Les français de la TV connectée : Plurimedia

Publié le 15 novembre 2012 et mis à jour le 20 novembre 2012 - 5 commentaires -
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Qu’ont de com­mun les guides de pro­gramme que vous consul­tez sur vos TV connec­tées, vos box de FAI et vos jour­naux de pro­grammes TV ? Ils pro­viennent le plus sou­vent d’une filiale de Lagar­dère Active, Plu­ri­me­dia, qui se défi­nit comme une agence de presse. J’ai eu l’occasion de ren­con­trer Cathe­rine de Bous­sac et Jérome Cou­sin qui en assurent le déve­lop­pe­ment com­mer­cial et de visi­ter leurs bureaux à Levallois-Perret (Hauts de Seine).

Voici donc un nou­vel épisode de la série démar­rée au prin­temps 2012 sur les acteurs fran­çais de la TV connec­tée. Et sur un métier assez par­ti­cu­lier, méconnu, et pour­tant très impor­tant… et en pleine transformation.

La société

Plu­ri­me­dia se posi­tionne comme une agence de presse spé­cia­li­sée dans la four­ni­ture d’informations sur les pro­grammes de télé­vi­sion, le cinéma, la culture, les loi­sirs et les jeux de chiffres et de lettres (et notam­ment les tou­jours bien popu­laires mots croi­sés). Elle four­nit les infor­ma­tions pro­grammes TV à des médias et des sup­ports aussi variés que la presse quo­ti­dienne, les guides de pro­gramme des opé­ra­teurs IPTV, câble et satel­lite, et dif­fé­rents ser­vices des­ti­nés à des sites web, smart­phones et tablettes. Ces infor­ma­tions sont four­nies soit dans divers for­mats bruts de flux soit sous forme de pages éditées prêtes à être impri­mées ou encore de sites web en marque blanche.

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La société est le résul­tat de la fusion d’agences indé­pen­dantes spé­cia­li­sées créées bien avant l’arrivée de l’hyperchoix télé­vi­suel dans lequel nous bai­gnons aujourd’hui :

  • Ime­dia Presse, créée en 1987 près de Stras­bourg, pour trai­ter les grilles de pro­grammes des chaînes fron­ta­lières. C’est effec­ti­ve­ment dans ces régions que l’offre de télé­vi­sion était la plus abon­dante avant l’arrivée du satel­lite, du câble et de l’IPTV. Cathe­rine de Bous­sac était à l’origine de cette entité.
  • Plu­ri­me­dia Spec­tacles, créée en 1986 à Paris, et spé­cia­li­sée dans la pro­gram­ma­tion cultu­relle cou­vrant le cinéma, le théâtre et la musique et ali­men­tant la presse écrite, puis la presse en ligne.
  • Inter­monde, une ancienne filiale “Grilles, Actus TV et Jeux” de l’AFP et Pres­cott, une petite agence spé­cia­li­sée dans les pro­grammes TV.

Enfin, Plu­ri­mé­dia a inté­gré en octobre 2012 la pro­duc­tion numé­rique des cahiers pro­grammes TV des trois maga­sines TV du groupe Prisma Media : Télé-Loisirs, Télé 2 Semaines et TV Grandes Chaines. Non sans mal puisque cela avait généré une grève des sala­riés concer­nés chez Prisma. Cet out­sour­cing per­met­tait à Prisma de bais­ser ses charges à hau­teur de 1m€ dans un contexte écono­mique tendu pour la presse “pro­grammes TV”. Il illus­trait les écono­mies d’échelle qui sont réa­li­sées par une agence spé­cia­li­sée dotée des bons outils et pro­ces­sus pour ali­men­ter ces pro­grammes TV.

A ce jour, les équipes de Plu­ri­me­dia, qui tota­lisent près de 130 per­sonnes, sont répar­ties sur deux sites : à Stras­bourg se trouvent l’équipe gérant la base de don­nées des pro­grammes TV et à Leval­lois, celle de la base de don­nées images TV. Des équipes de PAO assurent la mise en page pour les acti­vi­tés d’édition papier et des équipes infor­ma­tiques sont répar­ties sur les deux sites. L’agenda cinéma et culture ainsi que l’éditorial « à façon » et les pages pro­grammes Prisma sont réa­li­sés à Levallois.

Le pro­cess de créa­tion des guides de programmes

La valeur ajou­tée d’un pres­ta­taire de pro­grammes TV tient pour beau­coup à l’absence de stan­dards des infor­ma­tions four­nies par les chaînes TV. Plu­ri­me­dia assemble ainsi des don­nées dis­pa­rates et les intègre dans ses bases de don­nées, les struc­ture, les enri­chit et les tient à jour. C’est un rôle d’agrégateur de conte­nus. Plu­ri­me­dia peut ensuite géné­rer les flux adap­tés aux for­mats cibles.

