Le bruit dans les réseaux sociaux

Publié le 6 juillet 2011 et mis à jour le 7 juillet 2011 - 15 commentaires -
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Petite réflexion libre pour les vacances qui démarrent…

Il y a quelques dizaines d’années, lorsque l’on choi­sis­sait les éléments d’une chaine hifi et notam­ment son ampli­fi­ca­teur ana­lo­gique, on était très sen­sible à la notion de rap­port signal/bruit qui était expri­mée en déci­bels. Elle décri­vait le rap­port qui exis­tait entre le signal audio qui était ampli­fié, trans­mis ou res­ti­tué par rap­port au bruit de fond généré par toute l’électronique. On abou­tis­sait à des ratios situés entre 65db et 90db selon les cas. Le signal était bien supé­rieur au bruit ! 3db équi­va­lent à un dou­ble­ment en terme de puis­sance ! Le pas­sage au numé­rique pour à la fois les outils des stu­dios d’enregistrement et avec le CD audio ont per­mis de se débar­ras­ser d’une grande par­tie du bruit ana­lo­gique de la hifi. On a ainsi pu pro­fi­ter de la dyna­mique du son, pour pro­fi­ter de concerts de Brü­ck­ner ou Haen­del sans “shhhhhh”. Côté musique de djeunes, la com­pres­sion de la dyna­mique a au contraire éliminé tout silence et toute dyna­mique dans l’audio. Tan­dis que les facul­tés audi­tives décli­nantes des anciennes géné­ra­tions les empêchent d’entendre le “shhhhh” que la tech­nique s’efforçait aupa­ra­vant de réduire.

Denon AVR 5308

Dans l’univers des com­mu­ni­ca­tions élec­tro­niques et notam­ment dans les réseaux sociaux, le ratio du bruit est com­plè­te­ment inversé. Il y a bien plus de bruit que de signal utile ! Le phé­no­mène a com­mencé par se mani­fes­ter avec la mes­sa­ge­rie. Dans les entre­prises, le bruit pro­vient des col­la­bo­ra­teurs qui envoient des mails à bien trop de monde “pour se cou­vrir”. Au point qu’il existe des chartes de l’usage de l’email dans cer­taines d’entre elles pour limi­ter le spam interne aux entre­prises. Dans le grand public, le bruit se mani­feste sur­tout par le spam non com­mer­cial, qui n’est jamais entiè­re­ment fil­tré par les sys­tèmes anti-spam. Par cer­tains côtés, les grands réseaux sociaux tels que Face­book fonc­tionnent tels de gigan­tesques machines à spam. Loin d’avoir tué l’email, elles l’ont même plu­tôt engorgé !

Inversion du bruit entre hifi et reseaux sociaux

C’est dans les réseaux sociaux que le phé­no­mène de géné­ra­tion de “bruit” prend donc toute son ampleur, en en par­ti­cu­lier dans Twit­ter, Face­book et le der­nier né Google+. Com­bien de mes­sages reçus dans Twit­ter via les per­sonnes que vous sui­vez sont per­ti­nents pour vous ? Com­bien d’informations sur votre wall Face­book vous concernent vrai­ment ? Le phé­no­mène est ampli­fié par le côté poly­morphe de ces réseaux sociaux. A force de vou­loir y faire trop de choses, on se retrouve dans des situa­tions absurdes.

Dans Face­book, on a ainsi des “amis” qui n’en sont pas tou­jours vrai­ment à force de répondre posi­ti­ve­ment aux invi­ta­tions que l’on reçoit par email qui encombrent votre boite aux lettres. On ne dit pas non pour ne pas vexer ses connais­sances, sur­tout pro­fes­sion­nelles. Le niveau d’intimité que l’on a avec elles est évidem­ment très variable. L’outil ne per­met pas réel­le­ment de clas­si­fier le niveau de rela­tion avec ses amis dans le fil­trage des infor­ma­tions qu’ils émettent. Google+ a résolu ce point mais micro-manager sa liste d’amis devien­dra vite un casse-tête car le degré de proxi­mité avec les gens que l’on ren­contre évolue en per­ma­nence. Nos “amis” dans Face­book n’ont évidem­ment pas du tout les mêmes centres d’intérêt que vous, et pour­tant, la pla­te­forme – et d’autres réseaux sociaux - se veulent utiles dans la notion de “recom­man­da­tion”. Résul­tat : les recom­man­da­tions des “amis” de vos réseaux sociaux sont simi­laires à celles qui vien­draient d’un panel TNS-Nielsen dès que vous avez quelques cen­taines d’amis. A savoir qu’elles ne sont pas plus per­ti­nentes que n’importe quel TOP 50 pour ce qui est de la recom­man­da­tion de conte­nus. Sauf à être extrê­me­ment rigou­reux dans le choix de ses amis dans les réseaux sociaux ou à hyper seg­men­ter les offres, notam­ment via la géo­lo­ca­li­sa­tion. Le bruit dans Face­book est accen­tué par un autre phé­no­mène : les cen­taines de mil­liers d’applications qui y pul­lulent et déclenchent leur propre méta-spam ou méta-bruit, en géné­rant invi­ta­tions à gogo, elles aussi, agents d’encombrement de vos boites d’emails.

