LeWeb 2012 : vue d’ensemble

Publié le 9 décembre 2012 - 27 commentaires -
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Comme chaque année depuis sa créa­tion en 2006, j’ai pu par­ti­ci­per à la confé­rence LeWeb orga­ni­sée par Loic et Géral­dine Le Meur.

C’est la plus grande confé­rence euro­péenne rela­tive à l’innovation dans l’Internet, si ce n’est dans le monde. Cette édition était plu­tôt ori­gi­nale dans sa thé­ma­tique puisqu’elle trai­tait du thème des objets connec­tés. Nous avons ainsi eu droit à un bon nombre d’intervenants de pres­tige sur ce sujet. L’ensemble était tou­te­fois agré­menté d’intervenants un peu hors de ce sujet et trai­tant de l’Internet, des réseaux sociaux et aussi du cha­rity de manière plus géné­rale. Ce pana­chage thé­ma­tique per­met­tait d’aérer la confé­rence et d’éviter de déce­voir ceux qui n’étaient pas des pas­sion­nés des objets connectés.

Cette édition avait lieu comme les deux années pré­cé­dentes dans les Docks de Paris (Euro­sites), dans un groupe de trois halls situés dans la zone d’Aubervilliers et Saint Denis où se trouvent un grand nombre de stu­dios de cinéma et de télé­vi­sion. C’est notam­ment là que l’on trouve les pla­teaux de Euro Media Group (The Voice, Tara­tata, etc), AMP Visual (qui assu­rait la cap­ta­tion vidéo de la confé­rence) et de la Cité du Cinéma de Luc Besson.

Jury Startups Plénière

La ques­tion clas­sique des uns et des autres quand on y par­ti­cipe est de se deman­der si c’était mieux ou moins bien que l’année pré­cé­dente, s’il y avait plus ou moins de monde, etc. On ne peut pas por­ter de juge­ment binaire sur l’appréciation d’un tel événe­ment. Pour ce qui me concerne, j’y ai trouvé mon compte avec un bon lot de ses­sions inté­res­santes – sachant que j’en ai loupé un grand nombre – et de contacts utiles. LeWeb regor­geait aussi de star­tups, qu’il s’agisse des 16 qui par­ti­ci­paient au concours de star­tups de la confé­rence ou bien des autres qui avaient un stand ou étaient héber­gées dans un stand comme celui de la Bel­gique, ou encore, de simples par­ti­ci­pants. Cela fait un paquet de star­tups ! Dif­fi­cile de tout balayer, mais heu­reu­se­ment tout un tas de blogs s’en chargent.

Les entre­pre­neurs fran­çais et étran­gers avec qui j’ai pu dis­cu­ter et qui avaient payé leur entrée étaient tout à fait ren­trés dans leurs frais. En trois jours, ils pou­vaient accu­mu­ler des dizaines de rendez-vous avec des inves­tis­seurs du monde entier. Cela leur écono­mise beau­coup de temps et de voyages. Tout du moins pour le pre­mier contact.

LeWeb sco­re­card

Comme chaque année depuis trois épisodes, je com­pile une petite sco­re­card de la confé­rence que voici ci-dessous. Mal­gré la crise, il est remar­quable de consta­ter que les par­ti­ci­pants à LeWeb étaient plus nom­breux que l’année der­nière. Pré­ci­sé­ment 4,5% d’augmentation. On notera au pas­sage que l’édition de Londres de juin 2012 n’a donc pas can­ni­ba­lisé cette édition, qui est trois fois plus grande. C’est une bonne nou­velle pour Paris et la France !

Cette édition 2012 avait aussi son lot de bons moments. Les deux plus forts aux­quels j’ai pu assis­ter étaient les inter­ven­tions de Henri Sey­doux, le fon­da­teur de Par­rot, avec son humour et son déta­che­ment inimi­tables, et celle de Ramon de Leon, un fou furieux ultra-dynamique et éner­gi­sant res­pon­sable du social media chez Domi­nos Piz­zas. Il était inter­venu l’année pré­cé­dente mais pas en plénière. Il y a eu aussi l’annonce de la fin du réfé­ren­ce­ment des pho­tos d’Instagram par Twit­ter par son fon­da­teur Kevin Sys­trom. Cette annonce a généré une énorme cou­ver­ture média­tique à l’échelle mon­diale, contri­buant à ali­men­ter la noto­riété de LeWeb.

