Rencontre avec Bernard Liautaud

Publié le 1 juillet 2006 - 9 commentaires -
PDF Afficher une version imprimable de cet article

Je suis allé ren­con­trer Ber­nard Liau­taud, Chair­man de Busi­ness Objects, cen­tra­lien d’une promo avant moi. C’était dans son bureau du siège de Busi­ness Objects à Levallois-Perret et le 22 mai 2006. Mon objec­tif était d’en faire une inter­view des­ti­née à la revue « Cen­tra­liens » des anciens élèves de l’Ecole Cen­trale Paris à l’occasion d’un dos­sier dont j’assurais la coor­di­na­tion sur les « Oppor­tu­ni­tés de l’industrie infor­ma­tique en France ». Ce numéro vient tout juste d’être envoyé aux abon­nés, aussi je me per­met de relayer cette inter­view pour ceux qui ne seraient pas abon­nés, ce qui est le cas de la plu­part d’entre vous si vous n’êtes pas cen­tra­liens.

Ber­nard Liau­taud est le cen­tra­lien entre­pre­neur qui a généré la réus­site la plus exem­plaire dans l’industrie infor­ma­tique. Son éclai­rage était donc plus que néces­saire dans ce numéro. Ber­nard est un de ces hommes d’affaire globe-trotter qui passe son temps dans les avions. Il a en fait trois bureaux : un à San José en Cali­for­nie, un autre à Londres où il habite, et un à Leval­lois où il passe régu­liè­re­ment. Ber­nard est aussi quelqu’un qui a su gar­der la tête froide. Il ana­lyse très objec­ti­ve­ment la vie de son entre­prise, ses hauts et ses bas. Il a aussi quelques opi­nions bien tran­chées sur les manières de dyna­mi­ser l’industrie du logi­ciel en Europe. Donc, allons-y…

Busi­ness Objects est une très belle his­toire et une réus­site écla­tante pour l’industrie du logi­ciel fran­çais. Etait-ce écrit dans le marbre à sa créa­tion ? Quelle était ton ambi­tion au départ avec Denis Payre ?

Avec Denis Payre, nous vou­lions deve­nir un éditeur de logi­ciels lea­der inter­na­tio­nal sur son mar­ché, de $50m de chiffre d’affaire et coté en bourse. Le tout en moins de cinq ans. Nous avons exé­cuté ce plan comme prévu ! Le déve­lop­pe­ment s’est ensuite accé­léré après ces cinq pre­mières années.

Quelles ont été les déci­sions clés au moment de sa créa­tion qui ont per­mis à l’éditeur de deve­nir le suc­cès que l’on connaît ?

Au démar­rage, nous avons d’emblée créé la société en repre­nant les modèles entre­pre­neu­riaux de la Sili­con Val­ley.
Nous avons tout d’abord lon­gue­ment pré­paré notre busi­ness plan : six mois de tra­vail ont été néces­saires. Ensuite, nous avons rapi­de­ment levé des fonds (en trois phases avec $1m en 1991, $2m en 1992 et $2m en 1993). Le tout avec des inves­tis­seurs fran­çais (Par­tech, Inno­va­com), euro­péens (Atlas Venture)et amé­ri­cains (des ven­ture capi­ta­listes indé­pen­dants). Le busi­ness plan était construit pour per­mettre une intro­duc­tion en bourse après quelques années d’activité.

Nous avons alors engagé un déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal rapide avec la créa­tion de bureaux de vente au Royaume Unis et aux USA, foca­li­sés sur la vente opé­ra­tion­nelle. Et avec des « top guns » des socié­tés de bases de don­nées (Oracle, Infor­mix, …), un com­mer­cial et un technico-commercial pour commencer.

La crois­sance a été au rendez-vous avec $1,5m en 18 mois au démar­rage (août 1990), puis $5,5m l’année 2, $14m l’année 3 et $30m l’année 4.

