LeWeb 2012 : les startups

Publié le 10 décembre 2012 - 9 commentaires -
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Comme chaque année, LeWeb orga­ni­sait un concours de star­tups. Avec 16 sélec­tion­nées parmi 500 can­di­dates et qui pit­chaient devant quatre jurys dif­fé­rents. Trois étaient sélec­tion­nées par ces jurys et pit­chaient à leur tour devant notre jury d’habitués, évoqué dans l’article pré­cé­dent, en séance plé­nière le troi­sième jour de la confé­rence. Un seul élu émer­geait à la fin.

Cette année, les trois fina­listes étaient tous fran­çais. C’est la pre­mière fois que cela arrive. Cela témoigne-t-il de la bonne santé de notre écosys­tème ? Cela rap­pelle sur­tout que dans chaque pays, la volonté d’entreprendre est intense, mais pas for­cé­ment la capa­cité à créer des pro­jets qui tiennent l’eau du point de vue de la valeur géné­rée et du busi­ness model. Curieu­se­ment, les trois fina­listes n’avaient pas de grand rap­port avec le thème des objets connec­tés, et en par­ti­cu­lier le gagnant. Un sym­bole de la fra­gi­lité des star­tups du monde des objets connec­tés. Elles cherchent encore leur voie comme nous allons l’examiner plus bas.

Les membres du jury de la finale affi­chaient leur désar­roi. Sous des dehors de posi­ti­visme sur la qua­lité des dos­siers, ils se deman­daient com­ment choi­sir le gagnant car aucun pro­jet n’était viable à leurs yeux. Ils ont même annoncé vou­loir s’impliquer dans la sélec­tion des star­tups en amont. Avec l’expérience, on devient en effet très exi­geant sur les cri­tères de sélec­tion des star­tups. C’est une impres­sion que j’ai aussi quand j’en vois pas­ser dans divers concours et comi­tés de sélec­tion. On a ten­dance à rapi­de­ment iden­ti­fier toutes les rai­sons pour les­quelles la star­tup pour­rait échouer. Et de vou­loir mettre son grain de sel pour expli­quer ce qu’il fau­drait faire pour réus­sir et éviter aux entre­pre­neurs de se prendre le mur. En même temps, on a en tête les écrits de Guy Kawa­saki sur les “bozos” qui sont scep­tiques sur tout et décou­ragent les entre­pre­neurs inuti­le­ment. Mais quand il s’agit d’entrepreneurs res­pec­tés, le feed­back prend tout de même de la valeur !

Les liens vers les vidéos des pitches des star­tups sont ici. D’autres que moi se sont évidem­ment pen­chés sur les star­tups pit­chant à LeWeb. Citons notam­ment FrAn­droid qui les avait ana­ly­sées avant la confé­rence et l’œil aiguisé de Guil­hem Ber­tho­let qui les a obser­vées pen­dant leur passage.

C’est parti pour un tour des 16 star­tups suivi d’un flash-back inédit sur les gagnants des pré­cé­dentes éditions de LeWeb.

Le gagnant 2012 : Qunb (video)

Cette star­tup issue du Cam­ping (l’accélérateur situé au Palais Bron­gniart à Paris) a un pro­jet très ambi­tieux véri­ta­ble­ment créa­teur de valeur uti­li­sa­teur : deve­nir le moteur de recherche des don­nées. Par oppo­si­tion aux don­nées texte, image et vidéo que l’on trouve sur les moteurs de recherche clas­sique. La société vise à la fois les uti­li­sa­teurs pro­fes­sion­nels et le grand public. Son outil per­met de récu­pé­rer toutes sortes de don­nées chif­frées, de les com­pa­rer entre elles et de les mettre en forme. C’est bien joli au niveau résultat.

La grande ques­tion est de savoir com­ment elle va cap­ter ces don­nées. On a vu avec les ini­tia­tives du type “Open Data” que ce n’était pas évident. D’ailleurs, les pre­mières don­nées publiées sur le site relèvent de l’open data gou­ver­ne­men­tale, et plu­tôt inter­na­tio­nale (World­Bank, Euro­stat, …). Ce sont les don­nées les plus ouvertes au monde. C’est d’ailleurs en les exploi­tant que le sué­dois Hans Ros­ling, l’une des stars de LeWeb en 2006 et et 2007, avait créé l’application Gap­Min­der, main­te­nant dans le giron de Google.

