L’écosystème israélien de l’innovation 1/3

Publié le 4 juin 2010 et mis à jour le 1 octobre 2011 - 6 commentaires -
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L’écosystème de l’innovation high-tech israé­lien est sou­vent érigé comme exemple à suivre vu d’Europe. Le pays conjugue en effet de nom­breux super­la­tifs : la high-tech repré­sente les trois quarts des expor­ta­tions du pays, sa den­sité de star­tups par habi­tant est sans équi­va­lent au monde, le finan­ce­ment des star­tups est voi­sin de celui de pays euro­péens douze fois plus grands, les suc­cès à la pelle de la taille d’un Busi­ness Objects, une quan­tité impres­sion­nante de star­tups cotés au Nas­daq (numéro trois mon­dial après les US et la Chine), des uni­ver­si­tés aux pre­miers rangs mon­diaux, etc. De quoi faire des envieux dans la vieille Europe !

Mais les méca­nismes internes de ce suc­cès ne sont pas for­cé­ment bien connus ni bien com­pris dans l’écosystème fran­çais de l’innovation. Comme dans la Sili­con Val­ley, ces suc­cès résultent d’une longue his­toire, d’un envi­ron­ne­ment socio-culturel très par­ti­cu­lier et de divers méca­nismes économiques.

Suite à un voyage (en solo) en Israël à la ren­contre d’entrepreneurs, d’investisseurs et d’industriels, je me pro­pose d’aider à décryp­ter tout cela et sur­tout à iden­ti­fier ceux des fac­teurs de suc­cès d’Israël qui pour­raient d’une manière ou d’une autre être impor­tés en France. Un peu dans la logique de mon voyage de 2007 dans la Sili­con Val­ley ou en Corée et au Japon en 2009.

Ce compte-rendu est découpé en cinq parties :

  • Les éléments de culture locale au sens large du terme, le psy­ché d’Israël du fait de son contexte géo­gra­phique et poli­tique bien par­ti­cu­lier, le carac­tère qui en résulte et aussi l’impact du ser­vice militaire.
  • Une inter­ven­tion publique prag­ma­tique, qui est à l’origine de nombre de ces suc­cès mais a su évoluer en fonc­tion du mar­ché et de la matu­rité de l’écosystème.
  • Un finan­ce­ment privé mature, avec de nom­breux busi­ness angels et socié­tés de capi­tal risque très actifs. Sachant qu’en la matière, les suc­cès entrainent les suc­cès. C’est un cercle ver­tueux qui conti­nue de fonc­tion­ner même en temps de crise.
  • Les liens étroits avec les USA, qui se situent à tous niveaux : les star­tups israé­liennes qui s’implantent rapi­de­ment aux USA, les grandes socié­tés amé­ri­caines qui font de même en Israël, y achètent des star­tups, mais aussi les inves­tis­seurs amé­ri­cains qui inves­tissent en Israël.
  • Le para­doxe du mar­ché inté­rieur qui est à l’opposé du dyna­misme du sec­teur high-tech. Les infra­struc­tures télé­coms, de l’accès Inter­net tout comme dans la télé­vi­sion numé­rique sont fai­ble­ment déve­lop­pées. Ce n’est pas un fac­teur de suc­cès des star­tups, mais c’est un élément de contexte à examiner.

Il s’appuie sur diverses ren­contres sur place, dont notam­ment Karen Gor­don (de la Mis­sion Eco­no­mique rat­ta­chée à l’Ambassade de France), Ber­nard Nabet (Cré­dit Agri­cole Pri­vate Equity), Yosi Glick (de la star­tup Jinni), Ido Wie­sen­berg (de la star­tup Tvinci) et de Zack Weis­berg (de Micro­soft R&D à Herz­liya) et Jéré­mie Ber­rebi (Kima Ven­ture), que je remer­cie tous au pas­sage pour leur accueil.

Les tours Azrieli de Tel Aviv

Je com­plè­te­rai tout cela avec un point spé­ci­fique sur l’écosystème israé­lien de la télé­vi­sion numé­rique, l’autre objet de ce voyage.

