Les faux semblants de Quaero

Publié le 24 mars 2008 et mis à jour le 30 mars 2008 - 22 commentaires -
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Depuis le déblo­cage du dos­sier du finan­ce­ment public fran­çais de Quaero par la Com­mis­sion Euro­péenne le 11 mars 2008 der­nier (annonce ici), on entend à nou­veau par­ler de Quaero. Ce finan­ce­ment est de 99m€, un peu plus que ce qui avait été ini­tia­le­ment annoncé en 2006. Le pro­gramme cou­tera 199m€ sur 5 ans sachant que l’Etat en finance la moi­tié. En été 2007, la Com­mis­sion Euro­péenne avait égale­ment auto­risé le gou­ver­ne­ment alle­mand à sub­ven­tion­ner à hau­teur de 120m€ leur pro­jet THESEUS, qui est une sorte de “spin-off” de Quaero.

Le pro­jet Quero a été com­pris comme un “moteur de recherche fran­çais” construit de toutes pièces. Il a été abon­dam­ment cri­ti­qué car voué à l’échec. Il aura cer­tai­ne­ment du plomb dans l’aile, mais pas pour les rai­sons géné­ra­le­ment avancées.

Nous allons creu­ser la ques­tion en nous appuyant sur les infor­ma­tions récem­ment ren­dues publiques au sujet de Quaero.

Un faux projet

En effet, Quaero n’est tout sim­ple­ment pas un pro­jet ! C’est plu­tôt une sorte de pôle de com­pé­ti­ti­vité déguisé de la recherche Inter­net, sans attache géo­gra­phique par­ti­cu­lière puisque les entre­prises concer­nées sont dis­sé­mi­nées en France, et quelques unes en Alle­magne. Comme dans un pôle de com­pé­ti­ti­vité, on dis­tri­bue des sub­ven­tions à dif­fé­rentes struc­tures (entre­prises, labo­ra­toires de recherche publics et pri­vés) et on tente de les faire tra­vailler ensemble. Libre à elles ensuite de créer des pro­duits et de les com­mer­cia­li­ser. C’est l’esprit qui est der­rière Quaero, bien décrit dans l’article cor­res­pon­dant de Wiki­pe­dia.

Contrai­re­ment aux volon­tés affi­chées par Jacques Chi­rac en 2005 et 2006, l’Etat s’est donc bien gardé de se mêler de stra­té­gie indus­trielle dans la mise en oeuvre de cette prio­rité ins­crite dans l’agenda de feu l’Agence de l’Innovation Indus­trielle créée en août 2005. Quaero est l’un des pro­jets défi­nis en avril 2006, parmi 16 au total. L’AII a été inté­grée en début d’année 2008 dans le péri­mètre d’Oséo. En effet, la mis­sion d’Oséo est de dis­tri­buer prêts et sub­ven­tions pour faire éclore des inno­va­tions. La fusion des deux agences était par­fai­te­ment cen­sée pour réduire le nombre d’organismes public de finan­ce­ment de l’innovation. Une bonne approche de défrag­men­ta­tion de l’Etat que j’avais eu l’occasion de décrire et encou­ra­ger il y a un an avant l’élection pré­si­den­tielle dans l’essai “Trop d’Etat - Oui mais où ça?”.

Avec Quaero, l’Etat a fait ini­tia­le­ment croire à une grande vision, alors que l’on n’a fait que dis­tri­buer des sub­ven­tions de R&D, comme d’habitude. C’est écrit dans les textes ! Pre­nons ainsi le com­mu­ni­qué de presse de la Com­mis­sion Euro­péenne. On y trouve la struc­ture de Quaero qui…

se concen­trera sur les tech­no­lo­gies du trai­te­ment auto­ma­tique de la parole, du lan­gage, de la musique, de l’image et de la vidéo. QUAERO élabo­rera des solu­tions nou­velles ou aux per­for­mances for­te­ment accrues pour la recherche auto­ma­tique et l’interprétation d’informations numé­riques mul­ti­mé­dias et mul­ti­lingues sous divers formats.

Le pro­gramme est coor­donné par le groupe Thom­son, acteur mon­dial des tech­no­lo­gies de l’image dont plu­sieurs filiales fran­çaises et alle­mandes col­la­borent avec 22 autres par­te­naires. Grâce à QUAERO, Thom­son enri­chira à terme son offre com­mer­ciale pour les pla­te­formes de dis­tri­bu­tion de conte­nus audio­vi­suels sur pro­to­cole Inter­net (télé­vi­sion sur IP, vidéo à la demande, etc.) et pour les sys­tèmes de ges­tion de conte­nus mul­ti­mé­dia numé­riques. La clien­tèle visée par Thom­son se com­pose notam­ment des opé­ra­teurs de réseaux IP, des dif­fu­seurs de conte­nus et des stu­dios de pro­duc­tion cinématographique. […]

Le plus drôle, c’est qu’il existe un http://www.quaero.com/ mais il appar­tient à une société amé­ri­caine de ser­vices mar­ke­ting qui existe au moins depuis début 2005, soit avant la créa­tion de l’AII. Per­sonne n’a visi­ble­ment véri­fié la dis­po­ni­bi­lité du nom de domaine Quaero quand le pro­jet a été lancé ! Même si ce n’était peut-être pas des­tiné à être une marque com­mer­ciale, cela fait désordre ! C’est sur http://www.quaero.fr que l’on trouve de l’information sur Quaero, sur un site tout frais créé il y a quelques semaines. On y trouve enfin la liste des socié­tés inté­grées dans le pro­gramme et, trans­pa­rence oblige, le mon­tant des sub­ven­tions par béné­fi­ciaire. Pen­dant trois ans, il n’y avait aucun site web public d’information sur Quaero !

