Les temps nouveaux de la décroissance

Publié le 5 septembre 2009 et mis à jour le 6 septembre 2009 - 13 commentaires -
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Ce thème était abordé dans au moins un table ronde et deux plé­nières de l’Université d’Eté du MEDEF 2009 : “La décrois­sance pros­père”, “Notre pla­nète du pôle sud au pôle nord” et “Quand nos enfants auront 100 ans”. Voici en vrac quelques points forts de ces débats. En tout cas, qui m’interpellent…

Pour­quoi la décroissance ?

La décrois­sance n’est plus une lubie d’illuminé écolo­giste, c’est main­te­nant qua­si­ment une cer­ti­tude et même une néces­sité. La crois­sance est la drogue des écono­mistes et des poli­tiques qui mesurent la santé des écono­mies par l’évolution du PNB. Mais la décrois­sance à la fois écono­mique et démo­gra­phique, les deux étant inti­me­ment liés, sont iné­luc­tables pour au moins trois raisons :

  • Il y aura moins d’énergie car la majo­rité de l’énergie que l’on consomme est un stock d’énergie fos­sile qui ne se renou­velle pas et les éner­gies renou­ve­lables vont trop len­te­ment prendre le relai. Le choc sera rude d’ici quelques dizaines d’années, voire même avant. L’atteinte du pic de pro­duc­tion du pétrole va enclen­cher des réac­tions en chaînes mul­tiples : moins de trans­ports et d’échanges, moins de mon­dia­li­sa­tion, plus de pro­duc­tions locales. Toute la pro­duc­tion humaine va se renchérir.
  • Il y aura moins de res­sources végé­tales du fait du réchauf­fe­ment cli­ma­tique et de la mon­tée des océans, sans comp­ter ce que l’homme a détruit sur la planète.
  • Nous aurons pro­ba­ble­ment une consé­quence indi­recte de ces deux phé­no­mènes mais aussi de l’enrichissement géné­ral de l’ensemble de la pla­nète (à l’exception peut-être du conti­nent Afri­cain) : la baisse de la popu­la­tion mon­diale. L’impact de la baisse de la nata­lité sera pos­té­rieur à celui de l’allongement de la durée de vie (cf Gilles Pison de l’INED, et son étude des pyra­mides des âges, aussi ci-dessous pour la Chine). Sachant para­doxa­le­ment que la pre­mière popu­la­tion à bais­ser devrait être celle de l’occident puisque, par tête de pipe, c’est celle qui use le plus la pla­nète. Cela tombe bien, c’est là que la nata­lité est la plus faible. Rus­sie, Japon, Ita­lie… Même si, à part au Japon, elle est en par­tie com­pen­sée par l’immigration.

Pyramide des ages en Chine

La décrois­sance est donc à la fois une néces­sité (c’est l’homme qui détruit la pla­nète) et une consé­quence des événe­ments en marche (il détruit des res­sources limi­tées donc conduit à une décrois­sance, et la décrois­sance démo­gra­phique en route sur le long terme).

Com­ment gérer la décroissance ?

Ce n’est pas le tout de pré­dire, il faut gérer. Per­sonne ne gère encore la décroissance !

