Abécédaire des conflits sociaux

Publié le 24 novembre 2007 et mis à jour le 29 mars 2008 - 2 commentaires -
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Je sors un peu de la ligne édito­riale de ce blog en trai­tant de l’actualité sociale.

Dans la ligne de “l’ABCédaire mal pen­sant” de JFK (pas le Pré­sident, le jour­na­listeLivre JFK chauve qui ne s’est pas trop foulé dans cette livrai­son), voici donc un tout petit ABCé­daire des conflits en cours et quelques avis sur la ques­tion. Sur­tout, pour mettre en évidence le sens dévié donné à des termes cou­rants de la vie écono­mie. C’est la com­pi­la­tion de petites notes prises ces der­nières semaines.

Et en plus, c’est gratuit…

Chi­rac

Jacques Chi­rac l’a échappé belle pour l’instant. En effet, la jus­tice vient de le mettre en exa­men pour semble-t-il, le moindre des méfaits dont il est à l’origine. Les autres - fort nom­breux - sont bien cachés… dans les dos­siers du Tri­bu­nal de Nan­terre qui conso­lide les affaires Chi­rac. A moins que tout ce qui se raconte dans les “milieux ren­sei­gnés” ne soit que pure affa­bu­la­tion. Mais dans quelques temps, par exemple, l’appartement “prêté” par la famille Hariri repré­sen­tera un cadeau en nature aussi impor­tant que les vacances de Sar­kozy aux USA ou sa bal­lade dans le yacht de Bol­loré. Mais bon, ça ferait vrai­ment désordre de débal­ler tout ce linge vrai­ment très sale. La situa­tion de Chi­rac me rap­pelle un peu celle du héros du film Match­point de Woody Allen… il risque très gros, mais pour­rait en réchap­per com­plè­te­ment par miracle.

La mise en exa­men de Jacques Chi­rac fait pen­ser à une ven­geance froide de Sar­kozy, mais les pro­cé­dures judi­ciaires avaient démarré il y a bien fort long­temps. C’est le retour à la vie civile de Chi­rac qui a per­mis que la jus­tice reprenne son che­min nor­mal. D’un côté, cela fait désordre de voir ainsi le pre­mier ancien Pré­sident de la Répu­blique mis en exa­men. Mais de l’autre, cela montre que tous les citoyens sont jus­ti­ciables sans excep­tion. Il reste à voir com­ment va se ter­mi­ner cette histoire.

Rien à voir avec les conflits sociaux, mais il est pre­mier dans l’ordre alphabétique.

Chô­mage

“Si on part plus tard en retraite, cela va aug­men­ter le chô­mage” … entendu chez les pro­tec­teurs des régimes spé­ciaux, voire dans la fonc­tion publique. C’est peut-être vrai dans le privé mais il en va autre­ment dans le sec­teur public. En effet, comme ce sont les impôts qui payent les salaires, il vaut mieux payer des gens qui pro­duisent du tra­vail que des retrai­tés. Cela aug­mente le tra­vail fourni par euro d’impôts payés. Comme on sait que la pres­sion fis­cale est trop lourde en France pour son écono­mie, com­pa­ra­ti­ve­ment à plein d’autres pays, faire tra­vailler plus long­temps les régimes spé­ciaux (c’est-à-dire, au moins comme dans le privé) ne peut qu’avoir un effet béné­fique pour l’économie. Seul incon­vé­nient mais de taille: cela réduit la capa­cité à équi­li­brer par les jeunes la pyra­mide des âges dans le public. La moyenne d’âge des tra­vailleurs dans le public est d’environ 10 années de plus que dans le privé! Et cela risque d’empirer avec tous ces retrai­tés qui ne seront pas rem­pla­cés. En même temps, si cela ren­force les talents dans le privé, pour­quoi pas.

Mais le trans­fert des emplois du public vers la pro­duc­tion de richesses dans le privé ne peut pas se faire bru­ta­le­ment. Les com­pé­tences doivent évoluer, tout comme les men­ta­li­tés. Et cela peut prendre quelques décen­nies, à sup­po­ser que le mou­ve­ment soit réel­le­ment enclen­ché. D’où l’intérêt de pro­cé­der plu­tôt par le non rem­pla­ce­ment des agents du public qui partent à la retraite plu­tôt que de sup­pri­mer direc­te­ment des emplois.

Com­mu­ni­ca­tion

Par les temps de crise et de reven­di­ca­tions qui courent, on entend dire tout et son contraire et les débats sont rare­ment ration­nels. Et sur­tout, il est très dif­fi­cile de se faire une idée juste des don­nées du pro­blème. Le conflit des régimes spé­ciaux en est un bon exemple. Les par­ties s’envoient argu­ment et contre-arguments, et per­sonne n’a expli­qué posé­ment la donne en la vul­ga­ri­sant avec des don­nées impartiales.

Les grands médias se gar­ga­risent plus des sou­bre­sauts des grèves et des négo­cia­tions que du fond.  Le gou­ver­ne­ment fait de son côté preuve d’un manque incom­pré­hen­sible de péda­go­gie. Où est expli­quée au qui­dam la réforme des régimes spé­ciaux? Sur le site du Minis­tère du Tra­vail, pas un docu­ment de visible en home page qui l’explique! Et on dis­pose d’un bien mai­gri­chonne page sur le site du Pre­mier Ministre. Quand au site de l’UMP, censé défendre la poli­tique du gou­ver­ne­ment, il se contente en page  d’accueil d’appeler à la signa­ture d’une péti­tion pour réfor­mer la France, sans force détails ni argu­men­taires. Même chose sur le site de la Jus­tice et sur celui de l’Enseignement Supé­rieur. Incroyable! Est-ce la fin de la com­mu­ni­ca­tion écrite? Où sont pas­sés les com­mu­ni­cants? Que fait le ser­vice d’information du gou­ver­ne­ment? Qui va vul­ga­ri­ser l’équilibre écono­mique des régimes de retraite et détailler le coût des régimes spé­ciaux par rap­port à celui du régime géné­ral? Qui peut expli­quer les réformes de l’université, de la jus­tice? Les Minis­tères pour­raient tout de même se don­ner la peine d’écrire des “livres blancs” pour faire le mar­ke­ting de leurs réformes!