Côté logis­tique, tout allait plu­tôt bien avec un Wi-fi en ordre de marche, plus de 3000 objets connec­tés et des Téra-octets uploa­dés pen­dant la confé­rence. Le tout ali­menté par une fibre de 1 Tera-bits/s. La logis­tique d’ensemble de la confé­rence tour­nait comme sur des rou­lettes. L’équipe est main­te­nant plus qu’expérimentée et a plus d’un tour dans son sac. Seul petit bémol pour les ama­teurs d’antioxydants et de fibres : l’absence de cru­di­tés et de fruits dans les buf­fets. Trop de glu­cides… Mais c”est le lot com­mun de la plu­part des buf­fets de conférences.

Leweb 2012 Scorecard

LeWeb a ten­dance à faire venir cer­tains inter­ve­nants à répé­ti­tion. C’est le cas de Robert Scobble, Jeff Cla­vier, Om Malik, Mike But­cher, Alexia Tso­tis, Eric Archam­beau, Yossi Vardi et Ariel Gar­ten. Tout comme les jurés du concours de star­tups (Pierre Kosciusko-Morizet, Brent Hober­man, Jean-David Blanc, Jacques-Antoine Gran­jon, Marc Simon­cini) qui étaient les mêmes que l’année der­nière à l’exception de Xavier Niel qui est devenu modé­ra­teur cette année en inter­vie­want dans la pre­mière ses­sion le fon­da­teur de Nest. Mais on sera indul­gent car le reste de la bonne cen­taine d’intervenants était lar­ge­ment renou­velé. On est plu­tôt gêné par un autre clas­sique des événe­ments qui gagnent en impor­tance : la simul­ta­néité entre deux plé­nières aussi inté­res­santes l’une que l’autre. Sans comp­ter le net­wor­king qui nous éloigne natu­rel­le­ment des ses­sions. C’en est au point qu’il faut par exemple plu­sieurs pho­to­graphes pour bien cou­vrir la confé­rence. Il y a ainsi quatre pho­to­graphes offi­ciels qui se répar­tissent la tâche. J’y étais comme blog­geur accré­dité, mais fai­sait aussi des pho­tos comme d’habitude. Je ne pou­vais donc pas cou­vrir toutes les ses­sions et tous les endroits.

Cer­tains me disaient : “j’entends plus par­ler le fran­çais au buf­fet”. Il y aurait donc moins d’étrangers. Il y avait bien plus de fran­çais cette année mais juste +1%. Pas de quoi le détec­ter autour des buf­fets ! En fait, l’expérience montre que les par­ti­ci­pants étran­gers à LeWeb sont mieux orga­ni­sés que les fran­çais : soit ils écoutent les ses­sions avec assi­duité car le voyage leur a coûté cher et pris du temps, soit ils font du net­wor­king, mais avec un agenda très bien orga­nisé et ils ne sont donc pas autour du buffet.

Côté repré­sen­ta­tion par pays, nous avons une petite décrue de par­ti­ci­pants amé­ri­cains mais sur­prise, une crois­sance de 33% des par­ti­ci­pants UK, ce qui est une sur­prise du fait de l’édition lon­do­nienne. Ou bien cette édition créé une fidé­li­sa­tion qui les pousse à vou­loir assis­ter à la ver­sion “king size”. Sinon, nous avions plus de sué­dois, de belges, de russes et d’Italiens mais moins d’allemands, de suisses, d’espagnols et de nor­vé­giens. Et on reste stable en nombre de pays repré­sen­tés, pas­sant de 69 à 68 entre 2011 et 2012. Loic et Géral­dine ne vont sans doutes pas conti­nuer cette course à l’audience. A la fois parce que l’on a atteint ici un point d’équilibre, mais aussi parce que la capa­cité maxi­male d’accueil des Docks est atteinte. A moins de chan­ger de lieu, mais il n’y en a pas tant que cela d’adaptés à Paris. Dans Paris intra­mu­ros, il y a bien le Palais des Congrès mais c’est pro­ba­ble­ment bien plus cher que les Docks sans comp­ter la dif­fi­culté d’y créer une atmo­sphère sympa.

