Les TIC dans la campagne

Publié le 19 avril 2007 et mis à jour le 26 avril 2007 - 11 commentaires -
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Les tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion ont tenté de faire par­ler d’elles pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, et sans beau­coup plus de suc­cès qu’en 2002.

Cet enjeu est en effet loin d’émerger dans les grands médias. Il ne fait pas trop le poids face aux ques­tions de l’emploi, de l’éducation, de l’immigration ou de l’environnement. D’autant plus que même si une moi­tié de la popu­la­tion n’a pas encore d’ordinateur à la mai­son, il n’y a pas le feu au lac par rap­port à d’autres besoins vitaux bien mal cou­verts comme le logement.

Le sujet des TIC dans la pré­si­den­tielle est donc limité à un micro­cosme de spécialistes. A l’instar du com­por­te­ment de nom­breuses autres indus­tries, groupes de pres­sion ou cor­po­ra­tions, nous avons droit à un fes­ti­val d’avis et de recom­man­da­tions divers des­ti­nés aux can­di­dats. Pro­ve­nant des indus­triels et entre­pre­neurs du sec­teur, de mou­ve­ments asso­cia­tifs, notam­ment issus du logi­ciel libre, ainsi que des ensei­gnants. Quelques rares poli­tiques tel qu’André San­tini (UDF ral­lié à Sar­kozy) ou Chris­tian Paul (PS) se sont impli­qués sur le sujet comme ils le font depuis de nom­breuses années.

Les can­di­dats

Les can­di­dats sont sol­li­ci­tés de toutes parts par les lob­bies et cor­po­ra­tions. Qu’ils viennent des pro­fes­sion­nels du sport, de la santé, de l’éducation, des PME, des femmes, des agri­cul­teurs et autres viti­cul­teurs ou chas­seurs, tout y passe. Ils y répondent de plus en plus. Et l’on peut obser­ver le déve­lop­pe­ment d’un mar­ke­ting poli­tique hyper-segmenté, qui s’intéresse de plus en plus plus aux inté­rêts par­ti­cu­liers. Les can­di­dats ados­sés à un parti dis­posent d’armées de conseillers qui s’emparent de ces sujets et répondent - le plus sou­vent par écrit - aux sol­li­ci­ta­tions de ces dif­fé­rents groupes de pres­sion. Sou­vent, sous la signa­ture du can­di­dat que l’on découvre alors spé­cia­listes impro­bables de sujets ésoté­riques comme par exemple les bre­vets logi­ciels. Et par­fois, par leurs repré­sen­tants. Ce tra­vail d’équipe louable est cepen­dant peu transparent. Peu de can­di­dats qui ne dis­posent pas des moyens de répondre ont le cou­rage d’exprimer leur incom­pé­tence. A part Arlette Laguillier qui répond ainsi fort hon­nê­te­ment aux asso­cia­tions du logi­ciel libre:

« Le sujet est impor­tant mais, mal­heu­reu­se­ment, je ne dis­pose pas d’un  secré­ta­riat numé­ri­que­ment nom­breux ni d’une armée d’experts me per­met­tant de répondre avec la com­pé­tence et la pré­ci­sion vou­lues à votre demande. Je suis, en effet, en cam­pagne avec des dépla­ce­ments nom­breux et je ne peux pas me consa­crer à tout le cour­rier que doivent rece­voir tous les can­di­dats à la pré­si­dence de la Répu­blique. Avec mes regrets renou­ve­lés et mes salu­ta­tions dis­tin­gués. Arlette Laguiller »

D’un point de vue poli­tique, peu de can­di­dats ont inté­gré le sujet des TIC de manière visible dans leurs pro­grammes. Il est par­fois noyé dans la caté­go­rie inno­va­tion. Fran­çois Bay­rou est peut-être le plus actif sur le sujet car il s’est exprimé à plu­sieurs reprises des­sus et bien avant sa mon­tée dans les son­dages, notam­ment lors de la confé­rence LeWeb3. Il uti­lise régu­liè­re­ment un lap­top et il indique vou­loir “pro­té­ger le logi­ciel libre” dans sa pro­fes­sion de foi. Nico­las Sar­kozy était aussi inter­venu dans LeWeb3, mais ce fut pro­ba­ble­ment la seule occa­sion pour lui de s’exprimer dans une confé­rence sur les TIC, sujet qu’il maî­trise plu­tôt mal, avouant lui-même ne pas uti­li­ser d’ordinateur. Du côté socia­liste, il y avait un défi­cit d’expression de la can­di­date, visi­ble­ment pas plus “bran­chée” per­son­nel­le­ment, com­blé tar­di­ve­ment sous la forme d’un ensemble de 94 pro­po­si­tions “Répu­blique 2.0″ com­man­di­tées à Michel Rocard, notre grand spé­cia­liste natio­nal et euro­péen des bre­vets logiciels.

C’est un rap­port inté­res­sant mais son côté par­ti­san dans sa cri­tique des réa­li­sa­tions des gou­ver­ne­ments du quin­quen­nat qui se ter­mine lui enlèvent un grand pan de crédibilité. Et le rap­port a été qua­si­ment ins­tan­ta­né­ment éclipsé après la prise de posi­tion de son auteur en faveur d’une alliance entre Séglène Royal et Fran­çois Bay­rou avant le pre­mier tour, alliance dont on parle encore main­te­nant que le pre­mier tour est passé.

Mais les can­di­dats ont tout de même répondu aux sol­li­ci­ta­tions de médias, telles que dans cette série de tri­bunes libres que l’on a pu lire dans “01 Infor­ma­tique” (Sar­kozy, Royal, Bay­rou, Le Pen, Buf­fet, Voy­net). On retrouve leurs pro­grammes sous la plume des portes-parole des can­di­dats dans Le Jour­nal du Net. Nico­las Sar­kozy s’est aussi exprimé en repre­nant pas mal de points de son inter­ven­tion à LeWeb3 dans ce même Jour­nal du Net.