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Le seul endroit sur le web où l’on peut en savoir plus sur toutes ces réformes qui génèrent tant d’opposition, c’est le site de l’Assemblée Natio­nale qui expose les pro­jets de loi, d’amendements, et les dis­cus­sions des com­mis­sions. Mais sans le tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion per­met­tant à ces infor­ma­tions de tou­cher un public large. Et s’il s’agit bien de lois, car pour les régimes spé­ciaux de retraite, si l’assemblée en parle, il ne s’agit pas de loi mais de décrets pas encore publics. Le Ministre du tra­vail Xavier Ber­trand nous ren­voie dans ses inter­ven­tions, tout comme les syn­di­cats, au rap­port du Conseil d’orientation des retraites datant de jan­vier 2007. Soient 211 pages à se far­cir pour com­prendre la situa­tion! Et encore.

On peut se deman­der si la com­mu­ni­ca­tion du gou­ver­ne­ment est une forme d’incompétence ou bien un exer­cice de machia­vé­lisme. C’est peut-être les deux à la fois, le der­nier étant à l’Elysée, et la pre­mière dans les Minis­tères. Cela relève aussi d’une inca­pa­cité à exé­cu­ter rapi­de­ment. L’Elysée bous­cule le rythme sérieu­se­ment au niveau des Minis­tères et de leurs admi­nis­tra­tions cen­trales qui ne sont pas for­cé­ment habi­tuées à une telle vitesse d’exécution.

En matière de com­mu­ni­ca­tion, c’est aussi et sur­tout dans des sym­boles dou­teux - à rebrousse poil de l’opinion - que le pou­voir sur­prend le plus. La loi TEPA qui coûte 15 mil­liards alors qu’il y a 40 mil­liards de défi­cit bud­gé­taire, l’augmentation du Pré­sident (qui aurait pu être mieux expli­quée car il semble qu’il prenne main­te­nant en charges des frais qui ne l’étaient pas aupa­ra­vant… mais com­bien au juste?), le yacht à Malte, le Fouquet’s, les vacances aux USA. Bon, au moins, notre Pré­sident est effec­ti­ve­ment trans­pa­rent. Ce que d’autres cachaient par honte, il le montre par van­tar­dise ou je ne sais quelle volonté de décom­plexion. Il équi­libre cela avec une mise en route rapide des nom­breux chan­tiers qu’ils avait pro­mis pen­dant la cam­pagne élec­to­rale. Mais ceci ne jus­ti­fie pas cela.

Coti­sa­tions

Selon un tract de gré­vistes de la SNCF ramassé dans un TGV récem­ment “les coti­sa­tions sociales des régimes spé­ciaux financent les béné­fices com­plé­men­taires”. Le régime géné­ral cotise 6,75% de part sala­riale et 9,9% de part patro­nale, soit un total de 16,65%. Alors que le régime des che­mi­nots cotise 7,85% de part sala­riale et 33,94% de part patro­nale, soit un total de 41,79%. Et les syn­di­cats de faire un total de coti­sa­tions vieillesse de 159 840 € sur 40 ans dans le régime géné­ral et de 376 110 € pour 37,5 ans de régime spé­cial. Oui mais… les coti­sa­tions, comme les salaires, sont payés par les usagers!

Mal­gré ces coti­sa­tions, la SNCF affiche un bilan finan­cier hono­rable avec une marge nette de 6% en 2006, seule l’activité Fret étant défi­ci­taire, ce depuis de nom­breuses années. Elle reçoit certes quelques sub­ven­tions, mais qui com­pensent des pres­ta­tions four­nies gra­tui­te­ment à cer­taines caté­go­ries d’usagers béné­fi­ciaires. Par contre, sa dette a été plan­quée dans le RFF qui gère les infra­struc­tures du réseau ferré. La RATP affiche pour sa part un bilan finan­cier moins hono­rable et béné­fi­cie de beau­coup plus de finan­ce­ments publics.

Démo­cra­tie

Pour les étudiants et autres gré­vistes en posi­tion de force, elle consiste à faire voter par des assem­blées géné­rales pas tou­jours bien repré­sen­ta­tives des déci­sions consis­tant à pri­ver d’autres per­sonnes de leurs liber­tés fon­da­men­tales: de cir­cu­ler ou de travailler.

Désolé, ce n’est pas ça la démo­cra­tie! Ce sont des méthodes de révo­lu­tion­naires liber­ti­cides: le pou­voir aux soviets, le vote à main levée, le pou­voir de la parole contre celui de la rai­son, une repré­sen­ta­ti­vité contes­table (avec des votants qui ne sont pas élèves dans l’université).

La démo­cra­tie doit s’appuyer sur un socle de valeurs et de prin­cipes, que l’on trouve notam­ment dans les consti­tu­tions. Or la démo­cra­tie n’a pas pour objet de per­mettre aux uns de res­treindre les liber­tés fon­da­men­tales des autres. Si une moi­tié d’un pays votait pour lan­cer un géno­cide sur l’autre moi­tié, cela ne serait évidem­ment pas la démo­cra­tie. Un blo­cage d’université décidé avec un vote à bul­le­tins secrets semble plus démo­cra­tique mais ne l’est pas pour autant.

