L’Institut Montaigne a publié en juin 2011 un rapport proposant à l’Etat des mesures pour développer les PME, et notamment les Entreprises de Taille Intermédiaire. En guise de devoir de vacances, je vous propose de passer en revue des propositions dont certaines sont très intéressantes. Cela ouvre un peu le débat après celui, peut-être un peu trop étroit, qui concernait le pour et le contre des aides publiques à l’innovation.

L’Institut Montaigne est un think tank financé par de grandes entreprises privées françaises. Il se veut œcuménique même si certains lui attribuent des inspirations libérales (au sens français du terme). La personnalité de son créateur, Claude Bébéar (ex AXA) n’y est pas pour rien.

Dans ce rapport, on peut noter les contributions de quelques personnes connues de l’écosystème entrepreneurial numérique comme Gilles Babinet (maintenant Président du Conseil National  du Numérique) et Jonathan Benassaya (ex Deezer, Plizy). On y trouve aussi des investisseurs, la CDC, des patrons d’entreprises de tous secteurs, des avocats, des incubateurs, des business angels et des responsables de fonds d’investissement d’entreprises. Parmi les personnes auditées, on compte Bernard Liautaud (Balderton, ex Business Objects), René Ricol (Grand Emprunt) et François Taddéi (INSERM).

Voici donc ce Rapport “De la naissance à la croissance : comment développer nos PME”.

De la naissance a la croissance Institut Montaigne

La thèse du rapport : les français sont entrepreneurs et les PME constituent le moteur de la croissance en terme à la fois d’exportations et de créations d’emplois. Mais notre pays a du mal à faire grandir ses PME et à leur faire atteindre la taille critique pour les amener à devenir ces enviées “entreprises de taille intermédiaire”. Les PME françaises sont mal préparées  à exporter. Il faut les aider à émerger, grandir et exporter.

Les données du problème

Il est toujours bon de revenir sur les données du débat. Le nombre d’ETI serait en baisse en France (4195). Notre démographie des ETI est alignée sur les pays du sud (Espagne, Italie) et non ceux du nord (UK, Allemagne).

ETI France Italie Espagne Allemagne UK

Le rapport note que plus une entreprise est grande, plus elle exporte. La détérioration de la balance commerciale s’expliquerait par la faiblesse de nos ETI. Nos entreprises perdent des parts de marché en Europe (passée de 16,52% à 12,13% en 11 ans). Si cela voulait dire que l’on était meilleur en Asie ou aux USA, pourquoi pas, mais ce n’est probablement pas le cas !

Taux entreprises exportatrices 2004 INSEE DGTPE Douanes

L’autre chiffre qui fait mal : le nombre d’entreprises exportatrices comparée entre France, Allemagne et Italie. On a donc en Italie aussi peu d’ETI qu’en France, mais les TPE et PME y sont plus exportatrices que leurs homologues françaises.

Entreprises exportatrices France Allemagne Italie 2010 2000

L’étude Ernst & Young “Grandir en Europe – Hasard ou état d’esprit, 2008 (lien sur les slides de l’édition 2009) fait apparaitre une rentabilité voisine des ETI en France, UK et Allemagne. Et il créé une nouvelle catégorie, les “EEE” (entreprises européennes d’exception), les ETI qui croissent de 33% sur la période 2004-2006, qui investissent et restent profitables. Elles contribuent plus à la croissance que les autres. Of course, puisque c’est leur critère de sélection dans l’étude ! Elles réinvestissent leurs profits en R&D, recrutements et développement international. 

A contrario, nos grandes entreprises sont en bonne santé, avec plus de groupes français dans le Fortune 500 que les anglais et allemands (39 vs 29 et 37). Mais optimisation fiscale aidant, ces entreprises sont moins imposées en France que les PME (8% vs 18%). L’analyse est partielle car l’IS de ces sociétés n’est pas le seul indicateur de créateur de richesse dans le pays. Il y a aussi la valeur ajoutée et l’emploi.

Au final, les PME sont coincées fiscalement entre le statut d’auto-entrepreneur (avec exonérations de charges sociales et de TVA) et les grandes entreprises (favorisées par un IS réduit dans les faits). Les PME supportent donc une grande part de la fiscalité des entreprises.

Le diagnostic du rapport

Il est dans l’ensemble bien construit quand on le compare aux nombreux rapports passés sur le même sujet.

Le rapport cite pêle-mêle :

  • Le manque de capitaux lors de la création, dans les deux premières années. On le voit bien dans le numérique en comparant des entreprises équivalentes entre France, UK et USA. Les nouvelles entreprises UK créent plus d’emplois que les françaises pendant leurs 7 premières années d’existence. En filigrane, on appréciera le lien fait entre startups et ETI tandis qu’à certains niveaux de l’Etat, certains poussent les secondes et écartent les premières dans leur raisonnement, sans s’intéresser à la chaine alimentaire d’ensemble des entreprises innovantes.
  • Les PME françaises détiennent plus d’immobilier que les anglaises, au détriment de l’investissement productif. Il s’agit généralement d’optimisation de la structure du patrimoine du patron de la PME et non du capital productif de l’entreprise. Je l’ai vécu récemment en rencontrant une PME d’une industrie traditionnelle qui faisait une levée de fonds. L’immobilier était dans une SCI sous le nom des fondateurs, qui récupèrent le loyer payé de l’entreprise. Ils se créent ainsi un patrimoine et au passage plument les investisseurs !
  • L’Etat ne peut plus investir plus car il est trop endetté. Mais il devrait continuer d’orienter l’épargne vers les PME en compensant la non liquidité des investissements et le risque plus élevé. La rabot de la Loi de Finance a été trop homogène en réduisant les incitations fiscales à l’investissement dans les PME (sans compter le rabot JEI), comparé à l’approche plus différentiée du Royaume Uni qui a réduit ses dépenses publiques, augmenté l’IR mais augmenté les incitations fiscales à l’investissement dans les PME. Elles sont plus fortes dans l’ensemble qu’en France et plafonnées beaucoup plus haut en montants par particulier. Or il y a toujours 10 fois plus de business angels au Royaume-Uni qu’en France (40K vs 4K). L’instabilité fiscale couplée à l’ISF handicape la France. L’ISF est une “ incitation à sortir de France” !
  • Les aides publiques en France jouent un rôle ambivalent. Elles génèrent une trop forte dépendance et conduisent les entreprises qui en bénéficient à se déconnecter des marchés et des clients.
  • L’âge moyen des créateurs d’entreprise en France (38,5 ans), en Allemagne (36 ans) et UK (34 ans) est trop élevé dans l’ensemble. Or les grands succès américains ont été créés massivement par des jeunes de moins de 30 ans (Apple, Microsoft, Google, Yahoo, Facebook, …). Les succès se créent donc bien en amont en encourageant les jeunes à entreprendre.
  • Le financement de l’innovation va être impacté à la baisse par les nouvelles règles prudentielles européennes (assurances avec Solvency II, banques avec Bâle II/III). Il faudrait limiter les impacts négatifs de ces changements.
  • Les charges sociales sont trop supportées au niveau du cout du travail par rapport à UK et à l’Allemagne, ce qui n’est pas une grande surprise. La fiscalité pèse trop lourdement sur le travail au détriment de l’IR, qui est effectivement assez bas et pas assez progressif en France par rapport aux autres pays, y compris par rapport aux USA ! Le fort poids des charges se cumule à un droit du travail peu flexible. Il profite surtout aux salariés en CDI, d’où le fait que les entreprises préfèrent les formes moins protégées de salariat (CDD, intérim, stages).
  • La France connait un déficit culturel autour de l’entrepreneuriat et notamment dans l’éducation. Les français n’ont pas confiance dans la libre entreprise (en fait, les français sont les plus défiants du monde vis à vis de TOUT : entreprises, politiques, scientifiques, etc). Le tout est influencé par le quart des emplois situés dans le secteur public. Et aussi par une culture des écoles d’ingénieur qui favorise les grandes entreprises, les services et le conseil, au détriment de l’entrepreneuriat.

Le principal écueil est une comparaison trop fréquente avec le Royaume-Uni, qui n’est pas une référence dans un tas de domaines. C’est sans doutes lié au profil du rédacteur du rapport, Arnaud Vaissié, qui est aussi président de la Chambre de Commerce Française de Grande Bretagne et actif dans le Cercle d’Outre Manche, qui regroupe des chefs de d‘entreprises français en France et au Royaume Uni.