Les domaines cou­verts par Quaero

Les pro­grammes de recherche finan­cés par Quaero couvrent cinq domaines appli­ca­tifs dont deux auront des débou­chés pra­tiques dans l’Internet grand public et les trois autres, plu­tôt dans des appli­ca­tions professionnelles :

  • La recherche de conte­nus mul­ti­mé­dias sur Inter­net (piloté par Exa­lead). C’est la com­po­sante la plus grand public de Quaero, celle qui fait pen­ser à la bataille “contre Google”. A l’origine, Quaero était en effet posi­tionné comme orienté sur la recherche de conte­nus mul­ti­mé­dias sur Inter­net, manière de che­vau­cher une nou­velle rup­ture de l’Internet. En 2005, c’était presque vision­naire. You­Tube venait de démar­rer et de com­men­cer à mon­ter en puis­sance. Mais depuis… il a été acquis par Google !
  • La sélec­tion et la dif­fu­sion per­son­na­li­sée de vidéos (piloté par France Tele­com) qui semble-t-il vise les nou­velles inter­faces de set-top-box pour consom­mer la télé­vi­sion numé­rique. C’est un sujet très inté­res­sant, mais très dif­fé­rent de la notion clas­sique de moteur de recherche. Le domaine du midd­le­ware pour set-top-box est encore assez mou­vant (voir “La bulle des set-top-boxes”). La numé­ri­sa­tion et le pas­sage pro­gres­sif par Inter­net de la dif­fu­sion de la télé­vi­sion est une véri­table rup­ture tech­no­lo­gique. Mais France Tele­com est plus un opé­ra­teur de ser­vice qu’un four­nis­seur de tech­no­lo­gie. Donc, pas sûr que l’on arrose au bon endroit !
  • L’enrichissement des ser­vices d’accès aux conte­nus audio­vi­suels sur les por­tails (piloté par Thom­son et l’INA). L’aboutissement poten­tiel semble être des logi­ciels de ges­tion de conte­nus pour les pro­fes­sion­nels. On est encore loin des moteurs de recherche.
  • La ges­tion de res­sources audio­vi­suelles pro­fes­sion­nelles (piloté par Thom­son), encore une appli­ca­tion professionnelle.
  • La numé­ri­sa­tion et enri­chis­se­ment des conte­nus des biblio­thèques, du patri­moine audio­vi­suel et de l’édition scien­ti­fique (piloté par Jouve). On est qua­si­ment dans la ges­tion docu­men­taire, et donc tou­jours dans les appli­ca­tions professionnelles.

Le site de Quaero pré­sente ce tableau de syn­thèse qui per­met d’identifier les entre­prises et labo­ra­toires asso­ciées à ces cinq branches :

Quaero1

Les PME béné­fi­ciaires des sub­ven­tions de Quaero ne sont pas bien connues du grand public car elles sont plu­tôt four­nis­seurs de logi­ciels ou ser­vices pro­fes­sion­nels, et sont pour la plu­part assez anciennes (au moins 10 à 15 ans d’existence) :

  • Jouve est un spé­cia­liste fran­çais de la ges­tion d’information et docu­men­taire, sous trai­tant de longue date pour la pro­duc­tion de docu­men­ta­tions tech­niques pour des indus­triels comme dans l’aérospatial. La société fait plus de 1000 per­sonnes et 100m€ de CA.
  • Ber­tin Tech­no­lo­gies est une société d’ingénierie et d’innovation d’environ 400 per­sonnes et de 43m€ de CA qui tra­vaille sou­vent pour le compte de tiers. Ils sont connus pour le fameux aéro­train mort-né pen­dant les années 1970 et ont heu­reu­se­ment créé plein d’innovations très spé­cia­li­sées à usage indus­triel (télé­dé­tec­tion de gaz par ima­ge­rie infra­rouge, détec­tion de défauts par vision arti­fi­cielle, cap­teurs, engins de manu­ten­tion sur cous­sins d’air).
  • Synapse est une société fran­çaise basée à Tou­louse spé­cia­li­sée dans le trai­te­ment lin­guis­tique : cor­rec­tion ortho­gra­phique et tra­duc­tion. Elle a eu Micro­soft comme client pour sa suite Office.
  • LTU Tech­no­lo­gies est un éditeur de logi­ciel de moteur de recherche d’image fran­çais, qui appar­tient depuis 2005 à un groupe Japo­nais, Jastec.
  • Vec­sys est un éditeur de logi­ciels fran­çais spé­cia­lisé dans le trai­te­ment de la parole.

Et THESEUS? D’après le site du pro­jet alle­mand

THESEUS deve­lo­ped out of the Quaero ini­tia­tive sug­ges­ted by a German-French indus­try study group in April 2005. In the wake of wor­king out the details of the indi­vi­dual research pro­jects, both sides rea­li­zed that dif­ferent focuses had evol­ved. The­re­fore, at the request of France, the deci­sion was made at the turn of the year 2006/2007, to conti­nue with the two pro­grams sepa­ra­tely for the time being. THESEUS – as the Ger­man part has been cal­led since – and Quaero com­ple­ment one ano­ther and are clo­sely inter­lin­ked through study groups, which meet on a regu­lar basis. The plans are to tap joint synergy and coope­ra­tion potentials.

On apprend donc que les pro­jets alle­mand et fran­çais on divergé à la demande de ces der­niers ! Et que ces pro­jets sont dif­fé­rents et com­plé­men­taires. En effet, la foca­li­sa­tion alle­mande porte beau­coup sur le “web séman­tique” et les inter­faces uti­li­sa­teurs. Elle semble encore plus éloi­gnée d’une approche grand public que l’approche française.

Les débou­chés de Quaero

Selon le site de Quaero :

Le pro­gramme Quaero vise des débou­chés prin­ci­paux dans les sec­teurs grand public, cultu­rels, scien­ti­fiques et professionnels :

  • Des por­tails et outils de recherche et de navi­ga­tion de docu­ment mul­ti­mé­dias grand public, par exemple la recherche de pod­casts, pho­tos ou vidéo sur PC, télé­vi­sion ou télé­phone mobile;
  • Des outils pour la numé­ri­sa­tion, l’enrichissement et la dif­fu­sion du patri­moine audio­vi­suel et des biblio­thèques numériques ;
  • Des solu­tions pro­fes­sion­nelles inté­grées de ges­tion de conte­nus audio­vi­suels et de méta­don­nées (ana­lyse, fusion, agré­ga­tion, indexa­tion, archivage).