La culture locale

Israël est un petit pays de 7,3 mil­lions d’habitants dont 1,5 mil­lions d’arabes israé­liens. Son his­toire est bien connue : le sio­nisme de Herzl, le rôle de la Shoah, la créa­tion de l’Etat en 1948, les nom­breuses guerres et la dif­fi­cile ques­tion de la créa­tion d’un Etat pales­ti­nien. S’y ajoutent le Hamas, le Hez­bol­lah, l’Iran et tout le tou­tim. Le pays est géo­gra­phi­que­ment isolé par rap­port à l’ensemble de ses voi­sins. Son sort écono­mique est dont lié aux zones géo­gra­phiques non limitrophes.

Le pays dis­pose aussi de res­sources natu­relles limi­tées, notam­ment en eau. L’économie locale s’est déve­lop­pée ini­tia­le­ment avec l’agriculture, l’industrie et le le tou­risme. La high-tech a pris le relai de la crois­sance dans les années 80 et 90. C’est en effet un sec­teur d’activité qui ne néces­site pas ou peu de res­sources natu­relles, un peu comme en Corée du Sud, à Taï­wan ou Sin­ga­pour. Et c’est sur­tout un busi­ness d’exportations, là où le mar­ché inté­rieur est insi­gni­fiant à l’échelle mondiale.

Les adultes israé­liens que l’on trouve dans la high-tech ont plu­sieurs origines :

  • Les “sabras” (cac­tus) qui sont nés dans le pays, y ont fait leur ser­vice mili­taire de trois ans, par­fois en pleine guerre.
  • Les immi­grés juifs qui pro­fitent de la loi du retour. Ils pro­viennent de tous les conti­nents, mais le contin­gent le plus impor­tant de ces der­nières années pro­vient des pays de l’Europe de l’Est et sur­tout de la Rus­sie. Plus d’un mil­lion d’habitants des pays de l’Est ont ainsi peu­plé le pays et l’ont radi­ca­le­ment trans­formé, y com­pris poli­ti­que­ment (vers la droite).
  • Les israé­liens de l’étranger, qui sont assez nom­breux au regard de la popu­la­tion d’Israël. Ils émigrent dans les pays por­teurs, sur­tout aux USA (107000), au Canada (21000) et en Europe. Autant pour des rai­sons écono­miques que par rejet du mode de vie à l’israélienne.

Il existe aussi une immi­gra­tion du tra­vail signi­fi­ca­tive dans le pays, essen­tiel­le­ment d’origine asia­tique (Phi­lip­pines, Thaï­lande) avec une spé­cia­liste de ces dif­fé­rents pays dans les emplois à faible qua­li­fi­ca­tion qui ne nous concernent pas ici.

Le contexte du pays pèse lourd sur le psy­ché local. Les israé­liens par­tagent des éléments de culture voi­sins des amé­ri­cains, sur­tout de la côté ouest, mais bien plus affir­més. Une ambi­tion forte qui pousse à atta­quer les mar­chés les plus pro­met­teurs comme celui des USA. Un fort ins­tinct de sur­vie, Israël étant l’un des rares pays au monde que cer­tains de ses voi­sins sou­haitent détruire. Un côté un peu têtes bru­lées. Une habi­tude à prendre des risques, sans avoir peur de l’échec. Une grande rapi­dité d’action. Pas de tabou social de l’argent et de la réus­site écono­mique. L’israélien est aussi plu­tôt tenace et dur en affaires, ce peut être perçu néga­ti­ve­ment en Europe et même aux USA. Il est aussi prag­ma­tique et sait res­pec­ter les règles du mar­ché. Un jeune CEO accepte ainsi faci­le­ment de deve­nir CTO ou Chief Scien­tist de la société qu’il a créé sans faire entrer l’égo dans l’équation.

L’autre élément notable est la diver­sité cultu­relle et lin­guis­tique. Les liens avec la dia­spora juive, l’origine variée des immi­grants récents ou anciens font du pays un petit concen­tré du monde assez fas­ci­nant. Il ne doit pas y en avoir autant où le nombre de langues par­lées est si varié sur la majo­rité de la popu­la­tion. C’est un élément de culture qui per­met au pays de res­ter très ouvert sur le monde.