Cyrille Vincey (Qunb) and jury (1)

J’ai testé le site. Petit requête avec “connec­ted TV world­wide ins­tal­led base”. Le truc que l’on trouve dans les études payantes de socié­tés comme Dis­play­Search mais dont les syn­thèses sont publiées sous forme de com­mu­ni­qués de presse et en PDF (pas sous forme Excel, vous ima­gi­nez bien…). Réponse : des choses, mais sans rap­port avec la ques­tion ! Le lot com­mun des moteurs de recherche qui n’ont pas assez de don­nées à se mettre sous la dent. J’aimerai bien aussi que le site me cal­cule auto­ma­ti­que­ment la pro­gres­sion year-over-year du CA des grandes entre­prises du sec­teur consu­mer elec­tro­nics telle que je la publie chaque année dans mon Rap­port du CES !

Qunb Request Example

La pro­messe de Qunb est très inté­res­sante dans l’absolu et la tâche à accom­plir est immense. Le pain point est bien là. La tech­no­lo­gie aussi. Les ques­tions clés sont : où sont ces don­nées, sont-elles struc­tu­rées, sont-elles publiées, existe-t-il des stan­dards pour les publier, com­ment gérer leur séman­tique de manière uni­fiée, com­ment faire col­la­bo­rer tout ce petit monde, quelle est la valeur mar­chande des don­nées et com­ment convaincre les acteurs concer­nés de publier leurs don­nées ? Quand on voit la dif­fi­culté que l’on a en France à déployer l’open data, on com­prend que c’est une tâche ardue. Et les entre­prises pri­vées ne sont pas plus ouvertes que la puis­sance publique ! Elles le sont même plu­tôt moins car elles ont moins d’obligation de transparence.

Mal­gré tous ces écueils, je suis en phase avec le choix du jury. Il est bon de valo­ri­ser les pro­jets qui cherchent à trai­ter des pro­blèmes dif­fi­ciles et qui apportent de la valeur.

Qu’ont donc gagné nos amis de Qunb ? Au pre­mier degré, la bise avec Fleur Pel­le­rin, qui n’est pas évidente à moné­ti­ser. Mais sur­tout, un peu de visi­bi­lité comme sur Tech­Crunch world-ouaillede.

Fleur Pellerin et Cyrille Vincey (Qunb) (2)Equipe Qunb

Les deux autres finalistes

Les deux autres fina­listes qui ont pu pit­cher leur star­tup devant la grande salle de plé­nière bon­dée étaient Be-Bound et Recommend.

Be-Bound (France, ci-dessous avec Albert Szul­man) pro­pose une appli­ca­tion mobile per­met­tant de se connec­ter à Inter­net uti­li­sant la liai­son 2G voire le SMS, avec diverses briques logi­cielles dont une pour l’email et une autre pour navi­guer sur le web. Cela semble adapté aux endroits ou régions où la 3G n’est pas dis­po­nible (86% du monde), sans comp­ter la 4G qui l’est encore moins. C’est donc des­tiné aux pays en voie de déve­lop­pe­ment, aux zones recu­lées voire aux voya­geurs. A ceci près qu’il vaut mieux que le prix des com­mu­ni­ca­tions soit rai­son­nable. En effet, consom­mer de la 2G dans un pays pour se connec­ter à Inter­net pour­rait vous en cou­ter bien cher. Mieux vaut cher­cher le McDo ou le Star­bucks le plus proche avec du Wi-Fi gratuit !

Albert Szulman (Be-Bound) (3)

Recom­mend (France, video) a déve­loppé une pla­te­forme de recom­man­da­tion tout azi­mut sur mobile. Grosse impres­sion de déjà-vu sur un sujet bien dif­fi­cile. Nico­las Men­di­ha­rat était un entre­pre­neur très sûr de lui dans ses deux pitches. Les écueils ? Pas de foca­li­sa­tion sur quelques thèmes pour com­men­cer et un pro­blème clas­sique d’œuf et de poule pour que le ser­vice ait de la valeur. Il faut un gros stock de recos pour que le ser­vice soit utile.

