Le bruit dans les réseaux sociaux

Publié le 6 juillet 2011 et mis à jour le 7 juillet 2011 - 15 commentaires -
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Petite réflexion libre pour les vacances qui démarrent…

Il y a quelques dizaines d’années, lorsque l’on choisissait les éléments d’une chaine hifi et notamment son amplificateur analogique, on était très sensible à la notion de rapport signal/bruit qui était exprimée en décibels. Elle décrivait le rapport qui existait entre le signal audio qui était amplifié, transmis ou restitué par rapport au bruit de fond généré par toute l’électronique. On aboutissait à des ratios situés entre 65db et 90db selon les cas. Le signal était bien supérieur au bruit ! 3db équivalent à un doublement en terme de puissance ! Le passage au numérique pour à la fois les outils des studios d’enregistrement et avec le CD audio ont permis de se débarrasser d’une grande partie du bruit analogique de la hifi. On a ainsi pu profiter de la dynamique du son, pour profiter de concerts de Brückner ou Haendel sans “shhhhhh”. Côté musique de djeunes, la compression de la dynamique a au contraire éliminé tout silence et toute dynamique dans l’audio. Tandis que les facultés auditives déclinantes des anciennes générations les empêchent d’entendre le “shhhhh” que la technique s’efforçait auparavant de réduire.

Denon AVR 5308

Dans l’univers des communications électroniques et notamment dans les réseaux sociaux, le ratio du bruit est complètement inversé. Il y a bien plus de bruit que de signal utile ! Le phénomène a commencé par se manifester avec la messagerie. Dans les entreprises, le bruit provient des collaborateurs qui envoient des mails à bien trop de monde “pour se couvrir”. Au point qu’il existe des chartes de l’usage de l’email dans certaines d’entre elles pour limiter le spam interne aux entreprises. Dans le grand public, le bruit se manifeste surtout par le spam non commercial, qui n’est jamais entièrement filtré par les systèmes anti-spam. Par certains côtés, les grands réseaux sociaux tels que Facebook fonctionnent tels de gigantesques machines à spam. Loin d’avoir tué l’email, elles l’ont même plutôt engorgé !

Inversion du bruit entre hifi et reseaux sociaux

C’est dans les réseaux sociaux que le phénomène de génération de “bruit” prend donc toute son ampleur, en en particulier dans Twitter, Facebook et le dernier né Google+. Combien de messages reçus dans Twitter via les personnes que vous suivez sont pertinents pour vous ? Combien d’informations sur votre wall Facebook vous concernent vraiment ? Le phénomène est amplifié par le côté polymorphe de ces réseaux sociaux. A force de vouloir y faire trop de choses, on se retrouve dans des situations absurdes.

Dans Facebook, on a ainsi des “amis” qui n’en sont pas toujours vraiment à force de répondre positivement aux invitations que l’on reçoit par email qui encombrent votre boite aux lettres. On ne dit pas non pour ne pas vexer ses connaissances, surtout professionnelles. Le niveau d’intimité que l’on a avec elles est évidemment très variable. L’outil ne permet pas réellement de classifier le niveau de relation avec ses amis dans le filtrage des informations qu’ils émettent. Google+ a résolu ce point mais micro-manager sa liste d’amis deviendra vite un casse-tête car le degré de proximité avec les gens que l’on rencontre évolue en permanence. Nos “amis” dans Facebook n’ont évidemment pas du tout les mêmes centres d’intérêt que vous, et pourtant, la plateforme – et d’autres réseaux sociaux – se veulent utiles dans la notion de “recommandation”. Résultat : les recommandations des “amis” de vos réseaux sociaux sont similaires à celles qui viendraient d’un panel TNS-Nielsen dès que vous avez quelques centaines d’amis. A savoir qu’elles ne sont pas plus pertinentes que n’importe quel TOP 50 pour ce qui est de la recommandation de contenus. Sauf à être extrêmement rigoureux dans le choix de ses amis dans les réseaux sociaux ou à hyper segmenter les offres, notamment via la géolocalisation. Le bruit dans Facebook est accentué par un autre phénomène : les centaines de milliers d’applications qui y pullulent et déclenchent leur propre méta-spam ou méta-bruit, en générant invitations à gogo, elles aussi, agents d’encombrement de vos boites d’emails.