On ne peut pas voter n’importe quoi n’importe com­ment! C’est pour cela que les “blo­cages” - et non pas les grèves - sont hors la loi en France, et que les CRS inter­viennent dans les uni­ver­si­tés. Mais cette loi est loin d’être res­pec­tée par­tout. C’est pour cela que la situa­tion en France laisse tou­jours son­geur nos voi­sins étrangers.

Détail

Banal mot souillé par Jean-Marie Le Pen il y a déjà 19 ans. Ce qui le rend inau­dible dans tout dis­cours poli­tique depuis. Dom­mage car le mot est utile pour l’expression!

Dic­ta­ture

La concen­tra­tion des pou­voirs exé­cu­tifs de la Répu­blique à Ely­sée au détri­ment de Mati­gnon fait craindre à cer­tains l’irruption d’une dic­ta­ture en France. Il ne faut pas pous­ser! Le bicé­pha­lisme de l’exécutif en France est une excep­tion mon­diale. Dans la plu­part des autres pays dits démo­cra­tiques, il n’y a qu’un seul exé­cu­tif. Quand il y a un Pré­sident ou un sou­ve­rain, il n’a qu’un rôle hono­ri­fique (Alle­magne, Ita­lie, Israël, et Royaume Uni, Espagne, Dane­mark). Ces pays ont un régime plus par­le­men­taire que celui de la France mais l’exécutif est unique et concen­tré. Certes, le Pré­sident fran­çais concentre beau­coup de pou­voirs par rap­port à d’autres pays. Un rééqui­li­brage des pou­voirs vers la repré­sen­ta­tion natio­nale est bien­ve­nue. Curieu­se­ment, ces éléments des pro­po­si­tions de la Com­mis­sion Bal­la­dur sont pas­sés sous silence par ceux qui la contestent.

La France est plu­tôt une “poly­dic­ta­ture”. Avec la dic­ta­ture des syn­di­cats et des cor­po­ra­tions qui savent très bien mani­pu­ler l’exécutif natio­nal ou local pour défendre leurs inté­rêts par­ti­cu­liers, trop sou­vent au détri­ment de l’intérêt géné­ral. Et la dic­ta­ture des médias chauds qui sim­pli­fient à outrance l’information.

Qua­li­fier la pré­si­dence actuelle de dic­ta­ture est faire injure aux pays qui vivent sous de réelles dic­ta­tures. Tou­jours cette pro­pen­sion des fran­çais à voir la par­tie à moi­tié vide du verre…

EDF

Ils étaient plu­tôt dis­crets les gré­vistes de l’EDF ces der­niers temps. Comme ils ne cou­paient pas le cou­rant, ils ne gênaient pas trop, donc on ne par­lait que des agents de conduite des trans­ports. Sont-ils dis­crets parce qu’ils pro­tègent dis­crè­te­ment quelques magots? Tel que leur fameux bud­get du comité d’entreprise (la CCAS) qui est indexé sur le chiffre d’affaire et non pas sur les salaires de l’entreprise. Le sur­coût de cette inéga­lité de trai­te­ment entre sala­riés est de plu­sieurs cen­taines de mil­lions d’Euros. Soit lar­ge­ment le poids des conces­sions qui sont en train d’être faites aux che­mi­nots. Sans comp­ter le fait que le magot ser­vi­rait via quelques diverses magouilles à finan­cer indi­rec­te­ment la CGT et le PCF.

Ega­lité

On veut bien être égaux avec tous les autres en France, pour peu qu’on ait plus qu’eux. Le pays du pis­ton a beau jeu de pro­mou­voir l’égalité.

Belle inéga­lité de fait, celle que les sala­riés ont devant le sacro-saint droit de grève. Les uns peuvent blo­quer leur usine ou bureau sans que cela gêne per­sonne, et les autres peuvent blo­quer un pays et lui faire perdre un demi-milliard d’Euros de PNB par jour de grève. C’est ça l’égalité? Ceux qui bloquent le pays ont inventé le concept de grève par pro­cu­ra­tion. Mais avec des reven­di­ca­tions inte­nables comme le main­tient des 37,5 ans de cotisation.

On évoque aussi l’égalité des chances. Un vrai sujet répu­bli­cain. On en est bien loin. Le racisme reste réel en France et nuit gra­ve­ment aux per­sonnes dites pudi­que­ment “de cou­leur”. Les études socio­lo­giques montrent aussi que les gros et les laids (selon les canons com­mu­né­ment admis) ont moins de chances de trou­ver du tra­vail et d’être pro­mus dans leurs entre­prises! Et les inte­lec­tuels fran­çais cri­tiquent bien de la dis­cri­mi­na­tion posi­tive qui existe aux USA, en par­ti­cu­lier dans les entre­prises. Il n’empêche que la France n’est pas du tout exem­plaire en matière de luttes contre les dis­cri­mi­na­tions. La France de Dupont-Lajoie existe tou­jours, qu’on le veuille ou non. Même si elle est en cos­tume cravatte.

A pro­pos d’égalité, un petit pavé dans la marre au pas­sage (qui figu­rait dans mon doc sur le “Trop d’Etat…” tirées de don­nées publiées en 2006 par la Cour des Comptes dans son rap­port sur les comptes de la sécu­rité sociale:

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C’est curieux, per­sonne n’a remar­qué que les pen­sions dans le public étaient en moyenne du double de celles du privé. Est-ce du fait du nombre d’enseignants? Il ne me semble pas que la répar­ti­tion cadres/non cadres soit signi­fi­ca­ti­ve­ment dif­fé­rente entre le public et le privé… Cela mérite d’être creusé.

