Rapport Attali et Innovation

Publié le 31 janvier 2008 et mis à jour le 17 février 2008 - 9 commentaires -
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A mon tour de me pen­cher sur le Rap­port Attali (plus pré­ci­sé­ment: Rap­port de la Com­mis­sion pour la libé­ra­tion de la crois­sance fran­çaise). Je ne vais ni le détruire, ni l’encenser, mais plu­tôt essayer de le com­plé­ter avec un regard porté sur l’innovation industrielle.

Le rap­port pro­pose un beau dépous­sié­rage du pays, de ses nom­breux archaïsmes (pro­fes­sions sur-protégées, etc), de revoir son décou­page admi­nis­tra­tif pesant, de refondre l’université et plein d’autres méca­nismes de notre pays, tout en ten­tant de pré­ser­ver un équi­libre entre entre­pre­neu­riat, inves­tis­se­ments, et pro­tec­tion sociale et en s’inspirant des bonnes pra­tiques d’autres pays.

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Le rap­port et son signa­taire ont aussi des tra­vers. Ils semblent ne trai­ter que trop indi­rec­te­ment les fac­teurs de crois­sance indus­trielle que nous devrions cou­vrir en prio­rité. Ils donnent l’impression de s’attacher trop aux “couches basses” de la crois­sance: infra­struc­tures, éduca­tion et recherche, fis­ca­lité, santé, mais sans s’occuper suf­fi­sam­ment des “couches hautes” : ce qui va véri­ta­ble­ment amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vité écono­mique du pays et lui per­mettre d’innover et d’en tirer un pro­fit direct. Pas­sons aussi sur l’ire des dépu­tés UMP et autres pro­fes­sions pro­té­gées, liée à quelques mal­adresses de com­mu­ni­ca­tion. Le ton agres­sif et défen­sif d’Attali dans ses prises de posi­tion la semaine der­nière marque une cer­taine défiance sur la capa­cité du pays de se réfor­mer et vis à vis de l’establishment. Il n’a rien à perdre donc se moque un peu des conve­nances. Tac­ti­que­ment, ce n’est pas for­cé­ment optimal.

Il y a donc du bon et du moins bon dans ces 316 mesures. Com­men­çons par le meilleur…

Quelques bonnes pistes du rapport

Le cata­logue de réformes à appli­quer rapi­de­ment est consé­quent même si les moda­li­tés méritent plus ample réflexion. Pre­nons celles qui auraient un impact poten­tiel sur notre capa­cité à inno­ver et à exporter :

