LeWeb 2011 - Semaine Numérique

Publié le 12 décembre 2011 et mis à jour le 18 décembre 2011 - Un commentaire -
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Comme chaque année, la semaine de LeWeb était un véri­table “trou noir” média­tique qui absor­bait toute l’actualité de l’Internet. Et pas seule­ment en France. Cela fait de Paris une sorte de capi­tale tem­po­raire de l’Internet mon­dial. Cela s’explique par le ras­sem­ble­ment assez rare des têtes d’affiches des prin­ci­paux acteurs du mar­ché amé­ri­cain et par l’ampleur de la confé­rence qui n’a main­te­nant plus véri­ta­ble­ment d’équivalent dans le monde.

Se sont gref­fés pro­gres­si­ve­ment autour de LeWeb un tas d’événements de moindre enver­gure qui pro­fitent de la pré­sence à Paris des par­ti­ci­pants à LeWeb et du brou­haha média­tique asso­cié. Mais l’association la plus ori­gi­nale a été la créa­tion de cette “Semaine Numé­rique” autour de LeWeb sous les aus­pices du gou­ver­ne­ment et du Conseil Natio­nal du Numé­rique. L’affaire a démarré la semaine pré­cé­dente avec l’annonce du Plan France Numé­rique 2020 le 30 novembre.

Pen­dant la semaine de LeWeb ont eu lieu plu­sieurs événe­ments dont le lan­ce­ment de l’Open Data du gou­ver­ne­ment fran­çais et l’ouverture du Goo­gle­plex de Paris que je vais décryp­ter. La join­ture avec LeWeb eu lieu lors d’une récep­tion don­née à l’Elysée pour les inter­ve­nants de la confé­rence et une par­tie de l’écosystème fran­çais du numé­rique. Cer­tains voyaient là une sorte de cam­pagne Sar­ko­zienne pour séduire les acteurs du numé­rique fai­sant suite au eG8. En fait, cet ali­gne­ment des pla­nètes a été le résul­tat d’actions qui pour cer­taines ont démarré il y a entre un et deux ans. Voyons voir ce qu’il en est…

LUNDI : Lan­ce­ment de Data.Gouv.fr

La semaine démar­rait avec le lan­ce­ment for­mel du por­tail Open Data du gou­ver­ne­ment, en bêta, à l’adresse http://Data.Gouv.fr.

Le por­tail ras­semble 352000 jeux de don­nées de toutes sortes pro­ve­nant de divers Minis­tères, admi­nis­tra­tions et col­lec­ti­vi­tés locales. Ils sont four­nis en Crea­tive Com­mons dans une licence fai­ble­ment res­tric­tive, et sont donc exploi­tables pour toutes sortes d’activités com­mer­ciales ou pas. Le site pointe sur les équi­va­lents des autres grands pays ayant une poli­tique d’Open Data. On notera per­fi­de­ment que la France n’était pas bien en avance, le por­tail US ayant été ouvert en 2009.

Data Gouv France Comparaison

L’initiative fran­çaise a démarré avec la créa­tion d’ETALAB en février 2011, une petite entité de sept per­sonnes rat­ta­chée à Mati­gnon char­gée de lan­cer le pro­jet et de coor­don­ner l’action des dif­fé­rents Minis­tères. On se rend compte que le dépla­ce­ment des lignes se fait à la vitesse de l’administration qui est encore plus faible que celle du poli­tique. Les prin­ci­paux contri­bu­teurs sont l’INSEE avec 293000 jeux de don­nées et le Minis­tère de l’Ecologie et du Déve­lop­pe­ment Durable avec 54000 jeux. La gra­nu­la­rité des don­nées peut expli­quer ces chiffres miro­bo­lants, l’INSEE four­nis­sant un jeu de don­nées sta­tis­tique par ville. Ces deux enti­tés couvrent en tout cas 99,25% des don­nées de l’open data fran­çais actuel. Le reste sont des miettes four­nies par d’autres Minis­tères et Admi­nis­tra­tions. NKM pousse d’ailleurs le syn­drome “bonne élève” avec la ville de Long­ju­meau qui ali­mente le por­tail, même s’il ne s’agit pour l’instant que de PV de Conseils Muni­ci­paux qui devaient être déjà publics. Elle est notam­ment moti­vée par le fait qu’elle a occupé le poste de Secré­taire d’Etat au Numé­rique, et son Cabi­net Minis­té­riel a été très actif pour secouer les puces des admi­nis­tra­tions qui dépendent d’elle.

