Google = Microsoft ? (2)

Publié le 12 avril 2007 et mis à jour le 28 avril 2007 - 13 commentaires -
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Continuons ce parallèle entre nos deux mastodontes en nous focalisant maintenant sur leurs approches produits respectives.

Une R&D très internalisée

Effet de taille oblige, la recherche et le développement de Microsoft et de Google présentent également quelques similitudes intéressantes. La R&D y est très internalisée, en particulier autour du

La culture d’innovation reste forte dans les équipes techniques de ces deux sociétés mais cela ne se voit pas toujours très bien. Plus les équipes sont concentrées sur les améliorations incrémentales des produits majeurs, moins l’innovation est perceptible. Surtout quand dans le même temps, les innovations des produits “mineurs” ne sont pas bien marketés et que nombre de nouveautés sont

De temps en temps, quelques “gros morceaux” sont acquis, comme Great Plains chez Microsoft ou YouTube chez Google. Et leur intégration est plus laborieuse. Celle de Great Plains qui date de 2001 est loin d’avoir porté ses fruits, Microsoft ayant du mal à entrer dans ce marché compliqué de l’application de gestion d’entreprise.

Il est frappant de constater que de nombreuses startups acquises avaient un bon produit, mais pas de modèle économique pour autant. Les fonctionnalités alimentent un produit chez MS ou Google qui dispose déjà d’un modèle économique, pour l’enrichir fonctionnellement, maintenir son leadership, et dans le cas de Microsoft, aider à justifier les mises à jour chez les clients en entreprise. Cela ne veut pas dire pour autant que les investisseurs s’empressent de financer des boites pouvant faire leur exit vers Google ou MS, et qui n’ont pas de bon business plan!

Les acquisitions sont le fort d’entreprises qui ont ou du cash, ou une action qui a le vent en poupe, ou les deux! Et nos deux lascars n’ont pas de soucis. Ils peuvent faire leur marché tranquillement et ainsi gagner du temps. Ils s’organisent pour être en contact du milieu des startups. Google a fait quelques investissements dans des startups comme Fon. Microsoft investit peu directement dans les startups mais a depuis 2001 un programme formel d’identification et de partenariat, dont la version française est le programme IDEES mené par Julien Codorniou que l’on ne présente plus.

D’un point de vue marketing produit, Google met souvent la priorité sur les aspects fonctionnels de ses services avant de créer les modèles économiques associés. Ces modèles créés à postériori des lancements sont également courants chez Microsoft, je l’ai constaté à plusieurs reprises. Chez Google, c’est de modèle économique qu’il s’agit, la priorité étant de générer de l’audience et de la monétiser à postériori. Certains arguent du fait que le piratage des logiciels est l’équivalent chez Microsoft, et volontairement encouragé. Ce n’est pas le cas. La lutte contre le piratage a été régulièrement employée par Microsoft, mais à fortiori lorsque la croissance n’était pas suffisante. Et ce, dès le début des années 1990.

Les deux sociétés partagent un autre aspect, qui est le luxe des sociétés riches et dominantes: elles ont du temps, l’argent qui paye ce temps, et elles prennent le temps de conquérir leurs marchés. Elles raisonnent très long terme. Microsoft a mis près de 8 ans à imposer Windows, ils triment depuis 12 ans avec MSN et depuis 6 ans avec la XBOX. Google a investit plusieurs années dans la construction de son moteur de recherche sans générer de revenus. Et a lancé une flopée de services dont la monétisation n’est pas encore bien claire (Google Earth, Picasa, etc). L’usage et le volume génèreront la monétisation en temps voulu!

Approche croisée entreprise et grand public

Google est teinté grand public alors que Microsoft, dans la structure de son revenu, est plus teinté entreprise. Ils partagent le fait de proposer des logiciels qui servent à la fois aux entreprises et aux particuliers.

Google s’est essayé jusqu’à présent sans grand succès (en termes de volume) à vendre ses solutions de search aux entreprises sous la forme de “Search appliances”, des serveurs lames intégrés (photo ci-dessous). On n’improvise pas comme cela la vente aux entreprises, cela nécessite des investissements terrain et dans les canaux de distribution et de services. Google a aussi lancé en 2006 ses Google Apps à destination des entreprises avec l’ambition implicite de concurrencer Microsoft Office. Cela a généré un intérêt fort des médias et des clients, mais l’adoption éventuelle de ce genre de solution se heurtera inévitablement à une inertie de marché significative, favorable à la position de Microsoft. Pour vendre ces solutions, il faudra créer un canal de distribution ou tout du moins, un canal de services. Donc, des programmes partenaires, qui sont plus le fort de Microsoft que de Google.

