A quoi sert 42 ?

Publié le 30 mars 2013 et mis à jour le 4 avril 2013 - 46 commentaires -
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Le 26 mars 2013, Xavier Niel lançait “42”, une nouvelle école d’informatique mettant l’accent sur la formation de développeurs et sur la gratuité de la scolarité, le tout financé par ses propres deniers. Avec quelques jours de recul, je vais décortiquer et fact-checker ici ce projet et ce qu’il apporte à l’industrie du numérique en France. Comme d’habitude, cela sera volontairement long et détaillé. Je vais faire ici ce que les journalistes ne peuvent pas faire faute de temps. Détailler la motivation du projet, revenir sur le manque de développeurs en France, sur le dimensionnement  et le financement de 42, sur la pédagogie proposée, le lieu, l’équipe et enfin sur la symbolique de cette initiative assez unique en son genre.

La motivation

Xavier Niel est égal à lui-même dans son anticonformisme. Il affiche clairement la couleur en souhaitant “faire la révolution dans l’enseignement de l’informatique” et plus précisément du développement logiciel. On sent un esprit de révolte dans les propos des créateurs aussi bien à l’écrit dans le site web de l’école que sur scène dans l’amphithéâtre du siège d’Iliad le jour du lancement.

Logo 42 Ecole Xavier Niel

Ils dénoncent l’élitisme de l’enseignement français qui n’intègre pas les exclus du système scolaire, le conformisme de cet enseignement encore bien trop traditionnel avec l’asymétrie entre enseignants et élèves qui doivent sagement écouter, et aussi le fait que l’enseignement de l’informatique soit le plus souvent payant et serve à enrichir les dirigeants des écoles concernées. Ils n’y vont pas par le dos de la cuiller ! La charge est violente.

Dans leur positionnement que je représente à la sauce d’un quadrant magique du Gartner Group, l’enseignement de l’informatique et du développement informatique est constitué de trois segments :

  • Les écoles d’informatique privées qui sont payantes et donc inaccessibles au plus grand nombre mais dont la pédagogie de semble pas remise en cause. Les fondateurs de 42 dénoncent ouvertement l’intégration de l’enseignement dans la sphère marchande. Leurs fondateurs ne seraient là que pour s’enrichir. Ils doivent probablement apprécier ce jugement de valeur  ! Le paradoxe social est que ces écoles privées sont en fait beaucoup plus “inclusives” d’un point de vue social que ne le sont les écoles d’ingénieur publiques à concours. Il suffit d’y enseigner ou d’y donner des conférences pour s’en rendre compte ! La diversité sociale et des origines y est bien meilleure que celle des écoles d’ingénieur publiques, pourtant plus accessibles d’un point de vue financier (j’en suis issu et j’étais boursier…). C’est presque contre-intuitif ! On remarquera aussi que les frais de scolarité de l’EEMI créée également par Xavier Niel (avec Marc Simoncini et Jacques-Antoine Granjon) pour la formation aux métiers du web sont de 8000€ par an. Ceux de l’EPITECH sont de 7635€ ! Mais les comptes d’exploitation sont probablement différents. L’objectif des fondateurs de l’EEMI n’étant pas lucratif. Par ailleurs, l’EEMI comme l’EPITA facilitent l’accès aux prêts bancaires. Pour information, le chiffre d’affaire de Supinfo est de l’ordre de 12 m€ avec un résultat net allant de 10% à 20% du CA selon les années, ce qui est très élevé pour une activité de service. Mais la société a beaucoup investi et levé des fonds, notamment pour se développer à l’international. Le groupe Ionis fait quant à lui plus de 150m€ de CA mais ses comptes sont opaques. Ce dernier a créé un fonds de dotation permettant de financer les études d’élèves issus de milieux défavorisés.
  • Les universités publiques et gratuites qui ne seraient pas adaptées aux besoins des entreprises. Leurs étudiants peineraient à trouver un emploi. Il est vrai qu’elles poussent plus naturellement les étudiants vers le métier de chercheur. Mais cette vision est probablement un peu manichéenne tant les cursus sont variés dans les universités. Ce qui leur manque est surtout une plus forte proximité avec les entreprises et un cursus orienté projets et stages, qui sont l’apanage des écoles d’ingénieurs privées comme publiques.
  • Les écoles d’ingénieurs publiques dont les processus de sélection à base de classes préparatoires et de concours et le cursus favoriseraient un élitisme social et le conformisme. Elles ne seraient donc pas adaptées à la formation des informaticiens et développeurs innovateurs dont les entreprises ont besoin. Cette double dénonciation tient à ce que les écoles d’ingénieurs sont plus adaptées aux besoins des grandes entreprises que des startups. Mais quand j’observe le pipe de startups du numérique, je constate que les jeunes qui souhaitent entreprendre proviennent de tous ces horizons et qu’il y a un bon équilibre entre ceux qui proviennent des écoles d’informatique privées et ceux qui proviennent des écoles d’ingénieurs généralistes. On voit même des polytechniciens se lancer dans l’entrepreneuriat ! Dans le même temps, on leur reconnait aussi la capacité à former des têtes bien faites. Cédric Villani, médaille Fields, est un pur produit de ce système avec l’enchainement du lycée Louis le Grand et de Normal Sup Ulm. Et l’association Fier d’être développeur a été créée par Daniel Cohen-Zardi, polytechnicien et entrepreneur, créateur de l’éditeur de logiciels SoftFluent.

Positionnement 42

Xavier Niel considère que le système actuel génère du conformisme et inhibe l’innovation. Les grandes écoles sont honnies autant de ce fait que parce qu’elles excluraient une grande partie des jeunes. Je n’aime pas trop ce positionnement anti-élites qui est quelque peu simplificateur, même s’il recèle une part de vérité. Le système français a produit des innovateurs et ils proviennent de tous ces cursus. Il n’y a jamais eu autant d’entrepreneurs dans le numérique qui proviennent des grandes écoles et des écoles privées d’informatique. On ne compte plus les créateurs des plus grands succès du logiciel ou de l’Internet qui proviennent des grandes écoles (Dassault Systèmes, Business Objects, ILOG, Kelkoo, Price Minister, …). Celles-ci ne sont donc pas si handicapantes que cela. Elles comptent aussi leur lot d’innovateurs et d’anticonformistes. Ces écoles ne sont certes pas la panacée mais elles n’ont pas empêché les individualités de s’exprimer pendant comme après leur scolarité. J’assistais mardi dernier à la soutenance de projets informatiques de fin d’étude d’élèves de Centrale Paris et je peux vous dire que c’était d’un très bon niveau avec de la création d’entreprise dans l’air !

En fait, les individualités émergent d’une manière ou d’une autre, et souvent après la scolarité. Les grandes écoles ont revu leur pédagogie. Elles ont diversifié les enseignements, les stages, l’exposition à l’international, le lien avec la recherche et les projets d’entreprises. Presque toutes les grandes écoles ont maintenant leur filière d’entrepreneuriat et leur incubateur. Il faudrait le reconnaitre ! Par ailleurs, l’évolution rapide du numérique fait que la formation n’est pas l’apanage des études. Il faut être étudiant toute sa vie dans ce secteur d’activité ! En ce sens, la capacité à se challenger et à apprendre par soi-même en permanence est encore plus importante que la formation initiale. Et c’est d’ailleurs une bonne chose qu’elle soit encouragée dès le départ dans 42.

La fabrique des génies du développement

Les fondateurs dénoncent aussi un autre phénomène qui affecte l’ensemble des cursus existants : ils ne valorisent pas le métier de développeur et la créativité associée. Ce métier semble être positionné comme celui de grouillot de l’informatique. Les métiers d’architectes, de chefs de projets ou de spécialiste de la sécurité semblent plus valorisés dans l’échelle sociale. Un expert est moins valorisé qu’un manager ce qui est moins vrai dans la méritocratie américaine. A tel point que certains élèves de grandes écoles cherchent des “stages de manager” ce qui est une absurdité sans nom quand on n’a pas encore d’expérience terrain significative.

Le manque de valorisation du métier de développeur est un véritable handicap dans la filière française du numérique. Aux USA et surtout dans la Silicon Valley, ils sont des stars. Et des stars d’ailleurs très bien payées. En France, on accroche facilement au développeur l‘image du geek boutonneux ou barbu (au choix), asocial, impossible à manager, qui n’en fera qu’à sa tête et qui, au passage, plombera les projets en ne respectant jamais les délais. Et d’ailleurs, 42 n’échappe pas à ce syndrome. L’école devait à l’origine former des développeurs, des codeurs, des purs, des vrais. Mais dans les faits, son cursus permet de former aussi des ingénieurs réseau et des ingénieurs sécurité. Et le cursus comprend aussi des formations à la gestion d’équipe, même si c’est un peu fait à la sauce “management collaboratif”.

La sémantique utilisée par Xavier Niel est intéressante : il souhaite identifier les “génies” exclus du système scolaire et créer donc 1000 génies du développement logiciel. Le message est ambivalent. Mais qu’est-ce qu’un développeur ? C’est un génie de la programmation, personnage un peu mythique et idéalisé ? Qui a besoin de “génies” du développement ? Surtout s’il s’agit en même temps de leur apprendre à travailler en équipe. Les génies sont souvent solitaires ! Est-ce le développeur-entrepreneur qui démarre avec l’idée de la société puis code le logiciel correspondant ? Où est-ce le développeur salarié de la startup qui va coder comme un Mozart un code performant … et aussi bien documenté et maintenable par d’autres ? La question est importante car le développement logiciel relève autant de l’artisanat créatif que de l’industrialisation. Les acteurs du numérique ont besoin aussi bien d’artisans que de bons soldats dans ce métier.