La clé d’une telle acti­vité est de dis­po­ser d’une base de don­nées docu­men­tant pro­pre­ment des conte­nus et des événe­ments. Elle doit conte­nir un maxi­mum de meta-données sur les pro­grammes, tant pour décrire les émis­sions, que pour pré­ci­ser toutes les infor­ma­tions de dif­fu­sion (chaîne, date, heure, langue, audience recom­man­dée selon la règle­men­ta­tion CSA, contenu SD ou HD, etc).

La base cen­tra­lise les don­nées issues des chaines TV et aussi celles qui sont pro­viennent des mai­sons de dis­tri­bu­tion pour les sor­ties cinéma. Les syner­gies sont évidentes : un film est ren­sei­gné dans la base de don­nées lors de sa sor­tie en salle, à des­ti­na­tion des agen­das cinéma et des besoins de Pari­scope ou du site de Pre­miere. L’information sera ensuite réuti­li­sée lors de la dif­fu­sion TV payante sur Canal+ puis sur les autres chaînes, puis pour les dif­fu­sions sur les ser­vices de vidéo à la demande, et enfin dans les redif­fu­sions à la TV. La base intègre égale­ment les cri­tiques des conte­nus pro­duites par cer­tains clients média de Plurimedia.

Plu­ri­mé­dia ali­mente même cer­taines chaînes TV en guides de pro­gramme enri­chis ! Les chaines four­nissent la grille ini­tiale, que Plu­ri­me­dia intègre, enri­chit et tient à jour. L’agence leur livre en retour un flux enri­chi adapté aux sup­ports numé­riques déve­lop­pés par les chaînes TV (sites Web et appli­ca­tions second écran telles que Pluzz pour France Télé­vi­sions ou les appli­ca­tions de CanalSat).

Le trai­te­ment ico­no­gra­phique des émis­sions TV est réa­lisé par une équipe d’une dizaine de per­sonnes. Elle gère un fond en per­pé­tuel renou­vè­le­ment de plus d’un mil­lion d’images. Ces images sont four­nies par les dis­tri­bu­teurs de films en salle ainsi que par les chaines de télé­vi­sion. Elles sont libres de droit dans le cadre de la pro­mo­tion des émis­sions. Les cré­dits pho­tos sont bien sûr inté­grés dans la base. Les pho­tos sont reçues dans dif­fé­rents for­mats, le plus sou­vent en JPEG. Elles doivent pou­voir être impri­mées au mini­mum sur un quart de page A4 et en 300 dpi. L’ingestion des pho­tos peut requé­rir un cali­brage de la couleur.

Les grilles TV sont livrées soient sous forme de flux, soit sous forme de pages fina­li­sées, prêtes à l’impression pour les titres de la presse écrite.

La mise en page des pages pro­grammes de nom­breux maga­zines TV comme Télé 7 Jours ou Télé­rama est réa­li­sée sous XPress ou sous Adobe InDe­sign, les deux stan­dards de facto du mar­ché. En gros, un logi­ciel mai­son extrait d’abord une sélec­tion du contenu de la base et la met en forme selon les besoins de chaque maquette. Le logi­ciel monte la page avec un flux pré-calibré en fonc­tion de règles liées à la publi­ca­tion. Le tra­vail de fini­tion qui est manuel consiste à faire ren­trer les conte­nus dans la maquette et de fina­li­ser le montage.

Mise en page

Les des­crip­tifs des pro­grammes TV four­nis par Plu­ri­me­dia sont qua­si­ment iden­tiques sur tous les sup­ports, puisqu’ils sont issus d’une même base. Les variantes se situent au niveau du choix de maquette et de mise en valeur des émis­sions, des illus­tra­tions, des com­men­taires et avis ajou­tés par les rédac­tions. Elles per­mettent aux titres de se dif­fé­ren­cier. Le choix édito­rial se mani­feste égale­ment dans la prio­rité accor­dée à telle ou telle chaine et sur les articles rédi­gés pour mettre en valeur telle ou telle actua­lité : une nou­velle série TV, un docu­men­taire ou une per­son­na­lité. Dans les faits, la dif­fé­ren­tia­tion se situe dans le contenu édito­rial qui est autour des pro­grammes. C’est ce qui fera la dif­fé­rence entre un Télé­rama plu­tôt intello et un Télé 7 Jours plu­tôt popu­laire, sans comp­ter le for­mat papier.