  • Le rap­pel de quelques fon­da­men­taux dans l’éducation, notam­ment le besoin de for­mer les enfants le plus rapi­de­ment pos­sible à l’anglais et à l’informatique. On aurait pu rajou­ter “à la pré­sen­ta­tion”, dont on sait qu’elle est un des points forts de l’éducation aux USA, qui donne confiance et plus tard, créé cette apti­tude en com­mu­ni­ca­tion et dans la vente, y com­pris chez les per­sonnes qui occupent des métiers techniques.
  • La pour­suite des réformes des uni­ver­si­tés et de la recherche: auto­no­mie, aug­men­ta­tion des finan­ce­ments pri­vés, plus de finan­ce­ments publics de la recherche sur pro­jets (com­battu par les cher­cheurs), mais qui devrait s’appliquer à la recherche appli­quée et pas for­cé­ment à la recherche fon­da­men­tale. Notons que Jacques Attali avait été à l’origine d’un rap­port sur l’enseignement supé­rieur en 1998 dont de nom­breuses conclu­sions ont été sui­vies d’effet dans la durée. Cer­taines qui ne l’ont pas été se retrouvent réin­jec­tées dans ce rap­port 2008 (réforme des corps de l’Etat, appel au privé pour le finan­ce­ment). Il manque quelques éléments dont nous devrions nous ins­pi­rer et qui pro­viennent entre autres des USA: les étudiants y sont davan­tage plu­ri­dis­ci­pli­naires - un peu comme dans les grandes écoles fran­çaises. Un étudiant dans un filière scien­ti­fique devra par exemple étudier une branche des sciences molles (humaines, droit, finance, mar­ke­ting). Ce qui à la fois ouvre des pers­pec­tives “busi­ness” et fait cotoyer les étudiants scien­ti­fiques avec d’autres qui le sont moins. Cette fusion, au sein des uni­ver­si­tés, contri­bue à créer des pro­fils plus entrepreneuriaux.
  • La pro­po­si­tion de créer dix pôles uni­ver­si­taires et de recherche de taille mon­diale. Le prin­cipe, que je sou­tiens depuis quelques temps, est bon et même indis­pen­sable. C’est la mise en pra­tique qui pêche. Déjà, dix pôles, c’est beau­coup trop. Il fau­drait com­men­cer par un maxi­mulm de deux ou trois et concen­trer les inves­tis­se­ments. Comme l’Europe avec son “MIT dis­tri­bué”, le rap­port pré­co­nise des demi-mesures avec syner­gies, rap­pro­che­ments et col­la­bo­ra­tions, et autres notions de cam­pus vir­tuels. Dan­ger ! Il ne sug­gère pas de rap­pro­che­ments dans ces cam­pus entre les filières sien­ti­fiques et les autres, comme les écoles de com­merce. Il pro­pose aussi de qua­dru­pler la taille des pro­mo­tions de l’Ecole Poly­tech­nique alors que ce n’est pas for­cé­ment là qu’il fau­drait faire por­ter l’effort: les X coûtent cher, et en aug­men­tant leur nombre, on crée­rait un appel d’air dans les autres écoles mili­taires (Saint Cyr) qui récla­me­raient aussi leur aug­men­ta­tion d’effectifs, et rien ne prouve qu’augmenter le nombre d’X amé­lio­rera la crois­sance. Mais il est vrai qu’Attali en est sorti major et qu’il y a ensei­gné, donc ceci explique peut-être cela ! Il vau­drait mieux dou­bler le nombre d’ingénieurs INSA, Sup­Te­le­com, Cen­trale, INPG et autres. Autre point, le recours à des appels d’offres, mais sans pré­ci­sion d’une ambi­tion plus large qui serait de consti­tuer non seule­ment des pôles uni­ver­si­taire et de recherche, mais égale­ment, ados­sés, des pépi­nières d’entreprises et tout un écosys­tème de ser­vices asso­ciés. Bref, OK bien entendu pour des pôles uni­ver­si­taires et de recherche, mais avec une vision glo­bale et un véri­table regrou­pe­ment phy­sique avec de gros investissements.
  • De nom­breux plans d’équipement en numé­rique, le haut débit pour tous (repre­nant un crédo de notre ami Jean-Michel Billaut dont la voix a bien porté !), la télé­vi­sion et la radio numé­riques, les mobiles, la signa­ture élec­tro­nique, l’administration élec­tro­nique, etc. Mais atten­tion à ne pas faire de ces démarches de simples plans d’équipement mobi­li­sant les entre­prises locales, en fai­sant fi d’une logique indus­trielle qui devrait être sur­tout tour­née vers les expor­ta­tions. Com­bien de plans d’équipement dans le passé ont eu cet effet per­vers (comme les TO7 de Thomson) !
  • Des mesures pour flui­di­fier l’acti­vité écono­mique des PME et leur crois­sance: réduc­tion des délais de paie­ment, repré­sen­ta­tion unique des sala­riés dans les PME de moins de 250 per­sonnes regrou­pant CE, CHSCT, délé­gués syn­di­caux et délé­gués du per­son­nel. Beau­coup de bon sens. Il pro­pose de créer une agence de conseil aux TPE/PME, sorte de gui­chet unique, mais sans indi­quer les­quelles sup­pri­mer ou regrou­per. Le rap­port sug­gère égale­ment d’élargir le finan­ce­ment des PME pour l’amorçage avec diverses mesures fis­cales. Il pro­pose enfin de fusion­ner les parts sala­riales et patro­nales des charges sociales. C’est bien vu car la dis­tinc­tion n’avait pas beau­coup de sens, autre que celui de com­plexi­fier la feuille de paye. Mais la décom­plexi­fier aura un coût que les entre­prises devront absor­ber. Les mesures géné­riques sur les PME sont donc dans l’ensemble bien vues.
  • La pro­po­si­tion de créer des fonds de pen­sion, injec­tant des capi­taux dans l’innovation et le risque. C’est un des fac­teurs clés de suc­cès de la Sili­con Val­ley (voir ici et ). L’innovation a besoin d’argent qui circule !
  • De bonnes pistes sur le tou­risme qui est un énorme gise­ment de crois­sance puisque nous sommes les pre­miers au monde ! On pro­pose même d’installer le haut débit dans les hôtels pour “la clien­tèle étran­gère” (et les fran­çais sont des neu­neus qui n’en ont pas besoin ?). Par contre, rien n’est dit sur la manière de rendre nos conci­toyens plus accueillants, aimables et ser­viables, his­toire d’améliorer notre détes­table répu­ta­tion. C’est un peu tabou.
  • Quelques pointes de réforme des cor­po­ra­tismes, notam­ment celui des grands corps de l’état. Mais c’est impré­cis et le mal n’est pas véri­ta­ble­ment diag­nos­ti­qué. Comme de sur­croît, ce rap­port a obtenu la béné­dic­tion des hauts-fonctionnaires du Minefi, on est en droit de dou­ter de la réelle volonté de réfor­mer ! Sur­tout dans la mesure où ce Minis­tère en contrôle quelques uns (Télé­coms, Mines, Ponts).
  • La relance de l’immigration “choi­sie” dans des domaines ciblés. Notam­ment pour atti­rer les meilleurs étudiants du monde avec une sco­la­rité payante de bon niveau. Plus de 50% des créa­teurs de star­tups de la Sili­con Val­ley sont d’origine étran­gère (le rap­port évoque 60% de chi­nois et d’indiens, ce qui doit être sur­éva­lué). Le melting-pot a du bon pour la crois­sance aux USA. Ne pas oublier que nous sommes dans une course aux talents à l’échelle planétaire.
  • La volonté de sim­pli­fi­ca­tion du mille-feuille admi­nis­tra­tif dans les régions. Elle est bien ana­ly­sée dans le rap­port : il faut regrou­per les com­munes, bien trop nom­breuses, la consé­quence deve­nant un appau­vris­se­ment méca­nique du rôle des dépar­te­ments, voués à dis­pa­raître. Evi­dem­ment, sup­pri­mer les dépar­te­ments ne veut pas dire sup­pri­mer les mis­sions qu’ils assument mais les trans­fé­rer à d’autres niveaux. Il est dom­mage que le rap­port ne s’appuie pas sur des don­nées chif­frées sur le nombre de fonc­tion­naires à chaque niveau admi­nis­tra­tif et des écono­mies poten­tielles à réa­li­ser. De toutes manières, quoi qu’il arrive, les élus locaux hur­le­ront. Mal­gré, tout, lorsqu’on lit cette par­tie du rap­port, le rai­son­ne­ment et le plan se tiennent plu­tôt bien.
  • Enfin, la fin du rap­port com­prend un sem­blant de pro­ces­sus avec un calen­drier et un plan de tra­vail. On évite un peu les tra­vers des audits de grandes boites de conseil qui ne four­nissent presque jamais le mode d’emploi de leurs pro­po­si­tions et cherchent par là géné­rer du récur­rent. Ici, le récur­rent, ce sont certes les rap­ports à répé­ti­tion, mais sur­tout, la dif­fi­culté d’agir dans la durée. Mais la démarche de ce rap­port est née de l’illusion de la toute puis­sance de Nico­las Sar­kozy pour impul­ser le chan­ge­ment et la rup­ture dans le pays. Il relève d’une approche gaul­lienne qui serait très “top bot­tom”. Il n’est pas évident qu’il soit pos­sible de la mettre en oeuvre de la sorte. Sur­tout dans la mesure où le “poli­tique” manque sérieu­se­ment de vision sur l’économie et les industries.