De l’autre côté, l’activité grand public de Microsoft qui existe depuis presque 15 a connu des hauts et des bas. MSN a subit des changements de stratégie nombreux qui ont limité sa croissance: d’abord un site portail, avec fourniture d’accès Internet dans certains pays où AOL était très présent, syndication et création de contenus, puis revente de ces activités (comme le magazine en ligne Slate ou le site de voyages Expedia), et plus récemment, le paquet mis sur les services logiciels, avec le search et cette nouvelle dénomination “Windows Live”, et pour l’instant peu de résultats probants. Par contre, les ventes de Windows se portent bien dans le grand public car le système est un standard de fait et il est préinstallé sur la majorité des PC commercialisés. Et la XBOX fait son trou en gagnant du terrain face à Sony. A la fois grâce à quelques avancées, comme les jeux en ligne, mais aussi aux nombreuses

La croissance du gâteau de la publicité en ligne génère les envies que l’on connait chez Microsoft. Surtout quand ils ont constaté que le revenu logiciel mondial dans la sphère grand public baissait au détriment de revenus publicitaires. Mais ils reproduisent des schémas un peu vieux, à savoir : le “embrace and extend” avec une croyance très forte en leur capacité de créer une supériorité technologique face à Google. Ils en deviennent monomaniaques avec Live Search vs Google Search. Alors que l’inertie de marché qui profite à Google est aussi forte que l’aspect technique. Même si Google est au demeurant toujours bien meilleur que Microsoft sur la recherche. Microsoft mise aussi sur le “social computing” (communications, etc) tandis que Google continue de miser sur la force des statistiques.

Je terminerais ce tour d’horizon dans un prochain post sur les aspects RH et Relations Institutionnelles.

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Publié le 12 avril 2007 et mis à jour le 28 avril 2007 Post de | Google, Internet, Logiciels, Microsoft, Technologie | 22346 lectures

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Les 13 commentaires et tweets sur “Google = Microsoft ? (2)” :

  • [1] - Julien a écrit le 12 avril 2007 :

    Encore une fois, you blow us away.

    mais en somme, Google est une sorte de JC Decaux 2.0.

    JC decaux a inventé l’abribus financé par la pub, ou les velos gratuits financés par la pub.

    c’est exactement ce que fait google, proposer des services innovants (Maps, Picasa ou Apps), contre de la pub. (via la toolbar).

    c’est un gros gateau, mais quand meme tres cyclique, et on ne sait pas encore comment se comporte google en temps de recession..
    Tu oublies aussi de parler de la “marque” en tant qu’actif. aujourdh’ui les gens “googlent”, ils ne cherchent pas 😉 c est un actif precieux.

    j’espere que tu aborderas aussi le role de Google dans l’Open source, et la communuauté des developpeurs. Idem pour leur main-mise sur Firefox et bientot Ubuntu, strategie hyper interessante et efficace.

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 12 avril 2007 :

    Oui, en effet, Google créé des “espaces de vie” en ligne, et les monétise ensuite à la Decaux.

    J’ai souvent entendu dire que Google serait fragilisé en temps de récession à cause de l’impact de la baisse d’activité économique sur les marchés publicitaires. Mais je ne suis pas sûr de cela. Une récession pourrait amener les annonceurs à baisser leurs investissements sur les médias traditionnels et à privilégier les médias en ligne qui présentent l’intérêt d’être plus mesurables et prédictibles.

    Pour leurs liens avec l’open source et le reste, il s’agit d’une stratégie d’écosystème bien vue en général. Je n’avais pas prévu de parler écosystème dans les similitudes entre les deux sociétés. Il faudrait que j’ajoute cela effectivement.

  • [3] - Paul a écrit le 12 avril 2007 :

    En période de récession, Google serait a priori moins touché que d’autres car la pub Google s’adresse à un public très large, par opposition à la publicité télé (public : les ménages), la presse (public : plutôt CSP+), etc.

    Une question me vient à l’esprit : le point commun fondamenal entre Google et Microsoft est l’énorme rente de quasi-monopole. Microsoft sur Windows et Office et Google sur la pub en ligne. Qu’est-ce qui peut attaquer ce monopole et, à votre avis, comment les choses pourraient bouger à l’avenir ?