Le pro­duit avait été acheté à un déve­lop­peur indé­pen­dant, Jean-Michel Cam­bot, qui avait pré­senté son pro­duit à Oracle et qui n’était pas inté­ressé. C’est ce qui nous a donné l’idée de créer Busi­ness Objects. Avec une inno­va­tion consis­tant à per­mettre l’accès aux bases de don­nées rela­tion­nelles de façon extrê­me­ment simple et puis­sante. Il y avait peu de concur­rents à l’époque. Ils sont appa­rus peu après. Et notre pré­sence aux USA nous a per­mis de les détec­ter rapi­de­ment et de res­ter concurrentiels.

Cela a abou­tit alors à notre intro­duc­tion en bourse, par­fai­te­ment exé­cu­tée en en sep­tembre 1994. La société était évaluée avant son intro­duc­tion à $125m et à la fin de la pre­mière jour­née, elle valait $220m. Nous étions le pre­mier éditeur de logi­ciel euro­péen au Nas­daq ! Nous avions ren­forcé notre équipe avec un CFO amé­ri­cain basé à Paris. Sept bons tri­mestres consé­cu­tifs de résul­tats nous ont amené à $1B de valo­ri­sa­tion boursière.

Qui t’a le plus aidé dans ce développement?

La com­plé­men­ta­rité entre Denis Payre et moi-même était cri­tique. Denis appor­tait l’énergie et le sens com­mer­cial. De mon côté, c’était plus l’aspect pro­duit et mana­ge­ment. Ce binôme, fort utile pour les entre­prises de high-tech, a duré six ans.

J’ai été bien aidé au départ par mon beau-père, Arnold Sil­ver­man, un ancien du board d’Oracle, qui nous a conseillé sur la manière d’accéder aux inves­tis­seurs aux USA. J’avais sinon de bon VCs, autant fran­çais qu’américains.

Nous avons ensuite fait de bonnes embauches. La levée a per­mis de recru­ter de bons pro­fils très tôt. L’argent a été trans­formé en intelligence !

Quelles ont été les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par la société, com­ment les a-t-elle surmontées ?

Comme beau­coup d’entreprises de high-tech, nous avons eu à affron­ter une crise majeure, au bout de 5-6 ans d’existence.

Nous sor­tions la ver­sion 4.0 de notre logi­ciel phare avec un saut tech­no­lo­gique impor­tant tant au niveau fonc­tion­nel, que dans l’architecture interne (code recons­truit entiè­re­ment) et aussi de la plate-forme sup­por­tée, les nou­veaux sys­tèmes 32 bits de Micro­soft (Win­dows 95 et NT). Le pro­duit pro­po­sait la fusion de l’analyse mul­ti­di­men­sion­nelle et du repor­ting.
La demande client était là. Mais il y avait deux écueils: un, le pro­duit a été mis sur le mar­ché alors qu’il n’était pas stable, et deux, nous avions sous-estimé la len­teur de migra­tion des postes de tra­vail de nos clients vers le 32 bits. Nous avons alors réa­lisé une crois­sance de 40% « au lieu » des 100% pré­vus et raté nos objec­tifs finan­ciers. Par ailleurs, une erreur de prise en compte d’une affaire en Alle­magne nous avait amené à faire une rééva­lua­tion de notre chiffre d’affaire. L’action alors est pas­sée de $50 à $5 en six mois! Nous avions perdu la confiance de Wall Street.

En 1997, nous avons éner­gi­que­ment décidé de redres­ser la barque. J’ai pro­cédé à trois trans­for­ma­tions clés: la recom­po­si­tion des pro­ces­sus de déve­lop­pe­ment, des chan­ge­ments au sein des équipes et le dépla­ce­ment à l’ouest du centre de gra­vité de la société.

Pour le déve­lop­pe­ment, je me suis fais conseiller par Michael Cusu­mano, un consul­tant très connu dans la Sili­con Val­ley et auteur de « Micro­soft Secrets » (et plus tard, de « Com­pe­ting on Inter­net time, les­sons from Nets­cape and its bat­tle with Micro­soft»). Nous avons notam­ment démarré le pro­jet « Inter­net » pour pro­po­ser nos outils de busi­ness intel­li­gence en mode Intra­net et Extra­net à nos clients. Le pro­jet a été mené par une équipe à part, sans inter­dé­pen­dances avec le reste de la R&D.