Plus cela va, plus je me dis que les outils de recom­man­da­tion basés sur “nos amis” ne valent … rien ! En effet, à sup­po­ser que l’on puisse col­lec­ter les avis de mes vrais amis qui ont des gouts voi­sins des miens, le nombre de recom­man­da­tions serait très faible et ne cou­vri­rait pas effi­ca­ce­ment l’univers du choix dis­po­nible, comme par exemple pour les res­tau­rants lorsque je suis en dépla­ce­ment. Et lorsque l’on élar­git l’espace des amis, on tombe sur des recom­man­da­tions de gens aux avis et gouts très dis­pa­rates, voi­sines de celles que l’on obtien­drait avec un son­dage à très grande échelle. A ce stade, autant uti­li­ser un sys­tème de recom­man­da­tion qui exploite une très grande masse de don­nées com­plè­te­ment ano­ny­mi­sées, comme le fait Ama­zon. Ce que l’on appelle le col­la­bo­ra­tive fil­te­ring qui iden­ti­fie que les gens qui aiment ceci aiment aussi cela.

Nicolas Mendiharat (Recommend) and Marc Simoncini (2)

Les autres star­tups du concours

Voici donc ce que l’on avait à se mettre sous la dent dans les 13 autres candidats :

  • Green Momit (Espagne, video) et sa solu­tion de mesure de la consom­ma­tion d’énergie dans les foyers afin d’en réduire le niveau. Le “pain point” était bien pré­senté. La solu­tion ? Un ther­mo­stat au design un peu recher­ché - mais pas autant que celui de Nest –, une pla­te­forme de mesure et des mor­ceaux de cloud avec de “l’intelligence col­lec­tive”. On ne com­prend pas bien si cela sert aux uti­li­ties pour le capa­city mana­ge­ment de la pro­duc­tion d’énergie en amont de la consom­ma­tion ou pour la réduire dans les foyers. On se demande si cela concerne juste le chauf­fage ou l’ensemble de la consom­ma­tion d’énergie des foyers, donc la consom­ma­tion élec­trique. Il existe un très grand nombre de star­tups dans ce domaine et la dif­fé­ren­tia­tion de celle-ci n’était pas bien mise en valeur. La mesure de la consom­ma­tion est-elle glo­bale ou au niveau de chaque appa­reil ou par caté­go­rie d’appareil ? Selon le cas, les don­nées four­nies n’ont pas la même valeur. La star­tup donne l’impression de se dis­per­ser entre outil de mesure (leur ther­mo­stat) et une pla­te­forme de mesure et d’analyse géné­ra­liste (du logi­ciel et du cloud).
  • Lyn­cos Tech­no­lo­gies (Espagne, video) avec un pitch qui démarre très mal sur des géné­ra­li­tés pour abou­tir à la pré­sen­ta­tion d’une lampe de bureau connec­tée. On la touche pour l’allumer et l’éteindre et en régler la cou­leur. Tout cela est connecté à une pla­te­forme qui per­met de contrô­ler ses dif­fé­rents objets connec­tés. Un peu comme celle de Smart­Things qui était pré­sen­tée en plé­nière. On se demande quels sont les pro­blèmes que cela per­met de résoudre ! Une pla­te­forme “nue”, pour­quoi pas, mais il faut un point d’accroche de départ. Et leur lapin sans oreilles n’a pas l’air de ser­vir à grand chose. Ce n’est pas le tout d’avoir des objets connec­tés ! Il faut leur trou­ver une utilité !
  • Allean­tia (Ita­lie, video) : encore une pla­te­forme logi­cielle ouverte pour mesu­rer la consom­ma­tion d’énergie et l’optimiser, mais visant les mar­chés pro­fes­sion­nels. Une pré­sen­ta­tion ratée pour rai­sons tech­niques et au pas­sage, un site web en ita­lien. Le tout s’appuie sur des tech­no­lo­gies open source et sur des maté­riels divers : une sta­tion de cap­ta­tion de signaux ana­lo­giques et numé­riques à base Arduino, des pla­te­formes ARM type Raps­berry, des télé­phones recy­clés aussi à pro­ces­seurs ARM ainsi que sur des ser­veurs et sta­tions à base Intel.

Alleantia Platform

  • kWI­Qly (Suisse, video) : encore une solu­tion de mesure de la consom­ma­tion d’énergie foca­li­sée sur l’industrie basée sur la mesure de consom­ma­tion au niveau des comp­teurs élec­triques d’un parc d’immeubles et sur l’affichage du gas­pillage généré. En voyant cela, je ne peux m’empêcher de pen­ser à la solu­tion de Smart Impulse, la star­tup héber­gée actuel­le­ment chez Ago­ra­nov qui pro­pose un device posi­tionné au niveau du comp­teur élec­trique et per­met de mesu­rer par ana­lyse des per­tur­ba­tions élec­triques la consom­ma­tion par type d’appareil dans la mai­son ou le bâti­ment d’entreprise. La don­née est beau­coup plus spé­ci­fique et utile pour évaluer les écono­mies à réa­li­ser, entre ordi­na­teurs, éclai­rages, chauf­fage, ven­ti­la­tion etc.

