Les temps nouveaux au MEDEF

Publié le 5 septembre 2009 et mis à jour le 8 juin 2010 - Commenter -
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Après une jour­née et demi (sur les deux au total) pas­sées la semaine der­nière aux Uni­ver­sité d’Eté du MEDEF 2009 consa­crées “A la recherche des temps nou­veaux”, il est temps d’en faire un petit tour d’horizon.

Comme chaque année, la thé­ma­tique de l’Université était trai­tée de manière assez large. Et avec quatre macro-sous-thématiques : “Place aux enfants : plus le temps de perdre le temps”, “Avec ou sans pro­fit : apo­ca­lypse now?”, “Sacrés car­re­fours, car­re­fours sacrés : vers où aller?” (le titre qui a fumé la moquette…), et enfin “La liberté, seule valeur impé­ris­sable de l’histoire”.

Dans l’ensemble, les pers­pec­tives évoquées par les inter­ve­nants ne sem­blaient pas bien joyeuses : nous pré­pa­rons des len­de­mains bien dif­fi­ciles pour nos enfants. Et encore, les débats avaient ten­dance à éclip­ser les cata­clysmes sociaux qui pour­raient inter­ve­nir, notam­ment au moment où on aura atteint le pic de pro­duc­tion des hydro­car­bures, avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique qui s’accélère et l’impact que cela aura sur la pro­duc­tion agri­cole. Les deux tables rondes sur le numé­riques étaient quant à elles assez tour­nées vers le pré­sent, et peu sur les oppor­tu­ni­tés et le futur. On est donc loin de “réen­chan­ter le monde” (thème de l’Université du MEDEF en 2005). Mais on peut saluer le sérieux des thèmes abor­dés et une cer­taine forme de réa­lisme dans le désarroi.

Affiche Recherche des Temps Nouveaux MEDEF HEC 2009

Je vais cou­vrir cette uni­ver­sité en quelques posts : d’abord, ici même, sur son assis­tance et sur le rôle qu’y jouent les blog­geurs, un peu de nom­bri­lisme oblige. Puis en trai­tant de trois thé­ma­tiques de l’université : la décrois­sance, l’économie, et le numé­rique. Et enfin, avec un clin d’oeil sur les pho­to­graphes de l’Université.

Qui vient à ces Uni­ver­si­tés d’Eté ?

Pen­dant qu’ont lieu ces uni­ver­si­tés, les grands médias évoquent le ras­sem­ble­ment de plus de “5000 patrons”. En y regar­dant de près, il n’y en a pas tant que cela, et sans que je dis­pose des chiffres d’inscriptions seg­men­tés par audience, je subo­dore que les patrons soient bien mino­ri­taires dans ce cénacle. En effet, on y ren­contre un tas de gens : des poli­tiques, des lob­byistes, le monde de la com­mu­ni­ca­tion, les équipes des nom­breux expo­sants et spon­sors, beau­coup de jour­na­listes, des blog­geurs, des cadres supé­rieurs, etc. Les patrons se divisent en deux castes assez dis­tinctes : les grands patrons du CAC 40 qui inter­viennent dans les tables rondes (Pébe­reau, Bel­lon, Levy, Mar­ge­rie, Gadon­neix, etc) et les autres, issus de PME, qui écoutent et dénoncent sou­vent un déca­lage entre le dis­cours des pre­miers, sur­tout les banques, et les dif­fi­cul­tés terre à terre de leur vie quo­ti­dienne. Il n’était alors pas sur­pre­nant d’entendre Michel Pébe­reau de la BNP se faire sif­fler par l’audience alors qu’il men­tion­nait les efforts de sa banque dans le crédit.