Je me méfie un peu de cette notion de génie propre à un métier donné. Dans tous les métiers, il y a des bons et des moins bons. OK, l’expérience des entrepreneurs montre cependant que la différence d’impact est énorme entre un mauvais et un bon développeur. Dans un facteur de 1 à 10 qui fait que les bons développeurs sont très bien rémunérés dans la Silicon Valley qui a bien compris cela. Mais la différence provient-elle de la créativité ou de la rigueur ? Un bon développeur n’est pas juste un “codeur”. De deux choses l’une, soit c’est juste un codeur qui créé du logiciel en fonction de spécifications et d’architectures créées par d’autres et sa créativité sera limitée, soit il assume tout ou partie du travail d’architecture et de spécifications. Il sait parler aux utilisateurs et aux clients. Il sait rédiger un cahier des charges. Il conceptualise et factorise le besoin client. Idéalement, il a aussi des notions de design et d’ergonomie. Tout du moins s’il doit développer du logiciel qui sera mis entre les mains d’utilisateurs, pas juste pour du backoffice.

Bref, un développeur est-il un ingénieur ultra-spécialisé ou doit-il avoir un côté plus généraliste ? De ce point de vue-là, 42 est un peu entre deux eaux. Le cursus que nous verrons plus loin semble permettre la formation de développeurs suffisamment généralistes. Mais la philosophie sous-jacente et le mode de recrutement semblent toutefois favoriser une spécialisation. L’expérience nous dira ce qu’il en est.

Le dimensionnement 

Le lancement de 42 part du constat de Xavier Niel qu’il est difficile de recruter des développeurs. C’est avéré et reconnu par l’ensemble de l’industrie et bien documenté dans cet article de l’Expansion. C’est particulièrement vrai pour les startups qui ont du mal à trouver de bons développeurs. Le peu des développeurs qui sortent du système scolaire traditionnel préfèrent en majorité les carrières classiques, notamment dans les SSII, les grandes entreprises, les agences web ou encore les éditeurs de logiciels.

Kima-Ventures

Il se créé au moins 1200 startups dans le numérique chaque année en France. C’est le nombre de celles qui sont aidées d’une manière ou d’une autre par Oséo. Il y en a probablement plus mais aucun organisme ne les comptabilise finement. En tout état de cause, le dimensionnement de l’initiative de Xavier Niel n’est pas très éloigné du seul besoin des startups, ce qui en valide le principe. Et il est bien placé pour connaitre ce besoin car son fonds d’investissement Kima Venture géré par Jérémie Berrebi est devenu le plus grand fonds de business angel au monde avec environ 100 sociétés financées par an, dont une bonne part de françaises. Le site de Kima recense une centaine d’investissements après trois ans d’existence car seules un tiers des startups souhaitaient rendre public cet investissement. Les autres attendent d’avoir un produit à commercialiser. Xavier Niel aurait donc investi dans au moins 400 sociétés du numérique en tout, ce qui est énorme. Sans compter d’autres secteurs d’activité comme les médias avec Le Monde. Jérémie Berrebi et Xavier Niel constatent régulièrement à quel point il est difficile de recruter des développeurs et surtout de bons développeurs qui acceptent de travailler dans une startup. A eux seuls, ils ont une bonne étude de marché représentative des besoins des startups !

Xavier Niel indiquait que le système scolaire habituel génère 5000 développeurs par an et que 42 va donc en ajouter 20%. Ces 5000 correspondent au nombre d’élèves des principales écoles spécialisées en informatique qui deviennent développeurs. Il faudrait y ajouter ceux qui sont issus des écoles d’ingénieurs généralistes et ceux des filières universitaires. En tout état de cause, il est probable que le nombre de développeurs formés par le système éducatif français soit effectivement de l’ordre de 5000 par an. Si la majorité des étudiants issus de 42 deviennent des développeurs, la contribution de cette dernière sera significative. Où vont les autres, qui sont entre 15000 et 25000 informaticiens ? Dans plein d’autres métiers : infrastructure, chef de projet, intégrateurs, test, conseil, télécoms, recherche, etc.

En fait, les écoles d’ingénieur ont du mal à attirer les jeunes, en informatique comme ailleurs. Le manque d’informaticiens et de développeurs correspond à un manque d’étudiants intéressés par cette filière en amont. Et la part des élèves aussi bien BAC+3 que BAC+5 qui deviennent développeurs semble assez basse. Chez Ingésup, elle est par exemple de seulement 7%.

Xavier Niel estime de son côté qu’un développeur génère 10 emplois indirects. Je ne sais pas à quelle étude il fait allusion. Le développeur est dans un système complexe d’œufs et de poules. Dans une startup, qui créé l’emploi ? L’entrepreneur ou le développeur qu’il emploie ? Ou ceux qui les financent ? Le développeur est une condition nécessaire mais pas suffisante à l’éclosion d’innovations dans les industries du numérique. Certains développeurs sont d’ailleurs devenus de très bon entrepreneurs, peut-être parce qu’ils étaient de bons développeurs mais aussi parce qu’ils avaient d’autres aptitudes : relationnelles, de communication, de leadership voire de marketing et de connaissances business.

Xavier Niel souhaite sinon que cette initiative permette à la France de rattraper son retard en évoquant un classement qui la place en 20ième rang dans le monde. Il y en a beaucoup de classements de ce genre, tel celui du Global IT Report de l’INSEAD qui place la France en 23ième position. Ce rapport fait état du contraste en France entre une économie numérique plutôt innovante (6ième position), des services de base de bon niveau (18ième), mais par contre, un handicap lié à des services mobiles trop chers (121ième position, une position qui pourrait changer du fait de l’arrivée de Free Mobile…), une fiscalité des entreprises trop lourde (127ième) et l’insuffisance du financement privé de l’innovation (36ième). Dans d’autres classements, la France est en retard dans l’usage de l’Internet et du eCommerce dans les PME.

Le 20ème rang évoqué par Xavier Niel provient probablement d’un indice composite inventé par l’IGF dans le rapport sur l’économie numérique publié en octobre 2012 (ci-dessous) et dont j’avais fait une analyse circonstanciée. Cet indice reprend ceux de l’INSEAD, de The Economist et un autre de la Business Software Alliance. D’ailleurs, aucun de ces indices n’évoque la question des développeurs ni même de manière indirecte dans les indicateurs sur l’innovation et les startups. Dans ces indices, le manque de financement est généralement bien plus mis en avant que le manque de compétences.

Classement France 20eme economie numerique

 

Et pourtant, la qualité et le nombre des développeurs logiciels sont des critères clés de succès de l’écosystème numérique. Conséquence : cela veut dire que la capacité d’un pays à former ou attirer des développeurs devrait aussi faire partie de ces classements ! Et pas sûr que l’on y gagnerait d’ailleurs !

Le financement

Les frais de la scolarité à 42 seront entièrement gratuits. Ne sont pas inclus les frais de vie (logement, alimentation), ce qui défavorisera mécaniquement les étudiants issus des régions. Mais ni plus ni moins que les autres cursus. Ils pourront obtenir des prêts comme le font ceux qui vont dans les écoles d’ingénieurs publiques et privées. Pendant la conférence de presse, Xavier Niel précisait qu’il allait discuter des aspects logement avec la Ville de Paris. On ne va tout de même pas lui reprocher de ne pas tout prendre en charge !

Cette gratuité totale est-elle gênante ? Certainement pour les écoles d’informatique privées qui voient arriver un concurrent peut-être embarrassant. Une offre gratuite est encore plus gênante qu’une offre low-cost, comme l’a été Free Mobile pour les opérateurs télécoms mobiles. Il sera intéressant de voir d’ici trois ans si 42 a réellement augmenté l’effectif des étudiants en informatique ou si elle a seulement réduit l’effectif des écoles payantes. Il est fort probable que certains étudiants profiteront de l’effet d’aubaine de la gratuité. Après, un équilibre de réputation s’établira entre les différentes écoles. Et heureusement – ou pas, selon le point de vue – , il n’y a pas de régulateur jouant un rôle dans ce processus.

Côté financement, l’école est mise en place avec un budget de 20 m€ qui sert surtout à l’aménagement du bâtiment et à son équipement. Ce bâtiment sera de 4242 m2. (encore 42…) au moment du lancement. Quand l’école tournera à plein avec trois promotions de 1000 élèves, cela donnera donc une surface par élève de 1,4 m2. A titre de comparaison, les étudiants de l’ENSIMAG ont chacun 7,4 m2. Le 42 risque d’être à l’étroit et de devoir passer au 84 si ce n’est au 168 ! Comme pour le nombre de iMac, il semblerait qu’un agrandissement soit prévu avec la montée en charge.

Les frais de fonctionnement de l’école sont estimés par Xavier Niel à 50 m€ sur 10 ans, ce qui donne, par élève, et compte-tenu de la montée en charge des deux premières années 50 000 000 € / ( 9 * 3000 ) = 1851 €. En intégrant les capex (investissement initial de 20m€), cela donne 2592€ par étudiant. A titre de comparaison, les frais de scolarité dans les écoles privées d’informatique sont compris entre 3000 € et 19 000 € par an. Ils sont dans la médiane à l’EPITECH, aux alentours de 7000 € par an. 42 est donc en apparence dans la fourchette basse.

En apparence, 42 semble être une école “low cost”, tant au niveau des frais par étudiant qu’au niveau de la surface disponible. Mais comme les comptes des écoles privés ne sont pas publics, il est difficile de se faire une véritable opinion. Les écoles privées doivent générer une marge et donc payer des impôts (sauf si elles sont établies en association 1901 comme le faisait remarquer une lectrice de cet article), ce qui ne sera pas le cas de 42 qui n’est pas une organisation à but lucratif. Car je compare ici un coût de production avec un chiffre d’affaire. Et il y a aussi de la TVA dans le tas. Sans compter les montages financiers un peu compliqués de certaines écoles privées qui ne sont évidemment pas dans le domaine public. Font-elles des profits scandaleux ? C’est ce que laissent entendre Xavier Niel et les créateurs de 42.

Mais le mécanisme 42 est toutefois bien optimisé sans pour autant lésiner sur les moyens, notamment matériels, comme les iMac mis à disposition des élèves. Ici, pas d’accords d’itinérance comme avec Free Mobile ou d’équipe de R&D “lean” comme dans la Freebox. La pédagogie y est pour beaucoup. Elle fonctionne surtout en mode projet, avec peu ou pas de cours magistraux et donc probablement peu d’encadrement. Par ailleurs, le coût de la pédagogie est aussi allégé avec un système d’évaluation communautaire dont le mécanisme reste à préciser.

