L’impact économique de l’Internet en France

Publié le 13 mars 2011 et mis à jour le 15 mars 2011 - 12 commentaires -
PDF Afficher une version imprimable de cet article
   

Mer­credi 9 mars 2011 était pré­sen­tée sous les aus­pices du gou­ver­ne­ment une étude sur “L’impact d’Internet sur l’économie fran­çaise”. Avec quelques don­nées impres­sion­nantes : l’Internet repré­sen­te­rait le quart de la crois­sance en France et plus d’un mil­lion d’emplois. Mais la France serait encore en retard du point de vue de l’équipement des PME.

Comme quelques autres lec­teurs patients, j’ai lu les 44 pages de cette étude. Et voulu grat­ter un peu sous la sur­face pour en com­prendre les tenants et abou­tis­sants. D’où cet article de décryptage.

Rapport McKinsey Impact Economique Internet France Mars 2011

La pré­sen­ta­tion de l’étude

Elle était réa­li­sée devant une grosse cen­taine d‘invités médias, indus­triels et poli­tiques à l’hôtel des Ministres de Bercy lors d’une table ronde avec Eric Bes­son, Ministre de l’Industrie et de l’Economie Numé­rique, deux repré­sen­tants de McKin­sey ayant réa­lisé cette étude et quelques patrons d’entreprises de l’Internet. La table ronde était ani­mée par Fré­dé­ric Bedin, le pré­sident de Crois­sance Plus et aussi DG de Public Sys­tème, un pres­ta­taire de ser­vice bien connu dans l’événementiel.

Conference de Presse Impact Economique Internet en France Mars 2011

Eric Bes­son est inter­venu assez suc­cinc­te­ment, exer­çant comme tou­jours son humour quelque peu cynique. Sa pré­sence était logique, étant en charge du numé­rique, il ne pou­vait que se féli­ci­ter de cette étude qui mon­trait l’importance écono­mique de l’Internet mais égale­ment le bien­fondé d’un cer­tain nombre d’actions qui figu­raient dans son plan France Numé­rique 2012. Il en a aussi pro­fité pour répondre aux ques­tions hors sujet de jour­na­listes dans la salle, comme sur la gou­ver­nance et la consti­tu­tion du Conseil Natio­nal du Numé­rique. Tout en saluant le tra­vail de Pierre Kosciusko-Morizet dans son rap­port sur le CNN, il indi­quait que le mode de dési­gna­tion de ses membres serait pro­ba­ble­ment la nomi­na­tion par l’Elysée et non pas une élec­tion comme le pro­po­sait ce dernier.

Eric Beson Mar2011 (2)

Il y avait dans la table ronde quelques socié­tés repré­sen­tant un échan­tillon des “bonnes pra­tiques” citées dans le rap­port : AuFé­mi­nin (ci-dessous à droite, sa DG, Marie-Laure Sauty de Cha­lon), Pecheur.com (vente d’articles de pêche en ligne) et Baby­loan (prêt pour pro­jets soli­daires, déjà évoqué ici). Trois “pure players” du web, tous ayant une audience en France mais aussi hors de France.

Frédéric Bedin et Marie-Laure Sauty de Chalon Mar2011

Le contenu de l’étude

Cette étude est sur­tout une com­pi­la­tion habile de don­nées macro-économiques gla­nées à droite et à gauche (OCDE, INSEE, etc). Elle s’appuie aussi sur une enquête auprès d’entreprises du sec­teur de l’Internet.

Les points clés en sont :