Voilà pour la mesure de la consom­ma­tion d’énergie, un grand clas­sique dans les objets connec­tés. On appelle cela d’ailleurs le “Smart Metering”.

Dans les autres caté­go­ries de solu­tions, nous avions beau­coup d’applications mobiles :

  • wiMAN (Ita­lie, video) qui a créé un rou­teur pour le par­tage social de la liai­son Wi-Fi des points de vente avec deux réseaux, l’un qui est sécu­risé et l’autre qui est ouvert à tous. Le rou­teur est pro­ba­ble­ment un maté­riel stan­dard sorti tout droit de Shenz­hen. La valeur est dans le logi­ciel et le mar­ché ciblé. Le truc est très facile à ins­tal­ler et s’administre visi­ble­ment à par­tir de Face­book pour notam­ment savoir qui se connecte au réseau. Il per­met à des com­mer­çants d’ajouter des ser­vices Inter­net dédiés de recom­man­da­tion. C’est un bon busi­ness poten­tiel qui per­met de trans­for­mer ce qui est aujourd’hui un centre de coût (offrir du Wi-Fi à ses clients) en un outil mar­ke­ting voire un outil de vente. La star­tup pré­voit aussi de créer un firm­ware ins­tal­lable sur les rou­teurs du mar­ché. Pas sûr que ces rou­teurs soient bien ouverts pour per­mettre ce genre de chose. En tout cas, un pro­jet qui a l’air pas mal.

wiMan Router

  • Argus Labs (Bel­gique, video) qui pro­pose Jini, une appli­ca­tion Android qui ana­lyse votre com­por­te­ment numé­rique - dans les réseaux sociaux ou toute autre source exploi­table - et vous pro­pose des “choses à faire”. Une sorte d’assistant per­son­nel qui trans­for­me­rait votre mobile en outil vrai­ment intel­li­gent. Le logi­ciel serait capable de com­prendre qui vous êtes et ce que vous faites et de l’améliorer. Ca man­quait un peu d’exemples per­ti­nents au-delà de vous pro­po­ser de ren­con­trer une per­sonne que vous n’avez pas vue depuis long­temps ! Ce genre de pro­jet, comme dans la recom­man­da­tion, consiste à faire bouillir l’océan.
  • Sna­peous (France, video) qui per­met d’associer de l’information aux objets avec son mobile et un simple scan de son code-barres ou QR Code. C’est un pro­jet de plus qui ambi­tionne d’inventorier tous les pro­duits et ser­vices ima­gi­nables pour les faire décou­vrir ou sélec­tion­ner aux consom­ma­teurs avides que nous sommes. Le point clé est tou­jours le même : que cela serve à quelque chose et créer un inven­taire de taille res­pec­table pour que le ser­vice tienne la route, sans comp­ter le modèle écono­mique. Encore un pro­blème d’œuf et de poule et de bouilloire à océan.
  • Biletu.com (Chili, video) et son appli­ca­tion mobile pour le paie­ment entre amis, que ce soit pour une sor­tie ou un événe­ment ou faire un cadeau en com­mun. Le tout s’appuyant sur la pres­sion sociale pour que les choses soient réglées en temps et en heure. Cela rap­pelle que le cou­rage de se dire les choses est plus facile à exer­cer à dis­tance que face à face. Comme les couples et amants qui se larguent via un simple SMS.
  • World Cli­mate Cre­dit (Suisse) et son ser­vice MySol­lars qui encou­rage ses uti­li­sa­teurs à mener des actions qui vont amé­lio­rer votre bilan car­bone per­son­nel, de les publier, d’obtenir des badges qui vont géné­rer des cadeaux de société et ensuite de finan­cer des pro­jets écolo dans le monde. Une sorte d’ONG sociale s’appuyant sur de la gami­fi­ca­tion. Un véri­table busi­ness ? Pas évident.
  • INTOINO (Ita­lie, video) avec un pitch qui com­men­çait fort pour cette star­tup de quatre mois créée à l’issue d’un Star­tup Week-end à Turin : “Cha­cun a des idées pour chan­ger le monde, mais les idées ne sont pas assez visibles. Com­ment les rendre visibles ?”. Il ne s’agit pas de gué­rir du can­cer, de réduire la pol­lu­tion ou de rendre l’eau potable. A l’arrivée, il s’agit de chan­ger le monde dans l’espace res­treint des objets connec­tés. Si j’ai bien com­pris, la société pro­pose une pla­te­forme open source maté­rielle et logi­cielle de contrôle d’objets connec­tés autour du stan­dard établi Arduino. Le tout ne néces­si­tant pas, en théo­rie, de pro­gram­ma­tion. Cela me rap­pelle la l’histoire du micro-ordinateur, au moment où on les trou­vait sur­tout en kit. C’était avant l’arrivée de l’Apple II en 1977.

