J’ai eu l’occasion de ren­con­trer en 1/1 Fran­çois Drouin, le Pré­sident d’Oséo le 14 octobre 2009.

C’était une pre­mière entre­vue à l’initiative de la Direc­tion de la Com­mu­ni­ca­tion d’Oséo, visi­ble­ment suite au post “Alerte – Oséo asphyxie les star­tups” qui datait de février 2009, et à d’autres écrits de ma part concer­nant le finan­ce­ment de l’innovation en France. Une occa­sion pour Oséo d’initialiser des rela­tions avec les blog­geurs, et de cor­ri­ger cer­taines erreurs de per­cep­tion. Il n’est jamais trop tard… même huit mois après !

Logo Oseo

En une heure et quart de dis­cus­sion, j’ai donc fait connais­sance avec le Pré­sident d’Oséo qui avait sous les yeux une note pré­pa­rée par la com­mu­ni­ca­tion conte­nant des extraits de mes écrits, cer­tains lui sem­blant contes­tables, et d’autres avec les­quels il était plu­tôt en phase. Mais un abord assez froid tout de même ! Quelle impres­sion bizarre d’être de ce côté du mee­ting après avoir sévi moi-même comme Direc­teur Mar­ke­ting et Com­mu­ni­ca­tion il y a une dizaine d’années et été impli­qué dans la pré­pa­ra­tion de ce genre de rendez-vous pour “des execs” comme on disait…

On a en tout cas cou­vert pas mal de sujets que voici. Il en manque sûre­ment et j’aurai cer­tai­ne­ment d’autres occa­sions de trai­ter des rela­tions Oséo – star­tups avec d’autres res­pon­sables de cette grande maison.

Banque ou aide à l’innovation ?

J’avais évoqué cette per­cep­tion d’un glis­se­ment de valeur vers l’activité “ban­caire” au sein d’Oséo dans mon article de février 2009. Une “vieille image” qui n’est pas ou plus jus­ti­fiée selon Fran­çois Drouin.

Oséo regroupe trois métiers com­plé­men­taires : les aides à ’inno­va­tion, le finan­ce­ment des PME et les garan­ties. Et “accom­pa­gner l’innovation reste le métier numéro un d’Oséo”. Avec au pas­sage une com­pré­hen­sion – par­ta­gée – du rôle écono­mique de l’innovation : c’est quelque chose que l’on vend et qui génère des emplois. Sinon, “La per­cep­tion du rôle de banque d’Oséo a peut-être été récem­ment ampli­fiée par le plan de relance, qui met l’accent sur les PME et où Oséo joue un rôle impor­tant”.

D’un point de vue opé­ra­tion­nel, les équipes d’Oséo sur le ter­rain sont issues aux 2/3 de la BDPME et au 1/3 de l’ancien ANVAR. D’un autre côté, Oséo conso­lide de plus en plus de dis­po­si­tifs d’accompagnement de l’innovation. Cela s’équilibrerait.

Il y a eu ensuite la diges­tion de l’Agence de l’Innovation Indus­trielle (AII) début 2008. Elle s’est trans­for­mée en pro­gramme d’aide au pro­jet d’Inno­va­tion Stra­té­gique Indus­trielle (ISI). Les aides ISI sont foca­li­sées sur les TPE/PME (de moins de 5000 per­sonnes) et sur des pro­jets col­la­bo­ra­tifs regrou­pant au moins deux entre­prises. Je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas eu le temps de dis­cu­ter des aspects de stra­té­gie indus­trielle liés à ces programmes.

Oséo gère aussi main­te­nant le Fond Unique Inter­mi­nis­té­riel (FUI) qui alloue les aides de l’Etat aux Pôles de Com­pé­ti­ti­vité, aides com­plé­tées par les régions. Cela repré­sente un peu plus de 200 mil­lions d’euros par an. Et les pôles numé­riques tirent très bien leur épingle du jeu.

Donc, les inter­ven­tions d’Oséo se sont accrues à la fois dans sa branche finan­ce­ment et garan­tie qui relève d’un fonc­tion­ne­ment assez ban­caire, et dans sa branche inno­va­tion qui asso­cie aides et avances rem­bour­sables. La ven­ti­la­tion au sein de cette der­nière ayant évolué, ce que nous ver­rons plus loin.

Voici ci-dessous une vue d’ensemble de tous ces mon­tants que j’ai conso­li­dée. En vert, vous avez les bud­gets liés aux aides à l’innovation gérés de près ou de loin par Oséo. En des­sous, vous avez d’autres lignes qui cor­res­pondent aux acti­vi­tés de prêts et de garan­tie d’Oséo, cer­taines cou­vrant des FCPI et SIBA. Et puis, en bas du tableau, la grosse masse des aides, prêts, inves­tis­se­ments et garan­ties pré­vus dans le cadre du plan de relance et dont la ges­tion incombe à Oséo.

Budget Oséo Innovation et PME 2007 à 2009

La ques­tion des fonds propres

J’avais relayé en février 2009 le cas de plu­sieurs star­tups qui s’étaient vu dire par leur contact Oséo que les bud­gets d’aides et avances rem­bour­sables avaient été épui­sés pen­dant l’été 2008. Et lorsque leur dos­sier avait repris en main début 2009, les condi­tions pour obte­nir ces avances rem­bour­sables avaient subi­te­ment changé : elles étaient condi­tion­nées par des ratios de fonds propres déli­rants (de 1 à 6) alors que la norme était 1 pour 1 à 1 pour 2.