  • On est déjà dans la décrois­sance à l’échelle de l’histoire humaine. Par la déplé­tion et par la raré­fac­tion, notam­ment des matières pre­mières et de l’énergie. Les richesses viennent du sous-sol et s’épuisent. Ce capi­tal s’épuise. Il faut s’habituer à cette phase de décrois­sance et il faut mon­trer que c’est possible.
  • Il faut com­men­cer en France à arrê­ter d’encourager la nata­lité, ce que l’on fait depuis un siècle. En France et en Europe, on est très nom­breux par rap­port à notre empreinte écolo­gique. Il faut mul­ti­plier le nombre de per­sonnes par leur impact écolo­gique. L’Afrique est un conti­nent “très creu” par rap­port à sa sur­face et à l’empreinte car­bone de sa population.
  • On peut (mal­heu­reu­se­ment) conti­nuer à détruire la pla­nète même avec juste un mil­liard d’habitants (vs 7 actuel­le­ment). Il faut faire de manière dif­fé­rente et pas seule­ment “moins”. Et notam­ment redé­lé­guer des pro­ces­sus à la nature qui sont aujourd’hui artificiels.
  • Le déve­lop­pe­ment écolo­gique génère beau­coup de tra­vail manuel. Il per­met ainsi une meilleure dis­tri­bu­tion du tra­vail et donc des richesses (vs des usines auto­ma­ti­sées et une concen­tra­tion de la richesse sur les déten­teurs de capital).
  • La décrois­sance amè­nera à limi­ter les échanges phy­siques. Il y a aujourd’hui de l’import et de l’export de lait entre le Royaume Unis et la France, ce qui est incensé. Il faut créer des zônes de “régio­na­lisme cri­tique” pour aug­men­ter les échanges intra-région. Une grande par­tie de la mobi­lité est futile. Il faut pro­duire plus loca­le­ment. Cela inter­vien­dra tout seul avec le ren­ché­ris­se­ment des coûts du transport.
  • Inter­net est-il une chance pour la décrois­sance ? Pas beau­coup débattu. A noter que Cisco a divisé par trois ses frais de dépla­ce­ments en déve­lop­pant l’usage de la visio­con­fé­rence avec son offre Téléprésence.
  • Le capi­ta­lisme peut-il accep­ter la décrois­sance ? Le capi­ta­lisme fonc­tionne par l’emprunt, le taux d’intérêt et la crois­sance pour rem­bour­ser ce qui est emprunté et avec tous les inter­mé­diaires finan­ciers. Cette forme de capi­ta­lisme va dis­pa­raitre en 2025 selon Yves Cochet. On va assis­ter à une démon­dia­li­sa­tion qui fera la part belle à la mon­naie d’échange (fon­dante) vs la mon­naie d’accumulation (spé­cu­la­tive, etc). Toutes les crises pro­viennent d’un excès de dettes. Main­te­nant, on en est au niveau des gou­ver­ne­ments. Qui va sau­ver les gou­ver­ne­ments ? La dette a un côté arti­fi­ciel et c’est un pro­blème dans le contexte de la décrois­sance. La décrois­sance fera à terme explo­ser la bulle de la dette des états.
  • Le déve­lop­pe­ment durable est un alibi des capi­ta­listes, une impos­ture. Il y a des choses non mon­nayables qui font par­tie de la pros­pé­rité. Et d’ailleurs, est-on néces­sai­re­ment pauvre et/ou mal­heu­reux dans les petits pays ?
  • Les besoins vitaux des êtes humains ne sont pas satis­faits d’un côté (accès à l’eau potable, …) et le super­flu pré­do­mine de l’autre avec une abon­dance, sans satis­fac­tion pour autant. Les billets d’avion devraient être au poids et pas à la per­sonne. Les nomades ne portent pas de super­flu sur eux et sont donc maigres…
  • La décrois­sance ne sera pas for­cé­ment heu­reuse. Elle est por­teuse de dan­gers et de troubles.

La décrois­sance vue des pôles

Le titre de cette plé­nière était “Notre pla­nète du pôle sud au pôle nord” (vidéo). A noter l’absence remar­quée de Jean-Louis Bor­loo dans cette plé­nière, seul ministre annoncé ayant semble-t-il fait défaut.

Trois éléments clés ou cli­vages du débat :

  • La glace fond, c’est là où l’impact de l’homme est le plus fort et le plus visible. En même temps, les pôles ont enre­gis­tré l’histoire de la terre (air empri­sonné dans les couches de glace) per­met­tant de com­prendre l’impact du CO2 sur le cli­mat. On sait ce qui va arriver…
  • Mais l’homme refuse d’accepter la réa­lité. On sait mais on ne fait rien quand même. Heu­reu­se­ment, main­te­nant que les amé­ri­cains ont changé de posi­tion après l’absurde refus de Kyoto par Bush 43, on va pou­voir aller de l’avant. Le scep­ti­cisme est cepen­dant ambiant sur le som­met de l’ONU sur le cli­mat qui a lieu en décembre 2009 à Copen­hague. Et un échec serait dramatique.
  • Il faut adop­ter nous-mêmes un nou­veau mode de consom­ma­tion, une approche pous­sée par Yann Arthus-Bertrand. Consom­mer moins et mieux. Cette approche bottom-up sera-t-elle suf­fi­sante ? Michel Rocard pense que non et prône une approche top-bottom influen­cée notam­ment par les poli­tiques publiques et par la fis­ca­lité (taxe car­bone, etc). Il fau­dra pro­ba­ble­ment les deux pour réussir…

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Quand nos enfants auront cent ans

Le plus éton­nant dans ce débat est qu’on y enten­dait qua­si­ment rien sur l’impact du réchauf­fe­ment cli­ma­tique sur la vie de nos enfants dans plus de 100 ans. La dis­cus­sion était plu­tôt socio­lo­gique. Incons­cience ? Lacune de prospective ?

