L’influence des politiques et de l’Etat dans le numérique

Publié le 5 mars 2011 et mis à jour le 7 mars 2011 - 23 commentaires -
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De grands débats ont eu lieu en décembre der­nier au sujet du déjeu­ner d’entrepreneurs et blog­geurs avec Nico­las Sar­kozy et sur le diner de fin février 2011 ras­sem­blant blog­geurs et blog­geuses autour d’Eric Bes­son, Ministre de l’Industrie et du Numérique.

Alors : faut-il y aller ou pas ? Est-ce qu’il s’agit de simples opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion qui ne mènent à rien ? Et au bout du compte, les entre­pre­neurs du numé­rique et autres blog­geurs peuvent-ils vrai­ment influen­cer le cours des événe­ments ? Quelle est la bonne méthode si il y en a une ? Cela mérite un peu de recul, d’évaluer les expé­riences récentes, et d’en tirer quelques leçons.

Je tire ici parti de ma propre expé­rience, ayant eu l’occasion de croi­ser Eric Bes­son (en 2008, ci-dessous), NKM (en 2009) et quelques élus locaux, sans comp­ter l’observation du vote de lois récentes genre HADOPI, LOPSSI, sur la neu­tra­lité du net, mais aussi la der­nière Loi de Finance 2011 qui a sabordé le sta­tut JEI et au pas­sage sinis­tré le finan­ce­ment des star­tups par les busi­ness angels. Des études de cas qui per­mettent de mieux com­prendre par l’expérience le fonc­tion­ne­ment du pro­ces­sus légis­la­tif et règle­men­taire et com­ment les com­mu­nau­tés du numé­rique peuvent l’influencer… ou pas.

Diner Bloggeurs Mai 2008 avec Eric Besson

Je sou­haite sinon abor­der ce sujet sans trop ren­trer dans la polé­mique habi­tuelle du “com­ment sont choi­sis les gens qui sont invi­tés à ces agapes” (Cédric Giorgi m’ayant sym­pa­thi­que­ment inté­gré dans sa pro­po­si­tion pour le pro­chaine diner avec Bes­son… sachant que j’ai déjà donné). Je me pose plus la ques­tion du : “à quoi cela sert-il et com­ment opti­mi­ser le rôle de cha­cun” parce que fina­le­ment, cha­cun a un rôle à jouer.

Une rela­tion très asymétrique

Pour­quoi les gou­ver­nants invitent-ils des blog­geurs ou les entre­pre­neurs ? La réponse est mul­tiple : ce sont des opé­ra­tions de com­mu­ni­ca­tion. Ces réunions sont d’ailleurs sou­vent orga­ni­sées par les ser­vices de presse dans les­quels se trouvent par­fois une sorte de “com­mu­nity mana­ger”. Le dia­logue pré­sente aussi l’avantage de cal­mer les antagonismes.

Ces réunions récentes sont aussi des cau­tères sur jambes de bois dans une période où le gou­ver­ne­ment a clai­re­ment perdu la confiance d’une grande par­tie des acteurs de l’Internet. Elles servent aussi à sen­tir l’opinion tout en gar­dant ses dis­tances. Vu des invi­tés, ces ren­contres peuvent consti­tuer des oppor­tu­ni­tés de “chan­ger le monde”, d’influencer ne serait-ce que de manière mil­li­mé­trée le cours des événe­ments. Le dia­logue n’est donc pas dia­bo­li­sable par défaut.

Le pro­blème est que dans la forme pra­tique et dans ses consé­quences, ces opé­ra­tions servent plus à la com­mu­ni­ca­tion qu’à autre chose. Ce sont presque tou­jours des opé­ra­tions 1/many et rare­ment récur­rentes, tout du moins chez Sar­kozy et Bes­son. Pen­dant ses presque deux années au numé­rique, Natha­lie Kosciusko-Morizet avait été la plus constante, orga­ni­sant plu­sieurs diners et ren­contres avec des blog­geurs et entre­pre­neurs (ci-dessous en mars 2009). Mais elles ras­sem­blaient trop de monde : une qua­ran­taine de per­sonnes en géné­ral, ce qui don­nait quelques minutes de son cer­veau (certes véloce) dis­po­nibles par inter­lo­cu­teur. Avec elle comme avec Eric Bes­son, les diners donnent lieu au trai­te­ment en vrac de dizaines de sujets sans jamais aller au fond des choses (voir les innom­brables comptes-rendus du der­nier diner entre blog­geurs et Eric Bes­son, dont celui très com­plet de Nata­sha et Sasha Quester-Séméon). On retrouve cette dis­per­sion dans les plans gou­ver­ne­men­taux où il est sou­vent déli­cat de dis­tin­guer de véri­tables prio­ri­tés (les 154 mesures du plan France Numé­rique 2012 ou la grosse dou­zaine de prio­ri­tés du grand emprunt dans le numérique).

Les poli­tiques pro­mettent tou­jours que la ren­contre va se renou­ve­ler. Mais c’est bien rare­ment le cas car le temps leur manque et les prio­ri­tés évoluent sans cesse. Le propre du poli­tique est d’avoir à gérer l’imprévisible. On attend par exemple tou­jours le second déjeu­ner Sar­kozy avec Xavier Niel, Marc Simon­cini, Jean-Michel Planche, Eric Dupin, Maitre Eolas et les autres. Il était prévu pour mars 2011. Je mets ma main à cou­per qu’il n’aura pas lieu en mars s’il a lieu un jour. Et si ce para­graphe per­met qu’il ait tout de même lieu, tant mieux !

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Eric Bes­son a pro­mis la même chose dans son récent diner : “on se reverra”. J’avais par­ti­cipé à un diner équi­va­lent avec une dizaine de blog­geurs en mai 2008 au moment des Assises du Numé­rique et là aussi, il avait pro­mis que cela se repro­dui­rait, et que l’on ver­rait même ensemble Valé­rie Pécresse pour ce qui rele­vait de son domaine. Cela n’a jamais eu lieu, et en par­ti­cu­lier lors des déli­cates phases de fina­li­sa­tion du plan “France Numé­rique 2012” dont le résul­tat a été assez déce­vant. Avec quelques asso­cia­tions comme L’Echangeur, Cybe­rElles mais aussi la CCIP, j’avais tenté le coup en struc­tu­rant des pro­po­si­tions pour déve­lop­per l’entrepreneuriat dans le numé­rique. J’ai eu tout de même un coup de fil d’un conseiller d’Eric Bes­son, mais sans que cela soit suivi d’effet. En rai­son du blo­cage de l’administration pour une part et des contraintes bud­gé­taires d’autre part. N’oublions pas qu’un cabi­net minis­té­riel peut faci­le­ment se faire bala­der par la haute fonc­tion publique, bien plus assise sur le pou­voir que les conseillers des cabi­nets qui changent régu­liè­re­ment et ne font pas néces­sai­re­ment par­tie de la caste des grands corps de l’Etat !