Tele Z

L’alimentation des sites web et des guides de pro­grammes des set-top-box d’opérateurs est réa­li­sée à par­tir de flux, stan­dards ou per­son­na­li­sés, selon les besoins. Le niveau de contenu des guides est là aussi variable : nombre et lon­gueur des résu­més, nombre d’acteurs indi­qués pour les films de cinéma, etc.

Le suivi des com­plé­ments et cor­rec­tifs des pro­grammes est réa­lisé par la rédac­tion de Plu­ri­me­dia jusqu’à la mise en ligne, et ce au fil de l’eau. S’ils ont par exemple vent des artistes qui vont pas­ser dans Tara­tata, des invi­tés d’un talk-show ou d’un chan­ge­ment de pro­gram­ma­tion spor­tive, elle va l’intégrer dans la base de don­nées. C’est après aux opé­ra­teurs de mettre à jour leurs guides. Les contraintes mul­tiples des déco­deurs font que ces mises à jour se font plus ou moins rapi­de­ment d’un opé­ra­teur à l’autre. Cela méri­te­rait d’ailleurs un petit bench­mark, mais qui a les moyens de faire cela et qui cela va-t-il vrai­ment inté­res­ser ? Via le satel­lite, les guides sont peu fré­quem­ment mis à jour car leurs don­nées sont trans­mises en rota­tion dans des car­rou­sels d’information assez longs. Dans l’IPTV et le câble, la mise à jour est en théo­rie être plus rapide, via Inter­net. Dans les faits, elle ne l’est pas encore. Tout cela est bien dom­mage mais cela pour­rait chan­ger rapi­de­ment. Avec un cou­plage des guides de pro­grammes mis à jour fré­quem­ment et d’outils de recom­man­da­tion, éven­tuel­le­ment reliés à des réseaux sociaux. Ce, d’autant plus que les chaines TV ont inté­rêt à pous­ser ce genre de ser­vices pour pour gui­der les télé­spec­ta­teurs vers les conte­nus dif­fu­sés en direct.

A noter que pour le print comme pour le web, l’équipe infor­ma­tique de Plu­ri­me­dia admi­nistre l’ensemble de ses outils tech­niques et assure ses propres déve­lop­pe­ments logi­ciels. Ceci com­prend le déve­lop­pe­ment de flux spé­ci­fiques avec comme variantes : la fré­quence des mises à jour, la pro­fon­deur du flux, la prise en compte du déca­lage horaire, etc.

Les clients

Plu­ri­me­dia ali­mente plus de 100 titres de presse et médias. Son acti­vité est essen­tiel­le­ment réa­li­sée en France ainsi que sur les zones fran­co­phones belges et suisses. Elle doit faire face à une trans­for­ma­tion du mar­ché déli­cate à gérer : d’un côté, la presse TV voit sa dif­fu­sion se tas­ser et de l’autre, le trai­te­ment exclu­si­ve­ment en langue fran­çaise rend dif­fi­cile le déve­lop­pe­ment de la société hors de la francophonie.

L’Agence four­nit tous les opé­ra­teurs (les quatre tel­cos, Free com­pris), Nume­ri­cable ainsi que Canal+/CanalSat. Mais pas les construc­teurs de TV connec­tée. Cet article est-il  hors sujet pour autant ? Non, car dans cette série, la notion de TV connec­tée est prise au sens large du terme : l’expérience télé­vi­suelle connec­tée, sur tous les écrans. Les box et les appli­ca­tions seconds écrans en font donc partie.

Pluzz et CanalSat EPG

Côté presse, Plu­ri­me­dia four­nit les jour­naux TV du groupe Prisma Media, Le Monde, Télé­rama (qui fait par­tie du groupe le Monde), Télé 7 Jours et le site Pre­miere (du groupe Lagar­dère, ci-dessous), TV Maga­zine, les sup­plé­ments TV de la presse quo­ti­dienne régio­nale, Télé Z (Edi­tions Presse Maga­zine), Télé­Câble Sat hebdo et Le Nou­vel Obser­va­teur.

L’essentiel du chiffre d’affaires est réa­lisé en dehors du groupe Lagar­dère. La société béné­fi­cie d’ailleurs d’une grande indé­pen­dance de ce fait au sein du groupe. Elle est rat­ta­chée au pôle Presse de Lagar­dère Active. Cathe­rine Dutoya en est la direc­trice délé­guée depuis 2009. Elle était aupa­ra­vant Direc­trice Géné­rale de Plu­ri­me­dia Spectacles.

