Voici une reprise de mon inter­ven­tion d’hier dans un forum de la revue Chal­lenges. His­toire de remettre cela dans un fran­çais un peu plus cor­rect, d’ajouter quelques com­plé­ments et quelques illustrations !

Challenges

Le thème était “Micro­soft après Bill Gates”. Et les ques­tions por­taient sur plein de sujets. Et Google, et Yahoo, et Ball­mer, et Vista, etc. Alors, voici que voilà. Les pho­tos et les textes en ita­liques sont des ajouts.

Com­ment sou­te­nir Bill Gates dans sa mis­sion caritative ?

Il faut consul­ter le site web de sa fon­da­tion et leur faire des pro­po­si­tions. La ques­tion la plus fré­quente, c’est com­ment obte­nir des finan­ce­ments de leur part pour une action clé. Je n’en sais pas beau­coup plus à vrai dire.

En amont, la fon­da­tion finance des tra­vaux de recherche sur cer­taines mala­dies comme les mala­dies tro­pi­cales (Mala­ria). En aval, elle finance des cam­pagnes de vac­cin. C’est pro­ba­ble­ment là qu’il y a des choses à faire.

Où en sont les pro­cès de Micro­soft contre l’UE, sont-ils sor­tis d’affaires?

En fait, la pro­cé­dure ini­tiée dans les années 1990 s’est ter­mi­née il y pas long­temps avec des amendes pour Micro­soft et une nou­velle règle de fonc­tion­ne­ment sur l’interopérabilité des logi­ciels Micro­soft, que ce soit au niveau Win­dows Ser­ver ou Win­dows Media Player.

Main­te­nant, il y a cer­tains concur­rents de Micro­soft qui ont relancé la machine et la Com­mis­sion Euro­péenne (direc­tion de la concur­rence) qui ont l’éditeur à l’oeil sur les évolu­tions de Vista comme ce qui se passe autour d’Office.

Petit point de séman­tique: contrai­re­ment aux USA, il ne s’agissait pas vrai­ment d’un pro­cès au sens clas­sique du terme. Mais d’une enquête de la Com­mis­sion sui­vie d’une déci­sion, que Micro­soft a ensuite contes­tée à la Cour Euro­péenne de Jus­tice, et Micro­soft a perdu cet appel. La pro­cé­dure n’était pas publique contrai­re­ment à la pro­cé­dure amé­ri­caine où c’est le Dépar­te­ment de la Jus­tice Amé­ri­cain (en charge de la concur­rence) qui atta­quait Micro­soft devant un tri­bu­nal (pre­mière ins­tance, de Washing­ton DC).

Quel sont les chances à long terme de Micro­soft face à Google ?

A long terme, pas facile de dire. La ques­tion est aussi : rat­tra­per sur quoi ? Sur les moteurs de recherche ? Sur le chiffre d’affaire Internet ?

La posi­tion actuelle est la sui­vante : chiffre d’affaire de Micro­soft sur Inter­net d’environ 3 mil­liards de $, et Google fait plus de 20 mil­liards. Donc, gros rat­tra­page en pers­pec­tive d’un point de vue stric­te­ment mathé­ma­tique ! Sachant que Micro­soft croit actuel­le­ment à un rythme d’environ 35% (un peu au des­sus du mar­ché) et Google de 50%.

Ce qui est inté­res­sant, c’est que Micro­soft et Google ont à peu près autant d’Internautes “clients” (plus de 500 mil­lions pour le pre­mier et 700 pour le second). Mais le revenu par uti­li­sa­teur généré par Micro­soft est de moins du cin­quième de celui que Google génère. La magie du search qui per­met de faire de la publi­cité contex­tuelle opère en faveur de Google. Micro­soft qui est plu­tôt bon des les outils de com­mu­ni­ca­tion (Hot­mail, Mes­sen­ger) moné­tise plus dif­fi­ci­le­ment ces ser­vices par de la publicité.

Pour rat­tra­per Google, soit Micro­soft arrive à créer une véri­table rup­ture dans le ser­vice du search (par exemple, dans la recherche séman­tique) et là, peut-être pourra-t-il gagner des parts de mar­ché. Ou bien il trouve un contour­ne­ment, par exemple autour de la mobi­lité ou des réseaux sociaux. En étant très créa­tif et disruptif.