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 12 avril 2007 :

    Public large, certes, mais hyper-ciblé, dans le cas des AdWords. C’est ce qui rend cette publicité plus prédictive que la pub télé ou presse généraliste qui est justement trop large et pas assez ciblée. Le public de la télé est le plus large qui soit, et le moins ciblé, même si on peut affiner les plans médias en choisissant les bonnes chaines (CSP+ avec pub sur LCI en fin de journée par exemple).

    Qu’est-ce qui pourrait déstabiliser nos deux rentiers? Principalement des chamboulements qui leur auraient échappé. Pour MS, cela peut-être l’open source ou les logiciels en ligne. Pour Google, cela pourrait être une organisation mutualisée de la recherche sur Internet qui s’affranchirait de la pub. Une sorte de Wikipedia du search. Bon, c’est juste une idée…

  • [5] - Tristan a écrit le 12 avril 2007 :

    Billet passionnant, plus même que le précédent, qui était déjà très bon.

    Je suis d’accord avec Julien sur la notion de “JC Decaux 2.0”, c’est très bien vu.

    A l’inverse de “leur main-mise sur Firefox et bientot Ubuntu”, ce qui relève du fantasme (et je suis *très* bien placé pour le savoir).

    Pour que Julien réalise que sa théorie de la conspiration ne repose sur rien, un petit lien :

    http://www.techcrunch.com/2007/04/10/google-takes-partial-ownership-of-maxthon-browser/

  • [6] - julienb a écrit le 12 avril 2007 :

    Plus qu’un JC Decaux 2.0, puisqu’il ne se limite pas à l’affichage (voir l’avoir Echostar et les avancées Comcast).
    Et il est également en train de devenir un Carat 2.0 (achat d’espace)

    Mais le modèle de rentabilité est très 1.0, puisque toujours basé sur l’audience…

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 12 avril 2007 :

    Et aussi l’accord en devenir avec DirecTV…

  • [8] - Julien a écrit le 12 avril 2007 :

    Quand une société represente 90% des revenues d’une autre société, c’est effectivement une main-mise, ou alors une relation de tres forte dependance unilaterale.

    de plus Google “oriente” et finance et contribue aux developpement de Firefox (ex: l’offline, qui arrange pas mal goog apps) tout comme Andrew Norton, employé de Google, represente à lui seul plus de 10% des sign-offs du code d’Ubuntu.

    Je ne trouve pas cela choquant.

    Pour maxthon, pour l’instant, ce n’est qu’un article de techcrunch, et comme je l’ai dit il y a deja tres longtemps, ça va etre la guerre à la searchbar dans les browsers ! le deal Maxthon/googl n’est pas une menace pour qui que ce soit.

    par contre, si Firefox remplacait Goog par yahoo, ASK ou Live.com dans la searchbar de FFOX, ça provoquerait un “petit” tremblement de terre dans l’industrie du search… mais pourquoi scier une branche à 50M€/l’année ?

    Fair game, mais il faut que tout le monde joue franc-jeu.

  • [10] - Benjamin Gauthey - Microsoft Enthusiast Evangelist a écrit le 13 avril 2007 :

    Lecture: Google = Microsoft ?…

  • [11] - Jerome a écrit le 13 avril 2007 :

    Pour apporter un peu d’eau à ton moulin Olivier
    Why Google isn’t the next Microsoft

    “[…]But Google will never be an Evil Empire. For one thing, the company is a dwarf next to the behemoth from Redmond, which has a 95% share of the operating system market, more than six times the number of employees, and three times as much cash on hand.[…]”

  • [12] - Olivier Ezratty a écrit le 14 avril 2007 :

    Et hop, Google vient d’annoncer l’acquisition de DoubleClick pour 3 milliards de dollars. C’est la plus grosse acquisition de Google, le double de YouTube. Et c’est dans la pub… Mais c’est du logiciel, pas seulement du service. L’intégration horizontale dans la pub continue pour Google!

  • [13] - Paul a écrit le 15 avril 2007 :

    Merci de m’avoir fait comprendre la différence entre la cible d’une publicité et son public.

    Finalement, seul un cataclysme (vous parlez de chamboulement) peut mettre fin à ces monopoles. Pas étonnant que Google ou Microsoft payent si chers certaines compagnies. L’essentiel pour eux est de conserver leur monopole. Ils ne doivent, à aucun prix, passer à côté de la prochaine révolution informatique…




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