Analyse des propositions

Voyons maintenant les 11 propositions qui sont faites dans ce rapport et couvrent surtout le financement, la fiscalité et l’enseignement. Je me permets de noter chaque proposition sur sa valeur générale, et sur sa mise en pratique (telle que proposée ou dans l’absolu, selon). Notons qu’en général, le rapport évoque avec bienveillance les actions de l’Etat – voire privées ou associatives – déjà lancées.

Proposition n° 1 : Développer la mise en place d’aides publiques pour les entreprises technologiques avec un système de matching privé – public

Le matching public/privé est déjà plutôt déjà la norme ! Les avances remboursables Oséo, les aides du concours national de création d’entreprise de technologie innovante tout comme les investissements en capital du Fonds National pour la Société Numérique du grand emprunt sont tous conditionnés par l’apport de fonds propres pour l’essentiel d’origine privée.

La proposition est-elle donc dénuée de sens ? Non ! C’est le processus qui est inversé. Au lieu d’avoir deux instructions en parallèle des dossiers (public, privé), le rapport propose en filigrane que l’instruction des dossiers soit réalisée par les investisseurs privés et que ceux-ci obtiennent alors rapidement un matching des financements publics. Cela me rappelle le “Label d’entreprise innovante des pôles de compétitivité” qui sélectionne les startups “prêtes” pour être financées par le privé. Le comité de sélection est constitué uniquement de personnalités du privé (entrepreneurs, experts et investisseurs). La proposition du rapport inverse en quelque sorte le processus en l’orientant du privé vers le public au lieu du contraire.

Quand on analyse le processus “Etat investisseur avisé” du grand emprunt, on ne peut qu’être d’accord avec ce que propose l’Institut Montaigne. L’Etat a ainsi créé une usine à gaz gérée par la CDC qui instruit des dossiers d’investissements avec des ressources internes et externes (cabinets de conseil sous-traitant), tout cela pour ne faire que du co-investissement avec des fonds d’amorçage et VCs au bout du compte !

Valeur : 10/10. Praticabilité : 9/10.

Proposition n° 2 : Utiliser le levier fiscal pour financer nos PME et nos ETI et renforcer les dispositifs actifs au soutien de l’investissement dans le cadre d’une réforme globale de la fiscalité

Il s’agirait de rehausser le plafond d’investissement donnant lieu à déductions ISF, du fait de la baisse du taux d’exonération passé de 75% à 50% pour les investissements en direct. Très censé. Cela augmenterait son effet de levier. Et aussi permettrait d’augmenter les tickets moyens venant des Business Angels en amorçage. Mais l’augmentation proposée est plutôt timorée (100K€). Pourquoi ne pas aller plus loin comme au Royaume Uni ? Peut-être parce qu’à ce niveau d’investissement, les avantages fiscaux ont un rôle moindre pour les investisseurs (c’est le cas des entrepreneurs qui ont créé ISAI Venture : ils ne bénéficient pas d’exonérations fiscales à l’entrée, le véhicule d’investissement étant un FCPR). Le cout serait évidemment difficile à supporter pour l’Etat. Question d’arbitrage ! Je ne vous refais pas le topo sur la TVA des cafés/restaurants qui montre l’étroitesse de la stratégie industrielle de l’Etat !

On pourrait aussi se pencher sur le scénario de la suppression totale de l’ISF et la manière de remplacer les incitations fiscales à l’investissement dans les PME innovantes associées. Même si cette suppression est plus qu’improbable à court terme au vu des épisodes précédents.

La proposition n’évoque pas l’intérêt d’une “TVA sociale” consistant en un transfert d’une partie des charges sociales du travail vers la consommation. Dommage !

Valeur : 8/10. Praticabilité : 9/10.

Proposition n° 3 :  Obtenir des grandes entreprises françaises et étrangères opérant en France de réduire leurs délais de paiement de trois jours par an chaque année afin d’être, dans les trois ans, dans la moyenne européenne.

Le rapport rappelle les relations toujours difficiles entre PME et leurs donneurs d’ordre grands comptes. Et cela ne concerne pas que les industries agro-alimentaires dans leurs relations avec la grande distribution ! Les délais de paiement sont toujours un problème. Ils sont en moyenne de 68 jours (au-dessus du maximum légal de 2 mois depuis la LME de 2008) contre 57 jours en Europe.

Le rapport ne précise pas comment obtenir ce raccourcissement des délais de paiement. Qui doit donner l’exemple ? Faut-il passer par la voie législative ?

Valeur : 8/10. Praticabilité : 5/10.

Proposition n° 4 : Inciter les grands groupes à avoir leur propre fonds d’investissement en interne pour investir dans des start-up ou des PME, ou faire participer ces groupes à des fonds par filière sur le modèle du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA).

Ce serait une mesure positive car elle créerait un état d’esprit bienveillant des grandes entreprises vis à vis de l’innovation et des startups. Certaines le font déjà comme SFR, Bouygues Télécom et Schneider Electric et Alstom (avec le fonds Aster Capital). Mais attention aux limitations du modèle du “corporate developpment”. Il n’est pas évident d’avoir ses clients potentiels dans son actionnariat. Et on ne connait pas de grand succès aux USA venant de ce type de financement, tout du moins dans les industries numériques. Cela aboutit plutôt à des “exits” rapides, donc pas à la création d’ETI qui est l’un des objectifs de ce rapport. Par ailleurs, la mesure n’est pas précisée dans le détail.

Valeur : 6/10. Praticabilité : 3/10.

Proposition n° 5 : Développer la pratique du rescrit fiscal pour le Crédit impôt recherche (CIR), rescrit qui peut être produit par le ministère de  l’Enseignement supérieur et de la Recherche ou par ses services  déconcentrés. Le rescrit engage l’administration fiscale sur l’éligibilité des dépenses incluses dans le CIR et en sécurise le recours.

Il s’agirait surtout de réduire le risque (et l’aspect anxiogène associé) du contrôle fiscal lié au CIR. D’où le besoin d’uniformiser le droit et d’améliorer formalisme des méthodes de contrôle. Curieusement, le rapport s’en remet aux propositions de l’Inspection Générale des Finances pour avancer sur ces points. Comme demander au renard de garder le poulailler ! La proposition n’évoque pas l’intérêt discuté du CIR pour les grandes entreprises, déjà bien avantagées fiscalement comme nous l’avons vu. Le rapport se contente donc de proposer le développement du rescrit fiscal, cette demande d’avis préalable à l’administration fiscale pour éviter les déboires d’un contrôle fiscal. Pas bien sûr que tout cela change sérieusement la donne ! Surtout pour les startups qui ne font pas à proprement parler de la recherche, mais ont créé un produit qu’elles cherchent à vendre.

Le CIR est en tout cas une spécificité française, donc difficilement benchmarkable. Je n’en ferai donc pas une obsession.

Valeur : 4/10. Praticabilité : 9/10.

Proposition n° 6 : Rendre obligatoire le stage en PME ou en ETI pour les élèves de grandes écoles y compris ceux de l’ENA.

C’est une bonne idée sachant que le diable est toujours dans les détails. Car il y a PME et PME. Il y a la foultitude de PME qui font du service de proximité et n’exportent pas. Et puis, celles qui ont une véritable production industrielle (agroalimentaire compris) et exportent. Il faudrait aussi éviter que la généralisation de ces stages soit une manière détournée de continuer à baisser le cout du travail pour les entreprises, se faisant au détriment des jeunes. Ensuite, il y a le poids du stage en question dans la scolarité. Dans une école d’ingénieur sur un cycle standard de trois ans, il y a toujours au moins un stage dit “ouvrier” en première année et un stage de fin d’étude de longue durée en fin de troisième année, et parfois un troisième stage, en seconde année de scolarité. Si généralisation du stage en PME il y avait, il faudrait qu’il dure au moins un mois, si ce n’est deux à trois. Le mieux aussi serait qu’il intervienne vers la fin de la scolarité pour qu’il soit à plus forte ajoutée possible.

Pour ce qui est de l’ENA, volontiers ! Mais pas juste un stage d’une semaine ! On peut aussi signaler le manque d’élus provenant du monde de l’entreprise et des PME industrielles en particulier ! Certains sénateurs font des stages en entreprise. L’initiative mériterait d’être généralisée à tous les élus nationaux ainsi qu’aux élus ayant un rôle d’exécutif dans les conseils régionaux et généraux.

Le rapport évoque sinon avec justesse les nombreuses initiatives associatives pour rapprocher les jeunes des PME.

Valeur : 10/10. Praticabilité : 6/10.