Voici à ce sujet quelques éléments d’éclaircissements de la part de Fran­çois Drouin :

  • L’épuisement du bud­get des aides et avances rem­bour­sables était spé­ci­fique aux péri­mètres de l’Ile de France et des TICs. Ce qui explique les retours posi­tifs d’entrepreneurs en région dans les com­men­taires de l’article.
  • Est-ce que le bud­get était bien géré en 2008 ? Fran­çois Drouin ne vou­lait pas cou­per le robi­net des aides en cours de route sur la pre­mière par­tie de 2008 (sur TIC + IDF) . Oséo Inno­va­tion aurait aussi man­qué de sélec­ti­vité dans le choix des pro­jets sur cette période. Comme si il y aurait eu un embal­le­ment type “web 2.0”. En tout cas, il n’y a pas de lis­sage dans l’année des attri­bu­tions d’aides et avances rem­bour­sables chez Oséo.
  • Pour ce qui est des ratios de fonds propres deman­dés aux star­tups, je citais la qua­li­fi­ca­tion des star­tups à qui c’était arrivé : deux pas­sées par Scien­ti­pôle Ini­tia­tive, et une autre, finan­cée par un VC. Fran­çois Drouin, comme d’autres à qui j’ai pu poser la ques­tion, me confirme que les ratios de fonds propres deman­dés chez Oséo sont au maxi­mum de 1 pour 2 (pour des avances). Donc, ce que j’ai pu rela­ter n’est pas le fait d’une poli­tique, mais d’un “bug”, dont la tra­ça­bi­lité n’est tou­jours pas claire.

Alors, Oséo abandonne-t-il ou aspyxie-t-elle les star­tups ? Sans doutes non. Mais la baisse du bud­get d’Oséo Inno­va­tion pour les sub­ven­tions et avances rem­bour­sables est un fait avéré sur 2009. Certes, Oséo gère aussi le FUI et l’ISI, mais les bud­gets cor­res­pon­dants n’ont pas aug­menté pour com­pen­ser la baisse des bud­gets d’Oséo Inno­va­tion. Donc, au total, il y a une décrue réelle de l’accompagnement de l’innovation dans les dota­tions de l’Etat vers Oséo.

Relayant la demande cou­rante d’entrepreneurs de dimi­nuer l’exigence de fonds propres pour l’obtention d’aides et avances rem­bour­sables, j’évoque avec Fran­çois Drouin les pro­blèmes de dilu­tion du capi­tal que cela pose pour les entre­pre­neurs en phase d’amorçage et la rela­tive fai­blesse de l’investissement des busi­ness angels en France. Mais la réponse n’est pas une sur­prise : il n’est pas ques­tion de chan­ger la règle actuelle. Le sec­teur privé doit jouer son rôle dans le financement…

Il existe une excep­tion : l’aide aux fonds propres pour les PME établie dans le cadre du plan de relance. Il s’agit notam­ment du “contrat de déve­lop­pe­ment par­ti­ci­pa­tif”. Ce contrat n’est d’ailleurs pas encore docu­menté chez Oséo dans les régions car la mesure est toute nou­velle. Oséo a jusqu’à la fin du mois pour la déployer, donc patience. Mais elle ne concerne que les PME qui ont déjà une taille cri­tique, des mar­chés et des clients. Pas les star­tups en phase d’amorçage.

Pré­vi­si­bi­lité des aides et avances

Com­ment amé­lio­rer la pré­vi­si­bi­lité d’Oséo ? C’est une demande fré­quente d’entrepreneurs qui aime­raient bien mai­tri­ser un peu mieux la dimen­sion temps dans leurs recherches de finan­ce­ment, notam­ment chez Oséo.

Réponse : “Il faut lais­ser les pro­jets mûrir. Le temps compte dans les inno­va­tions”.

Tra­duc­tion : cer­tains pro­jets en demande de finan­ce­ment Oséo ne sont pas assez bien pré­pa­rés et doivent mûrir avant d’être éligibles à des demandes de finan­ce­ment public. Je par­tage bien ce point de vue sur un grand nombre de star­tup que je peux croi­ser au quo­ti­dien. On pourra infé­rer que l’attente est inver­se­ment pro­por­tion­nelle à la qua­lité per­çue des pro­jets dans les équipes d’Oséo. Un indi­ca­teur pour l’entrepreneur ! A ceci près que cela doit dépendre des conseillers Oséo aux­quels les entre­pre­neurs ont à faire.

Quid de l’évaluation des pro­jets chez Oséo ? Elle prend en compte les dimen­sions tech­no­lo­giques, les mar­chés, les modèles écono­miques et la notion (un peu floue) de risque. “Des experts externes sont tou­jours sol­li­ci­tés sur ces dif­fé­rentes dimen­sions, ni plus ni moins qu’avant. Il faut en tout cas convaincre que le pro­jet per­met de gagner de l’argent”. A noter que les spé­cia­listes sec­to­riels d’Oséo sont situés au siège à Mai­son Alfort.

Cepen­dant, comme les bud­gets de base d’Oséo Inno­va­tion (pour aides et avances rem­bour­sables) sont en baisse, que le nombre de pro­jets deman­deurs est plu­tôt en hausse, et que les mon­tants alloués par pro­jets ont voca­tion à être stables, la sélec­ti­vité est main­te­nant plus forte sur les projets.

Les déci­sions chez Oséo Inno­va­tion sont prises à l’échelon local et ne remontent au siège que pour les mon­tants supé­rieurs à 750K€. Au delà de ce seuil, les star­tups en phase d’amorçage ne sont géné­ra­le­ment pas concer­nées. Il s’agit plu­tôt des TPE et PME de plus d’une ving­taine de per­sonnes ou bien les star­tups dans des métiers néces­si­tant beau­coup de capi­tal comme dans la santé.

Les autres sources de finan­ce­ment pour les startups

Nous avons dis­cuté de l’environnement écono­mique du finan­ce­ment privé des star­tups. Comme Oséo a déve­loppé des par­te­na­riats avec la quasi tota­lité des grands acteurs publics et pri­vés du finan­ce­ment de l’innovation, Fran­çois Drouin a une bonne vision d’ensemble du secteur.

Ecosystème d'Oséo

Il a conscience de la crise actuelle que tra­versent les FCPI, dont on ne parle d’ailleurs pas encore beau­coup. Elle est selon lui ampli­fiée par l’évolution légale sur la ges­tion des risques : dans les assu­rances avec Sol­vency 2 qui rend dif­fi­cile l’investissement dans les actions et dans les banques avec Bâle 2. Les FCPI – donc les VC fran­çais – vont être à court de source de finan­ce­ment de pro­jets entre 2010 et 2011. Ils vivent pour l’instant encore sur des fonds levés en 2007-2008.