Les can­di­dats ont sur­tout uti­lisé les nou­velles tech­no­lo­gies et concepts asso­ciés comme médias. Le meilleur exemple étant pro­ba­ble­ment Ségo­lène Royal - une “Can­di­date 2.0″ tant ses tac­tiques de com­mu­ni­ca­tion s’inspiraient des concepts du Web 2.0. Tout du moins, jusqu’en novembre à sa nomi­na­tion par le PS. Même si la “Ségo­sphère” fait bien par­ler d’elle sur le net. Tout comme les vidéos du site de Nico­las Sar­kozy qui ont donné envie à cer­tains can­di­dats (répu­bli­cains) de la pro­chaine pré­si­den­tielle aux USA.

Je vais ici faire un petit tour de ces dif­fé­rentes inter­pel­la­tions des poli­tiques et y mettre évidem­ment mon petit grain de sel à la fin avec quelques propositions.

Les indus­triels des TIC

L’un des groupes les plus actifs dans la pré­si­den­tielle est le Syn­tec : ce syn­di­cat de diri­geants de socié­tés de ser­vices et éditeurs de logi­ciels a publié une assez dense Lettre ouverte aux can­di­dats. On y trouve de tout: un rap­pel de l’importance des TIC dans l’économie, le fait qu’elles vont créer 200000 emplois et que les inves­tis­se­ments dans ce domaine pour­raient s’améliorer, his­toire de rap­pe­ler la cor­ré­la­tion entre inves­tis­se­ment dans les TIC et per­for­mance écono­mique (cf le graphe sui­vant qui rap­pelle le faible taux d’investissement dans les TIC en France). Le Syn­tec met à juste titre en valeur le poten­tiel de l’industrie de l’édition du logi­ciel en France.

Mais il se lance dans des demandes patro­nales trop clas­siques et pas spé­ci­fiques aux TIC: abais­se­ment des seuils sociaux pour le sec­teur des TIC (le nombre d’employés à par­tir duquel il faut avoir des délé­gués du per­son­nel et/ou des comi­tés d’entreprise), réduc­tion des charges sociales et assou­plis­se­ment des 35h. Si ces pro­po­si­tions ont par­fois du sens, elles ne l’ont pas à être caté­go­rielles. L’assouplissement des 35h ne concerne pas que les socié­tés du sec­teur des TIC! Tous les entre­pre­neurs veulent la baisse des charges sociales, mais pour­quoi faudrait-il le faire spé­cia­le­ment ici et pas ailleurs? Sur­tout dans un domaine où ce sont les sala­riés qui manquent et pas l’emploi! De plus, il faut bien la finan­cer cette pro­tec­tion sociale! On peut éven­tuel­le­ment aug­men­ter sa fis­ca­li­sa­tion, par l’impôt (aug­men­ter la CSG/RDS) ou par la TVA (dite “sociale”, pro­po­si­tion de Nico­las Sar­kozy). Mais c’est une ques­tion qui dépasse le cadre des TIC.

Le Syn­tec pro­pose aussi la créa­tion d’un Small Busi­ness Act à la fran­çaise, sans trop ren­trer dans les détails. Cette loi amé­ri­caine de 1953 et remo­de­lée plu­sieurs fois dans le demi-siècle qui a suivi com­prend une palan­quée de dis­po­si­tions favo­ri­sant les PME et l’innovation. Celle à laquelle pensent ceux qui veulent un SBA à la fran­çaise est l’obligation pour l’Etat - uni­que­ment l’Etat Fédé­ral aux USA - d’orienter 25% de ses dépenses externes vers les PME. Le SBA com­prend d’autres com­po­santes inté­res­santes qui régissent le fonc­tion­ne­ment du capi­tal risque, les prêts et sub­ven­tions aux PME, et la créa­tion de la Small Busi­ness Admi­nis­tra­tion. Toutes choses qui existent déjà en France sous une forme ou une autre: FCPI ou FCPR, Minis­tère du Com­merce et des PME et l’Oséo-Anvar. Mais qui ne fonc­tion­ne­ment pas tou­jours très bien. Alors, quand on demande un SBA à la fran­çaise, il serait bon de pré­ci­ser ce quoi l’on parle.

Enfin, le Syn­tec pro­pose de “Déve­lop­per les busi­ness angels” sans plus de détails. Le rôle de l’Etat ne peut pas être de déve­lop­per direc­te­ment les busi­ness angels. Il peut les encou­ra­ger. A com­men­cer par faire en sorte qu’ils ne quittent pas la France comme aujourd’hui, on le sait, du fait de l’ISF. On est face à un phé­no­mène d’oeuf et de poule en France avec un nombre insuf­fi­sant de PME des TIC qui réus­sissent à atteindre une taille cri­tique, et donc à “géné­rer” ces busi­ness angels. Et quand y en a, ils s’en vont ailleurs sous des cieux fis­ca­le­ment plus clé­ments. Cas emblé­ma­tique: celui de Denis Payre, co-fondateur de Busi­ness Objects parti en Bel­gique, où il a créé l’opérateur de ser­vices Kiala. Prti car il était rede­vable de l’ISF sur ses actions BO, actions qu’il ne pou­vait alors pas encore vendre. A l’époque, le bou­clier fis­cal tant décrié à gauche n’existait pas. Il ne pou­vait donc pas “moné­ti­ser” ses actions pour payer cet impôt. Tout comme ces nom­breux fran­çais pro­prié­taires de leur loge­ment dont la valeur a aug­menté, par­fois très signi­fi­ca­ti­ve­ment, mais pas pour autant leurs reve­nus. On retrouve cette pré­oc­cu­pa­tion sur les busi­ness angels dans les pro­grammes de Nico­las Sar­kozy et de Fran­çois Bayrou.