Les aspects déçevants

A force de s’occuper des “couches basses” comme indi­qué en intro­duc­tion, le rap­port est presque hors sujet - ou au moins très incom­plet - à force de trop vou­loir réfor­mer la France dans son ensemble (dis­tri­bu­tion, pro­fes­sions régle­men­tées, santé). A l’origine des­tiné à “libé­rer la crois­sance”, il se noie dans un tas de consi­dé­ra­tions et de réformes, certes sou­hai­tables, mais limi­tées dans leur impact struc­tu­rel sur la crois­sance. Il donne l’impression d’être trop tourné vers l’intérieur du pays et ne met pas suf­fi­sam­ment en lumière les éléments qui per­met­traient à la France d’être plus com­pé­ti­tive et d’exporter plus (cf ce coup de gueule de Jean Pey­re­le­vade). Le mot “expor­ta­tion” n’apparait que cinq fois dans le document !

Cela com­mence avec une vision indus­trielle dis­sé­mi­née dans le rap­port. On parle bien de l’économie du numé­rique, du tou­risme, de green­tech et de nano­tech­no­lo­gies. Mais quels sont les ration­nels ? Pour­quoi sommes-nous bons dans cer­tains domaines et pas dans d’autres ? Faut-il inves­tir pour s’améliorer là où nous sommes déjà bons (tou­risme) où la où la France faillit depuis plu­sieurs décen­nies (le numé­rique) ? En mar­ke­ting, on assi­mi­le­rait cela à un pro­blème de positionnement.