Pour abou­tir à des inno­va­tions lar­ge­ment dif­fu­sées, les pro­jets de Quaero devront être exploi­tés par ceux des indus­triels impli­qués qui pro­posent une offre com­plète à leurs clients, les autres étant plu­tôt des offreurs de “com­po­sants logi­ciels” (comme Vec­sys, Synapse ou LTU).

Dans l’Internet, France Tele­com et Exa­lead semblent être ceux à qui échoit cette lourde res­pon­sa­bi­lité. Exa­lead a une foca­li­sa­tion très “entre­prise” qui se conçoit bien vue la concur­rence dans l’Internet Grand Public. Donc, il y a fort à parier que si Quaero aura un impact, cela sera plu­tôt dans des appli­ca­tions pro­fes­sion­nelles, ou des appli­ca­tions grand public exploi­tées par France Tele­com ou des ser­vices publics (gares, aéro­ports, etc). Net net, le grand béné­fi­ciaire de Quaero semble être France Tele­com. Mais ce groupe de 52md€ de chiffre d’affaire avec un béné­fice net de 6,3md€ en 2007 avait-il besoin d’une sub­ven­tion de 6,5m€ pour mener ces pro­grammes de recherche ? Sur­tout pour amé­lio­rer les logi­ciels de ses set-top-boxes, en concur­rence avec des opé­ra­teurs pri­vés comme Free et Neuf­Te­le­com. Et sans approche de vente de tech­no­lo­gie, FT n’étant pas un four­nis­seur de set-top-boxes (qu’il fait fabri­quer par Thom­son, Alca­tel et d’autres) ni de midd­le­ware (qu’il achète en par­tie à des spécialiste).

Notons que mal­gré l’existence du pro­jet Alle­mand THESEUS, Quaero implique bien quelques labo­ra­toires alle­mands. Même si cer­tains ont quitté Quaero depuis l’annonce de 2006: le Labo­ra­toire DFKI (un labo­ra­toire de recherche alle­mand spé­cia­lisé dans l’intelligence arti­fi­cielle), Sie­mens, Arvato (une filiale de Bers­tel­mann qui pro­pose des ser­vices de sto­ckage de don­nées média), Empo­lis (une autre filiale de Bers­tel­mann, spé­cia­li­sée dans les moteurs de recherche pour entre­prise, sorte d’Exalead alle­mand) ainsi que Lycos Europe (un comble, une boite amé­ri­caine sub­ven­tion­née par la France !). Ces socié­tés ont rejoint l’initiative alle­mande THESEUS.

La répar­ti­tion des subventions

Depuis le 12 mars 2008, la répar­ti­tion des sub­ven­tions attri­buées par Oséo (qui a inté­gré l’Agence de l’Innovation Indus­trielle) est publique :

image

On constate que la répar­ti­tion est assez équi­li­brée entre PME, grandes entre­prise et labo­ra­toires publics :

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Et on remarque que deux uni­ver­si­tés alle­mandes récu­pèrent un total de 10,2m€ sur les 99m€ de Quaero. La pareille n’est pas direc­te­ment ren­due par les alle­mands aux fran­çais dans THESEUS, autre­ment que par la par­ti­ci­pa­tion pour un mon­tant non divul­gué d’une filiale de Thomson.

Mais autant il est louable de finan­cer la recherche publique sur pro­grammes, ainsi que des PME inno­vantes, autant les 38m€ dis­tri­bués à France Tele­com et Thom­son sont lar­ge­ment questionnables !

Le cas d’Exalead

En met­tant de côté France Tele­com, le seul véri­table acteur de l’Internet de la bande de Quaero semble être Exa­lead. Loin d’être un Google fran­çais, c’est tou­te­fois un acteur de niche qui se porte plu­tôt bien. Orienté entre­prise et Intra­net plus que grand public et Inter­net, sa taille est tou­jours sous-critique avec une cen­taine d’employés. Son chiffre d’affaire 2007 a tri­plé à 8,3m€ par rap­port aux 2,7m€ réa­li­sés en 2006, grâce au pas­sage de la base ins­tal­lée de 50 à 100 clients, pour moi­tié hors de France, notam­ment aux USA et au Royaume Uni. Exa­lead pré­voit d’ouvrir de nou­velles filiales euro­péennes en 2008 et d’une équipe OEM dans la Sili­con Val­ley, en plus de ses implan­ta­tions actuelles en Alle­magne, aux USA, au Royaume Uni et en Ita­lie. Pour un éditeur de logi­ciels d’entreprise, c’est une  belle croissance.

On a vu qu’Exalead va béné­fi­cier de la seconde plus grosse sub­ven­tion Oséo de Quaero avec 9,6m€. Cela sous-entend que Quaero pré­voit d’investir au moins le double en R&D dans les cinq ans à venir. Compte-tenu de ce qu’un éditeur de logi­ciels inves­tit en moyenne un quart de son CA en R&D, cela se tient, même à chiffre d’affaire constant.

Exalead1

L’offre d’Exalead est consti­tuée de moteurs de recherche pour les entre­prises et d’un moteur de recherche grand public : http://www.exalead.fr/search.

Ce der­nier moteur pré­sente quelques carac­té­ris­tiques inté­res­santes : le pre­view de sites sous forme de thumb­nails (qui existe sous Fire­fox avec le plug-in Google Pre­view) et la pos­si­bi­lité d’affiner les recherches en sélec­tion­nant le type de sites, d’information ou de fichiers recher­chés. Cela per­met par exemple d’exclure rapi­de­ment les résul­tats de sites de vente dans la recherche d’information sur un produit.

Exalead2

Mais ces quelques dif­fé­rences ne suf­fisent pas pour géné­rer du tra­fic ! Voyons ce qu’il en est : chez Alexa (qui a ten­dance à mesure l’audience chez les geeks, équi­pés d’une barre dans leur navi­ga­teur), le tra­fic est très modéré. L’ “Alexa rank” qui classe les sites selon leur tra­fic fait appa­raitre Exa­lead bien loin der­rière les chal­len­gers de la recherche Inter­net que sont Lycos, Alta­vosta et Ask­Jeeves, et en échelle logarithmique !