Dans Twit­ter, le bruit est à l’avenant. On y envoie des mes­sages à une seule per­sonne en met­tant dans les faits en copie tous les uti­li­sa­teurs qui vous suivent. C’est le spam et le bruit assuré pour ces der­niers ! Le comble du bruit étant le mes­sage “Il faut me suivre pour que je puisse t’envoyer un DM”, alors qu’un simple email ferait l’affaire sans géné­rer autant de déran­ge­ments pour les autres. Il y a aussi ces “threads” de conver­sa­tion dont on a par­fois du mal à sai­sir le contexte et qui évidem­ment relèvent du bruit pour la plu­part des gens qui vous suivent (exemples récents ci-dessous qui ont ali­menté le compte Twit­ter d’environ 6000 per­sonnes !).

Twitter conversation absurde

Reponses à un Tweet

Un même article va être ret­witté plu­sieurs fois par les per­sonnes que vous sui­vez, mais elles ne les ont pas for­cé­ment lus. Et je ne connais pas de client Twit­ter qui per­mette d’éliminer auto­ma­ti­que­ment ce bruit. Cela reste à inven­ter. Cer­tains uti­li­sa­teurs se com­plaisent à bai­gner dans le bruit. Exemple extrême : Robert Scoble (@scobleizer) qui est suivi par 189K per­sonnes et en suit lui-même plus de 32000 ! Com­ment fait-il ? En uti­li­sant des filtres dans son client Twit­ter. Il trie le bruit qu’il reçoit avec plein de tamis, comme un cher­cheur d’or du Klon­dike, de peur de lou­per quelque chose. Pour sa part, Loic Lemeur (@Loic) est plus rai­son­nable avec 64K sui­veurs, mais seule­ment 1350 per­sonnes sui­vies, ce qui génère tou­te­fois pas mal de bruit en récep­tion pour ce qui le concerne ! Ce qui donne un ratio de suivis/suiveurs de 2%. Pour ma part, il est de 4%. C’est le lot com­mun des “broad­cas­ters”, ceux qui génèrent le bruit pour les autres soit du fait de leur noto­riété soit du fait de l’intérêt de leur bruit, soit les deux ! Twit­ter vous per­met même de consul­ter le bruit que je reçois ! Un bruit qui peut être mis en page via les ser­vices tels que Paper.li dont l’inutilité frise l’absurde tel­le­ment le méta-bruit qu’ils génèrent ne sert à rien mal­gré une mise en page meilleure que celle des clients Twit­ter usuels !

Robert Scoble Twitter account

Sur You­Tube, on est faci­le­ment amené à consul­ter des vidéos de qua­lité plus que variable. C’est une autre forme de bruit, qua­li­fiée d’UGC. Il y a aussi le bruit généré par les com­men­taires dans les articles de news ou de blogs. Dans les sup­ports Inter­net à fort tra­fic, plus la bêtise humaine peut s’exposer… plus elle le fait !

Le bruit n’est cepen­dant pas l’apanage des réseaux sociaux. Google Search génère ainsi son lot de bruit à chaque recherche. Il parait que sur Bing, il y a moins de bruit. Mais c’est nor­mal : comme il y a moins d’utilisateurs, il y a moins de sites qui y font du SEO (Search Engine Opti­mi­sa­tion). D’ailleurs, mal­gré le bruit sur Google Search, rares sont les uti­li­sa­teurs qui vont plus loin que les cinq pre­miers résul­tats pour affi­ner leurs recherches.