D’autres diri­geants se sont expri­més sur le sujet des TIC. J’ai par­ti­cu­liè­re­ment noté l’initiative de Thierry Dril­hon, DG France de Cisco, qui a créé son blog Demo­cra­TIC, inter­pel­lant les poli­tiques (pro­ba­ble­ment le seul blog d’un patron de filiale de grande boite amé­ri­caine des TIC en France). Thierry a été inter­viewé en vidéo par LMI où il refait le coup connu du manque d’informaticiens en France. “Coup” car cela arrange bien les grandes boites amé­ri­caines d’en pro­fi­ter pour for­mer des jeunes sur leurs tech­no­lo­gies. Mais le manque d’informaticiens relève d’une désaf­fec­tion géné­rale pour les filières scien­ti­fiques en France qui mérite un trai­te­ment qui dépasse le cadre des TIC. Dans cette même série d’interviews de LMI, Robert Raiola d’Adobe (encore un ancien de MS…) s’étonne que l’on n’équipe pas assez les élèves. Et il fait un point juste sur l’absence de prise en compte des TIC dans les péda­go­gies, au delà du simple équi­pe­ment des établis­se­ments et des élèves.

D’autres grou­pe­ments se sont expri­més, mais plus infor­mel­le­ment. C’est le cas de Crois­sance Plus, sous la forme d’une inter­view de Fré­dé­ric Bedin, dont les reven­di­ca­tions sont voi­sines de celles du Syn­tec, notam­ment en terme de contrat de tra­vail et de pres­sion fis­cale. Et aussi du Cigref, dont le Pré­sident, Didier Lam­bert (DSI d’Essilor) sou­haite valo­ri­ser la filière infor­ma­tique, mais sous l’angle de l’entreprise uti­li­sa­trice. Au point d’affirmer “Il fau­drait égale­ment faire en sorte que nos meilleurs cer­veaux pré­fèrent se diri­ger vers l’informatique plu­tôt que dans le mar­ke­ting ou la finance”. Alors pour­tant que l’industrie infor­ma­tique fran­çaise manque de cadres expé­ri­men­tés dans ces dis­ci­plines pour aider à les vendre à l’échelle fran­çaise et mondiale!

Les asso­cia­tions

Les plus actives en période élec­to­rale sont les asso­cia­tions du logi­ciel libre (April, FSF, AFUL). Elles conti­nuent leur croi­sade contre les bre­vets logi­ciels, contre les DRM, pour l’interopérabilité, contre les ventes liées et pour le déve­lop­pe­ment de l’usage des logi­ciels libres. L’appel sur http://www.candidats.fr/ pro­pose un cha­pel­let de ques­tions (indui­sant la réponse…) aux­quelles les poli­tiques ont bien voulu répondre. Avec une quasi-unanimité qui m’interloque quelque peu, du FN à l’extrême gauche: ils sont tous contre les bre­vets logi­ciels alors que peu ont vrai­ment du exa­mi­ner sérieu­se­ment la ques­tion. En ce sens, les “lob­bies du libre” ont été très effi­caces. Seul Nico­las Sar­kozy adopte une pos­ture plus pru­dente, sou­hai­tant équi­li­brer le besoin de pro­tec­tion de la pro­priété intel­lec­tuelle et les droits des utilisateurs.

Besan­ce­not est évidem­ment contre les ventes liées mais se lance dans un délire de créa­tion de ser­vice public d’accès aux TIC:

“Nous sommes pour l’interdiction de la vente liée. Et donc, de tout achat “for­cée de logi­ciels, appli­ca­tions, envi­ron­ne­ments, exploi­ta­tions, etc. Un ser­vice public d’accès aux nou­velles tech­no­lo­gies (pro­jet que nous défen­dons), per­met­trait par exemple de mettre à dis­po­si­tion du plus grand nombre, des ordi­na­teurs sans logi­ciels liés, ou, pour­quoi pas, de pro­po­ser un sys­tème d’exploitation libre et gra­tuit. Ca, ce serait une véri­table mis­sion du ser­vice public, qui d’ailleurs, devrait déjà appli­quer dans l’administration, l’utilisation de logi­ciels libres et non la mise sous tutelle des équi­pe­ment infor­ma­tiques de l’Etat au pro­fit d’un seul et unique fabri­cant de logiciel.”

Et chez José Bové, on mélange les marges arrières de la grande dis­tri­bu­tion et la tari­fi­ca­tion dans les ventes OEM de logi­ciels qui n’ont rien à voir :

“Par ailleurs la dif­fé­rence entre le prix des logi­ciels ven­dus avec un ordi­na­teur (licence OEM) et le prix des logi­ciels seuls appa­raît anor­male et injus­ti­fiée, sinon par des pra­tiques obs­cures telles que les “marges arrières”. Ces pra­tiques, qui causent des pro­blèmes dans d’autres domaines comme les pro­duits agri­coles, devront être supprimées.”

Cette una­ni­mité caté­go­rique contre les bre­vets logi­ciels tout comme les DRM me gêne car elle fait abs­trac­tion du poten­tiel écono­mique de l’immatériel pour la France. Pro­duire des richesses imma­té­rielles sup­pose de pou­voir les pro­té­ger et les valo­ri­ser un mini­mum. Se pla­cer par défaut contre toute forme de pro­tec­tion est quelque peu sui­ci­daire d’un point de vue écono­mique. Sui­ci­daire et par­fois inco­hé­rent car la créa­tion de richesses imma­té­rielles est moins géné­ra­trice de pol­lu­tions et autres incon­vé­nients envi­ron­ne­men­taux que les richesses maté­rielles. La crois­sance par l’immatériel est une crois­sance assez écolo­gique finalement!