Proposition n° 7 : Développer la culture de l’entreprise et de l’entrepreneuriat dès l’entrée au lycée.

En effet, il serait bon d’éviter le syndrome du professeur d’histoire/géo ou équivalent qui résume l’histoire des révolutions industrielles à Germinal et à la lutte des classes. Image d’Epinal ? Pas tant que cela ! Le rapport propose la revue des manuels scolaires et l’intervention de salariés (mais oublie les entrepreneurs !) d’entreprises dans des conférences ou études de cas. Bref, de revoir sérieusement la pédagogie appliquée dans le secondaire. Bouger le Mammouth et ses petits est un vaste programme !

Le rapport évoque aussi des mesures pour améliorer l’apprentissage de l’anglais et propose un chapelet de mesures au niveau du primaire, du secondaire, du supérieur et dans les entreprises. J’en ai une qui n’est pas listée et que j’ai appliquée avec succès à mes enfants : abandonner le doublage des films et séries US et le remplacer par du sous-titrage (dit “VOST”, qui amène rapidement à “pas de sous-titre” une fois habitué), comme on le voit dans les pays nordiques. Oui, je sais, c’est impossible, et les allemands sont aussi des adeptes du doublage et pourtant ils parlent mieux l’anglais que nous ! Et puis l’exception culturelle française blablabla. Bon, tant pis, j’ai tout de même essayé ! En fait, le rôle des médias et notamment ceux du service publics est à souligner. Ils pourraient donner l’exemple. Nous avons certes la chronique de Marie-Odile Monchicourt sur France Info, mais quid de France Télévision ? Il est inouï – mais compréhensible – que ce soit M6 qui avec son émission Capital soit la chaine qui valorise le mieux les PME (même si elle dénonce aussi les excès de certaines entreprises au passage).

Valeur : 10/10. Praticabilité : 6/10.

Proposition n° 8 : Améliorer la communication autour de la carte de séjour « compétences et talents » et simplifier les procédures administratives afin d’accueillir des entrepreneurs issus de pays tiers et leur permettre de développer un projet d’entreprise sur le territoire français.

Je découvre au passage une donnée intéressante : il y aurait 24000 créateurs d’entreprises étrangers en France par an (en 2008, et cela ne comprend donc pas les autoentrepreneurs dont le statut date de 2009).  Mais leur vie est bien difficile quand ils ne viennent pas de l’Union Européenne. Le rapport propose d’étendre la mise en application du visa entrepreneur dénommé “Carte compétences et talents”. L’idée est bonne est relativement simple à mettre en œuvre. Comme la Silicon Valley, la France doit afficher qu’elle cherche à attirer les meilleurs talents du monde entier, et sans états d’âme.

Valeur : 10/10. Praticabilité : 9/10.

Proposition n° 9 : Faire des approches pluridisciplinaires et transdisciplinaires une priorité au sein des cursus universitaires.

Le rapport met en évidence ce besoin mal traité en France de rapprochement des disciplines dans les cursus du supérieur pour favoriser la création d’entreprises. Je vous ai déjà bien bassinés avec le campus de Saclay qui faute d’appliquer ce raisonnement se prépare à devenir un ghetto de scientifiques. Par contre, le rapport se noie un peu dans des mesures difficiles à comprendre. Et il insiste un peu lourdement sur la création d’entreprises par des chercheurs, une approche qui n’a pas l’air de bien fonctionner malgré les tonnes d’incitations de ces dernières années. Tout en se focalisant sur le… CNRS ! Alors que la recherche scientifique est plus spécialisée et fragmentée : INRIA, INSERM, INRA, CEA, etc. Le grand emprunt a bien prévu le financement de sociétés d’accélération du transfert de technologies à hauteur de 900m€ mais on se demande comment ces sommes vont être utilisées. Comme à l’INRIA qui a créé récemment INRIA IT Translation pour aider ses chercheurs à créer leur entreprise en cofinançant leur amorçage ?

L’enseignement supérieur a quatre composantes clés : les formations dites professionnalisantes (DUT, BTS; BAC+2/3), les universités (BAC+4 à plus), les grandes écoles (commerce, ingénieurs) et les chercheurs (doctorants et post-doc, dans les universités et grandes écoles). Il serait bon de voir comment créer la transdisciplinarité dans ces différents cursus. Et notamment comment rapprocher les grandes écoles qui sont complémentaires, ne serait-ce que les business schools et les écoles d’ingénieur. Je ne connais qu’un seul cas de rapprochement étroit : celui de l’INT d’Evry (Institut Télécom). Il mériterait d’être généralisé même s’il est compliqué de rapprocher des écoles de commerce qui dépendent des Chambres de Commerce des écoles d’ingénieur qui dépendent en général de l’Etat. Pourquoi ne favoriserait-on pas plus de rapprochements géographiques entre écoles d’ingénieur et de commerce ?

Un autre aspect n’est pas couvert dans ce rapport : les lacunes de compétences dans les approche “produits”. On est très bons en France dans les systèmes complexes (énergie, transports, etc) et dans les services. Mais on a toutes les peines du monde à faire des “produits” (matériels comme immatériels). Cela nécessite des compétences de “product management” qui sont à l’intersection des métiers de l’ingénieur et du marketing. C’est un point de détail mais clé pour sortir de cette fatalité qui pousse nos entrepreneurs à faire du “service outillé” (peu scalable) au lieu de faire du “produit” (plus scalable… mais qui demande des compétences plus pointues et des moyens plus importants). Il faut donc à la fois un bon financement et ces compétences produit pour créer des business scalables et exportateurs.

Valeur : 10/10. Praticabilité : 6/10.

Proposition n° 10 : Créer une entité de « prospection scientifique et technologique » afin de valoriser les résultats des laboratoires de recherche fondamentale.

Ce serait une sorte de “broker” entre les travaux issus de la recherche et le monde de l’entrepreneuriat. Connaissant notre pays, cela deviendrait rapidement un gros machin ingérable et inefficace, alors que de tels mécanismes existent déjà plus ou moins avec les entités de valorisation industrielle des grands laboratoires (surtout au CEA qui est un best practice, notamment avec le LETI et le pôle de nanotechnologies de Grenoble, cité abondamment dans le rapport). La grande question est de savoir comment la “recherche appliquée” peut se développer de manière contractuelle et se défonctionnariser. Et surtout comment on pourrait passer d’un système basé sur l’offre (la recherche qui cherche les domaines d’application de ses travaux) d’un système basé sur la demande (les entreprises contractualisent des travaux de recherche fondés sur leurs besoins, un modèle courant aux USA, y compris au niveau de l’Etat Client… surtout par l’entremise de la DARPA). Les réformes récentes menées par Valérie Pécresse allaient dans le bon sens de ce point de vue-là, mais on a vu quel tollé cela générait !

Valeur : 7/10. Praticabilité : 3/10.

Proposition n° 11 : Développer les filières « innovation et entrepreneuriat » au sein des cursus universitaires.

L’idée est bonne mais avec juste cinq lignes qui y sont consacrées dans le rapport, son côté pratique est complètement laissé au libre arbitre du lecteur. Or ce n’est pas un sujet évident compte tenu de la manière dont sont organisés les cursus universitaires (LMD…). Dans les grandes écoles où ces filières entrepreneurs existent déjà, il s’agit d’une sorte d’option transversale souvent positionnée en dernière année. C’est le découpage même des spécialités dans l’enseignement supérieur français qu’il faudrait revoir. Comment imiter par exemple la pluridisciplinarité obligatoire des grandes universités américaines ? Un étudiant en computer science doit y faire l’équivalent de deux “majeures” dans des disciplines autres, souvent de sciences dites “molles” (sociologie, marketing, langues, droit, etc). Est-ce que ce modèle peut se généraliser en France ?

Valeur : 8/10. Praticabilité : 3/10.

Conclusion

Un gros pan est négligé dans ces propositions : les exportations ! Est-ce que l’Etat peut mieux aider les entreprises à exporter ? L’articulation des CCI, Coface et autres Ubifrance est souvent décriée par les entrepreneurs. Cela mériterait que l’on s’y penche mais il y a déjà eu probablement d’autres rapports sur ce sujet.