Là-dessus inter­viennent des outils dits de “cura­tion” pour faire le ménage dans le grand bazar du web ou ten­ter de l’organiser. La cura­tion porte sou­vent sur les infor­ma­tions sources plus que sur le bruit direc­te­ment engen­dré par les réseaux sociaux. C’est le cas de l’agrégation de news par thème chez Wikio, de l’organisation plus ration­nelle que per­met un Pearl­trees ou de la mise en valeur des meilleurs com­men­taires dans Rue89 où l’on vote sur les meilleurs com­men­taires. Le tout, non pas pour trou­ver ce que l’on cherche pré­ci­sé­ment à un moment donné, une tâche plu­tôt dévo­lue aux moteurs de recherche, mais pour iden­ti­fier ce qui est le plus per­ti­nent dans le bruit ambiant, que cela nous inté­resse ou non. Au lieu de boire une rivière, cela per­met de boire dans un ruis­seau. Quoique le ruis­seau reste dur à ava­ler avec son débit de quelques hec­to­litres à la seconde. Faire la cura­tion du web, de manière auto­ma­tique comme manuelle, c’est vider le ton­neau des Danaïdes ou bien faire bouillir l’océan, au choix.

Pearltrees

Le bruit semble s’être sen­si­ble­ment ampli­fié depuis que les auteurs de blogs les ont délais­sés pour aller ali­men­ter les réseaux sociaux. Ils sont pas­sés de la page (Blog) au para­graphe (Face­book) ou à la phrase (Twit­ter), le SMS étant juste der­rière mais heu­reu­se­ment pas “one to many” dans sa forme de dif­fu­sion usuelle. Je n’ai pas d’étude sous la main le prou­vant, mais cela donne l’impression qu’il y a moins de pro­duc­teurs de conte­nus et plus de géné­ra­teurs de gazouillis (les tweets en fran­çais…). Au point que cela ren­force para­doxa­le­ment le rôle des médias tra­di­tion­nels, ou tout du moins leur ver­sion “en ligne”. Mais le filtre men­tal que l’on se construit pour échap­per au bruit “social” accen­tue la ten­dance au zap­ping dans la consom­ma­tion des conte­nus et contri­bue à réduire l’attention. Cela génère ce que l’on appelle l’Attention Defi­cit Disor­der, un com­por­te­ment consi­déré comme pou­vant être patho­lo­gique pour les enfants dans le sys­tème sco­laire traditionnel.

Comme l’email, les réseaux sociaux semblent com­bler un vide rela­tion­nel et occupent le temps de leurs uti­li­sa­teurs. J’ai par­fois l’impression que cela occupe sur­tout les gens qui n’ont rien à faire, ou tout du moins les gens lorsqu’ils n’ont pas grand-chose à faire, comme dans les trans­ports en com­mun. Ce bruit ne consti­tue visi­ble­ment pas tant une gêne que cela. Il pro­cure même une sorte de récon­fort dans un monde où la concen­tra­tion de la popu­la­tion dans les villes génère para­doxa­le­ment beau­coup de soli­tudes. Dans le métro, il est bien rare de démar­rer une conver­sa­tion avec son voi­sin pour savoir ce qu’il fait dans la vie alors que l’on peut dis­cu­ter dans les réseaux sociaux avec un tas d’inconnus. Dans les cam­pagnes, on uti­lise moins les réseaux sociaux, et pas seule­ment parce que l’ADSL y est dif­fi­cile d’accès ! Consé­quence per­ni­cieuse : la pré­fé­rence à la consul­ta­tion du “bruit” par rap­port à la lec­ture linéaire “à l’ancienne” (livres, revues, journaux).

Someone_Is_Wrong_On_The_Internet

L’autre consé­quence du bruit se situe dans l’usage des réseaux sociaux par les marques. Comme les gens passent leur temps à consom­mer du bruit dans les réseaux sociaux, les marquent se disent : bien, on va aussi en pro­fi­ter pour faire du bruit là où les gens écoutent le bruit. Et cela contri­bue à ampli­fier la caco­pho­nie. Il parait qu’une marque se doit main­te­nant d’être sur Face­book pour exis­ter et pour entre­te­nir une rela­tion avec ses consom­ma­teurs. Mais l’opportunité d’y être vu ne me semble pas plus élevée que dans le bruit généré par toute autre forme de publi­cité ou com­mu­ni­ca­tion puisque presque tout le monde y fait du bruit (affi­chage, TV, radio, presse écrite). Et si l’interaction avec les vrais gens de la marque est pos­sible, elle est quelque peu illu­soire dans les faits et n’est pas très “sca­lable”. Ce n’est pas parce qu’un Loic Lemeur obtient une réponse rapide d’Air France lorsqu’il signale un pro­blème sur Twit­ter que tous les voya­geurs sont ainsi trai­tés ! Et puis, on n’a pas for­cé­ment envie d’être en “rela­tion” avec toutes les marques que l’on consomme et de se noyer dans le bruit qu’elles génèrent pour vous vendre plein de trucs et vous fidéliser.