Il serait inté­res­sant d’inventorier les 10% à 20% de don­nées qui sont nou­vel­le­ment ren­dues publiques, ou sous for­mat tabulé, comme par exemple les tableaux de bud­get des deux der­nières Lois de Finances pro­po­sés sous forme CSV alors qu’ils n’étaient aupa­ra­vant dis­po­nible que dans les PDF ou fichiers HTML des lois de finances.

Dans l’analyse de Regards Citoyens sur l’usage de for­mats pro­prié­taires, on constate qu’il s’agit du for­mat Excel dans 80% des cas. Cepen­dant, même s’il s’agit bien d’un for­mat 100% pro­prié­taire avant les ver­sions 2007, les ver­sions récentes d’Excel uti­lisent des sché­mas XML plus ouverts et docu­men­tés que ne l’étaient les for­mats binaires des ver­sions pré­cé­dentes. Et les jeux de don­nées four­nis sont sou­vent simples et sans fio­ri­tures et sont à ce titre faciles à exploi­ter dans des suites bureau­tiques comme Libre Office. Par ailleurs, si on met de côté les don­nées pro­ve­nant de l’INSEE, on se rend compte que le for­mat CSV est uti­lisé dans 96% des cas suivi du for­mat Excel pour 3% des cas. La com­pi­la­tion des sources de don­nées du por­tail est récu­pé­rable ici.

Mais au fait, il y avait-il un lien entre cette annonce et LeWeb ? Oui ! ETALAB y avait un stand de bonne taille où il pré­sen­tait son por­tail ! On y croi­sait toute l’équipe d’ETALAB et notam­ment le très dyna­mique Romain Lacombe.

Etalab (2)

On y trou­vait aussi quelques étudiants qui avaient rem­porté un concours de déve­lop­pe­ment d’application exploi­tant les don­nées ouvertes du por­tail, l’Open Data Cam­pus. Le concours avait attiré moins d’une dizaine de répon­dants. On pou­vait notam­ment voir une appli­ca­tion uti­li­sant l’interface Kinect pour pilo­ter une visua­li­sa­tion inter­ac­tive de don­nées sur l’éducation, réa­li­sée par trois étudiants de l’EPITA : Panos Baroud­jian, Jof­frey Fuh­rer et Jean-Romain Prévost.

ETALAB

L’annonce a été abon­dam­ment cou­verte et notam­ment dans “Le Monde” dont “Open Data : L’avenir de la réuti­li­sa­tion des don­nées publiques” four­nit un bon tour d’horizon après “L’open-data ouvre son por­tail offi­ciel en France”.

Au pas­sage, je vous signale que ce blog est aussi adepte de l’Open Data. Allez voir ici !

LUNDI : Inno­va­tion Day France Israël

Le Minis­tère de l’Industrie orga­ni­sait une pre­mière “Jour­née de l’Innovation France Israël”. Eric Bes­son avait invité son homo­logue Israé­lien Sha­lom Sim­hon dans cette jour­née de confé­rence pour favo­ri­ser les échanges entre indus­triels fran­çais et israé­liens. La salle de confé­rence de Bercy était comble avec un mix d’entrepreneurs et inter­ve­nants des deux pays.

Eric BessonShalom Simhon

C’était l’occasion de reve­nir dans les inter­ven­tions sur les fac­teurs clés de suc­cès de l’écosystème israé­lien de l’innovation. Les enjeux ne sont pas les mêmes de part et d’autre. Pour la France, il s’agit d’emprunter tant que pos­sible ces fac­teurs de suc­cès et aussi d’attirer les entre­prises israé­liennes en France pour leur tête de pont euro­péenne et aussi pour une part de leur R&D. Il s’agit aussi de favo­ri­ser des par­te­na­riats croi­sés entre­prises et labo­ra­toires de recherche, l’union pou­vant faire la force. C’est une pos­ture voi­sine de celle que l’on peut adop­ter vis à vis de la Sili­con Val­ley. Cer­taines entre­prises fran­çaises comme Alstom qui inter­ve­nait avec son CEO Patrick Kron, il s’agit aussi de déve­lop­per son busi­ness en Israël, même si c’est un mar­ché de taille très modeste. Du côté Israé­lien, le pays a besoin de res­ser­rer ses liens avec l’Europe en géné­ral, liens qui sont poli­ti­que­ment assez dis­ten­dus. Il a aussi inté­rêt à déve­lop­per le busi­ness de ses entre­prises (green­tech, bio­tech, numé­rique, autres) en Europe. La France est une tête de pont poten­tielle, mais est concur­ren­cée par d’autres pays tels que le Royaume Uni.