Pour l’instant, aucune de ces deux pistes ne fonc­tionne. Leurs énormes inves­tis­se­ments en R&D sur le search ne sont pas encore payants. Leurs acqui­si­tions récentes autour du search non plus car elles seront longues à digérer.

Sur les réseaux sociaux, l’investissement dans Face­book de l’automne der­nier est loin de consti­tuer une avan­cée pour Micro­soft. Il a juste enri­chi le por­te­feuille publi­ci­taire de Microsoft.

Steve Ball­mer est il un bon patron ?

Ca dépend de la dimen­sion prise en consi­dé­ra­tion. Pour moi, glo­ba­le­ment, oui.

Ses points forts :

  • Très dyna­mique et éner­gi­sant pour ses équipes
  • Excellent contact avec les clients. Il a une forte empathie.
  • Meneur d’hommes. Proche des gens. A un niveau assez incroyable pour un patron d’une boite de cette taille.
  • Très bonne mémoire, vision glo­bale des choses.
  • Bonne écoute, contrai­re­ment aux apparences.

Voici un cadeau Bonux pour illus­trer cela : une photo de Steve Ball­mer entouré de col­la­bo­ra­teurs de Micro­soft France prise fin juillet 1998 à New Orleans. C’était un coup monté dans l’euphorie de la vic­toire de la France à la coupe du monde. Je tenais l’appareil photo (un Olym­pus de 1,3 mpixels qui met­tait 3 secondes à déclen­cher la photo). Et comme l’appareil était très lent, je deman­dais à Thierry qui tient la tête de Ball­mer, de la tenir plus long­temps. La majo­rité des gens sur la photo tra­vaillent encore chez Micro­soft aujourd’hui.

Ballmerenbarthez

Ses points faibles que j’ai en tête:

  • Pas très tech­no­logue, en tout cas beau­coup moins que Bill Gates, mais en fait, autant si ce n’est plus que plein de patrons de grandes boites du sec­teur des technologies.
  • Par­fois… trop gen­til ! Oui, il a du mal à se débar­ras­ser des gens qui bossent pour lui et ne sont pas bons.
  • Par­fois mal­adroit, notam­ment dans ses prises de parole publiques (le “can­cer” asso­cié au logi­ciel libre, alors qu’il pen­sait en fait à la licence GPL…).
  • La fai­blesse de sa force de lea­der­ship : elle inti­mide trop cer­taines des per­sonnes qui tra­vaillent pour lui.

J’ai eu l’occasion à plu­sieurs reprises de lui pré­sen­ter des plans, de dis­cu­ter avec lui, comme avec Bill Gates. Et au bilan, j’ai beau­coup plus appré­cié Ball­mer. Gates est assez froid dans son approche, et pas facile à abor­der. Alors que Ball­mer donne l’impression (certes, peut-être fac­tice) qu’on est presque “pote”.

Com­ment vit-on la baisse de la bourse et du cours de Micro­soft en interne ?

Ca a moins d’impact qu’il y a dix ans ou après la chute des valeurs tech­no­lo­giques de 2000/2001 car il n’y a plus de stock options attri­buées chez Micro­soft depuis 2003. Les col­la­bo­ra­teurs béné­fi­cient main­te­nant de plans d’attribution d’actions, avec un effet de levier finan­cier et un impact beau­coup plus faible qu’avec les stock options, sur­tout pour ceux qui ne sont pas haut dans la hié­rar­chie. Leur fis­ca­lité est aussi très élevée (charges sociales et IR).

Aujourd’hui, la rému­né­ra­tion chez Micro­soft a ten­dance à se rap­pro­cher de celle de beau­coup d’entreprises clas­siques du sec­teur. Même si ils ne sont pas à plaindre (en France) avec notam­ment une belle par­ti­ci­pa­tion aux béné­fices de l’entreprise. Les com­mer­ciaux font plus atten­tion à leur bonus lié à leurs ventes qu’au cours de l’action. Les autres, ont un bonus avec une échelle fai­ble­ment variable.

Petite excep­tion: ceux qui ont plus de 5 ans d’ancienneté et avaient eu des stock-options avant 2002. Mais il y en a de moins en moins, et ces stock-options sont je crois plus ou moins “under­wa­ter” (attri­buées à un cours supé­rieur au cours actuel).