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Chez Com­pete qui mesure le tra­fic à la source chez les opé­ra­teurs télé­coms, la ten­dance est meilleure, mais avec juste 40K uti­li­sa­teurs uniques men­suels (aux US pro­ba­ble­ment). A peine le niveau d’une star­tup quel­conque du web 2.0.

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Exa­lead a égale­ment lancé son ser­vice Baagz, actuel­le­ment en beta - vous trou­ve­rez une démo sur le site de Jean-Michel Billaut. Dif­fi­cile à défi­nir, Baagz est une sorte de réseau social qui per­met de créer des pages per­son­nelles en mode “mashup/bureau vir­tuel” où l’on par­tage ses “pas­sions” avec des conte­nus et des poin­teurs sur des conte­nus externes. Il s’appuie sur le moteur de recherche d’Exalead. Baagz per­met de retrou­ver des uti­li­sa­teurs par­ta­geant ses pas­sions. Mais c’est un peu le genre de solu­tion à la recherche de son problème !

Donc, chez Exa­lead, nous avons en fait trois acti­vi­tés: le moteur de recherche pour entre­prise, le moteur pour grand public et le réseau social cou­plé au moteur de recherche. N’est ce pas un peu trop pour une seule boite ? Une perte de foca­li­sa­tion compte-tenu de ses moyens ? Chez Exa­lead, on m’a expli­qué que le moteur de recherche Inter­net était presque une sorte de vitrine pour la vente de logi­ciels d’entreprise. Que ces der­niers repré­sen­taient bien le coeur de métier de l’éditeur.

Côté inves­tis­seurs, Exa­lead appar­tient à un groupe d’investissement, Qualis-SCA, qui gère un por­te­feuille d’une demi-douzaine d’entreprises fai­sant un total d’environ 1md€ de CA. On y trouve de tout : de la cave à vin (Euro­Cave), des fixa­tions pour écrans plats (Erard), de la finance et de l’immobilier (Ake­rys) et un autre éditeur de logi­ciels, MASA Group, qui modé­lise les com­por­te­ments humains pour des appli­ca­tions pro­fes­sion­nelles. On peut espé­rer que cet inves­tis­seur saura don­ner les moyens de son déve­lop­pe­ment à Exa­lead - pas seule­ment finan­ciers - car le finan­ce­ment de sa R&D ne suf­fira pas pour le faire décol­ler comme acteur sérieux de l’Internet.

Dans le pire  des cas, son posi­tion­ne­ment dans l’entreprise lui per­met­tra de bien se déve­lop­per. Mais il est encore loin de pou­voir jouer dans la cour des grands sur Inter­net. Et la par­ti­ci­pa­tion à Quaero va sûre­ment allé­ger son compte d’exploitation, à défaut d’améliorer sa posi­tion concurrentielle.

De la recherche au pro­duit et à l’innovation

En France, les élites diri­geantes ont visi­ble­ment du mal à com­prendre com­ment fonc­tionne le che­min qui va de la recherche au pro­duit, du che­min qui va au pro­duit sans pas­ser néces­sai­re­ment par la recherche, et enfin, du pro­duit à l’innovation, c’est-à-dire, au suc­cès com­mer­cial et à grande échelle.

Le sys­tème d’aide à l’innovation est très orienté sur la R&D, avec une croyance presque reli­gieuse dans l’importance du pro­grès tech­nique comme fac­teur de réus­site. La for­ma­tion des déci­deurs concer­nés - ingé­nieurs, cher­cheurs, X + Corps d’Etat - explique beau­coup ce phé­no­mène. C’est cer­tai­ne­ment un fac­teur, mais loin d’être le seul, et par­ti­cu­liè­re­ment sur Inter­net. La dimen­sion tem­po­relle compte beau­coup. Il faut agir vite pour réus­sir et lorsque les dés sont jetés, le mar­ché se struc­ture rapi­de­ment avec des lea­ders dif­fi­ciles à délo­ger sauf lorsqu’ils passent à côté d’une inno­va­tion de rup­ture. Or aucun des concur­rents de Google n’a trouvé d’innovation de rup­ture per­met­tant de rebattre le jeu dans les moteurs de recherche. Aucun site web n’a trouvé un mode de moné­ti­sa­tion meilleur que la recherche, même les réseaux sociaux cen­sés per­mettre de gérer de la publi­cité très contextualisée !

Dans le cas de Quaero, la puis­sance publique s’est cepen­dant bien gar­dée de vou­loir créer un mec­cano indus­triel puisqu’elle sau­poudre ses cré­dits sur deux dizaines de socié­tés et labo­ra­toires, et les lais­sant libres d’exploiter les tra­vaux résul­tants. L’Etat a au moins com­pris, semble-t-il, que l’approche jaco­bine pilo­tée par les corps d’Etat n’est pas adap­tée aux NTIC. Le col­ber­tisme ne fonc­tionne pas dans ce sec­teur, sauf s’il est foca­lisé sur les inté­rêts vitaux (comme les super-calculateurs du CEA qui servent à simu­ler l’arme nucléaire).

On peut faire le paral­lèle entre Quaero et les efforts récents de Micro­soft dans sa course effre­née contre Google Search. Micro­soft a inves­tit des mil­liards de $ dans la R&D pour amé­lio­rer son moteur (Live Search, dont la page d’accueil est main­te­nant aussi dépouillée que celle de Google Search) et construire des data­cen­ters de plu­sieurs cen­taines de mil­lions de $. Et sans abou­tir. Le pire, c’est que sur 2 à 3 ans, Micro­soft a même perdu des parts de mar­ché face à Google ! Et pour­tant, il y a quelques nou­veau­tés dans le moteur Live. Comme la pos­si­bi­lité de modi­fier la taille des thumb­nails dans la recherche d’image.