Panneaux de rue trilingues

Enfin, il faut rap­pe­ler le rôle du ser­vice mili­taire obli­ga­toire pour les hommes comme pour les femmes. Dans l’équivalent de feu le ser­vice scien­ti­fique du contin­gent fran­çais (avant 1995), l’armée iden­ti­fie les jeunes les plus talen­tueux pour les orien­ter vers les ser­vices de ren­sei­gne­ment. L’un d’entre eux, le ser­vice 802, est une véri­table réfé­rence car c’est là que sont pas­sés les créa­teurs de Check­Point, Verint, Com­verse ou Amdocs. C’est l’équivalent israé­liens de la NSA, mais avec beau­coup moins de moyens. Donc, l’obligation d’être “smart” pour rem­plir les mis­sions. Ceci a été très bien docu­menté dans l’excellent livre “Spies Inc” sorti en 2004 (cou­ver­ture ci-dessous). D’une manière géné­rale, le ser­vice mili­taire de trois ans forme de plu­sieurs manières : à résis­ter au stress, à tra­vailler en équipe, à prendre des déci­sions rapi­de­ment et à sur­vivre en envi­ron­ne­ment dif­fi­cile. Sachant que rien n’y est par­fait, de nom­breux épisodes récents mon­trant les limites du modèle. En tout cas, l’armée est per­çue comme un véri­table “fire­wall” du pays. D’où d’ailleurs, une parenté avec la force tech­no­lo­gique dans la sécu­rité infor­ma­tique, là où le vir­tuel rem­place le réel.

Spies Inc 

Ce qui est repro­duc­tible en France

A la lec­ture de ces lignes, vous devez vous dire : pas grand chose ! Les pays euro­péens n’aspirent pas du tout à se retrou­ver dans la situa­tion géo­po­li­tique d’Israël.

Je vois cepen­dant deux pistes à creuser :

  • Déve­lop­per la diver­sité cultu­relle et géo­gra­phique dans nos star­tups. Elle est fina­le­ment plus impor­tante que tous ces pro­jets col­la­bo­ra­tifs que le gou­ver­ne­ment cherche à favo­ri­ser. Dans nos uni­ver­si­tés et en par­ti­cu­lier nos grandes écoles et aussi nos MBA (INSEAD, HEC, etc), les étudiants sont d’origines très variées. La capa­cité d’une équipe à affron­ter les mar­chés mon­diaux peut se mesu­rer à la diver­sité de ses équipes. Avec dans l’ordre crois­sant de diver­sité : le genre (hommes, femmes), la for­ma­tion (tech­nique, non tech­nique), l’origine pro­fes­sion­nelle (entre­prises), la mai­trise de l’anglais, l’origine géo­gra­phique et enfin, la loca­li­sa­tion géo­gra­phique. On peut com­men­cer par amé­lio­rer cette diver­sité en déve­lop­pant l’attractivité et la plu­ri­dis­ci­pli­na­rité des grands pôles uni­ver­si­taires. On peut aussi s’appuyer un peu plus sur les méca­nismes et pro­jets de l’Union Euro­péenne pas tou­jours bien connus.
  • Se rap­pro­cher de notre “dia­spora”, les fran­çais de l’étranger, sachant que la rela­tion est un peu inver­sée avec la dia­spora juive. Cette der­nière a un lien fort avec Israël, l’un des objec­tifs pou­vant être de s’y ins­tal­ler un jour. Au contraire, beau­coup de fran­çais quittent le pays par dépit (même si c’est aussi vrai de nom­breux Israé­liens qui s’installent à l’étranger). Dans la Sili­con Val­ley, les sons de cloche des fran­çais envers leur pays d’origine sont sou­vent très néga­tifs. Quand à ceux qui se sont ins­tal­lés dans les pays limi­trophes pour rai­sons fis­cales, la rup­ture est consom­mée dura­ble­ment comme l’a mon­tré l’impact minime du bou­clier fis­cal dans le frein aux départs. La perte écono­mique pour le pays est énorme. On pourra tou­jours dire comme Jean-Luc Mélan­chon ce que ce sont de “mau­vais citoyens”, il n’empêche qu’en les fai­sant fuir (notam­ment avec l’ISF), la France s’est tirée une belle balle dans le pieds. Il nous fau­drait presque inven­ter notre propre “droit du retour”, au moins fis­cal. De nom­breuses ini­tia­tives d’entre-aides des fran­çais de l’étranger qui accom­pagnent leurs com­pa­triotes sont à souligner.