Telerama TeleCableSat EPG

La société a par ailleurs une volonté forte de par­te­na­riat avec les star­tups de la TV connec­tée même si elle s’interroge comme tous sur leur deve­nir dans un pay­sage qui est dif­fi­cile. Elle est en contact avec notam­ment Mesa­graph, Spi­déo et Cognik. D’autres pour­raient suivre. Avis aux ama­teurs ! Parmi les pro­jets à venir qui pour­raient les inté­res­ser : la mise en place d’une API sur la base de don­nées Pro­grammes TV et l’enrichissement de meta-données pour faci­li­ter la recommandation.

Concur­rence

Plu­ri­me­dia fait un métier dit de « niche » avec peu d’acteurs et un nombre limité de clients potentiels.

Son concur­rent sur le mar­ché fran­çais est TVbase, qui a égale­ment des clients dans la presse écrite tels que Télé Poche et Télé Star (groupe Mon­ta­dori) et dans l’édition numé­rique. Leur base de don­nées a l’air bien four­nie et égale­ment riche en images. Elle intègre 20 000 bandes annonces des films et de pro­grammes TV.

Les autres concur­rents sont situés en Europe et n’ont pas une grande pré­sence en France. Il y a par exemple TMS (Tri­bune Media Ser­vices) et qui achète d’ailleurs des don­nées à Plu­ri­me­dia pour les chaines francophones.

Il y a ensuite Rovi qui dis­pose d’une antenne de base de don­nées de pro­grammes TV au Luxem­bourg. La société est connue pour ses logi­ciels et ses bre­vets sur les guides de pro­gramme qui embêtent tout le monde dans l’industrie.

Il faut aussi comp­ter avec Red Bee au Royaume Uni, qui dis­pose de beau­coup de moyens et est bien implanté en Europe. La société four­nit le guide de pro­gramme de Micro­soft Win­dows Media Cen­ter (assez peu uti­lisé en France).

Enfin, le danois Pre­view Net­work a un posi­tion­ne­ment dif­fé­rent : la syn­di­ca­tion de conte­nus vidéo entre pro­duc­teurs et médias. Il dif­fuse notam­ment des bandes annonces de films, une acti­vité qui n’est pas dans le por­te­feuille de Plurimedia.

Est-ce que ce mar­ché pour­rait se conso­li­der à l’échelle euro­péenne ? Ce n’est pas évident à pré­dire. Il y a certes quelques écono­mies d’échelle à réa­li­ser du point de vue des moyens tech­nique. Elle pour­rait concer­ner égale­ment l’iconographie des conte­nus trans­na­tio­naux, sur­tout ceux qui pro­viennent d’Hollywood. Mais il reste beau­coup de tra­vail édito­rial manuel réa­lisé au niveau de chaque pays et de chaque média client.

Conclu­sion

Les don­nées brutes four­nies par Plu­ri­me­dia aux sup­ports numé­riques ne demandent main­te­nant qu’à être enri­chies. Soit par Plu­ri­mé­dia lui-même, soit par ses clients. C’est notam­ment le cas de tout ce qui relève de l’UGC (user gene­ra­ted content) : des cri­tiques de films, des ratings et autres “like” dans les réseaux sociaux, des don­nées sur la popu­la­rité et la consom­ma­tion (qui sont notam­ment dis­po­nibles chez les opé­ra­teurs de TV de rat­tra­page et de vidéo à la demande). Le tout pou­vant soit enri­chir les guides de pro­gramme, soit ali­men­ter des sys­tèmes de recommandation.

Ceci res­sort d’une autre forme d’innovation qui nous laisse tou­jours un peu sur notre faim et qui concerne les logi­ciels de guide de pro­grammes, que ce soit ceux de nos set-top-box, des TV connec­tées ou des appli­ca­tions “seconds écrans”. C’est un sujet que nous aurons l’occasion d’aborder avec d’autres socié­tés et notam­ment diverses star­tups du secteur.

Voilà pour Plurimedia !

Cette série sur les fran­çais de la TV connec­tée n’en est qu’à ses débuts. Cet article est le dixième de cette série. Les socié­tés pré­cé­dem­ment cou­vertes sont Josh­fire, TVT­weet, Wiz­Tivi, httv, Mesa­graph, TDF, Hubee, iFeelS­mart et Ané­via. Cette course de fond n’en est qu’au début puisqu’il nous reste au moins 70 autres socié­tés à décor­ti­quer. Une liste plus ou moins com­plète du pano­rama en cours se trouve dans le schéma de l’article de départ de cette série. Donc, patience !

Publié le 15 novembre 2012 et mis à jour le 20 novembre 2012 Post de | Digital media, Haut débit, TV et vidéo | 9980 lectures

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