Cette école est pour l’instant entièrement financée par les deniers personnels de Xavier Niel dont on rappellera qu’il est le premier actionnaire d’Iliad – environ 63% – et que son patrimoine est estimé à environ 6 milliards d’Euros au cours d’Iliad (165€) au moment de la rédaction de cet article. Comme nombre d’entrepreneurs qui ont réussi, il utilise une partie de son patrimoine pour des actions de goodwill. Nous verrons plus loin que Xavier Niel est l’un des rares à le faire avec un impact significatif sur l’économie de son secteur, contrairement à nombre d’autres milliardaires français.

A terme, Xavier Niel espère attirer d’autres sources de financement privées. Cela pourrait aussi bien être des entreprises privées qui financeraient l’école dans le cadre de leurs actions de mécénat que des fondations ou d’autres personnes physiques fortunées. Les moyens des entreprises privées étant assez limités pour ce genre d’action et Xavier Niel étant le seul milliardaire français issu de l’économie numérique, il est fort probable que son apport restera longtemps majoritaire dans cette opération. Et qu’il pourra d’ailleurs “remettre au pot” pour suivre les évolutions et la croissance de l’activité de 42.

Les métiers visés

Au niveau développeurs, les métiers visés sont très variés : développeurs d’entreprises, de jeux vidéos, pour les systèmes embarqués, dans le web ou encore dans la mobilité. Le cursus proposé couvre bien les besoins de ces différentes spécialités.

42 ne vise cependant pas que les développeurs. L’ambition est aussi de former des chefs de projet informatique, des architectes logiciel, des architectes réseau, des développeurs web ou de jeux vidéo et des experts en sécurité. Cet éparpillement nuit un peu au message et au positionnement de l’école. Pourquoi ne pas se spécialiser dans le développement logiciel puisqu’il est dit qu’il en manque tant en France ? Pourquoi couvrir tous ces métiers surtout quand le processus de sélection semble focalisé sur le développement logiciel ?

Cela peut avoir du sens si la culture du développement logiciel est instillée dans chacun de ces métiers. En effet, un responsable sécurité tout comme un chef de projet informatique doivent avoir des compétences en développement logiciel pour bien exercer leur métier. Mais le décalage entre la promesse (former des développeurs qui manquent tant) et le projet (couvrir finalement presque tous les métiers) dénature quelque peu l’ambition de 42.

Indirectement, la diversité des cursus proposés dévalorise aussi le métier de développeur. Le site de 42 faist miroiter le métier de directeur informatique (DSI) dans une grande entreprise, ce qui est assez osé et donne dans l’overselling, et celui plus réaliste de fondateur ou de CTO de startup. Finalement, le développeur semble encore implicitement positionné comme un métier de “junior”. Ce n’est évidemment pas voulu.

Notons que la formation n’est pas diplômante. Xavier Niel et son équipe récusent et refusent les codes actuels qui sont trop contraignants. 42 ne génère pas de diplômes, mais prépare à des métiers. La notoriété de l’école permettra peut-être de s’en passer tout comme la pénurie de développeurs en France. Mais au bout de quelques années, il n’est pas improbable que l’école fera valider sa formation par un diplôme malgré la lourdeur du processus.

Le recrutement

Sont ciblés des élèves de 18 à 30 ans ayant au moins le niveau Bac. S’il s’agit bien d’attirer des élèves issus de toutes les classes sociales et sans discrimination, un niveau minimum est cependant requis. Il faut savoir lire, écrire et compter, utiliser Internet et avoir une base de culture informatique si ce n’est de “geek”. Il faut aussi avoir des bases en anglais. Tout ceci est déjà un peu discriminant dans la pratique, mais moins que le système des grandes écoles où la part de la culture générale est plus importante dans le processus de sélection.

Les jeunes exclus du système scolaire que 42 cible ne sont cependant pas les mêmes que ceux qui sont destinés aux Emplois d’Avenir. Il ne correspond pas aux jeunes complètement sortis du système scolaire après la 3ième. On pourra au passage aussi espérer que cette école attirera un peu de femmes pour éviter – ou limiter – le côté toujours très masculin de la profession de développeurs.

Le recrutement s’effectue avec un système de filtrage en deux temps :

  • Un appel à candidature en ligne qui démarre avec le remplissage d’un QCM. Un candidat fictif s’est lancé dans la procédure et la raconte pas à pas dans le site de Vinvin. Le formulaire de 42 questions mélange des questions de second degré avec des références de Science-Fiction et des questions mathématiques et logiques de base. L’étape suivante est un rendez-vous en ligne permettant de vérifier le respect de la ponctualité, ce qui est malin. Suivra un “mini-jeu” à compléter qui servira à évaluer la logique procédurale requise pour les développeurs. Ce processus doit aboutir à un batch de 4000 candidats “nominés”.
  • Une période d’évaluation pendant l’été, dénommée “la piscine” qui est basée sur la réalisation de projets sous pression.  A l’issue de cette période, 1000 futurs étudiants seront sélectionnés. Ils passeront à “la piscine” au 42 par batchs de 1000 personnes, avec 250 personnes sélectionnées chaque mois. J’imagine donc, entre juin et septembre avant la rentrée scolaire prévue fin octobre/début novembre.

Le cursus et la pédagogie

Le cursus qui reprend presque à l’identique celui de l’EPITECH s’appuie sur une pédagogie adaptée aux étudiants qui savent plutôt se prendre en main tout seuls et aussi s’entre-aider.

Pas de verticalité avec enseignant parlants et étudiants écoutants. Pas d’évaluation verticale non plus. L’élève doit en fait apprendre en s’appuyant sur les connaissances disponibles sur Internet et auprès de ses pairs et mentors des années supérieures. La connaissance est une commodité. Le savoir-faire va s’acquérir en tâtonnant et en s’impliquant dans une foultitude d’exercices, de travaux pratiques et de projets. D’où un encadrement focalisé sur l’appel à un système d’entre-aide entre les étudiants et avec des coachs.

Le programme proposé s’appuie sur un système de “crédits”, classique dans les écoles privées d’informatique. Il faut cumuler suffisamment de crédits pour avoir un diplôme  sauf qu’ici, il n’y a pas de diplôme. On peut supposer qu’il faudra atteindre un nombre de crédits donnés pour passer à l’année suivante sans se faire éjecter. Ce n’est pas encore précisé.

Les sujets proposés sont :

  • En première année : les basiques de la programmation en C, C++, X-Window et OpenGL, les commandes Unix, la culture générale informatique, la sécurité et la cryptographie, l’intelligence artificielle et une dose d’algorithmie. Le tout est surtout assaisonné de 41 mini-projets à réaliser (tient, pas 42…) et 7 projets. Exemple : un jeu simulant un monde virtuel.
  • En seconde année : la même chose qu’en première année en plus avancé, 26 mini projets et 13 projets dont un projet étalé sur 5 mois. Plus des basiques sur l’encadrement d’équipe (déjà chef…), l’apprentissage des réseaux IP, l’administration Unix, les bases de données relationnelles SQL (mais pas de mention des bases NoSQL, ce qui est curieux…), du Java et du .NET, de la programmation fonctionnelle avec du lambda calcul, du OCaml et du Lisp (pas super-prioritaire pour la grande majorité des développeurs mais utile pour ouvrir l’esprit).
  • En troisième année : encore de la sécurité, s’y ajoutent des cours d’anglais (ne commencent-ils pas en première année ?), des technologies web (même remarque), de la gestion de projets (Agile, Scrum, …), des langages formels, de la gestion d’automates, du développement mobile iOS et Android, du Cloud computing, du kernel development, de la conception de jeu, de l’assurance qualité, et aussi des systèmes embarqués et temps réel.

C’est un menu chinois dans lequel l’étudiant pourra faire son choix. Il permet de choisir une orientation développeur embarqué, web ou généraliste tout comme une orientation administrateur système et/ou spécialiste de la sécurité. Mais le système de points les obligeront peut-être à toucher aux trois dimensions.

Le système va reposer sur des coachs plus que sur des enseignants. Rien n’est indiqué à ce stade sur le profil et l’origine de ces coachs, ni de leur mode d’interaction avec les étudiants. Le processus d’évaluation par la communauté n’est pas clair non plus. S’agit-il des élèves qui s’évaluent entre eux ?

Le lieu

L’école sera le “Heart of Code”, un bâtiment moderne en cours d’installation au nord-ouest de Paris. Il doit ouvrir pour la rentrée en octobre/novembre 2013. Il sera ouvert aux étudiants 7 jours sur 7 et 24h sur 24. 42, c’est du no-limit !

L’équipement s’appuiera notamment sur un équipement de  1000 places en libre service avec des iMac de 27 pouces en enfilade. Cela fera un par élève d’une promotion au moment du lancement de l’école. Le nombre de Macs devrait augmenter quand les promotions suivantes arriveront.

Pourquoi des Macintosh et pas des PC ? Ce sont de bonnes machines de développement logiciel n’en déplaise aux adeptes de PC sous Linux voire Windows. Mais Apple n’est pas forcément le meilleur symbole d’ouverture et de respect des standards dans ce bas monde. Le design a du jouer un rôle dans le choix. Mais c’est aussi le système le plus versatile du marché puisque l’on peut y faire tourner MacOS, les outils de développement iOS ainsi que Windows et Linux dans une machine virtuelle. Faire tourner MacOS sur un PC est un peu plus délicat ! On est aussi au moins sûr d’une chose avec un Mac : les étudiants ne bidouilleront pas le matériel comme avec des PC. Ils devront toutefois pouvoir faire appel à des systèmes embarqués pour les cours associés. Avec probablement des kits Raspberry et Arduino pour créer des objets connectés.

L’aménagement interne semble soucieux du design comme en témoignent les vues d’architecte 3D présentées au lancement. La volonté est de créer “le meilleur établissement du genre en Europe”. La vue de la grande salle de Mac me laisse un peu perplexe. Elle me rappelle plus la symbolique aliénante de la fameuse publicité 1984 d’Apple que celle d’un environnement propice à l’épanouissement personnel, à la créativité et au travail en équipe. On est loin des écoles de design pour “l’idéation”. Le codeur code tout de suite, il ne réfléchit pas sur de grandes surfaces planes dans ce beau lieu ! Il faudra visiter l’ensemble du bâtiment à son ouverture pour se faire une idée des conditions des études. Les vues 3D sont souvent éloignées de la réalité !