Leweb Participants per country 2010 2011 2012

Du côté des socié­tés repré­sen­tées, on trouve comme l’année der­nière un grand nombre de per­sonnes des socié­tés ayant un stand : Orange (102 per­sonnes), Sales­Force (49), Google (29), Micro­soft (28), Pay­pal (23), Renault (33), Face­book (17, sans stand), France Télé­vi­sions (17), Ever­note (16) et Nokia (15).

Hija­cking LeWeb

LeWeb attire une très grande variété de par­ti­ci­pants et notam­ment de grandes entre­prises, des entre­pre­neurs, des inves­tis­seurs et des médias. La ten­ta­tion est ainsi grande d’en pro­fi­ter pour ”faire sa com­mu­ni­ca­tion”. L’objectif affi­ché de cer­tains est de “hija­cker LeWeb” et cap­ter l’attention de ses par­ti­ci­pants par tous les moyens. Il faut dire que l’on y est abreuvé de mes­sages, infor­ma­tions et sol­li­ci­ta­tions ! Le tri au retour donne un ver­tige voi­sin du retour du CES de Las Vegas pour ce qui me concerne.

Voici donc un petit inven­taire pro­ba­ble­ment non exhaus­tif des tech­niques de hija­cking de LeWeb mises en œuvre cette année :

  • Orga­ni­ser des work­shops pen­dant la confé­rence. C’était notam­ment le cas de Google qui orga­ni­sait une série de work­shops cou­vrant toute son offre comme l’année der­nière. Il y en avait aussi chez Sales­Forces et Ever­Note (avec leur CEO, Phil Libin qui inter­ve­nait aussi en plé­nière). Et La Poste avait spon­so­risé un work­shop sur le e-commerce animé par Cathe­rine Barba et Del­phine Remy-Boutang (ci-dessous, salle bon­dée). Cela me défrise un peu de voir des par­ti­ci­pants lou­per les plé­nières et/ou le net­wor­king pour par­ti­ci­per à des work­shops de socié­tés qui pro­posent cela gra­tui­te­ment dans le mar­ke­ting as usual.

Delphine Remy-Boutang et Catherine Barba (workshop e-commerce et La Poste)

  • Pro­po­ser aux par­ti­ci­pants de se faire prendre en photo par de jolies filles, comme le fai­sait notam­ment l’agence Tequila Rapido. La tech­nique est éculée mais fonc­tionne  bien. Elle sert à cap­ter l’attention et les cartes de visite des par­ti­ci­pants aux­quels sont nor­ma­le­ment envoyées les pho­tos. Le ramas­sage de cartes de visite en vrac dans un événe­ment est un peu bête, la base de don­nées des par­ti­ci­pants étant déjà dis­po­nible en ligne, certes sans les emails, mais juste avec les Twit­ter ID. La tech­nique était aussi uti­li­sée par des alle­mandes qui fai­saient la pro­mo­tion d’une de ses régions. Il y avait enfin deux jeunes gars et autant de jeunes femmes qui dis­tri­buaient des bro­chures de la cam­pagne “SayOui­to­France” lan­cée par Fleur Pel­le­rin. Seul hic, ils s’adressaient indif­fé­rem­ment aux fran­çais et aux étran­gers ! Pen­dant ce temps, des repré­sen­tants de la Tech City de Londres enfi­laient les rendez-vous sur place au pre­mier étage du hall Pull­mann pour atti­rer les star­tups du monde entier. Mar­ke­ting vs business…

Animation SayOuiToFrance (1)

  • Dans le même ordre d’idée, le stand Oracle atti­rait le cha­land avec un robot ser­vant lui aussi d’aspirateur à cartes de visite. Un visi­teur m’avait signalé ce robot extra­or­di­naire qui était doté d’une capa­cité de dia­logue jamais vue. En fait de dia­logue, il s’agissait d’une dis­cus­sion avec un opé­ra­teur situé ailleurs. Bref, un truc voi­sin du télé­phone de Gra­ham Bell. Je lui ai même demandé d’où il venait. Oxford, UK ! Mais le mon­sieur n’était pas poly­glotte. J’avais vu une attrac­tion du même genre il y a deux ans au CES et le gars par­lait au moins une dizaine de langues. Trop anglo­phone mon fils !