Je pense qu’en interne dans ce genre de boite, on vit plus dif­fi­ci­le­ment les moments où la société est la cible de fortes cri­tiques dans les médias et où ces cri­tiques ne sont pas for­cé­ment jus­ti­fiées. C’est ce qui arrive aussi aux employés d’entreprises comme Total, la Société Géné­rale et autres entre­prises très expo­sées média­ti­que­ment. On oublie par­fois que leur expo­si­tion génère un sérieux impact sur le moral de dizaines de mil­liers de col­la­bo­ra­teurs en France, quand ce n’est pas du stress…

Est-ce que Micro­soft France embauche?

Oui, cer­tai­ne­ment, bien plus de 100 per­sonnes par an, et notam­ment des consul­tants sur leurs tech­no­lo­gies. Allez sur leur site pour voir les offres d’emplois. Ils embauchent aussi aux USA.

Deux expli­ca­tions: c’est encore une entre­prise en crois­sance (aux alen­tours de 12% je crois en France) et il y a un turn over (faible au demeu­rant au regard de la pro­fes­sion), donc il faut bien rem­pla­cer ceux qui partent.

Je crois que l’effectif de Micro­soft au niveau mon­dial a grandi d’au moins 8000 per­sonnes sur cette année fis­cale. Ils sont envi­ron 90000. Et près de 1500 en France.

Je ne crois pas deux secondes que Bill Gates va prendre du recul… à mon avis c’est juste une his­toire de com­mu­ni­ca­tion. Qu’en pen­sez vous ?

Il y a un peu de vrai là dedans.

Bill Gates ne quitte pas Micro­soft pour deux raisons:

  • Il en reste le Chair­man (pré­sident du conseil d’administration). C’est donc lui qui nomme le CEO !
  • Il conti­nuera de bos­ser sur la stra­té­gie tech­no­lo­gique de Micro­soft, mais cette fois-ci à temps par­tiel au lieu d’être à temps presque complet.

Et puis, il fera ce qu’il vou­dra. Le jour où il pen­sera que son inter­ven­tion­nisme sera néces­saire, il le fera.

C’est en tout cas un gars qui a bien pré­paré son départ. Cela fait 10 ans que cela dure tout de même (Ball­mer nommé Pré­sident en 1998 puis CEO en 2000)! Et cela va durer encore quelques années.

Il y a eu en tout cas un bon tra­vail de com­mu­ni­ca­tion, très orches­tré par Micro­soft Corp pour pré­pa­rer ce départ et le mar­quer for­te­ment. Les inter­views de Bill Gates à la presse mon­diale (dont Chal­lenges), les inter­views de ses col­la­bo­ra­teurs et de ses concur­rents, tout cela est (plu­tôt bien) orches­tré. Micro­soft aussi a ses spin doc­tors, même s’ils ne réus­sissent pas tou­jours leur coup !

Ci-dessous Bill Gates dans une photo prise en février 1999. Il cherche à répondre à une ques­tion posée par Daniel Ich­biah, qui l’interviewait ce jour là. La ques­tion était “Qu’est-ce qui est tech­ni­que­ment impos­sible à réa­li­ser avec les (énormes) moyens dont vous dis­po­sez”? Réponse: “Aller plus vite que la lumière, … et ce qui en découle”.

image

Micro­soft représente-t-il encore un mono­pole mena­çant pour les autres entre­prises et le consommateur ?

Cela fait 10 ans que l’on entend cela. Et si menace il y a eu ou il y a, elle est assez bien jugu­lée : la concur­rence reste vive, et les puis­sances publiques (USA, EU) se chargent de mettre la pres­sion - notam­ment au niveau de l’interopérabilité.

Il y a 10 ans, on crai­gnait que Micro­soft contrôle l’Internet à cause de sa domi­nance avec Inter­net Explo­rer. C’était oublier la grande diver­sité de l’Internet et du mar­ché des nou­velles tech­no­lo­gies. Et don­ner au pas­sage trop d’importance (en tout cas à l’époque) au navigateur.

Fina­le­ment, si menace il y a, elle est plus dif­fuse. Google est plus mena­çant que Micro­soft sur le contrôle de l’information par rap­port aux craintes ini­tiales concer­nant Micro­soft. Regar­dez Fire­fox qui a main­te­nant plus de 21% de parts de mar­ché. Et Linux sur les ser­veurs Web, etc. Et Adobe avec Flash. Le monde est mul­ti­po­laire. Autant en géo­po­li­tique qu’en TIC.

