Les temps nouveaux dans le numérique

Publié le 5 septembre 2009 et mis à jour le 6 septembre 2009 - 3 commentaires -
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Deux tables rondes étaient consa­crées au numé­rique (contre une, sur les réseaux sociaux, en 2008) dans cette Uni­ver­sité d’été du MEDEF consa­crées aux “temps nouveaux”.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux débats n’ont pas mis grand chose de nou­veau sur la table. Mais bon, on est content, le MEDEF semble s’intéresser au numé­rique. De loin. Au fait, com­bien de patrons font encore impri­mer leurs mails par leur secré­taire pour y répondre de manière manuscrite ?

Tous enfants de Billg ?

L’originalité prin­ci­pale de ce débat est qu’il avait lieu en plein air. C’était le seul de toute l’université. Mais aussi la seule demi-journée dont la météo le per­met­tait. Avec en prime, les che­veux au vent de NKM, arri­vée un peu en retard et qui du démar­rer son inter­ven­tion sur un fond musi­cal que la régie son n’arrivait pas à supprimer.

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En plus de NKM, inter­ve­naient Laurent Blan­chard (Cisco), Vincent Ces­pedes (phi­lo­sophe), Chris­tine du Fre­tay (asso­cia­tion e-enfance), Bruno Pat­tino (ex-le Monde, direc­teur de France Culture) et Pas­cal Rufe­nach (Bayard Presse Enfance).

On a entendu par­ler de déma­té­ria­li­sa­tion de la culture, de l’amitié, de l’amour, de la mémoire et de l’intimité et de l’émergence de l’égocasting, de l’influence (néfaste?) des jeux vidéos. Et com­ment cela débous­so­lait les parents. Des thèmes fort clas­siques. NKM évoque aussi la fron­tière de la pudeur et le besoin d’un droit à l’oubli. Il devrait y avoir pres­crip­tion, “sauf peut-être en Corse”. Une nou­velle psy­cho­lo­gie va émer­ger. Les modèles hié­rar­chiques avec iden­ti­tés et rôles vont être remis en ques­tion. L’identité va être fluide et mobile. Son enri­chis­se­ment par la rela­tion à l’autre plus fort, avec un impact sur la notion même d’individualisme.

Puis, on n’a pas échappé aux argu­ties autour d’HADOPI et à la judi­cia­ri­sa­tion de ce qui se passe sur Inter­net. On dit sou­vent que le seul moyen de finan­cer la créa­tion est celui que l’on a créé il y a 30 ans. Et “il faut apprendre aux Inter­nautes à…” au lieu “il faut que l’on apprenne à voir com­ment adap­ter nos modèles écono­miques”.

Et hop, c’est reparti pour un tour sur les modèles écono­miques. Le Monde a-t-il aban­donné le payant pour faire du gra­tuit ? Que nenni, il pra­tique l’hybridation des modèles écono­miques, sorte de “fre­mium”. Le jour­nal avait jusqu’à 27% de ren­ta­bi­lité dans le gra­tuit sur le web. Mais “quand des gamins de 17 ans peuvent mettre par terre votre modèle écono­mique parce qu’ils vous aiment, vous avez un pro­blème”. Il faut aussi dif­fé­ren­tier prix et valeur et com­prendre où elle se déplace. NKM rap­pelle que la sphère du gra­tuit est assez étroite. Le gra­tuit est sou­vent appa­rent. On paye de manière sub­tile le gra­tuit notam­ment par la com­pro­mis­sion active ou pas­sive de ses don­nées per­son­nelles. On paye mais pas en cash. Il y a ainsi très peu de choses que l’on ne paye pas. De plus, le modèle de la publi­cité Inter­net non qua­li­fiée ne vaut pas cher. L’avenir serait dans publi­cité hau­te­ment qua­li­fiée : fichiers Face­book moné­ti­sés. Mon point de vue : la moné­ti­sa­tion par la qua­li­fi­ca­tion la meilleure existe déjà, et elle s’appelle le search. Ce qui explique que Google capte plus de 40% du chiffre d’affaire mon­dial de la publi­cité en ligne. Par ailleurs, les éléments de contex­tua­lité d’un réseau social ne sont pas si faciles à moné­ti­ser. Autre théo­rie per­son­nelle : la moné­ti­sa­tion de l’audience qua­li­fiée est maté­riel­le­ment limi­tée par la capa­cité des mar­ke­teurs à seg­men­ter leur audience et à défi­nir des mes­sages per­son­na­li­sés. Que ceux qui ont plus d’une demi-douzaine de seg­ments pour leur pro­duit lèvent la main ! Une autre ques­tion clé se pose : quelle est la masse du revenu publi­ci­taire et quelle est la masse et le péri­mètre de conte­nus et ser­vices qu’elle peut finan­cer indirectement ?

