La crise financière et les startups

Publié le 22 novembre 2008 et mis à jour le 14 décembre 2008 - 4 commentaires -
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J’ai eu l’occasion d’animer cette semaine un débat intéressant sur le web 2.0 et la Silicon Valley, le “SF Valley”. Il s’agissait d’une visioconférence avec d’un côté environ 200 personnes dans l’amphithéâtre des Jardins de l’Innovation de France Télécom à Issy les Moulineaux, et de l’autre, une demi douzaine d’entrepreneurs sis dans l’Orange Lab de San Francisco, animés par Oséo Capital PME

  • Enfin, il y a l’appel aux dons, une méthode originale quoiqu’un peu déplacée. Elle est utilisée par exemple par TechCrunch Layoff Tracker

    Mais où vont tous ces chômeurs dans la mesure où les grandes boites de la high-tech gèlent aussi plus ou moins leurs recrutements ? On pouvait apprendre dans le débat SF Valley que l’écosystème de la Silicon Valley bénéficie d’une grosse variable d’ajustement : les nombreux étrangers qui travaillent dans la SV avec un visa de travail H1B1. Plus de boulot, plus de visa, et ils doivent retourner dans leur pays. Ou devenir clandestins. Un ajustement qui fonctionne peut-être dans la Silicon Valley mais ne sera pas opérant à Détroit avec les difficultés de General Motors.

    La grande flexibilité du travail aux USA créé cette fluidité qui simplifie la vie des entreprises lorsqu’il faut s’adapter et dégraisser. Les intervenants de SF Valley indiquaient que cela permettait de trouver des talents de qualité alors que c’était très difficile. Mais qui peut encore embaucher ? Peut-être quelques rares startups profitables ou les grandes entreprises qui ne licencient pas et gèrent leur turn-over.

    Les modèles économiques

    Quel est l’impact de la crise sur les modèles économiques des startups ?

    Les modèles purement publicitaires (au CPM ou CPC) seront très affectés car ils ne permettent pas d’être rentables à moins d’avoir un trafic énorme, et encore. Daniel Laury de LSF Interactive confirmait cette tendance : les modèles attendus par les clients sont de plus en plus basés sur la performance : le CPA/CPL (coût à l’action, au lead). Ils déplacent le risque des annonceurs vers les sites et les régies publicitaires et rendent prédictibles les investissements publicitaires : un $ de pub génère x $ de revenu incrémental. Encore faut-il que la construction du site soit adaptée à ce besoin.

    Le modèle « on créé de l’audience et on verra plus tard pour le modèle de revenu » va à mon sens battre de l’aile. C’en est presque devenu un mythe lié au cas de Google qui fait rêver. Mais Google est un cas particulier qui n’est pas facilement réplicable. Google a créé le modèle de revenu structurellement le meilleur du web : le search (qui permet de la publicité très contextuelle) et le volume (un outil pour tous utilisé tout le temps). La plupart des sites web 2.0 ne créent pas cette combinaison de contextualité et de volume. Seuls quelques réseaux sociaux gagnent leur vie car ils ont une forte part de contenu dans leur mix (MySpace, Skyblog). Une startup qui prévoit de se financer par la publicité devra avoir une stratégie très affinée de monétisation et la faire correspondre aux méthodes du marché (régies pubs, comportement des annonceurs, modes de segmentation dans les pratiques marketing des boites btob). Le business plan de la startup qui indique “financement par la pub” sans autre précision risque d’être poubellisé rapidement ! Même dans les instances de financement issues du secteur public.

    Les modèles de commerce électronique sont plus sains mais peuvent aussi être affectés par la baisse de la consommation des ménages et des entreprises. Les modèles qui fonctionneront le mieux devront être en phase avec l’évolution des modes de consommation : prix plus bas, etc.

    Seront donc (encore plus) favorisée par les investisseurs les entreprises qui :

    • Proposent une « business value » claire et percutante, permettant par exemple aux entreprises de réaliser des économies substantielles. Avec un chiffrage précis de l’équation économique et sa relation avec le temps.
    • Dont les modèles génèrent du revenu au gré de l’augmentation du volume, et pas après par effet de seuil. Par exemple dans la mobilité si le revenu peut être partagé avec les telcos.
    • Qui ont déjà un produit et des clients et une évolution déjà bien lancée de leur CA.
    • Ont éventuellement un bon portefeuille de propriété intellectuelle (potentiel ou existant) et monétisable assez rapidement.

    C’est en tout cas la fin du financement des me-toos comme les innombrables réseaux sociaux voire de social shopping. Une fin qui avait déjà démarré avant septembre. La crise n’annonce pas la fin des grands principes du web 2.0 et notamment de l’UGC (User Generated Content). Mais ceux qui vont en profiter seront les plus gros acteurs, ou bien les activités « non-profit » (blogs, associations, ONG, éduc, etc).

    Chose surprenante, la crise n’empêche aucunement les entrepreneurs de manifester une créativité débridée. J’ai récemment découvert un blog US, KillerStartups

    Plus de la moitié des startups survivent après quatre ans d’existence dans la Silicon Valley. Au vu de ce catalogue, c’est franchement surprenant !