Autre menace, nous faire perdre du temps lorsqu’il y a des pro­blèmes de qua­lité dans les logi­ciels. Quand vous avez un pro­blème dans Win­dows qui fait perdre disons une minute par jour (en étant gen­til), il faut mul­ti­plier cela par presque un mil­liard (de PC dans le monde). 1 mil­liard de minutes par jour, cela fait com­bien de mil­lions de $? Le poids qui pèse sur Micro­soft est consi­dé­rable de ce point de vue là. Quand ils amé­liorent à la marge la rapi­dité d’usage de Win­dows (ou Office), ou bien pro­duisent des régres­sions, l’impact est énorme.

Avez vous des infos sur l’ambiance à Micro­soft France, on dit que c’est détestable ?

Ca doit dépendre des équipes et du com­por­te­ment du mana­ger. Cela a tou­jours été le cas. Et cela doit être aussi le cas dans votre propre boite.

Ce qui change, c’est que le mar­ché de l’informatique est de plus en plus dif­fi­cile. La crois­sance n’est plus ce qu’elle était (NB: dans le mar­ché de l’entreprise, qui repré­sente envi­ron 80% du CA d’une filiale). Résul­tat : la pres­sion com­mer­ciale est plus forte. C’est la même chose chez tous les acteurs de ce sec­teur (le logi­ciel d’entreprise). Côté grand public, cela va mieux car le mar­ché où est situé Micro­soft est en plus forte crois­sance: la XBOX ne se porte pas trop mal, et MSN a une très bonne crois­sance en France (plus de 50% je crois).

Donc pour reve­nir au point de départ : l’ambiance varie énor­mé­ment selon la manière dont les mana­gers gèrent “la pres­sion” vis à vis de leurs collaborateurs.

Est-ce que je peux mettre Win­dows Mobile 6 sur un iPhone ? Et inver­se­ment, est-ce que je peux mettre un OS ou une inter­face genre iPhone sur un smart­phone Windows ?

A ma connais­sance, non pour le pre­mier point. Apple n’a pas ouvert l’iPhone à ce point !

Par contre, cer­tains construc­teurs de smart­phones équi­pés de Win­dows Mobile 6.1 (la der­nière mou­ture) n’hésitent pas à y ajou­ter des briques logi­cielles spé­ci­fiques. Je viens de lire je ne sais plus où qu’HTC avait ins­tallé un navi­ga­teur Opera sur son der­nier smart­phone. Les construc­teurs comme les opé­ra­teurs essayent de dif­fé­ren­tier ainsi leurs offres. Ce qui est moins facile à faire avec un iPhone.

On retrouve la même dif­fé­rence qu’entre le mar­ché Apple/Mac et le mar­ché Microsoft/PC. Le pre­mier est plus homo­gène, ergo­no­mique mais moins ouvert. Le second est plus divers, plus concur­ren­tiel mais moins ergo­no­mique, ou tout du moins d’une ergo­no­mie pour le moins très variable.

Les pro­blèmes avec Vista sont-ils réso­lus ? Ou vaut-il mieux attendre Win­dows 7 ?

Cela dépend de quels pro­blèmes on parle !

Côté per­for­mances, avec le Ser­vice Pack 1 et une machine récente (2 Go de RAM, une bonne carte gra­phique, un pro­ces­seur dual core d’au moins 2 Ghz et un disque dur SATA), 90% des pro­blèmes sont réso­lus. Tout du moins, si l’on ne stresse pas trop sa machine. Pour un usage cou­rant dans le grand public, cela va. Mais il faut s’habituer à la nou­velle interface.

Pour la com­pa­ti­bi­lité avec les péri­phé­riques, la situa­tion est main­te­nant à peu près nor­ma­li­sée. Sauf peut-être pour quelques péri­phé­riques très anciens.

Pour l’aspect “fini­tion” (détails d’ergonomie dans l’interface uti­li­sa­teur, notam­ment dans la ges­tion de photo), il y a encore du tra­vail. Et on peut espé­rer des amé­lio­ra­tions avec la pro­chaine ver­sion ou le pro­chain ser­vice pack.