Nous avons aussi démé­nagé le siège de la société à San José en Cali­for­nie et embau­ché un nou­veau CFO. Notre patron du mar­ke­ting, déjà un amé­ri­cain, est reparti aux USA. Et j’ai suivi toute l’équipe là-bas. L’objectif clé était de recréer la cré­di­bi­lité de la société aux USA.

Ces trans­for­ma­tions ont porté leurs fruits en 1998/1999 avec une action pas­sée de $5 à $300 - il est vrai, aussi por­tée par la bulle Inter­net, un pro­duit sta­bi­lisé et la migra­tion du mar­ché vers le 32 bits.

Les leçons apprises pen­dant cette crise: éviter les rup­tures tech­no­lo­giques bru­tales en pleine ascen­sion et ne pas sor­tir un pro­duit qui n’est pas prêt !

Com­ment Busi­ness Objects est-il devenu lea­der mon­dial dans son domaine ?

Entre 2000 et 2003, la société s’est conso­li­dée et a murit. Nous avons fait quelques petites acqui­si­tions et sommes deve­nus un acteur établi. Notre offre s’est élar­gie. Le chiffre d’affaire est passé de $200m à $450m (2002) avec une marge nette de 10%.

J’ai alors fait le constat que nos grands clients vou­laient réduire le nombre de leurs four­nis­seurs. Avec la conso­li­da­tion du mar­ché qui en résul­te­rait, il fal­lait être un grand acteur pour sur­vivre. Nous avons alors fait le pari ris­qué de la crois­sance externe.

L’opportunité s’est pré­sen­tée avec l’acquisition de la société cana­dienne Crys­tal Deci­sions, basée à Van­cou­ver, juste avant son intro­duc­tion en bourse annon­cée. Cette acqui­si­tion nous a amené à recom­po­ser la société. Avec notre plus gros site – de 1200 per­sonnes - désor­mais au Canada. Et nous sommes effec­ti­ve­ment devenu le numéro un mon­dial du busi­ness intel­li­gence et réus­sis­sant au pas­sage tous nos objec­tifs finan­ciers. Fin 2005, nous étions 4418 sala­riés dont 915 en R&D.

Busi­ness Object pourrait-il main­te­nant deve­nir le Google des don­nées struc­tu­rées ?

On y travaille !

Quelle est la stra­té­gie de loca­li­sa­tion de la R&D?

Nous avons une R&D très dis­tri­buée avec à peu près un tiers en France (350p), 450p à Van­cou­ver, 300p en Inde (sous-traitée) et d’autres plus petits centres en aux Etats-Unis, en Chine et en UK. Le centre en Chine est indis­pen­sable pour bien s’implanter dans le pays.

Il n’y a pas eu de délo­ca­li­sa­tion, mais plu­tôt des créa­tions ou acqui­si­tions à l’étranger. Ces dif­fé­rents groupes de R&D ont du apprendre à tra­vailler ensemble. Il n’a par exemple pas été facile de faire tra­vailler les cana­diens avec les indiens.
Ce bras­sage d’idée est très utile: il aide à la remise en ques­tion, per­met une approche glo­bale et trans­na­tio­nale et apporte une diver­sité de talents com­plé­men­taires. C’est un envi­ron­ne­ment plus sti­mu­lant pour l’ensemble des collaborateurs.

Busi­ness Objects a récem­ment racheté Medience, une star­tup fran­çaise. Pour­quoi une seule acqui­si­tion fran­çaise et si tard ? Ou au contraire, il y aurait-il une embel­lie pour les star­tups fran­çaises avec coup sur coup une acqui­si­tion par Busi­ness Objects, Das­sault Sys­tèmes (Vir­tools), Oracle (Tem­po­soft) et Micro­soft (Motion Bridge)?

On avait étudié deux acqui­si­tions poten­tielles aux USA dans un domaine bien pré­cis. Puis nous avons décou­vert Médience qui avait une meilleure tech­no­lo­gie. C’est donc une affaire de cir­cons­tances et aussi d’excellence tech­no­lo­gique pour la société acquise.

Pour­quoi aban­don­ner le rôle de CEO pour celui de Chair­man ? Quel est ton rôle maintenant ?

