Grandeur et décadence des foires aux startups - 1

Publié le 23 septembre 2008 et mis à jour le 8 novembre 2008 - 9 commentaires -
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La semaine der­nière avaient lieu aux USA deux événe­ments majeurs et concur­rents où des star­tups triées sur le volet pré­sen­taient leurs pro­jets devant des inves­tis­seurs poten­tiels et les médias : TechCrunch50 (San Fran­cisco) et Demo­Fall 2008 (Palm Desert, entre Los Angeles et Phoe­nix). Ils ont donné lieu à quelque polé­miques entre les deux orga­ni­sa­teurs, ali­men­tées de sur­croît par quelques blog­geurs dont le très imper­ti­nent si ce n’est par­fois fran­che­ment hila­rant The Drama Show 2.0 que j’ai décou­vert à l’occasion.

Je vais ici rap­pe­ler les termes de cette polé­mique et com­ment ces événe­ments pour­raient s’améliorer. Dans un post sui­vant, nous ver­rons si cette polé­mique aurait lieu d’exister en France et com­ment se passent les “foires aux star­tups” chez nous.

La polé­mique aux US

En gros, d’un côté, Mike Arring­ton, l’organisateur de Tech­Crunch 50 dénonce le fait que Demo­Fall coûte très cher aux “pauvres star­tups”: $18500, que ce n’est pas éthique et que cet événe­ment est devenu caduque.

De l’autre, les détrac­teurs de Tech­Crunch comme Drama 2.0 pointent insi­dieu­se­ment le fait que les star­tups pré­sentes sont cen­sées cher­cher des fonds, mais que la plu­part en ont déjà levé chez des VCs, dont cer­tains sont de plus liés aux orga­ni­sa­teurs ou aux pané­listes. Le choix des star­tups pré­sentent est dénoncé comme rele­vant du copi­nage, au détri­ment des star­tups “dis­rup­tives” mon­tées par des jeunes qui ne dis­posent pas d’un réseau per­son­nel pour se faire repé­rer. Résul­tat, on voit s’aligner énor­mé­ment de pro­jets “me-too” et une flo­pée de “fea­ture com­pa­nies” qui réin­ventent les réseaux sociaux en ajou­tant une petite brique sou­vent bien insuf­fi­sante pour chan­ger la donne vis à vis des lea­ders existants.

Pour cou­ron­ner le tout, il n’y avait pas de wifi sur place au démar­rage de Tech­Crunch 50 selon Wired! Pour un événe­ment payant ($3000 pour les par­ti­ci­pants et gra­tuit pour les 52 star­tups qui pré­sentent, et $1500 pour celles qui ne pré­sentent pas , mais sont dans le Demo­Pit), cela fai­sait quelque peu désordre (photo ci-dessous de Tech­Crunch 50 récu­pé­rée sur Fli­ckr).

TC50

Les deux événe­ments se dis­tin­guaient en effet sur un cer­tain nombre de points. A com­men­cer par le for­mat des pré­sen­ta­tions. Des pitches de six minutes rapides, bien ryth­més et avec démons­tra­tion pour Demo­Fall. Et des pré­sen­ta­tions sont plus longues (7mn) qui don­naient ensuite lieu à une dis­cus­sion avec des pane­listes pour cer­tains pres­ti­gieux (Mark Cuban, Steve Case, etc) pour Tech­Crunch 50. Les pré­sen­ta­teurs y sem­blaient moins effi­caces en géné­ral sachant qu’en plus la mise en scène et les tran­si­tions entre inter­ve­nants sem­blaient mal gou­pillées. Les pitches de star­tups étaient le plat de résis­tance de ces événe­ments, agré­menté de confé­rences et tables rondes.

Sinon, toutes les pré­sen­ta­tions sont dis­po­nibles en vidéo sur les sites de Demo­Fall et de Tech­Crunch 50. Un point très appré­ciable qui per­met de faire un peu de veille à distance !

Les don­nées

J’ai ana­lysé toutes les star­tups pré­sentes à ces deux événe­ments, en inté­grant donc les 72 qui pit­chaient sur Demo­Fall, les 52 qui pit­chaient sur Tech­Crunch 50 et aussi les 120 star­tups “expo­santes” à Tech­Crunch. Notons au pas­sage que Demo­Fall est une filiale du groupe de presse infor­ma­tique IDG et que Tech­Crunch est un événe­ment orga­nisé par la société qui anime le blog du même nom (avec une ver­sion fran­çaise ani­mée par Ouriel Oha­hon, qui comme la ver­sion amé­ri­caine, a évidem­ment très bien cou­vert l’événement), ainsi que la très utile base de don­nées libre d’accès Crunch­Base qui réper­to­rie plu­sieurs cen­taines de star­tups, pour l’essentiel américaines.