Entre­pre­neurs

Ce sont eux qui créent richesses et emplois. Heu­reu­se­ment que quelques uns s’en occupent. Car dans le dis­cours ambiant sur la crois­sance et le pou­voir d’achat, il y est rare­ment fait allu­sion. La com­mis­sion Attali semble plan­cher sur le sujet, on attend rapi­de­ment ses conclu­sions et un plan d’action dras­tique pour chan­ger la donne.

Equité

Concept abs­trait dès lors qu’il s’agit de perdre quelque avan­tage que les autres n’ont pas. Concept encore plus abs­trait lorsque l’on manque d’informations et de don­nées claires pour juger, ce qui fut le cas pen­dant la grève qui vient de faire une pause.

Exi­gences

C’est la manière dont on négo­cie en France. La séman­tique des reven­di­ca­tions indique clai­re­ment que nous ne sommes pas dans le pays du com­pro­mis et du gagnant-gagnant. Tout n’est que rap­port de forces, pas de rai­son. C’est aga­çant pour le ration­na­liste que je suis.

Emis­sions de carbone

Elles doivent battre des records en temps de grève! Voici à quoi res­sem­blaient les embou­teillages à Paris pen­dant la grève (dans Syta­din) qui est main­te­nant “suspendue”:

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Fonds de pension

Ils ont bon dos les fonds de pen­sion. Erreur des plus clas­siques répé­tée à l’envie depuis plus d’un an par les poli­tiques, tel ce Julien Dray qui dans “Esprit Libre” du ven­dredi 16 novembre rap­pelle que “les fonds de pen­sion spé­culent et veulent 15% de ren­ta­bi­lité”.

Une confu­sion séman­tique per­ma­nente entre les fonds de pen­sion (sou­vent anglo-saxons) et les fonds spé­cu­la­tifs, alors que :

  • Les fonds de pen­sion ont des ren­ta­bi­li­tés moyennes de 7% et financent les retraites pri­vées dans les pays anglo-saxons, comme celle des fonc­tion­naires de l’Etat de Cali­for­nie. Ils gèrent des pla­ce­ments à risque modéré, pour assu­rer le ver­se­ment des retraites. Leur pana­chage d’investissement peut les ame­ner à inves­tir dans des fonds spé­cu­la­tifs, mais en faible pro­por­tion (moins de 15% environ).
  • Les fonds spé­cu­la­tifs (hedge funds) qui eux gèrent de fonds à risque, font des LBO et autres mani­pu­la­tions finan­cières à risque, et visent effec­ti­ve­ment des ren­ta­bi­li­tés de 15%.

Alors, regar­dons un peu les chiffres. Sur le site Mil­li­man, on y voit ce beau tableau sur les ren­de­ments des fonds de pension:

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Ils indiquent que les taux de ren­de­ment pré­vus par les fonds étaient en moyenne de 8 à 9%. Ce qui est déjà très bien d’ailleurs. Qu’effectivement, il y a eu des taux très élevés en 2003/2004 : 19,4% et 12,4%, mais que cela fai­sait suite à des taux néga­tifs sur deux ans, liés à la crise consé­cu­tive à l’éclatement de la bulle des tech­no­lo­gies. Qu’enfin, les ren­de­ments de ces fonds dépendent étroi­te­ment de la bourse plus que d’investissements pri­vés (ceux qui sont gérés par les fonds à risque).

Les fonds de pen­sion en Irlande ont pré­senté de manière voi­sine un taux de ren­de­ment moyen de 14% sur 3 ans, mais de 7% sur 5 ans du fait des dif­fi­cul­tés du début des années 2000, comme aux USA. Donc, impos­sible de géné­rer 15% sur la durée pour un fond de pen­sion! Par contre, les fonds de pen­sion amé­ri­cains ont déplacé une par­tie de leurs inves­tis­se­ments vers l’étranger et notam­ment l’Asie, qui offre des taux de crois­sances meilleurs. C’est un des phé­no­mènes qui ali­mentent les délocalisations.

Toute cette confu­sion séman­tique est à la fois non vou­lue (manque de culture écono­mique) et bien utile car elle décré­di­bi­lise le prin­cipe des retraites com­plé­men­taires sous forme de fonds de pen­sion. Je n’ai jamais vu un jour­na­liste reprendre un poli­tique qui fai­sait cette confusion.

Frag­men­ta­tion

Parmi tous les maux qui affectent notre pays, il en est un qui est criant : l’extrème frag­men­ta­tion du pays à tous les niveaux: admi­nis­tra­tif, légis­la­tif, dans les TPE (pas assez de PME par rap­port aux TPE). Elle génère déper­di­tions, sur­coûts, inef­fi­ca­ci­tés, et com­plexité tant pour les citoyens que pour les entreprises.

On les trouve plus spé­ci­fi­que­ment dans les domaines qui inté­ressent le futur : dans l’enseignement supé­rieur, dans les aides à l’innovation et dans les pôles de com­pé­ti­ti­vité. J’avais évoqué ce point dans “Trop d’Etat, oui mais où ça?” au prin­temps der­nier. Il faut défrag­men­ter ce pays qui est bien trop mor­celé autant ver­ti­ca­le­ment (état, région, dépar­te­ment, can­ton, com­mu­nauté de com­munes, com­munes) qu’horizontalement (36000 com­munes). Cela ne veut pas dire qu’il faut tout cen­tra­li­ser et recon­cen­trer, mais reve­nir à un équi­libre plus rai­son­nable pour faire des écono­mies d’échelle (au moins 5% de bureau­cra­tie en moins).

La défrag­men­ta­tion pose une ques­tion de méthode car il faut la faire accep­ter par des déci­deurs - notam­ment élus locaux - qui y seront natu­rel­le­ment oppo­sés. Pour­tant, on ne va pas pas­ser en mode dic­ta­to­rial pour impo­ser ces réformes struc­tu­relles indispensables.