J’ajouterai même d’autres fac­teurs : la mau­vaise per­for­mance du capi­tal risque en Europe en géné­ral et sur­tout le glis­se­ment des inves­tis­se­ments dans les FCPI vers les fonds ISF inter­venu en 2009 du fait d’une pro­gres­si­vité inver­sée de la fis­ca­lité ISF selon le risque (50% d’exonération pour les FCPI dont les entre­prises doivent être label­li­sées par Oséo et 75% pour les fonds ISF dont les star­tups n’ont ni besoin d’être inno­vantes ni label­li­sées). Si Fran­çois Drouin recon­nait bien cette inver­sion, il remarque qu’il faut éviter de créer une usine à gaz fis­cale (je dirais plu­tôt d’ailleurs… de l’upgrader…).

Aujourd’hui en France, l’ISF draine un gros mor­ceau de l’investissement privé dans l’innovation. Sans la fis­ca­lité et les exo­né­ra­tions asso­ciées, le finan­ce­ment privé de l’innovation serait sérieu­se­ment tari en France. Nous évoquons le cas de l’amendement Artuis du Sénat sur la vitesse d’investissement dans les star­tups par les FCPI et les fonds ISF, qui relève d’une mécom­pré­hen­sion du cycle de finan­ce­ment des entre­prises inno­vantes, au moins pour les FCPI. Il reste un dan­ger en seconde lec­ture à l’Assemblée Natio­nale que cet amen­de­ment passe.

Autre point traité : les liens qu’Oséo déve­loppe avec les busi­ness angels. Cela a com­mencé avec la créa­tion des bases Capi­tal PME et Invest­Net qui per­mettent à ces der­niers d’identifier des pro­jets en attente d’investisseurs. Capi­tal PME est ouvert aux pro­jets de toute nature, Invest­Net est plus sélec­tif et foca­lisé sur les pro­jets inno­vants. Fran­çois Drouin inter­ve­nait le matin même dans une confé­rence orga­ni­sée par France Angels.

Enfin, une nou­veauté concer­nant les busi­ness angels : les garan­ties Oséo peuvent main­te­nant s’appliquer aux véhi­cules d’investissement des clubs de busi­ness angels que sont les SIBA. Cette garan­tie rem­bourse les moins values des fonds, un peu comme les garan­ties s’appliquant aux FCPI. Fina­le­ment, de part et d’autres, le pays a visi­ble­ment un fort besoin de nivel­le­ment du risque.

Les aides à l’innovation pour les grandes entreprises

Repre­nant une de mes remarques récur­rentes sur le trop plein d’aides aux grandes entre­prises dans l’innovation, Fran­çois Drouin remarque que seul le quart des aides du Fond Unique Inter­mi­nis­té­riel (FUI) qui finance les pôles de com­pé­ti­ti­vité revient aux grandes entre­prises, un autre quart aux PME et le reste, la moi­tié, aux labo­ra­toires de recherche.

La trans­for­ma­tion de l’AII en ISI déjà citée aurait déplacé le centre de gra­vité de sub­ven­tions vers les PME (de moins de 5000 per­sonnes). “Aurait” car c’est bien théo­rique puisqu’en pra­tique, les filiales des grands groupes s’arrangent pour ren­trer dans les cri­tères d’éligibilité.

Par contre, il est en phase sur le fait que le Cré­dit Impôt Recherche penche (en masse) vers les grandes entre­prises. Et avec un bud­get qui n’est plus vrai­ment contrô­lable. Pour don­ner un ordre de gran­deur, le CIR en 2010 pour­rait bien repré­sen­ter plus que le poids du “paquet fis­cal” de la loi TEPA votée en 2007 (>5 mil­liards d’Euros) !

L’aval de l’innovation

Dans la lignée du CIR, Fran­çois Drouin est plu­tôt séduit par l’idée d’un “Cré­dit Impôt Inno­va­tion” qui existe déjà en Espagne. Il cou­vri­rait ainsi les phases d’industrialisation des offres voire le mar­ke­ting, et pas juste la R&D amont et l’approche expé­ri­men­tale. Ce “CII” pour­rait être foca­lisé sur les star­tups qui en ont le plus besoin et ne sont pas là pour faire de la R&D, mais créer des pro­duits et des ser­vices et les vendre, pas faire de l’expérimentation. Reste à com­prendre quels sont les obs­tacles – autres que sim­ple­ment finan­ciers - pour faire avan­cer cette bonne idée !

Mais com­ment Oséo aide les star­tups dans les phases aval de l’innovation, après la R&D ? Il existe pas mal d’aides, sur­tout concer­nant l’export (prêt pour l’export, contrat de déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal, garan­tie des apports à une filiale étran­gère). A une remarque de ma part sur une fai­blesse dans le packa­ging qui est perçu comme bien com­plexe par les entre­pre­neurs, Fran­çois Drouin répond que c’est le rôle du contact unique chez Oséo de pré­sen­ter l’éventail des offres en fonc­tion de la situa­tion. Sachant que cer­taines sont plus adap­tées aux entre­prises plus matures.

Je crois donc que je vais me far­cir un de ces jours un schéma des aides Oséo pour une mise à jour du Guide Entre­pre­neur. A moins que quelqu’un en ai déjà publié un ?