On retrouve aussi un biais fran­çais clas­sique: la croyance dans la science et la recherche pour réus­sir. On la retrouve dans cette obses­sion quelque peu sim­pliste sur “l’effort de recherche”. Pour­tant, entre la recherche, l’innovation et la réus­site écono­mique, il y a des pro­duits, de la vente, du mar­ke­ting, du volume et de l’internationalisation ! Pas juste de la “valo­ri­sa­tion” comme on peut le lire dans le rap­port. C’est la com­bi­nai­son de l’excellence scien­ti­fique et tech­nique avec des talents dans la vente et le mar­ke­ting qui font le suc­cès des pays et des entre­prises com­pé­ti­tifs. On peut lire que les cher­cheurs pour­raient être for­més à la “ges­tion” (Déci­sion 31). Ce n’est pas suffisant!

Alors que Jacques Attali l’avait évoqué lors du lan­ce­ment de sa com­mis­sion, les aspects “cultu­rels et valeurs” sont un peu oubliés. Com­ment créer une culture qui accepte le risque, et pas seule­ment au niveau du prin­cipe de pré­cau­tion ? Com­ment décom­plexer l’opinion par rap­port à la réus­site écono­mique ? Com­ment valo­ri­ser ces réus­sites ? Quel est le rôle des médias même si on n’a pas à leur dire ce qu’il faut qu’ils fassent ? Il y a une patho­lo­gie spé­ci­fi­que­ment fran­çaise dans le regard de l’économie qu’aucun rap­port n’a cher­ché à trai­ter. Il relève de l’inconscient col­lec­tif, de l’histoire poli­tique et reli­gieuse du pays.

On trouve quelques autres biais pas for­cé­ment heureux :