Dans Twitter, le bruit est à l’avenant. On y envoie des messages à une seule personne en mettant dans les faits en copie tous les utilisateurs qui vous suivent. C’est le spam et le bruit assuré pour ces derniers ! Le comble du bruit étant le message “Il faut me suivre pour que je puisse t’envoyer un DM”, alors qu’un simple email ferait l’affaire sans générer autant de dérangements pour les autres. Il y a aussi ces “threads” de conversation dont on a parfois du mal à saisir le contexte et qui évidemment relèvent du bruit pour la plupart des gens qui vous suivent (exemples récents ci-dessous qui ont alimenté le compte Twitter d’environ 6000 personnes !).

Twitter conversation absurde

Reponses à un Tweet

Un même article va être retwitté plusieurs fois par les personnes que vous suivez, mais elles ne les ont pas forcément lus. Et je ne connais pas de client Twitter qui permette d’éliminer automatiquement ce bruit. Cela reste à inventer. Certains utilisateurs se complaisent à baigner dans le bruit. Exemple extrême : Robert Scoble (@scobleizer) qui est suivi par 189K personnes et en suit lui-même plus de 32000 ! Comment fait-il ? En utilisant des filtres dans son client Twitter. Il trie le bruit qu’il reçoit avec plein de tamis, comme un chercheur d’or du Klondike, de peur de louper quelque chose. Pour sa part, Loic Lemeur (@Loic) est plus raisonnable avec 64K suiveurs, mais seulement 1350 personnes suivies, ce qui génère toutefois pas mal de bruit en réception pour ce qui le concerne ! Ce qui donne un ratio de suivis/suiveurs de 2%. Pour ma part, il est de 4%. C’est le lot commun des “broadcasters”, ceux qui génèrent le bruit pour les autres soit du fait de leur notoriété soit du fait de l’intérêt de leur bruit, soit les deux ! Twitter vous permet même de consulter le bruit que je reçois ! Un bruit qui peut être mis en page via les services tels que Paper.li dont l’inutilité frise l’absurde tellement le méta-bruit qu’ils génèrent ne sert à rien malgré une mise en page meilleure que celle des clients Twitter usuels !

Robert Scoble Twitter account

Sur YouTube, on est facilement amené à consulter des vidéos de qualité plus que variable. C’est une autre forme de bruit, qualifiée d’UGC. Il y a aussi le bruit généré par les commentaires dans les articles de news ou de blogs. Dans les supports Internet à fort trafic, plus la bêtise humaine peut s’exposer… plus elle le fait !

Le bruit n’est cependant pas l’apanage des réseaux sociaux. Google Search génère ainsi son lot de bruit à chaque recherche. Il parait que sur Bing, il y a moins de bruit. Mais c’est normal : comme il y a moins d’utilisateurs, il y a moins de sites qui y font du SEO (Search Engine Optimisation). D’ailleurs, malgré le bruit sur Google Search, rares sont les utilisateurs qui vont plus loin que les cinq premiers résultats pour affiner leurs recherches.

Là-dessus interviennent des outils dits de “curation” pour faire le ménage dans le grand bazar du web ou tenter de l’organiser. La curation porte souvent sur les informations sources plus que sur le bruit directement engendré par les réseaux sociaux. C’est le cas de l’agrégation de news par thème chez Wikio, de l’organisation plus rationnelle que permet un Pearltrees ou de la mise en valeur des meilleurs commentaires dans Rue89 où l’on vote sur les meilleurs commentaires. Le tout, non pas pour trouver ce que l’on cherche précisément à un moment donné, une tâche plutôt dévolue aux moteurs de recherche, mais pour identifier ce qui est le plus pertinent dans le bruit ambiant, que cela nous intéresse ou non. Au lieu de boire une rivière, cela permet de boire dans un ruisseau. Quoique le ruisseau reste dur à avaler avec son débit de quelques hectolitres à la seconde. Faire la curation du web, de manière automatique comme manuelle, c’est vider le tonneau des Danaïdes ou bien faire bouillir l’océan, au choix.