J’ai l’impression que Micro­soft a com­pris la bourde avec Vista et va essayer de mieux écou­ter ses clients. Ils ont d’ailleurs lancé un site web pour cela (voir par exemple http://www.istartedsomething.com/taskforce/).

Quel suc­ces­seur à Bill Gates sera suf­fi­sam­ment cha­ris­ma­tique pour fédé­rer tous les métiers de la société et toutes ses équipes ? Ball­mer ? Ray Ozzie ? Kevin Turner ?

Les lea­ders fon­da­teurs sont irrem­pla­çables à l’identique !

De tous ces gens, Ball­mer est le mieux placé pour moi. Ray Ozzie est peut-être un vision­naire, mais il n’a pas cha­risme et ce n’est pas du tout un mana­ger. Cela ne l’intéresse même pas.

Ceci étant, je trouve qu’on glo­ri­fie trop Bill Gates comme mana­ger de Micro­soft. Cela fait 10 ans qu’il ne gou­verne plus l’entreprise. Il aussi com­mis un tas d’erreurs (le plus sou­vent, d’ordre tech­niques, qui ne sont pas grand public). Par­fois, il est un peu en déca­lage avec la vitesse d’absorption du mar­ché, comme avec le Tablet PC. Il est faillible et il l’admet. Il a rai­son sur le long terme mais se plante sou­vent sur le court terme.

Main­te­nant, mana­ger une boite de 90000 per­sonnes requiert des com­pé­tences que n’ont ni Gates (dans les faits) ni Ozzie. Kevin Tur­ner c’est un mana­ger des ventes, pas du tout capable de super­vi­ser les équipes produits.

Donc, Steve Ball­mer, même s’il n’est pas par­fait, reste le meilleur com­pro­mis. Pour ce qui est de l’interne. Après, s’il fal­lait le rem­pla­cer par quelqu’un d’externe à la société, le choix serait à la fois plus large, mais aussi beau­coup plus risqué.

Com­ment MSFT peut-il rat­tra­per Google dans les moteurs de recherche ?

J’ai déjà en par­tie répondu à la question.

Je pense qu’il faut qu’ils pensent d’abord à la valeur (incré­men­tale) qu’ils peuvent créer pour nous, Inter­nautes, que sim­ple­ment rai­son­ner “part de gâteau du mar­ché publicitaire”.

L’approche seg­men­tante de Google est judi­cieuse (Google Books, Maps, Patents, etc, ils couvrent plein de domaines hori­zon­taux et ver­ti­caux avec leur moteur). Micro­soft n’a pas jugé utile de diver­si­fier son approche dans la recherche. Et leur moteur, même s’il est cor­rect (notam­ment l’interface pour récu­pé­rer des images), n’est pas suf­fi­sam­ment dif­fé­ren­tiant pour jus­ti­fier un saut à par­tir de Google. Par contre, MS fait des acqui­si­tions tout azi­mut qui pour­raient un jour payer (Power­set hier, Fast Search & Trans­fer il y a quelques mois). Et aussi leurs tra­vaux de recherche.

Délo­ger Google du search est peut-être moins ardu que délo­ger Win­dows pour Linux. L’adhérence des consom­ma­teurs à Google n’est pas si élevée que cela. Si quelqu’un arrive à faire mieux, le pas­sage de l’un à l’autre n’est pas dif­fi­cile. Encore faut-il faire BEAUCOUP mieux pour y arriver.

Il ne faut pas oublier que Google aussi a les moyens de faire mieux. Et ils ont en plus une énorme infra­struc­ture (les fermes de ser­veurs et le logi­ciel mai­son qui les opère).

J’en ai marre de Win­dows mais je n’ose pas fran­chir le pas et pas­ser à Linux : (pbs de com­pa­ti­bi­lité, de pilotes, de dri­vers…) Que me conseillez vous ? Oser Linux ou res­ter avec Windows ?

Si je ne veux pas me fâcher avec mes anciens col­lègues, je vous dit “res­ter sous Windows”.

Trève de plai­san­te­rie: cela dépend de vos usages et des appli­ca­tions que vous uti­li­sez. Si vous être un consom­ma­teur non infor­ma­ti­cien et uti­li­sez beau­coup de logi­ciels et maté­riels dif­fé­rents, res­tez sous Win­dows car sous Linux, vous ris­quez d’avoir des pro­blèmes tech­niques pas faciles à résoudre sans aide tech­nique pointue.