Eric Bes­son n’est resté à l’époque que neuf mois en charge du numé­rique, après son émigra­tion à l’identité Natio­nale. Résul­tat : pas de rela­tion long terme de nouée. NKM s’était implan­tée avec plus d’engagement et d’empathie dans l’écosystème numé­rique. J’avais même eu la chance de par­ti­ci­per à son voyage en Corée et au Japon en février 2009 où j’avais pu échan­ger avec elle. Mais après, j’étais noyé dans la masse des réunions “1/many” et mon dada de l’entrepreneuriat n’avait pas l’air de beau­coup l’intéresser en com­pa­rai­son des sujets de société liés au numé­rique. Le Grand Emprunt était alors lancé en fan­fare, mais sans éviter les chausses trappes habi­tuelles de ces grands plans. Ma petite action n’a eu aucun impact sur la poli­tique de son secré­ta­riat d’Etat. Et je ne suis pas seul dans ce cas là.

Autre limi­ta­tion struc­tu­relle : la joi­gna­bi­lité des Ministres. Elle est des plus limi­tée de par leurs fonc­tions et leur agenda… “de Ministre”. Là encore, NKM avait été plu­tôt exem­plaire en se ren­dant très dis­po­nible aux dis­cus­sions sur Twit­ter, répon­dant assez bien aux sol­li­ci­ta­tions diverses. Mais elle a visi­ble­ment arrêté cette pra­tique dès qu’elle a quitté le numé­rique pour l’environnement. Ses conseillers étaient aussi joi­gnables mais per­pé­tuel­le­ment débor­dés. Quand à Eric Bes­son, s’il vient d’ouvrir un blog où il se livre un peu. Mais son côté tou­jours un peu réservé n’aide pas à élar­gir le dia­logue. Et Nico­las Sar­kozy n’a tou­jours pas de cla­vier dans son bureau autre que celui de son mobile pour faire du SMS ! Au moins est-il en phase de ce point de vue-là avec les djeunes !

Un pro­ces­sus d’influence tortueux

Pour­quoi les membres de la société civile de l’Internet qui ne sont pas regrou­pés en corps consti­tués ont-ils du mal à influen­cer comme moi le cours des événe­ments ? La réponse est simple : c’est com­pli­qué et ils avancent en ordre dis­persé ! Le lob­bying est un métier qui demande des res­sources, du temps, de la patience, des moyens et des réseaux.

Si l’on ne prend que l’exemple du pro­ces­sus légis­la­tif et règle­men­taire, il implique :

  • L’exé­cu­tif avec l’Elysée, Mati­gnon, les ministres et secré­taires d’Etat, les direc­teurs de cabi­net et les conseillers – modulo le fait qu’il n’y a pas de conseiller sur le numé­rique à temps plein à l’Elysée comme à Mati­gnon ce qui a ten­dance à diluer le lea­der­ship du top de l’exécutif sur le sujet.
  • Les admi­nis­tra­tions comme les dif­fé­rentes Direc­tions de Bercy et les nom­breux établis­se­ments publics qui leurs sont rat­ta­chés, tels qu’Oséo ou la Caisse des Dépôts.
  • Les dépu­tés et les séna­teurs avec les variantes des membres et pré­si­dents des com­mis­sions et des rap­por­teurs de pro­jets de lois, ces der­niers étant faci­le­ment inféo­dés au gou­ver­ne­ment comme l’a mon­tré l’épisode HADOPI avec Franck Ries­ter. Quelques rares élus s’intéressent par­ti­cu­liè­re­ment au numé­rique tels que Luc Tardy, Laure de la Rau­dière et Patrice Martin-Lalande à droite, ou Chris­tian Paul et Patrick Bloche à gauche. Il y en a encore moins qui suivent de près la ques­tion de l’entrepreneuriat et de l’innovation. Les autres, un peu per­dus ou spé­cia­li­sés dans d’autres domaines, suivent géné­ra­le­ment comme des mou­tons les consignes de leur parti ou du gou­ver­ne­ment. Il y a aussi cer­tains élus qui sont sui­vis de près par des lob­bies pro­fes­sion­nels. Cer­taines grandes entre­prises sont ainsi bien orga­ni­sées pour tirer la cou­ver­ture à elle pour l’attribution des aides à l’innovation (CIR…).
  • Cer­tains élus dans les col­lec­ti­vi­tés locales : régions, dépar­te­ment, grandes villes, qui sont sou­vent les mêmes que les pré­cé­dents. A ceci près qu’actuellement, 90% des régions sont tenues par l’opposition et donc influencent peu la poli­tique du gouvernement.
  • Les com­mis­sions spo­ra­diques confiées à des hauts fonc­tion­naires ou des per­son­na­li­tés civiles, avec des dizaines de “per­son­na­li­tés repré­sen­ta­tives” inter­ro­gées pour pro­duire une soupe conve­nue plus ou moins à l’avance qui ava­lise une déci­sion déjà prise (rap­ports Oli­vennes ou Zel­nick) ou pas (rap­port Tes­sier sur la radio numé­rique) et se retrouvent alors soi­gneu­se­ment ran­gés dans les grands pla­cards de la République.
  • Par­fois, les par­tis poli­tiques eux-mêmes, quand ils s’occupent du fond des sujets assez tech­niques que sont le numé­rique ou l’entrepreneuriat. Ce qui est assez rare, sur­tout ce der­nier point !
  • Cer­taines élites intel­lec­tuelles : pro­fes­seurs d’économie d’universités répu­tés, beau­coup d’enseignants de Science Po, repré­sen­tants des grands labo­ra­toires de recherche, etc.

Processus de creation de lois

Même s’il y a peu de véri­tables spé­cia­listes du numé­rique et de l’entrepreneuriat dans le tas, cela fait tout du même beau­coup de monde à se farcir !

Tout pro­jet de loi va suivre un par­cours de plu­sieurs mois qu’il fau­dra alors suivre pas à pas (cf la liste des par­ties pre­nantes ci-dessus). Car le lait bout en per­ma­nence et les com­pro­mis poli­tiques peuvent chan­ger le cours des événe­ments. Par­fois, un élu peut faire voter acci­den­tel­le­ment  un amen­de­ment stu­pide qui sera ou bien sup­primé s’il gêne vrai­ment le gou­ver­ne­ment (par un nou­veau vote), ou bien modi­fié après une grande perte de temps et d’énergie, ou bien… tout de même appliqué.