Que peut-on déduire de ces 254 startups ?

  • La pro­por­tion des star­tups ayant levé des fonds chez des BA (Busi­ness Angels), VC (Ven­ture Capi­tal) ou pas du tout hors “love money” (blank) montre que celles de Tech­Crunch ont plus béné­fi­cié de busi­ness angels. Mais une pro­por­tion équi­va­lent était finan­cée par du capi­tal risque (VCs).

Startups financées TechCrunch et DemoFall 2008

  • Quand on observe les mon­tants levés, sachant qu’il s’agit des mon­tants levés avant ces confé­rences, on constate que les levées de fonds chez des VCs des star­tups de Demo­Fall étaient bien plus impo­santes. Un signe qu’il s’agissait de pro­jets plus sérieux ?

Montants levés

  • Pour ce qui est de l’ori­gine des star­tups, 22,2% des star­tups étaient d’origine étran­gère chez Demo­Fall, pour 21,2% au Tech­Crunch 50. Donc, ex-aequo. Les deux pre­miers pays repré­sen­tés au total étaient Israël (4 star­tups) et le Japon (3 star­tups, ce qui est plu­tôt une nou­veauté). Nous avons aussi quelques pays pas tou­jours faciles à iden­ti­fier qui se cachent der­rière des star­tups amé­ri­caines, avec une boite aux lettres aux USA. Un pro­cédé “à minima” indis­pen­sable pour y trou­ver des inves­tis­seurs. J’ai aussi constaté qu’il y avait pas mal de star­tups du sec­teur de la publi­cité ori­gi­naire de la Mecque du sec­teur : New-York. Dans le lot, très peu de fran­çais : un sur Demo­Fall (Momin­dum), un sur Tech­Crunch 50 (Foto­nauts de Jean-Marie Hulot) et deux dans le Demo­Pit de Tech­Crunch (myBoo et Card­sOff). Il y avait cepen­dant deux star­tups amé­ri­caines diri­gées par un fran­çais (Pas­cal Stoltz pour Alerts.com et Michel Prompt pour Radiant Logic, tous les deux sur Demo­Fall). La seule dif­fé­rence entre les deux événe­ments pro­vient de l’origine au sein des USA : il y avait 29,2% de star­tups issues de la Sili­con Val­ley dans Demo­Fall et 44,2% au Tech­Crunch 50. Ce qui valide en par­tie – tout du moins en appa­rences - le point de Drama 2.0 sur la conno­ta­tion “réseau” de l’organisation du Tech­Crunch 50. C’est vrai que la Sili­con Val­ley est un petit monde !
  • Du côté des domaines d’activité: TC50 est plus orienté réseaux sociaux, outils de déve­lop­pe­ment et jeux, et Demo­Fall plus diver­si­fié avec des solu­tions d’entreprises et de mobi­lité (ci-dessous en nombre de socié­tés pré­sentes). La vague du social net­wor­king reste forte chez Tech­Crunch, où les pré­sen­ta­tions don­naient trop l’air de la “bulle 2.0 qui se dégonfle” tan­dis que sur Demo­Fall, le balan­cier sem­blait passé à autre chose (entre­prises, col­la­bo­ra­tion, mobi­lité, photos/TV/video). Et le choix de Yam­mer comme gagnant du Tech­Crunch 50 relève peut-être d’un eth­no­cen­trisme du jury, ses membres comme Robert Scobble étant sou­vent accros à Twit­ter, en déca­lage avec les uti­li­sa­teurs moyens du web. Or Yam­mer, c’est un Twit­ter pour les entreprises !

Projets par domaine

Ah, et puis une sacrée dif­fé­rence par rap­port à la France : une pré­sence fémi­nine bien plus mar­quée dans les star­tups qui pré­sen­taient, notam­ment dans les réseaux sociaux. Ce, dans les deux événements.

Le bilan

Pré­sen­ter son pro­jet dans l’un de ces événe­ments reste en tout cas un moment fort pour une star­tup. L’occasion de géné­rer un moment de gloire au mini­mum pas­sa­ger. Et aussi de bien rôder son dis­cours et de se fixer une date pré­cise pour annon­cer et lan­cer son pro­duit ou ser­vice et aussi pour lan­cer son site web (et éviter de se faire kar­ché­ri­ser par Robert Scobble). Le dan­ger est d’ailleurs de s’en tenir à ce moment de gloire pour son lan­ce­ment. Nombre de star­tups se pré­parent à fond pour ces confé­rences. Mais après un pic d’audience lié à la curio­sité des lec­teurs de news du monde des star­tups (Tech­Crunch en pre­mier), et bien, cela se calme sou­vent, sauf si un véri­table phé­no­mène viral se déve­loppe ou que l’entreprise dis­pose de grands moyens ET d’une vraie pro­po­si­tion de valeur. Et tout ceci est bien rare et nom­breuses sont les star­tups qui végètent après ces événe­ments car elles n’ont pas assez peau­finé leur plan mar­ke­ting de lan­ce­ment et de sou­tient dans la durée. Il serait inté­res­sant à ce titre d’étudier le deve­nir des star­tups pré­sentes les années pas­sées à ces deux événements !