Le temps de l’Internet n’est pas celui de la méca­nisme bruxello-étatique de dis­tri­bu­tion de sub­ven­tions. Quaero a été annoncé il y a trois ans, soit une éter­nité ! Il rem­place mal­adroi­te­ment le capi­tal risque et les busi­ness angels. Il ne favo­rise pas véri­ta­ble­ment les entre­pre­neurs au vu des béné­fi­ciaires (France Tele­com, Thom­son, les labos). Il aide des cher­cheurs sans pro­duits et sans modèle écono­mique. Il per­met peut-être à quelques cen­taines de cher­cheurs de tra­vailler dans des condi­tions décentes mais très suf­fi­sant pour s’attaquer aux entre­prises amé­ri­caines domi­nantes du secteur.

Dans l’Internet, les suc­cès futurs ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ils ne peuvent pas être bâtis de manière tra­di­tion­nelle. Ils doivent l’être dans une approche entre­pre­neu­riale lais­sant la place à plein de ten­ta­tives et d’échecs. C’est le cas de toutes les réus­sites de l’Internet en France, et même de celles qui ont réussi à l’international - au moins en termes d’audience (Kel­koo, Wikio, NetVibes).

Que faire ?

Com­men­çons par appe­ler un chat un chat : Quaero est un outil de finan­ce­ment de la recherche, pas un outil “indus­triel”. C’est l’une des pompes à finance des grands groupes, spé­cia­li­sés dans le sport de col­lecte de sub­ven­tions (notam­ment à l’Europe avec les pro­grammes FP6/FP7). Elle béné­fi­cie au tiers seule­ment à des PME, et encore, à part une ou deux, il se n’agit pas de “PME inno­vantes de l’Internet”.

L’Etat serait mieux avisé de réduire ces aides lorsqu’elles concernent de grands groupes pro­fi­tables, et à for­tiori, ceux qui n’ont pas de logique indus­trielle de créa­tion de logi­ciels ou de ser­vices Inter­net pour des mar­chés de volume (et au delà de leur chasse gar­dée de clients cap­tifs comme France Telecom).

Il devrait aider en prio­rité les star­tups, et au lieu de sim­ple­ment les finan­cer, faire en sorte que les grands groupes apprennent à se sour­cer chez les star­tups (com­bien d’acquisitions ?), pro­mou­voir une culture de l’innovation et dédia­bo­li­ser le suc­cès écono­mique. Comme le montre le suc­cès de la Sili­con Val­ley, l’innovation passe notam­ment par un cercle ver­tueux de finan­ce­ments qui fait bien cir­cu­ler l’argent pour l’essentiel privé. Et aux finan­ce­ments publics, il faut pré­fé­rer la com­mande publique. Notre mar­ché inté­rieur est trop timoré par aver­sion du risque (voir mon pré­cé­dent post sur la nomi­na­tion d’Eric Bes­son). La puis­sance publique pour­rait inver­ser cela en le dyna­mi­sant. Mais il ne faut pas non plus rêver car la rela­tion au risque n’est pas meilleure dans le public que dans les grandes entre­prises privées.

Autres éléments de réflexion: la par­tie des aides publiques qui aide au mar­ke­ting, à la com­mer­cia­li­sa­tion et à l’export pour les PME inno­vantes est bien trop réduite. Comme le capi­tal d’amorçage est encore trop faible, c’est bien là que l’effort devrait être porté. En atten­dant que les trans­for­ma­tions de l’atmosphère écono­mique et fis­cale locale déve­loppent le finan­ce­ment privé, atro­phié, de l’innovation.


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Publié le 24 mars 2008 Post de Olivier Ezratty | Economie, Entrepreneuriat, France, Google, Innovation, Internet, Logiciels, Microsoft, Startups | 22 commentaires

Les 22 commentaires sur “Les faux semblants de Quaero” :

  • [1] - Mickael a écrit le 24 mars 2008 :

    Un très bel article, pré­cis, argu­menté, et sur­tout d’un clarté limpide.

    Merci

  • [2] - Pierre a écrit le 24 mars 2008 :

    Oui lec­ture inté­res­sante et agréable.
    Désolé j’ai com­menté chez Kel­blog qui fai­sait réfé­rence a l’article ( http://www.kelblog.com/2008/03/quaero-expliqu.html )plu­tot qu’ici, mais je n’en pense pas moins.

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 24 mars 2008 :

    Oui, je vois ce débat en paral­lèle sur le blog de Pierre Chap­paz. J’y ai ajouté égale­ment un com­men­taire. Mais rien n’empêche d’avoir ce débat ici même… :) .

  • [4] - Pierre a écrit le 24 mars 2008 :

    Et bien alors je repose ici mes ques­tions naives: que pensez-vous de la stra­té­gie de SFR qui pré­fère investir/collaborer dans des pro­jets externes via sfr­de­ve­lop­pe­ment plu­tôt que de finan­cer (ou faire finan­cer par les pro­grammes de recherche publique) une R&D interne ? Si cela s’avère être une voie inté­res­sante et plus por­teuse pour l’innovation, com­ment pro­mou­voir cette façon de faire ? Quels freins faudrait-il lever ? Et y a-t-il moyen d’en faire une entre­prise a part entiere?

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 25 mars 2008 :

    J’en pense plu­tôt du bien, car cette stra­té­gie est rare en France, et est por­teuse d’un meilleur recy­clage des idées et de la créa­tion de richesse. Les entre­prises high-tech fran­çaises n’achètent pas assez de star­tups et pré­fèrent trop sou­vent mener de la R&D interne. Alors que l’innovation pro­vient plus sou­vent des petites struc­tures, que les grandes doivent apprendre à iden­ti­fier, acqué­rir et digérer.

    Le lea­der en la matière aux US est Cisco. Les grands de l’Internet pro­cèdent égale­ment à de nom­breuses acqui­si­tions (Google, Yahoo, MS, etc) pour aller vite au lieu de vou­loir tour faire en interne. Mais réus­sir ces acqui­si­tions est une autre paire de manche.

    Com­ment pro­mou­voir cela en France? Pas évident car le sys­tème repose sur la non inter­ven­tion de l’Etat (sauf en matière régu­la­toire pour limi­ter les entraves à la concur­rence). Cela devrait com­men­cer par la limi­ta­tion des sub­ven­tions de R&D pour les grands groupes et leur concen­tra­tion sur les PME inno­vantes (et réel­le­ment indé­pen­dante, pas les PME filiales de grands groupes). Ainsi, cela contri­bue­rait à l’éclosion des PME inno­vantes (avec d’autres fac­teurs) et pous­se­rait les grandes entre­prises à se bou­ger, et à faire des acqui­si­tions. Il y a par ailleurs tout l’environnement de valeur autour du risque et de la culture du résul­tat à faire gra­duel­le­ment évoluer. C’est un pro­gramme au long cours!