Cette consom­ma­tion du bruit des réseaux sociaux est très variable et assez géné­ra­tion­nelle. Le phé­no­mène est évidem­ment accen­tué chez les plus jeunes uti­li­sa­teurs de ces outils. Ils ont repro­duit le bruit de la cour de récréa­tion dans les réseaux sociaux. Et aussi le com­por­te­ment social mar­gi­na­li­sant ceux qui res­tent seuls sur leur banc (les pro­duc­teurs ?). Résul­tat : même les pro­duc­teurs dont je fais par­tie se mettent à faire du bruit dans les réseaux sociaux, et en fri­sant par­fois la schi­zo­phré­nie entre le sou­hait d’apporter une valeur ajou­tée dans le ret­weet et celui de la civi­lité consis­tant à citer les sources du lien ou à ajou­ter un laco­nique mais syn­thé­tique “+1″ de plus­soie­ment. Les djeunes dits “géné­ra­tion Y” vivent dans leur wall Face­book au point que l’envoi d’un email à leur inten­tion aura moins d’impact qu’un post sur Face­book. Les moins djeunes sont plus pas­sifs qu’actifs dans Face­book et Twit­ter. Ils reçoivent les demandes d’amis par email et les acceptent, mais ne consultent pas régu­liè­re­ment leur wall. Ils se gardent bien d’y publier des infor­ma­tions sur leur vie pri­vée, notam­ment dans leur pro­fil. Mais ces uti­li­sa­teurs génèrent des pages vues tous les jours qui ali­mentent les sta­tis­tiques d’usage miro­bo­lantes de Face­book. Dans Twit­ter, ce sont les “lis­te­ners” qui suivent les autres mais n’émettent pas ou qua­si­ment pas de messages.

The dumbest generation

Alors, Google+ est-il la solu­tion ? Je suis dedans depuis une semaine, mais sans y pas­ser beau­coup de temps. Le “wall” de l’outil me semble aussi bruité que celui de Face­book mal­gré le tri que l’on peut faire dans ses “amis”. Et le bruit ne fera qu’augmenter au gré de l’ajout d’Internautes dans l’outil. Cela reste une machine à géné­rer du bruit. Et cumu­ler ce bruit avec son email, ses pho­tos et ses recherches dans la même société ne m’inspire pas vrai­ment confiance. Il vaut mieux divi­ser ses don­nées pour régner en tant qu’utilisateur ! Même si on ne règne pas sur grand-chose.

Le monde est aussi trop injuste : ceux des réseaux sociaux qui se vou­draient à taille humaine et limi­te­raient le nombre d’amis que l’on pour­rait avoir à un niveau rai­son­nable ont peu de chances d’émerger. La rai­son est simple : leur vira­lité est plus faible que les réseaux “exten­sifs” type Face­book et il n’y a pas de place pour un grand nombre de ces réseaux dans le temps dis­po­nible des uti­li­sa­teurs. Les réseaux spé­cia­li­sés ont aussi beau­coup de mal à émer­ger car il leur faut recons­ti­tuer leur “graphe social”. Au point qu’il est parait-il plus censé de créer une appli­ca­tion dans Face­book qu’un réseau avec son propre graphe social.

Alors, où vais-je en venir ? A crier “silence !” ? A deman­der l’application à l’échelle de l’Internet d’une charte de bonne conduite des uti­li­sa­teurs dans les réseaux sociaux, à l’instar des chartes d’utilisation d’email des entre­prises ? A par­ti­ci­per aux mou­ve­ments “alter” qui luttent contre le bruit en se décon­nec­tant de Face­book ou en ins­ti­tuant des “jour­nées sans connec­ti­vité” comme Tif­fany Shlain ? Pas vraiment.

Il faut juste accep­ter de vivre dans ce bruit ambiant mais y por­ter tou­te­fois un regard quelque peu dis­tant. Notam­ment pour pou­voir prendre du recul sur le suc­cès de socié­tés comme Face­book, qui est peut-être aussi éphé­mère que l’a été celui de MyS­pace il y a cinq ans, sans comp­ter celui des Skyrock/Skyblogs. Et aussi pour faire atten­tion à ne pas céder à la faci­lité des rela­tions super­fi­cielles que per­mettent les réseaux sociaux.