  • La croyance dans la force du sec­teur public pour régen­ter et orga­ni­ser l’économie. Avec la créa­tion de nom­breuses agences (comme pour la veille et l’orientation indus­trielle) au lieu de regrou­per et de défrag­men­ter l’existant. Et l’incantation ne fait pas la réforme ! Com­bien de fois une action commence-t-elle par un vague “pro­mou­voir”, “favo­ri­ser”, “encou­ra­ger”, “ren­for­cer” (36 fois) ou “inci­ter” dans le rap­port ! Le rap­port pré­co­nise bien de réduire très pro­gres­si­ve­ment le nombre de fonc­tion­naires, de créer des “agences” pour res­pon­sa­bi­li­ser les acti­vi­tés du ser­vice public, des mesures tech­niques diverses pour amé­lio­rer l’efficacité de l’Etat, et de pour­suivre l’effort déjà lancé dans l’administration élec­tro­nique. Mais est-ce suf­fi­sant pour réduire pro­gres­si­ve­ment le poids du sec­teur public, notam­ment dans les pré­lè­ve­ments, tout en pré­ser­vant l’essentiel ? Est-ce que les gains d’efficacité seront suffisants ?
  • Dans le numé­rique, il y a ce cou­plet sur le logi­ciel libre dans la Déci­sion 58. Curieu­se­ment, l’encouragement aux logi­ciels libres est la seule mesure de cet objec­tif consis­tant à déve­lop­per l’industrie du logi­ciel ! Une vision bien par­cel­laire de cette indus­trie qui intègre les ser­vices Inter­net et les logi­ciels com­mer­cia­li­sés sous forme de ser­vices (pour les­quels l’aspect libre ou pas importe peu vu du client). Avec des cal­culs un peu rapides sur l’avantage écono­mique que cela pro­cu­re­rait. Cet encou­ra­ge­ment pro­ve­nant de la sphère publique est pour­tant omni­pré­sent depuis des années (notam­ment depuis le rap­port Car­ce­nac de 2001). Ce qui n’a pas pour autant amé­lioré la com­pé­ti­ti­vité de la France dans les TIC. Cela a juste fait croitre quelques SSII d’importance locale, et l’activité de ser­vices infor­ma­tiques  tra­di­tion­nels des grandes SSII, sans crois­sance des expor­ta­tions. D’autant plus que le plus grand suc­cès autour du libre créé par un fran­çais… est amé­ri­cain: le ser­veur Java JBOSS créé à Atlanta par Marc Fleury (un poly­tech­ni­cien…), et racheté par Red Hat. Pro­mou­voir la concur­rence dans le sec­teur public ? Mais c’est là qu’elle s’exerce déjà le plus ! C’est là aussi que Micro­soft souffre au quo­ti­dien d’une concur­rence dif­fi­cile. Et aussi quelques autres plus dis­crets comme Oracle. Aug­men­ter la consom­ma­tion de logi­ciels libres en France rédui­rait peut-être les impor­ta­tions mais n’augmenterait pas pour autant les expor­ta­tions. Les tra­vers qui limitent nos expor­ta­tions s’appliquent à tous les éditeurs, quel que soit la licence de leur logi­ciel : insuf­fi­sance de capi­taux, d’ambition, d’exportations, de vente et de mar­ke­ting ! Donc libres ou pas, il faut trou­ver des modèles écono­miques “sca­lables” de vente de logi­ciels qui per­mettent de géné­rer du volume et à l’échelle mon­diale. Inter­net apporte une réponse plus géné­rique que les logi­ciels libres, qui ne sont que des outils créés de manière plus mutua­li­sée que les logi­ciels pro­prié­taires. Les com­bats de coq entre socié­tés du libre et éditeurs de logi­ciels pro­prié­taires sont donc presque dépassés !
  • La com­mis­sion n’a pas eu le cou­rage de pro­po­ser de sup­pri­mer l’ISF en échange d’augmentations, par exemple, des droits de suc­ces­sion voire d’une aug­men­ta­tion de la pro­gres­si­vité de l’impôt sur le revenu. Ce n’est pas dans l’air du temps il est vrai. Toute pro­po­si­tion de réforme n’échappe pas à la tac­tique et au choix du moment de la pro­po­ser en fonc­tion de l’état de l’opinion !
  • Le mode de fonc­tion­ne­ment de la com­mis­sion Attali qui pré­sente des tra­vers (inévi­tables): influence de lob­bies divers, déci­sions qui sont le résul­tat de consen­sus mous, l’appel à contri­bu­tions aux admi­nis­tra­tions concer­nées (per­met­tant certes de vali­der la fai­sa­bi­lité bud­gé­taire, mais inté­grant aussi quelques résis­tances aux chan­ge­ments), déci­sions du der­nier moment (celle qui concerne les logi­ciels libres n’aurait pas été dis­cu­tée avec les membres de la com­mis­sion repré­sen­tant l’industrie infor­ma­tique). Autre bizar­re­rie de ce genre de com­mis­sion qui est rare­ment dénon­cée: les per­sonnes consul­tées sont en majo­rité des “corps consti­tués” ou des syn­di­cats pro­fes­sion­nels ou de sala­riés (voir la liste à par­tir de la page 69 du dos­sier de presse de la com­mis­sion). Dif­fi­cile de faire autre­ment pour aller vers les “vrais gens”. Mais ces orga­ni­sa­tions ont leur propre fonc­tion­ne­ment qui fait resor­tir du consen­sus mou et des inté­rêts par­ti­cu­liers. Pas tou­jours l’intérêt géné­ral et une véri­table vision! En tout cas, la com­mis­sion Attali a brains­tormé sur la crois­sance qua­si­ment sans patrons de PME inno­vantes, sans incu­ba­teurs et sans socié­tés de capi­tal risque (même si Jacques Attali en fré­quente per­son­nel­le­ment). Bref, il n’a pas été fait appel sérieu­se­ment à l’écosystème de l’innovation ! Alors que l’on n’a pas oublié le DG du CNRS ni la fédé­ra­tion des taxis, des notaires ou des phar­ma­ciens. Vieille France !

Après ce petit tour, j’en conclue que les conclu­sions de la Com­mis­sion Attali sont plu­tôt bonnes dans l’ensemble avec une vision d’ensemble rare­ment vue dans un rap­port pour réfor­mer la France. Mais la com­mis­sion aurait pu trai­ter plus direc­te­ment le sujet de la crois­sance et de la com­pé­ti­ti­vité en fai­sant un peu plus appel au privé dans ses consultations.

Cela n’empêchera pas les bonnes idées du rap­port d’être mises en place. La Com­mis­sion a réa­lisé un gros tra­vail en peu de temps. Il y a certes de la réuti­li­sa­tion d’idées d’autres rap­ports, une cohé­rence par­fois mise à mal, mais l’ensemble se tient tout de même et mérite d’être repris par les politiques.

C’est main­te­nant au gou­ver­ne­ment et aux poli­tiques d’agir, mais sans se cou­per des lumières de la “société civile” (expres­sion consa­crée mais un peu dépas­sée). Espé­rons juste que les aléas écono­miques, poli­tiques (muni­ci­pales) et des cor­po­ra­tismes bruyants ne calment pas l’ardeur des réformes.