Qui influe sur tout ce pro­ces­sus déci­sion­nel ? Il y a d’abord l’approche “top-bottom” avec l’actuel diri­gisme Ely­séen. NKM avait beau en privé être réser­vée sur les moda­li­tés de la loi HADOPI, elle ne pou­vait rien à faire face aux direc­tives de l’Elysées trans­mises à son col­lègue de la culture (Chris­tine Alba­nel puis Fré­dé­ric Mit­ter­rand). Ensuite, il y a tous les groupes d’influence pro­fes­sion­nels qui sont en géné­ral aidés par des avo­cats qui savent rédi­ger des articles de loi ou des pro­jets de décrets d’application. Même s’ils feront tou­jours les modestes, ces groupes de pres­sion qui repré­sentent des inté­rêts écono­miques seront tou­jours plus enten­dus que les asso­cia­tions et autres influents de l’immatériel. Et contrai­re­ment à de nom­breux groupes de pres­sion venant de la base (agri­cul­teurs, camion­neurs, taxis, che­mi­nots, etc), les consom­ma­teurs et les entre­pre­neurs n’ont pas de pou­voir de blo­cage (la rue, les grèves) pour influen­cer les gou­ver­ne­ments. Vous avez vu des manifs contre l’article 78 de la loi de finance 2011 sur les JEI ou des défi­lés anti-HADOPI ?

Alors, quand les poli­tiques ren­contrent des blog­geurs et entre­pre­neurs du web, ils cherchent autant à tirer parti de leur capa­cité à influen­cer leur lec­to­rat qu’à écou­ter un peu ce qu’ils remontent du ter­rain. Mais les tru­blions du net jouent un rôle voi­sin de celui de la presse voire de l’opposition poli­tique au gou­ver­ne­ment en place. C’est même par­fois un sub­sti­tut à l’inaction de l’opposition et à une cer­taine ato­nie de la presse, une sorte de contre-pouvoir démo­cra­tique. Et contre-pouvoir n’est pas pou­voir ! Sur­tout dans notre démo­cra­tie faite d’oppositions binaires plus que de consensus.

Des études de cas peu glorieuses

On pour­rait glo­ser sur l’histoire du “nau­frage de la droite dans l’Internet” qui risque de lui cou­ter cher. En effet, le bilan n’est pas bien glo­rieux pour ce qui est de son “track record” tout comme de sa capa­cité d’écoute des avis éclai­rés des indé­pen­dants dans la pré­pa­ra­tion des dif­fé­rents pro­jets et lois rele­vant du numé­rique. L’alignement de ratés est impres­sion­nant, autant du côté du gou­ver­ne­ment que de celui de ces contre-pouvoirs qui ont bien eu du mal à impac­ter le cours des événements :

  • France Numé­rique 2012 : le plan s’est noyé dans 154 mesures fourre-tout, très orien­tées verFrance Numerique 2012s les conte­nus, les télé­coms et la TNT, et avec un volet entre­pre­neu­rial réduit à la por­tion congrue. Il y avait le haut débit pour tous et on en est encore à se deman­der com­ment on va le finan­cer, notam­ment dans la fibre (devi­nez… avec une nou­velle taxe !). Ca par­lait même d’IP V6, quelque peu oublié alors que les adresses IP V4 sont épui­sées. Il y avait aussi des “ambas­sa­deurs numé­riques”, pas­sés à la trappe. Ca par­lait aussi de conso­li­der les ins­tances de régu­la­tion du numé­rique et trois ans plus tard, on peine à lan­cer le Conseil Natio­nal du Numé­rique. Même pas d’objectifs chif­frés dans le plan ni de sco­re­card ! Il y en avait bien une de cachée chez les cabi­nets du secré­ta­riat d’Etat de NKM, mais elle n’a jamais été publiée parce que nombre de cases étaient encore rouges ! Et puis, le pom­pon, c’était la baffe sym­bo­lique de l’absence de Sar­kozy lors de l’annonce du plan dans la salle des fêtes de l’Elysée, lui qui est tou­jours prompt à prendre la vedette à ses Ministres. Il n’était visi­ble­ment pas prêt à s’impliquer per­son­nel­le­ment dans le numé­rique ou il trou­vait le plan moyen, ou les deux (j’ai ma petite idée…). Mais au fait, 2012, c’est demain ! En 2008 avait eu lieu cet unique diner de blog­geurs avec Eric Bes­son, déjà évoqué, et puis les Assises du Numé­rique avec ses dizaines de réunions orga­ni­sées dans toute la France. J’avais fait mes 29 pro­po­si­tions, il y avait eu aussi celles de Jean-Michel Planche, de Jean-Michel Billaut, et puis… et puis pas de grande prise en compte des feedbacks.
  • HADOPI a été pire que France Numé­rique 2012. L’opposition était mar­quée et conso­li­dée notam­ment par l’association la Qua­dra­ture du Net sous la hou­lette de Jéré­mie Zim­mer­mann et puis dans le style indé­pen­dant, il y avait Fabrice Epel­boin qui avait mené cette bataille en s’investissant à fond avec une connais­sance impres­sion­nante du sujet (et étrillant au pas­sage ma ten­ta­tive de posi­tion conci­liante). En bout de course ? Nada ! La loi a été votée telle quelle et aucune modé­ra­tion n’y a été intro­duite, mal­gré les pro­po­si­tions du camp même de la majo­rité (cf les amen­de­ments de Patrice Martin-Lalande). Zéro modé­ra­tion du gou­ver­ne­ment, zéro conci­lia­tion ! Qui plus est, la loi était inap­pli­cable tech­ni­que­ment et de toutes manières, les mesures de détec­tion du télé­char­ge­ment illé­gal employées par les ayant droits ont été contour­nées immé­dia­te­ment par l’abandon du peer to peer au pro­fit du strea­ming vidéo ou du direct down­load. Le pro­jet de loi était sou­mis par le Minis­tère de la Culture qui gère très bien les rela­tions avec les ayant droits mais ne com­mu­nique pas du tout avec les “influents de l’Internet”. Et NKM qui offi­ciait à l’époque sou­te­nait le pro­jet du bout des doigts en essayant de l’oublier et de pas­ser à l’après HADOPI et à la créa­tion d’offres légales. S’en est sui­vie la Carte Musique, finan­cée par nos impôts. Et on conti­nue de mar­cher sur la tête !
  • LOPSSI est aussi une catas­trophe légis­la­tive encore pire que l’HADOPI avec des risques liber­ti­cides signi­fi­ca­tifs pas bien évalués par le gou­ver­ne­ment ni pas le légis­la­teur. Et pour­tant, le monde de l’Internet ne s’est pas ménagé pour pré­ve­nir de tous ces risques.

Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Michel Rocard 2009

  • Grand Emprunt dans le numé­rique : NKM était bien fière des 4,5 mil­liards alloués au numé­rique dans le grand emprunt (ci-dessus au Sémi­naire du Gou­ver­ne­ment sur le Numé­rique dans le Grand Emprunt en sep­tembre 2009). Il y avait quelque chose de vicié dans ce plan car c’était une solu­tion (créée par l’Elysée) à la recherche d’un pro­blème. Chaque Minis­tère s’est ainsi lan­cée dans la chasse aux pro­jets pour dépen­ser les 35 mil­liards du plan, la com­mis­sion Juppé-Rocard ayant fait un vague tri dans les demandes et pro­posé une gou­ver­nance de l’ensemble. Mais le grand emprunt, par­don “plan d’investissement pour l’avenir” est main­te­nant asso­cié à un pro­ces­sus bureau­cra­tique redou­table avec des appels à pro­jets et des fenêtres de tir très étroites pour les star­tups qui ne lisent pas for­cé­ment le Jour­nal Offi­ciel tous les jours. Pour en béné­fi­cier, il faut tom­ber sous les fourches cau­dines de la recherche col­la­bo­ra­tive et du réseau­tage dans les pôles de com­pé­ti­ti­vité. Et on assiste à un sau­pou­drage des prio­ri­tés, sans comp­ter l’absence de com­mu­ni­ca­tion sur le mode d’emploi du grand emprunt pour les star­tups qui doivent se débrouiller pour en tirer parti. Au bout du compte, ce sont les grandes entre­prises rom­pues à la récu­pé­ra­tion d’aides publiques sur des pro­jets col­la­bo­ra­tifs qui vont encore tirer leur épingle du jeu. Et quelques autres, habi­tuées de la récolte des aides publiques. Dans le même temps, l’Etat réduit les aides géné­riques aux PME inno­vantes (notam­ment JEI et Oséo). Bon, ne tirons pas sur l’ambulance car dans les 4,5 mil­liards du grand emprunt, il y a bien 2 mil­liards qui vont ser­vir à accé­lé­rer l’équipement haut débit en France via les col­lec­ti­vi­tés locales. Mais le diable étant dans le détail, il faut en décor­ti­quer les moda­li­tés pour voir si cela peut réel­le­ment fonc­tion­ner. Le sujet du Grand Emprunt était moins polé­mique et assez com­plexe à abor­der d’un point de vue finan­cier. Sur cette affaire, la mobi­li­sa­tion de la “société civile indé­pen­dante” de l’Internet a été modeste. L’abondance d’argent génère des attentes et calme les contra­dic­teurs. Mais elle rend rare­ment plus intelligent !

Catherine Trautman (Parlement Européen)

  • Neu­tra­lité du net : les débats sont tou­jours en cours, pilo­tés sur­tout par les opé­ra­teurs télé­coms et leurs gros moyens de lob­bying. Il y a eu col­loques sur col­loques, notam­ment à l’ARCEP (ci-contre, Confé­rence Neu­tra­lité des Réseaux en avril 2010 où la dépu­tée euro­péenne PS Cathe­rine Traut­mann s’était dis­tin­guée en rap­pe­lant les basiques à res­pec­ter dans la neu­tra­lité). Et plus récem­ment un Rap­port Inter­mé­diaire de la dépu­tée Laure de la Rau­dière. Mais il est sur­tout ques­tion de fil­trage de l’Internet dans les pro­po­si­tions ! Eric Bes­son va prendre le sujet en main et le gou­ver­ne­ment va bien­tôt pro­po­ser un pro­jet de loi qui fera le grand écart entre la pré­ser­va­tion des grands prin­cipes et les exi­gences com­mer­ciales des grands acteurs du mar­ché, opé­ra­teurs télé­com en pre­mier. Qui se bat dans cette affaire ? Quelques rares inter­ve­nants bien au fait du sujet comme Ben­ja­min Bayard et Jean-Michel Planche. Mais sa tech­ni­cité le fait pas­ser au-dessus de la tête de pas mal de monde, moi com­pris d’ailleurs ! Le pire n’est pas encore arrivé, mais il faut veiller au grain !
  • Loi de Finance 2011 : un autre sabo­tage qui illustre la com­plexité du lob­bying lorsqu’il devient multi-facettes. Dès octobre der­nier, le pro­jet de loi de finance 2011 du gou­ver­ne­ment com­por­tait des mesures mena­çant les PME inno­vantes. Cela concer­nait notam­ment le rabo­tage du sta­tut JEI. Il y a bien eu une levée de bou­cliers des repré­sen­tants des PME inno­vantes. Quand Eric Bes­son a été nommé à l’Industrie, il a reçu plein de gens et notam­ment les patrons des pôles de com­pé­ti­ti­vité qui ont expli­qué pour­quoi cet Article 78 allait conduire à des mil­liers de pertes d’emploi. Eric Bes­son a bien écouté. Et quelques jours plus tard, il refu­sait en seconde lec­ture au Sénat la sup­pres­sion de cet article 78, tout comme toute forme d’aménagement. Le coup de poi­gnard ! Mais cette loi en a connu d’autres. Les dépu­tés et séna­teurs s’y sont mis et ont cher­ché à être plus roya­listes que le roi en matière d’économies bud­gé­taires. L’Elysée a laissé pas­ser pour ména­ger le parti majo­ri­taire. Le coup de grâce est arrivé le 9 décembre 2010 quand un élu en com­mis­sion pari­taire Assemblée/Sénat a fait voter un amen­de­ment de la loi de finance limi­tant les exo­né­ra­tions TEPA aux inves­tis­se­ments dans les PME et struc­tures dis­po­sant au moins de deux sala­riés. Juste avant le vote défi­ni­tif de la loi qui est inter­venu le 15 décembre. His­toire d’éviter les abus type finan­ce­ment de cave à vin per­son­nelles (oui, cela existe !). Petit détail : il n’y a eu aucune dis­cus­sion et les élus autour de la table ont voté ce truc sans réflé­chir à ses consé­quences ! Comme par exemple : l’impossibilité qui en résulte de finan­cer (avec l’avantage TEPA) une star­tup créée par des chô­meurs aux ASSEDIC, ou la mort de toutes les struc­tures type SIBA (Socié­tés d’Investissement de Busi­ness Angels), Fonds et Hol­dings ISF. Dom­mage pour le finan­ce­ment d’amorçage alors que la loi TEPA de 2007 avait tout de même déclen­ché une belle envo­lée d’investissements de type “Busi­ness Angels”. Pour éviter un tel épisode, il fau­drait être sacré­ment équipé côté lob­bying et pis­ter tous les membres de ces diverses com­mis­sions spé­cia­li­sées et pari­taires. Les asso­cia­tions concer­nées en sont main­te­nant à har­ce­ler Bercy pour influen­cer la rédac­tion des décrets d’application de cette loi, voire à faire voter une modi­fi­ca­tion dans une éven­tuelle Loi de Finance Rec­ti­fi­ca­tive. Et si vous vou­lez suivre les débats, il faut vous plon­ger dans les dizaines de docu­ments du site de l’Assemblée. Bon cou­rage ! mini-95127-conseil-national-du-numerique-cnn-pkm
  • Conseil Natio­nal du Numé­rique : le sujet relève à la fois des égos et de la gou­ver­nance de l’Internet. Avant même de savoir qui pour­rait faire par­tie de ce conseil se pose son péri­mètre de res­pon­sa­bi­lité : ins­tance consul­ta­tive, de recom­man­da­tion, de régu­la­tion, d’autorégulation ou de déci­sion ? Le plus pro­bable : cette ins­tance ne ser­vira pas à grand-chose et le gou­ver­ne­ment ne lui délè­guera que des miettes de res­pon­sa­bi­lité. Cela a déjà com­mencé avec un sau­pou­drage des avis deman­dés pour sa créa­tion : d’un côté à Pierre Kosciusko-Morizet, sol­li­cité par Eric Bes­son et qui vient de remettre son rap­port, et de l’autre, Jean-Baptiste Descroix-Vernier, sol­li­cité par l’Elysée. Un point posi­tif : PKM recom­mande que le CNN com­porte des repré­sen­tants des consom­ma­teurs ! Un pro­grès si c’est retenu. L’HADOPI n’en avait pas !