En sep­tembre 2005, cela fai­sait exac­te­ment 15 ans que j’avais démarré Busi­ness Objects. L’intégration de Crys­tal était ache­vée. Nous avions passé la barre des $1B de chiffre d’affaires.

J’ai tou­jours pensé qu’il fau­drait à un moment donné faire évoluer le lea­der­ship de l’entreprise vers un modèle tel que celui-ci et avec notam­ment la sépa­ra­tion entre le rôle du Chair­man et le rôle du CEO. La plu­part des grandes entre­prises de tech­no­lo­gie ont effec­tué cette tran­si­tion (Micro­soft, Dell, Sun, et d’autres encore). La réa­li­sa­tion des objec­tifs cités plus hauts et la bonne santé de l’entreprise ont créé le timing et les condi­tions appro­priées pour effec­tuer cette transition.

Je sou­hai­tais égale­ment reve­nir habi­ter avec ma famille en Europe. Alors que le mana­ge­ment opé­ra­tion­nel de l’entreprise devait res­ter aux USA. Main­te­nant, le CEO de la société est un amé­ri­cain, John Schwartz. Et je suis Chair­man avec un rôle très actif dans la défi­ni­tion de la stra­té­gie de la société.

Qu’est-ce qui a changé entre 1990 et 2006 pour se lan­cer dans le logi­ciel en France?

Il y a tou­jours un poten­tiel énorme. Sur­tout lié à l’excellence de la recherche et aux nom­breux talents d’ingéniérie en France. Il y a aussi beau­coup de liqui­di­tés chez les VCs. Les fonds sont main­te­nant de taille impor­tante. Il y a de l’argent à inves­tir. Il manque par­fois juste les pro­jets et les entrepreneurs.

Par contre, quand nous avons intro­duit Busi­ness Objects en bourse en 1994, nous pen­sions être sui­vis par d’autres acteurs euro­péens. Et cela n’a pas été le cas. J’ai été déçu de voir qu’il n’y a eu fina­le­ment que peu d’émules. Il y a encore aujourd’hui peu de grands éditeurs euro­péens : Das­sault Sys­tèmes, ILOG, Sage, SAP. Sur les 300 pre­miers éditeurs mon­diaux, il n’y a qu’environ 40 européens !

Je recom­mande à ce sujet la lec­ture du livre blanc « Demise of the euro­pean soft­ware indus­try » d’Adam Hale, sorti en mars 2005 chez Rus­sel Rey­nolds, un cabi­net de recru­te­ment. Il fait un diag­nos­tic de cette réa­lité et pro­pose quelques recettes pour dyna­mi­ser l’industrie euro­péenne du logiciel.

Com­ment se lan­cer aux USA quand on édite du logi­ciel ? Faut-il abso­lu­ment com­men­cer par là en sau­tant la case « Europe » dans le logiciel ?

Il ne faut pas sau­ter la case Europe, mais il faut aller aux Etats-Unis très tôt. Ne pas attendre d’avoir réussi sur le mar­ché local. C’est cri­tique pour se confron­ter rapi­de­ment à la concur­rence et à un grand mar­ché homo­gène.
Le mar­ché inté­rieur fran­çais (des entre­prises) est-il aussi dif­fi­cile qu’on le per­çoit ? En quoi l’expérience com­mer­ciale sur notre mar­ché inté­rieur aide-t-elle ensuite à péné­trer d’autres marchés ?

En fait, le mar­ché alle­mand est encore plus dif­fi­cile que le mar­ché français !

La France a une tra­di­tion infor­ma­tique plus forte. Il y a quinze à vingt ans, les IBM, Apple, Micro­soft et autres ont créé leur quar­tier géné­ral euro­péen à Paris. Le Royaume Uni était sinis­tré. Main­te­nant, il en est peut-être autre­ment, et la France est concur­ren­cée par ses voi­sins européens.

Quelles sont les forces et fai­blesses des fran­çais dans l’industrie du logiciel?

En France, on sait créer de la tech­no­lo­gie. Avec une R&D de qua­lité, de la sophis­ti­ca­tion et la capa­cité à résoudre des pro­blèmes compliqués.