  • La valeur ajou­tée de la filière Inter­net était de 60 Md€ en 2009 pour atteindre 72 Md€ en 2010. Cette filière englobe la par­tie “data” des opé­ra­teurs télé­coms, le maté­riel et le logi­ciel liés aux usages de l’Internet (autant dire, toute l’informatique), les acti­vi­tés ayant le web comme sup­port (e-commerce, publi­cité en ligne), les ser­vices infor­ma­tiques liés à Inter­net et les “pure players” de l’Internet (star­tups, etc).
  • Cette filière repré­sen­tait 3,2% du PIB en 2009 et 3,7% en 2010. Avec une pré­vi­sion de 130Md€ en 2015, soient 5,5% du PIB. Et sur­tout autant ou plus que des sec­teurs tels que l’énergie, les trans­ports ou l’agriculture.
  • Elle génère 1,15 mil­lion d’emplois directs, indi­rects et induits et en aurait créé 700 000 en 15 ans.
  • Elle repré­sente 25% de la crois­sance du PIB et de la créa­tion nette d’emplois en 2010.
  • L’investissement dans l’Internet est ren­table : 1€ investi génère 2€ de marge opé­ra­tion­nelle. Chaque € investi en mar­ke­ting en ligne rap­porte 2,5€ de bénéfices.
  • Les entre­prises à “forte inten­sité web” croissent deux fois plus vite que les autres et exportent deux fois plus (4% du CA vs 2,6% en moyenne). Mais cette forme de pré­sen­ta­tion fait une confu­sion clas­sique entre cor­ré­la­tion et cau­sa­lité. Les entre­prises qui exportent ont besoin de l’Internet. Mais elles n’exportent pas “à cause de l’Internet”.
  • Le rap­port évoque un “sur­plus de valeur” financé par la publi­cité en ligne estimé à 7 Md€. Ce qui repré­sente 36€ par mois et par foyer connecté et rem­bourse donc l’abonnement ADSL triple play ! De quoi s’agit-il ? De la valeur vir­tuelle esti­mée par les consom­ma­teurs et obte­nue par les ser­vices gra­tuits du web. Elle  a été esti­mée par l’IAB (Inter­net Adver­ti­zing Bureau). Cette valeur est esti­mée à 8 Md€ ce à quoi ont été retran­chés 1 Md€ que les consom­ma­teurs seraient prêts à payer pour ne pas avoir de publi­cité. D’où un “sur­plus” de 7 Md€ qui repré­sente le triple des reve­nus de la publi­cité en ligne. Au moins la moi­tié de ce revenu publi­ci­taire en ligne s’échappe de France (pour ce qui est de Google, Micro­soft et Yahoo), mais le rap­port n’en parle évidem­ment pas. Mais comme une bonne part de la valeur reçue par les consom­ma­teurs pro­vient de ser­vices Inter­net gra­tuits ori­gi­naires d’outre-Atlantique, cela s’équilibre. Le rap­port oublie de pré­ci­ser qu’une grande par­tie de la valeur de ces ser­vices est finan­cée par l’amorçage et le capital-risque de la myriade de star­tups et entre­prises du sec­teur ! Face­book a levé à lui tout seul plus de $1,5B !
  • Les consom­ma­teurs ont réa­lisé 2,5Md€ d’économies grâces aux achats en ligne. C’est la dif­fé­rence entre le prix des biens et ser­vices sur Inter­net et leur équi­va­lent dans le com­merce de détail traditionnel.
  • Enfin, l’étude met en avant le “bien être” généré par l’Internet : l’accélération de la recherche d’emplois, la qua­lité des soins, la démo­cra­ti­sa­tion du savoir, la sim­pli­fi­ca­tion de la vie quo­ti­dienne et les nou­veaux liens sociaux géné­rés par les réseaux com­mu­nau­taires. Ca fait un peu pays des Bisou­nours, mais c’est très sérieu­se­ment ins­crit tel que dans le rapport !

En creux, l’étude pré­sente aussi le retard des PME fran­çaises dans leur pré­sence en ligne et le com­merce en ligne.

Mal­gré son fort équi­pe­ment en ADSL, la France serait fina­le­ment un pays moyen pour ce qui est de l’adoption de l’Internet. Elle est mesu­rée par un indice “e” inventé par McKin­sey qui conso­lide dif­fé­rents para­mètres de l’équipement Inter­net dans un pays. Selon cet indice, la France serait au 17ème rang des pays de l’OCDE (clas­se­ment ci-dessous). Et on retrouve comme d’habitude en tête les pays nor­diques, le Royaume Uni et l’Amérique du Nord puis la Corée. Pas une grande surprise !

Connectivite Internet dans OCDE 2010

Et voici le mode de cal­cul qui agglo­mère le nombre d’ordinateurs per­son­nels, d’abonnements mobiles et haut débit, la pro­por­tion de sites web dans les entre­prises, la pro­por­tion des dépenses publiques affec­tées à la filière de l’Internet, la publi­cité en ligne et le dyna­misme du com­merce en ligne :

McKinsey Indice e

Mais lorsque l’on rentre dans les détails, on peut noter que la France est plus avan­cée dans les usages grand public que dans la pra­tique de l’Internet dans les entre­prises et sur­tout les PME. De nom­breuses sta­tis­tiques abondent dans ce sens, mais n’étaient pas pré­sen­tées dans l’étude (comme chez Euro­stat). De ce point de vue là, je qua­li­fie­rai l’étude d’assez superficielle !