Intoino Mission Statement

  • Ujoolt (France, video) et son appli­ca­tion mobile qui per­met de pos­ter en temps réel ce qui se passe dans les envi­rons avec des mes­sages de 140 carac­tères (on se demande où ils ont pu trou­ver cela…) accom­pa­gnés d’une photo ou d’une vidéo de moins de 15 secondes. Le ser­vice per­met de savoir ce qui se passe à moins de 1 km et avec une per­sis­tance de 4 heures pour les mes­sages. Cela res­semble à ce que Fours­quare aurait pu être. Mais là encore, au-delà du fait que le besoin n’est pas clai­re­ment détouré, le pro­blème va être d’avoir une masse cri­tique d’utilisateurs actifs en per­ma­nence pour que cela serve vrai­ment à quelque chose. Pour ce faire, il faut lever au mini­mum quelques dizaines de $m et créer un effet de mode à grande échelle. Et être au pas­sage à moins de 30 km de Sand­hill Road à Palo Alto. Too bad… D’ailleurs, Fours­quare qui a pu lever $71,4m… ne sert tou­jours pas à grand-chose.

Ujoolt example

  • Hays­tack (Alle­magne) et son site de ren­contre qui fait effet de levier sur vos amis pour iden­ti­fier les gens qui pour­raient aller ensemble. En gros, vous sous-traitez le bou­lot de la recherche de votre âme sœur à vos amis qui n’ont bien sûr que cela à faire. Petit conseil d’ami : évitez la sous-traitance et faites cela vous-mêmes !
  • Pho­ni­tive (France, video), une star­tup tou­lou­saine créée en 2009, pré­sen­tait son appli­ca­tion Tou­cha­lize qui per­met d’interagir avec les vidéos pré­sen­tées dans un objec­tif de vente. On peut par exemple modi­fier la cou­leur d’une voi­ture dans une publi­cité ou chan­ger le lieu de pré­sen­ta­tion d’un objet. L’un des points clés pour réus­sir dans ce genre de busi­ness est de rendre la créa­tion et la per­son­na­li­sa­tion des conte­nus très facile et peu cou­teuse pour les annon­ceurs. Il faut même que cela soit du self-service pour les annon­ceurs ou pour leurs agences de com­mu­ni­ca­tion. La star­tup s’appuie pour l’instant sur Flash et un for­mat pro­prié­taire d’interactivité. Ce pro­jet me fait pen­ser à la star­tup pari­sienne Motion­Tree qui a une démarche voi­sine de créa­tion d’un for­mat de vidéo inter­ac­tive ouvert, le RVA. Elle est en train de le faire stan­dar­di­ser par le groupe MPEG, ce qui est à la fois ori­gi­nal et osé. Ils déve­loppent un player de réfé­rence et un outil d’authoring. Le player est des­tiné à toutes sortes d’usages et pour­rait être inté­gré en stan­dard dans tout un tas de devices. Deux approches bien dif­fé­rentes pour répondre au même besoin !