On sait créer des entre­prises. Mais on ne sait pas tou­jours les déve­lop­per. Il n’y a pas assez de talents côté busi­ness au-delà de la vente. Dans l’informatique, il y a beau­coup de mana­gers com­mer­ciaux des filiales d’entreprises amé­ri­caines. Mais pas assez de busi­ness men qui mai­trisent toute la chaîne de la créa­tion du logiciel.

Il fau­drait par ailleurs repro­duire cer­tains des fac­teurs de suc­cès que l’on trouve aux USA, notam­ment en rap­pro­chant les écoles d’ingénieur, de com­merce et d’autres dis­ci­pline (santé, droit, etc). Notre sys­tème d’enseignement supé­rieur et de recherche est trop cloisonné.

Quelles sont les oppor­tu­ni­tés dans le logiciel?

Il y a beau­coup de choses qui changent et qui apportent leur lot d’opportunités: les pla­te­formes de ser­vices (« soft­ware as a ser­vice »), les évolu­tions de l’Internet avec le Web 2.0, l’open source et le renou­veau de la dimen­sion grand public. Il suf­fit de les saisir !

As-tu des conseils à don­ner aux jeunes entre­pre­neurs en logi­ciels en France?

Il leur faut lever de l’argent « intel­li­gent ». Sans res­sources finan­cières, ils ne pour­ront atteindre leurs objec­tifs. Mais l’argent doit être fourni par des acteurs qui ont une expé­rience opérationnelle.

Il leur faut recru­ter des mana­gers de pre­mier plan. La créa­tion d’une équipe est essen­tielle dans le suc­cès d’une start-up.

Il faut un busi­ness plan sérieux, ambi­tieux et avec de la sub­stance. Et un bon busi­ness model qui est encore plus impor­tant que le pro­duit. Le pro­duit ne fait pas tout ! L’exemple de salesforce.com qui a bâti son suc­cès sur une inno­va­tion de busi­ness model (soft­ware as a ser­vice) et non pas sur une inno­va­tion tech­no­lo­gique est là pour le rappeler.

Il faut rapi­de­ment inves­tir aux USA, mais se foca­li­ser sur la vente et non pas sim­ple­ment construire une infra­struc­ture de coûts.

Au fait, tu avais fait quelle option à Cen­trale et quelles étaient tes acti­vi­tés extra-scolaires ?

L’option écono­mie, et beau­coup de sports : foot, ten­nis, ski, planche à voile.

As-tu des acti­vi­tés hors de Busi­ness Objects, notam­ment pour aider l’entreprenariat en France ?

Je passe plus de temps à dia­lo­guer avec la pro­fes­sion et avec les pou­voirs publics. Mais 100% de mon job, c’est tou­jours Busi­ness Objects !


Social book­mar­king:
  • Wikio FR
  • Technorati
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • FriendFeed
  • Suggest to Techmeme via Twitter
  • Twitter

Publié le 1 juillet 2006 Post de Olivier Ezratty | France, Logiciels | 9 commentaires

Les 9 commentaires sur “Rencontre avec Bernard Liautaud” :

  • Merci Oli­vier pour ce cadeau.

  • “l’argent trans­formé en intel­li­gence”… quelle belle formule…

  • Ber­nard Liau­taud est véri­ta­ble­ment une conscience de l´entrepreneuriat dans le logi­ciel. Inter­view extrê­me­ment inté­res­sante. Juste une petite ques­tion, en toute humi­lité: le sec­teur n´est-il pas engorgé? N´y a-t-il pas trop d´acteurs? trop de com­pé­ti­tion? Quid de la néces­saire dif­fé­ren­cia­tion au jour d´aujourd´hui des nou­veaux entrants?

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 7 juillet 2006 :

    Le mar­ché de l’informatique d’entreprise du début des années 1990 a sérieu­se­ment changé depuis. Les oppor­tu­ni­tés ne sont plus les mêmes. Les besoins ont évolué: signi­fi­ca­tifs dans le domaine de l’infrastructure ‘sécu­rité, conso­li­da­tion de ser­veurs, midd­le­ware), l’ERP/CRM/SCM est assez encom­bré, les mar­chés ver­ti­caux res­tent intéressants.