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Le gou­ver­ne­ment était bien repré­senté avec qua­si­ment un ministre ou secré­taire d’état dans chaque table ronde ou plé­nière. Point posi­tif : ils étaient au même niveau que les autres inter­ve­nants (pas de dis­cours au pupitre puis je m’en vais…) et répon­daient aux ques­tions de la salle à la fin de chaque ses­sion. Mais les poli­tiques qui se démarquent le plus sont les “anciens”, notam­ment pre­mier ministres. Fabius et Rocard étaient assez spi­ri­tuels en plé­nière et, chose curieuse en pareil lieu, étaient parmi les plus applau­dis des inter­ve­nants. Main­te­nant qu’ils ont leur car­rière poli­tique der­rière eux, cer­tai­ne­ment pour le second, et qua­si­ment cer­tai­ne­ment pour le pre­mier, ils peuvent se lâcher !

Autre constat, une très faible mixité : en géné­ral une femme par table ronde (c’est la “parité”…), par­fois aucune (ci-dessous dans la plé­nière “Quand nos enfants auront 100 ans”), par­fois un peu plus, sur­tout si le thème cou­vrait l’enfance… ou les femmes. Et dans l’assistance, il y avait bien des femmes, mais cette pré­sence cache une réa­lité : s’il y a bien des femmes entre­pre­neurs voire actives au MEDEF, nombre d’entre elles sont jour­na­listes, lob­byistes, res­pon­sables de la com­mu­ni­ca­tion, et – ah oui les fort jolies - hôtesses. Du côté de l’âge, même tro­pisme, et vers la “maturité”…

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L’avantage de ces uni­ver­si­tés réside dans la grande diver­sité de ses inter­ve­nants (poli­tiques, patrons, entre­pre­neurs, syn­di­ca­listes, phi­lo­sophes, écono­mistes, cher­cheurs, éminences reli­gieuses). On y décèle tout de même quelques obli­gés qui sont régu­liè­re­ment de la par­tie : Mar­ge­rie de Total est régu­liè­re­ment dans les plé­nières et quel que soit le sujet, tout comme Michel Rocard, Erick Orsenna ou Guillaume Durand comme ani­ma­teur. Mathieu Ricard rem­pi­lait aussi (moine boud­dhiste, fils de Jean-François Revel). S’y ajoutent les cadres diri­geants des dif­fé­rents spon­sors tels que KPMG, Cisco ou Micro­soft. Au moins changent-ils de temps en temps car on n’est pas éter­nel­le­ment patron de des filiales de ces grands groupes.

Quelle pos­ture pour les bloggeurs ?

Depuis deux ans, le MEDEF attire les blog­geurs dans ses Uni­ver­si­tés. Avec ce mélange éton­nant entre le côté un peu vieille France du MEDEF et le moder­nisme du jour “web 2.0” animé par leurs jeunes col­la­bo­ra­teurs. 200 blog­geurs étaient ainsi invi­tés, sur plus de 5000 par­ti­ci­pants, ce qui est une belle proportion.

Comme dans les livres, tout était ainsi fait pour ména­ger les blog­geurs et géné­rer des débats : le “Live blog­ging” consis­tant à encou­ra­ger les blog­geurs à blog­ger en temps réel sur l’événement, grâce à un amphi équipé en réseau (ci-dessous) et à du Wifi sur tout le cam­pus, un accueil per­son­na­lisé, un badge de cou­leur, le tout gra­tui­te­ment. Le MEDEF sou­hai­tait même conso­li­der des contri­bu­tions de blog­geurs sur un site dédié. Il semble que cela ne fonc­tionne pas vrai­ment, cha­cun – moi com­pris - pré­fé­rant publier sur son propre blog. Cet enga­ge­ment auprès des blog­geurs est fort bien expli­qué sur le blog de Fré­dé­ric Che­val­lier qui en a la res­pon­sa­bi­lité au MEDEF. Sinon, pen­dant les ses­sions, les blog­geurs pré­sents usaient beau­coup de Twit­ter, notam­ment les deux qui trai­taient de l’Internet.