Detail Rang France OCDE

Alors, pour­quoi nos mal­heu­reuses PME sont en retard dans leur liai­son avec Inter­net ? Le “pour­quoi” est peut-être lié au “qui”. En effet, une ana­lyse sec­to­rielle serait inté­res­sante. Dans les TPE et PME, quelle est la part d’entre elles qui pro­posent des ser­vices de proxi­mité et sont moins enclines à se mettre sur Inter­net et à for­tiori à vendre en ligne que les PME indus­trielles qui exportent ?

Sinon, l’Internet étant devenu une telle com­mo­dité que par cer­tains côtés et par ses dif­fé­rents biais sim­pli­fi­ca­teurs, cette étude sur l’impact écono­mique de l’Internet res­semble à une étude qui aurait été faite en 1947 sur l’impact écono­mique de l’électricité sur la crois­sance. Elle tire en effet la cou­ver­ture à elle en mélan­geant cor­ré­la­tion, causes et effets comme nous l’avons déjà vu. Elle agglo­mère des don­nées sur une par­tie des indus­tries du numé­rique avec les don­nées de l’usage du numé­rique dans l’ensemble des entre­prises, notam­ment en termes d’emplois.

Les pro­po­si­tions de l’étude

Pour faire bonne figure, l’étude se ter­mine avec quelques pro­po­si­tions de pistes issues de best prac­tices d’autres pays pour amé­lio­rer notre indice “e” et aug­men­ter la contri­bu­tion de l’Internet à la crois­sance française :

  • Ren­for­cer les infra­struc­tures et déve­lop­per les usages : conti­nuer les inves­tis­se­ments dans le haut débit, encou­ra­ger les inves­tis­se­ments pri­vés, faire de la for­ma­tion, et déve­lop­pe­ment l’administration en ligne.
  • Créer un envi­ron­ne­ment favo­rable à l’innovation : avec une régu­la­tion favo­ri­sant la concur­rence (sans beau­coup plus de pré­ci­sion), déve­lop­per les for­ma­tions supé­rieures liées aux besoins de l’industrie, déve­lop­per la com­mande publique, et encou­ra­ger le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal des acteurs fran­çais du secteur.
  • Adop­tion des TIC dans les PME : encore le e-government, le haut débit et le très haut débit et la réduc­tion de la frac­ture ter­ri­to­riale. Mais pas de recette miracle.

Ce n’est pas la par­tie la plus déve­lop­pée de l’étude et elle se garde bien de por­ter un juge­ment pré­cis sur les poli­tiques publiques menées en France autour du numé­rique depuis une décennie.

Back to the future

L’histoire du retard de la France et de l’Europe dans le numé­rique, notam­ment au niveau de ses entre­prises est très ancienne. Le pro­pos du rap­port est récur­rent depuis des décennies.

En voici un exemple sorti de mes archives : une (excel­lente) pré­sen­ta­tion réa­li­sée par Jean-Marie Des­car­pen­tries, alors PDG du groupe Bull, lors du Com­dex de jan­vier 1997 et au Palais des Sports de la Porte de Ver­sailles à Paris. J’en conserve reli­gieu­se­ment le fichier Power­point tant elle m’avait impres­sionné par son approche macro-économique du numérique.

JMD y pré­sen­tait le rôle posi­tif des inves­tis­se­ments dans le numé­rique pour les pays et les entre­prises. Il mon­trait que la crois­sance du PIB des pays ou du CA des entre­prises était cor­ré­lée avec le poids des inves­tis­se­ments dans le numé­rique et en par­ti­cu­lier avec ceux qui sont tour­nés vers les clients. Il mon­trait aussi avec son exemple de pyra­mide de valeur inver­sée (entre­prise tour­nées vers les clients) qu’il valait mieux avoir une stra­té­gie orien­tée client qu’orientée réduc­tion des couts. Il mili­tait pour que les DSI fassent par­tie des Comi­tés Exé­cu­tifs des entre­prises. A l’époque, on par­lait de “client-serveur” et pas encore de com­merce élec­tro­nique, le web n’ayant que deux à trois années d’existence. Mais le paral­lèle est frappant.