D’autres asso­cia­tions comme “Renais­sance Numé­rique” militent pour un accès à Inter­net pour tous, comme dans ce Livre blanc 2010 Inter­net pour tous auquel une réponse cri­tique a été faite sur creatif-public.net. La vision indus­trielle dans ce rap­port est assez maigre, les pro­po­si­tions se résu­mant à ceci qui est à la fois trop pré­cis et trop vague :

Dans le rap­port Rocard, on entend par­ler d’accès Inter­net à quelques euros par mois pour les popu­la­tions les plus défa­vo­ri­sées. Pour­quoi pas, mais a-t-on besoin de créer une n+1ième allo­ca­tion en plus de toutes celles qui existent déjà et dont les effets per­vers sont bien connus, notam­ment pour le retour à l’emploi? N’est-ce pas autour des savoirs fon­da­men­taux qu’il faut réin­ves­tir à l’école? Ne faut-il pas se pré­oc­cu­per de l’évolution des méthodes péda­go­giques, sérieu­se­ment mises à mal par la Goo­glei­za­tion de l’information?

Enfin, j’ai aussi décou­vert cette Lettre ouverte d’Alliance TICS aux can­di­dats à la Pré­si­den­tielle 2007, pour “Faire de la France un lea­der mon­dial et euro­péen en matière de nou­velles tech­no­lo­gies numé­riques et, par voie de consé­quence, en faire béné­fi­cier l’ensemble de l’économie natio­nale”. Lettre qui fait la pro­mo­tion du haut débit, des PME, de l’innovation, et du déve­lop­pe­ment des usages. Elle pro­pose d’ailleurs très judi­cieu­se­ment de “pri­vi­lé­gier, pour le sec­teur du numé­rique, le déve­lop­pe­ment et l’innovation et moins la recherche fon­da­men­tale”.

D’autres enjeux rare­ment traités

Au bilan, on a en gros une cer­taine una­ni­mité pour réduire la frac­ture numé­rique, pour accé­lé­rer la numé­ri­sa­tion des ter­ri­toires, une volonté de favo­ri­ser l’innovation. Et les seules dis­sen­sions éven­tuelles concernent la posi­tion par rap­port à la pro­priété intellectuelle.

En fait, je me suis lancé dans cet inven­taire pour ajou­ter à ce grand cata­logue quelques consi­dé­ra­tions per­met­tant notam­ment d’améliorer les chances de voir l’industrie infor­ma­tique fran­çaise se développer :

  • La réorien­ta­tion des aides à l’innovation sur les PME du sec­teur. Ces aides diverses et bien trop nom­breuses sont actuel­le­ment trop trus­tées par les grands groupes indus­triels, au tra­vers de l’Agence Fran­çaise de l’Innovation, des Cré­dits Impôts Recherche ou des Pôles de Com­pé­ti­vité. Grands groupes qui ont ten­dance à lais­ser de côté les mar­chés grand public et les mar­chés de volume. On peut entendre cela à pro­pos des aides à l’emploi en géné­ral. Je me pré­oc­cupe ici uni­que­ment des aides à l’innovation. Les pôles de com­pé­ti­ti­vité sont eux-mêmes bien trop nom­breux (67) alors qu’il n’y en a qu’une dou­zaine aux USA! En même temps, il faut se gar­der d’avoir trop l’oeil rivé sur le mar­ché inté­rieur fran­çais. Les jeunes socié­tés du sec­teur devraient être pous­sées à expor­ter très rapi­de­ment dans leur crois­sance. Il vaut mieux pous­ser les star­tups à se com­por­ter comme des socié­tés israé­liennes ou sué­doises, dont le mar­ché inté­rieur est insi­gni­fiant et qui sont obli­gées de voya­ger immé­dia­te­ment pour vendre à l’étranger.
  • Il fau­drait défrag­men­ter l’enseignement supé­rieur, à la fois faire atteindre la taille cri­tique à nos Uni­ver­si­tés et Grandes Ecoles et pour ras­sem­bler les dis­ci­plines com­plé­men­taires (ingé­nieurs, droit, busi­ness school, santé, etc). L’enseignement supé­rieur est trop par­cel­laire (106 uni­ver­si­tés, >400 grandes écoles). Il empêche des étudiants de dis­ci­plines com­plé­men­taires de se retrou­ver dans le cadre de pro­jets péda­go­giques, et de créer des entre­prises inno­vantes avec des équipes com­plètes. Je ren­contre bien trop sou­vent des star­tups avec des ingé­nieurs de la même école ou des élèves de la même école de com­merce! Ce sont des tra­vaux d’Hercules car le simple fait de ras­sem­bler deux écoles d’ingénieur avec 30 élèves par pro­mo­tion demande des efforts sur­hu­mains. Un cer­tain cou­rage poli­tique sera néces­saire pour déclen­cher ces regrou­pe­ments. Il faut bien entendu égale­ment rap­pro­cher les entre­prises des uni­ver­si­tés à la fois sur les pro­jets de recherche, sur l’enseignement, et aussi sur les financements.
  • Revoir le lien entre R&D et ventes/marketing. La grande fai­blesse de la France n’est pas tant le niveau de sa R&D, mais plu­tôt sa valo­ri­sa­tion. Elle est à la fois liée au manque de culture busi­ness des ingé­nieurs et cher­cheurs, à leur dif­fi­culté à s’allier avec des équipes appor­tant cette com­pé­tence et à la timi­dité du mar­ché inté­rieur. Les méca­niques de sub­ven­tion devraient encou­ra­ger la com­mer­cia­li­sa­tion autant que la R&D. Celles de l’Oséo devraient per­mettre aussi faci­le­ment de finan­cer le recru­te­ment d’un chef de pro­duit ou d’un res­pon­sable des ventes à l’international que d’un ingé­nieur ou d’un cher­cheur. Je ne suis pas cer­tain que toutes condi­tions égales par ailleurs, la simple aug­men­ta­tion des bud­gets de la recherche publique suf­fise à aug­men­ter la pro­duc­tion d’innovations à débou­chés commerciaux.
  • Revoir la gou­ver­nance de l’audiovisuel pour véri­ta­ble­ment ouvrir les nou­veaux médias à la concur­rence. Je me suis déjà exprimé sur ce sujet en fai­sant l’analogie entre les USA et la France (voir le rap­port CES, page 15). La télé­vi­sion numé­rique est en train de com­plè­te­ment modi­fier le pay­sage audio­vi­suel. Mais sa récep­tion fonc­tionne dans un envi­ron­ne­ment ver­rouillé par les grands groupes médias: TF1 et Canal+ en tête, sui­vis des opé­ra­teurs télé­coms. Cela empêche qua­si­ment l’émergence de nou­veaux acteurs tech­no­lo­giques dans le domaine, contrai­re­ment aux USA.
  • Dis­tin­guer la pers­pec­tive d’acheteur de la pers­pec­tive indus­trielle dans les prises de posi­tions sur le logi­ciel libre. Ces prises de posi­tion poli­tiques en faveur du libre oublient une réa­lité incon­tour­nable: les modèles écono­miques du logi­ciel libre sont prin­ci­pa­le­ment basés sur du ser­vice “type SSII”, alors que ceux du logi­ciel com­mer­cial ou du logi­ciel embar­qué dans des ser­vices Inter­net ou dans du maté­riel pré­sentent des écono­mies d’échelle plus impor­tantes, et donc des pers­pec­tives d’exportation plus fortes. Déve­lop­per l’industrie des TIC en France néces­site de prendre en compte tous les modèles et de ne pas se foca­li­ser exclu­si­ve­ment sur le libre comme le sou­hai­te­raient cer­tains. Certes, il ne faut pas empê­cher les logi­ciels libres de se déve­lop­per, mais il ne faut pas non plus scier la branche sur laquelle nous sommes assis, qui est l’excellence de notre R&D, une dif­fé­ren­tia­tion par ailleurs de plus en plus mise à mal par les pays d’Asie.
  • Enfin, prendre en compte l’impact socié­tal des TIC, notam­ment sur le mana­ge­ment, sur l’éducation et sur la vie citoyenne. Il est sidé­rant de voir à quel point la société change du fait de l’usage des nou­velles tech­no­lo­gies, et com­ment le poli­tique et la société civile prennent en compte ces évolu­tions. Cela ne relève pas néces­sai­re­ment d’une approche gou­ver­ne­men­tale. Les TIC sont trop sou­vent per­çues au pre­mier degré de l’outil. Par­fois, on passe aux usages. Il serait judi­cieux d’aller au delà et mieux inté­grer les chan­ge­ments pro­fonds que les TIC impulsent dans les com­por­te­ments pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est l’ouverture sur le monde et sur la connais­sance, le décloi­son­ne­ment de la com­mu­ni­ca­tion, l’expression citoyenne, la trans­pa­rence pour les gou­ver­nants et pour les entre­prises, et un nou­veau pou­voir donné aux consom­ma­teurs et aux citoyens. Le pire, c’est le temps passé par les jeunes devant des jeux au lieu de créer, ce sont des modes de com­mu­ni­ca­tion paroxys­tiques où le res­pect d’autrui et le savoir vivre s’évanouissent. Bien­tôt, l’école devra réap­prendre nos enfants - si ce n’est aux adultes - à vivre dans le monde réel! A l’heure où la société se cherche au niveau de ses valeurs, ces ques­tions méritent d’être posées.

