Retour de Corée et Japon – culture et innovations

Publié le 23 février 2009 et mis à jour le 8 mars 2009 - 6 commentaires -
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Je vais com­men­cer le retour sur ce voyage concer­nant le fond de la visite sur un thème qui m’est cher : le lien entre la struc­ture des socié­tés (culture du pays, sys­tème de valeur, orga­ni­sa­tion sociale) et la nature des inno­va­tions qu’elles sécrètent et adoptent. Les cas de la Corée et du Japon sont inté­res­sants car très typés, et assez éloi­gnés des réfé­rents habi­tuels des pays occidentaux.

Le neuf génère du neuf en Corée

L’appétence pour les inno­va­tions numé­riques que l’on trouve en Corée s’expliquent par l’histoire récente de ce pays. Séoul a été détruit en 1950. Résul­tat : le parc immo­bi­lier est récent. Le pays a une culture et des tra­di­tions anciennes mais il sans socle maté­riel sur l’ancien. D’où l’intérêt pour les nou­velles tech­no­lo­gies comme la domo­tique qui per­mettent de créer de la valeur dans les habitations.

Ce pays est donc vers le pré­sent et vers l’innovation. Il est aussi tourné vers l’extérieur car son mar­ché inté­rieur est trop petit pour faire vivre ces inno­va­tions. Sam­sung qui repré­sente 20% du PNB du pays exporte ainsi 80% de sa pro­duc­tion. Cette ouver­ture vers l’extérieur entraine un plus grand inté­rêt pour les stan­dards inter­na­tio­naux qu’au Japon dont le mar­ché inté­rieur est bien plus vaste. Les coréens parlent ainsi plus sou­vent l’anglais que les japo­nais. Les coréens disent d’eux-mêmes qu’ils sont les ita­liens de l’Asie.

Chez NC Soft (7)

Le pays vit à 100 à l’heure. Avec une culture du tra­vail très forte, un sens du défi per­ma­nent qui est accen­tué par le poids des villes dans le pays. Tout va très vite, donc les tech­no­lo­gies qui aident à aller vite comme tout ce qui tourne autour du mobile, prennent bien. Le ver­sant de la médaille est un stress per­ma­nent au tra­vail et un taux de sui­cide élevé.

Même la démo­cra­tie est nou­velle : elle a moins de 20 ans. Et elle se moder­nise dans ses pra­tiques à une très grande vitesse. C’est ce qui res­sor­tait de la pré­sen­ta­tion faite par Jung-hee Song, la Direc­trice Infor­ma­tique de la Ville de Séoul (ci-dessous à droite). Le plan u-Seoul – u pour ubi­qui­tous – qui s’étale sur 2003 à 2010 vise à faire de la ville la meilleure du point de vue du “e-government”.

Seoul CIO

u-Seoul intègre un bel exemple de consul­ta­tions popu­laires et votes sur déci­sions spé­ci­fiques en ligne grâce au Cyber Policy Forum (en plus des pro­grammes Seoul Oasis et de l’UGC Ser­vice) qui asso­cie les pro­po­si­tions et avis de citoyens avec le retour d’experts. C’est un moyen de d’apporter du ration­nel à la poli­tique locale avec des dis­cus­sions basées sur les faits. Quelques mil­liers d’avis sur une tren­taine de thèmes ont ainsi été col­lec­tés depuis la créa­tion du forum Cyber Policy en 2003. Sachant qu’il y a un petit cadeau d’offert aux huit contri­bu­teurs les plus actifs chaque mois. Cette approche de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive rap­pelle l’initiative indé­pen­dante “Com­ment on fait” d’Alexandre Jar­din lan­cée pen­dant le prin­temps 2007 et avor­tée un an après. Ca a l’air de por­ter ses fruits à Séoul. Ques­tion de pos­ture des poli­tiques et de la haute admi­nis­tra­tion ! Ont ainsi été pré­pa­rées diverses déci­sions locales comme la construc­tion d’espaces ouverts en face de la Mai­rie, le mode de cir­cu­la­tion des bus et l’organisation des voies qui leur sont dédiées, et dans la pro­mo­tion du tourisme.