Je constate sinon qu’à partir d’un diagnostic pas trop mal ficelé, il est difficile de faire des propositions faciles à mettre en œuvre d’où une note toujours plus faible entre la valeur des idées proposées et leur praticabilité dans mon évaluation. C’est peut-être un trait français que de s’intéresser plus aux idées qu’à leur mise en œuvre concrète, au cambouis et à l’exécution. Le rapport est en lui-même un reflet de cette lacune de nos élites ! Il faudrait en prendre conscience pour que ces rapports soient préparés dans le futur avec plus de soin sur “l’exécution”. L’exemplarité entrepreneuriale commence aussi par-là ! Il vaut aussi mieux proposer des mesures “toutes cuites” pour avoir des chances de les voir adoptées par la puissance publique !

En tout cas, pas mal de ces propositions pourront intégrer les réponses à la consultation lancée par Eric Besson pour la préparation du plan France Numérique 2020, dans la rubrique consacrée à l’entreprenariat.

Publié le 7 août 2011 Post de | Actualités | 35101 lectures

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Les 26 commentaires et tweets sur “L’Institut Montaigne et la croissance des PME” :

  • [1] - Liocttnavud a écrit le 8 août 2011 :

    Quelques réactions:
    “L’immobilier était dans une SCI sous le nom des fondateurs, qui récupèrent le loyer payé de l’entreprise. Ils se créent ainsi un patrimoine et au passage plument les investisseurs “. Ah bon, pourquoi plument-ils les investisseurs ? Le loyer est à payer quelque soit les propriétaires de la SCI. Sauf si le loyer est artificiellement gonflé, rien de choquant (sinon, oui, c’est abus de bien social).

    “Obtenir des grandes entreprises françaises et étrangères opérant en France de réduire leurs délais de paiement de trois jours par an chaque année afin d’être, dans les trois ans, dans la moyenne européenne”. Raccourcir les délais de paiement va augmenter les besoins en fond de roulement des (petits) commerçants (bouchers, marchands de vêtements, épiciers) et donc les fragiliser. Ce qui a de fait été le cas lors du passage du délai de paiement à 30 jours fin de mois.Il faut trouver un équilibre entre favoriser entreprises à forte valeur ajoutée et favoriser les entreprise de commerce et de négoce.

    Proposition n° 5 : Développer la pratique du rescrit fiscal pour le Crédit impôt recherche (CIR). Je serais curieux de connaitre la répartition du CIR suivant la typologie et le secteur des entreprises en France. Par ma connaissance (PME et grands groupes), ce sont surtout les grands groupes qui en profitent, et pas les PMEs. AMHA, c’est une belle niche fiscale qui profite à ceux qui en ont le moins besoin.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 8 août 2011 :

      Réponse sur le point de la SCI : l’investisseur met de l’argent dans la boite pour qu’elle créé de la valeur et que cette valeur se retrouve dans la valo de l’entreprise.

      Si cet argent sert à payer un loyer, il créé de la valeur à l’extérieur de la société, dans la SCI du fondateur. Au lieu de la créer dans la startup. Il vaut donc mieux pour l’investisseur que l’immobilier soit dans le patrimoine de la startup, ou bien que l’investisseur ait aussi une part de la SCI, ou plus simplement, que la startup loue à quelqu’un d’autre. Tout dépend aussi du type de local en question.

      Pour le BFR des petits commerçants, c’est à voir. Ils sont payés cash par leurs clients consommateur, ils n’ont donc en aval pas trop à se plaindre. C’est plus difficile pour un intermédiaire quel qu’il soit qui est payé par ses clients à 2 mois mais paye les salaires au fil de l’eau…

      En réduisant globalement les délais de paiement, on assainirait l’ensemble de l’économie. On évite aussi les “rentes” liées justement aux acteurs qui jouent de l’asymétrie du délai (dans la grande distribution) et placent le BFR négatif généré.

      Aux USA, le petit commerce ne se porte pas si mal que cela comparativement à la France ! Et les délais de paiement y sont très courts !

      Pour le CIR, plutôt OK…

      • [1.1.1] - Daniel COHEN-ZARDI a répondu le 11 août 2011 :

        Je ne comprends pas le point sur l’immobilier.

        En effet, si la SCI est au nom des fondateurs, et donc que l’achat immobilier est fait par les fondateurs et que le loyer est “évalué normalement”, en quoi cela prive-t-il l’investisseur de valeur ?

        Ce qui doit se passer par contre, c’est qu’effectivement il est possible que dans certains cas le loyer soit un peu surévalué, auquel cas il y a effectivement une forme d’abus de bien social.

        Mais il me semble que cela fait partie de la mission d’un commissaire aux comptes de vérifier cela, au même titre qu’il vérifie les conventions et contrats entre l’entreprise et toute entité qui est a son capital.

        • [1.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 11 août 2011 :

          Suppose que la boite aille mal et dépose le bilan. Les investisseurs ont tout perdu. Mais l’entrepreneur a réussi à constituer un patrimoine immobilier avec les loyers payés par la levée de fonds, donc par les investisseurs. Dans un tel cas, le partage du risque financier est un peu moyen…

  • [2] - Michel Nizon a écrit le 9 août 2011 :

    Ne pourrions nous pas mieux nous inspirer de l’exemple israélien dont l’histoire est très bien expliquée dans le livre : Start-Up Nation: The Story of Israel’s Economic Miracle ?
    Une décision parmi beaucoup d’autres est d’avoir participé à financer les start ups via l’intervention directe de l’Etat dans les fonds d’investissement privés, ce qui a participé à encourager à l’époque des VC américains à y installer un bureau pour investir localement.

  • [3] - Vincent Rivalle a écrit le 9 août 2011 :

    Quelques remarques et compléments :

    1 – pourquoi ne pas développer les pratiques de mentorat, à l’image de ce que fait l’IME (Institut du Mentorat Entrepreneurial) ? Lorsque la relation entre l’entrepreneur mentoré et le mentor est saine et “impliquée”, je n’ai pas d’exemple de contre-productivité. Un moyen formidable de sortir l’entrepreneur de son isolement et de lui faire prendre de la hauteur…avec pour objectif le développement de son entreprise. Par contre…la principale limite aujourd’hui à un tel dispositif est, me semble-t-il, un frein culturel de la part des entrepreneurs qui, pour une grande majorité, ne veulent pas “être aidé et challengé”, par orgueil le plus souvent…mais à tort.

    2- rapprocher les chercheurs de PME et ETI (voire des TPE) : au delà du dispositif CIFRE, peu connu dans le milieu des PME autres que techno, et de l’échec prévisible de l’expérimentation Doctorant-Conseil (par manque d’analyse et compréhension du système d’acteurs, d’organisation et d’accompagnement), il existe aujourd’hui un savoir énorme, source de réflexions et d’innovation, totalement méconnu des entrepreneurs (au sens large), cantonné aux laboratoires et instituts de recherche et uniquement diffusé dans des publications scientifiques confidentielles ou lors de conférences spécialisées tout aussi cantonnées au monde de la recherche. Et c’est dommage. On peut nuancer mon propos en évoquant les sciences “dures” (physiques, chimie, bio, génétique, etc.). Mais quid des doctorants et chercheurs en sociologie, histoire, marketing, etc. ?
    Le développement des PME en ETI puis en entreprises internationales passe par une pensée innovante : bien au delà de la “simple” innovation de produits ou services, l’innovation en terme d’organisation, de management, de discours ou posture client, de modèle économique, etc. est bien souvent aussi à la source du développement et de la croissance de ces entreprises. Et la source de ce développement peut naitre de l’échange entre les détenteurs d’un savoir théorique et les acteurs de la mise en pratique.

    Opérer cette rencontre (le plus largement possible) serait je pense un axe intéressant à creuser et à proposer dans un tel rapport.

  • [4] - bobonofx a écrit le 9 août 2011 :

    Je proposerai également la création de l’informatique comme discipline à part entière comme le font par exemple les pays anglo-saxon (computer science) et non pas comme une simple option. Bref reconnaitre l’informatique comme une véritable science et non pas seulement un outil. Et bon logiciel de créé et la moitié du chemin entrepreneurial est fait!!!! sans compter que le recrutement de véritables développeurs est un véritable calvaire en France.

  • [5] - macha a écrit le 9 août 2011 :

    On est en crise. Adieu aux niches fiscales. En Israël, les jeunes crient dans la rue, comme les indignados espagnols. Les patrons de PME ne créent pas suffisamment d’emplois en France et pour exporter, l’Euro est très fort… et la Chine dévalue son Yuan… Avez vous des solutions réaliste et durables ? Vous avez déjà signalé dans votre article les incohérences des propositions par rapport à la situation actuelle. Même le CIR va être gravement raboté et c’est tant mieux. Quel projet a t-il servi ? Pour quel succès ? Croyez vous que les classes moyennes vont continuer à trinquer pour que quelques entrepreneurs se la coulent douce ?
    Il va falloir se réveiller, car les Chinois le sont déjà bien (bravo M. Peyreffite)
    François Hollande a raison. Si depuis 2002, le gouvernement n’avait pas défiscalisé ou fait des cadeaux fiscaux aux plus riches, nous serions à l’équilibre. C’était cela la règle d’or. Maintenant, c’est trop tard.

