Une révolution dans les bases de données ?

Publié le 15 mars 2008 et mis à jour le 16 mars 2008 - 3 commentaires -
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Dans la lignée de Dream­Slide que j’ai pré­senté la semaine der­nière, je vais ici cou­vrir une autre star­tup qui pour­rait avoir un sérieux impact sur son mar­ché poten­tiel. Cette fois-ci, on est dans l’informatique pure et dure. Il s’agit de la société Ekoz.

Ekoz

Que propose-t-ils ? Tout bon­ne­ment une tech­no­lo­gie qui per­met d’accélérer de plu­sieurs ordres de gran­deur (10 à 1000 voire au delà) le temps de cal­cul pour de nom­breuses appli­ca­tions com­plexes repo­sant une grande com­bi­na­toire, comme l’interrogation de grosses bases de don­nées avec des requêtes com­por­tant des join­tures entre de nom­breuses tables de grande taille.

Le pro­cédé

Le pro­cédé d’Ekoz s’appuie sur un algo­rithme créé par Ouzi Kos­kas, dont nous repar­le­rons plus loin.

Il est par­tiel­le­ment bre­veté en Europe (à l’OEB) et aux USA (à l’USPTO, bre­vet 7246124 validé en 2005). Sous l’appellation obs­cure : “Methods of enco­ding and com­bi­ning inte­ger lists in a com­pu­ter sys­tem, and com­pu­ter soft­ware pro­duct for imple­men­ting such methods”. Je n’ai pas pu en com­prendre tous les res­sorts. Son créa­teur m’a expli­qué qu’il per­met­tait de navi­guer dans des bases beau­coup plus rapi­de­ment qu’avec les méthodes tra­di­tion­nelles et de de trai­ter linéai­re­ment en la sommes des tailles des tables requê­tées tous les opé­ra­teurs de l’algèbre relationnelle.

Le bre­vet a été déposé avec l’aide du cabi­net de pro­priété intel­lec­tuelle Plas­se­raud. Mais avec quelques aven­tures un peu rocam­bo­lesques aux USA (rachats du bre­vet entre diverses socié­tés, la der­nière en date étant le groupe Labi­nal, qui l’a rétro­cédé à Ekoz).

Sa mise en oeuvre

Jusqu’à pré­sent, le pro­cédé a été mis en oeuvre dans des solu­tions logi­cielles créées sur mesure pour des banques et de grands indus­triels. Sur une base de don­nées conte­nant des don­nées de pro­duc­tion indus­trielle de près d’un mil­liard de lignes et de 440 Go, le temps de trai­te­ment des requêtes de data­mi­ning aurait été réduit d’un fac­teur 100000 par rap­port à des bases de don­nées clas­siques. En effet, le dif­fé­ren­tiel de per­for­mance aug­mente pro­por­tion­nel­le­ment avec le volume de don­nées trai­tées, le temps de trai­te­ment étant linéaire dans le cas d’Ekoz et expo­nen­tiel avec les bases traditionnelles.

Le pro­jet à court terme consiste à inté­grer le pro­cédé dans un moteur de base de don­nées qui pourra être inter­rogé via ODBC. Ils déve­lop­pe­ront le noyau (cal­cu­la­teur, couches basses) en interne avec une petite équipe. Puis ils s’attaqueront aux déve­lop­pe­ments annexes (la fina­li­sa­tion du par­ser de lan­gage SQL, les dri­vers ODBC et JDBC, les couches hautes), par le biais d’une sous-traitance. Une pre­mière ver­sion du moteur devrait abou­tir d’ici la mi 2008, qui sera sui­vie d’une exten­sion de la cou­ver­ture du lan­gage SQL - limi­tée au départ, notam­ment pour la ges­tion des INSERT/UPDATE/DELETE. Une fois le moteur réa­lisé, ils s’attaqueront en 2009 à l’interface gra­phique et d’administration.

Mais la fonc­tion pre­mière sera l’interrogation de grosses bases de don­nées, pas le tran­sac­tion­nel clas­sique. La tech­no­lo­gie Ekoz est donc faite pour fonc­tion­ner sur un répli­cat d’une base de production.

Les domaines d’applications prin­ci­paux du moteur d’Ekoz sont le data-mining et la busi­ness intel­li­gence, les moteurs de recherche, la ges­tion de graphes (opti­mi­sa­tions de par­cours, ges­tion de pro­jets, etc), le rou­tage et la géné­tique (déco­dage de génomes). Et plus géné­ri­que­ment, tout cal­cul deman­dant de gérer une grande com­bi­na­toire. Cela peut tou­cher de nom­breux sec­teurs d’activité dans la finance et l’industrie.

L’équipe

Ekoz est consti­tuée avec :

  • Richard Salabi, le CEO, ancien­ne­ment  patron de BRIME, une grosse société de ser­vices en R&D exter­na­li­sée (2500 per­sonnes) qui a fusionné avec ASYSTEM en 2005 et qu’il a quit­tée depuis.
  • Hervé Kabla, le CTO, un X qui a passé 15 ans chez Das­sault Sys­tèmes où il a tra­vaillé dans la R&D de CATIA. Hervé anime un blog qui traite de plein de sujets divers, et où il décrit Ekoz.
  • Ouzi Kos­kas, le mathé­ma­ti­cien à l’origine du pro­cédé. Avec un par­cours plu­tôt ori­gi­nal : une pre­mière thèse réa­li­sée mais pas sou­te­nue dans les années 1980, puis une seconde thèse en infor­ma­tique de ges­tion sou­te­nue en 1986 (avec men­tion très bien…). Jusqu’à pré­sent, Ouzi Kos­kas avait une acti­vité ali­men­taire de simple pro­fes­seur d’informatique à l’Université de Cergy Pon­toise et aussi de consul­tant, un pro­to­type réa­lisé pour la RATP en 1993 mais sans suite.