Sur les conte­nus, on constate une grande concen­tra­tion et ren­ta­bi­lité. Apple repré­sente 80% de la musique en ligne aux USA. Pat­tino défend le prix unique du livre mais il y a un dan­ger de défense de l’ancien modèle. L’enjeu est de savoir qui déter­mine le prix : le dis­tri­bu­teur ou le créa­teur ? Le choix du modèle est impor­tant. Est-ce aussi le pro­prié­taire de la tech­no­lo­gie ou celui du contenu.

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La chute du débat était inté­res­sante. Pen­dant pas mal de temps, on pou­vait consta­ter que Bruno Pat­tino et NKM étaient quelque peu dis­traits par leur mobile (un iPhone qui a rem­placé un Nokia pour cette der­nière). Le cou­pable : Twit­ter. NKM qui est for­te­ment atteinte de twit­te­ri­sa­tion aigue depuis près de six mois a eu cepen­dant l’intelligence d’intervenir à la fin pour rendre le débat par­ti­ci­pa­tif, en citant les twitts (mes­sages sur Twit­ter) qu’elle avait reçus. Les prin­ci­paux s’insurgeant notam­ment sur le titre même de la ses­sion : “com­ment ça, moi enfant de Bill Gates, roi du mono­pole ! Pas ques­tion ! Je veux être un enfant de Linus Torsvalds…”.

La toile va-t-elle craquer?

La seconde table ronde numé­rique était bien résu­mée par Hervé Kapla.

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Ca par­tait un peu dans tous les sens… mais pas de cra­quage de l’Internet à l’horizon, soyez ras­su­rés. Quelques points clés de ce débat où nombre d’intervenants se consi­dé­raient comme des vété­rans de l’Internet. Je vais trier ici les pro­pos par intervenant.

  • Loic Lemeur (Sees­mic) annon­çait une nou­velle révo­lu­tion, celle du livre élec­tro­nique en bran­dis­sant son nou­vel Ama­zon Kindle DX (dis­po­sant d’un grand écran 9,7 pouces). Il y lit Le Monde, qu’il paye et achète beau­coup de livres. Pour lui, Ama­zon fait à la presse écrite ce que fait l’iPod a fait à la musique. Avec cette dés­in­ter­mé­dia­tion, Ama­zon connait ses lec­teurs, sait à quelle page on s’arrête (hum, vrai­ment?). Ama­zon et un éditeur ont même retiré un bou­quin des Kindles qui avait été pour­tant acheté (reli­sez “Code and other law of the cybers­pace” de Law­rence Les­sig). On a droit au pas­sage à une belle promo de la confé­rence LeWeb qui sera consa­crée en décembre pro­chain au ”real time web”. Loic est en effet le roi de l’usage des réseaux sociaux pour son busi­ness, en oubliant un peu qu’il n’est pas n’importe qui : il avait besoin de mon­ter un par­te­na­riat avec Air France, a lancé un avis sur Twit­ter et 2h après, c’était fait. Ces anec­dotes sont super illus­tra­tives de la puis­sance des réseaux sociaux, mais il ne faut pas oublier les 90% (?) des uti­li­sa­teurs de Twit­ter qui écoutent mais n’émettent jamais de mes­sages et les mil­lions de blog­geurs qui n’ont pas de lecteurs !
  • Xavier Niels (Free) : était le pre­mier four­nis­seur d’accès en 1993 en France. Main­te­nant, Free a plus de 5000 col­la­bo­ra­teurs dont 4500 au sup­port. Convic­tion de la force du for­fait fixe et d’un besoin équi­va­lent sur mobiles. Dans la télé­vi­sion numé­rique, il pen­sait que l’offre de la vidéo à la demande per­met­trait de bien vendre le fond de cata­logue. En fait, ce qui marche est le tou­jours der­nier “block­bus­ter”. Mais Inter­net fait tout de même émer­ger des talents. Et il constate un inté­rêt pour le “live” (nldr: ouep, en effet, mais le pro­blème, c’est que le live est de plus en plus en play­back…). Au sujet des taxes, Xavier rap­pelle qu’un opé­ra­teur télé­com finance déjà par la taxa­tion la SACEM, le CNC, France Télé­vi­sion, le SNDRM et encore plein d’autres orga­nismes. Il y a aussi une taxe pour la repré­sen­ta­tion dans les films des oeuvres d’art. Tout besoin amène une taxe spé­ci­fique en France on l’on fait ainsi sor­tir énor­mé­ment de domaines d’activité du mar­ché. Est-ce pour cela qu’on ne sait pas vendre ?