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  • L’économiste Michel Godet met en paral­lèle l’inquiétude sur le taux de nata­lité des baleines… et celui des ita­liens et des cata­lans qui est le même, mais ne sou­cie per­sonne. On a tou­jours peur de la popu­la­tion des grands pays (Inde, Chine). Au regard du thème de la décrois­sance, pour­quoi donc faudrait-il tant s’inquiéter quand un Euro­péen a une empreinte car­bone dix fois supé­rieure au moins à celle d’un chi­nois ? Il évoque aussi un autre phé­no­mène socio­lo­gique mal étudié : les familles mono­pa­ren­tales et la soli­tude dans les villes. A mon sens, les familles mono­pa­ren­tales sont un luxe des pays riches qui explique beau­coup de choses : le manque de repères pour de nom­breux enfants, les troubles sco­laires, la crise du loge­ment, et indi­rec­te­ment, une petite part du bilan car­bone (on consomme plus pour se chauf­fer du fait d’un trop grand nombre de loge­ments par rap­port à la population).
  • Tou­jours Michel Godet, pas avare de sim­pli­fi­ca­tion mar­quantes : les retraites sont un sys­tème Madoff : les der­niers arri­vés payent pour les pre­miers arri­vés. Au pas­sage, dans un autre sujet, les TIC n’améliorent pas la com­mu­ni­ca­tion. Cela per­met sur­tout de par­ler avec les gens qui ne sont pas là et pas avec les gens qui sont là…

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  • Roger Bes­sis, pion­nier de l’échographie, met en paral­lèle la sexua­lité et la repro­duc­tion. La repro­duc­tion bio­lo­gique serait un roman­tisme en voie de dis­pa­ri­tion. On peut main­te­nant détec­ter des défauts ana­to­miques et géniques et déclen­cher un eugé­nisme à petite dose. Quel est l’eugénisme licite ? Quelles nou­velles inéga­li­tés d’accès va-t-il créer ? On pour­rait avoir deux espèces humaines en coha­bi­ta­tion : l’une, dépouillée de pro­blèmes géné­tiques, et l’autre, sujette à mala­dies diverses. Le poli­tique doit se mêler de cela. Il y a un gros manque de péda­go­gie sur les lois bioé­thiques. Les enfants auront-ils cent ans? Cela va arriver…
  • Pour­quoi les fran­çais sont-ils tristes et pes­si­mistes ? S’inquiéter, c’est s’occuper de l’autre. Un ado qui va mal se porte mieux avec un entre­pre­neur. Il lui donne confiance, le renar­cis­sise. Les entre­prises peuvent dimi­nuer le tra­vail des psy.

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Je retire quelques conclu­sions de ces dif­fé­rents débats : la décrois­sance est enclen­chée mais ses méca­nismes ne sont pas encore bien com­pris et encore moins pla­ni­fiés. Sur­tout au niveau des entre­prises. La concur­rence écono­mique mon­diale pol­lue tous les rai­son­ne­ments alors qu’à l’échelle de la pla­nète, on tra­vaille dans un envi­ron­ne­ment fermé et fini. Enfin, ce genre de ses­sion aurait pu être éclairé par un ou deux prospectivistes.


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Publié le 5 septembre 2009 Post de Olivier Ezratty | Economie, Environnement, Sociologie | 13 commentaires

Les 13 commentaires sur “Les temps nouveaux de la décroissance” :

  • La conclu­sion fait froid dans le dos. Si c’est le sen­ti­ment domi­nant exprimé lors de ce congrès, alors il faut s’attendre à une série de désastres. Per­sonne ne vou­lant être res­pon­sable, et sur­tout pas la géné­ra­tion des baby-boomers qui consti­tue l’essentiels des per­sonnes sur la photo ci-dessus, per­sonne ne pren­dra ses res­pon­sa­bi­li­tés. Les choses iront comme avant, jusqu’au moment où pla­nète et peuples n’en pour­ront plus.

    Il y a des lucides comme Dave (http://peakwatch.typepad.com/peak_watch/2009/08/the-incredible-shrinking-boomer-economy.html), mais ils sont mal­heu­reu­se­ment tota­le­ment pessimistes.

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 5 septembre 2009 :

      Très inté­res­sant ce lien. En fait, il y aura un jour une explo­sion de la bulle de la dette des états. USA en pre­mier. La défla­gra­tion sera inté­res­sante. Est-ce que l’économie sera alors prête à absor­ber le coup ? Il fau­drait qu’au moment où cela inter­vien­dra elle se soit re-régionalisée et dé-mondialisée, tout du moins au niveau de la finance.