Mais Linux a fait d’énormes pro­grès au niveau com­pa­ti­bi­lité maté­rielle. Et même dans son ergonomie.

Le déca­lage avec Win­dows reste la com­plexité de la réso­lu­tion de pro­blèmes. Et aussi la qua­lité des appli­ca­tions grand public qu’on y trouve (il y a moins de jeux par exemple sous Linux).

J’utilise per­son­nel­le­ment Ubuntu (l’un des Linux les plus grand public) pour les déve­lop­pe­ments de mon blog. Et Vista pour le reste. Quand j’ai mis Ubuntu à jour avec la der­nière ver­sion (8.04), j’ai perdu l’interface gra­phique et ai mis plu­sieurs heures à trou­ver com­ment la réta­blir. Et en mode admi­nis­tra­teur, mode carac­tère, recherches sur Inter­net et tout le tou­tim. Résul­tat : j’ai trouvé une astuce… qui n’était même pas docu­men­tée sur Inter­net. Un truc de “geek”, pas pour le consom­ma­teur lambda (cf mes pre­miers pas avec Ubuntu en mars 2007).

Par contre, si vous êtes sur­tout un uti­li­sa­teur du web et que vous ne dépen­dez pas de logi­ciels spé­ci­fiques à Win­dows comme Adobe Pho­to­shop, Linux peut convenir.

Si vous cher­chez l’ergonomie, n’oubliez pas la troi­sième piste: le Macin­tosh… :) .

Pour­quoi avez vous quitté Microsoft ?

Je vou­lais chan­ger d’orientation : vers les tech­no­lo­gies grand public, et avec de petites struc­tures. Je n’ai pas trouvé mon bon­heur chez Micro­soft (tout en res­tant en France par contrainte fami­liale). Donc je me suis mis à mon compte, tout en res­tant en bons termes avec à la fois MS et mes anciens col­lègues. Et puis, je m’étais dit (en 2005), que 15 ans dans la même boite, c’était déjà pas mal. Que c’était le moment de chan­ger. J’avais 43 ans. Un âge où on se pose faci­le­ment ce genre de ques­tions (et où il est bon de s’en poser !).

Micro­soft, ils vont aussi s’arroger 90% de part du mar­ché des smart­phones ? Ou ils lais­se­ront vivre la concur­rence ? Et com­ment celle ci peut elle vivre, d’ailleurs ?

Ce n’est pas la pré­vi­sion des ana­lystes. Cette part de mar­ché (de Win­dows Mobile) devrait pla­fon­ner à envi­ron 40%. La concur­rence est rude avec l’iPhone et les mou­tures de Linux pour smart­phone, dont Google Android. Les ana­lystes pré­voient que la part de mar­ché de Linux va aug­men­ter au point de bais­ser celle de Win­dows Mobile. Vers 2009/2010. Mais ce ne sont que des prévisions.

Par contre, Sym­bian bat un peu de l’aile (et a été racheté par Nokia, ce qui ne va pas amé­lio­rer sa situation).

Le mar­ché des smart­phones va donc res­ter très concur­ren­tiel. Et je ne vois pas Micro­soft le domi­ner comme il domine celui des PC avec Windows.

Pour­quoi les pou­voirs publics - Mai­rie de Paris & co - font-ils tout pour éviter Windows ?

Ils ont plu­sieurs motivations:

  • Réduire les coûts de licence.
  • Réduire la dépen­dance vis à vis de socié­tés étrangères.
  • Volonté d’adopter des stan­dards dits “ouverts”.

Mais tout cela se dis­cute évidem­ment. Réduire les coûts de licence a du sens si cela n’augmente pas d’autres struc­tures de coûts, notam­ment les ser­vices. Et là, cela dépend de la situa­tion. Les grands logi­ciels libres du mar­ché pro­viennent sou­vent aussi des USA. Pour les stan­dards, cela dépend de quoi l’on parle.

En tout cas, les logi­ciels libres sont uti­li­sés depuis long­temps dans le sec­teur public, notam­ment dans les infra­struc­tures serveur.