Le gou­ver­ne­ment a déjà mar­qué des points avec la fusion RG/DST, l’intégration dans Oseo de l’Agence de l’Innovation Indus­trielle, avec Bercy (tré­so­re­rie et compta publique). Mais c’était au niveau natio­nal. Le plus facile à faire!

Rachida Dati a ensuite lancé un bal­lon sonde qui montre bien la dif­fi­culté de pro­cé­der à cette défrag­men­ta­tion à l’échelle locale. La réforme de la carte judi­ciaire et des tri­bu­naux de prud­homme n’est que le début de ce qu’il fau­drait faire pour défrag­men­ter ce pays. Il faut du cou­rage pour la mener car elle se heurte au pro­tec­tion­nisme des inté­rêts par­ti­cu­liers de chaque ville et région.

Bon cou­rage pour la suite car il y a fort à faire.

Hon­nê­teté

Ca fait mal de voir que dans une enquête récente (que je ne retrouve plus), les fran­çais appa­raissent comme les moins hon­nêtes d’un panel de pays étudiés.

Mana­gers

On n’en parle pas beau­coup, mais ne sont-ils pas aussi res­pon­sables lorsque des entre­prises font faillite, licen­cient, délo­ca­lisent à outrance? Les fonds amé­ri­cains ont bon dos. Pour­quoi tant de mana­gers et lea­ders se trompent, n’innovent pas assez, ne prennent pas assez de risque? Pro­blème de culture et d’éducation sans doutes. L’atmosphère anxio­gène de la France ne pousse pas à prendre des risques.

Dans de nom­breuses affaires récentes (Air­bus, etc), on confond aussi sou­vent délit d’initié, mal­hon­nê­teté et incom­pé­tence. La der­nière est bien plus cou­rante que les pre­miers et explique plein de situa­tions tordues.

La “culture” sem­blait être un axe de tra­vail de la Com­mis­sion Attali pour relan­cer la crois­sance. C’est un aspect clé des réformes à lan­cer en France. Mais réfor­mer la culture ne se décrète pas, ni ne se légifère!

Péni­bi­lité

C’est un sujet sérieux et il est curieux que le gou­ver­ne­ment n’affiche pas une volonté de la prendre en compte. Mais il est déli­cat de mesu­rer la péni­bi­lité, l’espérance de vie, et sur tous les métiers. La loi ne peut pas tou­jours s’appuyer sur des don­nées qui évoluent inces­sam­ment. L’égalité de trai­te­ment nivelle peut-être trop, mais c’est sou­vent la moins mau­vaise solution.

Dans le cas des che­mi­nots, la péni­bi­lité a bon dos car elle pro­tège dis­crè­te­ment les sala­riés de ces régimes spé­ciaux qui tra­vaillent dans des bureaux ou des ate­liers et pas dans des tun­nels. Et le rap­port du Conseil d’Orientation des Retraites va dans le sens contraire des affir­ma­tions sur la péni­bi­lité dans sa glo­ba­lité: ainsi l’espérance de vie des sala­riés de la RATP est plu­tôt dans la four­chette haute, en tout cas bien supé­rieure à celle du pri­vée (à droite dans le tableau ci-dessous, FPE = fonc­tion publique d’état):

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L’espérance de vie des che­mi­nots est peut-être plus faible, mais ils repré­sentent une mino­rité des sala­riés de ces régimes spé­ciaux. Et que dire du stress des conduc­teurs de bus qui est bien supé­rieur à celui des agents de conduite du RER, mais qui gagnent beau­coup moins?

Pétrole

Avec son aug­men­ta­tion, sera-t-il payé par nos impôts pour ceux chez qui il pèse lourd dans le compte d’exploitation (marins-pêcheurs, rou­tiers, taxis, ambu­lan­ciers)? Ca mérite réflexion car on pour­rait payer ce sur­croit de deux manières: par l’augmentation des prix des pro­duits et ser­vices affec­tés, ou par nos impôts. L’un est lié à la consom­ma­tion, l’autre à la soli­da­rité natio­nale. Quand il s’agit de busi­ness et pas de ser­vice public, pour­quoi passerait-on par la soli­da­rité? Pour pous­ser le bou­chon un peu loin, rap­pe­lons que les pois­sons de nos marins-pêcheurs sont plu­tôt situés dans le haut de gamme et donc pour une clien­tèle aisée. Alors que les autres dégustent du pois­son d’élevage comme ces sau­mons de bat­te­rie de Nor­vège, et encore, c’est bien cher pour pas mal de fran­çais. Alors, la TVA des plus pauvres doit-elle finan­cer des prix infé­rieurs à ceux du mar­ché pour les familles plus aisées?

En tout cas, plus vite le pétrole sera cher, plus vite nous inves­ti­rons dans des moyens alter­na­tifs de pro­duc­tion d’énergie, aujourd’hui encore peu com­pé­ti­tifs. J’aime bien notam­ment ce pro­jet alle­mand d’utilisation de l’énergie solaire au Sahara pour ali­men­ter l’Europe en élec­tri­cité (cen­trale ther­mique solaire ou photovoltaïque).

Les solu­tions alter­na­tives au pétrole existent pour la plu­part des besoins. A une excep­tion notable près: l’aviation. Celle-ci a besoin de kéro­sène, une essence légère. Elle est plu­tôt dif­fi­cile à géné­rer avec des oléa­gi­neux (colza, etc), même si on expé­ri­mente des kéro­sènes hybrides réa­li­sés avec des algues marines. L’aviation va sérieu­se­ment souf­frir sérieu­se­ment dans les quinze années qui viennent!