Une inter­ven­tion publique pragmatique

Comme dans tous les pays qui cherchent à déve­lop­per leur écono­mie, l’Etat joue un rôle struc­tu­rant. Ins­ti­ga­teur (par l’investissement), inci­ta­teur (pas la fis­ca­lité), voire ins­pi­ra­teur (sur les domaines où inves­tir) et avec une vision aussi long terme que possible.

75% des expor­ta­tions du pays se situent dans les sec­teurs de la high-tech (sur­tout : numé­rique, santé et arme­ment). Il n’est pas éton­nant que l’on trouve ainsi un “Chief Scien­tist” dans chaque Minis­tère, celui du Minis­tère de l’Industrie et du Com­merce ayant le rôle le plus impor­tant (Eli Opper, ci-dessous, bien­tôt rem­placé après 8 années de ser­vice), étant en charge de défi­nir les prio­ri­tés sec­to­rielles du pays (par exemple, les nanotechnologies).

Eli Opper Chief Scientist of Israel

Les méca­nismes publics se sont ampli­fiés dans les années 90 avec l’immigration russe consé­cu­tive à la fin de l’empire sovié­tique. Comme de nom­breux immi­grants avaient un niveau de for­ma­tion très élevé, il fal­lait trou­ver de quoi les occu­per ! Le tout s’appuie sur des uni­ver­si­tés israé­liennes d’un très bon niveau et très foca­li­sées dans les “sciences dures”. On trouve ainsi 7 uni­ver­si­tés israé­liennes dans le clas­se­ment dit de Shan­ghai de 2009, à com­pa­rer aux 28 françaises.

Au menu de l’intervention de l’Etat et de l’OCS (Office of the Chief Scien­tist), nous avons donc :

  • Des avan­tages fis­caux ou des sub­ven­tions qui financent jusqu’à 50% de la R&D des entre­prises étran­gères établies dans le pays. Ils ont per­mis d’attirer de nom­breuses socié­tés amé­ri­caines telles qu’Intel qui s’est ins­tallé en 1974. C’est un peu l’équivalent du Cré­dit Impôt Recherche fran­çais, mais avec une plus grande antériorité.
  • Le pro­gramme des incu­ba­teurs, lancé en 1991 et qui a évolué dans le temps, ceux-ci étant presque tous pri­va­ti­sés depuis 2000. Ce sont des ser­vices payants, finan­cés par les sub­ven­tions publiques et par les fonds d’amorçage pri­vés. Cela a rendu les incu­ba­teurs plus auto­nomes et plus orien­tés busi­ness. Ils appar­tiennent sou­vent à des socié­tés de capi­tal risque ou à des groupes indus­triels. Les incu­ba­teurs sont moins cri­tiques dans le numé­rique, et plus dans les sec­teurs indus­triels à cycles longs, la santé repré­sen­tant 60% des socié­tés incu­bées. Le dis­po­si­tif s’est d’ailleurs adapté en éten­dant de deux à trois ans la période d’incubation. Le pro­ces­sus de sélec­tion des star­tups qui per­met d’obtenir un sta­tut voi­sin du JEI s’appuie sur la créa­tion d’emplois, le poten­tiel écono­mique et sur­tout d’exportations. C’est une équipe tech­nique qui scanne les dos­siers. Les 24 incu­ba­teurs hébergent en moyenne 200 startups.
  • Un pro­gramme de finan­ce­ment d’amorçage (le Hez­nek) des­tiné à sou­te­nir le finan­ce­ment d’amorçage et créé du fait de la crise finan­cière récente. Il fonc­tionne par abon­de­ment à hau­teur de 50% de l’amorçage privé. Avec un méca­nisme de prise de par­ti­ci­pa­tion dans les star­tups, les fonds pri­vés pou­vant ensuite rache­ter la part du gou­ver­ne­ment dans les cinq ans sui­vant l’investissement. Un méca­nisme pas for­cé­ment facile à mettre en place en France du fait de la règle­men­ta­tion euro­péenne sur l’intervention du sec­teur public dans les entreprises.
  • Les trans­ferts de tech­no­lo­gies entre les uni­ver­si­tés et les entre­prises fonc­tionnent bien. Les incu­ba­teurs sont proches des neuf uni­ver­si­tés des sec­teurs scien­ti­fiques, cha­cune ayant sa société de valo­ri­sa­tion, comme nos grands labo­ra­toires natio­naux (CEA, INSERM, INRA, INRIA, …). Dif­fé­rents médi­ca­ments lar­ge­ment dif­fu­sés pro­viennent ainsi de l’Institut Weiz­mann (Copaxone, Erbi­tux) tout comme les outils de cryp­tage de la télé­vi­sion numé­rique de NDS. Dans le lot, on trouve aussi le pro­gramme Magnet, voi­sin de nos pôles de com­pé­ti­ti­vité mais au finan­ce­ment plus modeste. Il a créé 10 consor­tiums de pro­jets dont un dans la 4G, le para­doxe étant qu’ils sont prin­ci­pa­le­ment finan­cés par le sec­teur privé.
  • Le finan­ce­ment des pro­grammes du Chief Scien­tist est de de $400m. Il est com­plété des royal­ties récu­pé­rées sur les suc­cès géné­rés, à hau­teur de 3% à 6% des reve­nus. C’est un méca­nisme dont la France sou­haite s’inspirer dans cer­tains dis­po­si­tifs du Grand Emprunt.