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L’équipe

Qui va gérer tout cela ? 42 est en fait une réplique de l’EPITECH avec la gratuité en plus. Et pour cause, les trois créateurs opérationnels de 42 sont à la fois et/ou issus de l’EPITECH ou en ont été les créateurs et dirigeants, au sein du groupe IONIS qui regroupe neuf écoles d’ingénieurs dont l’ESME-Sudria et l’EPITA mais aussi six business schools dont l’ISEG.

  • Nicolas Sadirac (ci-dessous à gauche), a été créateur et directeur de l’EPITECH depuis sa création et pendant 14 ans. C’est un étudiant qui aime les études, passé par EPITA, EPITECH, HEC, UCLA et Stanford. Il a aussi lancé la Web@cademie, un cursus lié à l’EPITECH visant lui aussi à intégrer les jeunes exclus pour les former aux métiers du Web. L’enseignement y est gratuit. C’est un peu l’équivalent de l’EEMI de Xavier Niel mais en version gratuite. C’est le leader de la bande, l’inspirateur de la pédagogie mise en place à l’EPITECH et 42.
  • Florian Bucher (ci-dessous, second à gauche), ancien CTO du groupe IONIS (EPITA, EPITECH) et formé à l’EPITECH.
  • Kwame Yamgnane (ci-dessous à droite) qui a participé au lancement de l’EPITECH dont il a été DGA. Il a aussi lancé la Web@cademie avec Nicolas Sadirac.

Xavier Niel, Nicolas Sadirac, Kwame Yamgnane et Florian Bucher (2)

La direction de l’EPITECH a donc été visiblement sérieusement déplumée, probablement le résultat d’une situation qui ne les satisfaisait pas dans le groupe IONIS et l’attirance pour un projet et une aventure unique avec des moyens conséquents.

Le nom de l’école est issu d’un roman de l’anglais Douglas Adams qui a donné lieu à une série et à un film déjantés, “The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy” (le film est sorti en 2005). Le chiffre 42 est parodiquement présenté comme étant une explication à tout : la vie, l’univers, l’espèce humaine. En soi, l’usage du chiffre 42 n’est pas du tout innovant. C’est une obsession des fondateurs de 42 qui faisaient exactement la même chose à l’EPITECH où l’entretien de recrutement dure 42 minutes. C’est aussi le nombre de marches d’escalier pour aller au dernier étage. Le comique de répétition !

The-Hitchhikers-Guide-to-the-Galaxy-2005-Hindi-Dubbed-Movie-Watch-Online

Quand on lit leurs professions de foi dans leur bio publiée sur le site de 42, on sent une vraie hargne pour faire réussir les jeunes exclus du système. Cela confine à une certaine obsession voire de mépris pour ceux qui sont passés par les canaux classiques. Cela donne des allures de “lutte des classes”. Mais c’est basé sur un vécu et du terrain.

Ces trois-là ne sont évidemment pas seuls. Ils ont constitué une équipe de 42 personnes pour gérer l’ensemble de l’école. Oui, encore 42.

La communication

Dans la forme, 42 a été lancé sur un modèle voisin de celui de la Freebox Revolution en décembre 2010 et de Free Mobile en janvier 2012. Les points communs : faire la révolution, casser les prix, afficher un travail d’équipe, associer innovation et design. Ici, même scénario avec une conférence de presse au siège d’Iliad, avec l’aide de la Fondation Iliad pour la logistique sur place.

Xavier Niel a aussi fait mention de l’initiative américaine Code.org qui milite pour l’apprentissage du développement logiciel pour tous les étudiants. La vidéo de teaser est très parlante ! Le site web de code.org propose des ressources gratuites en ligne pour apprendre à programmer. L’initiative est soutenue par une quantité impressionnante de personnalités : des chefs d’entreprises et entrepreneurs du numérique comme Mark Zuckerberg, Marisa Mayer, Eric Schmidt ou Bill Gates, mais aussi Bill Clinton, Will.I.am (que j’avais croisé au CES 2013) et d’autres artistes tels que Ashton Kutcher ou Enrique Iglesias. L’initiative a même été soutenue par Michael Bloomberg, l’homme d’affaire et maire de New York qui a annoncé vouloir apprendre la programmation. Même si c’est du flan, le message politique est plus porteur que ce que l’on peut entendre en France. C’est un peu pour cela que je proposais que les membres du gouvernement passent le C2i dans un article précédent. Il n’y a rien de mieux que l’exemplarité ! On en est vraiment loin en France, un pays qui n’est pas aussi perméable que les USA aux nouvelles technologies au niveau de ses élites gouvernantes et dirigeantes !

Site web de 42

Le lancement était synchrone avec celui du site web de 42 qui est fort bien fait et très complet. Avec ses professions de foi (quelque peu grandiloquentes), ses témoignages de personnalités et d’entrepreneurs, le cursus complet de l’école, la maquette des lieux en construction, et le QCM pour se lancer dans le processus de recrutement. La communication est cohérente et on constate une bonne qualité d’exécution à ce stade.

Le projet pédagogique est exposé au travers de nombreuses vidéos d’intervenants à TED dans “ils pensent comme nous”. La revue de presse compile les papiers ‘instantanés”, tous écrits le jour ou le lendemain de l’annonce. Ils reprennent en général mot pour mot la communication officielle de l’opération.

Les écoles privées d’informatique n’ont pas manqué de réagir. Coup sur coup, comme bloggeur, j’ai reçu des mails de l’ISEN, du groupe IONIS et du directeur de Supinfo, Alick Mouriesse. Le Directeur de l’ISEN, David Brun, considère que 42 est un projet intéressant mais qui concurrence les écoles comme l’EPITECH et Ingésup qui ne délivrent pas de diplôme d’ingénieurs. Donc, “même pas mal”. Chez Ionis, on salue le lancement de 42 en rappelant qu’à part la gratuité, il reprend pour l’essentiel les innovations issues de son groupe et notamment de l’EPITECH, on a vu pourquoi précédemment. Un affichage de “fair play” qui cache certainement pas mal d’amertume. Enfin, Alick Mouriesse rappelle que Supinfo forme 650 BAC+3 et 1200 BAC+5 chaque année, faisant de son groupe le plus grand en France sachant qu’il est aussi implanté à l’étranger et notamment à San Francisco. Il précise que les points soulevés par Xavier Niel et l’équipe de 42 sont en grande partie traités dans ses établissements. Tout cela dégage une certaine nervosité contenue !

La symbolique

Terminons ce tour d’horizon avec la symbolique de cet engagement de Xavier Niel. Ses investissements personnels ont la caractéristique d’être tournés vers l’industrie et la création d’emplois. Sans compter son investissement dans Le Monde qui partait visiblement d’un principe selon lequel ce joyau du journalisme devait être préservé. Il suivait en cela un courant de pensée selon lequel certains médias devraient être financés par des fondations et pas (juste) par la publicité.

Les initiatives de Xavier Niel contrastent énormément avec celles des autres milliardaires français. Que font-ils pour aider l’économie et accompagner la France vers le futur ? Difficile à dire ! Tout d’abord, la structure capitalistique de leurs entreprises les pousse à ne pas se délester significativement de leurs parts, ce qui limite le transfert de richesse vers la société civile. Le capitalisme français des grandes entreprises est un capitalisme d’héritiers. Nous avons ainsi des dynasties familiales comme pour les Dassault, Lagardère, Pinault ou Arnault

Liliane Bettencourt a bien créé une fondation. Elle aide des projets dits entrepreneuriaux, avec une focalisation sur les sciences de la vie, l’action sociale et la création artistique. La fondation Serge Dassault se focalise sur les handicapés adultes. François Pinault s’est surtout fait remarquer pour la fondation du musée Palazzo Grassi à Venise. Quant à Bernard Arnault, il a transféré une partie de ses avoirs en Belgique, et notamment dans une fondation, mais surtout pour transmettre son patrimoine à ses enfants. Dans l’ensemble, les milliardaires français donnent dans l’équivalent de ce que faisaient les princes de la Renaissance en finançant les beaux arts et les bonnes œuvres. A l’envers, des Warren Buffet ou Bill Gates ont légué à leur fondation une très grosse part de leur fortune faite de parts dans la société qu’ils ont créé. Ils ne croient pas en l’héritage et ne souhaitent pas créer de dynastie. Dans la même veine, la fondation Walton des héritiers du fondateur de Wallmart est focalisée sur l’éducation et l’environnement.

Xavier Niel (4)

Xavier Niel tranche avec le paysage français du mécénat, à la fois par sa personnalité, son jeune âge par rapport aux précédents cités et aussi par son secteur d’activité, le numérique. Après s’être largement inspiré des méthodes de Steve Jobs pour ses lancements, il suit les traces de Bill Gates et de sa fondation qui, en plus de la santé, finance aussi des actions dans le domaine de l’éducation. Tout en conservant la méthode Steve Jobs pour le lancement.

On ne peut comprendre les faits et gestes des milliardaires qu’en les positionnant bien en haut de la fameuse pyramide des motivations de Maslow. Leur position est telle que leur “next big thing” n’est pas de disposer de plus de ressources matérielles ou de pouvoir, mais de continuer à innover et surtout d’impacter la société en général. Ils cherchent à laisser une trace positive pour les gens, leur pays voire le monde entier. Ils veulent changer le monde et financer des causes nobles. C’est en tout cas la marque de fabrique de nombreux milliardaires américains. Et on la retrouve chez Xavier Niel.

En creux, l’initiative de Xavier Niel rappelle aussi une absence : celle de l’Etat. Il est étonnant de voir que le secteur public ne dispose pas d’école d’informatique de dimension respectable. La plus grande est l’ENSIMAG de Grenoble avec 180 diplômés par an ! Une misère ! Il y a certes les écoles d’ingénieurs généralistes, mais leurs élèves qui choisissent des options informatiques sont souvent bien minoritaires. Que disait le récent plan du gouvernement à ce sujet ? Pas grand-chose. La disette budgétaire n’est pas propice à la création de nouveaux établissements ! Fleur Pellerin avait pourtant regretté en février 2012, pendant la campagne présidentielle, que l’enseignement informatique dépende autant du secteur privé. Elle ne semble pas près de changer la donne !