Conclu­sion

Je tire trois grandes impres­sions au sor­tir de cet entre­tien et d’une ana­lyse des bud­gets d’Oséo :

  • La confir­ma­tion du ren­for­ce­ment du rôle cen­tral d’Oséo dans les aides publiques à l’innovation, et la ten­dance à aller vers le gui­chet unique, ou tout du moins, vers un point de contact unique multi-usage. Sachant que cette ten­dance est ampli­fiée par les très nom­breux par­te­na­riats public-public ou public-privé déclen­chés par Oséo. Le gou­ver­ne­ment se tourne presque tou­jours vers Oséo lorsqu’il s’agit de finan­cer l’innovation ou d’aider les PME. Et pas pour rien, il n’a pas beau­coup d’organisations adé­quates sous la main avec 1800 col­la­bo­ra­teurs et un maillage de l’ensemble du ter­ri­toire. A terme, cela pour­rait entrai­ner une cer­taine ratio­na­li­sa­tion des aides publiques.
  • Les bud­gets sur les aides stan­dard à l’innovation sont en baisse. L’accent est clai­re­ment mis sur les des aides aux pro­jets de R&D col­la­bo­ra­tive (Pôles de com­pé­ti­ti­vité / FUI et ISI). Accent ren­forcé par divers appels à pro­jets comme ceux qui sont gérés par la DGCIS, tel celui qui concer­nait le web 2.0 et le serious gaming. Cette foca­li­sa­tion sur la R&D col­la­bo­ra­tive, pous­sée par le gou­ver­ne­ment et les milieux de la recherche, me rend plus que dubi­ta­tif. Elle génère beau­coup de pertes en ligne, notam­ment lorsque l’on se rap­proche des mar­chés et du busi­ness. Domaines où il n’est pas ques­tion de faire de l’expérimentation, mais de créer des pro­duits et des ser­vices puis de les vendre. La R&D en réseau est certes néces­saire pour les grands groupes (c’est le concept de “l’open inno­va­tion”) mais elle n’est pas la pana­cée pour les startups.
  • Il existe chez Oséo une volonté de bien accom­pa­gner l’ensemble du cycle de l’innovation. Cela ne semble pas encore très bien com­pris par la tutelle poli­tique, ni bien packagé ou com­mu­ni­qué. Une belle zone de pro­grès à la fois pour le gou­ver­ne­ment et pour Oséo.

J’avais plein de sujets qui n’ont pas pu être cou­verts pen­dant ce court entre­tien : les aspects de stra­té­gie indus­trielle pris en charge par Oséo, le fonc­tion­ne­ment de sa rela­tion avec la tutelle gou­ver­ne­men­tale et poli­tique, l’excès de foca­li­sa­tion sur les pro­jets col­la­bo­ra­tifs, les dou­blons dans les dif­fé­rentes aides à l’innovation, la cou­ver­ture d’Oséo Garan­tie et les risques pris par les entre­pre­neurs, quels sont les défis d’Oséo dans les années à venir, son orga­ni­sa­tion humaine, etc. Ce n’est donc que par­tie remise.

En tout cas, Oséo est devenu LE maillon essen­tiel des aides publiques à l’innovation et plus géné­ra­le­ment aux PME. Son action com­pense les fai­blesses de l’investissement privé et sa dis­pa­ri­tion vou­lue par cer­tains n’entrainerait pas for­cé­ment un phé­no­mène de vases com­mu­ni­quant aug­men­tant la part des finan­ce­ments pri­vés. Par contre, une grande trans­pa­rence est néces­saire pour iden­ti­fier les ajus­te­ments néces­saires à son fonc­tion­ne­ment. Ici comme ailleurs, vous – entre­pre­neurs - avez peut-être une oppor­tu­nité d’être entendus.


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Publié le 16 octobre 2009 Post de Olivier Ezratty | Entrepreneuriat, France, Startups | 16 commentaires

Les 16 commentaires sur “Rencontre avec François Drouin, Président d’Oséo” :

  • “L’accent est clai­re­ment mis sur les des aides aux pro­jets de R&D col­la­bo­ra­tive”. Pour­tant très sou­vent ces pro­jets col­la­bo­ra­tifs sont créés par oppor­tu­nisme de sub­ven­tion plus que par oppor­tu­ni­tés de mar­ché futures.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 16 octobre 2009 :

      Oui, c’est l’un des nom­breux effets per­vers de ce sys­tème. L’union en amont (dans la R&D) ne fait mal­heu­reu­se­ment pas la force en aval (dans le business).

  • Si on com­prend bien : il recon­naît qu’il y a quand même une perte de bud­get due à la mon­tée incon­trô­lable du CIR, qu’il sou­haite même élar­gir à la phase de com­mer­cia­li­sa­tion avec le cré­dit d’impôt inno­va­tion à l’espagnol(donc, il va finir par faire dis­pa­raître vrai­ment l’aide stan­dard et l’accompagnement qui va avec), ainsi qu’à la foca­li­sa­tion sur les pro­jets col­la­bo­ra­tifs des pôles par le FUI (200 mil­lions d’euros par an). Votre tableau de répar­ti­tion des bud­gets est éloquent : quelques cen­taines de mil­lions pour l’aide à l’innovation, face aux mil­liards de la garan­tie ban­caire. Enfin, pen­sez vous que la créa­tion d’entreprise soit une prio­rité dans tous ces finan­ce­ments ? Pour­quoi le prêt par­ti­ci­pa­tif annoncé concerne les grosses PME qui font du chiffre d’affaires comme vous l’indiquez ? On se reporte sur les FCPI pour finan­cer les star­tups, mais effec­ti­ve­ment le risque de dilu­tion est trop fort à ce stade.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 16 octobre 2009 :

      La mon­tée du CIR est incon­trô­lable car cette dépense fis­cale a été dépla­fon­née pour les grandes entre­prises, qui sortent pour l’essentiel du cadre d’action d’Oséo. Mais atten­tion, Oséo ne gère pas le CIR ! Cela passe par le Ser­vice d’Imposition des Entre­prises (le fisc).

      Oui, le mon­tant des garan­ties et de l’activité de prêt aux PME est impres­sion­nant par rap­port aux aides à l’innovation. Mais ce sont un peu des choux et des carottes. L’activité de prêt aux PME est même béné­fi­ciaire pour Oséo ! Quand à la garan­tie, elle ne mobi­lise pas les mêmes cré­dits que les sub­ven­tions. Son coût réel est celui des défaillances qu’elles doivent cou­vrir, par les mon­tants cou­verts. Une petite compta serait utile de ce point de vue là, mais je n’ai pas pu l’extraire des rap­ports d’activité d’Oséo Garan­tie. En tout cas, en 2008, la dota­tion de l’Etat aux fonds de garan­tie d’Oséo était de 280m€, soit le même ordre de gran­deur que les aides à l’innovation. Sachant que près de 12 fois plus d’entreprises sont concer­nées par Oséo Garan­tie que par Oséo Innovation.