Au bout du compte, le pays se retrouve avec une R&D civile très élevée (4,7% du PIB, hors mili­taire), le sec­teur privé dépas­sant de loin le sec­teur public et pas le contraire comme en France. Le tout, grâce à une approche très prag­ma­tique, foca­li­sée sur des tech­no­lo­gies ayant de larges débou­chés de mar­chés à l’échelle mon­diale et à des par­te­na­riats publics/privés ori­gi­naux, cer­tains étant d’ailleurs bila­té­raux avec d’autres pays dont la France.

Civil R&D Expenditure 2002

Ce qui est repro­duc­tible en France

Il y en a des choses à chan­ger au niveau de l’Etat pour déve­lop­per l’innovation et la com­pé­ti­ti­vité indus­trielle et Israël n’est pas la seule source d’inspiration pos­sible ! Ceci étant, voici quelques pistes :

  • Reva­lo­ri­ser la fonc­tion scien­ti­fique avec un organe de gou­ver­nance scien­ti­fique dans cha­cun des minis­tères concerné (recherche, indus­trie, santé, envi­ron­ne­ment, défense, inté­rieur). C’est une vraie ques­tion socié­tale et poli­tique dans notre pays dominé par les grands corps de l’Etat et les hauts fonc­tion­naires. Nombre de comité Théo­dule n’ont jamais rien donné (le CSTI dans le numé­rique). Il reste à trou­ver des auto­ri­tés scien­ti­fiques non man­da­ri­nales qui peuvent avoir cré­di­bi­lité et poids face aux poli­tiques et hauts fonc­tion­naires. J’admets que cela louche dans le yaka­fau­con au pays du prin­cipe de précaution.
  • Pri­vi­lé­gier les débou­chés de mar­chés et l’international dans les aides publiques au lieu de favo­ri­ser des approches col­la­bo­ra­tives franco-françaises comme cri­tère dis­cri­mi­nant des aides publiques, telles que dans les pôles de com­pé­ti­ti­vité ou dans le grand emprunt.

Dans les épisodes sui­vants, je trai­te­rai du finan­ce­ment privé, des liens avec les USA et des infra­struc­tures du mar­ché intérieur.

Publié le 4 juin 2010 et mis à jour le 1 octobre 2011 Post de | Economie, Entrepreneuriat, France, Innovation, Startups | 7070 lectures

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Les 6 commentaires et tweets sur “L’écosystème israélien de l’innovation 1/3” :

  • [1] - fabien a écrit le 4 juin 2010 :