On y trouve sinon en vrac dans e-Seoul : des cartes de réser­va­tion et de paie­ment en ligne pour le sport, le théâtre ou les expo­si­tions, les tra­jets et horaires de bus sur mobiles, des appli­ca­tions pour trou­ver le métro, les maga­sins et les lieux d’histoire les plus proches. Il y a aussi des bornes dans les parcs pour prendre une photo ou une vidéo avec une web­cam et l’envoyer sous forme de carte pos­tale, des vidéo­phones pour les séniors, le paie­ment des impôts en ligne sur mobile, la car­to­gra­phie 3D de la ville, y com­pris à l’intérieur des grands hôtels, de la car­to­gra­phie sta­tis­tique pour les citoyens, des tableaux d’information mul­ti­touch dans les abri­bus déployés depuis 2005, et le e-Seoul Child Pro­tec­tion Sys­tem, une solu­tion de pro­tec­tion des enfants à base de géo­lo­ca­li­sa­tion et de télé­sur­veillance lan­cée en mai 2008 qui limite les risques d’enlèvements !

Presentation Ville de Séoul (2)

Le para­doxe du mana­ge­ment hiérarchique

Com­ment peut fonc­tion­ner l’innovation dans ces conglo­mé­rats très hié­rar­chiques ? Sur le papier, ces entre­prises devraient être à la traine. Pour­tant, elles s’en sortent bien, sur­tout en Corée.

Les conglo­mé­rats (Sam­sung, LG, Hyun­dai) que l’on appelle les chae­bols contrôlent l’économie de la Corée. Les 21 pre­miers repré­sentent ainsi les deux tiers du PNB du pays ! Leur struc­ture de mana­ge­ment est extrê­me­ment pyra­mi­dale. Les top mana­gers décident et les autres exé­cutent. Le sys­tème se repro­duit à chaque étage de la chaine de com­man­de­ment. Il y a peu de remon­tées ter­rain spon­ta­nées de la part des “troupes”. Les top mana­gers demandent des comptes et ques­tionnent. Cela explique d’ailleurs le côté hono­ri­fique en appa­rence de ces postes de haut rang tan­dis que chez nous les top mana­gers ou poli­tiques ont ten­dance à beau­coup se mêler de l’exécution. Cette foca­li­sa­tion sur l’exécution dans les éche­lons inter­mé­diaires a peut être un béné­fice : les gens se posent moins de ques­tions et font plus de qualité.

A côté des chae­bols, la société coréenne semble faire plus confiance aux scien­ti­fiques et aux ingé­nieurs. Le gou­ver­ne­ment a une poli­tique très pro-technologies, il sou­tient la recherche et les expé­ri­men­ta­tions. La société coréenne pré­sente ainsi moins de réti­cences et de fric­tions face aux nou­veau­tés, est prête à les tes­ter. Cela accé­lère l’adoption d’innovations dans le pays.

Senateur Le Grand dans le showroom Samsung

L’orientation très inter­na­tio­nale des chae­bols les aide ensuite à réus­sir à croitre tan­dis que les équi­va­lents japo­nais, les zai­batsu, sont plus tour­nés vers leur mar­ché inté­rieur. Le Japon est ainsi moins bien pré­paré à la mon­dia­li­sa­tion de l’économie et des échanges que la Corée.

Le Japon ou les risques d’une société fer­mée sur elle-même

On disait que c’était au sor­tir de la seconde guerre mon­diale le pays de la copie. Cet attri­but est passé à la Chine. Le Japon reste une terre d’innovations. Mais celles-ci semblent très tour­nées vers la société japo­naise et ses choix par­fois très spé­ci­fiques et dif­fé­rents du reste du monde.

La société japo­naise est des plus tra­di­tion­nelles. C’est un monde d’hommes (aux postes de res­pon­sa­bi­li­tés) tan­dis que les femmes sont sur­tout au foyer. La jeu­nesse subit une éduca­tion rigou­reuse et se défoule ensuite dans les jeux. Les com­po­santes du mode de vie on entrainé une baisse de la nata­lité. Il est aussi sur­pre­nant de consta­ter que la jeu­nesse japo­naise ne parle pas du tout l’anglais. Un petit test dans la rue à Aki­ha­bara était très par­lant. D’autant plus sur­pre­nant qu’en géné­ral, les geeks connaissent un peu mieux l’anglais que le reste de la popu­la­tion d’un pays puisque les inno­va­tions tech­no­lo­giques (logi­ciels, Inter­net) requièrent sou­vent la mai­trise de cette langue.