      Dif­fi­cile de dire si telle ou telle chose est prio­ri­taire. Le gou­ver­ne­ment, via Oséo, doit à la fois pré­ser­ver et déve­lop­per l’emploi des PME et des ETI (les entre­prises de taille inter­mé­diaire dont on manque en France) tout en aidant les star­tups et l’innovation à éclore. Il ne faut pas oppo­ser ces deux actions. Elles sont com­plé­men­taires l’une de l’autre. La cohé­rence du “pipe” allant des star­tups aux PME/ETI mérite cepen­dant d’être revue, d’où l’intérêt des aides à l’innovation “aval” (créa­tion de pro­duits, com­mer­cia­li­sa­tion, export) per­met­tant jus­te­ment de créer un pont plus effi­cace. Un Cré­dit Impôt Inno­va­tion qui ne s’appliquerait qu’aux star­tups et TPE inno­vantes aurait du sens de ce point de vue là.

      “On se reporte sur les FCPI…” : oui et non. L’action de garan­tie sur les SIBA per­met d’aider un peu plus le finan­ce­ment des star­tups en amont, au stade de l’amorçage. Il faut bien com­prendre qu’en France, le risque de l’investissement d’amorçage est sacré­ment réduit :
      - Un, d’un fac­teur 4 à 1, du fait des exo­né­ra­tions d’ISF pour l’investissement dans une star­tup en direct ou via un véhi­cule ISF.
      - Deux, via la garan­tie sur les SIBA, qui per­met de réduire les pertes.

      Si on cal­cule bien, un inves­tis­se­ment de busi­ness angel rede­vable de l’ISF peut rap­por­ter même si la/les star­tups inves­ties dis­pa­raissent, du fait de ces deux mécanismes !

      Le dis­po­si­tif d’aide à l’innovation est com­plexe à appré­hen­der car il joue sur plein de tableaux à la fois :
      - Par la fis­ca­lité des inves­tis­seurs (réduc­tions d’ISF sur BA/FCPI).
      - Par la fis­ca­lité des entre­prises inno­vantes (réduc­tion d’IS et de charges sociales, etc).
      - Par les sub­ven­tions (Oséo clas­siques, des pôles de com­pé­ti­ti­vité, de l’Initiative Stra­té­gique Indus­trielle).
      - Par les avances rem­bour­sables Oséo.
      - Par les aides régio­nales.
      - Par les baisses de dépenses (CIR, CRITT, etc).
      - Par les garan­ties à l’export (Oséo, Coface, etc).
      - Par les avances de tré­so­re­rie quand on vend aux grands comptes dont les délais de paie­ment sont très/trop longs.
      - Par les avances diverses de tré­so­re­rie liées au plan de reprise.
      - Par les inter­ven­tions du FSI.
      - Par France Inves­tis­se­ment qui dyna­mise en amont, via les banques, l’alimentation des FCPI.

      On ne peut pas abor­der les aides à l’innovation en ne pre­nant qu’une seule com­po­sante. Il faut com­prendre l’ensemble de cet équi­libre com­plexe qui est un véri­table jeu de domi­nos. Et par­fois, on a bien l’impression qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion, tout du moins au niveau poli­tique. C’est devenu tel­le­ment com­pli­qué qu’il semble y avoir une forme de démis­sion intel­lec­tuelle devant ce chan­tier. Et pour­tant, les rap­ports divers ne manquent pas sur ces dif­fé­rents sujets. Mais ils ont tou­jours eu ten­dance à se foca­li­ser sur un aspect seule­ment du problème.

      • [2.1.1] - Fabien a répondu le 17 octobre 2009 :

        Le compte d’exploitation d’Oséo a baissé de plus de 40% au pre­mier semestre 2009 d’après un article paru dans le Figaro
        http://www.lefigaro.fr/entreprise/2009/10/15/05011-20091015ARTFIG00425-oseo-augmente-ses-capacites-.php
        Vous ver­rez la cata en 2010… quand la garan­tie Oséo va devoir jouer et vous ver­rez aussi les pro­cès des entre­prises… On nous fait croire que ce fonds de garan­tie est ren­table, mais à mon avis on aura des sur­prises. D’où l’intérêt pour eux de s’interesser aux ETI à forte pro­gres­sion et ren­tables (pour rat­tra­per le coup).
        Quand aux listes de solu­tions Oséo, elles sont toutes simples : il y a les aides d’Etat à taux 0 (sub­ven­tion et avance rem­bour­sable) qui peuvent concer­ner tant les star­tups que les ETI (mais qui sont quand même plus légi­times pour des star­tups) pour ce que les banques ne financent pas à savoir l’immatériel, la R&D… ; et les cré­dits ban­caires qui ne concernent que des entre­prises avec un bilan comp­table sain, deux à trois ans de pro­gres­sion de chiffre d’affaires et un résul­tat net posi­tif. Voilà, c’est on ne peut plus simple.
        Pour le Cré­dit d’impôt recherche, le coût pour la col­lec­ti­vité est trop impor­tant et en plus on ne sait même pas quels pro­jets sont finan­cés et s’ils sont utiles pour l’économie du pays.
        Un peu de trans­pa­rence serait pro­fi­table à tous.

  • très inter­es­sant. pour une fois qu’on à une expli­ca­tion claire de la part d’Oséo. Mais Oli­vier les avances à taux 0 pour l’innovation et les avances de tré­so­re­rie du plan de relance n’ont rien en com­mun. D’un côté, vous avez des entre­prises qui inves­tissent dans l’avenir, de l’autre, des entre­prises qui ont des trous de tréso (cycle d’exploitation clas­sique).
    …Entre aide directe et inci­ta­tion fis­cale pour l’innovation, il va fal­loir choi­sir. Pour­quoi ne pas avoir laissé le cré­dit d’impôt pla­fonné aux grandes entre­prises, et les aides directes (avec taux d’aide plus élevé) avec des conseils autour pour les créa­teurs et les PME ? Cela aurait été plus sympa.