Touchalize value

  • Agent of Pre­sence (USA) qui est une marque de vête­ments fashion et connec­tés comme un sac en cuir lumi­neux, des robes qui changent de cou­leur selon le temps ou encore des bijoux connec­tés aux smart­phones. Le tout en asso­cia­tion avec des desi­gners ita­liens et hol­lan­dais. Sujet inté­res­sant dans l’habillage du futile et du paraitre avec ses effets de mode, par essence chan­geant en per­ma­nence. Cela ne don­nera pas pour autant une star­tup de type “pla­te­forme”, même si le busi­ness peut don­ner dans la récur­rence, la mode se renou­ve­lant en per­ma­nence. Le thème des vête­ments connec­tés est dans l’air depuis au moins six ans. J’en avais vus quelques-uns au CES. Le mar­ke­ting va s’appuyer à la fois sur la tech­no­lo­gie et sur le design. L’usage ? Pas sûr…

Je suis un peu cas­sant dans ce compte-rendu. Der­rière l’écume de la mode, il n’est pas mau­vais d’avoir les pieds sur terre. Je rela­ti­vise aussi beau­coup les choses sur ces star­tups du numé­rique et notam­ment du mobile. Il se trouve que j’ai l’occasion d’en croi­ser dans d’autres domaines. Chez Scien­ti­pôle Ini­tia­tive, par exemple, je peux voir le même jour une n+unième boite de social mar­ke­ting ana­ly­tics ou d’application mobile et une autre qui va expé­ri­men­ter des anti­corps mono­clo­naux per­met­tant de gué­rir de nom­breux can­cers dont les leu­cé­mies les plus graves (Inathe­rys). Pas le même niveau de pro­blème ! Cela amène à rela­ti­vi­ser les choses…

Que sont deve­nus les anciens gagnants de LeWeb ?

Le jury qui choi­sis­sait le gagnant de la com­pé­ti­tion était un peu gêné. Occa­sion de faire un petit bilan de ce que sont deve­nus les anciens gagnants de LeWeb ! Il y a tou­jours eu un gagnant, à l’exception de 2010 ou le jury final a décidé de nom­mer ex-aequo les trois pre­miers. C’est parti…

  • Yoono (France, 2006) : c’était au départ une applet de book­mar­king col­la­bo­ra­tive de sites inté­res­sants pour Fire­fox et Inter­net Explo­rer. Quelques pivots plus tard, la société est tou­jours là, s’est ins­tal­lée à San Fran­cisco et pro­pose une appli­ca­tion qui agrège l’activité de vos réseaux sociaux pour la pré­sen­ter de manière inté­grée. L’application tourne de manière indé­pen­dante, ou sous Chrome et Fire­fox. Ils sont loin d’être seuls à faire cela. Yoono a levé plus de $5m, mais en France, chez IDIn­vest Partners.

Qunb Request Example

  • Goo­jet (France, 2007) : la star­tup pro­po­sait un envi­ron­ne­ment mobile pour héber­ger des wid­gets. C’était juste après l’arrivée de l’iPhone et mois d’un an avant la créa­tion de l’App Store. Android est arrivé comme seconde lame de rasoir der­rière pour atti­rer les déve­lop­peurs. La société tou­lou­saine a pivoté pour se trans­for­mer en Scoop-it, un outil de cura­tion qui se porte bien, même si le concept a beau m’agacer sérieu­se­ment en tant que créa­teur de conte­nus. Ces uti­li­sa­teurs qui croient être un média en fai­sant comme effort prin­ci­pal de choi­sir des sources d’informations que Scoop-it agrège ensuite auto­ma­ti­que­ment. J’ai pu ren­con­trer son sym­pa­thique fon­da­teur à LeWeb 2012, Marc Rou­gier. La société se déve­loppe avec notam­ment la mise en place d’offres btob, une sorte de nou­veau pivot. En 2007, le res­pon­sable mar­ke­ting de Goo­jet était Cédric Giorgi. Il était aux manettes du “social track” dans la seconde salle de plé­nières à LeWeb 2012 ! Dans la Crunch­base, la société affiche un siège à San Francisco.
  • Viewdle (UK, 2008) : la société pro­pose des solu­tions logi­cielles uti­li­sant les camé­ras des mobiles, comme la recon­nais­sance de visages, et avec des appli­ca­tions diver­si­fiées. C’était et c’est resté un four­nis­seur de tech­no­lo­gies, uti­li­sées visi­ble­ment très sou­vent en marque blanche. La société, anglaise à l’origine, est main­te­nant ins­tal­lée à Palo Alto et elle a levé $12m.
  • Stribe (FR, 2009) : pro­po­sait et pro­pose tou­jours une sorte d’appendice “réseau social” aux sites web exis­tant qui sou­haitent se connec­ter aux uti­li­sa­teurs par ce biais-là. La société basée à Paris a aussi un pied à terre à San Fran­cisco. L’activité Stribe existe tou­jours mai elle ne semble pas croitre signi­fi­ca­ti­ve­ment. L’équipe fon­da­trice a sinon aussi lancé en 2012 un réseau social pour couples : Couple Street. Tu n’y as donc nor­ma­le­ment qu’un seul ami(e), ce qui limite un peu la vira­lité sauf à la limite, en chan­geant d’ami en per­ma­nence ! Ci-dessous, les gagnants Kamel Zeroual et Gaël Delal­leau après leur vic­toire en 2009.