Les inves­tis­se­ments dans les robots sont pré­sen­tés comme une solu­tion à ce phé­no­mène de société : le vieillis­se­ment de la popu­la­tion et la décrois­sance de la popu­la­tion liée à une fai­blesse de la nata­lité, et au refus de l’immigration. Les robots sont donc un choix de société expli­cite alors que dans d’autres pays comme en Europe ou aux USA, on pri­vi­lé­gie l’immigration choi­sie ou régu­lée. Et aussi les rela­tions humaines, notam­ment pour s’occuper des per­sonnes âgées. Car en France, les per­sonnes âgées ne seraient pas prêtes intui­ti­ve­ment à être accom­pa­gnées par des robots huma­noïdes comme celui ci-dessous du labo­ra­toire IRT que nous avons visité. L’IRT est l”Information and Robot Tech­no­logy research ini­tia­tive de l’Université de Tokyo, établie sur un cam­pus qui rap­pelle un peu celui du MIT. C’est un labo­ra­toire public cofi­nancé par de grandes entre­prises pri­vées comme Pana­so­nic, Toyota, mais aussi Sega et Olympus.

Robots (9)

En robo­tique, les recherches vont tout azi­mut. La prio­rité semble don­née aux robots ména­gers qui vont accom­pa­gner les per­sonnes âgées dans leur vie quotidienne :

  • Net­toyer le sol, mettre le linge dans la machine à laver et débar­ras­ser la table (ci-dessus).
  • Laver la vais­selle, ou tout du moins, la pla­cer dans un lave-vaisselle situé à hau­teur d’évier.

Robots (23)

  • Sur­veiller les allers et venues et la prise de médicaments.

Robots (25)

  • Aider à la déam­bu­la­tion dans une pièce avec ce sys­tème qui avance quand la per­sonne se penche en avant ou laté­ra­le­ment, et se bloque dès que les pieds sont posés par terre.

Robots (18)

  • Aider à la déam­bu­la­tion en exté­rieur avec cette chaise rou­lante à deux roues uti­li­sant le prin­cipe des Segway.

Robots (26)

  • Accom­pa­gner les per­sonnes avec ces robots bipèdes que je n’ai pas pu voir, NKM ayant eu l’opportunité for­tuite de les croi­ser dans une salle cachée à la fin de la visite. Elle les a appe­lés les “Goldoraks”.
  • Plus géné­ra­le­ment, l’appel au RFID pour iden­ti­fier les objets alen­tours sera une solu­tion plus élégante que la vision arti­fi­cielle et les cap­teurs en tout genre.

A l’IRT, nous avons assisté à une démons­tra­tion qui ne rele­vait pas à pro­pre­ment par­ler de la robo­tique. Le jeune homme ci-dessous était équipé de la tête aux pieds de cap­teurs divers pour faire ses exer­cices et l’affichage en face de lui pré­sen­tait l’état d’avancement de son exer­cice phy­sique et de ses muscles.

Robots (12)

Le tout est basé sur des tra­vaux de recherche poin­tus sur l’électromyographie et la modé­li­sa­tion du fonc­tion­ne­ment des muscles et des arti­cu­la­tions menés notam­ment par Gen­tiane Ven­ture, une jeune asso­ciate pro­fes­sor fran­çaise du labo­ra­toire (ci-dessous) pas­sée avant par le CEA et PSA, et sor­tie de Cen­trale Nantes.

Robots (15)

Les défis sont de taille pour la recherche robo­tique. Il faut d’abord que cela fonc­tionne dans toutes les cir­cons­tances. Et au vu des démons­tra­tions, il semble que le manque de fia­bi­lité de nos outils infor­ma­tiques d’aujourd’hui soit une paille par rap­port aux risques de défaillance de ces engins. Il faut ensuite que cela tienne la route écono­mi­que­ment. Au delà du coût des robots, lorsque l’on voit l’infrastructure à ins­tal­ler (ci-dessous, au pla­fond), on peut se poser la question !

Robots (5)

Robots (21)

Le tout repose sur des tech­no­lo­gies qui évoluent très len­te­ment. Ce sont tou­jours des objets de labo­ra­toire et d’expérimentation. Il n’empêche que ces tra­vaux de recherche qui portent à la base sur toutes les tech­niques d’intelligence arti­fi­cielle : recon­nais­sance des formes, sys­tèmes d’aide à la déci­sion,  trai­te­ment lin­guis­tique, auront des appli­ca­tions diverses et pas seule­ment pour s’occuper d’une popu­la­tion vieillis­sante. C’est donc aussi dans les déri­vés inat­ten­dus de ces recherches que le Japon pour­rait trou­ver une nou­velle source de com­pé­ti­ti­vité à l’échelle mondiale.