$RSAR91M

Depuis, Nicho­las Carr a fait des ravages avec son “IT Doesn’t Mat­ter”. Les DSI ont perdu du pou­voir plus qu’ils n’en ont gagné. Ils deviennent des pilotes de sous-traitants avec la géné­ra­tion du faci­lity mana­ge­ment, de l’offshore et du cloud com­pu­ting. Les direc­tions mar­ke­ting ont pris du pou­voir en s’appropriant très sou­vent la stra­té­gie Inter­net des grandes entre­prises. Et les PME sont tou­jours aussi en retard. Quand on clai­ronne que la France rat­trape son retard en la matière, elle ne fait géné­ra­le­ment qu’avancer au même rythme que les autres pays, voire par­fois plus len­te­ment et sans véri­ta­ble­ment rat­tra­per son retard.

Pen­dant ces mêmes années 90, les bench­marks inter­na­tio­naux mon­traient aussi que les entre­prises fran­çaises étaient en retard par rap­port à l’Europe du Nord dans l’adoption des outils de mes­sa­ge­rie et de tra­vail col­la­bo­ra­tif. Un déca­lage qui per­dure sous d’autres formes et semble expli­cable par des dif­fé­rences cultu­relles et sur des modes de mana­ge­ment qui n’évoluent pas assez vite. Par­fois, c’est aussi la capa­cité à mar­ke­ter et à vendre qui fait défaut. Que seraient ainsi les recettes liées à l’attractivité tou­ris­tique de notre pays si les res­tau­rants et cafés étaient plus accueillants et commercants ?

L’origine de l’étude

Cette étude n’était pas ano­dine. Elle était en effet com­man­di­tée et finan­cée par Google France et réa­li­sée par McKinsey.

C’en était même une sorte de “best prac­tice” du lob­bying avec dans l’ordre :

  • Une étude réa­li­sée par le plus pres­ti­gieux des cabi­nets de consul­ting, au demeu­rant aussi américain.
  • Une intro­duc­tion de l’étude rédi­gée par Chris­tian Saint-Etienne, écono­miste au CNAM et au Conseil d’Analyse Eco­no­mique du Pre­mier Ministre don­nant l’impression que ce der­nier l’approuve. Dans le B-A-BA du lob­bying, il faut s’associer à des écono­mistes recon­nus localement.
  • Une étude qui montre le rôle écono­mique posi­tif joué par l’Internet et par le com­man­di­taire. Elle évoque ainsi les effets écono­miques indi­rects de l’Internet, comme les “achats faci­li­tés, pré­pa­rés, et déclen­chés par une recherche en ligne”, qui sont esti­més à 28 Md€ en 2009. On ne sait trop com­ment. En mon­trant que les ser­vices en ligne gra­tuits finan­cés par la publi­cité créent beau­coup de valeur et avec un fort effet de levier, l’étude jus­ti­fie aussi indi­rec­te­ment la fuite des reve­nus de Google vers l’Irlande. Il faut bien finan­cer les infra­struc­tures de Google qui font tour­ner ces ser­vices gratuits !
  • Une pré­sen­ta­tion en grande pompe à Bercy, devant la presse, et en pré­sence d’un membre consen­tant du gou­ver­ne­ment. Les par­te­na­riats public-privés sont à la mode !
  • L’intervention de Jean-Marc Tas­se­tot, le DG de Google France (et ex SFR), dans la table ronde (ci-dessous). Le seul acteur indus­triel et tech­no­lo­gique pré­sent sur scène, tous les autres étant fina­le­ment des sites web “obli­gés” de Google.