Pearltrees

Le bruit semble s’être sensiblement amplifié depuis que les auteurs de blogs les ont délaissés pour aller alimenter les réseaux sociaux. Ils sont passés de la page (Blog) au paragraphe (Facebook) ou à la phrase (Twitter), le SMS étant juste derrière mais heureusement pas “one to many” dans sa forme de diffusion usuelle. Je n’ai pas d’étude sous la main le prouvant, mais cela donne l’impression qu’il y a moins de producteurs de contenus et plus de générateurs de gazouillis (les tweets en français…). Au point que cela renforce paradoxalement le rôle des médias traditionnels, ou tout du moins leur version “en ligne”. Mais le filtre mental que l’on se construit pour échapper au bruit “social” accentue la tendance au zapping dans la consommation des contenus et contribue à réduire l’attention. Cela génère ce que l’on appelle l’Attention Deficit Disorder, un comportement considéré comme pouvant être pathologique pour les enfants dans le système scolaire traditionnel.

Comme l’email, les réseaux sociaux semblent combler un vide relationnel et occupent le temps de leurs utilisateurs. J’ai parfois l’impression que cela occupe surtout les gens qui n’ont rien à faire, ou tout du moins les gens lorsqu’ils n’ont pas grand-chose à faire, comme dans les transports en commun. Ce bruit ne constitue visiblement pas tant une gêne que cela. Il procure même une sorte de réconfort dans un monde où la concentration de la population dans les villes génère paradoxalement beaucoup de solitudes. Dans le métro, il est bien rare de démarrer une conversation avec son voisin pour savoir ce qu’il fait dans la vie alors que l’on peut discuter dans les réseaux sociaux avec un tas d’inconnus. Dans les campagnes, on utilise moins les réseaux sociaux, et pas seulement parce que l’ADSL y est difficile d’accès ! Conséquence pernicieuse : la préférence à la consultation du “bruit” par rapport à la lecture linéaire “à l’ancienne” (livres, revues, journaux).

Someone_Is_Wrong_On_The_Internet

L’autre conséquence du bruit se situe dans l’usage des réseaux sociaux par les marques. Comme les gens passent leur temps à consommer du bruit dans les réseaux sociaux, les marquent se disent : bien, on va aussi en profiter pour faire du bruit là où les gens écoutent le bruit. Et cela contribue à amplifier la cacophonie. Il parait qu’une marque se doit maintenant d’être sur Facebook pour exister et pour entretenir une relation avec ses consommateurs. Mais l’opportunité d’y être vu ne me semble pas plus élevée que dans le bruit généré par toute autre forme de publicité ou communication puisque presque tout le monde y fait du bruit (affichage, TV, radio, presse écrite). Et si l’interaction avec les vrais gens de la marque est possible, elle est quelque peu illusoire dans les faits et n’est pas très “scalable”. Ce n’est pas parce qu’un Loic Lemeur obtient une réponse rapide d’Air France lorsqu’il signale un problème sur Twitter que tous les voyageurs sont ainsi traités ! Et puis, on n’a pas forcément envie d’être en “relation” avec toutes les marques que l’on consomme et de se noyer dans le bruit qu’elles génèrent pour vous vendre plein de trucs et vous fidéliser.