    Les marchés

    La crise impacte les clients des startups et de différentes manières :

    • Les cycles de vente s’allongent. La prise de risques s’amenuise. Les startups vont en souffrir et particulièrement en France qui ne brille pas par la culture du risque.
    • Les budgets marketing sont souvent des variables d’ajustement. Depuis le début de 2008, les budgets publicitaire online étaient les seuls à augmenter alors que le offline baissait partout. Mais sur la fin 2008, il semblerait que même les budgets online soient en diminution aux USA. Et donc ailleurs.
    • Des sponsors se désengagent d’opérations. Un diner-débat d’une association professionnelle auquel je devais participer en octobre a été annulé pour cette raison !
    • Les cadres des grandes entreprises sont encore plus prudents, protègent leur place, et le stress au travail augmente en conséquence.
    • Le poids de l’état est tel que la commande publique pourrait avoir un rôle clé chez certaines startups, notamment dans les organisations telles que la Mairie de Paris qui souhaitent promouvoir l’innovation.

    Quelques business sont porteurs dans cette phase de récession : la vente de coffres forts, les matières premières (quoique sujettes à de fortes variations comme le pétrole), la grande distribution (Wallmart est l’une des rares valorisations boursières à avoir augmenté depuis le début de l’année, cf ci-dessous, le MarketMap

    La crise a au moins du bon dans un domaine : la récession réduit semble-t-il la consommation d’énergie. Avec le recul,  la course à la croissance est dangereuse pour la survie de l’humanité à moyen terme du fait de l’épuisement des ressources de la planète et de son impact environnemental. Trouver le moyen de gérer une “décroissance positive” serait un beau projet pour la survie de l’humanité…. mais on s’éloigne.

    Quelques conseils

    Le tableau est bien sombre, et malgré tout, les créateurs d’entreprises n’ont jamais été aussi nombreux. C’est rassurant car cela montre l’énergie qui subsiste, notamment chez les jeunes. Alors, voici à leur intention quelques conseils basiques :

    • Constituez une équipe très solide (interne, board, advisory board, …).
    • Créez un service ou produit avec des facteurs différentiateurs clairs et forts par rapport à la concurrence ou aux solutions établies. Evitez la solution “nice to have”. Votre présentation doit générer chez le client le sentiment pressant du “je le veux tout de suite” !
    • Travaillez finement la monétisation de votre offre. Ne la repoussez par au jour où vous ferez de l’audience. Soyez à la fois précis et souples dans votre modèle de monétisation.
    • Trouvez des sources de financement diverses non dilutives pour créer le produit et attirer les premiers clients / consommateurs. Puis faites appel à des business angels en profitant de l’effet Loi TEPA qui, on l’espère, ne va pas entièrement disparaître du fait de la crise. Ne faites pas trop de plans sur la comète sur une levée de 3m€ dans 12 mois. Vos chances, certes non nulles, sont très faibles d’y parvenir (moins de 200 projets par an en France en tout et pour tout).
    • Faites de la qualité : présentations, supports, produit/service, relations, fiabilité. Il y a encore trop de médiocrité, et la qualité, cela se remarque !

    Et si vous en avez la possibilité, venez à la conférence Leweb pour vous remonter le moral avec son thème “Love”. Quitte, vu le prix, à être invité par l’un des sponsors, ou à y assister à distance par l’un des webcasts qui ne manqueront pas de la relayer !

    PS du 14 décembre 2008 : le transcript de la conférence SF Valley est maintenant disponible.

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    Publié le 22 novembre 2008 et mis à jour le 14 décembre 2008 Post de | Economie, Entrepreneuriat, France, Internet, Logiciels libres, Silicon Valley, Startups, Technologie, USA | 18156 lectures

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Les 4 commentaires et tweets sur “La crise financière et les startups” :

  • [1] - Maud9131 a écrit le 24 novembre 2008 :

    Deux tres bons articles sur l’impact de la crise sur la création des star-ups par

    -Forbes
    http://www.forbes.com/global/2008/1110/030.html

    -et le fondateur de Y Combinator Paul Graham
    http://www.paulgraham.com/badeconomy.html

    Que je reprends sur
    http://www.smartpressreview.com/?p=136

    Pour tracker les nouvelles, start-ups, plus que Killer Startup c’est YouNoodle qui fait du bruit dans la vallée!

    Maud

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 24 novembre 2008 :

    Merci Maud.

    La couverture média/blogs sur le sujet est en effet assez prolixe aux USA depuis au moins 3 mois ! Un signe que le sujet est pris sérieusement, et que la Silicon Valley sait s’adapter rapidement à la nouvelle donne.

    A noter également ce compte rendu de la conférence du G9+ par Olivier Rafal, du Monde Informatique.

  • [3] - Jean-Denis a écrit le 9 décembre 2008 :

    Olivier, encore merci pour ce travail de synthèse.

    Concernant les conseils de crise et le financement, j’ajouterai : prenez un leveur de fonds. Je sais , je sais! Le fait que je sois de la partie, devrait me rendre peu crédible. Mais quand les temps sont durs, le process est encore plus ardu, et être accompagné d’un professionnel est un réel avantage.

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 9 décembre 2008 :

    Prendre un leveur est un excellent conseil, et il n’est pas vraiment lié à la crise actuelle. Il était 150% valable avant !




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Les photos et les bios de ces femmes du numérique sont présentés au complet sur le site QFDN ! Vous pouvez aussi visualiser les derniers portraits publiés sur mon propre site photo. Et ci-dessous, les 16 derniers par date de prise de vue, les vignettes étant cliquables.
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