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  • Pour l’ombrageux Pas­cal Nègre (Uni­ver­sal Music), tout a changé avec l’Internet dans les métiers du “disque”. Tout le cycle de vente est bou­le­versé dans l’identification des talents, la pro­mo­tion, etc. On a encore besoin de créer du buzz et cela ne s’improvise pas. Le tra­vail d’un éditeur existe encore. C’est un vrai métier. Seul pro­blème : 50% du busi­ness a dis­paru en cinq ans alors que la musique n’a jamais été autant écou­tée. Comme Xavier Niels, il revient sur le mythe de la longue traine et de la fin  des block­bus­ters. Pour lui, Inter­net concentre les choix. Le choix implique la dif­fi­culté de choi­sir. Il va fal­loir rap­pe­ler qu’Internet n’est pas une zone de non droit. HADOPI est selon lui bien plus péda­go­gique que les radars…

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  • Chris­tine Feral-Schul (avo­cate dans le numé­rique) édite un livre sur le ”Cyber­droit” qui en est à sa cin­quième édition. Elle évoque aussi le cas du Mini­tel qui était un monde certes fermé, mais avec un bon busi­ness model. En oubliant d’évoquer le fait que les nou­veaux modèles à la AppS­tore iPhone sont assez voi­sins de celui du Mini­tel. On a beau­coup dis­cuté d’HADOPI et de la régu­la­tion d’Internet pen­dant ce débat. Peut-on régu­ler l’Internet par des lois ? N’est-on pas sans cesse en retard d’une loi ? Oui et non. Inter­net n’est pas une zone de non droit : les infrac­tions sont réper­to­riées dans le code pénal. Il y cepen­dant une dif­fi­culté sur la preuve et l’appréhension des cyber­dé­lin­quants. Mais les autres inter­ve­nants sou­lignent que les lois récentes sont très en retard. La LCEN défi­nis­sait la res­pon­sa­bi­lité du four­nis­seur d’accès et de l’hébergeur. Le Web 2.0 a cham­boulé la donne avec des cas comme Dai­ly­Mo­tion qui peut être consi­déré dans cer­tains cas comme éditeurs et dans d’autres comme héber­geur. Et pour HADOPI, le  pas­sage du télé­char­ge­ment au strea­ming rend la loi qua­si­ment inap­pli­cable. Autre exemple : le cas de l’exception de la copie pri­vée qui a été créée en 1957 dans un envi­ron­ne­ment ana­lo­gique. On en est sorti et on a bas­culé de la copie au clone. La France est-elle une excep­tion ? La forte indus­trie locale des conte­nus a créé une volonté de trou­ver des solutions.