Pou­voir d’achat

Pro­messe élec­to­rale impos­sible à tenir à court terme quand il s’agit de l’augmenter. Sar­kozy a lancé un cer­tain nombre d’actions qui auront peut-être un impact à moyen/long terme, c’est bien. Il faut effec­ti­ve­ment créer les condi­tions pour géné­rer plus de richesses, pour expor­ter plus, pour pro­duire plus avec moins. On peut aussi amé­lio­rer la redis­tri­bu­tion, mais atten­tion, la France est pro­ba­ble­ment déjà le pays le plus redis­tri­bu­teur au monde. Et même si la cor­ré­la­tion est dis­cu­table, cela ne ren­force pas son économie.

Bais­ser les prix? Pour­quoi pas, mais la France est déjà le pays le plus cheap d’Europe. On a des prix bas, mais aussi des salaires très bas. Et les habi­tudes de consom­ma­tion tirent l’économie vers le bas. Alors, enfon­cer le clou…

Pri­vi­lé­giés

Le mot à la mode…

Où l’on peut aussi faci­le­ment confondre pri­vi­lège indu et meilleure situa­tion expli­cable, ou posi­tion rela­tive dans le revenu des français.

La tac­tique clas­sique de com­mu­ni­ca­tion des syn­di­cats consiste à mettre en évidence des inéga­li­tés ver­ti­cales (qui exis­te­ront tou­jours, sur­tout si le point de réfé­rence sont les 100 plus riches de France ou les patrons qui gagnent plu­sieurs mil­lions d’Euros par an) pour jus­ti­fier les inéga­li­tés hori­zon­tales (qui concernent des cen­taines de mil­liers voire des mil­lions de foyers). On appelle cela “bot­ter en touche” en com­mu­ni­ca­tion. Avec tou­jours cette idée du grand soir consis­tant à ponc­tion­ner chez les plus riches pour nive­ler par le haut les inéga­li­tés du bas. On sait que cela ne fonc­tionne pas car cela appau­vrit toute écono­mie qui s’y ten­te­rait. Une bonne redis­tri­bu­tion des richesses reste un fon­de­ment de la Répu­blique, mais elle doit tenir compte des réa­li­tés écono­miques inter­na­tio­nales, de la liberté de mou­ve­ment des per­sonnes et des capitaux.

Dans toutes les civi­li­sa­tions et modèles écono­miques de l’histoire de l’humanité, il y a tou­jours eu matière à trou­ver plus pri­vi­lé­gié que soi. La nature humaine la rend géné­ra­le­ment tou­jours envieuse par rap­port aux étages “du dessus”.

Les che­mi­nots et la CGT et de Sud en sont un bon exemple: ils bottent en touche sur leurs avan­tages de régimes spé­ciaux en rap­pe­lant les stock options et les patrons qui s’en mettent plein les poches. Ils dénoncent la loi TEPA qui aurait dila­pidé 15 mil­liards d’Euros qui auraient très bien pu ser­vir à finan­cer les retraites. Dans la veine “il y a tou­jours plus riche que soi”, on pou­vait aussi voir et entendre Noël For­geard dans “Contre enquête” sur France 2, qui trou­vait qu’il est un nain (sala­rié) côté richesse par rap­port à Ber­nard Arnault (sans le nom­mer). Un comble de mal­adresse alors qu’il pré­sen­tait sa feuille d’impôts de 3 mil­lions d’Euros!

Par­fois, cer­tains se retrouvent à jalou­ser leur propre situa­tion avec un effet de boo­me­rang inat­tendu. Il en va ainsi de la dénon­cia­tion de la loi TEPA (le “paquet fis­cal”) de juillet 2007. Les che­mi­nots disent qu’ils ne sont pas des pri­vi­lé­giés. Mais ils le sont, tout du moins, par rap­port à ceux qui gagnent moins pour un effort équi­va­lent. Ainsi, un foyer de che­mi­not en milieu/fin de car­rière gagne plus de 2500€ de revenu par mois. Un conduc­teur de TGV gagne plus de 3000€ en fin de car­rière primes com­prises (source SNCF). Pour les autres che­mi­nots, les salaires s’étalent entre 1500€ et 3000€ par mois (net ou brut, je ne sais pas trop). Ce qui les place - en milieu et fin de car­rière - dans les foyers les 10% les plus aisés en France selon l’INSEE! Pour mémoire, le salaire médian en France est de 1680€ bruts (voir cette grille de salaires de l’INSEE)! Ces niveaux de salaire ne sont pas pour autant for­cé­ment des pri­vi­lèges (qui sous-entendent… quelque chose d’indu).

Quelques mesures contes­tées de la loi TEPA concernent même les che­mi­nots. Telle cette exo­né­ra­tion des droits de suc­ces­sion repous­sée de 50K€ par béné­fi­ciaire à 150K€. Qui en béné­fi­cie? Essen­tiel­le­ment, les classes moyennes pro­prié­taires de leur loge­ment. Tels les deux enfants de ce che­mi­not qui s’est acheté dans les années 1970-1990 son pavillon de ban­lieue, qui vaut main­te­nant dans les 200-400K€ et qu’il a pu rem­bour­ser car son emploi n’était pas menacé! Les enfants de ceux qui font aujourd’hui grève! Jean-François Kahn dénonce dans un “Marianne” récent le fait que les droits de suc­ces­sion aient été abo­lis  “ce qui per­met la renais­sance d’un ordre aris­to­cra­tique”. Si les che­mi­nots sont des aris­to­crates pour Marianne, alors, va… Mais n’est pas aris­to­crate qui l’ont pense! Les patri­moines ‘aris­to­crate’ qui dépassent 150K€ par héri­tier paie­ront tou­jours des droits de suc­ces­sion. Sauf sur un point: l’exonération totale de droits de suc­ces­sion entre époux qui n’a pas été pla­fon­née. Elle aurait pu l’être, c’est vrai. La réforme des droits de suc­ces­sion de la loi TEPA touche en fait le plus les 10% des foyers qui suivent les 10% les plus riches (dont le patri­moine est supé­rieur à 400K€). Et dans ce “second décile”, on trouve énor­mé­ment de foyers qui se sentent défa­vo­ri­sés mais qui ont une bonne situa­tion par rap­port à la moyenne des fran­çais. Et donc, une forte pro­por­tion de béné­fi­ciaires des régimes spé­ciaux s’y retrouvent! Je ne les en blâme pas pour autant. Mais il est bon de remettre les choses à leur place.