      L’annulation de la dette, cela existe. Par exemple, un pays d’Afrique peut voir une par­tie de sa dette vis à vis des pays riches annu­lée car les pays riches peuvent (pou­vaient) absor­ber cela dans leur bilan. Main­te­nant, qui sont les riches des pays occi­den­taux ? Leurs propres citoyens, en géné­ral les plus aisés, les écono­mies du pétrole et les quelques pays excé­den­taires. Si tu annules la dette, tu appau­vris les plus riches. Est-ce si grave ? Vu comme cela, pas tant que ça. Mais il y a plein d’autres side-effects qui vont évidem­ment bou­siller toute l’économie. Et donc toutes les popu­la­tions au pas­sage, de l’ouvrier chi­nois à l’ingénieur allemand.

      En fait, plein de désastres sont pos­sibles. Et ils ne sont pas bien anti­ci­pés pour être jugu­lés. Je me dis tou­jours en fai­sant mes courses “quel bor­del cela sera le jour où il y aura un début de pénu­rie”. Mad Max n’est pas loin !

      Yann Arthus Ber­trand disait en sub­stance et en conclu­sion : “L’optimisme, c’est de com­men­cer à se révolter”.

      • [1.1.1] - Marc a répondu le 5 septembre 2009 :

        Si les Etats-Unis font un jour défaut sur leur dette publique, la pre­mière consé­quence sera la dis­pa­ri­tion du fameux “risk-free rate” (taux de ren­de­ment du T-Bond) sur lequel est basé l’ensemble du sys­tème finan­cier mon­dial. La deuxième sera l’effondrement “à l’Argentine” de l’économie amé­ri­caine, donc celle de l’UE par dépendance.

        Je pré­fère ne pas voir ça. Là, il n’y a pas d’incertitude sur les effets de ce genre de crise. Nous avons vécu ça dans de petits pays, c’est très moche. Alors, à l’échelle du globe…

  • Je me demande si cette his­toire de décrois­sance est bien fon­dée. La richesse d’un pays, c’est ce qu’elle pro­duit et ce à quoi elle donne une “valeur”. Dans la défi­ni­tion d’Adam Smith, il n’y avait que les biens maté­riels, mais main­te­nant, il y a aussi les ser­vices (qui ne pol­luent pas).
    L’avenir peut voir un bas­cu­le­ment de la pro­duc­tion du “non durable” au “plus durable”, sans que la crois­sance du PIB n’en soit affec­tée. Au contraire.
    Quant au fait que nous soyons trop nom­breux, ça ne me semble pas évident. J’ai lu, par exemple, un article du monde, qui expli­quait qu’en élimi­nant les gas­pillages on pour­rait nour­rir la pla­nète de 2050 avec notre pro­duc­tion actuelle (si mes sou­ve­nirs sont bons).
    Toutes ces conver­sa­tions ne sont-elles pas sim­ple­ment le résul­tat de l’influence du blues ambiant? Par­ti­ci­pants débous­so­lés? Ce n’est pas for­cé­ment une mau­vaise chose: il me semble que l’humanité n’est jamais aussi effi­cace, et sym­pa­thique, que quand elle doute.

  • @christophe

    Les ser­vices ne sont pas iso­lés de l’économie basée sur le car­bone. Ils pol­luent tout autant.

    Pour que l’économie bas­cule vers le “plus durable”, il faut sub­sti­tuer aux éner­gies fos­siles des éner­gies renou­ve­lables et recy­cler en per­ma­nence les matières pre­mières. Or, nous ne savons faire ni l’un, ni l’autre avec un bilan éner­gé­tique acceptable.

    La crois­sance dans ce cas (et oublions cette notion cré­tine de PIB qui a été bonne pour les années de recons­truc­tion après-guerre mais est aujourd’hui obso­lète et ter­ri­ble­ment mis­gui­ding) vient des amé­lio­ra­tions tech­niques et de l’éducation (pro­duc­ti­vité). Il n’y a plus de crois­sance basée sur une anti­ci­pa­tion de richesse future, puisque l’on connait la quan­tité finie de richesses que l’on manipule.

    Mais ça n’arrivera pas. Au lieu de coopé­rer, on va se faire la guerre pour les res­sources natu­relles jusqu’à ce qu’elles soient épui­sée. Et après, rien.