A part cela, je ne pense pas que cela soit censé de baser son vote uni­que­ment sur toutes ces consi­dé­ra­tions. Je pré­fère voter comme citoyen et avec une vision d’ensemble des enjeux pour le pays, et pas comme infor­ma­ti­cien ou spé­cia­liste des TIC. Sinon, à quoi bon s’étonner du nombre d’électeurs du can­di­dat des chas­seurs? Et ceci reste valable pour le second tour comme pour les élec­tions législatives.

Et puis, le débat poli­tique ne s’arrête pas avec les élec­tions du prin­temps. Il com­mence véri­ta­ble­ment après, lorsque les gou­ver­ne­ments et les cabi­nets minis­té­riels se forment et que les pro­grammes se mettent en oeuvre. Comme on le dit sou­vent dans les entre­prises, c’est l’exécution qui compte!

Que pensez-vous de tout cela?

Post mis à jour le 26 avril 2007 après le pre­mier tour de l’élection.

Publié le 19 avril 2007 et mis à jour le 26 avril 2007 Post de | Economie, France, Internet, Logiciels, Médias, Politique, Startups, Technologie | 8811 lectures

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Les 11 commentaires et tweets sur “Les TIC dans la campagne” :

  • [1] - Thierry a écrit le 20 avril 2007 :

    Cher Oli­vier,

    J’ai lu avec inté­rêt ton post qui est tout à fait en phase avec les idées que je sou­tiens dans mon blog. Je suis ravi de consta­ter que d’autres pro­fes­sion­nels du sec­teur s’intéressent à la question !

    Mais je vou­drais cepen­dant réagir sur un point que tu évoques et qui mérite me semble-t-il une cla­ri­fi­ca­tion : la for­ma­tion des jeunes qui « arran­ge­rait bien les grandes boîtes amé­ri­caines »…La posi­tion de Cisco sur ce sujet est tout à fait lim­pide. Sen­si­bi­lisé depuis long­temps à la pénu­rie d’ingénieurs et aux consé­quences de cette carence pour les entre­prises et même les pays quant aux dif­fi­cul­tés à déployer des solu­tions tech­no­lo­giques inno­vantes faute de com­pé­tences dis­po­nibles, Cisco a lancé aux Etats-Unis (1997) et en France (2000) un pro­gramme de for­ma­tion qui s’appelle NetA­cad visant à contri­buer à la dimi­nu­tion de cette pénu­rie, à aider à l’insertion et à la recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle et enfin à contri­buer au déve­lop­pe­ment des pays émergents..