Cette consommation du bruit des réseaux sociaux est très variable et assez générationnelle. Le phénomène est évidemment accentué chez les plus jeunes utilisateurs de ces outils. Ils ont reproduit le bruit de la cour de récréation dans les réseaux sociaux. Et aussi le comportement social marginalisant ceux qui restent seuls sur leur banc (les producteurs ?). Résultat : même les producteurs dont je fais partie se mettent à faire du bruit dans les réseaux sociaux, et en frisant parfois la schizophrénie entre le souhait d’apporter une valeur ajoutée dans le retweet et celui de la civilité consistant à citer les sources du lien ou à ajouter un laconique mais synthétique “+1″ de plussoiement. Les djeunes dits “génération Y” vivent dans leur wall Facebook au point que l’envoi d’un email à leur intention aura moins d’impact qu’un post sur Facebook. Les moins djeunes sont plus passifs qu’actifs dans Facebook et Twitter. Ils reçoivent les demandes d’amis par email et les acceptent, mais ne consultent pas régulièrement leur wall. Ils se gardent bien d’y publier des informations sur leur vie privée, notamment dans leur profil. Mais ces utilisateurs génèrent des pages vues tous les jours qui alimentent les statistiques d’usage mirobolantes de Facebook. Dans Twitter, ce sont les “listeners” qui suivent les autres mais n’émettent pas ou quasiment pas de messages.

The dumbest generation

Alors, Google+ est-il la solution ? Je suis dedans depuis une semaine, mais sans y passer beaucoup de temps. Le “wall” de l’outil me semble aussi bruité que celui de Facebook malgré le tri que l’on peut faire dans ses “amis”. Et le bruit ne fera qu’augmenter au gré de l’ajout d’Internautes dans l’outil. Cela reste une machine à générer du bruit. Et cumuler ce bruit avec son email, ses photos et ses recherches dans la même société ne m’inspire pas vraiment confiance. Il vaut mieux diviser ses données pour régner en tant qu’utilisateur ! Même si on ne règne pas sur grand-chose.

Le monde est aussi trop injuste : ceux des réseaux sociaux qui se voudraient à taille humaine et limiteraient le nombre d’amis que l’on pourrait avoir à un niveau raisonnable ont peu de chances d’émerger. La raison est simple : leur viralité est plus faible que les réseaux “extensifs” type Facebook et il n’y a pas de place pour un grand nombre de ces réseaux dans le temps disponible des utilisateurs. Les réseaux spécialisés ont aussi beaucoup de mal à émerger car il leur faut reconstituer leur “graphe social”. Au point qu’il est parait-il plus censé de créer une application dans Facebook qu’un réseau avec son propre graphe social.

Alors, où vais-je en venir ? A crier “silence !” ? A demander l’application à l’échelle de l’Internet d’une charte de bonne conduite des utilisateurs dans les réseaux sociaux, à l’instar des chartes d’utilisation d’email des entreprises ? A participer aux mouvements “alter” qui luttent contre le bruit en se déconnectant de Facebook ou en instituant des “journées sans connectivité” comme Tiffany Shlain ? Pas vraiment.

Il faut juste accepter de vivre dans ce bruit ambiant mais y porter toutefois un regard quelque peu distant. Notamment pour pouvoir prendre du recul sur le succès de sociétés comme Facebook, qui est peut-être aussi éphémère que l’a été celui de MySpace il y a cinq ans, sans compter celui des Skyrock/Skyblogs. Et aussi pour faire attention à ne pas céder à la facilité des relations superficielles que permettent les réseaux sociaux.

Publié le 6 juillet 2011 et mis à jour le 7 juillet 2011 Post de | Blogs, Facebook, Google, Internet, Sociologie | 20497 lectures

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Les 15 commentaires et tweets sur “Le bruit dans les réseaux sociaux” :

  • [1] - Joannes Vermorel a écrit le 6 juillet 2011 :

    Filtrer le bruit n’est pas hors de portée technologique. Il y beaucoup plus de spam que de véritables emails, ce qui n’empêche pas les bons antispams d’être très efficace. Dans le cas des graphes de réseaux sociaux, il y a beaucoup de moyens de pondérer tous ces liens au delà d’un critère binaire (par exemple en regardant quels sont les updates que les utilisateurs ont volontairement exclus de leur page). Le concept de la ‘Priority Inbox’ de GMail serait tout à fait applicable à Twitter.