  • Chris­tian Estrosi, secré­taire d’etat à l’industrie, lance des états géné­raux de l’industrie. Plu­sieurs thèmes sont abor­dés, dont la cohé­rence des aides pour favo­ri­ser l’entrepreneuriat et l’innovation. Il vise aussi le rôle du capi­tal risque et le finan­ce­ment en fonds propres. Il s’interesse comme d’autres au pas­sage de la PME à l’ETI. Je ne sais pas s’il s’interesse aux star­tups aussi. Mais en février 2010, pour clore les états géné­raux, Nico­las Sar­kozy pré­sen­tera sa nou­velle poli­tique indus­trielle pilo­tée par l’Etat, avec les prio­ri­tés du grand emprunt. Estrosi est le patron des pôles de com­pé­ti­ti­vité (sous la hou­lette de l’Ecole des Mines et des Drire…), au des­sus de la DGCIS et d’Oséo. Si toutes les aides se concentrent sur ces pôles à la méthode du col­la­bo­ra­tif, il serait oppor­tun de faire pas­ser vos idées sur le fait que ce sys­tème n’est pas la pana­cée et n’est pas du tout adapté. Et si les pro­jets ne sont plus col­la­bo­ra­tifs au sein des pôles, et bien il ne fal­lait pas créer ce nou­veau canal de finan­ce­ment puisqu’il y en avait déjà un.
    L’article
    http://www.usinenouvelle.com/article/etats-generaux-themes-et-methode.N119271
    http://www.usinenouvelle.com/article/etats-generaux-de-l-industrie-c-est-parti.N119278

    • [4.1] - Sylvain F. a répondu le 17 octobre 2009 :

      Tou­jours sur le thème des pôles de com­pé­ti­ti­vité, je vou­drais com­plé­ter mon post en indi­quant que les pôles de com­pé­ti­ti­vité visaient sur­tout l’industrie et non le ter­tiaire au départ, comme les ser­vices numé­riques. Il s’agissait dans ces pôles de faci­li­ter les liens entre les grands don­neurs d’ordre et leurs PME sous­trai­tantes… pour éviter les délo­ca­li­sa­tions… Or on voit bien que les grands don­neurs d’ordre pré­fèrent désor­mais les PME sous­trai­tantes moins chères d’Asie… Et les fer­me­tures d’Usines… Estrosi ne peut les arrê­ter. Les médias nous le rap­pellent chaque jour.

      Notre indus­trie fran­çaise a t-elle de l’avenir face à l’Inde et à la Chine ?
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_postindustrielle

      Il fau­drait plu­tôt par­ler de dés­in­dus­tria­li­sa­tion dans cer­tains sec­teurs et de la mon­tée des ser­vices à haute valeur ajoutée.

      Elie Cohen indique “nous n’avons pas la spé­cia­li­sa­tion haut de gamme, haute tech­no­lo­gie, à quelques excep­tions près, qui nous per­met­trait de nous immu­ni­ser contre la concur­rence des pays déve­lop­pés. Nous sommes par ailleurs trop chers pour vendre des pro­duits bana­li­sés. Résul­tat : notre per­for­mance se dégrade et vis-à-vis de nos par­te­naires euro­péennes de la zone euro, et vis-à-vis des pays émer­gents. En outre, la France ayant une spé­cia­li­sa­tion moyenne mais for­te­ment dépen­dante du taux de change, elle subit une concur­rence sup­plé­men­taire du fait de la dégra­da­tion du taux de change euro-dollar.…“
      http://www.lemonde.fr/economie/chat/2008/02/18/la-france-est-elle-en-train-de-perdre-son-industrie_1012950_3234.html

      Ce sont toutes ces ques­tions qui pré­oc­cupent le gou­ver­ne­ment actuel et qui déter­mi­ne­ront sa poli­tique d’aide vers telle ou telle entreprise…

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 17 octobre 2009 :

    Inté­res­sant le rôle de l’Ecole des Mines. En appa­rence, un ins­tru­ment des régions pour pré­ser­ver ce sys­tème de finan­ce­ment des écono­mies locales.

    Par contre, quand on regarde la liste des pôles et notam­ment les 16 prin­ci­paux, qui col­lectent le gros des sub­ven­tions, ils sont assez foca­li­sés sur de la high­tech - numé­rique ou pas -, et pas sur des indus­tries tra­di­tion­nelles avec faible dif­fé­ren­tia­tion. Notam­ment:
    - 4 pôles dans la santé, où la concur­rence ne vient pas (encore) d’Asie
    - 5 pôles dans le numé­rique sur des domaines où on concur­rence plus les US que l’Asie (logi­ciels, jeux, Inter­net, nano­tech, sécu­rité, high-perf com­pu­ting)
    - Le reste sur la mer, la chi­mie, les trans­ports, l’agro-alimentaire et les trans­ports où on n’est pas en concur­rence fron­tale avec l’Asie et confronté tant que cela à la délo­ca­li­sa­tion (sauf peut-être avec les trans­ports, et encore, le grand concur­rent est plu­tôt canadien).

    Elie Cohen a rai­son de dire que la com­pé­ti­ti­vité de la France se dégrade par le bas (faible valeur ajou­tée) et par le haut (tech­no­lo­gies à forte valeur ajoutée).

    Le pro­blème, c’est que l’on n’a pas encore bien com­pris pour­quoi. On pense trop sou­vent que c’est du fait d’un manque d’investissement en R&D. D’autres évoquent les charges sociales qui pèsent sur les comptes des entre­prises. Les deux sont en par­tie faux, sur­tout dans la mesure où notre pays est devenu un para­dis fis­cal de la R&D. Et la France regorge de sec­teurs de pointe, mais qui sont sous-exploités. On a par exemple l’un des deux meilleurs labos d’Europe en infor­ma­tique avec l’INRIA (avec Fraun­hof­fer Ins­ti­tute en Alle­magne) mais on peine à trans­for­mer cela en suc­cès mon­diaux. Et le lea­der fran­çais du logi­ciel, Das­sault Sys­tèmes, n’en vient pas. Il y a cepen­dant des sec­teurs moins tech­nos où la France réus­sit bien, et qui intègrent pour­tant du mar­ke­ting (ou au moins la marque “France”) : l’agro-alimentaire, le luxe et la cos­mé­tique, la grande dis­tri­bu­tion. Ce n’est donc pas une fata­lité. Cela veut dire que l’on manque de com­pé­tences busi­ness dans cer­tains sec­teurs qui existent dans d’autres.