    Pré­ci­sion impor­tante : ce pro­gramme à but non lucra­tif ne forme pas aux tech­no­lo­gies Cisco ! NetA­cad a été créé avec l’ambition beau­coup plus glo­bale d’aider les per­sonnes sou­hai­tant se for­mer aux tech­no­lo­gies réseaux. Pour cela, NetA­cad a signé des par­te­na­riats avec de nom­breuses écoles d’ingénieurs, des Uni­ver­si­tés, des Lycées pro­fes­sion­nels, etc. Cisco équipe aussi des pri­sons pour for­mer les pri­son­niers sur les nou­velles tech­no­lo­gies afin de favo­ri­ser leur réin­ser­tion pro­fes­sion­nelle à la sor­tie. D’autres ini­tia­tives ont égale­ment été lan­cées dans les pays émer­gents pour aider leurs popu­la­tions à maî­tri­ser les nou­velles tech­no­lo­gies et à trou­ver des emplois dans ce secteur.

    Et pour bien illus­trer le fait que ce pro­gramme n’est pas des­tiné à : je te cite - for­mer des jeunes sur nos tech­no­lo­gies -, je te donne juste deux exemples :

    Celui d’un ex-chauffeur de poids lourd qui a exercé son métier pen­dant 20 ans. Puis il s’est décou­vert une pas­sion pour l’informatique et a sou­haité acqué­rir une cer­ti­fi­ca­tion d’administrateur réseau d’entreprise. Il a alors fait le grand saut et a pris un congé indi­vi­duel de for­ma­tion en 2005 pour suivre le pro­gramme NetA­cad. En mars 2006, il a créé sa société de dépan­nage infor­ma­tique à domi­cile qui se porte très bien aujourd’hui.

    Idem pour cette jeune femme aiguilleur à la SNCF qui avait tou­jours désiré être ingé­nieur réseaux. Après la for­ma­tion NetA­cad, elle a rejoint l’un des centres infor­ma­tiques de la SNCF.

    Bravo encore pour ton blog,

    Thierry

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 22 avril 2007 :

    Salut Thierry,

    Dont acte pour ce qui concerne Cisco! Je vois donc que la boite évite les écueils de ce genre d’approche. Même si au bout du compte, cela reste tou­jours fait pour l’image avec un béné­fice indi­rect. Mais dans le busi­ness, il n’y a jamais d’altruisme total. C’est normal.

    Bonnes élec­tions… puisque j’ai vu que Cisco était par­te­naire d’un ins­ti­tut de sondage!

    Oli­vier

  • [3] - jean-eudes queffelec a écrit le 23 avril 2007 :

    Oli­vier, que penses tu de la créa­tion des poles de com­pé­ti­ti­vité régio­naux qui sont sen­sés fédé­rés la recherche uni­ver­si­taire, publique et les entre­prises pri­vées et start up autour de poles de com­pé­tences bien défi­nis? Est-ce de la poudre aux yeux ou un réel inves­tis­se­ments de l’état pour décloi­son­ner R&D public et privé? Dans ma loin­taine et modeste bre­tagne, je vois des signes encou­ra­geant autour de la créa­tion d’un pole sciences et tech­no­lo­gies de la mer ou les uni­ver­si­tés locales, les organ­simes para publics (IFREMER,..), grosses société comme Thom­son et start-up fédé­ra­lisent le R&D.

    Ega­le­ment dans la même veine on peut aussi sou­li­gner le trans­fer fré­quent du fruit de plu­sieurs années/hommes de RD public comme chez l’INRIA vers des start up ou spin off contre une prise de par­ti­ci­pa­tion sym­bo­lique. Kel­koo a com­mencé comme cela et je crois pas mal de start-up d’IDEES dont Keeneo.

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 23 avril 2007 :

    Je suis assez dubi­ta­tif face aux pôles de com­pé­ti­ti­vité dans leur ensemble. Le modèle d’origine de ces pôles est pour­tant un suc­cès avéré: le Mina­tec de Gre­noble sur les nano­techs. Il avait bien fonc­tionné car il est parti de presque zéro et s’est déve­loppé sur de nom­breuses années avec le CEA LETI qui en est à son ori­gine et des entre­prises pri­vées comme STM et SOITEC, sui­vies de pas mal de star­tups dans ce sec­teur d’activité. C’est un pro­ces­sus indus­triel qui a duré bien plus qu’une décennie.

    Les “copies” du Mina­tec sont des rac­com­mo­dages réa­li­sés avec l’existant. Les grands groupes ont trusté les aides et les PME en ont récu­péré les miettes. Trop de pôles sont sur des niches de mar­ché ou dans des indus­tries assez tra­di­tion­nelles sans grandes rup­tures tech­no­lo­giques : auto­mo­bile haut de gamme (ah bon, on en fabrique vrai­ment en France ?), fibres natu­relles, filière du che­val – il faut quand même être fort pour avoir pu faire pas­ser celui-là !, indus­tries et pin mari­time du futur, viande. Et puis 67 pôles, c’est une dis­per­sion incroyable. La résul­tante étant une frag­men­ta­tion des aides. Le clien­té­lisme local a fait son effet!

    Les pôles peuvent cepen­dant fonc­tion­ner à quelques endroits, même si cela sera prin­ci­pa­le­ment le résul­tat de la méthode Coué. Et je dois recon­naître que l’on manque encore de recul pour juger de l’efficacité des pôles qui ont été créés il y a à peine deux ans. Il faut savoir être patient.

    Que manque-t-il dans l’approche des pôles de com­pé­ti­ti­vité? Primo, une foca­li­sa­tion sur les PME inno­vantes – notam­ment au niveau de leur finan­ce­ment - et ne plus consi­dé­rer que les pôles doivent gra­vi­ter autour des grandes entre­prises. Secundo, avoir le cou­rage d’effectuer un réamé­na­ge­ment des ter­ri­toires avec notam­ment une défrag­men­ta­tion des établis­se­ments d’enseignement supé­rieur et de recherche. Il faut atteindre des tailles cri­tiques ! Ter­tio, ne pas consi­dé­rer que l’innovation et la com­pé­ti­ti­vité ne pro­viennent que de la R&D, mais aussi de la vente, du mar­ke­ting, de l’international. Les PME inno­vantes ont sur­tout besoin d’une plus grande ouver­ture sur le monde plu­tôt que de micro approches régio­nales. En quoi les pôles aident-ils dan cette dimension ?