Robot Oracle (1)

  • Faire un lan­ce­ment pro­duit pen­dant la confé­rence, comme Nokia qui pré­sen­tait de nou­veaux smart­phones sous Win­dows Phone 8 : le Lumia 620. Quoi de neuf sous le capot ? Pas grand-chose. Un écran de 3,8 pouces. Un pro­ces­seur double-cœur Snap­Dra­gon de Qual­comm tour­nant à 1 Ghz, un stan­dard dans les smart­phones Android et Win­fows Phone. Une cou­leur voyante, jaune ou verte, inté­grée dans la masse du plas­tique pour une plus grande lon­gé­vité. Ce low-cost du smart­phone Win­dows Phone coute $249 et ciblera en pre­mier lieu les mar­chés asia­tiques. Il y avait aussi Ariel Gar­ten d’Inter­axon qui lan­çait son casque Muse pour réa­li­ser des électro-encéphalogrammes et en exploi­ter le résul­tat avec des logi­ciels grand-public. Nous en reparlerons.

Stand Nokia (2)

  • Publier des sta­tis­tiques sur l’activité dans les réseaux sociaux rela­tive à LeWeb, la stra­té­gie appli­quée par Sales­Force. Cela tombe bien puisque cela cor­res­pond à une offre de l’éditeur de solu­tions SaaS ! LeWeb 2012 était le pre­mier trending-topic de Twit­ter au niveau mon­dial. Il ne devait pas y avoir d’événements mar­quants dans le monde ces trois jours-là car LeWeb concerne à vrai dire peu de monde dans la sphère mon­diale des uti­li­sa­teurs de Twit­ter qui passent plus de temps à com­men­ter les émis­sions de télé­vi­sion qu’autre chose, tout du moins en prime time.

LeWeb social mentions

  • Orga­ni­ser une démons­tra­tion en plein air, comme avec ce drone piloté par un gars uti­li­sant des lunettes de vue sté­réo­sco­piques. Il a même été démon­tré en salle plé­nière par Loic Le Meur (vidéo). Une bonne visi­bi­lité pour Team Black­sheep qui intègre cette solu­tion dénom­mée TBS Dis­co­very 2G4 ARF. L’hélico est doté d’une caméra avec liai­son sans fil. Il est vendu $900, sans la sta­tion de pilo­tage à dis­tance. C’est donc net­te­ment plus cher qu’un AR Drone de Par­rot, sorti il y a presque trois ans (300€) et qui se pilote avec un smart­phone ou une tablette. Mais l’engin a l’air un peu plus précis.

Helicopter Drone (2)Helicopter Drone (3)

  • L’opération quelque peu osée de Bouygues Télé­com et eTF1 ! Elle consis­tait en l’organisation d’une visite de l’exposition Edward Hop­per au Grand Palais le soir du lundi 3 décembre 2012, la veille du début de LeWeb 2012. Les deux socié­tés avaient invité leur écosys­tème et de son côté, l’organisation de LeWeb avait invité une par­tie des par­ti­ci­pants à la confé­rence. Mais il y avait en tout et pour tout 6 per­sonnes de Bouygues Télé­com et TF1 dans la confé­rence, et pas de stand.

Soirée Bouygues Télécom au Grand Palais (2)

  • Dans le même ordre d’idée, orga­ni­ser une soi­rée comme l’a fait Badoo. Elle pou­vait accueillir tous ceux qui sou­hai­taient y aller avec une capa­cité d’accueil de 1000 per­sonnes. C’est le buzz sur Twit­ter qui a créé l’envie d’aller à la soi­rée où peu d’invitations offi­cielles avaient été envoyées. Résultat : la soi­rée a contri­bué à faire de Badoo l’une des trois socié­tés les plus citées dans les réseaux sociaux à pro­pos de LeWeb. Alors qu’ils n’y inter­ve­naient pas ! Le tout agré­menté des habi­tuelles pho­tos des par­ti­ci­pants, un peu comme ces soi­rées relayées dans Gala.
  • Créer une vidéo déjan­tée pour gagner sa place gra­tuite à LeWeb. C’est ce qu’a fait Jérôme Jarre, un fan ido­lâtre de LeWeb qui tra­vaille chez Atendy. Il a gagné sa place et la vidéo a été pré­sen­tée en plé­nière ! Détail : la vidéo est titré “Mes­sage from Racks­pace”, la boite où tra­vaille Robert Scoble.