Panorama Salle de Conférence Bercy Mendès France

La confé­rence com­pre­nait un dis­cours des deux Ministres, des tables rondes et des ren­contres d’affaires pla­ni­fiées entre entre­prises des deux pays. Etaient pré­sentes sur place les trois orga­ni­sa­tions publiques fran­çaises liées au déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal : Ubi­France (pour expor­ter), l’AFII (pour atti­rer les entre­prises étran­gères en France) et Oseo (pour cofi­nan­cer l’export). J’ai au pas­sage décou­vert une bonne nou­velle : depuis quelques mois, Oseo a levé le plan­cher d’ancienneté de trois ans d’éligibilité pour béné­fi­cier des prêts à l’export. Une sage déci­sion qui per­met­tra aux star­tups d’en pro­fi­ter plus tôt dans leur cycle de vie.

Le clou du spec­tacle ? La pré­sence de Yossi Vardi qui ne manque jamais de bons mots rentre dedans. Il consti­tuait le lien entre cet événe­ment et LeWeb puisque c’est cette der­nière confé­rence qui jus­ti­fie sa venue en France à cette période chaque année. Au final, on repar­tait avec le livre “Israël, la nation star­tup”, tra­duc­tion de “Star­tup Nation” paru en 2009.

Ce lundi-là, il y avait aussi un “Start in Paris” qui per­met­tait à cinq star­tups de se pré­sen­ter à la com­mu­nauté tech pari­sienne, la French Mobile et Ignite Paris Spé­cial LeWeb (à ne pas confondre avec le Ignite qui avait lieu pen­dant LeWeb), une confé­rence sur le finan­ce­ment des star­tups avec notam­ment Jéré­mie Ber­rebi, venu aussi pour LeWeb, ainsi que les Assises des Médias Sociaux (source: Star­tup Digest).

MARDI : Inau­gu­ra­tion du Goo­gle­plex de Paris

Avec LeWeb, c’était un événe­ment clé de la semaine puisqu’il met­tait en scène le Pré­sident de la Répu­blique. Je m’étais insurgé avant l’événement sur la séquence mal­heu­reuse qui voyait Nico­las Sar­kozy inau­gu­rer les locaux d’une boite amé­ri­caine avant d’avoir mis le pieds dans une entre­prise fran­çaise du numé­rique. Ce, d’autant plus qu’une entre­prise fran­çaise telle que Cri­teo va embau­cher plus d’ingénieurs en France dans les deux ans que Google (aux alen­tours de 100 vs 75).

Nico­las Sar­kozy s’est prêté sur place à un jeu inha­bi­tuel dans le numé­rique : un débat (certes, bien arrangé) avec les employés de Google, des entre­pre­neurs sur place tels que Anne-Laure Constanza du site Envies de Fraises et d’autres qui étaient joints en vidéo-conférence, cer­tains étant aux USA ou ailleurs, dans une loin­taine pro­vince (la Bre­tagne…). Cf la vidéo de son inter­ven­tion de 55 minutes. Il a com­mencé par par­ler de la valeur de l’échec et du besoin de chan­ger la culture du risque en France. Il a traité plus ou moins adroi­te­ment de pas mal de sujets sur les­quels je ne vais pas reve­nir. Il a notam­ment reconnu avoir été mal­adroit au moment du eG8 sur le thème de la régu­la­tion (ce qui n’a pas empê­ché LOPSSI 2…). Il a cher­ché à dédia­bo­li­ser sa pré­sence à cette inau­gu­ra­tion en expli­quant l’intérêt de béné­fi­cier des inves­tis­se­ments en France de socié­tés aussi pres­ti­gieuses que Google. Il était mani­feste que le Pré­sident cher­chait ses mots, voire don­nait dans le hors sujet, en glis­sant par exemple des uni­ver­si­tés à l’enseignement pri­maire et supé­rieur. Il ne mai­trise pas encore tout le voca­bu­laire du numé­rique et de l’Internet. Après son inter­ven­tion, le pré­sident a pu visi­ter le Goo­gle­Plex et ren­con­trer à cette occa­sion quelques star­tups de Le Cam­ping, dont One­Feat.