    Pour ce qui est de l’INRIA, oui, quelques suc­cès comme ceux que tu cites, et aussi ILOG, en sont la résul­tante. Une cin­quan­taine de star­tups high-tech sont issues de l’INRIA. Avec une mor­ta­lité infé­rieure à la moyenne du sec­teur. Mais pour 50 de ces star­tups, il y en a plein d’autres qui ont bien mar­ché sans en être issues. Le ren­de­ment en termes d’innovation des labo­ra­toires de recherche publique est rela­ti­ve­ment modeste. Et d’ailleurs, l’INRIA est plu­tôt dans les bons élèves avec le CEA dans ce domaine. Le mau­vais élève étant sans doutes le CNRS. La recherche publique fran­çaise a besoin d’être plus « appli­quée » au-delà de la recherche fon­da­men­tale. Le pro­ces­sus n’est pas assez continu entre recherche et inno­va­tion. Il s’arrête trop sou­vent en route et pas seule­ment par manque de moyens, mais aussi du fait de l’état d’esprit qui règne dans la recherche publique. Le simple fait d’avoir des cher­cheurs fonc­tion­naires (certes mal payés) mais sans risque est déjà un pro­blème. J’approuve de ce point de vue là la ten­dance actuelle à finan­cer la recherche par pro­jets et pas par orga­ni­sa­tion. Cela créé un sens de l’objectif et du résultat.

  • [5] - jean-eudes queffelec a écrit le 24 avril 2007 :

    Et d’après toi quelles sont les ensei­gne­ments d’un pays comme Israel qui doit avoir le ratio valo­ri­sa­tion des start up TIC/ PIB le plus élevé du monde.
    Est-ce les bud­gets de la défense colaus­saux qui pro­fitent a l’industrie high tech? l’enseignement supé­rieur plus prag­ma­tique? Est-ce qu’on pour­rait trans­oser en France leurs recettes?
    Leur pré­sence et puis­sance d’innovation sur tous les mar­chés clés des TIC est assez bluf­fante vue la taille du pays.

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 24 avril 2007 :

    Les spé­ci­fi­ci­tés d’Israël sont nom­breuses:
    - Effec­ti­ve­ment, appli­ca­tions civiles de pro­jets mili­taires, notam­ment dans le domaine de la sécu­rité infor­ma­tique (de nom­breux créa­teurs de ces star­tups sont des anciens de la “NSA” israé­lienne).
    - Culture avec un fort goût du risque.
    - Pays qui a peu de res­sources natu­relles.
    - Pays qui est obligé de se tour­ner vers l’exportation et ne peut pas comp­ter sur son mar­ché inté­rieur. Et qui est natu­rel­le­ment très proche des USA dont ils dépendent écono­mi­que­ment par ailleurs.
    - Quelques actions gou­ver­ne­men­tales d’encouragement aux PMEs. Et là bas, il n’y a pas des masses de grands groupes à la fran­çaise pou­vant trus­ter les aides.
    - Excel­lence du sys­tème d’enseignement supé­rieur (Tech­nion à Haifa par exemple).
    - Ils parlent tous anglais, comme dans pas mal de pays de l’Europe du Nord qui n’ont pas d’autre choix car leur langue est lar­ge­ment minoritaire.

    On peut cher­cher à répli­quer ce qui n’est pas cultu­rel. Mais ce qui l’est, et est lié à la posi­tion his­to­rique et géos­tra­té­gique du pays, l’est moins. La culture du risque est par exemple dif­fi­cile à repro­duire dans un pays qui n’est pas en guerre depuis 60 ans et vit par ailleurs au des­sus de ses moyens…

    Une leçon d’Israël pour la France est l’impérieuse néces­sité d’exporter rapi­de­ment et de sor­tir du cocon faus­se­ment confor­table du mar­ché inté­rieur français.

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 26 avril 2007 :

    Et j’oublai, comme dans beau­coup d’autres pays, il est plus facile d’y créer une entre­prise, la fis­ca­lité y est bien plus favo­rable, etc.

  • [8] - Jeremy Fain a écrit le 30 avril 2007 :

    En ce qui concerne les spé­ci­fi­ci­tés en matière de créa­tion d’entreprise et d’innovation de l’Etat d’Israël:

    - la fis­ca­lité n’est en fait pas tel­le­ment plus avan­ta­geuse qu’en France (elle est certes un peu meilleure pour les socié­tés (30%) mais pas de sta­tut de JEI par exemple, presque aussi lourde pour les par­ti­cu­liers); à noter aussi que les nou­veaux immi­grants ne paient pas d’impôts pen­dant 18 à 36 mois (selon leur natio­na­lité d’origine), ce qui les aide pas mal à deve­nir entre­pre­neurs, que le salaire mini­mal est très faible (2000 she­kels soit envi­ron 500 dol­lars US), qu’il n’a qua­si­ment pas d’allocations chô­mage, et que les socié­tés créées dans cer­taines régions (la Haute Gali­lée, le Neguev, cer­taines par­ties de Jéru­sa­lem) sont exo­né­rées d’impôts pen­dant un cer­tain temps (entre 3 et 10 ans). Tout ça encou­rage bien entendu l’action sur l’inertie.

    - on ne trouve pas en Israël les nom­breuses et très utiles aides et sub­ven­tions pseudo-publiques comme en France (type OSEO/Anvar, etc.);

    - l’enseignement supé­rieur tech­nique (ingé­nieurs du Tech­nion, du Machon Lev, de Ben Gou­rion, de Tel Aviv, etc.) est il est vrai excellent, mais à mon modeste avis, la France n’a rien à lui envier;

    - il est vrai que les Israé­liens mai­trisent dans leur grande majo­rité l’anglais, mais comme ce savoir est trans­mis via la télé­vi­sion (le mar­ché israé­lien est trop petit pour que les séries télé soient tra­duites), beau­coup font énor­mé­ment de fautes à l’écrit mal­gré un oral tout sim­ple­ment parfait.