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 9 août 2011 :

    @Michel Nizon : le succès des startups israéliennes n’est pas dû à un seul facteur comme le financement public (qui a démarré vers 1990 je crois). Cf mon Cr d’un voyage là-bas en 2010 ou celui d’un groupe de bloggeurs d’il y a deux mois (avec notamment Korben et Eric Dupin). Et puis ce que tu proposes existe déjà en France, par le biais du rôle de la CDC dans le financement en fonds de fonds des VCs et plus récemment dans les fonds d’amorçage par le biais du grand emprunt. Et ce n’est pas vraiment cela qui a encouragé les VCs à s’installer là-bas. C’est plutôt lié à une multitude de facteurs : l’excellence scientifique et entrepreneuriale, un bon track record des startups sur place, le fait que nombre d’entre elles privilégient le marché américain pour se développer et y ont souvent une représentation et une proximité culturelle très forte. Cf mon prosélytisme pour encourager les startups françaises à mettre un pieds aux USA. Je suis d’ailleurs en train de compléter la partie correspondante pour la prochaine édition de mon Guide des Startups, à paraitre en septembre.

    @Vincent Rivalle : les pratiques du mentorat sont citées dans le document de l’Institut Montaigne, notamment dans le Réseau Entreprendre. Il y a aussi le programme Paris Mentor. Ceci étant, cela relève d’initiatives privées ou locales. L’Etat n’a pas grand-chose à y faire. Sur le point 2) et le rapprochement chercheurs/entrepreneurs, il y a certainement des pistes à creuser et certaines le sont dans le doc de l’Institut Montaigne. Encore faut-il trouver quelque chose qui soit pratiquement faisable. Une idée ?

    @bobonofx : il existe bien des écoles d’informatique (EPITA, EPITECH, Supinfo, ENSIMAG) sans compter les écoles du groupe des Télécom ou Supelec. Celles où l’informatique est une option de troisième année sont des écoles généralistes (dans les Ecoles Centrale, Mines, etc). Ensuite, dans les Universités. Pour ce qui est de la fac, il y bien des licences, masters et doctorats en informatique non ? Sachant qu’il y a d’ailleurs plein de spécialités dans le domaine, car l’informatique est un secteur assez large entre le temps réel, la gestion, la programmation, l’Internet et les systèmes répartis, le hardware, etc. Donc, cela veut dire quoi faire de la « computer science » qu’on ne ferait pas ? Les américains nous envient même car nous avons de bonnes filières mathématiques qui complète les cursus informatiques en leur donnant de meilleures bases théoriques. Là où on est moins bons, c’est justement dans le manque d’étudiants passés par les computer science mais dotés d’autres compétences (sciences humaines, marketing, etc).

    @macha : toujours aussi optimiste et amateure d’amalgames ! L’Euro est fort et cela n’empêche pas l’Allemagne d’exporter ni les Hollandais ou les Finlandais ! Pourquoi opposer les salariés « qui trinquent » aux entrepreneurs qui se la couleraient douce ? Tu as déjà vu beaucoup d’entrepreneurs qui se la coulent douce ? Moi, pas ! Opposer les deux ne mène à rien car seuls les entrepreneurs créent des emplois, pas les salariés ! Et l’entrepreneuriat fonctionne parce qu’il y a des incitations économiques à le devenir, sinon, on sait ce que cela donne : les économies dirigées, qui n’ont plus vraiment court sauf… en Corée du Nord. Donc, on reprend son bâton de pèlerin et on cherche comment faire en sorte que les entrepreneurs créent de la valeur et des emplois !

    • [6.1] - macha a répondu le 9 août 2011 :

      Mais les USA eux-mêmes coulent avec leur note en dégringolade face aux requins de la finance. Alors les israéliens aussi vont trinquer car leurs liens avec les US ne leur sert plus à rien. Les économies dirigistes sont les plus fortes désormais: regardez la Chine et son Etat plus que fortiche. Vous me trouvez pessimiste ? Mais ne suis je pas réaliste, posant le bon diagnostic pour trouver enfin des solutions qui marchent tous ensemble ? On peut peut être se consoler avec la mafia russe ? C’est mieux ? Je pense vraiment qu’il va falloir trouver de nouvelles solutions et l’Institut Montaigne est à côté de la plaque. Il refourgue aux collectivités locales le trou béant que provoquent les startups françaises, qui continueront à être rachetées pour pas cher… L’institut montaigne lui meme dit que les nouvelles réglementations ne faciliteront pas les nouveaux investissements en capital d’amorçage, pourtant essentiels pour répondre aux énormes besoins des startups de haute technologie pour innover et surtout inonder rapidement le marché international !!!! Les business angels(vous ou moi, le bon épargnant… qui a de quoi perdre son fric, tu parles…) ont bon dos. Même avec des avantages fiscaux.
      Et surtout, ces boîtes donneront elles du boulot à nos jeunes des banlieues ???? et bien moi je vous dis que non. On veut du bon ingénieur…. voire on embauche des ingénieurs asiatiques… en France !!!
      Les émeutes tout près de chez nous, c’est sûrement pour demain.
      Quand je parlais de se la couler douce, c’était une expression : j’aurais dû dire “se laisser couler doucement”….. vraiment tout doucement.
      C’est scandaleux. Du grain à moudre, pour vos futurs débats avec ses messieurs de haute gouvernance nationale.

      • [6.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 9 août 2011 :

        Cela fait 20 ans que la Chine n’est plus une économie dirigée ! Malgré un gouvernement d’un parti communiste, c’est du capitalisme pur et dur qui y a court ! Le système politique chinois a réussi un pari qui n’était pas évident consistant à passer à l’économie de marché sans perdre son pouvoir. Et si il était amené à basculer radicalement, cela serait plutôt vers le système russe et ses oligarchies.

        Le sujet des banlieues est très important. L’Institut Montaigne en parle d’ailleurs dans son rapport, encore en citant des initiatives locales.

        Il existe d’ailleurs aux USA. Dans la Silicon Valley ou à Seattle, on ne voit pas des max de blacks dans les boites. Plutôt des chinois et des indiens !

        Alors, quelles sont ces propositions pour créer de la valeur et aider les entrepreneurs ?

  • [7] - bobonofx a écrit le 9 août 2011 :

    EPITA, EPITECH, Supinfo sont des écoles privées. ENSIMAG est bien public mais le I semble perdu entre les autres lettres. Ca fait quand même peu en France. Comme tu le précises, il n’y a que la fac qui propose sérieusement des cursus info mais quand on voit la différence de considération/prestige qu’il existe entre étudiants sorti fac et école d’ingénieur c’est quand même désolant. Le computer science enseigné outre manche regroupe justement l’ensemble des disciplines de l’informatique que tu cites afin d’acquérir une culture globale de l’informatique. J’ai pu apprécier ces différences car j’en ai fait l’expérience en tant que recruteur.
    En tout cas merci pour l’excellence de ton blog
    Boris

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 9 août 2011 :

      En effet la majorité des écoles d’ingénieur en informatique sont privées. L’Etat a créé très peu d’écoles d’ingénieurs et celles qui ont le qualificatif de “grandes” (dites aussi groupes A et B) ont des décennies voire des siècles d’ancienneté, à l’origine de leur prestige acquis. Le prestige vient aussi de différentes enquêtes de salaire et de notoriété chez les recruteurs. Que je sache, les écoles plutôt généralistes ont toujours tenu le haut du pavé de ces classements dans le système de valeur français. Notamment parce qu’il s’auto-entretient, les recruteurs étant issus du même sérail. Donc, même si l’Etat créait quelques nouvelles écoles d’ingénieurs spécialisées en informatique, elles partiraient de bas côté “prestige”. C’est d’ailleurs un peu le cas de l’école Niel/Simoncini/Granjon qui est destinée à former des BAC+3 je crois, donc plutôt des développeurs.