    Seul écueil en France: nous n’avons qua­si­ment plus d’industriels des TIC pou­vant déclen­cher ce cercle ver­tueux de l’innovation. Les poids lourds des TIC sont des entre­prises de ser­vices: télé­coms et SSII pour l’essentiel. S’ils achètent des star­tups, ce n’est pas dans la logique de créa­tion de valeur indus­trielle, mais pour ren­for­cer leurs ser­vices. Sou­vent, avec un impact plu­tôt local. Nous avons une défi­cience claire dans notre indus­trie des TIC (comme en Europe en géné­ral). Un grand “res­tart” est néces­saire, qui doit faire rela­ti­ve­ment abs­tra­tion des grandes entre­prises exis­tantes. Sinon, on n’arrivera pas à créer en Europe de nou­veaux acteurs mon­diaux des technologies.

    Petite com­pa­rai­son pour illus­trer cela : ces 5 der­nières années, Das­sault Sys­tèmes a pro­ba­ble­ment du acqué­rir plus de star­tups que France Télé­com, qui est 50 fois plus grand. Mais je n’ai pas les chiffres sous la main, c’est une intui­tion basée sur l’observation de l’actualité.

  • Par­fai­te­ment en phase avec tout ça.

    Dom­mage pour plu­sieurs rai­sons :
    - Comme je le dis dans mon der­nier billet ( http://www.ziserman.com/blog/2008/03/24/lapres-google/ ), il y a vrai­ment des choses à faire, sur des nou­veaux usages liés à la recherche, en rup­ture par rap­port au modèle de Google ;
    - La com­mis­sion euro­péenne n’est pas satis­faite par cette situa­tion. Je connais un peu les équipes là bas, pour avoir tra­vaillé avec eux. Ils rêve­raient d’aider vrai­ment les indus­triels euro­péens pour contrer la domi­na­tion amé­ri­caine dans le logi­ciel. Le pro­blème est qu’ils n’ont pas d’interlocuteurs. Le “sys­tème” a généré ses “para­sites”. Exemple : les grandes socié­tés de ser­vices qui poussent pour des pro­jets open-source, parce que ce sont les pro­jets qui leurs per­met­tront de man­ger le plus : l’avenir du logi­ciel en europe, ils s’en battent les …

    Mais concrè­te­ment, si vous avez des pro­jets, il y a des inter­lo­cu­teurs inté­res­sants à Bruxelle. Après, fau­dra convaincre, négo­cier… Le che­min est très pro­ba­ble­ment étroit mais peut être pas impossible.

  • Un grand merci pour cet article, le plus clair que j’ai trouvé sur ce sujet.

  • Je suis d’accord avec l’analyse et je trouve tout cela déso­lant (et je sors de ce moule des grandes écoles et haut fonc­tion­naire). J’ai écrit sur le sujet dans mon recent livre “start-up” en men­tion­nant un article de la revue Spec­trum au début 2007 (http://spectrum.ieee.org/jan07/4842) où l’Europe était la risée de la com­mu­nauté tech­no­lo­gique. Quaero y était pré­senté comme un loser. Je ne suis pas sûr que ces mil­lions von chan­ger le qua­li­fi­ca­tif… l’innovation passe par les start-up et pas par des consor­tiums “top-down”; com­bein faudra-t-il encore de décen­nies avant que nos déci­deurs comprennent?

  • Je ne peux qu’abonder…

    Et “amu­sant” de consta­ter qu’en ce moment, par un mou­ve­ment de balan­cier inverse, les fonds euro­péens des­ti­nés au capi­tal risque (FEI http://europa.eu/institutions/financial/eif/index_fr.htm ) se font plu­tôt rares… “le cercle ver­tueux du finan­ce­ment” disais-tu ?

    Sinon, pour cou­per les che­veux en huit, je pré­cise que France Tele­com est revenu sur le sec­teur des STB en créant une struc­ture com­mune avec SAGEM et THOMSON (enore…) pour y déve­lop­per ses Live­box
    http://www.orange.com/fr_FR/presse/communiques/cp080220fr.html
    sans oublier VIACCESS (qui est plus un CAS)
    http://www.viaccess.com/en/

    Et je recoupe le che­veu en signa­lant une coquille sur la sté du por­te­feuille de QUALIS : MASA

  • Pour rap­pel, les pays de l’Union se sont mis d’accord pour finan­cer des pro­jets de recherche dans le domaine des TIC à hau­teur de 9,1 mil­liards d’euros de 2007 à 2013. La des­crip­tion est dispo sur et le pro­gramme de tra­vail pour les années 2007-2008 est dispo sur .

  • Mau­vaise manip dans mon com­men­taire pré­cé­dent. Voici les liens :

    http://cordis.europa.eu/fp7/ict/

    et

    ftp://ftp.cordis.lu/pub/fp7/ict/docs/ict-wp-2007-08_fr.pdf

  • [12] - Olivier Ezratty a écrit le 30 mars 2008 :

    Fré­dé­ric, j’ai cor­rigé le texte pour MASA.

    J’avais bien noté la créa­tion de la JV FT/Thomson/Sagem mais sa mis­sion était quelque peu obs­cure et il n’était pas expli­ci­te­ment fait allu­sion au busi­ness des STB, mais plu­tôt de la domo­tique. Si la JV sert “juste” à faire évoluer la Live­box, c’est une mis­sion bien limi­tée. Mais je parie que cette JV va aussi obte­nir des sub­ven­tions pour mener ses “recherches”…

  • [13] - Hugues a écrit le 1 avril 2008 :

    l faut quand même noter que Exa­lead est une star­tup fon­dée par un X-Mines sur la base de ses tra­vaux de recherche, et qui a réussi à par­tir de capi­taux pri­vés à deve­nir rentable.