Google Paris

Je vais ici sur­tout lever un peu le voile sur le pro­ces­sus qui a pu abou­tir à cette inau­gu­ra­tion. Il se trouve qu’il repro­duit celui qui a concerné Micro­soft il y a quelques années et que j’ai vécu de l’intérieur. Et les ana­lo­gies sont frappantes !

Le scé­na­rio que j’avais un peu anti­cipé en 2007 est le suivant :

  • Une entre­prise amé­ri­caine com­mence à prendre du poids dans l’industrie numé­rique, elle devient mono­po­lis­tique ou presque, Micro­soft avec Win­dows et Office, Google dans le search. Les trois ont à peu près les mêmes parts de mar­ché en France (>95%). Son image se dégrade. Elle génère des craintes chez les élites. Craintes d’un contrôle trop omni­pré­sent du monde des logi­ciels chez Micro­soft et du de l’accès aux conte­nus chez Google. Avec un impact sur la culture et ses modèles écono­miques : les acteurs de la presse et du livre se rebellent. Là-dessus s’ajoutent des consi­dé­ra­tions sur l’évasion fis­cale vers l’Irlande, qui au demeu­rant concerne presque toutes les grandes socié­tés amé­ri­caines (Apple, Micro­soft, HP, etc). La situa­tion s’envenime lorsque des pro­cé­dures anti­trust démarrent aux USA et/ou à Bruxelles. C’était le cas à la fin des années 1990 pour Micro­soft, c’est main­te­nant le cas pour Google, même si ce der­nier a appris du pre­mier et arrive pour l’instant à limi­ter les dégâts. La mau­vaise image peut dégra­der le busi­ness dans cer­tains cas. Micro­soft a été affecté dans le sec­teur public. Google ne l’est visi­ble­ment pas encore du fait d’une acti­vité très grand public.
  • En Europe, la France se plaint plus haut et fort que les autres pays euro­péens. Les amé­ri­cains de la mai­son mère réagissent dou­ce­ment, entrai­nés par leur filiale locale. Les enquêtes d’opinion montrent géné­ra­le­ment que la France est un “low­light” en Europe, en par­ti­cu­lier auprès des “élites”. Les filiales se font d’abord taper sur les doigts. Puis elles arrivent à faire pas­ser le mes­sage qu’il faut faire quelque chose, qu’il faut inves­tir plus loca­le­ment, au delà du rôle de filiale mar­ke­ting et com­mer­ciale. S’y ajoutent des consi­dé­ra­tions écono­miques de concur­rence intra-européenne pour y atti­rer les res­sources des grands groupes étran­gers, sur­tout amé­ri­cains. Pour Google, il y a notam­ment un labo­ra­toire de R&D de 700 per­sonnes à Zurich. Chez Micro­soft, il y avait une tête de pont de Micro­soft Research à Cam­bridge au Royaume Uni qui fai­sait des jaloux ailleurs. Quelques décen­nies aupa­ra­vant et pour amé­lio­rer sa “citoyen­neté” en France, IBM y avait ins­tallé plu­sieurs usines (Bor­deaux, Mont­pel­lier, Corbeil-Essonnes) et un labo­ra­toire de recherche (La Gaude, près de Nice).
  • Les pre­mières ren­contres ont lieu entre poli­tiques, la filiale et les pontes de la Cor­po­ra­tion comme David Drum­mond puis Larry Pages et Eric Schmidt. Un “win-win” se dégage : aug­men­tez vos inves­tis­se­ments en France, mon­trez que vous vous impli­quez dans l’économie locale, et votre image s’améliorera. Avec argu­men­taire basé sur le style de vie en France, sa posi­tion géo­gra­phique, ses infra­struc­tures et son Cré­dit Impôt Recherche. Cela ne veut pas dire qu’on vous lâchera sur l’évasion fis­cale ou la régu­la­tion, mais au moins on se com­pren­dra mieux.
  • Ceci s’accompagne de l’implication des poli­tiques aussi bien locaux que natio­naux au plus haut niveau. C’est la Mai­rie de Paris qui s’est déme­née pour trou­ver un local à Google. Ber­trand Dela­noë était d’ailleurs pré­sent à la soi­rée de mardi du Goo­gle­plex, après l’inauguration par le Pré­sident de la Répu­blique qui avait eu lieu le matin. Les ren­contres à l’Elysée avaient démarré il y a envi­ron deux ans. Larry Page, puis Eric Schmidt, qui était inter­ve­nant au eG8 en mai 2011, ont ren­con­tré plu­sieurs fois Nico­las Sar­kozy. Chez Micro­soft, il y avait eu des visites de Bill Gates chez Jacques Chi­rac (la pre­mière en 1997) sui­vies de Steve Ball­mer (qui a ren­con­tré Sar­kozy lorsqu’il était pré­sident de l’UMP fin 2004, puis plu­sieurs fois comme Président).
  • Résul­tat chez Google : un pro­gramme pour les PME, un pro­gramme pour les star­tups (Star­tup Café), un labo­ra­toire de R&D et un Centre Cultu­rel pour dia­lo­guer avec l’univers de la culture, et une conso­li­da­tion de res­sources euro­péennes. Le tout dans un nou­veau siège qui va faire pas­ser l’effectif de Google en France de 350 à 500 per­sonnes. C’est le pen­dant chez Micro­soft d’un labo­ra­toire com­mun avec l’INRIA (les cher­cheurs en infor­ma­tique étant à Micro­soft ce que les milieux de la culture sont à Google : des empê­cheurs de tour­ner en rond et des dis­si­dents), d’un labo­ra­toire local de R&D (pour MSN), de pro­grammes pour les star­tups (IDEES, BizS­park) et d’un nou­veau siège (à Issy les Mou­li­neaux) qui intègre le siège de Micro­soft EMEA (en France depuis 1989). La simi­li­tude est frap­pante ! S’y ajoute la volonté de Google Ven­ture d’investir dans des star­tups fran­çaises. Elle pour­rait mener à quelques acqui­si­tions. Il n’y en a eu aucune en France pour l’instant, mais on peut s’attendre à ce qu’il y en ait d’ici un à deux ans. Micro­soft a quant à lui acquis trois star­tups fran­çaises depuis 2006 (Motion­Bridge, Screen­to­nic et Musiwave).