Cette loi TEPA a en tout cas été votée avec un bon timing : c’était en gros le seul moment où elle pou­vait pas­ser. Et puis, tout allè­ge­ment de la fis­ca­lité directe touche d’abord les pri­vi­lé­giés puisque ce sont eux qui payent le plus d’impôt directs. Fallait-il modi­fier la fis­ca­lité indi­recte (la TVA), ce qui serait plus “juste”? Pas facile car le pays a moins de marges de manoeuvre du fait de l’harmonisation euro­péenne et de l’impact plus fort sur les recettes d’une baisse de la TVA.

Riches

Comme pour les “pri­vi­lé­giés”, ils se défi­nissent géné­ra­le­ment de manière auto­cen­trée comme étant ceux qui ont plus que vous. Et réci­pro­que­ment pour les pauvres.

Cela s’applique égale­ment aux pays. On lit et entend rare­ment que la France est un pays riche! Ni qu’elle est pauvre. Alors qu’on est juste dans un milieu et en baisse constante…

Sciences humaines

D’où viennent les grèves étudiantes? Prin­ci­pa­le­ment des facs de sciences humaines. Et cela, depuis 40 ans. Où est la Fac d’Orsay? Où est Paris VI? Où sont les facs de science de Gre­noble? Pas dans la grève, et en tout cas, pas à leur démar­rage. Par contre, pas de pro­blème pour y trou­ver Tol­biac (sciences humaines, droit, ges­tion), Nan­terre (sciences humaines, droit, ges­tion, sciences pour moins de 8% des étudiants), Rennes (sciences humaines, droit, santé, ges­tion), Rouen (sciences humaines, droit, santé, sport, sciences dures pour moins de 20%), Nancy (santé, sciences de l’ingénieur pour 40%), Per­pi­gnan (sciences humaines, droit, ges­tion, 17% de sciences dures), Aix Mar­seille 1 (lettres et 1/3 de sciences), Reims (sciences humaines, santé, droit, ges­tion, envi­ron 15% de sciences exactes) pour n’en citer que quelques unes.

Ces étudiants font de plus le pont avec les reven­di­ca­tions du ser­vice public. Est-ce parce que leurs prin­ci­pales pers­pec­tives d’emploi sont dans ce sec­teur, notam­ment dans l’enseignement?

Et ils n’y vont pas de main morte. Point de négo­cia­tion! Ils demandent pure­ment et sim­ple­ment l’abrogation sans condi­tions de la Loi Pécresse. Mais n’est pas Tru­man qui veut. Ce refus obs­tiné de l’entreprise ou le dépit du risque qu’elles ne s’intéressent pas aux sciences molles est sidé­rant. Il est vrai que les entre­prises se tour­ne­ront un peu plus vers les busi­ness schools et les sciences dures car cela cor­res­pond à leurs besoins. C’est une loi du mar­ché qui gêne les étudiants. En atten­dant, il est navrant de voir que d’un côté, on trouve des étudiants en philo et autres sciences humaines qui ne trouvent pas de débou­chés sur le mar­ché du tra­vail, et de l’autre, toutes ces boites qui recrutent ingé­nieurs et infor­ma­ti­ciens - même jeunes! - et ne trouvent pas de recrues! Ce, d’autant plus que la France a l’un des plus forts taux d’étudiants dans les sciences molles en Europe, et parait-il, 40% des étudiants en psy­cho­lo­gie de toute l’Europe (cf ci-dessous)!

image

La loi Pécresse ne va pour­tant pas bien loin car une véri­table réforme de l’Université aurait été de mettre en place la sélec­tion et des droits d’entrée afin, en amont, de réduire le taux d’échec qui nuit aux étudiants eux-mêmes. Avec moins d’échecs, les étudiants auraient plus de moyens dans leurs études. Et les étudiants seraient réorien­tés vers des filières plus por­teuses, plus qua­li­fiantes, même si plus “pro­fes­sion­na­li­santes” (bah quelle hor­reur, de la chair à exploi­ta­tion pour les entre­prises). Mais aujourd’hui, il vaut mieux être BAC+3 en sciences dures ou en tech­no­lo­gie que BAC+5 en sciences molles!

Le comble c’est que nous avons là une grève pro­vo­quée par la crainte de mesures qui n’ont jus­te­ment pas été inté­grées dans la loi Pécresse par crainte… de grèves des étudiants!

Sélec­tion

Inter­vient tou­jours à un moment où à un autre, n’en déplaise aux tenants d’une égalité à tout crin. Notre sys­tème éduca­tif et d’emploi est sélec­tif à tous les niveaux. Mais un équi­libre de la sélec­tion est néces­saire. Il vaut mieux l’étaler dans tout le cycle plu­tôt que de la tas­ser à BAC+2, là où par exemple il y a énor­mé­ment d’échecs dans les uni­ver­si­tés en plein milieu de cur­sus, où bien à la fin du cycle, dans des concours admi­nis­tra­tifs pour entrer dans la fonc­tion publique.