Jerom Fan de LeWeb

  • Les entre­pre­neurs de star­tups qui exploitent la liste des blog­geurs accré­di­tés à la confé­rence et leur envoient une invi­ta­tion à les ren­con­trer. Ce n’était pas tou­jours bien ciblé mais cela peut fonctionner.

Il y avait aussi Orange qui avait orga­nisé un cock­tail met­tant en valeur les femmes de l’Internet avec les pho­tos de mon expo­si­tion “Quelques Femmes du Numé­rique !, pré­sen­tées sur deux écrans dans une salle du second étage du hall Pull­mann. C’était sommes toutes assez dis­cret et ne rele­vait pas de la promo tout azi­mut. J’y ai ren­con­tré un bon nombre des femmes qui sont inté­grées dans les 200 de l’exposition mais aussi quelques autres invi­tés et invi­tées, dont la fon­da­trice de la confé­rence DLD qui est plus ou moins l’équivalent de LeWeb en Allemagne.

La semaine politique

Comme chaque année, les orga­ni­sa­teurs de LeWeb en pro­fitent pour impli­quer des poli­tiques. La méthode est plu­tôt rodée depuis 2006 avec les venues suc­ces­sives de Nico­las Sar­kozy et Fran­çois Bay­rou (2006), Eric Bes­son (2008), Natha­lie Kosciusko-Morizet (2009), la soi­rée à la Mai­rie de Paris (2010) et la soi­rée à l’Elysée avec Nico­las Sar­kozy pour les inter­ve­nants à LeWeb (2011). L’objectif est double : ajou­ter du pres­tige à l’événement, et sur­tout jouer un rôle d’influence des poli­tiques sur l’importance du numé­rique et de l’entrepreneuriat dans toute stra­té­gie industrielle.

Cette année n’échappait pas à la règle. Fleur Pel­le­rin, Ministre en charge des PME, de l’innovation et du numé­rique est inter­ve­nue deux fois : une pre­mière dans une table ronde sur les écosys­tèmes euro­péens et une second pour annon­cer le vain­queur du concours de star­tups de la confé­rence. Nous avions aussi la pré­sence de Nee­lie Kroes de la Com­mis­sion Euro­péenne et le tout se ter­mi­nait par une inter­ven­tion du pre­mier ministre Jean-Marc Ayrault à Mati­gnon pour un aéro­page sélec­tionné de per­son­na­li­tés et des inter­ve­nants de la confé­rence. Loic et Géral­dine Le Meur ont tou­jours une capa­cité de mobi­li­sa­tion fort utile !

La table ronde avec Fleur Pel­le­rin face à Joanna Shields, l’ancienne de Face­book qui gère main­te­nant la Tech City de Londres était plu­tôt ratée pour la pre­mière. Elle se rat­tra­pait trop aux branches du Cré­dit Impôt Recherche pour valo­ri­ser la France.

Le dis­cours de Jean-Marc Ayrault à Mati­gnon était de son côté assez creux et fai­sait écho à celui de Nico­las Sar­kozy en 2006. La seule sub­stance était l’annonce de la nomi­na­tion de Henri Ver­dier pour gérer l’open data dans le gou­ver­ne­ment et la confir­ma­tion du rôle de Tariq Krim pour iden­ti­fier les talents fran­çais dans le cadre du pro­jet de cité du numé­rique que Fleur Pel­le­rin sou­haite lan­cer. Cette der­nière mis­sion, pas vrai­ment détaillée, sou­lève de nom­breuses inter­ro­ga­tions. On se demande si elle n’arrive pas un peu tôt au vu du pro­jet de cité du numé­rique qui ne verra le jour au mieux que d’ici 2014. Est-ce le rôle de l’Etat de micro-manager les talents ou plu­tôt de faire en sorte qu’ils puissent entre­prendre dans de bonnes condi­tions ? Ou bien s’agit-il de car­to­gra­phier la géo­gra­phie de l’origine des talents : écoles, uni­ver­si­tés, labos, entreprises.