  • Bon­jour Olivier,

    Merci pour ce long billet ! Je plus­soie tout par­ti­cu­liè­re­ment à cet extrait (que je reprends ci-après pour pou­voir le linker) :

    Le capi­ta­lisme fonc­tionne par l’emprunt, le taux d’intérêt et la crois­sance pour rem­bour­ser ce qui est emprunté et avec tous les inter­mé­diaires finan­ciers. Cette forme de capi­ta­lisme va dis­pa­raitre en 2025 selon Yves Cochet. On va assis­ter à une démon­dia­li­sa­tion qui fera la part belle à la mon­naie d’échange (fon­dante) vs la mon­naie d’accumulation (spé­cu­la­tive, etc). Toutes les crises pro­viennent d’un excès de dettes.

  • Oli­vier,

    je crois que cette longue decla­ra­tion en décrois­sance tient plus de l’idéologie en temps de crise alors que les poli­tiques et eco­no­mistes dans leur ecla­tante majo­rité n’avaient pré­dis la crise actuelle…maintenant ces démiurges envi­sagent la décroissance:

    - l’énérgie sera demain ato­mique por­table, pile à hydro­gène et dif­fe­rents modes moins conn­nus du grand public mais dans les tubes du MIT..le pétrole relè­vera du passé.

    - la bio­sphère: l’homme sait la faire pro­li­fe­rer à outrance (fermes d’aquaculture par exemple) et les res­sources ali­men­taires que l’on sait mettre en oeuvre per­met de nour­rir deux fois la popu­la­tion mon­diale actuelle.

    La décrois­sance est un beau dis­cours pour le petit peuple alors que tous les puis­sants de la pla­nète fondent leurs enri­chis­se­ment sans but sur la crois­sance et conti­nue de nous inci­ter à pro­li­fe­rer et plus consommer…

    • [5.1] - Olivier Ezratty a répondu le 5 septembre 2009 :

      Nuances…

      Tout d’abord, les inter­ve­nants qui ont mis ce thème en avant n’étaient pas des poli­tiques, tout du moins au pou­voir. Le seul poli­tique était un vert (Yves Cochet) et les autres étaient des cher­cheurs, un agri­cul­teur, une socio­logue, et un syn­di­ca­liste ! Toutes per­sonnes qui n’ont rien à voir avec la crise des sub­primes (en cause comme en ana­lyse) qui a engen­dré l’actuelle récession.

      Côté éner­gie, calmons-nous. L’énergie ato­mique por­table n’est pas pour demain et elle serait de toutes manières aussi “fos­sile”. La pile à hydro­gène néces­site de l’hydrogène qu’il faut pro­duire avec une autre source d’énergie. Sans hydro­car­bures, on sera condamné à uti­li­ser des éner­gies renou­ve­lables comme le solaire où il y a énor­mé­ment d’efforts fai­sables à faire. Le nucléaire va nous per­mettre de tem­po­ri­ser quelques dizaines d’années sup­plé­men­taires, pas beau­coup plus. Sauf si ITER donne un jour des résul­tats dans la fusion nucléaire, le Graal éner­gé­tique actuel.

      La ques­tion de la bio­sphère et de la décrois­sance n’est pas seule­ment liée au besoin ali­men­taire. Il y a la nature de l’aliment (la viande notam­ment bovine coute plus cher en équi­va­lent CO2 que d’autres sources de pro­téines). Il y a l’impact glo­bal CO2 de l’espère humaine, par exemple pour se chauf­fer ou se déplacer.

      De toutes manières, la pyra­mide des âges dans tous les pays annonce une décrois­sance démo­gra­phique à un hori­zon de quelques dizaines d’années. Elle pour­rait éven­tuel­le­ment être accé­lé­rée par des “désordres” (euphé­misme pour révoltes, guerres, pénu­ries, popu­la­tions dépla­cées, etc) liées aux autres phénomènes.

  • Inter­net est-il une chance pour la décroissance ?

    Pas sûr, si le eCom­merce semble lais­ser une empreinte car­bone infé­rieure à celle de la dis­tri­bu­tion phy­sique (même si c’est com­pli­qué à démon­trer), la crois­sance expo­nen­tielle des volumes sto­ckés font explo­ser la consom­ma­tion d’électricité et les besoins en bande pas­sante. Un ava­tar dans “Second Life” lais­se­rait une empreinte car­bone supé­rieure à celle d’un afri­cain… Ca laisse son­geur. Si le très-haut débit va per­mettre de limi­ter les trans­ports (cf Cisco), va-t-il com­pen­ser l’augmentation en éner­gie nécessaire ?