Bon, j’ai peut-être forcé un peu le trait car tout n’est pas si noir. En touches impres­sion­nistes, les Internautes-associations-bloggeur influents et autres entre­pre­neurs arrivent tout de même à faire pas­ser des mes­sages, à sen­si­bi­li­ser les élus et gou­ver­nants. Mais l’on voit bien que cela ne les empêche pas de prendre des déci­sions radi­ca­le­ment dan­ge­reuses pour les liber­tés fon­da­men­tales ou pour le déve­lop­pe­ment des PME innovantes.

Com­ment s’y prendre

Comme l’écrit sou­vent Jean-Michel Planche, il faut savoir res­ter opti­miste et avan­cer, pro­po­ser, bref, conti­nuer à se bou­ger. Par­fai­te­ment d’accord, mais… avec de la luci­dité et peut-être un peu plus d’organisation.guide-influence-vincent-ducrey-image-338430-article-ajust_650

Peut-on appli­quer les recettes du Guide de l’influence, le bou­quin de Vincent Ducrey, lui-même conseiller com­mu­ni­ca­tion Inter­net dans le cabi­net de Luc Cha­tel ? Ce Guide est sur­tout fait pour les pou­voirs et les marques pour leur per­mettre de mieux gérer les crises média­tiques et/ou prendre la parole effi­ca­ce­ment. Il manque peut-être sa ver­sion inverse, pour les contre-pouvoirs mais une grande par­tie est cepen­dant appli­cable dans la manière d’organiser la prise de parole, sachant qu’elle sera contrée par les pou­voirs en place, poli­tiques et économiques.

Voici donc un petit début inven­taire de yaka­fau­con du lob­bying dans le numé­rique face aux politiques :

  • Foca­li­sa­tion : les thèmes rele­vant du numé­rique sont rapi­de­ment com­plexes et mul­ti­di­men­sion­nels. Il est dif­fi­cile d’être un influen­ceur cré­dible sans bien connaitre son sujet. Pour deve­nir un expert reconnu, il faut donc éviter de trop se dis­per­ser. Il faut mai­tri­ser le lan­gage du sujet mais aussi celui des poli­tiques et des admi­nis­tra­tions. L’influence passe aussi par un peu de droit consti­tu­tion­nel pour com­prendre com­ment les lois sont votées et appliquées.
  • Argu­men­ta­tion : il faut bien struc­tu­rer ses idées, défi­nir des prin­cipes de base, déve­lop­per une capa­cité de vul­ga­ri­sa­tion du sujet, avoir des posi­tions claires et faire des pro­po­si­tions construc­tives. Le “ça ne mar­chera pas pour telle rai­son” doit vite lais­ser la place au “voici ce qu’il faut faire pour que cela marche”. Il faut aussi s’appuyer sur un maxi­mum de don­nées per­ti­nentes, par exemple économiques.
  • Regrou­pe­ment : la prise de parole est géné­ra­le­ment plus effi­cace lorsqu’elle est réa­li­sée par une asso­cia­tion “repré­sen­ta­tive”. Au prix d’un tra­vail de recru­te­ment et de coor­di­na­tion qui peut être lourd, mais c’est sou­vent le prix à payer pour être reconnu comme un inter­lo­cu­teur par l’Etat. A défaut de créer une asso­cia­tion 1901, les experts et autres blog­geurs influents d’un sujet peuvent prendre l’initiative de se réunir pour se concer­ter dans leur action de lob­bying. Ils peuvent aussi atti­rer dans leur cause des per­son­na­li­tés recon­nues parmi les élites intel­lec­tuelles ou économiques.
  • Ratis­sage : le nombre des inter­ve­nants est tel qu’il faut qu’il soit large. Il faut s’organiser comme lorsque l’on réa­lise un “plan de compte” dans la vente grand comptes en iden­ti­fiant les inter­lo­cu­teurs clés, qui influence qui, les moti­va­tions des uns et des autres : gou­ver­ne­ment, admi­nis­tra­tions et élus.
  • Com­mu­ni­ca­tion : isolé ou inté­gré dans une asso­cia­tion, il faut com­mu­ni­quer au maxi­mum. Et ne pas se conten­ter de son propre blog lorsque l’on en a un. Les blogs d’experts ont géné­ra­le­ment une audience assez faible au regard des grands médias. Il faut donc por­ter son mes­sage sur des média de plus grande dif­fu­sion. Cela com­mence avec la presse en ligne qui accepte volon­tiers les articles indé­pen­dants (comme Rue89). Et puis après, via son réseau, il faut cher­cher à élar­gir ce cercle dans des médias plus tra­di­tion­nels et lus par les poli­tiques (presse quo­ti­dienne et heb­do­ma­daire). La com­mu­ni­ca­tion peut aussi pas­ser par l’envoi de cour­riers aux dépu­tés comme pro­posé lors des dis­cus­sions sur la loi HADOPI. Lorsqu’un point de vue bien tran­ché et argu­menté est repéré, celui qui le porte sera faci­le­ment légi­time pour être invité dans les confé­rences orga­ni­sées sur le thème en ques­tion. Et si ce n’est pas le cas, faites en sorte que vos amis influents demandent à ce que vous soyez un intervenant.
  • Patience : l’influence du poli­tique demande du temps et énor­mé­ment de patience? C’est un véri­table sacer­doce qui explique que rares sont les experts qui s’y sont lan­cés sérieu­se­ment. Il faut suivre le tra­vail légis­la­tif sur des mois et ensuite la mise en appli­ca­tion des lois au niveau des décrets d’application ! Par­fois, cela peut conduire à tra­vailler les par­tis poli­tiques lorsqu’ils sont dans l’opposition pour pré­pa­rer le ter­rain au cas où ils revien­draient au pou­voir. Il vau­dra mieux au pas­sage éviter d’intégrer ces par­tis sous peine de perdre son indé­pen­dance et ren­trer dans un jeu faci­le­ment destructeur.