Jean-Marc Tasseto Google France

Comme dans toute opé­ra­tion de lob­bying, les moti­va­tions de son ini­tia­teur sont à la fois liées à l’image et au déve­lop­pe­ment du busi­ness. Ou plu­tôt, il s’agit tou­jours d’une moti­va­tion busi­ness asso­ciant du défen­sif à de l’offensif. Tan­dis que la société com­mence à être atta­quée à Bruxelles, voire même aux USA, pour pra­tiques concur­ren­tielles contes­tables (notam­ment par le manque de trans­pa­rence et les alté­ra­tions “manuelles” du Page­Rank), elle a besoin de se faire des amis dans les gou­ver­ne­ments et de mon­trer son impact écono­mique local. Côté offen­sif, Jean-Marc Tas­se­tot expli­quait que son chiffre d’affaire en France est bien faible au regard de la popu­la­tion du pays, lorsqu’il se com­pare au Royaume-Uni ou à l’Allemagne. Il ne serait pas éton­nant que le CA de Google France soit proche de la moi­tié de celui de Google UK ou Gmbh. Comme je l’avais vécu chez Micro­soft et comme de très nom­breuses entre­prises amé­ri­caines le vivent depuis des années ! Il faut donc des actions d’envergure pour dyna­mi­ser les usages dans les PME qui sont les ache­teuses d’AdWords et autres AdSense ! Si le gou­ver­ne­ment peut don­ner un coup de pouce à Google dont le bud­get mar­ke­ting et la pré­sence ter­rain sont plus que limi­tés, pour­quoi pas !

On retrou­vait ces moti­va­tions dans les biais de l’étude et de la table ronde : la France y est pré­sen­tée sur­tout comme un pays de consom­ma­teurs d’Internet et de com­merce en ligne. Doit-on être un pays d’usagers ou aussi un pays créa­teur de richesses dans les tech­no­lo­gies du numé­rique ? L’étude penche sur­tout pour les usages ! On aurait appré­cié d’avoir quelques indus­triels de cités. Vous direz bien : les­quels ? Ils ne manquent pour­tant pas, même si ils ont des hauts et des bas : Alca­tel (télé­coms), Tech­ni­co­lor (TV connec­tée, reve­nus à la crois­sance), Archos (tablettes connec­tées), Par­rot, STMi­croe­lec­tro­nics (com­po­sants pour la connec­ti­vité) ou Bull (ser­veurs, data­cen­ters) pour ne prendre que les indus­tries du maté­riel. On pour­rait évoquer égale­ment les acteurs des conte­nus, tout aussi évités dans l’opération. Google essaye de faire pas­ser l’idée que sa solu­tion Google TV n’est pas si des­truc­trice de valeur que cela aux chaines de télé­vi­sion, mais ce n’était pas du tout l’objet de cette étude ! Une autre sui­vra sans doute !

Dans cette opé­ra­tion de lob­bying de Google, j’ai vu l’histoire se répé­ter sous mes yeux. Google fait aujourd’hui ce que Micro­soft fai­sait il y a dix ans pour valo­ri­ser l’impact du logi­ciel dans l’économie fran­çaise et dans les PME (j’ai  décris de nom­breuses ana­lo­gies entre les deux socié­tés dans cette mono­gra­phie en 2007). Comme de nom­breux indus­triels amé­ri­cains (avec Cisco, Oracle, etc), Micro­soft fai­sait et fait tou­jours des efforts de lob­bying pour pous­ser l’Etat à encou­ra­ger les PME à s’équiper en numérique.

En soi, ce n’est pas une pra­tique mar­ke­ting répré­hen­sible. Pous­ser au déve­lop­pe­ment de l’usage des nou­velles tech­no­lo­gies dans son pays est une bonne chose. Que le poli­tique le récu­père en est une égale­ment tant il est lent à la détente. Et il vaut mieux connaitre la généa­lo­gie de ces dif­fé­rentes actions ! La trans­pa­rence ne nuit pas à leur efficacité !

Publié le 13 mars 2011 et mis à jour le 15 mars 2011 Post de | Economie, France, Google, Internet, Politique | 9555 lectures

PDF Afficher une version imprimable de cet article          

Les 12 commentaires et tweets sur “L’impact économique de l’Internet en France” :

  • [1] - Richard Toper a écrit le 13 mars 2011 :

    Oli­vier bon­soir,
    Point de vue très inté­res­sant sur l’évolution de notre monde numé­rique fran­çais.. et les acteurs mon­diaux qui poussent…

    J’attire ton atten­tion et ceux des lec­teurs de ton blog sur la table ronde ci-dessus orga­ni­sée par l’IREST http://www.irest.org/irest

    Le Busi­ness Model des opé­ra­teurs est-il en dan­ger ?
    Com­ment se pré­pa­rer au nou­vel écosys­tème de demain ?