  • @Marc

    L’empreinte car­bone des ser­vices est bien infé­rieure à celle de l’industrie.Et elle est sur­tout bien infé­rieure en consom­ma­tion de res­sources natu­relles.
    Il y a aussi un effet mul­ti­pli­ca­teur de l’optimisation de la consom­ma­tion de res­sources : en fai­sant de la R&D, en opti­mi­sant les flux logis­tiques, en ren­dant les infra­struc­tures plus “intelligentes”,etc on consomme moins de res­sources. Si on pas­sait à de l’irrigation contro­lée par ordi­na­teur, on écono­mi­se­rait 50% de l’eau consom­mée dans le monde. On a les res­sources, comme le note @Christophe, le pro­blème c’est qu’on les gas­pille (et les der­niers échanges sur les “oppri­més” du chauf­fage au fioul avec la taxe car­bone ne m’encourage pas beaucoup).

    @Bern2.0

    On est de plus en plus “en flux ten­dus” et on ne stocke plus avec l’économie inter­net (y com­pris au niveau du monde).
    Le pro­blème de l’Afrique, ce n’est pas l’empreinte car­bone, c’est l’eau ! Et je pré­fé­rais qu’ils aient une empreinte car­bone “Second Life” supé­rieure si cela pou­vait les aider à gérer leurs ressources.

  • Après la “fin de l’histoire” voici la “fin de la croissance” !

    A la chute du mur de Ber­lin de nom­breux experts/historiens nous par­laient de la fin de l’histoire. On a vu la suite !

    Aujourd’hui, au milieu d’une période de crise, des experts (les mêmes ?) nous parle de la fin de la croissance.

    On ne peut sous­crire à cette vision. La crois­sance est ins­crite dans nos gènes. L’humanité ne peut pas s’empêcher de créer de la richesse : créa­tion artis­tique, intel­lec­tuelle, créa­tion d’entreprise, inno­va­tion, recherche fon­da­men­tale etc. La créa­tion, donc la crois­sance, est le fon­de­ment même de l’homme.

    La crois­sance est peut être encore plus fon­da­men­tale. Depuis l’apparition des pre­miers êtres uni­cel­lu­laires sur notre bonne vieille pla­nète, la vie n’a fait que croitre, orga­ni­ser, com­plexi­fier (et modi­fier l’environnement !).

    Je suis convaincu que les pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux ne seront pas réso­lus par la décrois­sance mais bien par une crois­sance et une inno­va­tion encore accélérées.

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 11 septembre 2009 :

      Jus­te­ment, on n’est pas obligé de cou­pler crois­sance et inno­va­tion. On peut géné­rer de l’innovation même en temps de décroissance.

      La terre me fait par­fois l’impression d’être comme l’Ile de Pâques, dont la popu­la­tion avait détruit toute la forêt pour dis­pa­raître ensuite, faute d’écosystème per­met­tant sa survie.

      Main­te­nant que l’on a mieux conscience du côté fini voire décrois­sant des res­sources natu­relles de cette pla­nète, on est un peu comme l’Ile de Pâques au 16eme siècle.

      Lis ou relis “Col­lapse” de Jared Diamond…

      • [8.1.1] - Antoine C a répondu le 11 septembre 2009 :

        Il est incon­tes­table que nous vivons sur une pla­nète qui a, par défi­ni­tion, des res­sources finies.

        Mais il est utile, il me semble, de gar­der en tête quelques ordres de gran­deur :
        - taux de consom­ma­tion d’énergie mon­diale : envi­ron 1.6e+13 W
        - rayon­ne­ment solaire au sol par km2 : 7e+8 W
        - ratio : 22 800 km2
        - ramené à la sur­face éclai­rée de la terre : 0.018%

        Mon but n’est pas ici de démon­trer que l’énergie solaire est la solu­tion à nos pro­blèmes mais bien de don­ner des ordres de gran­deurs : la consom­ma­tion d’énergie totale de l’humanité repré­sente 0.018% du rayon­ne­ment solaire inter­cepté par notre planète !!

        Oui, les res­sources sont finies mais elles sont abso­lu­ment gigan­tesques. Pour rebon­dir sur ton com­men­taire, notre Ile de Pâques est bien grande !

        Par­ler de décrois­sance par manque de res­source n’a pas de sens. J’imagine assez le même genre de conver­sa­tion entre deux Homo Erec­tus s’inquiétant du manque de bois devant leur caverne il y a 450 000 ans ! ;-)




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