Pour ter­mi­ner sur cette par­tie liée au socié­tal, nous pou­vons aussi citer l’idée d’utiliser les voi­tures comme groupes élec­tro­gènes en cas de trem­ble­ment de terre. Le Japon est le pays déve­loppé le plus sujet à ce genre d’événement naturel !

Cette foca­li­sa­tion sur des besoins internes spé­ci­fiques et une forme de refus du monde exté­rieur est un symp­tôme de déclin dans l’histoire de l’humanité. La Chine a régressé au moyen-âge et jusqu’à la pre­mière moi­tié du ving­tième siècle car elle n’était pas assez ouverte vers le monde. En se fer­mant ainsi, le Japon risque aussi une régres­sion. Mais je n’irai pas jusqu’à relier cela aux dif­fi­cul­tés écono­miques actuelles du pays. Dans les années qui viennent, le Japon sera amené à revoir cer­taines de ses stra­té­gies. Le mar­ché inté­rieur ne suf­fit plus. Il sera obligé de se tour­ner plus vers le monde et d’adopter des stan­dards plus ouverts. Cela a com­mencé en appa­rences avec l’adoption de logi­ciels libres embar­qués. Mais cela devra s’étendre à la télé­pho­nie mobile (comme avec les stan­dards LTE pour les mobiles de pro­chaine géné­ra­tion) et à la télé­vi­sion numé­rique (via l’IPTV).

Les risques sur la vie privée

Avec l’usage crois­sant de solu­tions basées sur le RFID dont nous par­le­rons dans un autre post, avec la télé­sur­veillance, avec les dif­fé­rentes appli­ca­tions des mobiles et de l’Internet, grands sont les risques sur la vie privée.

Mais la société tant en Corée qu’au Japon semble moins sou­cieuse de ces risques qu’en occi­dent. Est-ce lié à un confor­misme socié­tal plus fort ? A une confiance plus forte dans son voi­sin du fait d’une plus faible cri­mi­na­lité ? A une société assez ouverte comme en Corée ?

Au Japon, nous avons tout de même senti chez les élites des craintes au sujet de la RFID.

Nous avions un diner avec des res­pon­sables scien­ti­fiques de haut niveau dans les TICs ou la santé : le très dis­tin­gué Pro­fes­sor Kiyo­shi Kuro­kawa du Natio­nal Gra­duate Ins­ti­tute for Policy Stu­dies, Pro­fes­sor Jiro Koku­ryo, de la Faculty of Policy Mana­ge­ment, Pro­fes­sor Masuo Aizawa (ci-dessous), du Coun­cil of Science and Tech­no­logy Policy qui reporte au pre­mier ministre, et Hiroyuki Yoshi­kawa, pré­sident du Advan­ced Indus­trial Science and Techo­logy et ancien pré­sident de l’Université de Tokyo).

Professor Masuo Aizawa

Pre­mier éton­ne­ment : des per­son­na­li­tés très ouvertes sur le monde, par­lant par­fai­te­ment l’anglais et très affables.

Second éton­ne­ment : leur admis­sion que la com­pré­hen­sion du monde actuel leur échappe, qu’ils ne voient pas com­ment l’on va sor­tir de la crise, et que l’on ne mai­trise pas du tout la dimen­sion temps dans la prospective.

Troi­sième éton­ne­ment : leur volonté affi­chée d’améliorer la gou­ver­nance tech­no­lo­gique à l’échelle de la pla­nète. Que ce soit pour le sto­ckage des mon­tagnes d’information via l’Internet et les mobiles ou sur les usages des RFID qui menacent la vie pri­vée. Et de pro­po­ser par exemple la limi­ta­tion du nombre d’objets RFID liés à une per­sonne pou­vant être surveillés.

L’évolution des réseaux sociaux

C’est un sujet que nous n’avons pas pu cou­vrir véritablement.