Je ne pré­tends pas que l’application à la lettre de toutes ces pistes chan­ge­rait tant que cela la donne ou aurait changé la donne dans le passé. En tout cas, elle met­trait plus de chances du côté de la rai­son et d’un juste milieu !

Publié le 5 mars 2011 et mis à jour le 7 mars 2011 Post de | Communication, Entrepreneuriat, France, Internet, Politique | 16595 lectures

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Les 23 commentaires et tweets sur “L’influence des politiques et de l’Etat dans le numérique” :

  • [1] - Didier Tranchier a écrit le 5 mars 2011 :

    Bravo pour ta fran­chise (comme tou­jours). Il ne te reste plus qu’à bri­guer un poste de ministre ou de député.

    Didier

  • [2] - Alexis a écrit le 6 mars 2011 :

    Je crois pour ma part que le pro­blème est à la racine, dans la per­cep­tion, sinon l’illétrisme numé­rique dans nos ins­ti­tu­tions. Il n’y a presque aucun cours sur le web à l’ENA ou à Sciences Po, il n’y en a d’ailleurs pas non plus en uni­ver­sité. Je parle de for­ma­tion non-technologique consis­tant à com­prendre com­ment cela marche, socié­ta­le­ment et écono­mi­que­ment.
    A ceci s’ajoute, et votre billet le montre bien, en creux, que nous avons (société de l’information et écono­mie de la connais­sance), de sérieux pro­grès à faire en terme de repré­sen­ta­ti­vité. J’avais fait ce constat d’échec pour ma part avec Hadopi. Un des symp­tômes était l’absence de visi­bi­lité dans les grands médias clas­siques, ou si peu. Ne faut-il pas prendre d’assaut le MEDEF ? ne faut-il pas inves­tir les lob­bys exis­tants ?
    Inter­net (mot fourre-tout en l’espèce) désigne pour le pou­voir un machin informe, incom­pris et source de contes­ta­tion et de pro­blèmes. Si tant est qu’il y voit un béné­fice poli­tique, il n’a pas de mode d’emploi pour le trans­for­mer.
    Je suis pour ma part per­sua­der que la masse citoyenne est plus intel­li­gente et éclai­rée qu’on ne le pense sur ces sujets, mais cette carac­té­ris­tique n’a pas été tra­duite au plan du dis­cours poli­tique. On notera que le web n’a pas encore fait gagner ou perdre une élec­tion en France (sauf, loca­le­ment et c’était une perte - Michel Hervé à Par­the­nay, de mémoire).

  • [3] - Christophe a écrit le 6 mars 2011 :

    Et si on fai­sait quelque chose ?

    Merci pour ce nou­veau billet, qui fait écho à un assez récent sur les évolu­tions JEI et CIR.
    De plus en plus impli­qué dans la recherche de sub­ven­tions pour la R&D, je suis de plus en plus convaincu qu’il existe une solu­tion simple au désordre de ce domaine (temps perdu, pro­jets avor­tés ou ren­dus inutiles…) et aux détour­ne­ments de fonds publics (légaux, mais contraires à l’intérêt géné­ral) opé­rés par les grands pro­fes­sion­nels du sec­teur.
    Aujourd’hui, le monde de l’innovation est de mieux en mieux déli­mité (pôles de com­pé­ti­ti­vi­tés, salons, mécé­nats de grands comptes type Pacte PME/DGA ou Bizpark/ Micros­fot, blogs tels que le vôtre…), pour­quoi ne pas sim­ple­ment créer une asso­cia­tion, indé­pen­dante de toute tutelle, fon­dée et élue par les entre­prises (voire les centres de recherches publiques, et les orga­nismes du domaines) et dont l’unique objet serait de :
    - mesu­rer l’effet pro­duit par les mesures déci­dées
    - évaluer les effets pré­vi­sibles pour des mesures envi­sa­gées
    - don­ner des avis.

    Chef d’entreprise moi-même, je suis tout autant gêné par les plaintes sur la réduc­tion d’avantages (JEI ou CIR) qui res­tent très impor­tants (ils sont payés par nos conci­toyens) que par les poli­tiques désor­don­nées et les usines à gaz admi­nis­tra­tives (fran­çaises et européennes).

    Il me semble que le petit monde de l’innovation devrait se retrou­ver, non pour défendre ses inté­rêts (ce qui est légi­time, et qu’il fait déjà), mais pour aider la société à le rendre plus utile.
    S’il existe des démarches en ce sens, ou si vous pen­sez que quelque chose est pos­sible, je serai heu­reux de contribuer.

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 6 mars 2011 :

    @Alexis : est-on désa­van­tagé par le fait que le numé­rique n’est pas encore un sujet qui pré­oc­cupe l’ensemble des poli­tiques ? Il y a du pour et du contre : d’un côté, cela limite le nombre de poli­tiques à convaincre dans le cadre du lob­bying que je décris. De l’autre, cela rend dif­fi­cile toute mobi­li­sa­tion. Le PS a par exemple choisi volon­tai­re­ment de ne pas ren­trer dans le lard du gou­ver­ne­ment au sujet des exo­né­ra­tions JEI dans la Loi de Finance 2011. Ses élus ont tout de même voté pour les amen­de­ments pro­po­sant la sup­pres­sion de l’article 78 concer­nant le rabotage.

    Pour ce qui est de gagner ou perdre des élec­tions, les liber­tés fon­da­men­tales liées à l’Internet deviennent de plus en plus cri­tiques. On voit bien ce qui se passe dans les pays arabes en révolte contre leur pou­voir. L’un des réflexes des gou­ver­ne­ments est de cou­per bru­ta­le­ment l’accès à Inter­net. C’est donc bien un sujet clé !

    Les dif­fi­cul­tés de notre gou­ver­ne­ment peuvent venir d’une confu­sion des genres entre les réac­tions néga­tives sur ses lois diverses reliées au numé­rique et sur le fait que la toile est le lieu d’expression de toutes les contes­ta­tions poli­tiques. La droite y a bien des dif­fi­cul­tés à se faire entendre et quand elle s’y lance, c’est assez mal­adroi­te­ment (cf les contri­bu­tions de cer­tains membres de l’UMP dans les forums ou le lan­ce­ment de Atlantico…).