Le point d’orgue de tout cela est l’inauguration de nou­veaux locaux. C’est la démons­tra­tion la plus concrète de l’investissement d’une société dans un pays. Sar­kozy s’y est rendu à l’invitation d’Eric Schmidt, dif­fi­cile à décli­ner après tout ce qui avait pré­cédé, et notam­ment son impli­ca­tion per­son­nelle dans le dos­sier. Ici, nous avons un Goo­gle­plex rue de Londres qui reprend l’atmosphère à la Dis­ney de celui de Moun­tain View. Bref, une entre­prise modèle eu égard aux stan­dards français.

Bon, alors, vous êtes une star­tup fran­çaise et vou­driez que le Pré­sident de la Répu­blique (quel qu’il soit) inau­gure vos locaux ? Com­ment faire ? Il faut com­men­cer par déve­lop­per son réseau à l’Elysée, avec le Conseil Natio­nal du Numé­rique, et puis envoyer une invi­ta­tion ! Il vaut mieux être en forte crois­sance, avoir levé des fonds chez des VCs, avoir des dizaines de col­la­bo­ra­teurs et une acti­vité qui com­mence à rayon­ner à l’international. A noter qu’Eric Bes­son est aussi can­di­dat pour ce genre d’inauguration.

Le lien de cet épisode de la semaine avec LeWeb ? La pré­sence d’Eric Schmidt qui inter­ve­nait dans les deux événements.

MARDI : Confé­rence Cap­Di­gi­tal et Per­so­nal Demo­cracy France 2011

Ce ne sont que deux événe­ments de cette jour­née, aux­quels j’ai pu par­ti­ci­per (n’étant pas au pré­cé­dent), mais il y en avait sans doutes d’autres qui m’ont échappé.

La confé­rence de Cap Digi­tal était asso­ciée à l’assemblée géné­rale annuelle du pôle de com­pé­ti­ti­vité. C’était l’occasion de décou­vrir quelques-unes de ses star­tups les plus dyna­miques. Avec notam­ment une séquence de pré­sen­ta­tions de une minute. Le plus dur exer­cice de syn­thèse qui soit, et plu­tôt bien mené par les star­tups. Pas le temps ni la place de ren­trer dans les détails. Le lien avec LeWeb ? Aucun !