Vel Satis

C’est la voi­ture (avec chauf­feur) de Ber­nard Thi­bault, le secré­taire géné­ral de la CGT. Ca fait Ministre, et moins modeste que la Laguna II choi­sie par Ségo­lène Royal en rem­pla­ce­ment, jus­te­ment, d’une Vel Satis trop voyante. Il ne faut pas s’étonner si la base s’éloigne de la tête dans cer­tains syn­di­cats! Là aussi, la valeur des sym­boles n’est pas bien comprise.

================

Bon, aller, c’était pour se défou­ler après ces deux semaines agitées.

Comme citoyen, j’apprécierai en tout cas d’être mieux informé sur les réformes qui sont en cours. Et que les débats soient un peu plus posés et ration­nels, avec éléments concrets pour se for­ger une opi­nion. Sinon, c’est la dic­ta­ture de la com­mu­ni­ca­tion par médias chauds interposés.

La pro­chaine semaine, je suis à San Fran­cisco dans le voyage d’étude orga­nisé par Jérémy Fain. L’occasion de prendre un beau bol d’air frais et d’optimisme, à la décou­verte de la Sili­con Val­ley et du miracle de l’entrepreneuriat qui n’y a pas pris une ride.


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Publié le 24 novembre 2007 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Communication, Economie, Enseignement supérieur, France, Management, Politique, Sociologie | 2 commentaires

Les 2 commentaires sur “Abécédaire des conflits sociaux” :

  • Je vais uni­que­ment réagir sur vos pro­pos (viru­lents) sur les étudiants grévistes.

    “La démo­cra­tie doit s’appuyer sur un socle de valeurs et de principes”

    Je suis tota­le­ment d’accord avec vous. Une assem­blée géné­rale ( dans le cas où elles ne sont pas tota­le­ment dévoyées à la cause des gré­vistes) per­met le dia­logue, garan­tie donc le res­pect, la pos­si­bi­lité de défendre son opi­nion pour cha­cun ainsi que l’égalité de trai­te­ment des indi­vi­dus (dans le vote, la parole). Il s’agit sim­ple­ment de démo­cra­tie directe…

    “La démo­cra­tie n’a pas pour objet de per­mettre aux uns de res­treindre les liber­tés fon­da­men­tales des autres”

    Le prin­cipe de tout pou­voir poli­tique est de res­treindre les liber­tés indi­vi­duels (fon­da­men­tales ou non) pour le bien col­lec­tif. Repre­nons les droits que vous citiez, le tra­vail et la libre cir­cu­la­tion. Il est inter­dit de tra­vailler les jours fériés et cer­taines zones (mili­taires,…) sont inter­dites au public. Tout cela à été décidé par des ins­tances démo­cra­tiques dont l’on cherche à amé­lio­rer la repré­sen­ta­ti­vité (pro­por­tion­nelle ou non).

    Pour la grève, le cas des étudiants est très par­ti­cu­lier puisqu’à pro­pre­ment par­ler ils ne tra­vaillent pas ( ils ne sont pas sala­riés) et donc ces­ser le tra­vail (qu’ils n’ont pas) en lais­sant les non-gréviste tra­vailler est sans sens… On peut le regret­ter mais peu (voir pas du tout) de méthodes paral­lèles existent pour faire valoir son oppo­si­tions et ses propositions.

    D’autre part, je reste très étonné par ces “démo­crates” qui font valoir que l’intérêt per­son­nel (celui de cha­cun, même des gré­vistes, à aller en cour) passe devant l’intérêt géné­ral (l’avenir de la fac, les valeurs de l’éducation). C’est très “libertariens”…

    PS: “soviet” n’est que le russe pour conseil, sénat, rien de bien grave sur­tout qu’ils n’ont eu le pou­voir qu’entre la révo­lu­tion de février et d’octobre 17(et encore)

    Nb: je suis étudiant (non-gréviste) en école d’ingénieur (maths)

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 28 novembre 2007 :

    Ca se discute…

    Quand la démo­cra­tie, ou la répu­blique, res­treint les liber­tés des autres, c’est soit pour punir le non res­pect de la loi (retraits de per­mis, pri­son), soit effec­ti­ve­ment pour régu­ler la vie commune.

    Mais dans le cas des étudiants et des grèves, on a non seule­ment une démo­cra­tie géné­ra­le­ment non repré­sen­ta­tive mais égale­ment une défi­ni­tion à géo­mé­trie variable de l’intérêt géné­ral. Ainsi, quand des étudiants mena­caient de blo­quer les trains, cela pou­vait affec­ter d’autres per­sonnes que les étudiants. Cette notion élas­tique de l’intérêt géné­ral génère des débor­de­ments inac­cep­tables pour des per­sonnes non concer­nées direc­te­ment par le conflit. Dans un tel cas, une véri­table démo­cra­tie implique que tous les citoyens concer­nés votent, comme dans des réfé­ren­dums. Quand un mou­ve­ment com­mence par pri­ver les autres d’une liberté fon­da­men­tale, le “liber­ta­rien” que je suis peut-être n’est en tout cas pas rassuré!

    Le coup de la grève par pro­cu­ra­tion inventé par les sala­riés du public ou des régimes spé­ciaux est de la même veine.

    Le plus absurde dans les grèves actuelles des étudiants, c’est que les pro­tes­ta­tions visent des mesures qui ne font pas par­tie de la loi SRU (“pri­va­ti­sa­tion des uni­ver­si­tés”, “droits d’inscription”). Mesures qui n’ont pas été inté­grées par peur des réac­tions des étudiants. On marche donc sur la tête et on est dans l’émotionnel, pas dans le rationnel.

    Je suis actuel­le­ment dans la Sili­con Val­ley, et les pro­tes­ta­tions des étudiants fran­çais contre l’irruption du privé dans l’université y font pleu­rer (chez les fran­çais établis ici). J’en repar­le­rai à mon retour.




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