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Publié le 31 janvier 2008 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Economie, Entrepreneuriat, France, Innovation, Politique | 9 commentaires

Les 9 commentaires sur “Rapport Attali et Innovation” :

  • Plu­tôt qu’une vision d’ensemble, j’ai le sen­ti­ment de piz­zi­cati qui se coulent dans de grands cou­ratns, sans réforme structurelle.

    De nom­breuses mesures me semblent loin de l’objectif qui est men­tionné sur la cou­ver­ture : la croissance.

    D’abord parce que la crois­sance n’est qu’un indice d’activité, pas de créa­tion de richesse, de pro­tec­tion de l’environnement, ou de performance.

    Le pire tient au “tout ou rien” posé là par “Jacques a dit” : ça s’appelle du chantage.

    Le trai­te­ment média­tique et poli­tique de cet OVNI me laisse songeur…

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 31 janvier 2008 :

    Je me suis fait les mêmes remarques au départ. C’était un sport de déni­grer ce rap­port. Peu s’aventurent à en dire du bien.

    Mais en lisant le docu­ment en entier et en consul­tant les dif­fé­rentes cri­tiques qui en étaient faites, j’ai trouvé qu’il était trop injuste de blâ­mer tout azi­mut le tra­vail de cette com­mis­sion. C’est une pos­ture maxi­ma­liste bien fran­çaise consis­tant à tou­jours voir la par­tie à moi­tié vide du verre.

    Il y a dans ce rap­port un ensemble plus cohé­rent qu’il n’y parait, même si par­fois il faut une expli­ca­tion de texte. Il est plus incom­plet qu’incohérent. Il est plus hors sujet qu’il ne contient de pistes à écar­ter entièrement.

    Le “tout ou rien” est une pos­ture à la fois de pro­vo­ca­tion de la part d’Attali, mais aussi le sou­hait de pré­ser­ver les équi­libres socialo-libéraux du rap­port. C’est égale­ment une manière de dire au pou­voir poli­tique: “êtes vous chiches? pour bou­ger la France, mal­gré les risques que cela comporte?”.

    Soyons construc­tifs! Peu de cri­tiques du rap­port ont pré­cisé leurs solu­tions pour géné­rer de la croissance.

    Après, on peut se poser la ques­tion de l’intérêt de géné­rer de la crois­sance. Une “bonne” crois­sance doit effec­ti­ve­ment enri­chir le pays sans détruire (plus avant…) la pla­nète, et ses fruits doivent être équi­ta­ble­ment dis­tri­bués tout en valo­ri­sant l’entrepreneuriat et l’effort.

  • Je ne suis pas néga­tif sur tout. Sim­ple­ment je pense que le tort est la ten­ta­tion de l’encyclopédisme, de l’exhaustivité. La défi­ni­tion de la mis­sion était trop vaste, Attali en bon élève a voulu répondre sur tous les fronts par un pro­gramme ambi­tieux. Au final, ça res­sem­ble­rait plus à un pro­gramme pré­si­den­tiel de cam­pagne (ce n’est pas une cri­tique !), ce qui n’était peut-être pas attendu.

    Du coup, l’ensemble ne peut être appré­hendé que dif­fi­ci­le­ment, et est média­ti­que­ment non trai­table : les impli­ca­tions des dif­fé­rentes mesures sont com­plexes et liées entre elles (chan­ge­ments en droit social + réforme de l’administration + libé­ra­li­sa­tion), l’étendue des domaines d’intervention rend à mon sens impos­sible une expli­ca­tion claire.

    Il ne reste qu’un débat d’experts entre eux, ou un débat en marge sur tel point (les taxi… fran­che­ment, je vous le demande…). Ca me rap­pelle, toute pro­por­tion gar­dée, le débat sur la Consti­tu­tion euro­péenne : qui a voté en connais­sance de cause ? Qui a lu l’intégralité du texte, en com­pre­nant les effets induits sur les trai­tés précédents ?

    Je crains que le caprice d’Attali du “tout ou rien” et la com­plexité de son rap­port ne rejette l’ensemble dans l’ombre, ce qui serait très dommageable.

    Quant à la cohé­rence, je vois des lignes de forces, mais reste dubi­ta­tif : il me manque un mor­tier autour des pierres de l’édifice. alors oui, il est peut-être incomplet.