  • [2] - Pascal V a écrit le 7 juillet 2011 :

    +1 à 95%
    :-)

    Je rajouterai le pb du trou noir du réseau pro. Un trou noir est un collectionneur de contacts non mémorables. Il joue a avoir la plus grosse (collection). Si un de ces trous noirs entre a proximité de votre réseau professionnel (linkedin…), vous perdez en efficacité dans votre propre utilisation car ce trou noir ne relaiera pas vos demandes de mise en relation. Je suis par exemple en contact avec Obama sur linkedin, mais par l’intermédiaire d’un de ces trous noirs. Et pourtant je suis assez strict sur l’inclusion de nœuds dans mes réseax sociaux !

  • [3] - Pierre a écrit le 7 juillet 2011 :

    Bonjour,

    Concernant la génération Y (dont je fais parti), je ne pense pas que le message sur le wall facebook est tout à fait pris le pas sur l’email, ne serait-ce que parce que le monde professionnel est encore centré sur l’email. Même si dans la sphère privée (avec les amis et les membres les plus jeunes de la famille) ils rivalisent presque à égalité.
    Nous sommes pour certains des early adopter de facebook mais nous avons connu le web ante-facebook et cela nous donne un minimum de recul.
    Pour la génération suivante en revanche et qui n’a pas encore été bien labellisée par les sociologues (génération Z ?) c’est encore une autre histoire.

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 7 juillet 2011 :

      Je pensais aux adolescents, donc en amont de la génération Y en fait, effectivement sans nom bien précis ! Ils ne sont pas encore influencés par le monde professionnel.

      Les jeunes qui rentrent dans le monde professionnel ont tendance à “rentrer dans le rang” même s’ils peuvent parfois générer l’adoption d’outils 2.0 dans les entreprises.

  • [4] - jphdenis a écrit le 7 juillet 2011 :

    “Sujet de bac.” http://0z.fr/UbOAj

  • [5] - Michel Nizon a écrit le 7 juillet 2011 :

    En fait, est ce le meilleur filtre anti bruit ne consiste t-il pas tout simplement à revoir à titre individuel, la définition du mot “ami” et de ses synonymes virtuels comme friends, followers et cie,.. (au risque de provoquer le plus grand crack de l’économie du XXIème siècle, qui définit les valeurs de l’internet en bourse au nombre d’amis planétaires)?

  • [6] - Brice@Développement personnel a écrit le 9 juillet 2011 :

    Bonjour,

    Merci pour l’article. Je m’étais déjà posé cette question à savoir si le bruit était utile ou non. J’ai l’impression que le but est de créer une sorte d’océan de bruit (fb twitter etc) dans lequel tous le monde peut venir faire trempette de temps en temps. Peut être que la découverte de ce phénomène donnera naissance à de nouveaux systèmes de filtrages plus efficaces. En tout cas je le souhaite.

    Merci encore

    • [6.1] - Olivier Ezratty a répondu le 9 juillet 2011 :

      Pour ceux des réseaux sociaux dont la publicité n’est pas facturée à la performance, le bruit fait directement partie du modèle économique !

      Pour les autres, c’est un outil très efficace pour augmenter la viralité.

      Le premier filtrage est probablement situé dans l’allocation de temps que l’on passe dans ces réseaux !