    A force, l’Internet devient pour une par­tie du pou­voir une sorte d’ennemi ou toutes les contra­dic­tions sont ran­gées en vrac dans le même sac.

    @Christophe : il existe déjà beau­coup d’associations diverses, il fau­drait d’abord en faire un inven­taire et iden­ti­fier celles qui sont les plus adap­tées à cette forme de lob­bying. Et peut-être iden­ti­fier ce qui peut clo­cher dans les asso­cia­tions existantes.

    @Didier : no way ! Et (réponse au pre­mier degré) tu sais bien qu’on ne “brigue” pas ce genre de posi­tion, mais au contraire, qu’on se met en situa­tion d’être nommé après des années d’action dans un parti poli­tique (et de pré­fé­rence, après en étant élu local) ou bien dans la fonc­tion publique.

  • [5] - ebellity a écrit le 6 mars 2011 :

    Très bon post mais plu­tôt dépri­mant… D’autant qu’il semble en effet que des marques ou des socié­tés qui “comptent” dans le numé­rique peuvent tou­jours avoir leurs canaux d’influence, mais pour les mil­liers d’entrepreneurs, c’est peanuts

    Bon cou­rage !

  • [6] - Damien Petitjean a écrit le 6 mars 2011 :

    Oli­vier, je suis tota­le­ment d’accord avec vous sur le fond de l’article, mal­heu­reu­se­ment il est dif­fi­cile d’être écouté en France et cer­taines déci­sions sont prises sans en connaître les réelles causes et les futures consé­quences. C’est bien dommage.

    Le domaine du web est mal­mené, il va y avoir pro­chai­ne­ment l’arrivée des cookies optin (les gens devront accep­ter les cookies pour voir les publi­ci­tés), et puis la modi­fi­ca­tion des don­nées à sto­cker lors de la créa­tion de contenu par l’internaute.

    • [6.1] - Olivier Ezratty a répondu le 6 mars 2011 :

      Il me semble que ceci n’est pas spé­ci­fique au numé­rique. De nom­breuses déci­sions, notam­ment por­tant sur la fis­ca­lité et l’économie sont sou­vent prises avec une vue très courte. Dès qu’un spé­cia­liste se penche sur quelque ques­tion que ce soit, il trouve plein de bugs dans les lois…

  • [7] - chasseur immobilier a écrit le 6 mars 2011 :

    Effec­ti­ve­ment, cela ne concerne pas, mal­heu­reu­se­ment que le domaine du web.
    Outre le court terme, le lob­bying d’une part et le clien­té­lisme d’autre part sont sou­vent à l’origine de texte man­quant de cohé­rence ou bien déna­tu­rés via des décrets d’application peu réa­liste.
    S’agissant du web, l’évolution rapide et per­ma­nente de ce sec­teur explique aussi cer­tains “bugs”.

  • [8] - jequeffelec a écrit le 6 mars 2011 :

    tu penses que ce pro­blème est propre à la France? Est ce que les USA ou les pays nor­diques sont des best prac­tices en terme d’influence des com­mu­nau­tés numé­riques et des entre­pre­neurs sur les pou­voirs publics?

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 6 mars 2011 :

      La situa­tion régle­men­taire et fis­cale est dif­fé­rente dans ces pays. Le mar­ché l’est aussi. Le finan­ce­ment privé des PME inno­vantes est assez abon­dant aux USA.

      Mais lorsque c’est néces­saire, le lob­bying ne doit pas être facile. Il sem­ble­rait néan­moins que les poli­tiques de ces pays soient plus au fait du numérique.

  • [9] - JM Planche a écrit le 7 mars 2011 :

    Brillant billet et très utile “chro­no­lo­gie” de nos ten­ta­tives diverses et variées.
    Je suis 100% en phase et même sur la suite :

    >agir … avec de la luci­dité et peut-être un peu plus d’organisation

    En France, on se meurt de ne pas savoir s’organiser col­lec­ti­ve­ment. Notre écosys­teme ? quel écosystème.

    Bref, luci­dité, orga­ni­sa­tion ET volonté et cou­rage et moyens. On a qua­si­ment tout en France, mais en ordre dis­persé.
    il nous manque juste l’organisation “éclai­rée” par une intui­tion juste et une cer­taine solidarité.

  • [10] - macha a écrit le 8 mars 2011 :

    Et DSK ? Vous y pen­sez ? Parce qu’il va fal­loir comp­ter sur lui en 2012… Tout sera plus clair… vous verrez.

  • [11] - Pierre Ygrié a écrit le 8 mars 2011 :

    « En France, on se meurt de ne pas savoir s’organiser collective¬ment » ! c’est ben vrai ça.… aurait dit la mère Denis …
    Pour les ruraux c’est encore plus dif­fi­cile ! Com­ment faire un inven¬taire et iden­ti­fier les asso­cia­tions rurales qui se battent pour une égalité de trai­te­ment de tous les citoyens ? et pour pro­po­ser quoi concrè­te­ment ? un réseau unique comme en Aus­tra­lie ? http://websdugevaudan.wordpress.com/

    Je suis pre­neur de toutes idées et contacts ;-)

  • [12] - Guil a écrit le 8 mars 2011 :

    Avec la mon­tée du FN, il fau­dra se pré­oc­cu­per des créa­tions d’emplois du numé­rique en France. Or bon nombre de nos JEI ont filé aux states ou se sont lais­sées rache­ter sans ver­gogne… C’est pas bon pour ras­su­rer le Fran­çais moyen qui déteste être déclassé par la mon­dia­li­sa­tion et l’avarice des entre­pre­neurs prêts à vendre père et mère pour faire for­tune en Asie… Voici la nou­velle équa­tion mes­sieurs dames…

    • [12.1] - macha a répondu le 9 mars 2011 :

      Pour­quoi ne ven­draient ils pas s’ils le peuvent ? C’est la meilleure façon de deve­nir mil­lion­naire aujourd’hui et ensuite payer l’ISF ! Sauf si ce truc est aussi sup­primé. Mais jus­te­ment, le lobby peut per­mettre de gagner sur ce ter­rain aussi !!! Le numé­rique créé de l’emploi et per­met aussi d’en sup­pri­mer jus­te­ment. Je ne sais plus. C’est Eric Bes­son qui a les cartes en mains main­te­nant. Et face à DSK ça va chauffer

  • [13] - Serge F. a écrit le 10 mars 2011 :

    Je pense comme cer­tains ici que les poli­tiques se pré­oc­cupent d’abord de l’opinion publique au sens large et donc des son­dages qui per­mettent de sen­tir les choses. Pour le numé­rique il y a 5 objec­tifs pour des ministres, dépu­tés et séna­teurs dif­fé­rents de tous bords, ainsi que les “experts recon­nus” (élite conseillère des politiques) :

    - l’accès au haut débit avec des tarifs pré­fé­ren­tiels ; c’est la com­mis­sion sociale (inter­net : un droit pour tous)
    - le finan­ce­ment des infra­struc­tures pro­pre­ment dites (l’équipement)
    - le finan­ce­ment des entre­prises du numé­riques (écono­mie et finances)
    - la créa­tion de richesses et d’emplois avec le numé­rique (écono­mie)
    - la for­ma­tion et l’enseignement au numé­rique (éduca­tion, formation)

    Il faut agir sur ces cinq piliers en même temps. Et bien­sûr relier ces pré­oc­cu­pa­tions “natio­nales” aux poli­tiques euro­péennes et finan­ce­ments + direc­tives qui vont avec. Et le must : rendre cohé­rent tout cela par rap­port à ce qui se pra­tique sur la scène inter­na­tio­nale (cohé­rence, inté­rêts…) avec l’OCDE.