Ces deux événe­ments ont leurs qua­li­tés et leurs défauts. L’événement idéal devrait accueillir des star­tups non finan­cées, et si pos­sible avec une part signi­fi­ca­tive de jeunes, et sans que les réseaux per­son­nels des orga­ni­sa­teurs influent trop sur le choix des star­tups pré­sé­lec­tion­nées et à for­tiori sur les lau­réats. La for­mule du spon­so­ring et de l’événement payant uti­li­sée par Tech­Crunch est pré­fé­rable à celle de Demo­Fall, qui fait chè­re­ment payer leurs places aux star­tups. Un mon­tant sym­bo­lique ($1000 ou $2000) sur Tech­Crunch serait tou­te­fois jus­ti­fié ne serait-ce que parce que la déli­vrance du pitch a une valeur intrin­sèque et que cela per­met­trait d’éliminer une par­tie des “touristes”.

En tout cas, star­tups fran­çaises, si vous avez un pro­jet qui tient la route et qui le jus­ti­fie, n’hésitez pas à ten­ter l’aventure, notam­ment au Tech­Crunch 50, qui est plus abor­dable ! Tout en vous entrai­nant bien pour l’anglais…

Dans le pro­chain épisode, nous pas­se­rons du côté fran­çais où les choses sont un peu plus folkloriques !

Après, je ferais tout de même un petit tour d’ensemble des 254 star­tups pré­sentes à Demo­Fall et Tech­Crunch il y a deux semaines. Il y a quelques pépites dans le meilleur et aussi dans le pire qui n’ont pas for­cé­ment été rele­vées par les com­men­ta­teurs à ce jour.

Publié le 23 septembre 2008 et mis à jour le 8 novembre 2008 Post de | France, Innovation, Internet, Logiciels, Loisirs numériques, Médias, Silicon Valley, Startups, Technologie, USA | 7239 lectures

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Les 9 commentaires et tweets sur “Grandeur et décadence des foires aux startups - 1” :

  • [1] - dru a écrit le 24 septembre 2008 :

    Bravo pour cet article.
    Lucide,documenté.
    Je rajou­te­rai sim­ple­ment que pour réus­sir un pro­jet Web nul besoin de par­ti­ci­per à ces pseudo réunions .
    Il suf­fit :
    d’avoir un pro­jet
    utile,
    simple,
    moné­ti­sable,
    viral
    le plus uni­ver­sel pos­sible
    et qui fonc­tionne bien (sans bug).

    Et de beau­coup de cou­rage .… le reste .….:)

  • [2] - Jacques FROISSANT (Altaide : le recrutement 2.0) a écrit le 24 septembre 2008 :

    J’attend avec impa­tience le coté fran­çais. ;-)
    Pour Demo il faut mettre dans la balance un public beau­coup plus nom­breux (en par­ti­cu­lier jour­na­listes) et plus orienté entre­prise et grand public (en clair moins geek).

  • [3] - Herve a écrit le 24 septembre 2008 :

    Bien vu, tu pro­poses tou­jours un eclai­rage interessant.

    Ques­tion: com­ment positionnes-tu Seed­Camp par rap­port à ces deux evenements?

  • [4] - Yohan Launay - ConceptSL a écrit le 24 septembre 2008 :

    Merci Oli­vier pour cet éclai­rage inté­res­sant. 44% de star­tups pro­ve­nant de Sili­con Val­ley est encore trop élevé, où sont les autres star­tup américaines.

    Pour Demo­Fall, ils ont l’air de com­prendre que Star­tup ne veut pas for­cé­ment dire Inter­net et/ou 2.0, contrai­re­ment à TC qui s’encroute un peu sur les “médias sociaux” et effec­ti­ve­ment je n’approuve pas ce choix de Yam­mer en tant que gagnant. En moins d’1 mois Twit­ter peut arri­ver au même résul­tat. Où est donc l’intérêt de Yam­mer donc ? Twit­ter ayant peut être déjà com­mencé sa transformation.