    Il y a eu aussi un glis­se­ment de valeur vers le grand public du fait de l’accroissement du taux d’équipement en PC des foyers (moins de 2% à la créa­tion de Busi­ness Objects et main­te­nant situé entre 50% et 75% dans les pays déve­lop­pés) et de la conver­gence numé­rique. L’Internet a évidem­ment changé la donne tout comme les modèles écono­miques. Un éditeur de logi­ciel doit de plus en plus se consi­dé­rer comme un four­nis­seur de ser­vices (en mode hébergé ou non).

    Les pro­blèmes à résoudre sont par ailleurs tou­jours plus com­plexes. Dans cer­tains domaines, ils demandent une R&D assez lourde acces­sible plu­tôt aux labos publics ou aux grands acteurs. Mais le monde de l’Internet montre qu’il reste plein de choses à faire qui sont simples d’un point de vue tech­no­lo­giques mais bien pen­sées du point de vue du modèle écono­mique. Le monde des mobiles, du RSS, de la télé­vi­sion sur IP sont quelques domaines flo­ris­sants en ce moment.

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 10 juillet 2006 :

    Voir sur http://jdch.blogspot.com/2006/07/interview-dun-entrepreneur.html cette inter­view de Denis Payre, l’autre fon­da­teur de Busi­ness Objects, réa­li­sée par Gilles Fon­taine de Chal­lenge, et relayée par JC Cham­bo­re­don. J’aime bien cette cita­tion au sujet de l’ISF “Pour l’heure, cet impôt conti­nue à inci­ter les gens à inves­tir dans le passé, les œuvres d’art.”… au lieu d’investir dans les star­tups et le futur.

  • [6] - Po a écrit le 14 novembre 2008 :

    Effec­ti­ve­ment, cette société a pu se déve­lop­per grâce au poten­tiel des créa­teurs, de leur connais­sance du mar­ché bien sûr, mais aussi d’une for­mi­dable oppor­tu­nité de situa­tions que voici :
    1. pos­si­bi­lité offerte de cumu­ler une acti­vité dans la créa­tion d’une nou­velle société et celle de com­mer­cial Oracle France? --> pro­fi­table pour le car­net d’adresses.
    2. béné­fi­cier de la bien­veillance d’Oracle France et d’Oracle Corp pour vendre BO avec une cas­quette de com­mer­cial Oracle France? --> bien pour l’image du pro­duit.
    3. béné­fi­cier d’une défaillance d’Oracle Corp sur le mar­ché du déve­lop­pe­ment des info­centres qui a laissé sup­po­ser à beau­coup de col­la­bo­ra­teurs d’Oracle France de l’époque que beau-papa n’y était pas pour rien. --> ça évite un gros-gros-gros-gros concur­rent poten­tiel.
    4. D’un déve­lop­pe­ment com­mer­cial pous­sif, voir retenu…, d’un pro­duit concur­rent d’Oracle corp. qq années après. --> ça évite encore un gros-gros-gros-gros concur­rent poten­tiel.
    5. D’un mar­ke­ting agres­sif de BO dès la pre­mière ver­sion, ache­tée une bou­chée de pain, et qui n’en valait pas plus. Le déve­lop­pe­ment de ver­sion plus abou­ties se fai­sant sur le revenu de clients, bien dému­nis, car sans pro­duit alter­na­tif pro­posé par Oracle France, for­cé­ment. “Bon­jour, oui, vous êtes bien chez Oracle France; Vous avez besoin d’un info­centre ? Je vous passe BO…”

    Donc, bravo pour le talent, bravo pour l’opportunisme, bravo de savoir exploi­ter à temps une conjonc­tion incroyable de situa­tions favo­rables… et tant pis si cer­tains s’expatrient en Bel­gique quand leur situa­tion per­son­nelle, au moins fis­cale, vous rattrape…

    J’espère ne pas avoir trop noirci un tableau si idyl­lique, presque une légende !, mais sim­ple­ment apporté une vision un peu alter­na­tive de l’aventure.…

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 14 novembre 2008 :

    L’article date de plus de deux ans…

    Bien sûr, on peut noir­cir ces réus­sites qui doivent autant au talent qu’à la chance et aux circonstances.