    Le vrai pro­blème de la France se situe dans l’aval de l’innovation, pas dans l’amont. C’est dans sa rela­tion au mar­ché, dans sa capa­cité à créer des solu­tions qui répondent à de vrais besoins, dans son apti­tude à les vendre, à expor­ter, à com­bi­ner inno­va­tion tech­no­lo­gique et mar­ke­ting, à faire de la “high tech pour les masses” que nous sommes défi­cients. Dans les tech­no­lo­gies, nous avons été trop habi­tués à créer de la high­tech ne néces­si­tant pas de faire du mar­ke­ting avec les grands pro­grammes indus­triels (éner­gie, trans­ports) et main­te­nant cela nous retombe des­sus car pour réus­sir, il faut vendre avec du mar­ke­ting et faire du volume. On n’est pas bon non plus pour s’imposer à l’échelle mon­diale au niveau des stan­dards, notam­ment faute de mai­trise de l’anglais.

    On rai­sonne aussi trop “démo­gra­phie des entre­prises”. Il n’y a pas assez de grosses PME (ETI ou gazelles) alors on met le paquet des­sus avec ce que l’Etat sait faire : sub­ven­tion­ner, prê­ter, ou amé­lio­rer les liens entre recherche publique et entre­prises. Mais on ne traite pas le fond du problème.

    Il y en a une qui semble avoir com­pris en par­tie : Anne-Marie Idrac, qui par­court le monde pour vendre “l’industrie France”. L’Elysée a com­mencé à s’en pré­oc­cu­per égale­ment, avec une cel­lule dédiée, qui s’occupe notam­ment du nucléaire et de l’aérospatiale (elle avait pris en main le dos­sier Rafale, qui semble avoir abou­tit au Bré­sil). Mais l’appareil d’Etat a encore une vision col­ber­tiste trop tra­di­tion­nelle de l’industrie. Estrosi ? Son pédi­grée semble bien éloi­gné des entre­prises. Il était plu­tôt des­tiné à s’occuper de pro­blé­ma­tiques de sécu­rité intérieure.

    Il fau­drait mettre la sur­mul­ti­pliée au niveau des com­pé­tences, qui ne sont pas bien char­pen­tées en France pour être com­pé­ti­tifs. On parle de recréer Stan­ford dans la Val­lée de Che­vreuse. Mais on réunit essen­tiel­le­ment des uni­ver­si­tés scien­ti­fiques et des écoles d’ingénieurs. Il y a juste un mal­heu­reux HEC qui sera en bor­dure de cette nou­velle zone stra­té­gique. Et que pen­ser de notre culture mana­gé­riale ? Est-ce adap­tées aux nou­veaux défis du moment ?

    Sinon, cer­tains comme Michel Rocard sou­haitent à juste titre que la France innove aussi dans les “green­tech”. Com­bien de pôles là des­sus ? Deux ou trois au maxi­mum. La filière solaire n’est pas bien en point alors que les Alle­mands sont les meilleurs d’Europe (à Dresde). Les éoliennes ? Pareil.

    • [5.1] - Sylvain F a répondu le 20 octobre 2009 :

      Alma Consul­ting Group ferait il du lobby sur le cré­dit d’impôt inno­va­tion (plus large que le cré­dit d’impôt recherche) ? car ce groupe est conseil en finan­ce­ment de l’innovation et en fis­ca­lité. Il a tout inté­rêt à ce que ces cré­dits d’impôt (bien com­pli­qués) se géné­ra­lisent pour faire fruc­ti­fier son affaire… et sup­pri­mer ainsi l’aide directe à l’innovation qui peut se pas­ser très faci­le­ment de ses ser­vices, puisque c’est l’Etat qui accom­pagne les PME dans ce cas, sans leur ponc­tion­ner le moindre cen­time.
      Le site du groupe Alma consul­ting :
      http://www.almacg.fr/index.php?id=19&L=0
      L’article des Echos fai­sant état du baro­mètre très dirigé de ce consul­tant :
      http://www.lesechos.fr/info/metiers/020141546016-elargir-le-credit-d-impot-recherche-a-toute-l-innovation.htm

      • [5.1.1] - Sylvain F a répondu le 20 octobre 2009 :

        Dans le gra­phique du finan­ce­ment de l’innovation pré­senté sur le site d’Alma Consul­ting, figurent le CIR, l’aide Oséo, le FUI des pôles, Eureka et Euros­tars… Il les pré­sente comme étant des dis­po­si­tifs sépa­rés, or ils sont tous gérés par Oséo qui pro­pose déjà des exper­tises dans ce cadre :
        http://www.almacg.fr/index.php?id=19&L=0

  • Merci Oli­vier pour cet éclai­rage quant aux outils d’OSEO!

  • [7] - SF a écrit le 21 octobre 2009 :

    Pour­quoi la Suisse fait elle par­tie des pays euro­péens les mieux clas­sés dans le baro­mètre de l’innovation ? La France fait par­tie du pelo­ton de tête aussi, avec l’Allemagne, le RU, la Suède, le Dane­mark…
    L’Italie et l’Espagne ne sont par contre pas bien classées.