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  • Eric Fot­to­rino (Le Monde) doit lui faire coha­bi­ter le papier et le web. Faire vivre le second sans tuer le pre­mier comme cela se pro­duit aux USA où des jour­naux locaux aban­donnent le papier mais n’arrivent pas for­cé­ment à sur­vivre uni­que­ment avec le web et dont l’audience glo­bale baisse. Le Monde a dif­fusé 700000 appli­ca­tions iPhone (15K/semaine) ! Le site a tou­jours été mixte, avec une ver­sion pour les abon­nés. La gra­tuité du contenu n’est pas totale. Mais c’est un modèle défla­tion­niste, avec un prix voi­sin du zéro.
  • Jean-Pierre Rémy (Pages Jaunes, ci-dessous à droite) rap­pelle qu’avec 500m€ de revenu Inter­net, le groupe Pages Jaunes est le pre­mier au monde hors USA en revenu publi­ci­taire (il y a un truc : les TPE/PME clientes ne payent pas à la per­for­mance leur pré­sence en ligne). Il évoque le pay­sage des TPE/PME qui est encore pauvre sur Inter­net : seule­ment 3% d’entre elles ont des sites qui per­mettent de faire des tran­sac­tions. On est donc encore seule­ment au début. Il y a de nou­velles règles du jeu, un trans­fert de valeur. Il y a un nombre infini de cas ana­logues au finan­ce­ment du por­table par l’abonnement dans l’Internet. iTunes n’a pas été créé en Europe et recapte la valeur. Il a vécu cinq ans aux USA. Là bas, il y a plus de débats sur les busi­ness models que sur la règle­men­ta­tion. En France, on manque de moyens pour créer des suc­cès mon­diaux. Ne manquerait-on pas égale­ment de volonté et de savoir faire, tout du moins dans le numé­rique ? N’a-t-on pas le tra­vers de vou­loir trou­ver une solu­tion et de cher­cher à la vendre plu­tôt que de cher­cher d’abord un pro­blème à résoudre, puis la solu­tion correspondante?

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  • Jean-Pierre Cor­niou (ex DSI Renault, ex-Président du CIGREF, actuel­le­ment consul­tant, ci-dessus à gauche) se pré­sente comme un vété­ran qui a passé Bercy de la Japy au trai­te­ment de texte. Et joue le rôle de “bilingue” pour conver­tir la société au numé­rique. Selon Jean-Pierre, la loi HADOPI a obs­curci le débat vis à vis des entre­prises. Il n’y a pas que la culture. Il faut pro­pa­ger les outils de l’internet dans toute la vie écono­mique. C’est une for­mi­dable solu­tion, mais on en met trop en évidence les risques. Il y a un choc entre le droit du tra­vail qui est celui de la subor­di­na­tion et l’Internet avec ses outils de la rela­tion. Dans les entre­prises “brick and mor­tar”, il y a un énorme tra­vail à faire au niveau du mana­ge­ment. Il ne faut plus avoir peur des collaborateurs.

Thomas Serval 2009

  • Tho­mas Ser­val (Micro­soft, ci-dessus) a sur­tout réussi la per­for­mance de citer une bonne dizaine de pro­duits ou offres de son employeur (Sur­face, Mes­sen­ger, Sha­re­point, Out­look, XBOX, le pro­gramme IDEES) en oubliant juste Win­dows 7 qui il est vrai ne sera lancé que le 22 octobre 2009. Dans ce genre d’intervention et pour ce genre de boite, le meilleur pro­duct pla­ce­ment consiste à ne pas par­ler de sa boite ni de ses pro­duits. Bon, et puis, la France est le para­dis fis­cal du capi­tal risque et de la R&D avec les dis­po­si­tions TEPA-ISF/FCPI et le Cré­dit Impôt Recherche.