Publié le 6 juillet 2011 et mis à jour le 7 juillet 2011 Post de | Blogs, Facebook, Google, Internet, Sociologie | 16455 lectures

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Les 15 commentaires et tweets sur “Le bruit dans les réseaux sociaux” :

  • [1] - Joannes Vermorel a écrit le 6 juillet 2011 :

    Fil­trer le bruit n’est pas hors de por­tée tech­no­lo­gique. Il y beau­coup plus de spam que de véri­tables emails, ce qui n’empêche pas les bons anti­spams d’être très effi­cace. Dans le cas des graphes de réseaux sociaux, il y a beau­coup de moyens de pon­dé­rer tous ces liens au delà d’un cri­tère binaire (par exemple en regar­dant quels sont les updates que les uti­li­sa­teurs ont volon­tai­re­ment exclus de leur page). Le concept de la ‘Prio­rity Inbox’ de GMail serait tout à fait appli­cable à Twitter.

  • [2] - Pascal V a écrit le 7 juillet 2011 :

    +1 à 95% :-)

    Je rajou­te­rai le pb du trou noir du réseau pro. Un trou noir est un col­lec­tion­neur de contacts non mémo­rables. Il joue a avoir la plus grosse (col­lec­tion). Si un de ces trous noirs entre a proxi­mité de votre réseau pro­fes­sion­nel (lin­ke­din…), vous per­dez en effi­ca­cité dans votre propre uti­li­sa­tion car ce trou noir ne relaiera pas vos demandes de mise en rela­tion. Je suis par exemple en contact avec Obama sur lin­ke­din, mais par l’intermédiaire d’un de ces trous noirs. Et pour­tant je suis assez strict sur l’inclusion de nœuds dans mes réseax sociaux !

  • [3] - Pierre a écrit le 7 juillet 2011 :

    Bon­jour,

    Concer­nant la géné­ra­tion Y (dont je fais parti), je ne pense pas que le mes­sage sur le wall face­book est tout à fait pris le pas sur l’email, ne serait-ce que parce que le monde pro­fes­sion­nel est encore cen­tré sur l’email. Même si dans la sphère pri­vée (avec les amis et les membres les plus jeunes de la famille) ils riva­lisent presque à égalité.
    Nous sommes pour cer­tains des early adop­ter de face­book mais nous avons connu le web ante-facebook et cela nous donne un mini­mum de recul.
    Pour la géné­ra­tion sui­vante en revanche et qui n’a pas encore été bien label­li­sée par les socio­logues (géné­ra­tion Z ?) c’est encore une autre histoire.

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 7 juillet 2011 :

      Je pen­sais aux ado­les­cents, donc en amont de la géné­ra­tion Y en fait, effec­ti­ve­ment sans nom bien pré­cis ! Ils ne sont pas encore influen­cés par le monde professionnel.

      Les jeunes qui rentrent dans le monde pro­fes­sion­nel ont ten­dance à “ren­trer dans le rang” même s’ils peuvent par­fois géné­rer l’adoption d’outils 2.0 dans les entreprises.

  • [4] - jphdenis a écrit le 7 juillet 2011 :

    “Sujet de bac.” http://0z.fr/UbOAj

  • [5] - Michel Nizon a écrit le 7 juillet 2011 :

    En fait, est ce le meilleur filtre anti bruit ne consiste t-il pas tout sim­ple­ment à revoir à titre indi­vi­duel, la défi­ni­tion du mot “ami” et de ses syno­nymes vir­tuels comme friends, fol­lo­wers et cie,.. (au risque de pro­vo­quer le plus grand crack de l’économie du XXIème siècle, qui défi­nit les valeurs de l’internet en bourse au nombre d’amis planétaires)?

  • [6] - Brice@Développement personnel a écrit le 9 juillet 2011 :

    Bon­jour,

    Merci pour l’article. Je m’étais déjà posé cette ques­tion à savoir si le bruit était utile ou non. J’ai l’impression que le but est de créer une sorte d’océan de bruit (fb twit­ter etc) dans lequel tous le monde peut venir faire trem­pette de temps en temps. Peut être que la décou­verte de ce phé­no­mène don­nera nais­sance à de nou­veaux sys­tèmes de fil­trages plus effi­caces. En tout cas je le souhaite.

    Merci encore

    • [6.1] - Olivier Ezratty a répondu le 9 juillet 2011 :

      Pour ceux des réseaux sociaux dont la publi­cité n’est pas fac­tu­rée à la per­for­mance, le bruit fait direc­te­ment par­tie du modèle économique !

      Pour les autres, c’est un outil très effi­cace pour aug­men­ter la viralité.

      Le pre­mier fil­trage est pro­ba­ble­ment situé dans l’allocation de temps que l’on passe dans ces réseaux !