Patrick Cocquet et Henri Verdier (CapDigital)

De son côté, la Per­so­nal Demo­cra­cry Confe­rence était l’occasion de voir com­ment le numé­rique amé­lio­rait les pro­ces­sus démo­cra­tiques. Il y avait à la fin plu­sieurs tables rondes sur les enjeux en France avec les inter­ven­tions de Fleur Pel­le­rin (ci-dessous, en charge du numé­rique dans la cam­pagne de Fran­çois Hol­lande), Chris­tian Paul (député PS), Laure de la Rau­dière et Franck Ries­ter (dépu­tés UMP) et Ber­nard Ben­ha­mou (délé­ga­tion aux usages de l’Internet).

Fleur Pellerin (PS)

MERCREDI : Récep­tion LeWeb à L’Elysée

Le soir du pre­mier jour de LeWeb avait lieu une petite récep­tion à l’Elysée ras­sem­blant 300 per­sonnes dont deux tiers étaient des inter­ve­nants ou spon­sors de la confé­rence et le reste, divers acteurs de l’écosystème numé­rique fran­çais (asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles, entre­pre­neurs, quelques blog­geurs dont votre ser­vi­teur, élus comme Laure de la Rau­dière, membres de cabi­nets minis­té­riels, etc). Parmi les par­ti­ci­pants : Eric Bes­son, Mau­rice Levy (publi­cis), Xavier Niel, Marc Simon­cini, des lob­byistes d’entreprises diverses, Laure de la Rau­dière de l’UMP et Eric Schmidt (Google), parti en dernier.

Nicolas Sarkozy

Com­ment cela se déroule-t-il ? Les invi­tés sont ras­sem­blés dans la grande salle des fêtes de l’Elysée. Ils attendent sage­ment pen­dant près d’une heure. Et puis le Pré­sident de la Répu­blique arrive, pré­cédé de son aide de camp qui pose comme d’habitude son dis­cours sur le pupitre. Il lit son dis­cours, d’environ quinze minutes (filmé par Michelle Chmie­lewski, vous pou­vez le retrou­ver ici, ou dans cette vidéo plus offi­cielle).

C’était un Sar­kozy sous valium, très calme, posé, assez inha­bi­tuel. Il repre­nait une bonne part de son inter­ven­tion de la veille chez Google, en com­men­çant par un topo sur la culture du risque, sur ses erreurs de com­pré­hen­sion du numé­rique, etc. C’était genre “je vous ai com­pris”. Il explique aussi pour­quoi il a inau­guré les locaux de Google et répond aux cri­tiques sur ce point. Il revient aussi sur le besoin de pro­té­ger la créa­tion, un dis­cours que l’on connait bien et qui n’évolue pas beau­coup. Il remer­cie évidem­ment Loïc et Géral­dine d’avoir fait de LeWeb une mani­fes­ta­tion d’envergure mondiale.

Puis, il s’en va. Mais son par­cours passe par la foule sur place ! Il reste donc plus d’une demi-heure à échan­ger quelques mots avec des par­ti­ci­pants autant étran­gers que fran­çais qui lui sont pré­sen­tés à tour de rôle par Nico­las Prin­cen, qui est en charge du numé­rique à l’Elysée. Et notam­ment Robert Scoble, Julien Codor­niou (Face­book, ci-dessous), Jean-Marie Hulot (Foto­nauts) et Eric Sche­rer (en charge de la stra­té­gie et de la pros­pec­tive chez France Télé­vi­sions). Ce der­nier lui demande si il s’est mis à l’usage de l’Internet. Réponse : pas vrai­ment, mais ce n’est pas fon­da­men­tal, il faut savoir prendre de la hau­teur et avoir une vision d’ensemble des pro­blèmes. Il parait cepen­dant qu’il a main­te­nant un iPad. Bref, c’est tou­jours un “peut mieux faire” ! Mais il ne va pas non plus pas­ser son temps dans les réseaux sociaux. Il a d’autres chats à fouetter !

Nicolas Sarkozy Nicolas Princen and Julien Codorniou (Facebook) (1)

Il y avait aussi un petit cock­tail, quelque peu délaissé par une bonne par­tie des par­ti­ci­pants qui devaient se retrou­ver ensuite dans un res­tau­rant pour le diner orga­nisé pour les inter­ve­nants de LeWeb (je n’en étais donc pas). On sort de là en pas­sant par un beau salon, le Salon Murat. Et de se rap­pe­ler que c’est là qu’ont lieu les Conseils des Ministres !