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 24 septembre 2008 :

    @Jacques: je n’avais pas récu­péré les chiffres côté pré­sents, mais dans les deux cas, je crois qu’il s’agit de plus de 1000 par­ti­ci­pants. A creuser.

    @Hervé: les Seed­Camps sont des événe­ments euro­péens, qui fonc­tionnent bien et reçoivent des star­tups réel­le­ment en phase d’amorçage. Mais à ce que j’en vois sur leurs sites web, ils brassent peu de socié­tés (une ving­taine pour la der­nière édition à Londres).

    @Yohan: il est nor­mal que les deux événe­ments aient un posi­tion­ne­ment dif­fé­rent, TC50 ayant fait le choix du logi­ciel et de l’Internet. Par contre, existe-t-il d’autres événe­ments de cette ampleur aux USA ? Pour Twit­ter vs Yam­mer, le mar­ché n’est pas encore maturé pour des usages pro­fes­sion­nels, donc il reste encore assez ouvert. Et n’oublions pas que Face­book a détrôné MyS­pace en 3 ans !

  • [6] - Christophe Lauer [MS] a écrit le 26 septembre 2008 :

    Oli­vier,

    Encore une pièce d’anthologie! Il me tarde égale­ment de lire la suite…

  • [7] - jean a écrit le 1 octobre 2008 :

    Merci pour cette étude très inté­res­sante.
    Concer­nant Techcrunch50, la plu­part des pro­jets sont fon­dés sur des modèles écono­miques dont les res­sources ne pro­viennent QUE de la publi­cité, ce qui est très dan­ge­reux pour les inves­tis­seurs.
    Dans le Demo­pit, la société CARDS OFF, fran­çaise, a eu beau­coup de suc­cès car elle a un modèle écono­mique per­ti­nent, inno­vant, et exclu­sif.
    C’est sans doute pour cela qu’elle va peut être créer la sur­prise dans les pro­chaines semaines.
    Autre ori­gi­na­lité: c’est sans doute la seule société cotée en bourse admise à Techcrunch50, alors qu’elle ne démarre son acti­vité com­mer­ciale que dans quelques jours.
    CARDS OFF a égale­ment fait sen­sa­tion au salon de l’e-commerce à Paris la semaine der­nière.
    La per­ti­nence de son modèle écono­mique n’a pas échappé à ses futurs clients sites mar­chands, ni bien sûr aux géants pré­sents sur une par­tie seule­ment de son cré­neau, à savoir la sécu­ri­sa­tion du paie­ment.
    En effet, CARDS OFF sécu­rise la tran­sac­tion com­plète, depuis la com­mande jusqu’à la livrai­son, et inclut bien sûr la com­po­sante paie­ment.
    Cette sécu­ri­sa­tion de la livrai­son, et la sup­pres­sion lors de l’achat de toute trans­mis­sion de don­nées per­son­nelles de type nom, adresse, e-mail,etc est vrai­ment révo­lu­tion­naire, sachant que l’achat en ligne se fait désor­mais en un seul clic de sou­ris!
    De plus, CARDS OFF sup­prime com­plè­te­ment l’utilisation de la carte ban­caire!
    Le site mar­chand a la garan­tie d’être payé, et l’acheteur ne prend plus le risque de payer d’avance.
    ET, cerise sur le gâteau, le site n’a plus de com­mis­sion à payer sur son chiffre d’affaires, ce qui aug­mente très consi­dé­ra­ble­ment son pro­fit!
    Quant à l’abonné, le prix de son abon­ne­ment lui est rem­boursé dès qu’un volume d’achat mini­mum a été réa­lisé par le sys­tème CARDS OFF.
    La révo­lu­tion du e-commerce est sous nos yeux, elle est française…pour l’instant!!
    A voir: http://www.cardsoff.com

  • [8] - Olivier Ezratty a écrit le 2 octobre 2008 :

    C’est le “one-click” exter­na­lisé ! Je vais regar­der cela en détail.

    D’accord sur les limites du modèle publi­ci­taire du web 2.0. J’en par­le­rai bien­tôt dans un pro­chain post sur les star­tups que l’on pou­vait voir dans ces deux événements.

  • [9] - charlotte Laine a écrit le 22 octobre 2008 :

    Bon­jour,
    J’ai vu que ce blog fai­sait par­tie des blogs qui sont sui­vis par tech­no­fu­tur TIC. J’ai vu quelque chose qui pour­rait p-e vous inté­res­ser : des mis­sions écono­miques sur les TIC ont lieu en novembre,dans les 3 régions belges. Cela a lieu le 25 novembre en Flandre, le 26 en Wal­lo­nie et le 27 à Bruxelles.
    Voici le site internet:

    http://www.be4business.be




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