Certains commentateurs ont évoqué le côté “libéral” de l’initiative de Xavier Niel. Elle ne l’est pas au sens classique du terme. C’est une troisième voie entre le secteur public et le secteur privé. Elle présente de nombreux avantages par rapport aux deux autres approches : pas de surcoûts liés au privé (profit des sociétés, TVA, taxe d’apprentissage, optimisation fiscale) et plus de souplesse que le système public. C’est un modèle très américain dans le principe, ce pays se reposant énormément sur les initiatives privées et les fondations dans un tas de domaines dont l’éducation. Le recours excessif au privé pose problème dans la santé car sa marchandisation extrême a rendu le système très coûteux. Mais dans l’éducation, le système a du bon. Ainsi, un boursier financé par les “endowments” des grandes universités privées est bien mieux couvert aux USA que les boursiers de l’Etat français !

Ce genre d’initiative requiert au départ évidement une grande réussite économique initiale qui relève de l’innovation et du capitalisme. Elle peut être ensuite recyclée par réinjection des fortunes engrangées avec une efficacité opérationnelle qui peut être bien meilleure que ce qui relève du secteur public. Le capitalisme et la fiscalité français n’encouragent pourtant pas ce mécanisme. Le pays préfère en général s’appuyer sur le secteur public pour gérer la redistribution. Il empêche même un milliardaire de léguer une grosse partie de sa fortune à d’autres personnes que ses descendants (la quotité disponible) ce qui est absurde lorsque les montants en question sont très élevés.

Après Kima Ventures, le plus grand business angel du monde en nombre de dossiers financés, puis la première école de développeurs gratuite du monde ou en Europe, what’s next ? Xavier Niel a d’autres projets dans son sac qui sont dans la même veine mais il est encore trop tôt d’en parler ! Il aime bien gérer les surprises et je ne vais pas lui gâcher ce plaisir.

Mes photos de l’annonce de 42 sont ici.

Je précise qu’il peut m’arriver d’éditer mes articles au fil de l’eau en fonction des informations nouvelles qui me parviennent !

Publié le 30 mars 2013 et mis à jour le 4 avril 2013 Post de | Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, France, Logiciels | 33731 lectures

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Les 46 commentaires et tweets sur “A quoi sert 42 ?” :

  • [1] - @bqptiste a écrit sur Twitter le 30 mars 2013 :

    “@olivez: “A quoi sert 42 ?” http://t.co/MRcFsEy2pn vient de sortir sur “Opinions Libres””

    Excellente analyse !

  • [2] - @ThomasRudelle a écrit sur Twitter le 30 mars 2013 :

    “@damienroue: A quoi sert l’école 42 ? Analyse d’Olivier Ezratty http://t.co/zTxMYafThX”

  • [3] - loïc a écrit le 30 mars 2013 :

    Comme toujours, c’est très intéressant de lire ton point de vue.

    “On peut donc dire que 42 est une école réso­lu­ment “low cost” ”

    J’avoue que je serais moins affirmatif que toi, sachant que :
    1. / ce ne sont que des estimations des frais de fonctionnements pour 42
    2./ les frais de scolarité ≠ frais de fonctionnements ;-)
    Mais c’est surtout que “low cost” implique des services réduits à l’essentiel ce qui semble loin d’être leur volonté et leur méthode d’apprentissage étant non conforme, il est semble bien difficile de porter un jugement si tôt.

    Elle est en tout cas résolument …différente ! . (école non diplômante, P2P et qui se concentre donc sur l’apprentissage c’est un rêve de gosse pour moi en tout cas ;) )

    Bref, curieux de voir l’évolution de cette -excellente- initiative dans le temps.

    En tout cas, personnellement je n’ai pas compris l’intérêt de la ribambelle iMac aligné (plaisir de l’archi ? ) alors que pour ce type “génie” à venir , c’est plutôt un portable (MacBook Air ? ) qu’il devrait leur confier en guise de bienvenue. (On code autant chez soi qu’au “bureau”/école ensuite non ?)

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 30 mars 2013 :

      Bonjour Loic,

      J’ai un peu édité l’article au sujet du low-cost en réintégrant les capex. Cela positionne l’école dans la fourchette basse des structures de coût des écoles privées et en tenant compte de la nature “for profit” des écoles privées qui génère un résultat net et un impôt sur les sociétés. Si on prend l’exemple de Supinfo pour une bonne année où ils ont fait 20% de résultat net, cela donne une structure de coût qui doit être proche de 60% à 70% du CA. Dans le bas de compte d’exploitation, on va avoir 20% de net, 10% d’impôts sur les sociétés et des frais financiers en cas d’emprunt. Ces 30% et quelques sont absents dans le cas de 42.

      Le choix d’un iMac a été expliqué par les fondateurs le jour du lancement : cela allège les frais pour les étudiants qui n’ont ainsi pas à acheter un laptop. Comme l’école est ouverte 24h/24, ils peuvent en profiter tout le temps sans contrainte.

      Le codage dans la salle permet d’éviter la solitude. Cela peut favoriser les échanges entre étudiants, le coaching et l’entre-aide, qui est un élément clé de la pédagogie. Il faut voir le bon côté de la chose !

      Il faudra aussi vérifier qu’ils ont prévu la sustentation alimentaire sur place, comme c’est le cas dans les boites hightech aux USA (les fameux restaux chez Google).

  • [4] - @xavierballoy a écrit sur Twitter le 30 mars 2013 :

    A quoi sert 42 ? http://t.co/FHjH9d9hcx > Résolument pas convaincu par cette école…

  • [5] - @nathaliequint a écrit sur Twitter le 30 mars 2013 :

    Un eclairage très intéressant “A quoi sert 42 ?” de @olivez sur http://t.co/HgNho47Tyo

  • [6] - Fatiha a écrit le 31 mars 2013 :

    Bonjour Olivier,
    Merci pour ces précieuses informations. Je souhaitais les compléter et vous apporter quelques éléments.
    1. Contrairement à ce que vous semblez penser, les écoles privées sont accessibles sur concours, des concours communs ou des concours en propre. Je parle des écoles d’ingénieur habilitées par la Commission des Titres d’Ingénieur, qui sont en principe les seules à pouvoir utiliser le terme ingénieur (le titre d’ingénieur est protégé).
    2. Un grand nombre d’écoles d’ingénieur sont sous status d’Association loi 1901 à but non lucratif. Elles ne payent donc pas d’impôts.
    3. Dans votre segmentation des écoles vous citez les écoles publiques qui comme vous le dites favoriseraient l’élitisme social et accessibles après une prépa. Mais vous ne citez pas toutes les INSA, d’un excellent niveau et qui sont des écoles publique post bac ainsi que toutes les écoles universitaires regroupées dans le réseau Polytech, qui sont elles aussi post bac et qui font une très belle remontée en terme d’attractivité. Enfin il y a aussi le réseau des ENI (Écoles Nationales d’Ingénieur) écoles publiques post bac Je précise que toutes ces écoles sont accessibles sur concours après le bac mais ont également des admissions après prépa, DUT, ATS…
    4. Les crédits dont vous parlez sont ce que l’on appelle des crédits ECTS (European Credit Transfert System). Chaque semestre doit être validé avec 30 crédit et un diplôme d’ingénieur d’une durée de 3 ans est validé avec 180 crédits. Ce système est européen et permet, en principe, la mobilité des étudiants au sein de l’Europe, une mobilité difficile à mettre en œuvre lors de la préparation d’un diplôme d’ingénieur en raison de règles strictes édictées par la CTI. C’est un système adopté dans tout le paysage de l’enseignement supérieur (écoles publiques et privées, universités, IUT…) depuis la réforme LMD.
    5. Contrairement à ce que dit le directeur de l’ISEN, l’EPITA est bien une école d’ingénieur. Elle a été habilité par la Commission des Titres d’Ingénieur à délivrer le diplôme il y a quelques années déjà, 2006 je crois.

    Quant à l’initiative de X. Niel, il y aurait beaucoup à dire, mais pas que du négatif effectivement. Comme vous le précisez rares sont les “riches” français qui font quelque chose pour l’économie… On pourra cependant regretter que le diplôme de l’école 42 n’aie pas de reconnaissance en terme de niveau RNCP. Nous connaissons tous le mode de fonctionnement des entreprises françaises qui s’intéressent plus au diplôme qu’au parcours ou au potentiel. Il est donc nécessaire de penser aussi à l’employabilité de ces jeunes. Par ailleurs, je pense qu’il y a urgence à redonner ses lettres de noblesse au métier de développeur (j’ai fait du développement et je l’ai enseigné durant plusieurs années) et à travailler de façon sérieuse sur l’attractivité de nos filières auprès des jeunes et des jeunes filles en particulier. Les travaux que nous menons au sein de Femmes du Numériques reposent sur la volonté de bénévoles dont je fais partie. N’y aurait-il pas là l’opportunité de créer une structure portée par l’État, des entreprises et des mécènes et qui regrouperait des personnes travaillant sur des actions en faveur de l’attractivité… Quoi qu’il en soit, il y a urgence…
    Au plaisir.
    Fatiha

    • [6.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

      Merci Fatiha pour ces précisions utiles.

      1 – Je n’ai pas fait allusion à la notion de concours. Certaines écoles recrutent sur dossier, d’autres sur concours.

      2 – Oui, au niveau de la maison mère. Après, les montages sont plus complexes…

      3 – En effet, je n’ai pas cité les INSA et autres écoles liées aux universités. En existe-t-il qui forment beaucoup d’informaticiens et de développeurs ?

      4 – Les crédits ECTS servent à valider des diplômes mais 42 n’en délivrera pas. Ces crédits sous-entendent-ils qu’ils chercheront donc un jour à valider les études avec un diplôme homologué ?

      5 – En effet.