    Tu devrais donc selon ta logique te féli­ci­ter qu’elle puisse récu­pé­rer des fonds pour pou­voir déployer son savoir-faire tech­no­lo­gique. Sinon, ton argu­ment est cir­cu­laire:
    “je pense que la recherche ne doit pas être financé par l’état, donc c’est pas bien qu’exalead soit financé par l’etat”; c’est ton avis.
    Ca a fait ses preuves his­to­ri­que­ment sur des pro­jets indus­triels lourds (ariane, air­bus, tgv…)

    Donc plu­tôt que de voir le verre à moi­tié vide, voyons le à moi­tié plein: c’est plu­tôt satis­fai­sant d’avoir un des meilleurs acteurs du search en europe pilote sur la recherche euro­péenne sur le search inter­net.
    D’ailleurs à l’échelle de l’état, les sommes en jeu sont déri­soires et méritent cette “prise de risques”

    Enfin, concer­nant France Télé­com, il serait naïf de pen­ser qu’on peut tra­vailler sur des set top box indé­pen­dam­ment des four­nis­seurs d’accès qui les fabriquent et pour les­quels elles sont un enjeu stra­té­gique.
    De ce point de vue, l’europe est net­te­ment en avance sur les US, et il n’y a rien d’absurde à vou­loir impo­ser un stan­dard européen

  • [14] - Olivier Ezratty a écrit le 1 avril 2008 :

    Hugues, ne me fais pas écrire ce que je n’ai pas écrit! Je note qu’Exalead est la société pour laquelle les aides de Quaero ont le plus de sens, et dénonce plu­tôt les aides aux grands groupes comme France Tele­com qui ont déjà lar­ge­ment de quoi finan­cer leur R&D.

    Mal­gré tout, la taille d’Exalead en fait un acteur réel­le­ment mineur à l’échelle mon­diale. Les PME fran­çaises et euro­péenne high-tech ont tou­jours bien du mal à avoir une crois­sance rapide.

    C’est bien docu­menté dans le livre “Star­tups” d’Hervé Lebret, qui est inter­venu plus haut dans les com­men­taires de cet article. Une fois le boots­trap de la R&D déclen­ché (comme avec Exa­lead), le déve­lop­pe­ment de la boite n’est plus réel­le­ment une affaire de R&D, mais plu­tôt de sales/marketing/management/leadership/financement.C’est plus là que l’on pêche en France que dans la R&D.

    Pour les stb, je demande à voir et me demande si FT veut réel­le­ment créer un stan­dard euro­péen ou sim­ple­ment prendre de l’avance par rap­port à Free et Neuf­Te­le­com dont les parts de mar­ché crois­santes com­mencent à gra­touiller le lea­der Orange…

  • Je réagis égale­ment au post de Hugues avec lequel je suis plu­tôt en désac­cord: que l’Etat finance la recherche, là des­sus aucun débat,je suis 100% d’accord. Mais ma mémoire d’ancien du capital-risque me fait pen­ser qu’une start-up, une PME n’a pas vrai­ment les moyens de faire de la recherche; elle innove, elle déve­loppe, elle fait des pro­duits. Or Exa­lead est déjà une start-up ancienne (fon­dée en 2000 je crois) et j’ai des doutes sur l’efficacité des fonds publics à ce stade. En tout cas, il me semble que les start-up de la Sili­con Val­ley ont une approche bien dif­fé­rente et je suis par contre d’accord avec Oli­vier quand il dit que Exa­lead est un acteur mineur. Y aurait-il un lien de cau­sa­lité entre la nature de ces finan­ce­ments publics et la rela­tive faible crois­sance des start-up européennes?

  • [16] - Olivier Ezratty a écrit le 4 avril 2008 :

    On peut aussi noter la confu­sion géné­rale entre le R(ercherche) et le D(éveloppement) dans les finan­ce­ments publics. Oséo comme Quaero dans ce cas là financent beau­coup de D, sur­tout dans le cas d’Exalead. Et même pro­ba­ble­ment égale­ment chez pas mal d’autres acteurs concer­nés. Ce qui est inté­res­sant, c’est de voir com­ment la quasi-totalité des star­tups qui demandent des finan­ce­ments à Oséo maquillent du D en R pour faire joli et amé­lio­rer les chances d’acceptationd de leur dos­sier. Comme la dis­tinc­tion entre R et D en infor­ma­tique n’est pas tou­jours évidente, cela passe.

  • [17] - Hugues a écrit le 11 avril 2008 :

    Mon point était de dire qu’il était un peu para­doxal de s’appuyer sur le pro­jet Quaero pour dénon­cer la culture euro­péenne de finan­ce­ment de l’innovation à par­tir de fonds public, dans la mesure où Exa­lead, qui est un acteur impor­tant du pro­jet Quaero est d’une cer­taine façon l’illustration que ça peut marcher.

    On a d’autres exemples, en Corée et au Japon, d’innovation très fortes pous­sées par l’Etat.

    Concer­nant la fai­blesse de l’innovation tech­no­lo­gique en France, je pense que c’est d’abord une ques­tion cultu­relle d’aversion au risque, ensuite l’absence d’un écosys­tème géo­gra­phique favo­rable per­met­tant de regrou­per des com­pé­tences et du finan­ce­ment.
    Dis­cu­tez un peu avec de jeunes étudiants et vous serez très sur­pris de leur peu d’intérêt pour les star­tups
    La res­pon­sa­bi­lité de l’Etat dans cette situa­tion est assez faible, et il y a là aussi un para­doxe à en appe­ler à l’Etat pour appor­ter des remèdes.

    Et je par­tage le point de vue d’Olivier que les fai­blesses chez les PMEs sont bien dans le mar­ke­ting et l’execution com­mer­ciale et en par­ti­cu­lier dans la capa­cité à se déve­lop­per à l’export

    Enfin, que les grands groupes fran­çais chassent les sub­ven­tions, ce n’est pas nou­veau, mais encore une fois , que des acteurs des set tops boxes récu­pèrent les sub­ven­tions sur les set top boxes, quoi de choquant ?