En Corée, nous avons entendu par­ler de Cyworld, une filiale de SK Tele­com par le biais d’une créa­trice de star­tup Inter­net locale, Agnès Jiyong Yun. C’est le Face­book local qui domine lar­ge­ment son mar­ché avec plus du tiers de la popu­la­tion coréenne l’exploitant. Le site est géné­ra­liste, avec le blog­ging (ci-dessous), le par­tage de médias, la ges­tion des amis, le sup­port des mobiles et un monde vir­tuel 3D à la Second Life. Le site uti­lise sa propre mon­naie vir­tuelle pour échan­ger des biens imma­té­riels, notam­ment médias. C’est un modèle écono­mique voi­sin de celui du Mini­tel qui semble bien fonc­tion­ner en Corée.

Cyworld

Nos inter­lo­cu­teurs Coréens spé­cia­listes de l’Internet évoquaient les dif­fi­cul­tés à étendre ce genre de ser­vice dans le reste du monde. Cyworld est certes établi dans d’autres pays d’Asie (Japon, Chine, Tai­wan, Viet­nam) et aux USA depuis 2006. Mais il a du mal à y per­cer, notam­ment face aux lea­ders établis que sont Face­book et MyS­pace. Chaque pays a un lea­der dif­fé­rent comme le montre la carte ci-dessous (lien).

 socialnetworks-nov08

Quand aux japo­nais, ils pri­vi­lé­gient les usages “ptop” et sont plus sou­cieux du par­tage d’informations pri­vées. D’où une rela­tive dis­cré­tion sur les blogs et le par­tage de photos.

J’ai l’impression qu’en matière de logi­ciels et de ser­vices en ligne, les Coréens comme les Japo­nais ne com­prennent pas bien la manière de créer des écosys­tèmes avec des déve­lop­peurs de solu­tions tierces. Ils appliquent sou­vent des réflexes d’intégration ver­ti­cale à leurs stra­té­gies alors que les stra­té­gies d’écosystèmes sont sou­vent hori­zon­tales. Il n’y a que dans les jeux que les Japo­nais ont com­pris ces stra­té­gies et réus­sissent plu­tôt bien, tout comme le coréen NC Soft que nous avons rencontré.

Dans le pro­chain épisode, nous abor­de­rons les conte­nus et la télé­vi­sion mobile.

DrapeauxCoreeJapon_thumb[2]

A lire égale­ment au sujet du voyage de Natha­lie Kosciusko-Morizet en Corée et au Japon :

Jusqu’où peut aller la Poli­tique 2.0 ?
Avec NKM en Corée et au Japon
La délé­ga­tion
Le voyage et le séjour
Télé­vi­sion mobile et autres conte­nus
Smart objects


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Publié le 23 février 2009 Post de Olivier Ezratty | Blogs, Innovation, Politique, Sociologie, Technologie | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Retour de Corée et Japon – culture et innovations” :

  • Bon­jour,

    Je suis amené à tra­vailler et aller au Japon depuis quelques temps, et ton ana­lyse de la société japo­naise, quoique com­pacte, résume bien les grandes problématiques.

    Même si les choses bougent, c’est sur­pre­nant de voir à quel point des avan­cées qui semblent acquises par­tout dans le monde(anglais, rôle des femmes, impor­tance du terrain/client/marketing, …) évoluent très len­te­ment au Japon - sachant que c’est encore moins vrai dans les nom­breuses val­lées recu­lées du pays!

    Féli­ci­ta­tions pour avoir capté cela en si peu de temps sur place,

    TB

  • Pour com­plé­ter ton pro­pos sur le style de mana­ge­ment coréen, je dirais que les mana­gers coréens font beau­coup de micro-management dans la mesure où les éche­lons infé­rieurs ont peu de lati­tude (et d’initiative) pour prendre des déci­sions. En revanche, les mana­gers coréens ne veulent sur­tout pas paraître mettre les mains dans le cam­bouis, donc évitent à tout prix d’exécuter des tâches qui sont cen­sées rele­ver des éche­lons inférieurs.

  • [3] - Sylvain a écrit le 13 mars 2009 :

    Lorsque tu m’as inter­rogé à Séoul sur le mys­tère de la réus­site d’un Sam­sung alors que son orga­ni­sa­tion semble rigide et pyra­mi­dale, bref peu pro­pice à une culture de l’innovation, je t’avais dis qu’une par­tie de la réponse se trou­vait peut-être dans la redon­dance des res­sources d’ingénierie de Sam­sung, ce que je tiens de mes sources chez Samsung.