Par contre, les grands effets d’annonce de migra­tion mas­sive aux logi­ciels libres de ces der­nières années n’ont pas tou­jours été sui­vis d’effets. Soit que Micro­soft a fait des efforts pour “reve­nir”, soit que les déploie­ments de ces logi­ciels libres ont été très lents et cou­teux, et sont au mieux très en retard par rap­port aux pré­vi­sions. On n’en entend évidem­ment pas beau­coup parler !

N’est-il pas temps que Micro­soft soit séparé en plu­sieurs mor­ceaux, comme ATT en son temps, pour défi­ni­ti­ve­ment bri­ser le monopole ?

Si vous décou­pez la boite avec d’un côté Win­dows et de l’autre le reste (pour faire simple), vous avez tou­jours cette domi­nance de Windows.

Le meilleur ser­vice à rendre aux concur­rents de Micro­soft du point de vue de sa struc­ture, c’est de lais­ser Micro­soft en l’état. Plus c’est gros, plus c’est dur à gérer !

Et ça veut dire quoi “bri­ser le mono­pole” ? Il vaut mieux construire à côté que cas­ser ce qui existe. Et pous­ser à l’interopérabilité des logi­ciels et à l’ouverture des for­mats. Les acteurs publics l’ont bien com­pris et c’est la direc­tion qu’ils ont géné­ra­le­ment choi­sie. 

Yahoo res­semble de plus en plus à une coquille vide. Quel inté­rêt pour Micro­soft de débour­ser 45 mil­liards pour cette fusion ?

J’ai exprimé à plu­sieurs reprises sur mon blog le point de vue que cette acqui­si­tion, si elle un sens stra­té­gique, était très dif­fi­cile à réus­sir pour Micro­soft, d’un point de vue opérationnel.

Par contre, ce n’est pas vrai­ment une coquille vide, mais cela pour­rait le deve­nir si les cer­veaux et les uti­li­sa­teurs quit­taient le navire.

Quelle stra­té­gie Micro­soft peut adop­ter dans les pro­chaines années pour faire face à la mon­tée en puis­sance de l’Open Source ?

Plus d’interopérabilité, plus de par­te­na­riats croi­sés avec les acteurs de ce monde là.
Et aussi, tout sim­ple­ment : amé­lio­rer ses logi­ciels. Faire plus et mieux.

Et aussi regar­der du côté du SAAS (Soft­ware as a ser­vice), qui déplace le débat.

Pour­quoi les entre­prises sont elles si réti­centes à adop­ter Vista ?

Quelques pistes:

  • Le béné­fice perçu n’est pas évident.
  • Le posi­tion­ne­ment était peut-être un peu trop grand public au lan­ce­ment (alors, qu’en fait, il y a énor­mé­ment de nou­veau­tés inté­res­santes pour les grandes entreprises).
  • Sa mau­vaise presse, y com­pris chez les analystes.
  • La pru­dence.
  • L’inertie natu­relle des grandes orga­ni­sa­tions (qui même dans le meilleur des cas mettent 5 ans à mettre à jour une base ins­tal­lée de PC).

L’échec du rachat de Yahoo! et son revi­re­ment vers Google met il Micro­soft en dan­ger sur sa course à la place de n°1 des moteurs de recherche mal­gré une Puis­sance finan­cière, somme toute, plus importante?

Faute de temps, réponse courte. Je pense que cela ne change rien. Dans les deux cas, c’est très dif­fi­cile de rat­tra­per Google.

A quoi res­sem­blera Micro­soft en 2025 ?

Au train où cela va, à une très très grosse boite rela­ti­ve­ment ingé­rable. Mais par contre, très diver­si­fiée, donc rela­ti­ve­ment stable. Pas for­cé­ment numéro 1 par­tout où ils sont.
============================

Et voilà.

Notez que je ne suis Micro­sof­to­logue qu’à temps très par­tiel ! Mon acti­vité est tou­jours cen­trée sur la réus­site des star­tups françaises !


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Publié le 3 juillet 2008 Post de Olivier Ezratty | Google, Internet, Logiciels, Microsoft | 2 commentaires

Les 2 commentaires sur “Forum sur Microsoft chez Challenges.fr” :

  • [1] - DJM a écrit le 4 juillet 2008 :

    Micro­sof­to­logue a temps par­tiel, j’aime beau­coup… mais tu le sais bien… l’etiquette Micro­soft colle long­temps a la peau, mais aux yeux des autres principalement…

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 4 juillet 2008 :

    Oui, il faut juste assumer !




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