  • [7] - patr_ix a écrit le 10 juillet 2011 :

    Merci pour cet article Olivier! Intéressante comparaison avec le bruit. Je souscris pleinement à tes conclusions. Les cercles Google+ apporteront peut-être de la structuration aux power-users, mais la simplicité de FB et Twitter est déconcertante et a fait leur succès!
    Une reamarque sur le bruit : le bruit ne se définit que par rapport au signal, et par conséquent au message transporté qui fait sens pour l’émetteur et le récepteur qui l’écoute.
    Alors que sur les réseaux sociaux, on y vient parfois comme on va à la machine à café, au bar chez Francis ou à la soirée de Jean-Paul : s’épancher, écouter ce qui se dit, sans idées (trop) préconçues. Pas sûr qu’il y ait un signal. Tout au plus des signaux faibles. D’ailleurs, la soirée sera peut-être d’autant plus réussie qu’il y aura du monde et du bruit!
    Souhaitons en tous cas que les réseaux sociaux et leur bruit ne nous privent pas de tes posts ;)
    Cheers.

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 10 juillet 2011 :

      Tu mets le doigt sur un point que je n’avais effec­ti­ve­ment pas abordé dans l’article : le bruit est une fonc­tion indis­pen­sable dans un contexte d’exploration. C’est un peu comme lorsque l’on par­ti­cipe à une confé­rence pour “étof­fer son réseau”. On ren­contre un tas de gens qui ne seront pas utiles (à court terme en tout cas) et on tombe par­fois sur une per­sonne qui va nous aider pile poil là où on en a besoin et un peu par hasard. Seuls seuls ceux qui tentent leur chance peuvent gagner comme on dit !

      Il est nor­mal dans ces condi­tions que le bruit soit supé­rieur au signal. Il en est ainsi dans les réseaux sociaux. Mais leur fonc­tion­ne­ment et les usages cou­rants que je décris dans l’article ont ten­dance à ren­for­cer la com­po­sante bruit dans l’expérience utilisateur.

  • [8] - David Multimédia a écrit le 13 juillet 2011 :

    Il y aurait bcp à dire sur le sujet mais mon agenda va devoir filtrer un peu la longueur de mon commentaire, espérons que le bruit restera faible ;)

    Tout d´abord bravo pour cet article, l´analyse est très complète et très juste. Seuls quelques points me paraissent moins convaincants: l´intensité du bruit ne me parait pas être nécessairement fonction de la variable générationnelle, il y a aussi des composantes sociales et … professionnelles parfois plus décisives. Professionnelles car dans nombre de cas le bruit est issu directement d´une ambition “éditoriale” au service d´une conception très asymétrique et, assez souvent, assez peu performante de l´”influence”. Sociales car la maitrise de l´échange et des réseaux est une donnée sociologique de base (trop long à expliquer ici lol). Dans cette perspective je pense qu´une vision plus horizontale et surtout plus qualitative de l´usage des réseaux peut être nettement plus porteuse.

    Cela explique que je pense exactement comme vous que la curation, approche souvent quantitative et automatisée, n´est qu´une manière de reculer pour mieux sauter. Le problème est pourtant simple, pour avoir une vraie plus-value de toute information rien ne sert de filtrer s´il n´y a pas un travail de synthèse intellectuelle derrière et surtout d´INTERPRETATION et de mise en perspective. Just forget the tools!!!

    Cela explique aussi que je ne partage pas a priori votre analyse sur les réseaux à taille humaine car votre point de vue me parait trop tranché ou disons plutôt: trop systématique. Il faut dire que je n´ai pas le choix, c´est une conviction forte qui explique que je sois très impliqué dans la conception d´une plateforme communautaire dédiée à … l´innovation.

    L´avantage d´une telle démarche c´est qu´elle permet de mettre en forme un écosystème dans lesquels des membres peuvent communiquer de manière conviviale et … plus horizontale autour de thématiques cohérentes (et ouvertes, j´insiste sur ce point) avec un niveau de bruit plus faible qui est maitrisable grâce à la présence d´une animation et donc d´une modération (je ne parle pas ici d´un RSE, il s´agit d´un concept ouvert). Cela suppose de s´appuyer sur une véritable stratégie éditoriale et .. communautaire, avec des objectifs qui ne soient pas essentiellement quantitatifs mais aussi qualitatifs.