    La poli­tique des pôles de com­pé­ti­ti­vité est née il y a 5 ans de l’exigence de “spé­cia­li­sa­tion ter­ri­to­riale” mise en exergue par des écono­mistes comme Lorenzi (influence du CAE et du Cercle des écono­mistes sur les poli­tiques) et des avant-gardistes nor­diques comme Michael Por­ter avec ses clus­ters.
    http://www.slideshare.net/bboudaud/livre-blanc-sur-les-clusters-4959871

    Il ne faut pas oublier que cette poli­tique des pôles de com­pé­ti­ti­vité devait ser­vir à relo­ca­li­ser ou empê­cher les délo­ca­li­sa­tions de cer­taines acti­vi­tés à forte valeur ajou­tée. Qu’en est il ?

    Car la pré­oc­cu­pa­tion est tou­jours la même. Com­ment demeu­rer com­pé­ti­tif et créer de l’emploi sur le ter­ri­toire ? Com­ment atti­rer les cer­veaux et les inves­tis­se­ments pour géné­rer du PIB et donc éviter la révolte popu­laire ou une baisse dans les clas­se­ments divers (Shan­gaï, Pisa, etc).

    Si vous avez des réponses, vous serez écou­tez. Si vos solu­tions per­mettent d’être réélus ou élus, vous serez sou­te­nus. Sinon, rien. Et les poli­tiques conti­nue­ront à rabo­ter de niches en niches, car quand cela coûte trop cher sans rap­por­ter, il faut ensuite expli­quer aux contribuables…

    Les inves­tis­se­ments d’avenir ne sont qu’une tri­che­rie sup­plé­men­taire. Ils ne sont pas comp­tés dans les défi­cits publics qui déplaisent aux cri­tères euro­péennes de 3% pas plus…
    On les réservent aux grandes entre­prises car elles sont les seules capables de les trans­for­mer en résul­tats rapi­de­ment visibles par des mil­lions d’électeurs poten­tiels. Tan­dis que les star­tups sont trop ris­quées et conduisent le plus sou­vent à l’échec (faillites, non rem­bour­se­ment, manque de capi­taux…). Or comme le répète le com­mis­saire en charge de ce grand emprunt, il est essen­tiel que cet emprunt soit rem­boursé aux mar­chés finan­ciers qui ont prêté ! Et pour l’instant l’Etat avec son triple A est le mieux noté pour obte­nir un emprunt à moindre coût sur les mar­chés… Et les grandes entre­prises sont les plus “sol­vables” dans ce domaine… tout en inté­grant dans leurs pro­grammes “col­la­bo­ra­tifs” quelques star­tups aussi… pour éven­tuel­le­ment les rache­ter si besoin.

    Je crois que je vous ai donné de nom­breuses pistes…

  • [14] - Pierre Ygrié a écrit le 11 mars 2011 :

    La « bête » a tout « avalé » …et s’en est ins­piré pour pré­pa­rer son der­nier « plat »;-)
    http://websdugevaudan.wordpress.com/2011/03/10/thd-rural-cherche-%c2%ab-amenageur-%c2%bb-desesperement/#comments
    Merci encore pour ce superbe “état des lieux”!
    Pierre Ygrié
    Webs du Gévau­dan
    http://websdugevaudan.wordpress.com/

  • [15] - Pierre Ygrié a écrit le 15 mars 2011 :

    @Olivier
    J’essaye à ma façon de véhi­cu­ler un mes­sage simple comme vous le sug­gé­rez ;-)
    Reste à voir si c’est le bon ??
    Radio Totem 15 mars : jour­naux de 6h30 http://www.radio-totem.net/actualite/journal/lozere/article-38948-journal-6h30/?page=&filtre=all et de 8 h30 http://www.radio-totem.net/actualite/journal/lozere/
    C’est en fin de journal…il faut être patient !

  • [16] - serge F. a écrit le 15 mars 2011 :

    Consé­quence du séisme sur le numé­rique. NKM ne twitte plus Nucléaire oblige… pour les consé­quences sur notre vie. Autre­ment plus impor­tant que le numé­rique très consom­ma­teur d’énergie…(?) - Un pro­chain sujet pour être dans le “vent” (sans mau­vais jeu de mot). 3 minutes de silence.
    http://www.numerama.com/magazine/18213-nathalie-kosciusko-morizet-ne-tweete-plus.html

    Sinon, la catas­trophe au Japon a des consé­quence pure­ment humaine et écono­mique, en par­ti­cu­lier dans le numé­rique, puisque le Japon est un lea­der sur ce sujet
    http://www.erenumerique.fr/seisme_japon_consequences_numeriques-news-21421.html

  • [17] - red1 a écrit le 2 avril 2011 :

    Bon­jour,
    est ce que je peux savoir, quelles sont les tech­niques et les types d’influence quand peux les exerces dans les PME???? Merci
    SINCÈRES SALUTATION
    (très urgent )

    • [17.1] - Olivier Ezratty a répondu le 2 avril 2011 :

      Très urgent, peut-être. Mais la ques­tion méri­te­rait d’être plus pré­cise. Pour influen­cer quoi exac­te­ment ? Ce qui se passe dans les PME ou les aides de l’Etat aux PME ? Ou autre ?

      • [17.1.1] - red1 a répondu le 4 avril 2011 :

        merci oli­vier;
        mais je veux savoir com­ment les PME fait pour faire de l’influence pour chan­ger une deci­sion, avoir quelque chose… que se soit vers l’etat ou autre entreprises.….

  • [18] - Pierre Ygrié a écrit le 31 décembre 2011 :

    Mettre le très haut débit à la cam­pagne « dans » la cam­pagne élec­to­rale :D

    http://www.youtube.com/watch?v=c56Z3bdJYkM

    Bonne année …solidaire !

    Pierre Ygrié
    Webs du Gévau­dan
    http://websdugevaudan.wordpress.com/




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