      OK à 100% sur le besoin de valoriser la filière des développeurs de logiciels !

      • [6.1.1] - marc a répondu le 31 mars 2013 :

        merci de votre article qui anime bien le débat.

        sur le point 3 : à Polytech Nantes : des promotion de 70 informaticiens (formation sur 3 ans bac+2->bac+5, pas une vague spécialisation de fin de cursus). De telles formations exisent à Rennes, dans deux endroits : INSA Rennes et ESIR. Des polytech avec informatique, il y en a aussi à Tours, Lille, Paris, Clermont, Grenoble, Nice, Montpellier, Marseille, Lyon,…

        Une école comme 42 a bien des qualités, mais elle a tout intérêt (et ne se prive pas) de profiter de la méconnaissance des media et des jeunes du paysage de la formation. On affichera quelques écoles d’ingénieurs parisiennes élitistes, on donnera l’image d’une fac lamentable, et voilà, emballé le 42 !

        Des études qui commencent directement après bac, par de l’informatique intensive, et pour 3 ans, ça existe, ça s’appelle DUT+Licence Pro. Des milliers d’étudiants font ça en France. Un commentaire plus bas dit que la fac est dépassée côté techno. Je comprends tout à fait que la personne concernée n’y ait pas trouvé satisfaction, mais c’est probablement L1-L2 qui lui a déplu de ce point de vue. On n’y étudie pas l’informatique spécialement, c’est un spectre très large (à raison ou à tort). Des choses pointues, on en voit, il faut faire un master pour cela.

        Que ce soit en DUT, LPro, cursus ingénieur, ou master, il y a des projets logiciels par groupes d’étudiants (en quantité significative), des partenariats avec des entreprises, depuis de nombreuses années.. Ces formations ont parfois des défauts, légers ou sérieux, mais loin de la caricature qu’on en fait souvent.

        Enfin, des écoles privées d’informatique ont pour caractéristique de viser les passionnés de code qui ne sont pas intéressés par les maths. Très peu (voire pas) de maths : une caractéristique remarquable de ces cursus. Pourtant, les statistiques, c’est la base du “big data” si prometteur d’emplois. Les graphes, l’algèbre, c’est fondamental pour formaliser les réseaux sociaux, les systèmes à recommandation, ….

        Les formations existantes ont à réflechir, notamment pour beaucoup améliorer la formation pratique en logiciel. Mais de grâce, ne caricaturons pas les formations publiques existantes, en profitant d’une connaissance trop partielle qu’en a le public, ou ne les ignorons pas, au motif que cela desservirait les objectifs de l’école privée en question.

        • [6.1.1.1] - Fatiha a répondu le 31 mars 2013 :

          Très peu voire pas de maths, c’est impossible dans une école d’ingénieurs habilitée par la CTI… La CTI audit tous les programmes et ne se contente pas de la parole des directeurs ou des responsables. Elle interroge aussi des élèves… Donc si pas de maths, pas d’habilitation…

          • [6.1.1.1.1] - marc a répondu le 31 mars 2013 :

            Sur les universités, déconnectées du monde de l’entreprise et les écoles d’ingénieurs, qui forment trop peu d’informaticiens et qui seraient élitistes… :
            C’est le réseau polytech, c.a.d. des écoles d’ingénieurs universitaires, qui forme le plus grande nombre d’ingénieurs diplômés chaque année.

            Le paysage décrit par Niel et al. est donc un peu plus nuancé qu’il le dit.

            Je pense que son objectif est le business de la formation en informatique, une sorte de MOOC en présentiel.

            • [6.1.1.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

              Ce n’est pas un “business” puisque c’est du goodwill…

              Les données macro montrent en effet que ces 10 à 20 dernières années, les grandes écoles sont devenues plus élitistes. Qu’est-ce que cela veut dire précisément ? Que la part des classes sociales employés/ouvriers/classes moyenne a décru dans les origines des élèves de ces grandes écoles.

              Je cite un site officiel (données datant de 2007) – http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/grandes-ecoles-recrutement-toujours-elitiste.html :

              “Ce rapport sur “la diversité sociale et l’égalité des chances dans la composition des classes préparatoires aux grandes écoles” constate plutôt un recul en la matière : moins d’un élève sur dix (9%) est issu d’un “milieu défavorisé”, contre 29% il y a 20 ans, ce qui est bien, selon les rapporteurs, un signe de la “panne de l’ascenseur social”. Pour expliquer ce phénomène les sénateurs pointent les défaillances du système d’orientation et d’information, la persistance de handicaps financiers (frais d’inscription, incompatibilité avec le travail salarié, etc.) et les inégalités territoriales souvent associées à des inégalités socio-culturelles. Les propositions visent à renforcer l’information des familles, à revoir la carte des classes préparatoires (en créer davantage en banlieue et en zone rurale), à amplifier les systèmes de bourse, multiplier les internats ainsi qu’à coordonner et évaluer les expérimentations locales, notamment celles de “discrimination positive”.

              Ces données sur l’origine sociale sont des agrégats. Ils intègrent je crois aussi bien les écoles d’ingénieurs que de commerce. Il serait intéressant de voir si cette discrimination sociale est aussi manifeste dans les écoles d’ingénieur associées aux universités.

              Listons les problèmes évoqués et voyons si 42 apporte une solution :

              – Système d’orientation : non.
              – Frais d’inscription : oui, c’est gratuit.
              – Incompatibilité avec travail salarié : ni plus ni moins que pour les autres cursus publics s’il faut payer son logement et de quoi s’alimenter.
              – Inégalités territoriales : elle subsiste.
              – Inégalités socio-culturelles : réduite dans une certaine mesure car il n’y a pas d’exigence particulière en culture générale.
              – Information des familles : la communication a du faire son effet, mais ponctuellement.
              – Présence en banlieues et zones rurales : non. 42 aurait été plus osé s’il avait été installé dans le 93 que dans Paris !
              – Amplifier les bourses : Xavier Niel pourrait y penser pour attirer les élèves des régions.
              – Internats : c’est un point clé. A la question posée sur ce sujet pendant la conférence de presse, XN a répondu qu’il allait en discuter avec la Ville de Paris.
              – Discrimination positive : elle est implicitement au programme de par le processus de recrutement.

              Après, comme cette école ne va pas régler un problème national qui dépasse le cadre du développement logiciel, elle recrutera à la marge “haute” de la population des exclus du système. Dans les plus de 140 000 élèves qui sortent chaque année du système éducatif sans diplôme, il faudra un tamis assez fin pour trouver les développeurs. Dans ces 200K, il y a une stratification entre ceux qui sont exclus car ils ont complètement largué toute forme d’éducation et n’ont même pas acquis les connaissances de base (écriture, lecture, etc), et ceux qui ont été exclus mais sont toutefois intéressés par les études et ont ces connaissances de base.

              • [6.1.1.1.1.1.1] - marc a répondu le 1 avril 2013 :

                Merci de cette longue réponse.

                Je crois que les CPGE sont loin d’être l’unique vivier à examiner pour voir ce qui relève de la promotion sociale : j’ai formé plus de 1000 ingénieurs informaticiens, dont seuls 30% venaient de prépa. La formule qui a un succès croissant est l’école en 5 ans : les familles de bacheliers souhaitent un parcours prévisible de bac à bac+5, sans nécess

                Je persiste à penser que l’objectif de X.Niel est d’explorer les nouvelles voies de la formation et à terme d’en faire quelque chose de rentable. Certains pensaient en 2002 que Google relevait du goodwill. Idem LinkedIn etc.

      • [6.1.2] - Fatiha a répondu le 31 mars 2013 :

        1. c’est votre phrase ” Le para­doxe social est que ces écoles pri­vées sont en fait beau­coup plus “inclu­sives” d’un point de vue social que ne le sont les écoles d’ingénieur publiques à concours” qui m’a incité à mentionner le fait que les écoles privées étaient elles aussi à concours(ainsi que les autres écoles publiques que vous ne citez pas).

        2. C’est l’inverse. La maison mère est une entreprise et l’école est une association loi 1901 à but non lucratif. Et la maison mère récupère une partie des frais de scolarité par l’intermédiaire des loyers au autre montage dans ce style.

        Bien à vous.
        Fatiha

        • [6.1.2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

          En quoi un concours est-il facteur d’exclusion ? C’est un moyen de sélectionner les meilleurs sans favoritisme. Cela nécessite évidemment un peu de préparation. Comme il y a beaucoup de concours et pas mal de places, il est relativement aisé de les réussir. Après, si on tombe sur une école groupe C, ce n’est pas la cata. Mon constat n’est pas lié au fait qu’il y ait concours ou pas mais aux origines sociales que j’observe dans les écoles diverses où j’enseigne.

          Pour le 2, j’avais bien compris le montage. Je me suis mal exprimé.

  • [7] - Charles a écrit le 31 mars 2013 :

    Bonjour,

    Je vois un super interet pour Mr Niel, reperer les talents de son ecole et faciliter le recrutement. Quoi de mieux que 3 ans de suivi et de projets ! Surtout si cela coute cher de recruter des bons developpeurs.

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

      C’est comme pour les startups : on lance souvent sa boite pour créer une solution qui correspond à son propre besoin et en estimant qu’il y a un grand nombre de personnes ou sociétés qui ont ce même besoin.

      Dans le cas de Xavier Niel, la volonté va bien au-delà du simple besoin de recrutement de Free. L’expérience de Xavier Niel a en tout cas fortement influencé son projet car il recrute beaucoup d’élèves issus des écoles type EPITECH, dont il apprécie beaucoup la pédagogie.

      Il pense surtout pouvoir contribuer à faire grandir l’écosystème français du numérique avec cette initiative. Il ne faut pas chercher du “self-interest” traditionnel. Lis bien la conclusion de l’article qui explique pourquoi.

  • [8] - youen a écrit le 31 mars 2013 :

    Bonjour,

    Un petit complément sur les INSA (j’ai l’INSA de rouen pas très loin). Oui ils forment des développeurs. Ensuite c’est une dominante comme une autre (mais au doigt mouillé avec une proportion d’élève plus élevé que ds les arts et métiers, centrale ou mines).
    Pour preuve, au Normandy Java User Group quand on invite un ancien de l’INSA (en l’occurrence Julien Dubois, un membre de la communauté java connu on remplie la salle d’étudiants de l’insa (+ 20/30 personnes par rapport à d’habitude)).