Ekoz Team

Les inves­tis­seurs d’Ekoz, dont Richard Salabi, on déjà mis sur la table 4m€ dans la société depuis 2006. Essen­tiel­le­ment pour dépo­ser et vali­der les bre­vets du pro­cédé et finan­cer les pro­jets pilotes de vali­da­tion. Ils ont main­te­nant besoin de trou­ver d’autres sources de finan­ce­ment pour véri­ta­ble­ment lan­cer la société.

Ekoz se concen­trera en 2008 et 2009 sur le mar­ché de la Busi­ness intel­li­gence. Ils cible­ront en pre­mier la France, les Etats-Unis, l’Angleterre et Israël. Ils attendent les résul­tats de leur leurs tests en gran­deur nature chez des clients en France pour fina­li­ser leur busi­ness plan.

Qu’en pen­ser ?

Ekoz est une boite très intri­gante. La société est assez dis­crète et sa revue de presse est réduite à un article paru en décembre 2007 dans La Tri­bune. L’algorithme n’est pas facile à com­prendre et il n’a pas reçu de vali­da­tion scien­ti­fique hormi le dépôt de bre­vets. Ce qui incite natu­rel­le­ment à la pru­dence voire à de la méfiance. Cer­tains y ver­raient même une arnaque poten­tielle. Le “ça ne mar­chera jamais” est une réac­tion clas­sique à ce genre de pro­po­si­tion. Les inven­teurs iso­lés sont sou­vent mar­gi­na­li­sés par l’establishment scien­ti­fique et tech­nique. Autant les far­fe­lus qui inventent des machines à mou­ve­ment per­pé­tuel que ceux qui créent de véri­tables avan­cées de rup­ture tout à fait valables.

Je ne penche pas pour ces hypo­thèses, mais plu­tôt sur la dif­fi­culté d’avancer de l’équipe qui n’est à temps com­plet sur le pro­jet que depuis quelques temps. Et sur un manque de com­pé­tences en mar­ke­ting, clas­sique pour les inven­teurs de ce bas monde. Mais ils ont au moins com­pris le besoin de pas­ser d’une approche “proto-sur mesure” vers une approche pro­duit géné­rique, pour tou­cher un mar­ché de volume.

Il est aussi pos­sible que le pro­cédé ne fonc­tionne que dans un nombre trop limité de cas. Ce que seule la créa­tion de leur base de don­nées per­met­tra de véri­fier avec un grand nombre de jeux de don­nées de tests. Il faut donc attendre quelques mois encore pour en avoir le coeur net.

Sup­po­sons un moment que les tests de ce pro­cédé soient pro­bants dans de très nom­breux cas lorsqu’il sera mis en oeuvre dans leur base de don­nées mai­son. Ce serait une véri­table révo­lu­tion notam­ment pour la réso­lu­tion de pro­blèmes scien­ti­fiques com­plexes (on l’a vu, comme dans la géné­tique) et de pro­blèmes opé­ra­tion­nels dans de nom­breux sec­teurs. Cela ne génè­re­rait pas for­cé­ment un mar­ché de grand volume car la majo­rité des bases de don­nées font du tran­sac­tion­nel sur des appli­ca­tions de ges­tion. Mais la créa­tion de valeur serait énorme. Res­te­rait alors à faire réus­sir Ekoz sur le mar­ché : com­ment vendre la tech­no­lo­gie (OEM ou en direct) et par qui (SSII, ISV, éditeurs de SGBD) ?

En tout cas, il serait bon que quelques grandes entre­prises fran­çaises testent la tech­no­lo­gie d’Ekoz. Ce qui lui per­met­trait d’obtenir rapi­de­ment une réfé­rence communicable.

Quand aux Oracle, Micro­soft et autres éditeurs de moteurs de bases de don­nées, il serait bon qu’ils regardent la tech­no­lo­gie de près.


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Publié le 15 mars 2008 Post de Olivier Ezratty | Logiciels, Startups | 3 commentaires

Les 3 commentaires sur “Une révolution dans les bases de données ?” :

  • Bon­jour,

    A la lec­ture de ce post très inté­res­sant, et si j’exclu Tera­Data qui est une solu­tion pro­prié­taire, je pense que c’est Sybase IQ qui est réel­le­ment concur­rencé. Il est actuel­le­ment seul sur ce cré­neau de per­for­mance en lec­ture de grosse base de données.

    Boo­gie­man.

  • Il semble que Ekoz ait dis­paru de la cir­cu­la­tion.
    Ils ont aban­donné le nom de domaine ekoz-technology.com, et plus trace d’eux sur le web.
    Des nouvelles ?

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 18 juin 2009 :

    Il sem­ble­rait que la cohé­sion de l’équipe n’ait pas tenu.

    Les hommes, tou­jours les hommes…




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