Kamel Zeroual and Gaël Delalleau (Stribe) (2)

  • Super­Mar­mitte (France, 2010) : le speech de son fon­da­teur, Oli­vier Des­mou­lin (ci-dessous), avait été remar­qué à LeWeb par son côté à la fois humo­ris­tique et décalé. Il s’agissait de per­mettre à tout un cha­cun de vendre à d’autres ses petits plats pré­pa­rés à la mai­son. C’était la mode du “SOLOMO”. Pro­blème : ce n’est pas évident à sca­ler car il faut non seule­ment un bon inven­taire d’utilisateurs pro­duc­teurs pour que cela fonc­tionne, mais il faut que les consom­ma­teurs soient proches des pro­duc­teurs car la livrai­son des petits plats frais ne va pas se faire en Chro­no­post. C’est plus facile de faire du com­merce de pro­duits non péris­sables ! Sans comp­ter les pro­blèmes en termes de règle­men­ta­tion sur l’hygiène et la santé publique. Le ser­vice était en tout cas tou­jours opé­ra­tion­nel fin 2012. Mais bon, le site a l’air de tou­jours fonc­tion­ner et a inté­gré une forte approche édito­riale dans son contenu.

Olivier Desmoulin (SuperMarmitte) (6)

  • Paper.li (Suisse, 2010) : un concur­rent de Scoop-It. La société a levé $2,1m fin 2011, date à par­tir de laquelle le tra­fic a eu l’air de bais­ser, selon Google Trends tout comme Alexa. Ca sent le roussi !
  • Waze (Israel, 2010) : c’est la star des vain­queurs du web. Le ser­vice crowd­sourcé d’informations sur le tra­fic rou­tier se porte très bien. Le ser­vice est très malin : il capte les don­nées de dépla­ce­ment des uti­li­sa­teurs à par­tir de leur mobile. Nokia a du aussi essayer cela avec Nav­teq. Il faut signa­ler tou­te­fois que lorsqu’elle avait gagné LeWeb, Waze était déjà sur une tra­jec­toire net­te­ment ascen­dante (cf le graphe Goo­dle Trends ci-dessous en bas). La boite a battu le record pour les vain­queurs de LeWeb en levée de fonds : $67m en tout. Elle a son siège à Palo Alto.
  • Be-Into (Italy, 2011) : la star­tup pro­po­sait une pla­te­forme mobile de jeux per­mettant de gagner des cou­pons d’achat ou de réduc­tions. Dif­fi­cile de trou­ver ce qu’ils sont deve­nus. Avec un ana­gramme de benito, les moteurs de recherche sont paumés !

Pour ter­mi­ner, un peu d’analytics avec un petit tour chez Google Trends pour ana­ly­ser les requêtes sur Google Search après LeWeb. Comme un bon article dans LeWeb, cela génère un pic de visi­bi­lité très fort mais ce qui se passe après est très variable. La crois­sance la plus sou­te­nue concerne Waze qui explose tous les autres, Yoono ser­vant de réfé­rence de com­pa­rai­son entre les deux graphes.

LeWeb Startup Winners Comparison Google Trends

Autres star­tups pré­sentes à LeWeb

Il y avait plein d’autres star­tups pré­sentes à LeWeb. En voici quelques unes citées dans le blog Krii­siis, un autre site accré­dité à LeWeb. Il y en avait une dizaine sur le stand Belge (ci-dessous) ainsi qu’à peu près autant de pré­sentes dans les démons­tra­tions faites sur le stand de France Télé­vi­sions. Mais j’aurais l’occasion d’y reve­nir dans un autre article. Et puis, nous avions bien entendu les autres stands et évidem­ment les entre­pre­neurs par­ti­ci­pant à la confé­rence et qui pit­chaient leur pro­jet à tout bout de champ. C’est à cette occa­sion que j’ai ren­con­tré l’équipe de HAPILABS et sa e-fourchette qui compte le nombre de bou­chées que nous ava­lons et nous encou­rage à man­ger plus len­te­ment. Très ori­gi­nal ! Je les rever­rai … au CES 2013 d’ici quelques semaines !