    Excellent. On savait déjà qu’Israël était un labo­ra­toire de ce qu’il fau­drait faire en Europe pour l’innovation. Savez vous s’ils sont aussi de fer­vents pro­mo­teurs des pro­grammes de R&D col­la­bo­ra­tifs. Disposent-ils de clus­ters ou pôles de com­pé­ti­ti­vité comme chez nous ? Je lis à la fin de votre pre­mier article que ce type d’approche col­la­bo­ra­tive n’est pas for­cé­ment mis en valeur là-bas mais plu­tôt l’approche prag­ma­tique et le mar­ché, avec des sou­tiens aux pro­jets indi­vi­duels. Puisqu’Israel pri­vi­lé­gie­rait plu­tôt les rela­tions entre incu­ba­teurs et laboratoires/universités. Ces incu­ba­teurs seraient pri­vés là-bas, alors que chez nous ils sont plu­tôt finan­cés par les conseils régio­naux ou les dépar­te­ments.
    Au niveau de l’incitation fis­cale (type CIR), est cela la seule voie d’aide publique là-bas ou existe t-il des orga­nismes qui financent en aide directe ?

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 4 juin 2010 :

      Oui, ils ont l’équivalent des pôles avec le pro­gramme Magnet que je cite dans l’article. Mais sans orien­ta­tion géo­gra­phique (le pays est trop petit pour cela et il faut moins de temps pour aller de Tel Aviv à Haifa que d’Orsay à l’aéroport Charles de Gaulle). Et sans grand inves­tis­se­ment financier.

      La col­la­bo­ra­tion poussé semble être bila­té­rale entre labos et star­tups et grandes entre­prises, mais sans deman­der des mélanges à plu­sieurs inter­ve­nants pri­vés comme c’est sou­vent le cas en France (plus il y a de par­te­naires dans un pro­jet, plus il a de chances d’être financé chez nous, alors que c’est un bon gage d’inefficacité opérationnelle).

      Le bud­get de l’OCS est d’environ $400m auquels se rajoutent envi­ron $130m de royal­ties récu­pé­rées dans les star­tups finan­cées. Ce n’est pas énorme en com­pa­rai­son avec la France au pro­rata de l’économie (le total des aides publiques à l’innovations en France CIR com­pris est esti­mable à 6 à 8 Md€ soit plus de 20 fois celles de l’OCS). L’OCS est assi­mi­lable à Oséo + incu­ba­teurs régio­naux + CdC/France Investissement/FSI + CIR. Il ne semble pas y avoir d’approche régio­nale en Israël et heu­reu­se­ment vue la taille du pays. Leur équi­va­lent du CIR n’est pas pré­senté comme un avan­tage fis­cal mais comme une sub­ven­tion, donc une aide directe. C’est du pareil au même, à ceci près qu’il n’y a donc pas de risque de redres­se­ment fis­cal comme en France.

      Pour les incu­ba­teurs, il faut dis­tin­guer leur sta­tut et leur finan­ce­ment. Les incu­ba­teurs israé­liens sont main­te­nant de ges­tion pri­vée, et sou­vent asso­ciés à des VCs. Mais ils sont tout de même signi­fi­ca­ti­ve­ment finan­cés par l’Etat. Et de manière indi­recte : l’Etat couvre une par­tie des dépenses d’investissement des star­tups, qui vont ensuite en par­tie aux incu­ba­teurs pour les frais de fonc­tion­ne­ment. Le pro­gramme d’incubation public est en fait sur­tout un pro­gramme de finan­ce­ment d’amorçage. Mais dans une rela­tion client/fournisseur plus saine et émula­trice au niveau de l’incubateur. Les pro­jets sont sélec­tion­nés dans un pro­ces­sus voi­sin de celui d’Oséo. A ceci près que l’autorité suprême de déci­sion est le Chief Scien­tist et son comité de sélection.

  • [2] - bobonofx a écrit le 4 juin 2010 :

    Bon­jour,

    Qu’en est-il du pro­fil des créa­teurs d’entreprises en Israël?

    Faut-il avoir comme en France un pedi­gree (“quelle grande école d’ingé as-tu fais?”) pour se voir ouvrir les portes?

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 4 juin 2010 :

      Les écoles d’ingénieur sont une par­ti­cu­la­rité bien française !

      Là bas, comme aux USA, il est cepen­dant pré­fé­rable de sor­tir d’une bonne uni­ver­sité. L’unité de l’armée dans laquelle les jeunes ont fait leur ser­vice mili­taire est aussi un mar­queur car elle résulte d’une sélec­tion à l’entrée. Un peu comme dans nos grandes écoles.