    L’IREST pro­pose une réunion-débat sur les évolu­tions des busi­ness models des acteurs du monde des télé­coms et de l’internet, qui se tien­dra le : Jeudi 17 Mars 2011 de 18:00h à 20:00h à Tele­com Paris­Tech :46, rue Bar­rault 75013 Paris

    Afin de réflé­chir sur « le para­digme de la trans­for­ma­tion des écosys­tèmes », Jean-Pierre Bie­naimé, Pré­sident de l’UMTS Forum, Conseiller de l’IREST, ani­mera la Table Ronde, com­po­sée de:

    Jean-Paul Cot­tet, Direc­teur Exé­cu­tif Mar­ke­ting & Inno­va­tion Groupe, France Tele­com Orange
    Jean-Dominique Pit, Direc­teur de la Stra­té­gie, SFR
    Jean-Marc Tas­setto, Direc­teur Géné­ral France, Google
    Renaud Di Fran­cesco, Divi­sio­nal Direc­tor, Europe Tech­no­logy Stan­dards Office, Sony
    Alain Val­lée, Cher­cheur, Chaire Inno­va­tion et Régu­la­tion des Ser­vices Numé­riques, Tele­com ParisTech

  • [2] - Serge F. a écrit le 14 mars 2011 :

    Bel exemple de lobby amé­ri­cain à tra­vers Google effec­ti­ve­ment, avec l’aide de jeunes ex-fonctionnaires de l’Etat. Merci pour cette ana­lyse très poin­tue. Il me semble qu’Anne-Sophie Bor­dry (ex-conseillère numé­rique de NKM) a aussi été débau­chée par Face­book pour faire du lob­bying. Elle est la soeur de l’ex direc­trice géné­rale de Yahoo France…
    C’est Oli­vier Esper qui est chargé des “affaires publiques” pour Google France, après avoir tra­vaillé pour Cisco et l’Autorité de Régu­la­tion des télé­coms…
    Ce type de fonc­tion com­mence à prendre de l’importance dans la plu­part des grandes entre­prises du numé­rique notam­ment.
    Ce sont en géné­rale des per­sonnes qui ont d’abord conseillé les poli­tiques avant de pas­ser dans le privé pour vendre leur car­net d’adresses et mani­gan­cer…
    Une stra­té­gie par ens­ser­re­ment… qui pour­rait ne pas tou­jours ser­vir les inté­rêts de la France…
    Nous sommes les cham­pions de cocoo­ning de star­tups à idées… Et c’est cela que viennent cher­cher ces grandes entre­prises amé­ri­caines ici. Pour les obli­ger à pas­ser par eux d’abord… en pro­fi­tant des tuyaux sur place.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 14 mars 2011 :

      Les grandes boites fran­çaises font aussi du lob­bying ! A côté, les boites amé­ri­caines sont des enfants de coeur ! Un petit tour chez les tel­cos : rien que chez FT, une ancienne Ministre, des membres des Corps des Télé­coms liés à Bercy, etc.

      Le rôle des pou­voirs publics est d’éviter à mon sens de se lais­ser enfer­mer dans une logique du déve­lop­pe­ment de la “consom­ma­tion de tech­no­lo­gies” au détri­ment de leur “pro­duc­tion”. L’étude McKin­sey était ainsi par­ti­cu­liè­re­ment dis­crète sur la notion d’innovations et de pro­duc­tions de tech­nos liées à Inter­net. Ce n’est pas par hasard !

      • [2.1.1] - macha a répondu le 14 mars 2011 :

        Incroyable cette étude de mckin­sey ! On nous pousse à consom­mer de l’américain à fond et sur­tout pas finan­cer nos génies. Mais avec ce qui vient de se pas­ser au Japon, je pense que les inves­tis­seurs vont inci­ter les entre­prises à s’implanter chez nous LA FRANCE !. On moins c’est plus sûr (pas de tsu­nami, pas de trem­ble­ment de terre, un cli­mat extra et des jeunes bien for­més)… La don­née géo­lo­gique va deve­nir cen­trale main­te­nant. Tout le monde vou­dra s’installer ici. C’est le rêve. Tan­dis que la Cali­for­nie est aussi très ris­quée (séismes, tsu­nami…)… Alors ?
        J’oubliais : nos cen­trales nucléaires sont super bien conçues. On risque rien…

  • [3] - Hervé Kabla a écrit le 15 mars 2011 :

    Salut Oli­vier, fina­le­ment, c’est du bon vieux lob­bying, cou­plé à une oppor­tu­nité poli­tique que Bes­son n’a pas ratée, mais bah, pour­quoi se plaindre de nou­velles fina­le­ment pas si