    Ceci pour dire que je crois qu´il est possible d´envisager des stratégies pour les médias sociaux qui tendent vers plus d´horizontalité et … d´intelligence collective, avec pour objectif d´apporter une vraie plus-value à la communauté et une maitrise du bruit à des niveaux raisonnablement bas. Cela demande de la réflexion et de la rigueur et une vision à plus longue échéance mais c´est possible dans un certain nombre de contextes.

    Je pense donc que nous sommes encore dans une étape encore un peu transitoire (régressive?) dans l´histoire des réseaux, où les bonnes pratiques ne sont pas encore établies et les pratiques parfois très confuses (cf. G+ en ce moment). Il n´en reste pas moins que tout un chacun peut tout à fait décider de maitriser ou réduire le bruit en fonction de ses objectifs. Pour ma part je suis assez strict. Pour ne prendre que le cas de Twitter je ne suis que les gens qui pratiquent la même hygiène de vie que moi, à savoir une moyenne de 4 à 6 Tweets par jour. Et vous savez quoi? Je peux (encore) lire toute ma Timeline et cela ne m´a pas empêcher de trouver votre article sans le chercher. Je crois même qu´entre-temps votre blog est “dans” mon Google Reader. Je me suis même permis de tweeter votre article, histoire de sensibiliser mes followers. Enfin ceux qui me lisent :)

    Voilà voilà, tout cela était un peu long à mettre en forme mais je n´ai pas eu à prendre ma voiture (moins de CO2), attendre d´assister ou participer aux mêmes conférences que les vôtres (moins d´intermédiaires) pour vous croiser sur la toile et pouvoir échanger, même l´espace d´un bref instant. So I did it: I crossed the bridge over the noise :). Et si notre plateforme devait trouver son public, je ne doute pas que vous la trouverez aussi :) mais bon, là c´est une autre histoire et elle reste à écrire. CQFD.

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 13 juillet 2011 :

      Bonjour David,

      Merci pour cette perspective intéressante qui met notamment en évidence le besoin de s’autodiscipliner dans l’usage des réseaux sociaux pour éviter de baigner dans trop de bruit.

      Au passage, mon papier présente bien d’autres limites.

      Prenons par exemple l’analogie avec la hifi. La plus adéquate serait de décrire comment on découvre de la musique que l’on peut apprécier. Quelle que soit l’époque, que l’on écoute la radio ou que l’on explore des “catalogues”, voire même que l’on écoute les 14 pistes d’un 33 tours ou d’un CD, il y a toujours du “bruit”, au sens, de la musique qui ne nous touche pas, que l’on n’a pas envie d’écouter. Sur un 33 tours et sur la radio, on ne pouvait pas zapper facilement. Aujourd’hui, on le fait bien plus rapidement, donc on évacue plus efficacement le bruit. En écoutant la radio (privée), on subissait aussi le “bruit” de la publicité. Autre remarque générationnelle : la musique dite “populaire” a toujours ressemblé à du “bruit” pour les parents. C’était vrai quand j’écoutais du hard rock comme ado dans les années 70 et c’est vrai aujourd’hui pour ce qui est à la mode aujourd’hui chez les djeunes.

      Autre exemple : la consommation de la TV. Maintenant que l’on peut profiter de fonctions d’enregistrement (PVR), on peut à la fois zapper la pub (ce qui en gêne certains) et surtout zapper ce qui n’est pas intéressant dans un programme. J’aime bien l’émission Taratata, mais je zappe généralement tout le blabla pour n’écouter que la musique qui m’intéresse. J’évacue donc le bruit. Je ne consomme que ce qui m’intéresse, et principalement en mode délinéarisé. On peut dire que j’ai pu évacuer 90% du “bruit” de la TV grâce à cela. Malheureusement, l’usage de PVR n’est pas généralisé en France pour un tas de raisons que l’on ne va pas traiter ici. Ses substituts que sont la catch-up et la VOD s’en approchent fonctionnellement. Mais la catchup permet moins facilement de zapper la pub.