    J’ai trouvé un article qui le confirme:
    http://blog.sina.com.cn/s/blog_52fa3cab0100b4l2.html

    Les grands (dont Nokia) tra­vaillent sans doute tous à des pro­jets qui ne seront jamais com­mer­cia­lisé, mais chez Sam­sung seule­ment un quart des télé­phones por­tables déve­lop­pés sont mis en vente! Com­ment expli­quer que les coûts de Sam­sung n’explosent pas dans ces condi­tions? Je vois deux rai­sons: 1) Le sur­plus consi­dé­rable d’heures tra­vaillées par an en Corée (de tête 2500h contre 1500h en France) 2) en plus de ce contexte, Sam­sung est en Corée un employeur très dési­rable qui peut se per­mettre de pres­ser ses employés comme des citrons…

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 13 mars 2009 :

    Bon­jour Sylvain,

    Merci de rap­pe­ler cet élément, en effet. C’est à mon sens un fac­teur parmi pas mal d’autres. Si tu prends le cas des mobiles, Sam­sung se dis­tingue aussi des japo­nais par un design et une meilleure com­pré­hen­sion du rôle du logi­ciel (en tout cas récem­ment). Et Sam­sung a une agres­si­vité com­mer­ciale (comme LG) plus effi­cace que celle des japo­nais, au moins aux USA. Les coréens parlent l’anglais ce qui n’est pas le cas des japo­nais, cela aide aussi dans le monde des affaires. J’avais aussi remar­qué au CES de Las Vegas une pro­pen­sion des Coréens à faire plus de qua­lité que les japo­nais dans leurs pré­sen­ta­tions presse, dans leur stand et dans leur mar­ke­ting en géné­ral. Ils ont aussi des stra­té­gies de par­te­na­riat plus ouvertes et mul­ti­po­laires que les japo­nais, trop refer­més sur leur mar­ché intérieur.

    Les inves­tis­se­ments de Sam­sung dans plu­sieurs pro­jets en paral­lèle sont à la fois un moyen de ne pas mettre tous ses oeufs dans un même panier, mais en même temps une source d’inefficacité. Dans les exemples don­nés sur les mobiles, il s’agit d’éviter de s’engager sur des com­po­sants spé­ci­fiques (Broad­com, Qual­comm) car le risque est grand d’avoir des pro­blèmes avec. C’est donc plus un contrôle de l’amont indus­triel que des varia­tions réelles de design pro­duits. D’ailleurs, les télé­phones Sam­sung se res­semblent tous. Et même chez Nokia qui ne pra­tique pas le même “hedge your bet exer­cice”, il y a de quoi s’y perdre dans leur gamme de mobiles. A l’envers, Apple a réussi à conqué­rir le mar­ché avec seule­ment deux modèles en deux ans. Comme quoi…

  • [5] - Alain a écrit le 13 mars 2009 :

    Bon­jour, et merci pour ce repor­tage tout à fait passionnant !

    Concer­nant le japon, j’ai tra­vaillé une année dans le ser­vice R&D d’une entre­prise de taille moyenne (Mita, rache­tée depuis par Kyo­cera).
    C’était il a presque 20 ans, et je n’en ai vrai­ment pas retiré le même sen­ti­ment d’enfermement que tu décris.
    Au contraire, j’ai sou­ve­nir d’une entre­prise tota­le­ment orien­tée vers le reste du monde, et d’ingénieurs avides de connaître les attentes et la per­cep­tion de leurs clients étran­gers. Lors de mes pre­mières heures avec mes nou­veaux col­lègues, j’ai ainsi subi un feu rou­lant de ques­tions (d’autant plus que je venais d’une boite concur­rente et lea­der du mar­ché…?).
    Certes, leur pro­blème avec l’anglais (oral, pas écrit) était un réel han­di­cap. Encore qu’après 2-3 bières, une fois les inhi­bi­tions effa­cées, beau­coup de japo­nais parlent cou­ram­ment anglais !
    Mais j’avais été impres­sionné par leur capa­cité à pas­ser de la copie sans ver­gogne, à l’innovation débri­dée. Et par consé­quent à dépas­ser leurs modèles.
    L’une des clés est d’ailleurs la res­pon­sa­bi­lité directe des ingé­nieurs dans cette recherche de l’innovation : ce sont eux qui pro­posent les nou­veau­tés, pas les mar­ke­teurs.
    Pour mémoire, même si les grandes boites japo­naises ont quelques dif­fi­cul­tés actuel­le­ment, elles ont quand même su s’imposer sur de très nom­breux mar­chés. La photo, chère à Oli­vier, n’est qu’un exemple… On peut aussi citer l’anecdote de Back to The Future 2, quand le héros tente d’expliquer au Doc des années 60 qu’à son époque (les ’80), tout ce qui est nou­veau vient du japon !
    Par contre, il est vrai qu’ils ont tou­jours su s’appuyer sur leur mar­ché inté­rieur, qui béné­fi­cie en prio­rité (et quel­que­fois en exclu­si­vité) des inno­va­tions. C’était une force au 20ème siècle, peut être une fai­blesse main­te­nant.
    Enfin, je confirme la fai­blesse dans les sujets abs­traits (dont le logi­ciel) : les japo­nais ont plus une culture du « phy­sique », de ce qui se « touche ».