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Main­te­nant, que racon­ter sur un tel événe­ment avec ses 200 et plus inter­ve­nants et ses dizaines de thèmes abor­dés, sou­vent assez super­fi­ciel­le­ment ? Quelques pos­tures sont possibles :

  • Rédi­ger un résumé jour­na­lis­tique court, pou­vant cepen­dant éviter les lieux com­muns : la presse pas­sant une grosse part de sa cou­ver­ture sur l’événement à par­ler de choses qui n’y sont pas vrai­ment dis­cu­tées (les bonus des patrons, les conflits sociaux, etc), comme dans Le Point. Pas vu chez les blog­geurs pour l’instant.
  • Sur­vo­ler rapi­de­ment un ou deux sujets, comme Jacques Frois­sand le fait sur les deux tables rondes concer­nant Internet.
  • Pro­duire une trans­crip­tion agré­men­tée de pho­tos et/ou vidéos. Equi­va­lent moderne de la prise de notes… dans les facs. Par exemple chez Hervé Kabla.
  • Twit­ter sur les petites phrases des débats avec sa com­mu­nauté. C’est l’approche de Rodrigo Sepul­veda, qui ne blogue plus depuis long­temps et vit dans le temps réel.
  • Par­ler des à côtés, de qui vient, pour­quoi faire, com­ment cela fonc­tionne, à quoi cela sert, etc. Ce que fait Mry (ci-dessous, en vrai).
  • Débattre à fond de quelques sujets poin­tus évoqués pen­dant ces Uni­ver­si­tés. Pas encore vu ou lu. L’instantané de l’événement est tel que l’on passe vite à autre chose.

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Pas évident ! Pour ma part, cela sera assez voi­sin de la troi­sième option (trans­cript) avec un bout de l’avant der­nière (ce post et le dernier).

La cou­ver­ture des blog­geurs est donc émiet­tée et pas for­cé­ment très dense, mais je constate qu’elle com­plète tout de même assez bien celle des jour­na­listes à l’ancienne.

Mais alors qu’ils pour­raient ou devraient être consi­dé­rés comme des acteurs du débat, les blog­geurs sont plu­tôt relé­gués au rôle de relais ou de trans­crip­teurs. Plu­tôt frus­trant. Comme de nom­breux acteurs de la “société civile”, les blog­geurs qui ont en géné­ral un métier qui n’est pas d’être blog­geur, et ils ont donc leur mot à dire cha­cun dans leur spé­cia­lité. D’autant plus que dans le cas du MEDEF, ce sont sou­vent des entre­pre­neurs ! Mais les ani­ma­teurs des débats de l’Université étaient tous des jour­na­listes pro­fes­sion­nels issus de médias par­te­naires de l’événement…

Il y a enfin un hic dans la com­mu­ni­ca­tion du MEDEF. Sa pré­si­dente ne s’exprime pas vrai­ment pen­dant les débats, à part pour intro­duire rapi­de­ment une per­son­na­lité comme Lech Walesa ou Clara Rojas.

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On n’y entend pas de ligne direc­trice. Où est  la sub­stance du patro­nat, où sont ses convic­tions ? Il manque une sorte de dis­cours de clô­ture résu­mant les pro­pos et per­met­tant de dres­ser une pers­pec­tive pour ce syn­di­cat pro­fes­sion­nel pour­tant struc­tu­rant de l’économie fran­çaise. Mais le temps réel à la Twit­ter n’est pro­ba­ble­ment pas adapté à ce genre d’organisation qui fonc­tionne cer­tai­ne­ment autour du consen­sus. On a donc bien dis­cuté de tout à un tas de sujets fon­da­men­taux sur l’avenir de nos socié­tés, et puis, on se retrou­vera l’année pro­chaine pour trai­ter des mêmes sujets embal­lés légè­re­ment dif­fé­rem­ment. Les cri­tiques diront que c’est de l’enfumage et de la com­mu­ni­ca­tion. Com­mu­ni­ca­tion cer­tai­ne­ment, mais comme le résume bien Le Point, un révé­la­teur du débous­so­le­ment des patrons, non seule­ment face à la crise, mais aussi face au simple deve­nir de l’humanité et au rôle des entre­pre­neurs dans un monde trop com­plexe à appréhender.

Pro­chain épisode : l’épineux sujet de la décroissance.


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Publié le 5 septembre 2009 Post de Olivier Ezratty | Economie, Entrepreneuriat, France | Pas de commentaires


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