  • [7] - patr_ix a écrit le 10 juillet 2011 :

    Merci pour cet article Oli­vier! Inté­res­sante com­pa­rai­son avec le bruit. Je sous­cris plei­ne­ment à tes conclu­sions. Les cercles Google+ appor­te­ront peut-être de la struc­tu­ra­tion aux power-users, mais la sim­pli­cité de FB et Twit­ter est décon­cer­tante et a fait leur suc­cès!
    Une rea­marque sur le bruit : le bruit ne se défi­nit que par rap­port au signal, et par consé­quent au mes­sage trans­porté qui fait sens pour l’émetteur et le récep­teur qui l’écoute.
    Alors que sur les réseaux sociaux, on y vient par­fois comme on va à la machine à café, au bar chez Fran­cis ou à la soi­rée de Jean-Paul : s’épancher, écou­ter ce qui se dit, sans idées (trop) pré­con­çues. Pas sûr qu’il y ait un signal. Tout au plus des signaux faibles. D’ailleurs, la soi­rée sera peut-être d’autant plus réus­sie qu’il y aura du monde et du bruit!
    Sou­hai­tons en tous cas que les réseaux sociaux et leur bruit ne nous privent pas de tes posts ;)
    Cheers.

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 10 juillet 2011 :

      Tu mets le doigt sur un point que je n’avais effec­ti­ve­ment pas abordé dans l’article : le bruit est une fonc­tion indis­pen­sable dans un contexte d’exploration. C’est un peu comme lorsque l’on par­ti­cipe à une confé­rence pour “étof­fer son réseau”. On ren­contre un tas de gens qui ne seront pas utiles (à court terme en tout cas) et on tombe par­fois sur une per­sonne qui va nous aider pile poil là où on en a besoin et un peu par hasard. Seuls seuls ceux qui tentent leur chance peuvent gagner comme on dit !

      Il est nor­mal dans ces condi­tions que le bruit soit supé­rieur au signal. Il en est ainsi dans les réseaux sociaux. Mais leur fonc­tion­ne­ment et les usages cou­rants que je décris dans l’article ont ten­dance à ren­for­cer la com­po­sante bruit dans l’expérience utilisateur.

  • [8] - David Multimédia a écrit le 13 juillet 2011 :

    Il y aurait bcp à dire sur le sujet mais mon agenda va devoir fil­trer un peu la lon­gueur de mon com­men­taire, espé­rons que le bruit res­tera faible ;)

    Tout d´abord bravo pour cet article, l´analyse est très com­plète et très juste. Seuls quelques points me paraissent moins convain­cants: l´intensité du bruit ne me parait pas être néces­sai­re­ment fonc­tion de la variable géné­ra­tion­nelle, il y a aussi des com­po­santes sociales et … pro­fes­sion­nelles par­fois plus déci­sives. Pro­fes­sion­nelles car dans nombre de cas le bruit est issu direc­te­ment d´une ambi­tion “édito­riale” au ser­vice d´une concep­tion très asy­mé­trique et, assez sou­vent, assez peu per­for­mante de l´“influence”. Sociales car la mai­trise de l´échange et des réseaux est une don­née socio­lo­gique de base (trop long à expli­quer ici lol). Dans cette pers­pec­tive je pense qu´une vision plus hori­zon­tale et sur­tout plus qua­li­ta­tive de l´usage des réseaux peut être net­te­ment plus porteuse.

    Cela explique que je pense exac­te­ment comme vous que la cura­tion, approche sou­vent quan­ti­ta­tive et auto­ma­ti­sée, n´est qu´une manière de recu­ler pour mieux sau­ter. Le pro­blème est pour­tant simple, pour avoir une vraie plus-value de toute infor­ma­tion rien ne sert de fil­trer s´il n´y a pas un tra­vail de syn­thèse intel­lec­tuelle der­rière et sur­tout d´INTERPRETATION et de mise en pers­pec­tive. Just for­get the tools!!!

    Cela explique aussi que je ne par­tage pas a priori votre ana­lyse sur les réseaux à taille humaine car votre point de vue me parait trop tran­ché ou disons plu­tôt: trop sys­té­ma­tique. Il faut dire que je n´ai pas le choix, c´est une convic­tion forte qui explique que je sois très impli­qué dans la concep­tion d´une pla­te­forme com­mu­nau­taire dédiée à … l´innovation.

    L´avantage d´une telle démarche c´est qu´elle per­met de mettre en forme un écosys­tème dans les­quels des membres peuvent com­mu­ni­quer de manière convi­viale et … plus hori­zon­tale autour de thé­ma­tiques cohé­rentes (et ouvertes, j´insiste sur ce point) avec un niveau de bruit plus faible qui est mai­tri­sable grâce à la pré­sence d´une ani­ma­tion et donc d´une modé­ra­tion (je ne parle pas ici d´un RSE, il s´agit d´un concept ouvert). Cela sup­pose de s´appuyer sur une véri­table stra­té­gie édito­riale et .. com­mu­nau­taire, avec des objec­tifs qui ne soient pas essen­tiel­le­ment quan­ti­ta­tifs mais aussi qualitatifs.