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 1 février 2008 :

    Oui, je suis bien d’accord, le rap­port couvre un spectre trop large de sujets. Pour­quoi donc? N’est-ce pas parce qu’une telle com­mis­sion ras­semble trop de per­sonnes et inter­roge trop de corps consti­tués? C’en est sou­vent le tra­vers. Mais pouvait-il faire autrement?

    Dans les tech­niques de brains­tor­ming sur des sujets com­plexes, il est sou­vent de bon ton de tout mettre sur la table et ensuite d’élaguer. Sar­kozy avait donné carte blanche à Attali, ce qu’il fait qu’il a tout étalé. Mais l’élagage n’a pas été fait.

    Moi qui appré­cie les sché­mas, j’aurais bien aimé que le rap­port en contienne quelques uns. Avec par exemple, la rela­tion de cause à effet entre les mesures pro­po­sées. Avec un peu de chif­frage. Avec de la vul­ga­ri­sa­tion. Les “rap­ports de la Répu­blique” ont sou­vent ce tra­vers que leurs rédac­teurs ne vivent pas encore à l’ère du mul­ti­mé­dia. Quand on lit un rap­port de la Cour des Comptes, c’est la même his­toire. Aucun tra­vail de mise en pers­pec­tive et de vul­ga­ri­sa­tion, pas de sché­mas expli­ca­tifs, peu de tableaux de syn­thèse. Les rédac­teurs n’ont pas com­pris qu’à l’ère de l’Internet, leurs tra­vaux n’étaient plus réser­vés à un cercle d’initiés ou aux tiroirs. Les citoyens (enfin, cer­tains) s’informent. Les médias consultent. les blog­geurs crunchent.

    Je m’étais fait la même remarque sur les dif­fé­rentes réformes lan­cées par le gou­ver­ne­ment ces der­niers mois: tri­bu­naux, retraites, uni­ver­si­tés. Aucun des minis­tères concer­nés n’avait fait l’effort de pro­duire une docu­men­ta­tion de vul­ga­ri­sa­tion des réformes qu’ils lan­caient et qui pour cer­taines ont blo­qué facs et trans­ports pen­dant des jours. Incroyable!

    L’exemple des taxis est tout aussi éloquent. Au delà du fait que c’est un peu hors sujet par rap­port à la crois­sance, pour­quoi il n’est pas expli­qué? Cela ne suf­fit pas de dire qu’il n’y a pas assez de taxis par rap­port à telle ou telle ville. Il faut expli­quer com­ment les taxis y fonc­tionnent, quelles sont les dif­fé­rences de “régime”. Quel est l’impact d’une déré­gu­la­tion? Com­ment com­pen­ser cet impact? Et si cela prend trop de place, four­nir un poin­teur sur des tra­vaux annexes. Et puis com­ment gérer la tran­si­tion? Mais plus de taxis, cela peut géné­rer de la crois­sance: cela amé­lio­re­rait le ser­vices apporté à nos tou­ristes et donc aug­men­te­rait poten­tiel­le­ment leur nombre. C’est évidem­ment un effet très indi­rect. C’est le cas des infra­struc­tures en géné­ral. Mettre du haut débit par­tout est du même ton­neau. Cela ne veut pas dire que la France va géné­rer le pro­chain Google pour autant!

    Bref, nos élites devraient suivre des stages de com­mu­ni­ca­tion et prendre la peine de faire preuve d’un peu de pédagogie.

  • Mon­gé­né­ral disait : « Si vous vou­lez enter­rer un pro­blème, créez une commission »

    Ca n’apporte rien aux pro­pos brillants expri­més ci-dessus si ce n’est qu’au delà du fond, notre hyper pré­sident est en train de se prendre un joli boomerang…

    On verra ce qu’il en res­tera d’ici quelques semaines lol

    Ps :
    Eton­nant tou­te­fois la remarque sur le manque de péda­go­gie en pre­nant l’exemple du taxi à pro­pos duquel il aurait fallu expli­quer « le pour­quoi du com­ment, le fonc­tion­ne­ment actuel, le fonc­tion­ne­ment demain, la régle­men­ta­tion, la ges­tion du chan­ge­ment, la tran­si­tion »..mais est ce réaliste ?

    Rapide cal­cul :

    Met­tons ½ h par pro­po­si­tion
    Je pose 316 que je mul­ti­plie par 0,5 ce qui me donne gen­ti­ment 158h.

    Soyons pas chiche, je dis ¼ h par proposition….79h…

    Alors on fait quoi…80 feuille­tons d’1 heure le ven­dredi à 20h30 ?
    Un mara­thon de 80h à la TV ? genre dis­cours à la Fidel ? La semaine de la crois­sance ?
    20 DVD a envoyer en cadeau à chaque foyer ?