    Pour com­plé­ter l’aspect socié­tal, j’avais aussi noté une capa­cité sur­pre­nante (sur­tout pour un fran­çais) à échan­ger l’information : de façon for­melle et très trans­pa­rente pour l’information des­cen­dante ; de façon infor­melle pour l’autre sens (, avec une col­lecte par la hié­rar­chie durant les pauses-thé…).

    Enfin, ayant fait quelques (trop rares) voyage au Japon, j’ai noté de sacrés évolu­tions depuis 1990, en par­ti­cu­lier dans la rela­tion à l’étranger : par exemple, un gai­jin (non-japonais) qui rentre dans un maga­sin ou un res­tau­rant ne fait plus fuir tous les vendeurs/serveurs…

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 13 mars 2009 :

    @Alain, c’est un éclai­rage très inté­res­sant. Il fait plus que com­plé­ter mon pro­pos très sim­pli­fi­ca­teur. Je cher­chais sur­tout à créer un contraste dans le peu que j’avais pu obser­ver entre la Corée et le Japon. Une Corée dans l’ensemble plus tour­née sur le monde que le Japon.

    Le Japon est plein de para­doxes. C’est un pays cultu­rel­le­ment, géo­gra­phi­que­ment, démo­gra­phi­que­ment et lin­guis­ti­que­ment très insu­laire. La taille de son mar­ché inté­rieur ren­force ce point. Les entre­prises japo­naises semblent avoir déve­loppé une capa­cité à absor­ber le savoir faire externe tout en pro­té­geant le sien. Il semble que ce par­tage soit un peu à sens unique. Ce qui explique en par­tie une fai­blesse dans la créa­tion d’écosystèmes dans leurs stratégies.

    Une autre obser­va­tion : j’ai été très frappé du contraste entre les élites que nous avons ren­con­trées un soir (issues plu­tôt de l’université: ancien pré­sident de l’université de Tokyo, membre du conseil tech­no­lo­gique du pre­mier ministre, etc) et les res­pon­sables de deux entre­prises (7-i, et Pana­so­nic). Les pre­miers étaient “inter­na­tio­naux” au sens: mai­trise de l’anglais, connais­sance du monde, réflexes assez occi­den­taux (notam­ment sur la pro­tec­tion de la vie pri­vée et les risques du RFID), j’ai même échangé avec l’un d’entre eux par email et il a un blog (http://www.KiyoshiKurokawa.com) ce qui est moins cou­rant au Japon. Les seconds, assez fer­més et très pro­to­co­laires. Mais c’est peut-être la même dif­fé­rence que nous aurions en France entre éminences uni­ver­si­taires et patrons de grandes entreprises…

    La photo est une étude de cas inté­res­sante. C’est un mar­ché dominé presque sans par­tage par les entre­prises japo­naises, Canon, Nikon en tête. Il n’y a que dans le très haut de gamme (Has­sel­blad, Leica) que d’autres pays (euro­péens) arrivent à sor­tir du lot. Et dans les com­pacts, les coréens et évide­ment et les chi­nois qui pro­duisent des appa­reils de com­mo­dité. Pour­tant, des entre­prises comme Canon res­tent assez fer­mées dans leur com­mu­ni­ca­tion. Il n’y a qu’à voir la dif­fi­culté qu’ils ont eu à réagir aux défauts décou­verts dans cer­tains appa­reils récents. L’autofocus d’un des EOS Mark III, et plus récem­ment, les points noirs de l’EOS 5D Mark II, qu’ils ont un peu mieux géré. La com­mu­ni­ca­tion avec leurs com­mu­nau­tés d’utilisateurs res­tent encore très pré­his­to­riques de l’ère du web 2.0.




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