jouer son rôle. De plus, avec le très haut débit, on pourra com­men­cer sérieu­se­ment à réduire les dépla­ce­ments phy­siques pour pri­vi­lé­gier les télé­con­fé­rences. D’où un impact car­bone intéressant.

Mais si le besoin est de 10Md€ et que le grand emprunt ne peut en allouer qu’un au numé­rique (ce dont on ne sait rien pour l’instant), l’apport sera rikiki ou il fau­dra inven­ter le meilleur effet de levier sur les opé­ra­teurs télécoms.

La suite dans le post suivant au sujet de l’industrie du logi­ciel et des ser­vices. Et mes pho­tos de l’événement sont sur Picasa Web Album comme d’habitude.

Le compte rendu offi­ciel des débats est dis­po­nible. Et le flux Twit­ter #emprunt trace les débats pen­dant et après le sémi­naire tout comme les liens sur les autres compte-rendus de l’événement par la presse et les bloggeurs.


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Publié le 11 septembre 2009 Post de Olivier Ezratty | Economie, France, Haut débit, Internet, Politique | 5 commentaires

Les 5 commentaires sur “Séminaire Numérique Grand Emprunt – Part 1” :

  • c’est tel­le­ment dom­mage, les bar­rages de l’époque du new deal aujourd’hui c’est le code, l’infrastructure web indi­vi­duel et col­lec­tive et du contenu libre et des sites à gros PR pour tiré les autres.

    On est pas arrivé, dom­mage j’aime autant NKM que rocard.
    Chouette photo by the way.

  • Le très haut débit est stra­té­gique si il apporte de la valeur aux PME.
    Clai­re­ment iden­ti­fié aujourd’hui : la télé­pré­sence.
    Pour le reste cela devient tout de suite plus com­pli­qué, le zéro papier demande un chan­ge­ment de men­ta­lité et pose la ques­tion de la sécu­rité et de la formation.

    Pen­dant ce temps les PME que je visite dans le cadre de main­te­nance du poste de tra­vail fonc­tionne tou­jours avec le Fax (numé­ri­ser c’est com­pli­qué), la télé­pré­sence ils ne connaissent pas et c’est trop com­pli­qué, le mail est uti­lisé en dépis du bon sens (atta­che­ments énormes vers 50 des­ti­na­taires) et le web ne sert que pour lire les cata­logues, les com­mandes étant faite par téléphone.

    A quand un “minitel-internet-box pour PME”. Je pense qu’il faut sim­pli­fier les usages:
    - télé­pré­sence aussi simple qu’un appel télé­pho­nique
    - GED avec cryp­to­gra­phie aussi simple qu’un fax
    - péda­go­gie sur le mail (ou alors chan­ger SMTP)

    Ce n’est pas tout d’avoir une belle boites à outils, si ceux qui l’utilise ne sont pas formé…

    De conclure que le logi­ciel devient plus impor­tant que la taille des tuyaux. Construire des auto­routes pour s’y dépla­cer en tro­ti­nettes cela n’a pas d’intéret.

    Rémi

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 13 septembre 2009 :

      En effet, on a tou­jours un peu eu ten­dance en France à pri­vi­lé­gier les tuyaux par rap­port aux logi­ciels. Sur­tout dans le dis­cours poli­tique. Cela remonte notam­ment au rap­port sur les “Auto­routes de l’information” de G. Thery en 1994, qui par­lait déjà de fibre optique, mais ne se sou­ciait pas beau­coup des oppor­tu­ni­tés indus­trielles au des­sus des tuyaux… l’année où l’Internet apparaissait !

      NKM a bien com­pris l’importance des usages et des logi­ciels, d’où la seconde table ronde de ce sémi­naire. Tout comme son appel à pro­jets web 2.0 (terme suf­fi­sam­ment large pour incor­po­rer de nom­breux usages numériques).

      Ce qui est frap­pant dans les usages dans les entre­prises, petites ou grandes, c’est l’absence de méthodes et de for­ma­tion. On consi­dère que la for­ma­tion est un acquis pour tous parce que cha­cun sait à peu près mani­pu­ler un client de mes­sa­ge­rie et les outils de la bureau­tique. Mais c’est une illu­sion. Et même une grave erreur. Que de pro­duc­ti­vité et d’efficacité per­dues à cause du manque de méthodes et de for­ma­tions dans les usages ! Réin­ves­tir dans une for­ma­tion à la péda­go­gie renou­ve­lée serait une piste à creu­ser pour les organisations.

      On retrouve d’ailleurs ce tra­vers chez cer­tains éditeurs de logi­ciels qui zappent par­fois la créa­tion d’un simple mode d’emploi !

  • Bien d’accord avec vous … Je me suis “tapé” (avec départ la veille au soir, une nuit en ban­lieue) un AR du LOT(46) en train … pour m’entendre dire qu’il fal­lait twee­ter pour poser des ques­tions …
    Déçu … pour ne pas dire colère !
    Michel L.

  • Désolé pour ce com­men­taire peu construc­tif.…
    mais “prio­ri­ti­ser”, c’est quand même moche.
    Je sais que le fran­çais est une langue vivante mais je pré­fère encore le néo­lo­gisme prio­ri­ser. Mais bon, les goûts et les couleurs…




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