En conclu­sion, une inter­ven­tion d’une par­ti­ci­pante dans la salle qui demande quel est l’avenir de l’usage d’Internet par la femme ? On apprend que leurs com­por­te­ments sont dif­fé­rents pen­dant l’acte de recherche dans la vas­ti­tude de l’Internet (terme décou­vert dans l’agenda de l’Université d’été du MEDEF), mais simi­laires (aux hommes) dans l’acte d’achat. Inter­net fait-il gagner du temps aux femmes et en perdre aux hommes ? On oublie aussi qu’Internet libère le citoyen. On ne fait plus de la poli­tique comme avant. La même per­sonne ter­mine en allant un peu loin en trou­vant que l’Internet a per­mis de faire émer­ger des idées “comme le Modem”. Ah bon, ce n’est pas Bay­rou le chef qui pilote tout ?

Bref, on se marre bien, on ren­contre des gens bien connus de l’Internet. Mais quelle était la ques­tion posée au juste ? La toile va-t-elle cra­quer ? On n’en a pas vrai­ment parlé…

Aller, un petit chal­lenge pour le MEDEF pour l’année pro­chaine : abor­der le numé­rique en séance plé­nière ! Chiche ? On pour­rait y faire inter­ve­nir le patron de Lippi Indus­tries, cette entre­prise de fabri­ca­tion de grillage chère à notre ami Jean-Michel Billaut, qui s’est com­plè­te­ment trans­for­mée grâce au web 2.0. Si on peut le faire dans le grillage, on peut le faire presque partout !


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Publié le 5 septembre 2009 Post de Olivier Ezratty | Economie, Entrepreneuriat, Haut débit, Innovation, Internet, Management, Microsoft, TV et vidéo | 3 commentaires

Les 3 commentaires sur “Les temps nouveaux dans le numérique” :

  • Je res­sens tou­jours une réelle frus­tra­tion face à de débat, auquel je par­ti­ci­pais, qui a réussi à esqui­ver la ques­tion clef en se diluant dans une joute d’egos dont les posi­tions sont tel­le­ment connues à l’avance qu’elles rendent tout débat impos­sible, se résu­mant à des numé­ros bien rodés…
    1/ Existe-t-il un vrai dan­ger de rup­ture de l’internet ?
    Oui, la force de l’internet rési­dant dans son uni­ver­sa­lité, le tron­con­ner en “inter­nets natio­naux” sous contrôles étatiques est un vrai dan­ger, une réa­lité même quand on constate ce qui se passe en Chine ou en Iran.
    Les confé­rences qui ont suivi de Som­met mon­dial de la société de l’information ne donnent pas de visi­bi­lité sur la gou­ver­nance mon­diale d’internet et ce flou pro­fite tou­jours aux enne­mis de la démo­cra­tie.
    2/ La Toile va-t-elle deve­nir un espace irres­pon­sable, vec­teur de toutes les trans­gres­sions ?
    Non, si les lois qui régissent la société sont appli­quées par tout le monde… Inter­net n’est pas un espace de non-droit et de trans­gres­sion, mais doit faire l’objet de règles appro­priées. Les faits pré­cèdent le droit, et la tech­nique comme le disait Chris­tiane Feral-Schul le rend inopé­rant. Il faut donc une “inven­ti­vité démo­cra­tique” nou­velle pour construire des règles effi­caces, équi­tables et opé­ra­toires… vaste chan­tier !
    3/ La Toile peut-elle bou­le­ver­ser le monde écono­mique, et face aux menaces, sus­ci­ter des mesures pro­tec­tion­nistes ?
    On peut dire que le web a déjà bou­le­versé les règles du jeu écono­miques et ren­for­çant la trans­pa­rence des mar­chés et accrois­sant la concur­rence dans tous les sec­teurs. face à ces trans­for­ma­tions, sou­vent vio­lentes, la réac­tion peut être le retour au “bon vieux temps” des mono­poles natio­naux. Là encore c’est la créa­ti­vité et le tra­vail sur les com­pé­tences et le mana­ge­ment qui sont les meilleurs rem­parts contre l’obsolescence des pro­duits, des com­pé­tences et des nations…
    Voici quelques thèmes qu’il aurait été bien­venu de déve­lop­per. Mais rien n’est perdu !