Le pro­jet de cité du numé­rique qui ras­sem­ble­rait toutes les com­po­santes de l’écosystème de l’innovation en un seul endroit semble une chi­mère et à côté de la plaque. On se rap­pel­lera que le pro­jet de Saclay ne ras­semble pas grand chose de cet écosys­tème pour tout un tas de rai­sons, qu’il est dif­fi­cile de dépla­cer les écoles d’ingénieur et de com­merce ou de design en un seul endroit, et que le fait que les VC pari­siens soient ins­tal­lés dans le 8ième ou le 9ième arron­dis­se­ment n’a rien à voir avec les dif­fi­cul­tés de finan­ce­ment des star­tups fran­çaises. On n’oublie pas non plus que la Sili­con Val­ley s’étale sur une bande de plus de 70 km de long et que la dis­tance entre les start-ups de San Fran­cisco et les inves­tis­seurs de Sand­hill Road à Palo Alto est de 30 km. Il est vrai qu’une réduc­tion de la dis­tance entre les acteurs de l’écosystème pour­rait être utile, mais c’est sur­tout la flui­dité des idées, des per­sonnes et des capi­taux qui compte avant tout.

Qui plus est, la Ville de Paris a déjà réa­lisé de nom­breux inves­tis­se­ments pour déve­lop­per son écosys­tème de star­tups : la créa­tion de nom­breux incu­ba­teurs comme celui du PRINE près de la Gare du Nord avec plus de 70 star­tups numé­riques héber­gées, les par­te­na­riats avec les Uni­ver­si­tés ainsi qu’avec le pro­gramme de finan­ce­ment Paris Inno­va­tion Amor­çage conjoint avec Oséo. Les 30 fina­listes du Grand Prix de la Ville de Paris qui étaient pré­sen­tés au Palais Bron­gniart le soir du pre­mier jour de LeWeb étaient là pour en témoi­gner. Cette sélec­tion était d’un très bon niveau et cou­vrait à la fois le numé­rique, la santé, les éco-technologies et les inno­va­tion de ser­vice ainsi que le design.

Nos pro­blèmes sont ailleurs. Nos entre­pre­neurs démarrent avec un ensemble de han­di­caps par rap­port à nos voi­sins qui tournent autour de la com­plexité des affaires (régle­men­ta­tion, droit du tra­vail, fis­ca­lité, culture de l’innovation dans cer­tains grands groupes, modèles mana­gé­riaux, rela­tion au risque) sans comp­ter la maî­trise de l’anglais qui nous défa­vo­rise. Ils ne sont pas assez bien for­més et finan­cés. Ils ne sont pas assez tour­nés sur le monde, du fait d’un sys­tème qui encou­rage les micro-initiatives locales fai­ble­ment finan­cées. Quand aux  finan­ce­ments publics, ils poussent plus la R&D, si pos­sible col­la­bo­ra­tive, que le busi­ness development.

Mal­adroite était aussi la demande de Jean-Marc Ayrault et Fleur Pel­le­rin à Loic et Géral­dine de reve­nir en France. Le pro­blème n’est pas d’avoir des entre­pre­neurs qui réus­sissent à l’étranger mais de n’en avoir pas assez en France. Les fran­çais de l’étranger que je connais dans l’entrepreneuriat sont en géné­ral dégoû­tés par la poli­tique écono­mique du pays et l’état d’esprit qui y règne. Qui plus est, le couple Le Meur réus­sit en fait plu­tôt bien en France et en Europe avec LeWeb. Cette confé­rence créé un pont très utile entre les USA et l’Europe. Nous avons besoin de fran­çais créant ce genre de ponts et pour ce faire, il faut être basé dans la Sili­con Val­ley. Le mar­ché amé­ri­cain reste le pre­mier mar­ché mon­dial du numé­rique. C’est un fait accom­pli et il faut en tenir compte !

Suite

Voilà pour l’apéro. En atten­dant la suite de mon compte-rendu où je vais cou­vrir cer­taines des inter­ven­tions en plé­nière ainsi que les star­tups du concours de LeWeb, vous pou­vez consul­ter ce résumé pas mal fait du Jour­nal du Net.

Et mes pho­tos dans tout ça ? Elles sont ici sur Dar­q­room !

Publié le 9 décembre 2012 Post de | Entrepreneuriat, Innovation, LeWeb, Marketing, Mobilité, Startups, USA | 14900 lectures

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