    Ceci pour dire que je crois qu´il est pos­sible d´envisager des stra­té­gies pour les médias sociaux qui tendent vers plus d´horizontalité et … d´intelligence col­lec­tive, avec pour objec­tif d´apporter une vraie plus-value à la com­mu­nauté et une mai­trise du bruit à des niveaux rai­son­na­ble­ment bas. Cela demande de la réflexion et de la rigueur et une vision à plus longue échéance mais c´est pos­sible dans un cer­tain nombre de contextes.

    Je pense donc que nous sommes encore dans une étape encore un peu tran­si­toire (régres­sive?) dans l´histoire des réseaux, où les bonnes pra­tiques ne sont pas encore établies et les pra­tiques par­fois très confuses (cf. G+ en ce moment). Il n´en reste pas moins que tout un cha­cun peut tout à fait déci­der de mai­tri­ser ou réduire le bruit en fonc­tion de ses objec­tifs. Pour ma part je suis assez strict. Pour ne prendre que le cas de Twit­ter je ne suis que les gens qui pra­tiquent la même hygiène de vie que moi, à savoir une moyenne de 4 à 6 Tweets par jour. Et vous savez quoi? Je peux (encore) lire toute ma Time­line et cela ne m´a pas empê­cher de trou­ver votre article sans le cher­cher. Je crois même qu´entre-temps votre blog est “dans” mon Google Rea­der. Je me suis même per­mis de twee­ter votre article, his­toire de sen­si­bi­li­ser mes fol­lo­wers. Enfin ceux qui me lisent :)

    Voilà voilà, tout cela était un peu long à mettre en forme mais je n´ai pas eu à prendre ma voi­ture (moins de CO2), attendre d´assister ou par­ti­ci­per aux mêmes confé­rences que les vôtres (moins d´intermédiaires) pour vous croi­ser sur la toile et pou­voir échan­ger, même l´espace d´un bref ins­tant. So I did it: I cros­sed the bridge over the noise :) . Et si notre pla­te­forme devait trou­ver son public, je ne doute pas que vous la trou­ve­rez aussi :) mais bon, là c´est une autre his­toire et elle reste à écrire. CQFD.

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 13 juillet 2011 :

      Bon­jour David,

      Merci pour cette pers­pec­tive inté­res­sante qui met notam­ment en évidence le besoin de s’autodiscipliner dans l’usage des réseaux sociaux pour éviter de bai­gner dans trop de bruit.

      Au pas­sage, mon papier pré­sente bien d’autres limites.

      Pre­nons par exemple l’analogie avec la hifi. La plus adé­quate serait de décrire com­ment on découvre de la musique que l’on peut appré­cier. Quelle que soit l’époque, que l’on écoute la radio ou que l’on explore des “cata­logues”, voire même que l’on écoute les 14 pistes d’un 33 tours ou d’un CD, il y a tou­jours du “bruit”, au sens, de la musique qui ne nous touche pas, que l’on n’a pas envie d’écouter. Sur un 33 tours et sur la radio, on ne pou­vait pas zap­per faci­le­ment. Aujourd’hui, on le fait bien plus rapi­de­ment, donc on évacue plus effi­ca­ce­ment le bruit. En écou­tant la radio (pri­vée), on subis­sait aussi le “bruit” de la publi­cité. Autre remarque géné­ra­tion­nelle : la musique dite “popu­laire” a tou­jours res­sem­blé à du “bruit” pour les parents. C’était vrai quand j’écoutais du hard rock comme ado dans les années 70 et c’est vrai aujourd’hui pour ce qui est à la mode aujourd’hui chez les djeunes.

      Autre exemple : la consom­ma­tion de la TV. Main­te­nant que l’on peut pro­fi­ter de fonc­tions d’enregistrement (PVR), on peut à la fois zap­per la pub (ce qui en gêne cer­tains) et sur­tout zap­per ce qui n’est pas inté­res­sant dans un pro­gramme. J’aime bien l’émission Tara­tata, mais je zappe géné­ra­le­ment tout le bla­bla pour n’écouter que la musique qui m’intéresse. J’évacue donc le bruit. Je ne consomme que ce qui m’intéresse, et prin­ci­pa­le­ment en mode déli­néa­risé. On peut dire que j’ai pu évacuer 90% du “bruit” de la TV grâce à cela. Mal­heu­reu­se­ment, l’usage de PVR n’est pas géné­ra­lisé en France pour un tas de rai­sons que l’on ne va pas trai­ter ici. Ses sub­sti­tuts que sont la catch-up et la VOD s’en approchent fonc­tion­nel­le­ment. Mais la cat­chup per­met moins faci­le­ment de zap­per la pub.