    Sinon petite question sur le chiffre des 4000 développeurs par an :
    – Quel est ta source?
    – Est-ce qu’il exclue bien les filière réseaux? (car ds les stats y compris de chomage c’est souvent bien mélangé).
    – Est-ce que cela exclue les 90% des étudiants en génie logiciel qui veulent faire chef de projet? (Exemple ESIGELEC, EXIA.CESI, EPITA,…)

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

      Le chiffre de 4000 n’apparaît dans l’article que pour évoquer le nombre de candidats que 42 souhaite filtrer en amont pour en sélectionner 1000. La source : la conférence de presse du lancement de 42.

      Puis, il y a les 5000 développeurs formés par les écoles privées et publiques évoqués par Xavier Niel comme indiqué. C’est un chiffre “doigt mouillé” que j’ai essayé de reconstituer en intégrant les effectifs des principales écoles privées d’informatiques (dont il ne faut prendre qu’une partie), des filières informatiques des grandes écoles généralistes (idem), et des filières universitaires. Et cela colle à peu près.

      Il n’est pas évident d’évaluer le nombre d’informaticiens formés en France chaque année dans le supérieur et donc encore plus, pour les développeurs. Les estimations varient de 15000 à 30000 nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année. Un tiers de développeurs dans tout ça sur la fourchette basse ? C’est à peu près cohérent.

      Il persiste une bataille des chiffres sur le nombre d’informaticiens en France, le nombre de diplômés et celui des chômeurs. Notamment entre le Syntec et le Munci, un syndicat de salariés dans l’informatique : http://munci.org/La-France-forme-suffisamment-d-etudiants-aux-metiers-de-l-informatique et http://munci.org/La-desaffection-des-etudes-scientifiques-et-le-papy-boom-ne-concernent-pas-l-informatique. Son point de vue est qu’il y a du chômage dans l’informatique et que le manque de diplômés est gonflé par les organisations patronales style Syntec.

      Débat expliqué ici : http://www.zdnet.fr/actualites/emploi-it-une-bataille-des-chiffres-entre-le-syntec-et-le-munci-qui-n-est-pas-anodine-39765773.htm.

      L’emploi est un sujet complexe de mécanique des fluides : les seniors (>45 ans) ont du mal à trouver du boulot pour les raisons habituelles (parfois dépassés par les nouvelles technologies et aussi, laissés de côté par les entreprises qui préfèrent les jeunes, moins chers et plus adaptables) et les débutants bien formés s’en sortent plutôt bien dans l’ensemble. Il y a aussi beaucoup d’indépendants, je crois de l’ordre de 30 000. Et surtout des flux entre métiers informatiques et non informatiques. Les estimations du nombre d’informaticiens en France vont de 500 000 à plus de 800 000. La différence provient notamment de la comptabilisation de métiers non-informatiques dans les entreprises du numérique (un commercial ou un chargé de communication d’un constructeur, d’une SSII ou d’un éditeur de logiciel est-il un informaticien ?).

      Autre source d’information qui date de quelques années, ce papier de Laurent Ellerbach de Microsoft France : http://www.anif.fr/UserFiles/File/documents/renouvinformaticiens.pdf. Qui explique un peu les flux migratoires dans la profession.

  • [9] - @bQuedeville a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    Prenez le temps de lire ce long billet de @olivez sur 42 et @Xavier75 http://t.co/f42VOP6Iag

  • [10] - @AnaVivion a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    Bel article détaillé sur l’école 42 par Olivier Ezratty ! http://t.co/jBuVcHYVsr

  • [11] - Jean-Philippe Encausse a écrit le 31 mars 2013 :

    J’ai fait la Fac, puis un IUT, puis l’Epitech.

    1. La FAC: gratuit, très en retard sur les technologies, et très abstrait.

    2. L’IUT: gratuit, concret, encadré, avec des profs qui ont une très bonne pédagogie

    3. L’Epitech: payant, sponsorisé, peu de pédagogie:
    – Les élèves N+1 apprennent aux élèves N
    – Des pointures viennent faire un speech mais ne sont pas pour autant pédagogue.

    Bref la clef du succès c’est une pédagogie en adéquation avec les technologies actuelles.

    La gratuité de 42 est une bonne chose. QUID de la pédagogie. Pourquoi, dans ce cas, ne pas apprendre en Stage ?

  • [12] - @pbournho a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    une analyse trés interessante de l’initiative 42 de xavier niel et de l’étât de l’enseignement informatique http://t.co/Roc8EKRMkY

  • [13] - marc a écrit le 31 mars 2013 :

    Des promos de 1000 ? Ou même, 1000 étudiants dans l’école (des promos de 300) ? Bon, c’est ambitieux, mais je demande à voir en pratique.

    Beaucoup de productions des étudiants seront du code logiciel.
    Je me demande QUI va corriger, évaluer, donner du feedback, sur le code de telles promotions. Regarder et donner du feedback précis sur du code un peu foireux d’étudiant, c’est TRES ingrat. Peut-être peut-on s’en dispenser, et les élèves apprennent entre eux. En tout cas, il me semble qu’il y aura de l’enseignement top->down, puis horizontal entre étudiants, mais je doute beaucoup qu’il y ait une couverture et évaluation systématique et individuelle des étudiants par l’équipe pédagogique, pour une simple question de faisabilité matérielle. C’est cohérent avec l’absence de diplôme. Je ne dis pas pour autant qu’on n’apprend pas dans cette école correctement : je suis même convaincu que les étudiants de bonne foi peuvent bien se passer de ces évaluations. Néanmoins, c’est à savoir, dans une société qui prône la culture de l’évaluation…

    • [13.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

      Ce sont bien des promos de 1000 par an. Et il y aura donc 3000 étudiants dans l’école d’ici fin 2015.

      Le modèle sur le qui va faire quoi est visiblement exactement celui de l’EPITECH qui a été créé par les fondateurs de 42. La différence ici est qu’ils auront plus de moyens matériels qui apporteront de meilleures conditions de travail aux étudiants. Xavier Niel a indiqué que ce serait probablement l’école la mieux dotée d’un point de vue de l’équipement et des conditions d’accueil des étudiants.

  • [14] - @Neurolit a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    Un étude très intéressante sur l’école 42 et sur l’état de l’enseignement de l’informatique post-bac en France http://t.co/hRADuky4uN

  • [15] - Hugues Sévérac a écrit le 31 mars 2013 :

    Bravo Olivier, une fois de plus, pour cet article d’analyse, qui remet les pendules à l’heure.

    J’avoue qu’étant comme toi issu d’une école d’ingénieur gratuite et boursier, ce positionnement anti-élite m’agace, quand en réalité il s’agit pour 42 de reproduire des cursus existants, mais à moindre coût, probablement pour développer un vivier de codeurs pas trop chers pour cet ecosytème de startups qui va graviter autour.

    Je doute fort que les “génies” qui vont s’y developer n’auraient pas trouvé leur place dans le système antérieur. J’en connais quelques uns !
    En définitive, comme tu le dis, le problème me semble surtout qu’on cherche en France à ne pas payer ces codeurs au prix qu’ils valent sur le marché, en particulier aux US, et 42 ne va pas dans ce sens-là non plus.

    Bien sûr, 1000 places de plus, c’est toujours bon à prendre, et l’initiative est louable, quelle que soient ses motivations. On ne peut que lui souhaiter le succès.

    Mais à mon sens, si le souci est de développer l’économie digitale en France, c’est plutôt autour des formations marketing et entreprenariat qu’il faut regarder, car le problème français bien connu, c’est pas le manque d’ingénieur, au contraire, mais le manque de concepteur de solutions innovantes génériques capables de trouver un large marché. Problème de formation ou de culture ? vaste débat, mais je ne crois pas que 42 va y changer quoique ce soit.

    • [15.1] - Olivier Ezratty a répondu le 31 mars 2013 :

      Tu soulèves un point très important qui est le manque de culture “produit” dans la conception de logiciels en France. Cette culture requiert des réflexes et un savoir faire qui sont plus courant aux USA qu’en France. Ils relèvent d’une discipline qui s’appelle le ‘product management’ et qui est à la croisée des chemins entre le marketing, la gestion de projet et le développement logiciel. Cette discipline n’est pas vraiment bien formalisée ni enseignée. Et en effet, dans les formations françaises, on apprend à coder mais pas à créer des produits logiciels.

      Qu’est-ce qu’un produit logiciel ? C’est un produit qui factorise des besoins pour un grand nombre d’utilisateurs. Il est construit en briques et avec des APIs permettant de l’étendre et de créer un écosystème autour. Il est documenté, maintenable, extensible, paramétrable, installable. Il a aussi une interface utilisateur et une ergonomie bien étudiée.

      42 n’innove pas dans ce domaine et c’est dommage. Mais il ne faut pas jeter la pierre pour autant puisque cette discipline n’est visiblement pas enseignée ailleurs. Elle le serait difficilement chez 42 puisque la transmission de savoir passe par les pairs, soit essentiellement les élèves entre eux, qui n’ont à priori pas d’expérience dans le développement de produits logiciels industriels.

      Côté formations à l’entrepreneuriat, l’écosystème français a fait d’énormes progrès ces dernières années. Que ce soit avec la palanquée d’accélérateurs ou d’incubateurs créés déci-delà, ou avec les filières entrepreneurs des grandes écoles. Il y a aussi de plus en plus d’entrepreneurs qui partagent leur expérience avec les entrepreneurs en herbe. On a également de plus en plus de fonds d’investissement d’entrepreneurs.

      Au démarrage d’une startup, il faut certes des développeurs, mais il faut aussi et surtout un bon CTO qui va les gérer. Le CTO est plutôt un ingénieur généraliste et un manager tout en étant un bon côté technologie. Il doit savoir développer pour en comprendre les codes (facile…) mais aussi pour bien piloter ensuite ses développeurs.