    Sur les atouts du pays à mon humble avis:

    - Je suis com­plè­te­ment d’accord avec Oli­vier quand il men­tionne l’internationalisation rapide et for­cée des mar­chés ciblés par la tech­no­lo­gie israé­lienne. Bien sou­vent, les socié­tés de high tech israé­liennes sont dès leur pre­mier jour d’existence ins­tal­lées dans 2 pays (Herz­liya pour la R&D et San Fran­cisco pour les ventes par exemple). Par contre, il ne faut pas s’y méprendre: le pre­mier mar­ché d’exportation d’Israël est bien l’Europe, pour des rai­sons de proxi­mité. En effet, Israël est un très impor­tant expor­ta­teur net de pro­duits agri­coles (ex. Oranges de Jaffa, rai­sins sans pépins, maté­riel agri­cole exporté en Afrique sous cou­vert de marque égyp­tienne, etc.). Il est vrai par contre que les Etats-Unis (et l’Asie, notam­ment l’Inde) sont beau­coup plus friands de tech­no­lo­gies israé­liennes (sécu­rité, aéro­nau­tique et défense, logi­ciel, télé­coms, santé) que les Euro­péens, très cir­cons­pects car ayant peur de s’aliéner leurs par­te­naires com­mer­ciaux du Golfe Ara­bique. Ce com­por­te­ment assez incom­pré­hen­sible dans une écono­mie de mar­ché oblige sou­vent les socié­tés israé­liennes à mas­quer leur natio­na­lité dans un pre­mier temps, ce qui ralen­tit beau­coup le cycle de ventes.
    C’est dom­mage car les indus­triels amé­ri­cains font leur mar­ché à bon compte et rachètent des pépites israé­liennes à tout-va.

    - Effec­ti­ve­ment, les for­ma­li­tés de créa­tion d’entreprise sont réduites au strict mini­mum: ça ne prend pas plus d’une demi-journée si on s’organise bien. Et c’est tant mieux! Par contre, mais cela n’engage que moi, je trouve que les banques sont assez peu convain­cantes et sur­tout chères pour les ser­vices qu’elles offrent; et aussi que l’infrastructure télé­com n’est pas aussi per­for­mante qu’en France (débits plus lentes, cou­pures réseau assez fré­quentes, etc.).

    - En Israël, presque tous les jeunes de 17 ans, filles ou gar­çons, sont tenus de s’engager pour 2 (filles) ou 3 ans (gar­çons) au mini­mum, dans les corps de l’armée, pour y faire dif­fé­rentes choses (cer­tains certes deviennent com­man­dos, mais le pour­cen­tage de per­son­nel admi­nis­tra­tif est très élevé). Je pense que c’est un fabu­leuse école de l’entrepreneuriat: les jeunes y apprennent le tra­vail en équipe de 4, et sont très tôt confron­tés à du maté­riel tech­no­lo­gique de pointe. On pour­rait com­pa­rer cette approche à nos classes pré­pa­ra­toires fran­çaises, où c’est le tra­vail indi­vi­duel dans de bon vieux bou­quins qui est encou­ragé. A mon sens, l’armée obli­ga­toire y est pour beau­coup dans le poten­tiel d’innovation du pays. Sur­tout que nombre d’innovations mili­taires sont ensuites trans­po­sées dans le domaine civil.

    - Enfin, les grands groupes israé­liens (il y en a rela­ti­ve­ment peu: Teva dans les médi­ca­ments géné­riques; Amdocs dans les logi­ciels de billing et CRM - coté à Londres; Raphaël dans les mis­siles; IAI dans l’aéronautique; Check­point dans la sécu­rité infor­ma­tique, coté au Nas­daq; etc.) sont rela­ti­ve­ment peu fri­leux et n’hésiteront jamais à rece­voir des petits jeunes avec un bon pro­duit, ou même une bonne idée - encou­ra­geant ainsi l’entrepreneuriat égale­ment. C’est sûre­ment ce qu’Olivier tra­duit par “fort goût du risque”; on pour­rait même y ajou­ter le fait que les Israé­liens dans leur ensemble abhorrent les études de mar­ché. Pour eux, c’est une perte de temps. Ils pré­fèrent se lan­cer et voir si ça marche plu­tôt que de pas­ser des mois à tes­ter des hypo­thèses. Si ça ne marche pas, ils recom­mencent avec autre chose, et puis voilà. Ils sont un peu aux anti­podes de l’approche japo­naise en quelques sortes.

    Voilà, j’espère que cela com­plé­mente un peu la réflexion collective.

  • [9] - Olivier Ezratty a écrit le 30 avril 2007 :

    Bonnes pré­ci­sions Jérémy.

    En effet, 3 ans dans l’armée en équipe, cela forme.
    Même si par­fois, c’est dans des condi­tions humaines assez éloi­gnées de la star­tup, comme dans les ter­ri­toires occupés.

    C’est sur­tout valable dans cer­taines équipes celles du ren­sei­gne­ment notam­ment. C’est de ces équipes que pro­viennent les fon­da­teurs de Check­Point par exemple!

  • [10] - Blog Me, I’m Famous » Blog Archive » Les TIC dans la campagne a écrit le 16 mai 2007 :

    […] By Oli­vier Ezrat­tyLes tech­no­lo­gies de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion ont tenté de faire par­ler d’elles pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, et sans beau­coup plus de suc­cès qu’en 2002. […]

  • [11] - Opinions Libres - Le blog d'Olivier Ezratty a écrit le 6 juillet 2007 :

    […] temps dans les TICs? Pas à ce point, mais il peut impul­ser le mar­ché et l’innovation (cf à la fin de ce post). Il peut struc­tu­rer l’organisation de la concur­rence dans les télé­coms et les médias pour […]




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