      Dans le cas de Centrale Paris que je connais un peu, une réforme récente du parcours des 3 années a amené l’école à proposer une spécialisation progressive qui intervient dès la première année, s’amplifie en 2nd et devient totale en troisième alors qu’avant, seule la troisième année relevait de la spécialisation. Mais je ne sais pas si cela permet aux informaticiens qui sortent de l’école d’être plus pointus. Comme ils pensent surtout à être chefs de projets ou consultants, cela ne compte probablement pas tant que cela.

      Sinon, où que ce soit, les enseignements sont vite dépassés. La formation ne s’arrête pas à la sortie de l’école. Elle se poursuit toujours au fil de l’eau pendant toute la vie active ! Surtout en informatique. Sinon, tu te dinosaurifie en quelques années.

      Bon, tu pourrais regarder du côté des instituts technologiques que l’Etat souhaite créer dans le cadre du grand emprunt. Il y a sûrement fort à y faire pour voir comment cela va être mise en oeuvre. Là aussi, il y a fort à parier que le diable aie mis du bazar dans les détails !

  • [8] - Matthieu S. a écrit le 10 août 2011 :

    Bonjour,
    Je me permets de revenir sur certains points mentionnés.

    sur les remarques de l’âge des entrepreneurs:
    “L’âge moyen des créateurs d’entreprise en France (38,5 ans), en Allemagne (36 ans) et UK (34 ans) est trop élevé dans l’ensemble. Or les grands succès américains ont été créés massivement par des jeunes de moins de 30 ans (Apple, Microsoft, Google, Yahoo, Facebook, …). Les succès se créent donc bien en amont en encourageant les jeunes à entreprendre.” je ne vois pas ce qui est contradictoire: Avec une moyenne à 38.5 ans, on pourrait avoir aussi des jeunes de moins de 30 ans qui créent plein de succès, et vu la poignée qu’il faut c’est plus une question de qualité que de quantité. Aussi, selon certaines études sorties dans les dernières années et contrairement au mythe californien, la moyenne d’âge des entrepreneurs tech aux USA est 39 ans (voir étude Kauffman foundation datant de 2008 http://www.kauffman.org/research-and-policy/education-and-tech-entrepreneurship.aspx)

    “le financement de l’innovation sera impacté à la baisse par Bâles II et consort” malheureusement ce sera le cas pour tout le monde, des collectivités locales aux grandes entreprises, le coût du crédit (dette) va augmenter et donc impacter le niveau d’investissement.

    Sur les propositions:

    proposition n°1: matching Public/Privé, si les investisseurs privés sont convaincus de la valeur de leur investissement, ils n’ont pas besoin de l’acteur public pour matcher. Cela ne fera qu’innonder les grands gagnants vs la longue traîne (effet d’éviction). Toutefois c’est déjà une avancée par rapport au système actuel centré autour de la CDC.

    Proposition 4: la volonté de trouver des exits pour les start-ups est louable, inciter les grands groupes qui n’en voient pas l’intérêt par eux-mêmes de créer leurs fonds est une perte de temps. Une fois les boîtes rachetées par leur fonds, les grandes entreprises ne géreront pas l’intégration des boîte n’étant pas des investissements vu comme stratégiques et les laisseront mourrir dans leur coin. Cela ferait de riches heureux (les entrepreneurs) donc sur une stratégie de créer des Business Angels cela peut avoir son intérêt, pour créer un gros écosystème et avoir des start-ups allant à l’exportation moins.

    proposition 6: la question du stage en PME est une fausse bonne idée, si il faut le rendre obligatoire (donc que ce n’est pas le cas aujourd’hui par le simple jeu de l’offre et la demande ) c’est que soit les potentiels stagiaires (demandeur de stage/emploi potentiel), soit les PME n’y trouvent pas leur compte (sauf à dire que les PME ne savent pas que des pelles entières de stagiaires sont disponibles).

    Côté demande, Le problème est la différence à la sortie d’école sur les salaires d’embauches et les perspectives de progression “perçus” par les jeunes diplômes vs les carrières plus tracées citées plus haut. Pour ce qui est de l’ENA, déjà que la vision du privé est tout un concept, si c’est en effet pour faire 2 semaines dans une PME je ne vois pas trop le changement de donne. Côté offre, les PME n’ont pas forcément les personnes ou le temps adéquat pour procéder au recrutement de ces dits stagiaires ou un intérêt de les former sur une période courte si il n’y a pas d’embauches à la clé.

    proposition 9: concernant la proposition du rapprochement entre grandes écoles de commerce et d’ingénieur, c’est le cas de plus en plus pour une bonne partie des écoles avec des doubles cursus ingénieur-managers (cas Audencia Nantes – Centrales Nantes,ENSIMAG et GEM à Grenoble, HEC – Les Mines Paris…) et des regroupements géographiques déjà existants. Chose nouvelle, peut-être des choses à voir pour les appels à projet R&D qui financent déjà pas mal les écoles d’ingénieur…Par contre l’intégration de la gouvernance est loin d’être évidente (cf les tutuelles et origines différentes mentionnées), en plus du gap culturel à ne pas négliger.

    Merci pour cette lecture très instructive du rapport de L’Institut Montaigne!

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 10 août 2011 :

      Intéressants.

      Quelques contre-points :

      L’étude Kauffman se focalise sur les entrepreneurs nés aux USA. Elle néglige donc la moitié des créateurs d’entreprises qui n’y sont pas nés, en tout cas pour ce qui concerne la SIlicon Valley ! Mais il est vrai que l’entrepreneuriat concerne aussi bien les jeunes étudiants que les créateurs dotés d’une expérience soit de cadre/salarié soit de serial entrepreneur.

      L’impact des règles prudentielles sera bien plus fort sur les VCs que sur les autres activités bancaires classiques, qui relèvent du prêt. Pas le temps de tout expliquer. Déjà , ne serait-ce que le capital risque est plus risqué qu’un prêt à une société qui tourne déjà avec un CA, des clients, et juste un besoin de BFR.

      Sur tes autres points :

      1/ Le matching public/privé permet de réduire le risque perçu dans l’early stage. Mais lorsqu’il y a moins de risque, dans le later stage, il est vrai que l’apport de financements privés peut tordre le marché. L’histoire dit que le FSI a surenchérit sur les VCs pour entrer dans DailyMotion il y a quelques années !

      4 / Bien vu sur les exits. Le point clé est que les grandes entreprises soient de bonnes clientes pour les startups et que leur culture de l’innovation ouverte et partenariale évolue. Mais si elles prenaient l’habitude de faire plus d’acquisitions, cela créérait un cercle vertueux. Et éviterait que la majorité des exits se fassent avec des boites étrangères.

      6 / En effet, il ne faut pas faire n’importe quoi dans les stages en PME. Mais comme les PME sont censées créer plus d’emploi que les grandes entreprises, il n’est pas impossible que la demande (de stagiaires) soit là mais pas l’offre (de stagiaires).

      9 / Il y a des initiatives intéressantes en effet. Les plus intéressantes étant celles où les deux cursus sont physiquement sur le même campus avec des ressources partagées. Ce n’est pas le cas d’HEC et des Mines ou de l’X.

  • [9] - RenoV a écrit le 10 août 2011 :

    Concernant les rapprochements entre grandes écoles de commerce et d’ingénieur, encore un autre exemple à Lyon avec le projet
    “Yin Yang” qui doit permettre une collaboration rapprochée entre EMLYON et Centrale Lyon
    (http://www.campuslyonouest.com/)

  • [10] - Daniel COHEN-ZARDI a écrit le 11 août 2011 :

    Sur le point 7, l’association 100 000 entrepreneurs donne déjà un élément tout simple pour contribuer à cela. Ces interventions d’entrepreneurs en classe de 3e sont très intéressantes dans le principe.

    Sur le point 8, en tant que start up innovante peinant à recruter, je me demande si la carte de séjour “compétences et talents” devrait se limiter au créateur. Elle pourrait au contraire être étendue à tous ceux qui participent à un projet innovant.

    De fait, nos jeunes sont très peu nombreux à vouloir aller dans des startups, et on recrute donc beaucoup d’étrangers dans les faits. Il faudrait faciliter cela, et cela changerait un peu l’image qu’on donne de l’immigration. Elle n’est jamais un facteur de chômage lorsqu’il s’agit d’une immigration qualifiée, elle est créatrice de valeur et les américains l’ont compris depuis longtemps.

  • [11] - RomainX a écrit le 17 août 2011 :

    Proposition n° 1 brillante !