    Bref tout cela est il bien réaliste ?

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 1 février 2008 :

    On peut au moins com­men­cer par les sujets les plus polé­miques. Tous ne le sont pas dans les pro­po­si­tions d’Attali. Juste une dizaine. Cela devient donc humai­ne­ment faisable…

  • [7] - Pierre a écrit le 26 mars 2008 :

    Je viens com­men­ter à froid sur cet article (2 mois après, quasi l’éternité sur le web). C’est sur­tout un pas­sage qui me fait tiquer un peu :
    “Il manque quelques éléments dont nous devrions nous ins­pi­rer et qui pro­viennent entre autres des USA: les étudiants y sont davan­tage plu­ri­dis­ci­pli­naires - un peu comme dans les grandes écoles fran­çaises. Un étudiant dans une filière scien­ti­fique devra par exemple étudier une branche des sciences molles (humaines, droit, finance, mar­ke­ting).“
    Ce que je vois des jeunes diplô­més amé­ri­cains c’est que certes ils étudient au moins une branche des « sciences molles » mais que – du moins au niveau « engi­neer » - ils ne sont pas aussi cos­taud sur les sciences durs qu’en France. L’idée de gar­der des cur­sus avec une très forte conno­ta­tion scien­ti­fique (science dur j’entends), tout en for­mant au mar­ke­ting, finance, sciences humaines, droit et pro­priété intel­lec­tuelle, etc, idée que l’on applique dans dif­fé­rentes grandes écoles fran­çaises me parait vrai­ment pertinent.Et les par­te­na­riats Ingénieur/Commercial tels que ECP-ESSEC, ECL-EM Lyon, s’ils se déve­loppent devraient aider à sor­tir des diplô­més plus enclin à inno­ver et créer. Et puis je ne sais si cela vient de la for­ma­tion que j’ai reçu ou pas mais j’ai eu l’impression d’avoir été bien pré­paré au fac­teur humain, autant du point de vue prag­ma­tique et dans un objec­tif d’efficacité, que d’un point de vue quelque peu huma­niste. J’aimerai bien avoir l’occasion de com­pa­rer ca avec le haut du panier US (MIT et consort, PhD).
    Je pré­cise par hon­nê­teté que je suis diplômé ECP (à vous de voir si mon rai­son­ne­ment en est biaisé) et actuel­le­ment en acti­vité au Texas.

  • [8] - Olivier Ezratty a écrit le 27 mars 2008 :

    Est-ce que la com­pa­rai­son n’est pas ren­due dif­fi­cile par la légère désyn­chro­ni­sa­tion entre les cycles? Est-ce qu’un PhD amé­ri­cain est de moins bon niveau qu’un fran­çais avec son doctorat?

    En tout cas, la répu­ta­tion des fran­çais en termes de maths, sciences dures et réso­lu­tion de pro­blèmes com­plexe n’est plus à faire. C’est à la fois notre point fort et notre talon d’Achille. Mais la force dans les dimen­sions “molles” des étudiants issus du sys­tème US pro­vient peut-être plus du sys­tème de valeur et de la culture que de l’enseignement supé­rieur lui-même.

    Les par­te­na­riats écoles d’ingénieurs et écoles de com­merce sont de bonnes ini­tia­tives en tout cas. Même si leur mise en oeuvre semble quelque peu labo­rieuse. Il serait pré­fé­rable que ces écoles soient géo­gra­phi­que­ment plus proches les unes des autres. Il y a deux “bons” cas: Cen­trale Lyon et l’EM Lyon, à Ecully, et l’INT qui regroupe une école d’ingé et une busi­ness school sur le même campus.

  • [9] - Pierre a écrit le 27 mars 2008 :

    Oui c’est sur la com­pa­rai­son est un peu biai­sée par le léger déca­lage entre cycles.

    J’ai entre temps com­plété ma lec­ture sur le sujet uni­ver­sité et grandes écoles par cet article qui m’a donné un peu plus de grain à moudre.
    http://www.oezratty.net/wordpress/2007/grandes-ecoles-et-innovations/

    Cela me fait pen­ser d’ailleurs qu’un plu­gin de type « Articles connexes » - related_posts pour Word­Press - pour­rait offrir de beaux ponts entre articles et pro­lon­ger de façon per­ti­nente la lec­ture (d’articles déjà bien consis­tents en eux même il est vrai).




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