    Mais sur ces points, il y en a qui me semblent un peu exa­gé­rés. Notam­ment le 1 et le 2. Liau­taud a créé le BP de sa boite lorsqu’il était chez Oracle, mais à ma connais­sance, sans que cela n’impacte son acti­vité là bas. C’est peut-être pour cela que la créa­tion du BP a duré un an.

    De plus, il n’a pas vendu de logi­ciel BO tout en ayant la cas­quette Oracle. Il a quitté Oracle, puis créé la boite, puis vendu le soft. La cas­quette ex-Oracle a du ser­vir, comme elle pour­rait ou aurait pu ser­vir nombre d’anciens d’IBM, Digi­tal, Micro­soft, Sun et autres. Et qui pour autant n’ont pas créé une telle boite !

    Quand aux défaillances d’Oracle… c’est le sel de nom­breuses réus­sites. On gagne parce que l’on est bon, et aussi parce que les concur­rents exis­tants ou poten­tiels sont mau­vais, ou ne s’aventurent pas à temps et cor­rec­te­ment sur de nou­veaux mar­chés. Grande loi de l’innovation qui ralen­tit les gros acteurs…

    Donc, ces cir­cons­tances n’ont rien de bien excep­tion­nel dans les cycles de l’innovation. Ces cir­cons­tances sont elles qui ont aussi per­mis à Google, Face­book, et autres d’émerger. Tout comme Oracle qui a été créé en allant plus vite dans la mise en oeuvre d’un SGBD rela­tion­nel, concept qui avait à l’époque (fin des années 70) été inventé en grande par­tie dans les labos IBM (Ted Codd, http://en.wikipedia.org/wiki/Edgar_F._Codd).

  • Bon­jour,

    Je tombe par hasard sur cet article, avec un cer­tain retard … Cepen­dant puisque l’opportunité m’en est offerte, je sou­haite remer­cier Ber­nard pour cette grande aven­ture que nous avons par­ta­gée quelques années. Et qui conti­nue pour lui, ce que je suis avec délec­ta­tion au gré de l’actualité. Quand je vois com­ment il a su déve­lop­per et faire évoluer mon idée de départ, je suis sin­cè­re­ment admiratif.

    Pour répondre rapi­de­ment aux com­men­taires de Po, je confirme la réponse d’Olivier : à aucun moment Ber­nard ou Denis n’ont pro­fité d’un employeur (Oracle) pour bâtir ce pro­jet. Ils ont saisi une oppor­tu­nité qu’Oracle m’a refu­sée, et ont eu l’intégrité de faire les choses dans l’ordre : annonce de leur pro­jet bal­bu­tiant à Oracle, confir­ma­tion de Michel Rocher qu’Oracle France n’avait pas de vues dans le domaine, et notam­ment aucun pou­voir pour éditer un tel pro­duit (il me l’a confirmé en per­sonne), démis­sion, et créa­tion de Insight / Skip­perSQL / Busi­ness Objects …

    La part de chance est évidente, mais lorsque j’ai pré­senté mon idée, fruit de 2 ans de tra­vail et de l’anticipation de l’évolution des tech­no­lo­gies (client ser­veur), il n’y avait sur le mar­ché aucune solu­tion concur­rente, de près ou de loin.
    Donc en effet, lorsque j’ai com­mencé à pros­pec­ter, avec l’aide impor­tante et inté­res­sée d’Oracle, j’ai eu accès à une base de clients cap­tés, conquis. Denis et Ber­nard m’ont intro­duit auprès de leurs clients Oracle, parce que Oracle a su uti­li­ser le poten­tiel de mon pro­duit pour asseoir son mar­ché. A l’époque, j’avais inten­tion­nel­le­ment limité mon pro­duit au SGBDR Oracle, à des fins uni­que­ment mar­ke­ting (je vou­lais le faire éditer par Oracle, Micro­soft m’ayant éconduit …). Oracle a ainsi pu rem­por­ter quelques contrats (je pense notam­ment à la Coface) en lais­sant sur place des concur­rents (Sybase par exemple), pour­tant choi­sis au départ, mais qui ne pou­vaient pro­po­ser de solu­tion d’infocentre comme BO.