  • [12] - Xdesport a écrit le 18 août 2011 :

    Bonjour,
    la proposition 6 relative aux stages en PME est importante, mais il me semble que les jeunes ne disposent pas encore de l’expérience suffisante pour aider au développement des exportations qui comptent parmi les faiblesses des ETI françaises.
    Il conviendrait, branche par branche et en région, de favoriser le partage ou le transfert sur des périodes définies de ressources expérimentées des grands groupes auprès des PME pour créer des synergies et tirer vers le haut les acteurs économiques.
    Si les grandes entreprises savent intégrer les jeunes en nombre, car cela demande des moyens pour les accueillir et les accompagner, il faut les en remercier et les encourager. Il convient par la suite de les décloisonner pour les engager dans une démarche de partage des expériences valorisantes auprès des PME qui seraient ainsi en mesure de s’engager plus et mieux dans la compétition économique.
    L’objectif du partage de l’expérience a vocation à multiplier la valeur et non à la diviser comme cela a bien souvent été la cas.
    Bien cordialement

  • [13] - Gilles a écrit le 18 août 2011 :

    Bonjour
    Mes commentaires un peu long j’en suis désolé.

    1/Sur les données du problème
    Sauf exceptions qui n’en sont pas vraiment (la vodka Grey Goose créée en France uniquement pour l’export mais elle bénéficiait indirectement de la qualité du marché français des spiritueux) une société exporte les produits innovants qu’elle a commencés par développer et vendre avec succès dans son pays. Pour faire simple, si les Allemands exportent beaucoup c’est que les produits développés pour eux-mêmes sont appréciés ensuite dans le monde entier. Si on veut exporter il faut d’abord vendre dans son pays des produits ou des services que le monde plébiscitera ensuite (par exemple le champagne, le TGV, la mode, les hélicoptères ou le parfum). Les grandes entreprises françaises que la culture Française souhaite toujours plus grandes car elles portent la fierté de la nation sont donc de plus en plus globales et donc exportent de moins en moins car elles produisent de plus en plus localement. Paradoxalement certaines occupent beaucoup le terrain Français (et en particulier le terrain des collectivités qui ne jouent pas leur rôle de client motivé par l’innovation) elles n’ont donc pas vraiment besoin de se battre/d’innover en France et d’ailleurs n’achètent pas vraiment d’innovation à l’extérieur (essayez par exemple de vendre de l’innovation non-spécifié en interne par EDF à EDF), donc les PME n’ont pas les produits gagnants à l’export et les grandes entreprises dont la raison d’être est de porter le drapeau national à l’international exportent de moins en moins (GE Power exporte plus à partir de France qu’Alstom Power). CQFD. Si les ETI italiennes exportent plus que les Françaises c’est probablement qu’ils y a moins de grands groupes en Italie.
    Par exemple, allez expliquer aux start-up dans les Clean tech comment le plan de développement des éoliennes offshores ou des appels d’offres Biomasse CRE +12 MW va créer des ETI internationalement présentes à l’export la ou les italiens ont un programme très attractif pour des centrales biomasses jusqu’à 1 MW.

    2/Sur le diagnostic du rapport

    Comme bien évoqué dans l’article l’exemple de l’Angleterre n’est pas forcément le bon :

    Angleterre : L’Angleterre héberge beaucoup plus de fonds d’investissement que la France, il semble normal que les start-up anglaises soient dès lors mieux financés. Combien de ces startups survivent après avoir brulé leur capital ? L’industrie anglaise hors finance ne brille pas par son dynamisme. Les ETI anglaises sont des usines de multinationales non-européennes qui fabriquent en Angleterre pour le marché européen ou des vraies PME indépendantes ?

    Immobilier : L’immobilier est beaucoup plus cher en Angleterre, les industries anglaises sont souvent des industries de service qui n’ont aucun besoin de locaux dédiés. Le couplet sur la SCI au nom des fondateurs n’a pas de sens : si le capital est au nom des fondateurs il n’est donc pas dans le bilan de la société. Investir dans une SCI qui loue à sa propre société est bien plus vertueux que d’aller mettre cet argent en Suisse.

    FCPI/FIP : Les FCPI/FIP et le statut JEI sont indispensables aux start-ups Françaises. L’amorçage hors FCPI/FIP me parait très difficile.

    Aides publiques : Les aides publiques ne déconnectent pas des marchés et des clients, ils se substituent souvent à des clients et des marchés qui n’existent pas comme vue plus haut. Par ailleurs il est vraie que les décideurs de ces programmes sont souvent coupés des réalités du marché ou prennent l’industrie comme le véhicule de la fierté nationale et non pas le véhicule de l’enrichissement national (c’est très diffèrent).

    Entrepreneur : Derrière chaque jeune créateur américain il y a des vrais business angels qui les accompagnent opérationnellement et financièrement. La vraie formule c’est le partenariat junior-senior pas des juniors seuls.

    Charge : Les charges tuent les jeunes entreprises et le stage est un des moyens pour des start-ups de joindre les deux bouts. Les entreprises dans l’innovation préfèrent des employés stables en CDI à des employés instables en CDD mais le licenciement est tellement vilipendé dans la culture Française que personne ne s’y risque.

    Entrepreneuriat : Les Français croiraient plus à entrepreneuriat si les donneurs d’ordre public et privé faisaient en sorte de donner aux jeunes entreprises un accès au marché. Le Colbertisme ça ne produit pas des ETI. Deuxièmement l’entrepreneuriat c’est aussi accepter la fragilité du monde et le fait que nous avons tous à créer notre emploie. Ça n’est pas un discours politiquement correct. Les écoles d’ingénieurs (sauf l’X ou l’ENA par le biais de la pantoufle et de l’esprit de corps) ne favorisent pas spécialement les grandes entreprises, c’est plutôt la culture française et juste derrière l’X, l’ENA et l’idéologie de l’Université qui favorisent le Colbertisme.

    Pour ce qui est des propositions de l’Institut Montaigne :

    Proposition N°1 : On peut certainement améliorer le partenariat public-privé pour le financement des jeunes entreprises, mais donner aux investisseurs privés l’initiative n’est pas non plus une solution, il faudrait le proposer directement aux entrepreneurs (pas vraiment le cas à ce jour) pour deux raisons: on donne plus de pouvoirs aux entrepreneurs qui n’en n’ont pas beaucoup au démarrage sauf introduction privilégiée, l’intérêt des fonds d’ investissements n’est pas nécessairement de partager l’investissement.

    Proposition N°2 : Me parait positif

    Proposition N°3 : L’intérêt me parait faible. On ferait mieux de favoriser la sous-traitance des grands groupes aux PME et casser les nombreux monopoles privés.

    Proposition N°4 : Je pense que c’est une très mauvaise idée. La majorité des grands groupes avaleront les startups et les empêcheront ensuite d’innover. Comment créer des ETI dans ces conditions ? Ils vaudraient mieux que l’état aide les grandes entreprises à acheter l’innovation des startups.

    Proposition N°5 : intérêt faible

    Proposition N°6 : intérêt quasi-nul

    Proposition N°7 : il faudrait peut-être montrer des films à la télé ou la grève des dockers du Port tue la PME exportatrice, la start-up fait faillite parce que le fonctionnaire qui devait libérer la subvention a pris ses 8 semaines de vacance d’un coup ou la Start-up n’a pas été retenu à un appel d’offre européen parce que le consortium concurrent se composait de 13 grands groupes et administrations etc…Ensuite si on veut montrer aux jeunes ingénieurs l’intérêt de entrepreneuriat construisons des parcs industriels à thème pour start-up/spin-off aux pieds des université/grande écoles et l’intérêt sera vite compris.

    Proposition N°8 : Pour l’avoir vécu, obtenir un visa de travail pour un ingénieur étranger avec un bon diplôme Français est facile. Sinon il est toujours bon d’ouvrir la France aux compétences et aux entrepreneurs étrangers.

    Proposition N°9 : Commençons par mieux rapprocher Université et grandes écoles (les grandes écoles accueillent déjà de plus en plus de jeunes universitaires) et accordons des aides importantes pour qu’ils créent ensembles des spin-off et travaillent avec des PME. Par ailleurs remettons à plat le rôle du CEA, IFP, CNRS etc.. Leur efficacité en matière de génération de PME innovantes me parait faible en regard des sommes investis et la décentralisation des universités est l’occasion de les marier pour créer des vrais centres efficaces d’enseignement et de recherche. Enfin reconstruisons des labos et des ateliers dans les Universités.
    La notion de produit ou de système est culturelle. Le Client Français va demander un système sur mesure, le Client Allemand va faire confiance au fournisseur qui d’ailleurs lui dira qu’il ne veut pas faire autre chose qu’un produit standard.