Stand Belge

Dans le pro­chain article de ce compte-rendu, je vais m’attaquer à la face nord de la confé­rence avec les ses­sions en plénière !

Publié le 10 décembre 2012 Post de | Entrepreneuriat, Internet, LeWeb, Mobilité, Startups | 9099 lectures

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Les 9 commentaires et tweets sur “LeWeb 2012 : les startups” :

  • [1] - loïc a écrit le 10 décembre 2012 :

    “J’aimerai bien aussi que le site me cal­cule auto­ma­ti­que­ment la pro­gres­sion year-over-year du CA des grandes entre­prises du sec­teur consu­mer elec­tro­nics telle que je la publie chaque année dans mon Rap­port du CES !”

    Pour l’instant comme moteur de recherche des don­nées j’utilise Wol­fra­mAl­pha.
    La finance n’est pas mon domaine d’usage, mais je crois qu’il est assez riche­ment doté dans ce domaine-là.
    eg.
    http://wolfr.am/UsPScH

    En tout cas j’ai décou­vert Qunb et je leur sou­haite de réus­sir, car c’est un domaine vrai­ment très prometteur.

    Tou­jours autant de plai­sir à lire tes comptes-rendus, merci pour le partage !

    -- loïc

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 10 décembre 2012 :

      Merci pour le tuyau sur Wol­fram dont j’avais entendu par­ler mais sans plus. J’ai testé l’outil en met­tant plus de 15 boites et cela devient dif­fi­cile d’obtenir quelque chose. Il faut avoir les stock tickets pré­cis des boites évidemment !

      Il doit y avoir pas mal d’outils pour les pros de la finance pour com­pa­rer les don­nées finan­cières des boites. Mais ce ne sont pas encore des don­nées entiè­re­ment ouvertes, au sens… gra­tuites. Là, j’ai 60 boites à com­pa­rer en don­nées YoY !

  • [2] - (@PaulRichardet) (@PaulRichardet) a écrit sur Twitter le 10 décembre 2012 :

    Avec du @qunb dedans ! Vain­queur @leweb et issue de @lecamping ! RT @olivez: LeWeb 2012 : les star­tups http://t.co/CMEBNQts #Opi­nions Libres

  • [3] - qunb (@qunb) a écrit sur Twitter le 11 décembre 2012 :

    A nice honest review from @olivez, a detail: we boots­trap data acqui­si­tion via user uploads! LeWeb 2012 : les star­tups http://t.co/ucQhPKw7

  • [4] - Mathieu from qunb a écrit le 11 décembre 2012 :

    Bon­jour Oli­vier, tu peux peut-être essayer ycharts pour faire tes com­pa­rai­sons sur les résul­tats des boîtes du CES, l’outil est assez bien fichu et est très uti­lisé en finance. On s’en ins­pire beau­coup comme bench­mark d’usabilité.

    Merci pour l’article, très pro ! Tu as bien cerné le pro­blème : la quan­tité de data qui doit être bien plus grande que celle actuelle pour avoir une vraie pro­po­si­tion de valeur, ce qui nous a poussé à pivo­ter, et ce qu’on a pré­senté durant notre pitch.

    Pour boots­trap­per l’acquisition de contenu, nous pas­sons donc par l’upload par des par­ti­cu­liers et des grands comptes en B2B de leurs conte­nus sur la pla­te­forme. Façon You­Tube of data!

  • [5] - (@PemLT) (@PemLT) a écrit sur Twitter le 11 décembre 2012 :

    LeWeb 2012 : les star­tups… Tou­jours par @Olivez ! http://t.co/OxGv0iY1 #leweb

  • [6] - (@ndebock) (@ndebock) a écrit sur Twitter le 11 décembre 2012 :

    à lire ce billet d’@olivez sur les Star­tups qui ont gagné les pré­cé­dents LeWeb on peut croire qu’il y a une malé­dic­tion http://t.co/tMNUmCkP

  • [7] - (@lionellaske) (@lionellaske) a écrit sur Twitter le 11 décembre 2012 :

    Les star­tups récom­pen­sées à LeWeb 2012: “aucun pro­jet viable” selon le jury. Oooch. (@olivez) http://t.co/5j8VuY1v




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