Aller, pro­fi­tez bien de mes pho­tos de cette récep­tion ici. C’est comme si vous y étiez !

JEUDI : LeWeb, normal

Ce jour-là, à ma connais­sance, LeWeb était le seul événe­ment notable de la semaine. Relâche ailleurs !

VENDREDI : Nico­las Prin­cen à LeWeb

Vous me direz, pour­quoi tant d’honneur ? Nico­las Prin­cen était d’abord la che­ville ouvrière d’une bonne par­tie de l’organisation de cette semaine avec l’intervention de Nico­las Sar­kozy chez Google et la récep­tion du mer­credi à l’Elysée. Il inter­ve­nait ensuite le ven­dredi matin dans une petite table ronde avec Eric Van der Kleij, le CEO de la “Tech City Invest­ment Orga­ni­sa­tion” qui est une sorte de pôle de com­pé­ti­ti­vité de Londres dans la high­tech. Eric est un entre­pre­neur en rési­dence qui pilote cette ini­tia­tive en liai­son avec UKTI, l’organisation homo­logue d’UbiFrance et de l’AFII fran­çaises. Londres tient à conser­ver sa place de lea­der dans l’univers euro­péen des star­tups et du capital-risque ! On sent une cer­taine jalou­sie à la mon­tée en puis­sance de Paris qui s’affirme. Et pas seule­ment grâce à LeWeb.

En quelques minutes à peine, Prin­cen a donné une image très dyna­mique de la France de l’entrepreneuriat et des star­tups et du rôle de la puis­sance publique (qui vu de loin fait un assez bon tra­vail com­pa­ra­ti­ve­ment aux autres pays euro­péens, même si de près, il y a fort à redire). Au delà de la rhé­to­rique, il est gran­de­ment aidé par son anglais impec­cable, ce qui nous manque bien sou­vent, et qui s’explique par quelques années vécues aux USA dans ses jeunes années. La mai­trise de l’anglais rend effi­cace toute inter­ven­tion en public ! Il en allait de même pour Fabrice Grinda qui inter­ve­nait le même jour à LeWeb : il crèche à New York depuis des années !

Nico­las Prin­cen mon­trait aussi un “fair play” et un bon esprit de “coopé­ti­tion” avec une poi­gnée de main sym­bo­lique avec son inter­lo­cu­teur anglais (ci-dessous). La vidéo est dis­po­nible ici.

Sinon, dans un curieux ren­ver­se­ment de rôle, Eric Bes­son fai­sait le même jour un tour d’une heure à LeWeb pour visi­ter les stands d’ETALAB ainsi que celui de France Télé­vi­sions puis déjeu­ner avec quelques entrepreneurs.

Nicolas Princen and Eric Van der Kleij (1)

Et voilà pour cette “Semaine numé­rique”. Il me reste trois articles à pondre pour vous racon­ter LeWeb : les plé­nières, les star­tups et les tech­no­lo­gies mises en œuvre dans la confé­rence (vidéo, sécu­rité, WiFi).

On va pas­ser main­te­nant à une semaine – presque – nor­male. Mais le père Noël aussi est devenu numé­rique dans de nom­breux cas. On n’échappe plus au numérique !

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L’ensemble des articles sur LeWeb 2011 :

LeWeb 2011 - Vue d’ensemble
LeWeb 2011 - Semaine Numé­rique
LeWeb 2011 – Star­tups
LeWeb 2011 – Plé­nières
LeWeb 2011 – Moyens techniques

Publié le 12 décembre 2011 et mis à jour le 18 décembre 2011 Post de | Facebook, Internet, LeWeb, Microsoft, Politique, TV et vidéo | 5938 lectures

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Un commentaire sur “LeWeb 2011 - Semaine Numérique” :

  • [1] - Michel Nizon a écrit le 12 décembre 2011 :

    “Ce, d’autant plus qu’une entre­prise fran­çaise telle que Cri­teo va embau­cher plus d’ingénieurs en France dans les deux ans que Google (aux alen­tours de 100 vs 75)”

    Oui mais il est dif­fi­cile de deman­der au Pré­sident Sar­kozy de mettre au même niveau une entre­prise même fran­çaise dont le chiffre d’affaires déclaré est 6 fois moins que le seul prix du bâti­ment acheté par Google pour ses opé­ra­tions à Paris…




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