  • Bon­jour Olivier,

    Je ne vou­drais pas faire preuve de catas­tro­phisme mais je suis tou­jours effaré de consta­ter que l’on conti­nue d’accélerer sur les auto­routes de l’information alors que de mons­trueux pro­blèmes de sécu­rité semblent se pro­fi­ler à l’horizon. Les pro­fes­sion­nels sont déjà expo­sés, depuis bien long­temps, aux virus, vers, attaques, espion­nage en pro­ve­nance de la toile mais ces maux me paraissent bénins par rap­port à ce que nous réserve les failles révé­lées dans l’architecture même du réseau, failles décrites dans un dos­sier paru dans Sciences et Vie en Décembre 2008 (S&V # 1095 - 12/2008). Aujourd’hui on “twitte”, on “face­booke”, on “lin­ke­dine”, on “e-maile”, on “you­tube”, on “vir­tua­lise”, on “blogue”, on exter­na­lise (SaaS, Cloud Com­pu­ting, eGo­vern­ment, déma­té­ria­li­sa­tion) à tout va - je recon­nais que c’est pra­tique, effi­cace, riche et sou­vent très sympa - et la toile a enre­gis­tré son 1er mil­liard de visi­teurs en Jan­vier der­nier (source Com­sCore) mais cet aspect essen­tiel semble, encore une fois, absent des grandes réflexions et des dis­cus­sions des inter­ve­nants invi­tés dans les dif­fé­rents salons, col­loques, groupes de réflexion que tu relaies sou­vent, à ma très grande satis­fac­tion, sur ton blog dont je suis un grand fan. Où peut-on trou­ver des infos, disons, acces­sibles au grand public sur les tra­vaux et les dis­cus­sions sur ce sujet ardu et effrayant. Merci. JC

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 7 septembre 2009 :

    Bon­jour Jean-Christophe,

    Dans mon vécu, ce sujet est plu­tôt traité dans les sphères sécurito-militaires. La prin­ci­pale branche du gou­ver­ne­ment en charge du sujet est l’ANSSI (http://www.ssi.gouv.fr/) qui a récem­ment rem­placé le DCSSI après la mise en place du livre blanc de la défense piloté par Jean-Claude Mal­let, lui-même ancien Secré­taire Géné­ral de la Défense Natio­nale. Mais cette agence traite sur­tout de la sécu­rité des infra­struc­tures publiques et du gou­ver­ne­ment, pas du grand public. Après, il y a les ser­vices spé­cia­li­sés de la police et de la gen­dar­me­rie qui traquent la cyber­cri­mi­na­lité. Mais ils ne font pas de retape dans les centres commerciaux…

    Les pros du sec­teur sont presque tous tour­nés vers les entre­prises et les “RSSI” (res­pon­sables de la sécu­rité des sys­tèmes d’information). Comme il n’y a pas beau­coup de busi­ness à faire dans le grand public sur ce sujet, à part vendre des anti­vi­rus (d’origine étran­gère pour la presque tota­lité), la péda­go­gie n’est pas bien visible.

    La presse joue sinon son rôle de temps en temps.

    Du côté des poli­tiques qui traitent du numé­rique, la ten­dance est plu­tôt d’évacuer le sujet, notam­ment chez NKM. Avec un ration­nel qui se tient : l’aspect néga­tif et anxyo­gène de l’Internet est trop sou­vent mis en avant, ne serait-ce que par certain(es) de ses col­lègues au gou­ver­ne­ment. Elle pré­fère posi­ti­ver l’Internet et ses usages. Elle aborde cepen­dant un thème indi­rec­te­ment lié à la sécu­rité : le droit à l’oubli, sur les infor­ma­tions sur soi que l’on laisse un peu par­tout sur Internet.

    Je ne connais pas bien le sujet, mais en le goo­glei­zant, on trouve des blogs et des sites spé­cia­li­sés. Par exemple : http://cybercriminalite.wordpress.com. L’IHEDN est assez actif sur le sujet (http://www.ihedn.fr/) mais pas très com­mu­ni­quant. La revue Futu­ribles a sinon publié un numéro spé­cial sur “Liber­tés et sécu­rité à l’ère numé­rique” (juin 2009, http://www.futuribles-revue.com/).




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