      Dans la musique comme dans la TV, on voit donc plu­tôt un pro­grès per­met­tant de limi­ter le “bruit”, c’est-à-dire le signal inutile.

      Dans les réseaux sociaux, on en est encore à la phase de décou­verte et pas encore à celle de la régu­la­tion du flux par l’utilisateur avec les bons outils. On subit aussi un bruit “by design” dans cer­tains sites. Face­book est d’un point de vue ergo­no­mique un site très bruité. En effet, la page de base est assez lourde. Il y a de la publi­cité sur le côté et des sol­li­ci­ta­tions en tout genre.

      Je dois admettre que j’ai aussi forcé le trait dans mon pro­pos. Ma time­line Twit­ter est rai­son­nable (150 per­sonnes sui­vies) et s’il y a du bruit dedans, le pour­cen­tage n’est pas si élevé que cela. Dans Face­book, c’est un peu dif­fé­rent car ma time­line est construite dif­fé­rem­ment. Dans Twit­ter, il y a les gens que j’ai décidé de suivre pour les mêmes rai­sons que toi. Dans Face­book, il y a les “amis” que j’ai accepté pas­si­ve­ment, qui sont pour un grand nombre des lec­teurs de mon blog. Je devrais en fait avoir deux comptes Face­book, un de perso et un de “page du blog”. Mais bon, je suis fai­néant. Et quand on est fai­néant, on subit plus le bruit ! Comme devant la TV !

  • [9] - reeko a écrit le 22 juillet 2011 :

    J’ai du mal à sous­crire à votre pro­pos dans son intégralité.

    Autant l’amorce de votre réflexion est inté­res­sante autant l’analogie avec le bruit est caduque.

    Le bruit a une défi­ni­tion pré­cise en matière d’acoustique, ici, vous consi­de­rez que l’information qua­li­fiable de “bruit” est celle qui vous semble inutile. Or, l’utilité d’une infor­ma­tion est sub­jec­tive. Ce qui est du bruit pour vous n’en est pas pour un autre.

    De plus le bruit est l’essentiel de ce que vous per­ce­vez. Que ce soit le bruit réel ( le bruit de fond ) ou les infor­ma­tions que vous défi­nis­sez comme tels. Qui ne c’est jamais ennuyé dans une soi­rée ? Dans un repas de famille ? A l’écoute de pro­pos qui vous semblent inintéressants.

    Régu­ler ce flux de bruit dans le cadre de la trans­mis­sion d’information revient à se bou­cher les oreilles. Uti­li­ser un outil de dis­cri­mi­na­tion de la bonne infor­ma­tion ( l’utile ) revient à créer un confor­misme de la pen­sée qui vous fera perdre l’aspect aléa­toire de l’existence et donc, la décou­verte de choses nou­velles. A l’extrême et ins­ti­tu­tion­na­lisé ( comme dans le cadre d’une chartre de bon com­por­te­ment par exemple ), cela ne reviendrait-il pas à créer une forme de censure ?

    • [9.1] - Olivier Ezratty a répondu le 22 juillet 2011 :

      En effet, mon pro­pos est exa­géré et l’analogie avec le son est un effet de manche, pas beau­coup plus. Et oui, il faut du bruit pour faire des décou­vertes ! Il faut juste savoir le doser pour éviter d’avoir un taux de décou­verte qui soit trop faible et de se noyer dedans au détri­ment d’autres formes de décou­vertes plus pro­duc­tives. Bref, on doit arbi­trer en per­ma­nence. Exemple dans les réseaux sociaux : équi­li­brer le suivi de sa time­line Twit­ter et celle de Face­book. J’ai par exemple fait le choix per­son­nel de pri­vi­li­gier celle de Twit­ter du fait de son carac­tère asy­mé­trique (les gens que je suis ne sont pas ceux qui me suivent) alors que Face­book est symé­trique entre sui­vis et sui­veurs qui sont des “amis”, une notion qui n’existe pas dans Twit­ter. Ce qui fait que le bruit dans Face­book est à la fois plus fort et moins per­ti­nent que celui qui pro­vient de Twit­ter. Mais si je sui­vais autant de gens qui me suivent dans Twit­ter, il en serait autrement.




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