      • [15.1.1] - Hugues Sévérac a répondu le 31 mars 2013 :

        Le fond de ma pensée, c’est que ce manque de culture produit n’est pas un défaut de formation des équipes, mais un défaut de culture business des patrons, car c’est souvent là que se trouve la rentabilité par effet d’échelle sur les coûts fixes; cela s’organise dès le départ, et se diffuse dans toute l’entreprise, depuis les ventes jusqu’au service client. Il faut reconnaître que c’est plus difficile en Europe, avec l’atomisation des marchés. Tiens, il y a peut-être un créneau, là…Faudrait que j’appelle Xavier Niel (en cachant ma formation :-) )

        • [15.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 1 avril 2013 :

          C’est un peu plus compliqué que cela. Je connais plein d’entrepreneurs qui veulent faire du scalable et veulent conquérir le monde et n’y arrivent pas.

          C’est un cercle vicieux dont il n’est pas évident de sortir :

          – Pour faire un bon produit scalable, il faut à la fois des moyens financiers de départ et trouver des clients assez tôt. En btoc, le marché français est limité. En btob, il est lent à la détente.

          – Les moyens financiers “levables” sont plus ou moins proportionnels à la taille du marché adressable dans l’immédiat. Le marché français étant limité et le marché européen atomisé, tout comme les principales sources de financement, font que les entrepreneurs “lèvent peu”.

          – Ils doivent donc avoir des ambitions moyennes pour commencer. Comme le take-up de la boite est souvent bien plus lent que prévu, et qu’il est difficile de trouver d’autres moyens financiers, les sociétés “produit” évoluent graduellement vers le service. A la fin, elles ne sont plus “scalable”.

          – Les moyens financiers limités du départ font que le produit est réalisé avec des bouts de ficelles : avec des stagiaires de courte durée voire de la sous-traitance offshore, tous deux difficiles à maîtriser. La qualité n’est pas au rendez-vous. Le logiciel n’est pas forcément bien architecturé, extensible et/ou scalable. Parfois, il faut tout refaire au bout de un à deux ans. Et le temps perdu est difficile à rattraper.

          Ce cercle vicieux a tendance à réduire les ambitions des entrepreneurs français. Ils ciblent souvent des marchés ultra-niches mais avec des cycles de vente pas bien rapides. Ou alors, ils versent dans le “nice to have” et avec une différentiation insuffisante par rapport à l’état de l’art.

          Comment sortir de ce cercle infernal ? Quelques pistes, évoquées dans le Guide des Startups :

          – Faire une bonne analyse de la valeur du problème que l’on souhaite régler avec son produit pour trouver plus rapidement des clients. Il faut des problèmes qui ont de la valeur (le coût de leur non traitement par le client) pour beaucoup de clients et avec des déficiences marquées des solutions existantes. Les pivots, c’est sympa, mais autant limiter leur nombre dès le départ !

          – Bien cibler ses marchés pour démarrer. Des marchés solvables, innovateurs, etc. Pas évident, bien entendu.

          – Bien penser l’architecture du produit dès le départ. Les choix de départ sont très structurants. Cela concerne aussi les choix de l’équipe. Qui retombent dans le débat codeur vs développeur vs CTO.

          – Afficher une ambition internationale forte dès le début et crédible. Cela doit se retrouver dans la conception même du produit.

          – Ne pas hésiter à chercher des sources de financement originales : fonds d’entrepreneurs, family offices, investisseurs étrangers.

          – Identifier de bons effets de leviers et partenariats pour aborder ses marchés.

          – Bien entendu, se faire accompagner comme par un passage dans un accélérateur de startups.

  • [16] - @christopherufin a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    “A quoi sert 42 ?” @olivez décrypte l’école d’informatique de Xavier Niel sur http://t.co/DRp7gNcdPA

  • [17] - @pchapuis a écrit sur Twitter le 31 mars 2013 :

    Tiens, une vraie analyse relativement objective sur 42… http://t.co/HSc3Au4JH1

  • [18] - Lionel Laské (@lionellaske) a écrit sur Twitter le 1 avril 2013 :

    Analyse détaillée par O.Ezratty du lancement de l’école 42 de X.Niel (@olivez) http://t.co/emqSPQcCXS

  • [19] - Hugues Sévérac a écrit le 1 avril 2013 :

    Merci pour ta réponse.
    Mon expérience est plutôt côté B2C, et de ce point de vue, j’ai plus été frappé par le manque de vision et de focalisation des gens que j’ai croisé que par des problèmes de financement, que peut-être je sous-estime.

    Entre les rêveurs qui ne comprennent pas la complexité de ce qu’ils veulent faire, les opportunistes qui réajustent leurs priorités en fonction de la dernière rencontre, les indécis qui font du tiède faute de comprendre la segmentation de leur marché, les ingénieurs perdus qui oublient de concevoir l’avant-vente et l’après-vente, les frileux qui ne pensent que franco-français, c’est souvent dès le départ que le projet est condamné, même dans des domaines purement web où les mises de départ sont somme toute assez faibles.
    Je ne pensais pas seulement d’ailleurs à des startups, mais aussi à l’innovation dans les grands groupes, où ces défauts sont exacerbés.

    J’ai des exemples en tête où des entreprises françaises et américaines sont sur le même créneau, la française souvent meilleure techniquement, mais l’américaine va penser proposition de valeur, roadmap annoncée, écosystème de partenaires, et au bout du compte, son produit va se vendre bien davantage, car il sera mieux compris, avant même d’avoir vu le jour.

    D’ailleurs, si je vois tes recommandations aux startups, nous sommes d’accord sur le caractère critique de comprendre son couple produit x marché.

    Bon mais je crois que je fais dériver le sujet hors de son champ d’origine, et je ne voudrais pas abuser.

    cordialement,
    hugues

  • [20] - Jean Rohmer a écrit le 1 avril 2013 :

    Impressionnant article!

    Voici un point de vue plus court et humoristique où je me demande si “42” n’est pas un poisson d’Avril, vu le classicisme de ses programmes, pas du tout révolutionnaires …

    http://plexus-logos-calx.blogspot.fr/2013/04/a0375-lecole-dinformatique-gratuite-42.html

  • [21] - Pierre Bugnon a écrit le 1 avril 2013 :

    Au moins Xavier Niel a fait plaisir aux amateurs de science fiction, en nommant son initiative “42”, nombre rendu mythique par Douglas Adams avec “Le Guide du voyageur galactique”. Le truc c’est que 42 est une réponse à une question impossible sur le sens de la vie… Pas très bon comme symbole pour l’ami Xavier :-).

  • [22] - @Paskrit a écrit sur Twitter le 2 avril 2013 :

    “A quoi sert 42 ?” de @olivez sur http://t.co/vW4VXaaAc7 // une très bonne analyse cc @Vinestro89 @El_Francky

  • [23] - @agelebart a écrit sur Twitter le 2 avril 2013 :

    Résumé très exhaustif sur la nouvelle école 42 de X. Niel / http://t.co/O8RImwAyc1

  • [24] - @Amatewasu a écrit sur Twitter le 2 avril 2013 :

    A quoi sert 42 ? – Une analyse relativement complète sur le nouvelle école d’informatique de Xavier Niel http://t.co/FNZqdcQ7M6

  • [25] - @maximegarrigues a écrit sur Twitter le 4 avril 2013 :

    Point de vue détaillé, intéressant et argumenté à propos de l’école de Xavier Niel – A quoi sert 42 ? http://t.co/9IdMRVHuBf

  • [26] - communication ISEN a écrit le 4 avril 2013 :

    Bonjour
    Attention rectificatif sur les dires de l’ISEN…
    dans son texte initial l’ISEN n’a jamais mentionné EPITA mais bien EPITECH.
    Merci de rectifier

  • [27] - @ludivinehuche a écrit sur Twitter le 12 avril 2013 :

    Ana­lyse détaillée par O.Ezratty du lan­ce­ment de l’école 42 de X.Niel
    http://t.co/0L4IqKJNmc

  • [28] - Curcolio a écrit le 10 juillet 2013 :

    Bonjour :)

    En tant que candidate à l’école, j’ai lu votre article (et de nombreux autres) avec passion. Je me suis pourtant arrêtée à environ un tiers de cette lecture passionnante – pour y revenir plus tard.

    L’école ne requiert absolument pas le niveau bac (“au moins bac” comme vous le disiez). Les tests de pré-sélections sont purement psychotechniques, et de mémoire et rapidité.

    C’est de là que vient le rejet si solide du diplôme à la fin du cursus duoquadragintien (c’est notre petit nom !) : on ne peut pas délivrer une formation bac+3 (qui pourra être finie, si on est un petit génie ou déjà formé, en deux ans, ou en plus si on a un pépin dans la vie quotidienne) si les élèves n’ont pas le bac.

    C’est aussi à ça que font allusion les “trop grandes restrictions” des écoles déjà existantes qui sont obligées de sélectionner des élèves “typiques” et scolarisés. Le but c’est de faire sortir de leurs garages les petits génies (et je vous épargnerai la culture gates, ou jobs, il y en a tant d’autres plus intéressants et méconnus du grand public).

    On cherche à séduire les geeks (douglas adams, star trek, easter eggs, khal drogo…) dans cette école, prenant le pari qu’il y a un peu de vrai dans les stéréotypes, et que les talents méconnus à la Neo vont ressortir.

    Bref, je pense qu’il fallait éclaircir ce point qui me semble très important et pourrait changer votre analyse sur quelques paragraphes au moins. Du reste, bravo pour votre documentation, je retourne lire votre article !

    • [28.1] - Olivier Ezratty a répondu le 10 juillet 2013 :

      Il me semblait (au moment de rédiger l’article) que le niveau BAC avait été évoqué par les intervenants lors de la conférence de presse. Niveau et donc pas diplôme. En gros, histoire de vérifier quelques basiques…

      Bravo en tout cas pour être candidate car cela prouve une fois de plus que geek ne se conjugue pas qu’au masculin !

  • [29] - faculte des sciences de la nature et de la vie a écrit le 29 décembre 2013 :

    la même chose qu’en première année en plus avancé, 26 mini projets et 13 projets dont un projet étalé sur 5 mois.




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