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 16 mars 2011 :

      Je ne me plains pas. Je décrypte l’origine de l’étude. En valeur abso­lue, elle est encou­ra­geante. En valeur rela­tive par rap­port aux autres pays, elle montre le che­min à par­cou­rir. Il faut tou­jours avoir des défis sous le coude…

  • [4] - patr_ix a écrit le 16 mars 2011 :

    Merci Oli­vier pour cette ana­lyse. Belle opé­ra­tion de lob­bying en effet. Merci pour sa mise en pers­pec­tive his­to­rique.
    Je pense que l’approche est plus défen­sive qu’offensive. L’enjeu finan­cier du lob­bying auprès du gou­ver­ne­ment en géné­ral et de Eric Bes­son en par­ti­cu­lier penche de mon point de vue plus du côté des taxes à éviter. A suivre.

  • [5] - Hernan a écrit le 14 avril 2011 :

    Le rap­port confirme tout ce que voient les pro­fes­sion­nels du web, à savoir que les PME sont lar­ge­ment sous-équipée.
    Je trouve les études sur la ren­ta­bi­lité très inté­res­sante. C’est ce qui manque la plu­part du temps dans les rapports.

    Bravo aussi pour la mise en pers­pec­tive. Pas tou­jours facile de trou­ver des articles qui ana­lysent un peu et ne se contentent pas de sim­ple­ment reprendre les rapports.

  • [6] - MUNCI a écrit le 15 mars 2012 :

    30 minutes et pas un cen­time d’euro : il n’en faut pas plus pour connaitre le nombre réel des créa­tions d’emploi dans le numé­rique sur les 15 der­nières années (1995-2009) grâce aux sta­tis­tiques publiques (Pôle emploi et Insee).

    Il en res­sort que ce nombre ne dépasse pas les 311 000, loin des 700 000 emplois de la (trop fameuse) étude Mc Kin­sey sur “l’impact d’internet sur l’économie fran­çaise”, constam­ment reprise (entre autres) par le Gou­ver­ne­ment, le Syn­tec Numé­rique et le Conseil Natio­nal du Numérique…

    A lire : http://munci.org/Les-vrais-chiffres-des-creations-d-emploi-dans-le-numerique-depuis-15-ans-Mc-Kinsey-Co-au-placard




Ajouter un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags dans vos commentaires :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong> , sachant qu'une prévisualisation de votre commentaire est disponible en bas de page après le captcha.

Captcha

Pour valider votre commentaire, veuillez saisir les lettres ci-dessus et cliquer sur le bouton Publier le commentaire ci-dessus.




Derniers posts

Derniers commentaires

“Sur les TV Samsung et LG, comme je l'explique, le procédé pour rendre HbbTV opérable est assez alambiqué et il faut en effet être courageux pour y arriver. A ma connaissance, le signal HbbTv est diffusé en TNT s...”
“C'est bien joli le HBBtv mais moi je ne le vois marcher nullepart. Ca marche partout en france ? Ma télé est compatible et le service activé, j'ai des amis qui ont des télés compatibles, et ça ne marche pas... R...”
“Enfin j'ai compris ce qu'est un #framework! Merci et Big RT "Les français de la TV connectée : Joshfire" de @olivez sur...”
“Comme c'est le cas de beaucoup de startups, il doit bien y avoir une combinaison de CIR/JEI, de stagiaires et de fondateurs qui se payent peu ou pas. Sachant que s'ils sont aujourd'hui 17, ils devaient être la moitié i...”


Abonnement email

Pour recevoir par email les alertes de parution de nouveaux articles :


 


Téléchargements gratuits

Ces documents sont diffusés gratuitement (sous Creative Commons) et en PDF.

Le Guide des Startups, mis à jour environ deux fois par an :

image

Le Rapport du Consummer Electronic Show de Las Vegas, publié chaque année en janvier depuis 2006 :

CouvertureRapportCES

Les clivages de la présidentielle 2012 sur le numérique :

CouvertureClivagesNumeriques

Voir aussi la liste complète des publications de ce blog.

Catégories

Tags


Evénements

image

Les articles sur toutes les éditions de LeWeb depuis 2006.

Voyages

Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays :

Chine (2010) à Shanghai et Beijing
Israël (2010) à Tel Aviv
Japon (2009) à Tokyo
Japon (2011) au CEATEC de Tokyo