    Proposition N°10 : On retombe dans le mal Français, on veut faire de la recherche fondamentale (pour des raisons nationalistes plus qu’économiques) et en plus on veut la monnayer au prix fort. On ferait mieux de faire de la recherche appliquée contractualisée avec des startups innovantes. Pour ceux qui ont déjà travaillé avec des Universités étrangères et des Universités Françaises (pas les écoles d’ingénieurs qui sont plus pragmatiques), le contraste est d’ailleurs saisissant. Tout à fait d’accord aussi sur la difficulté de faire travailler un labo sur un sujet que le labo n’a pas lui-même proposé. Les chercheurs Français sont certainement bons mais ils se font souvent plaisirs.

    Voila, désolé pour la longueur mais le sujet me parait intéressant.

    Cordialement

    • [13.1] - Olivier Ezratty a répondu le 18 août 2011 :

      Intéressant. Quelques contre-points :

      “Il faut d’abord vendre dans son pays”.

      Oui, quand c’est possible. Mais certains business ont moins de frontières qu’avant, notamment dans l’Internet. La grande question est la vitesse à laquelle on sort de France une fois que l’on a ses premiers clients locaux.

      “ETI anglaises sont des usines de multinationales non-européennes qui fabriquent en Angleterre pour le marché européen ou des vraies PME indépendantes ?”

      Il se s’agirait pas plutôt d’usines en Irlande, à Dublin, qui a attiré les entreprises américaines grâce à un dumping fiscal il y a plus de 20 ans ?

      “Investir dans une SCI est plus vertueux que d’aller placer l’argent en Suisse”

      Si il y a un investissement initial fort, oui. Mais si la SCI achète un bien essentiellement sur un prêt et rembourse ce prêt avec le loyer qui est financé par l’argent des investisseurs plus que par le revenu généré par les clients et que la boite dépose ensuite son bilan ? Dans ce cas, le risque ne serait pas convenablement partagé entre fondateurs et investisseurs. Mais si tout va bien et que la boite sort par le haut avec une grosse valo qui marginalise celle de la SCI, pas de problème !

      “il vaudrait mieux que l’Etat aide les grandes entre­prises à ache­ter l’innovation des startups.”

      Là, je ne comprends pas bien. Acheter sous quelle forme ? Aide sous quelle forme ?

      • [13.1.1] - Gilles a répondu le 19 août 2011 :

        Concernant les SCI c’est aux investisseurs de juger au moment de l’investissement comme pour tout autre conflit d’intérêt.

        Concernant l’accès à l’international et les grandes entreprises et les PME, il faut voir que dans l’informatique ou dans les métiers liés à l’internet le marché est libre, global, les clients sont multiples et sortir de France est relativement facile. Ça n’est pas du tout le cas dans d’autres filières ; l’énergie, le traitement des eaux,le ciment, l’acier etc…sont des domaines qui pourraient susciter de nombreuses start-ups et finalement n’en suscitent pas beaucoup. Une des raisons est que plus les groupes sont grands et en situation de monopole moins ils ont une pression pour innover localement. En même temps ils ont des grosses équipes internes et donc moins ils sous-traitent. On pourrait par exemple réserver une partie du crédit d’impôts recherche ou bonifier le crédit d’impôt recherche pour pousser les grands groupes à acheter plus d’innovation aux PME. On peut aussi utiliser des aides sur le modèle du fond chaleur pour aider les entreprises à acheter de l’efficacité énergétique etc… L’exportation de biens industriels passe par l’innovation industrielle qui se nourrit d’abord du marché intérieur. Par exemple, le marché intérieur dans l’énergie en France c’est EDF et EDF, en Allemagne c’est une cinquantaine de régies électriques de ville qui sont indépendantes et avides de se distinguer plus plusieurs grands groupes en compétition. Il n’est pas étonnant que l’Allemagne soit plus en pointe dans le renouvelable ou dans l’énergie distribuée comme dans beaucoup d’autres domaines.

        • [13.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 19 août 2011 :

          Il est vrai qu’avec le numérique, les frontières sont naturellement plus poreuses. Mais la France n’en profite pas tant que cela. Les sociétés qui exportent ou ont une bonne activité à l’international sont plus dans les services (Veolia, retail, banque) et dans l’industrie classique (transports, BTP, énergie avec Total, et aussi EDF qui exporte en général de l’électricité) sans compter l’agroalimentaire.

          Un peu plus de concurrence ne ferait en effet pas de mal. Les télécommunications l’ont bien montré avec l’émergence d’acteurs “challenging” face à Orange qui ont à la fois aidé la France à avoir un taux de connexion ADSL digne de ce nom et aussi des prix assez bas, les deux étant liés.

  • [14] - NW a écrit le 7 juillet 2013 :

    M. Ezratty, est-il normal que le nombre des entreprises exportatrices en 2010 soit donné, alors que la source vient d’un numéro de Trésor éco de 2009?

    • [14.1] - Olivier Ezratty a répondu le 7 juillet 2013 :

      On supposera qu’il s’agissait de prévisions. De toutes manières, la comparaison portait sur 10 ans. Donc 2000 vs 2009 ou 2010, cela ne changeait probablement pas grand chose au propos.




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Avec Marie-Anne Magnac, j'ai lancé #QFDN, l'initiative de valorisation de femmes du numérique par la photo. Installée depuis début octobre 2015 au Hub de Bpirance à Paris, elle circule dans différentes manifestations. L'initiative rassemble plus de 650 femmes du numérique (en juillet 2017) et elle s'enrichi en continu. Tous les métiers du numérique y sont représentés.

Les photos et les bios de ces femmes du numérique sont présentés au complet sur le site QFDN ! Vous pouvez aussi visualiser les derniers portraits publiés sur mon propre site photo. Et ci-dessous, les 16 derniers par date de prise de vue, les vignettes étant cliquables.
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Laure Bourgois
Laure est fondatrice de Codataschool, organisme de formations spécialisé en Big Data et IA., et conférencière sur l'intelligence artificielle.
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Julie Valade
Julie est Data Scientist, pôle Innovation et Développement de la Gestion d’Actifs chez Caisse des Dépôts et Consignation.
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Noémie Rodet
Noémie est chef de projet chez VP&White, éditeur et intégrateur de solutions full web.
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Yaël Jacquey-Dehaese
Yaël est chef de projet en charge de la Promotion de la Mixité à la Société Générale et fondatrice de la startup IT4Girls qui forme les jeunes filles et femmes de 7 à 77 ans à l'apprentissage de la programmation.
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Clotilde Chevet
Clotilde est Doctorante au GRIPIC et enseignante au CELSA. Thèse en sciences de l’information et de la communication sur les assistants personnels numériques : « L’interaction homme machine, un système d’écriture qui fait monde ».
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Gaëlle Monteiller
Gaëlle est Présidente et cofondatrice de la startup TOD, dans le domaine des ressources humaines.
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Aude Bernheim
Aude est post doctorante au Weizmann Institute of Sciences. Co-auteure du livre « L’intelligence artificielle pas sans elles ! ».
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Flora Vincent
Flora est post doctorante au Weizmann Institute of Sciences et co-autrice du livre « L’intelligence artificielle pas sans elles ! ».
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Fatimazahra Moraux (HEC)
Fatimazahra est Directrice des Systèmes d’information à HEC et en charge du réseau des anciens élèves.
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Annabelle Blangero
Annabelle est Data Scientist et Consultante senior chez Octo Technology, spécialisée en Machine Learning.
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Sarah Mauret (Talan)
Ingénieure EPF et Georgiatech en Computer Engineering, Sarah est développeuse Blockchain chez TalanLabs.
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Sandrine Lebeau (Coinhouse)
Sandrine est Directrice de la Conformité et de la Gestion des Risques pour la société Coinhouse (anciennement La Maison du Bitcoin). Promouvoir les Blockchains, accompagner réglementairement le développement des Cryptoactifs (Bitcoin, Litecoin...) et lutter contre les risques, un challenge au quotidien et passionnant.
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Amandine est responsable des affaires gouvernementales chez Ledger, un spécialiste de la blockchain.
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Kheira est Product Owner, responsable du développement d’infrastructures de marché utilisant la technologie blockchain, chez SETL.
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Joëlle est Professeure d’économie (numérique, concurrence, ..), passionnée de politique publique (régulation, fréquences, blockchain, …) et impliquée dans le développement de startups.
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