    Le baro­mètre euro­péen
    http://www.proinno-europe.eu/admin/uploaded_documents/EIS2008_Final_report-pv.pdf

    Le por­tail de l’innovation suisse
    http://www.myscience.ch/fr/research_daily/funding/kti

    Le Luxem­bourg aussi semble être bien noté
    Voici son por­tail
    http://www.innovation.public.lu/html/

  • Pourvu que ça dure ! (quand il n’y a plus rien à comprendre)

    Je vou­drais ici, à tra­vers le rap­pro­che­ment de 4 extraits du texte d’Olivier et des divers com­men­taires, reve­nir ici sur la ques­tion de “volonté”, point-clef pour l’innovation en France:
    « 
    Fran­çois Drouin remarque que seul le quart des aides du urFond Unique Inter­mi­nis­té­riel (FUI) qui finance les pôles de com­pé­ti­ti­vité revient aux grandes entre­prises, un autre quart aux PME et le reste, la moi­tié, aux labo­ra­toires de recherche.
    ….….…
    Ce “CII” pour­rait être foca­lisé sur les star­tups qui en ont le plus besoin et ne sont pas là pour faire de la R&D, mais créer des pro­duits et des ser­vices et les vendre, pas faire de l’expérimentation. Reste à com­prendre quels sont les obs­tacles – autres que sim­ple­ment finan­ciers – pour faire avan­cer cette bonne idée !  »

    «  Il faut com­prendre l’ensemble de cet équi­libre com­plexe qui est un véri­table jeu de domi­nos. Et par­fois, on a bien l’impression qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion, tout du moins au niveau poli­tique. C’est devenu tel­le­ment com­pli­qué qu’il semble y avoir une forme de démis­sion intel­lec­tuelle devant ce chantier. »

    « Mais en février 2010, pour clore les états géné­raux, Nico­las Sar­kozy pré­sen­tera sa nou­velle poli­tique indus­trielle pilo­tée par l’Etat, avec les prio­ri­tés du grand emprunt. Estrosi est le patron des pôles de com­pé­ti­ti­vité (sous la hou­lette de l’Ecole des Mines et des Drire…), au des­sus de la DGCIS et d’Oséo. Si toutes les aides se concentrent sur ces pôles à la méthode du col­la­bo­ra­tif, il serait oppor­tun de faire pas­ser vos idées sur le fait que ce sys­tème n’est pas la pana­cée et n’est pas du tout adapté. »

    Dés jan­vier 2005 avec le rap­port Beffa qui devait conduire à la créa­tion de l’AII, re-dissoute depuis (moins ça change, plus c’est pareil.…) j’avais tenté d’expliquer dans un com­men­taire
    http://portail-innovation.typepad.com/innovationtribune/2005/02/rapport_beffa_l.html
    cette appa­rente « démis­sion » qui est une vraie volonté …de ne rien faire: pour­quoi voulez-vous qu’il soit créé en France des Google ou des Cisco qui tor­pille­raient -voir condui­raient au tombeau- la PQR, les inves­tis­se­ments des assu­reurs dans une “Indus­trie” obso­lète ou Alca­tel et les tel­cos his­to­riques ?
    De ce point de vue « l’inefficacité » d’OSEO camou­flée en usines à gaz des finan­ce­ments, n’est que la bonne orga­ni­sa­tion de cet immo­bi­lisme féo­dal dont la devise est tou­jours celle de Lae­ti­tia Bona­parte, mère de Napo­léon (avec l’accent Corse): «  Pourvu qué ça doure ».

    Donc atten­dons février 2010 … puis Pâques ou la Trinité.…

  • [9] - SF a écrit le 25 octobre 2009 :

    @Pierre Alber­tin. D’accord avec le fait que c’est une caste (X Mines, grandes écoles d’ingénieurs…) qui a fait (jusqu’ici) en sorte de tout ver­rouiller comme l’avait décelé dans les posts de votre article, AY Port­noff, à pro­pos du Rap­port Beffa pré­fi­gu­rant l’AII. Il est néces­saire d’ouvrir le monde de l’innovation à d’autres pro­fils. De même qu’il n’est pas nor­mal de tout concen­trer sur les ETI et les grandes entre­prises. Il est urgent de lais­ser les nou­veaux entrants faire leur place sans trop dés­équi­li­brer l’ensemble. La parité euro/dollar est de toute façon une plaie pour l’exportation des ETI en ce moment.
    En ce qui concerne le cré­dit d’impôt espa­gnol, il fau­drait com­prendre dans ce cas pour­quoi l’Espagne est en queue de pelo­ton pour l’innovation en Europe mal­gré cette mesure. Je ne pense pas que ce Cré­dit d’impôt Inno­va­tion soit si effi­cace, si ce n’est pour faire du chiffre rapi­de­ment (annonce gou­ver­ne­men­tale sur le sou­tien à l’innovation) et pour les cabi­nets spé­cia­li­sés qui se sucrent au pas­sage afin de conseiller les entre­prises dans leur “défis­ca­li­sa­tion”.
    Autre chose : Bruxelles impo­sait jusqu’ici les “sauts tech­no­lo­giques” comme sec­teur légi­time d’intervention de l’Etat (puisque trop ris­qué pour le finan­ce­ment privé). Mais dans le cas des star­tups (même peu ris­quées tech­no­lo­gi­que­ment), il y a un manque de finan­ce­ment privé durant les pre­mières années. Il faut donc déro­ger sur ce type d’entreprise. C’est au niveau des règles euro­péennes que tout se joue. Le cré­dit d’impôt inno­va­tion espa­gnol ne finance pas la com­mer­cia­li­sa­tion des pro­duits. Il per­met sim­ple­ment de finan­cer un peu plus des inno­va­tions moins high tech (comme le fait d’ailleurs l’aide à l’innovation, par oppo­si­tion au cré­dit d’impôt Recherche, plus axé sur la recherche scien­ti­fique proche des labo­ra­toires).
    Les aides à l’innovation d’Oséo (avances à taux 0, rem­bour­sables en cas de suc­cès) financent aussi le design et des inves­tis­se­ments plus large que le CIR. Mais comme les cré­dits d’impôts, elle s’arrête avant l’industrialisation et la com­mer­cia­li­sa­tion. A ce stade, nor­ma­le­ment la preuve du concept est faite, il y a le pro­duit, le risque est dimi­nué et le finan­ce­ment privé devrait jouer son rôle (prêt avec taux d’intérêt, contrat de déve­lop­pe­metnt Oséo…), avec une garan­tie. On pour­rait ima­gi­ner un prêt à taux 0 (ou presque), rem­bour­sable en tout état de cause, pour finan­cer cela et des­tiné aux jeunes entre­prises innovantes.

  • [10] - eze a écrit le 26 octobre 2009 :

    Ce post est très intéressant…merci Oli­vier. Le finan­ce­ment de l’innovation devient une réa­lité en France, même si l’exercice est consom­ma­teur de temps…




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