      Dans la musique comme dans la TV, on voit donc plutôt un progrès permettant de limiter le “bruit”, c’est-à-dire le signal inutile.

      Dans les réseaux sociaux, on en est encore à la phase de découverte et pas encore à celle de la régulation du flux par l’utilisateur avec les bons outils. On subit aussi un bruit “by design” dans certains sites. Facebook est d’un point de vue ergonomique un site très bruité. En effet, la page de base est assez lourde. Il y a de la publicité sur le côté et des sollicitations en tout genre.

      Je dois admettre que j’ai aussi forcé le trait dans mon propos. Ma timeline Twitter est raisonnable (150 personnes suivies) et s’il y a du bruit dedans, le pourcentage n’est pas si élevé que cela. Dans Facebook, c’est un peu différent car ma timeline est construite différemment. Dans Twitter, il y a les gens que j’ai décidé de suivre pour les mêmes raisons que toi. Dans Facebook, il y a les “amis” que j’ai accepté passivement, qui sont pour un grand nombre des lecteurs de mon blog. Je devrais en fait avoir deux comptes Facebook, un de perso et un de “page du blog”. Mais bon, je suis fainéant. Et quand on est fainéant, on subit plus le bruit ! Comme devant la TV !

  • [9] - reeko a écrit le 22 juillet 2011 :

    J’ai du mal à souscrire à votre propos dans son intégralité.

    Autant l’amorce de votre réflexion est intéressante autant l’analogie avec le bruit est caduque.

    Le bruit a une définition précise en matière d’acoustique, ici, vous considerez que l’information qualifiable de “bruit” est celle qui vous semble inutile. Or, l’utilité d’une information est subjective. Ce qui est du bruit pour vous n’en est pas pour un autre.

    De plus le bruit est l’essentiel de ce que vous percevez. Que ce soit le bruit réel ( le bruit de fond ) ou les informations que vous définissez comme tels. Qui ne c’est jamais ennuyé dans une soirée ? Dans un repas de famille ? A l’écoute de propos qui vous semblent inintéressants.

    Réguler ce flux de bruit dans le cadre de la transmission d’information revient à se boucher les oreilles. Utiliser un outil de discrimination de la bonne information ( l’utile ) revient à créer un conformisme de la pensée qui vous fera perdre l’aspect aléatoire de l’existence et donc, la découverte de choses nouvelles. A l’extrême et institutionnalisé ( comme dans le cadre d’une chartre de bon comportement par exemple ), cela ne reviendrait-il pas à créer une forme de censure ?

    • [9.1] - Olivier Ezratty a répondu le 22 juillet 2011 :

      En effet, mon propos est exagéré et l’analogie avec le son est un effet de manche, pas beaucoup plus. Et oui, il faut du bruit pour faire des découvertes ! Il faut juste savoir le doser pour éviter d’avoir un taux de découverte qui soit trop faible et de se noyer dedans au détriment d’autres formes de découvertes plus productives. Bref, on doit arbitrer en permanence. Exemple dans les réseaux sociaux : équilibrer le suivi de sa timeline Twitter et celle de Facebook. J’ai par exemple fait le choix personnel de priviligier celle de Twitter du fait de son caractère asymétrique (les gens que je suis ne sont pas ceux qui me suivent) alors que Facebook est symétrique entre suivis et suiveurs qui sont des “amis”, une notion qui n’existe pas dans Twitter. Ce qui fait que le bruit dans Facebook est à la fois plus fort et moins pertinent que celui qui provient de Twitter. Mais si je suivais autant de gens qui me suivent dans Twitter, il en serait autrement.




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Voyages

Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays : Chine (2010) à Shanghai et Beijing Corée du Sud (2009) à Séoul Israël (2010) à Tel Aviv Japon (2009) à Tokyo Japon (2011) au CEATEC de Tokyo Japon (2012) au CEATEC de Tokyo Japon (2013) au CEATEC de Tokyo Silicon Valley (2007) Silicon Valley (2011)

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