    D’autant plus qu’en l’occurence, pour déve­lop­per sa Live­Box, FT a tra­vaillé étroi­te­ment avec une star­tup (Inven­tel) (depuis rache­tée par Thom­son) , et qu’on est donc clai­re­ment dans le modèle “SFR” sur ce coup.

    La ques­tion de la poli­tique d’acquisition externe de FT est com­plexe et ne peut pas être dis­so­ciée de son his­toire récente (endet­te­ment mas­sif à réduire, labos de recherche exis­tants issus de l’époque où elle était une administration)

  • [18] - Olivier Ezratty a écrit le 11 avril 2008 :

    Hugues, dans mon article sur Quaero, j’ai tenté de mettre l’accent sur le fait que la seule société pour laquelle Quaero avait un sens était Exa­lead. Mais que mal­gré tout, cette société ne gran­dis­sait pas assez vite pour deve­nir un véri­table acteur mon­dial de poids, comme la plu­part des star­tups fran­çaises du sec­teur de l’IT.

    Il y a effec­ti­ve­ment des inno­va­tions pous­sées ou finan­cées par les Etats dans le monde. Il serait inté­res­sant d’analyser celles qui fonc­tionnent ou pas pour créer de véri­tables busi­ness pro­fi­tables et inter­na­tio­naux. Très sou­vent, ces inno­va­tions ont du mal à sor­tir des fron­tières. On peut aussi faire le tri entre com­mandes spé­ci­fiques (par exemple, la Darpa amé­ri­caine qui com­mande des pro­to­types divers au com­plexe militaro-industriel amé­ri­cain et finance ainsi leur R&D) et de simples sub­ven­tions (un modèle cou­rant en Europe). Ne vaut-il pas mieux avoir l’état comme client que comme sub­ven­tion­neur pour les innovations?

  • [19] - TT a écrit le 21 avril 2008 :

    J’arrive un peu tard pour ce post (vacances! :) ), mais il semble un peut léger de pen­ser que FT cherche réel­le­ment à déve­lop­per des ser­vices domo­tiques et conver­gents (les pro­blé­ma­tiques d’installations élec­triques ne sont pas de son champ d’action). La dure vérité c’est que FT a trouvé un bon moyen pour récu­pé­rer la main sur le midd­le­ware de ses STB et sur le prix de licen­cing (bre­vets) uti­lisé, notam­ment ceux de Thom­son (qui souffre actuel­le­ment) et le savoir (vite) faire de Sagem Com.

    De plus, comme les Darty, Alice et autres FAI 3 play n’ont pas de solu­tions de rechange pour s’offrir des STB à moindre coûts sans être contraint de chan­ger de parc maté­riel ni de sys­tème de ges­tion de STB. Ils devront conti­nuer de tra­vailler avec les Thomson/Sagem via cette offre logi­cielle JV. FTRD se garan­tie un ROI dès que les ser­vices évolués seront deman­dés, i.e. Time Shif­ting, PVR, Unik (pas­se­relle mobile) mon­nayant qqs euros le logiciel/boite.

    Tout le monde sait que Thom­son et FT sont très fort dans la récu­pé­ra­tion de sub­ven­tion! Il n’y a donc rien de sur­pre­nant au vu des chiffres.

  • [20] - Olivier Ezratty a écrit le 21 avril 2008 :

    Il y a effec­ti­ve­ment embrouille dans la com­mu­ni­ca­tion sur cette Jv avec Thomson !

    Par contre, est-ce que les concur­rents de FT seront vrai­ment obli­gés d’en pas­ser par là pour leurs STB? Pas sur. Il y a plein de construc­teurs chi­nois prêts à créer toute stb sur com­mande. Ils sont de plus en plus souples et capables de répondre aux cahiers des charges européens.

    Et quel est le midd­le­ware de FT dans la Live­Box (ou plu­tôt les briques midd­le­ware car elles doivent être d’origine variée)? C’est full-FT, ou d’origine tierce?

  • [21] - TT a écrit le 23 avril 2008 :

    En effet, nos voi­sins chi­nois sont très souples, mais le mar­ché des STB est encore très frag­menté et il est devenu très com­pé­ti­tif en terme de flexi­bi­lité sur les ser­vices à offrir. Je pense que FT cherche à maxi­mi­ser cette réac­ti­vité via cette JV et ne pas se dis­per­ser en cher­chant le meilleur coût. Mais FT a tou­jours eu une poli­tique fermé de sa ges­tion d’IP (inte­lec­tual pro­perty), tout comme le fait d’intégrer (payer) du logi­ciel exté­rieur n’est pas le bien venu (même s’il est moins cher). Ils ont une poli­tique ver­ti­cale com­plète, a l’image des spi­noff et autres socié­tés créés de toute pièce par FT comme par exemple Viac­cess (accès condi­tion­nel) et du virage opé­ra­tion­nel pour deve­nir un four­nis­seur de ser­vices de bout en bout.

    Au sujet de la JV, c’est bien un échange ou pool com­mun d’IP puis une syner­gie des efforts entre FT, Thom­son et Sagem coté tech­nique. En gros, plu­sieurs experts midd­le­ware des 3 socié­tés sont réunis en un même lieu pour déve­lop­per les ser­vices qui sui­vront à l’offre Unik.

    Je pense qu’ils font très fort!

  • [22] - Olivier Ezratty a écrit le 23 avril 2008 :

    Je pen­sais en fait aux concur­rents de FT pour les chi­nois ! Mais ton rai­son­ne­ment s’applique aussi à eux car réduire les coûts variables des STB est très impor­tant pour tous les acteurs. Cer­tains le font en adop­tant des couches open source pour le midd­le­ware, mais leur l’écosystème open source des STB n’est pas suf­fi­sam­ment encore assez dense par rap­port aux offres de midd­le­ware propriétaire.

    FT est peut-être fort, mais en tout cas, leur stra­té­gie n’est pas clean car ils avancent mas­qués dans le domaine. Ils pré­ten­draient donc tra­vailler sur un stan­dard domo­tique, qui a cer­tai­ne­ment été un bon moyen d’obtenir des sub­ven­tions ou aides publiques. Alors qu’ils sont sur un autre che­val, bien plus prosaïque.




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