    Pour la petite his­toire, mon pre­mier contrat a été “signé” alors que je n’étais pas en mesure de dire qui allait éditer mon pro­duit ! Uni­que­ment sur la confiance, la per­cep­tion du poten­tiel du pro­duit, et le dis­cours ras­su­rant d’Oracle … (qui du coup a emporté le marché)

    C’est en voyant le suc­cès incroyable du pro­duit lors des pré­sen­ta­tions à des clients d’Oracle (EDF
    , GDF, …), et le refus d’Oracle d’éditer le pro­duit, que Denis et Ber­nard ont eu envie de se lan­cer dans l’aventure.

    C’était ris­qué, cou­ra­geux, témé­raire, et par­fai­te­ment intègre vis à vis d’Oracle.

    Pour ma part, après avoir formé les Ingé­nieurs de BO pour reprendre les sources du pro­duit, et par­ti­cipé à quelques déve­lop­pe­ments sur les pre­mières ver­sions, j’ai laissé Ber­nard et Denis lan­cer leur aven­ture, inter­ve­nant en tant qu’auteur (inven­teur ini­tial du bre­vet) et rému­néré sous forme de royal­ties sur une période don­née. Je suis inter­venu par la suite en exper­tise pour défendre notre bre­vet lorsque BO a été pla­gié de façon trop évidente (Brio, Cognos …).

    L’aventure de BO est excep­tion­nelle, et son suc­cès est du à trois fac­teurs : mon idée géniale :-) , le génie de Ber­nard et Denis pour la faire vivre, et bien entendu beau­coup de chance et d’opportunités que nous avons su saisir.

    Merci Oli­vier pour cette “tri­bune” libre :-)

  • [9] - Olivier Ezratty a écrit le 3 juin 2009 :

    Jean-Michel, ton pro­pos com­plète par­fai­te­ment celui de Ber­nard, et les trois années de dis­tance entre les deux n’ont guère d’importance. Comme quoi cela a du bon de lais­ser les com­men­taires ouverts !

    Cer­tains lec­teurs s’en sont d’ailleurs plaint auprès de moi, mais cela concer­nait des articles avec plu­sieurs dizaines de com­men­taires, durs à suivre. Ce qui n’est pas le cas ici.

    Le cas de BO est en tout cas exem­plaire pour moi dans une dimen­sion clé : “l’abordage” du mar­ché amé­ri­cain très tôt dans le cycle de vie de la star­tup. C’est une démarche encore trop rare chez nos star­tups actuelles. Et l’histoire de BO dans ce domaine est cap­ti­vante. Et pro­ba­ble­ment tou­jours d’actualité.




Ajouter un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags dans vos commentaires :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong> , sachant qu'une prévisualisation de votre commentaire est disponible en bas de page après le captcha.

Captcha

Pour valider votre commentaire, veuillez saisir les lettres ci-dessus et cliquer sur le bouton Soumettre votre commentaire.

Derniers posts

Derniers commentaires

“Egalement basée à Rennes, CinéAct (www.cineact.fr), créée en 2005 permet à l’ensemble des professionnels du monde du cinéma (exploitants, distributeurs, producteurs, r...”
“En effet, je vais corriger cela dans une silent release....”
“Merci beaucoup pour cet excellent guide. Pour information, le programme français IDEES de Microsoft n'existe plus et à laisser place au programme "BizSpark One" au niveau mondial. Julien Codorniou est toujours le bon c...”
“Bravo pour cette nouvelle version. A regretter que tu ne puisses faire un guide des start-up high-tech européennes, tant tes conseils seraient adaptés pour une grande part hors de l'hexagone. Mais j'imagine le défi! J...”
“Bonjour, J'ai un doute l'offre est tellement éclatée qu'il est possible que Steve réusisse en fédérant les énergies des autres acteurs... A mon avis l'enjeu c'est encore une fois de trouver le businees model de...”


Téléchargements gratuits

Diffusés gratuitement (sous Creative Commons) et en PDF :

image

CouvertureRapportCES

Voir aussi la liste complète des publications de ce blog.


Catégories