      Cepen­dant, dans le numé­rique (logi­ciels, web) qui est moins dépen­dant des aides publiques que les sec­teurs plus lourds en finan­ce­ment (notam­ment dans la santé), le mar­ché semble un peu plus ouvert qu’en France.

      Sans comp­ter l’origine très diverse des entre­pre­neurs. Il peut y avoir des immi­grés récents avec en poche leur for­ma­tion du pays d’origine. Bref, une grande diver­sité de for­ma­tions qui doit atté­nuer l’effet des élites auto-cooptées.

  • [3] - herve a écrit le 4 juin 2010 :

    Excellent post ! Je ne peux m’empêcher de le rap­pro­cher d’une ana­lyse de la Fin­lande qui en Europe est un autre lieu d’autant plus inté­res­sant que les Fin­lan­dais ont com­paré leur sys­tème à celui des…. Israé­liens (rap­port Victa publié en 2007 ) . Pour info voir le post : http://www.startup-book.com/fr/2008/04/03/finlande

    Je retiens et suis en accord avec les aspects cultu­rels de la prise de risque et la proxi­mité avec le mar­ché amé­ri­cain. Je retiens aussi (et je suis moins en accord sur) l’importance des incu­ba­teurs dont je ne n’arrive pas à être convaincu que c’est un modèle utile aux start-ups et aux entre­pre­neurs. En tout cas, ce n’est pas ce qui a été utile aux start-ups amé­ri­caines (his­to­ri­que­ment je veux dire). La par­ti­cu­la­rité israé­lienne est en effet que bien que ces incu­ba­teurs soient finan­cés en par­tie avec de l’argent public, les VCs en sont sou­vent les ges­tion­naires. Il y a peut-être une piste à creu­ser là-dessus. Des nerds et des riches comme dit Paul Gra­ham, i.e. des idées finan­cées par l’argent (http://www.paulgraham.com/siliconvalley.html).

    Le trans­fert de tech­no­lo­gie, vaste sujet sur lequel j’ai aussi quelques réserves pour avoir vu com­ment Stan­ford et le MIT font du TT, i.e. beau­coup plus de start-ups contournent le TT que n’y passent… Et c’est sur­tout la bio­tech qui a besoin de bre­vets dépo­sés par les unis (comme tu sembles d’ailleurs le confir­mer avec le Weizmann)

    Enfin, pour être allé à Tel Aviv et à San Fran­cisco, on retrouve là la même éner­gie vitale en effet dans les deux endroits.

  • [4] - fabianovesputchi a écrit le 18 juin 2010 :

    excellent POST.

    Je pense que il manque quelques points fondamentaux:

    1 Pour 10 000 habi­tants, Israel compte 180 ingé­nieurs.
    c est le double des pays déve­lop­pés qui tournent entre 60 et 90.
    Plus de ingé­nieurs cela veut dire aussi plus de bons ingé­nieurs.
    il y a quelques “players” en Israel.

    2 Les israé­liens AIMENT le busi­ness.
    3 La plu­part sont très débrouillards et ambitieux.

    4 enfin et c est le point le plus impor­tant:
    les juifs ont un vécu dans une Dia­spora Urbaine, sans pri­vi­lège, et ONT LA CULTURE DES ÉTUDES.
    Il a dans ce pays une large part de la popu­la­tion qui a un niveau d étude et de for­ma­tion infé­rieure voir très infé­rieur a celui de la France. (inves­tissent faible dans les écoles pri­maire et secon­daires ( A cause du Bud­get de l Armée), immi­gra­tion venu de pays ou l ecole n exis­tait pas ou peu…, …).
    MAIS ISRAEL a UNE VÉRITABLE ÉLITE dans tous les sec­teurs.
    Cette Élite (issue d Europe/RUSSIE prin­ci­pa­le­menT) ne repré­sente pas 2% de la popu­la­tion comme en France (en France 2% des citoyens ont un bac+5) MAIS plus exac­te­ment 10% a 15% des israé­liens peuvent deve­nir des res­pon­sables haut niveaux et sont MOTIVES pour le devenir.

    Enfin la popu­la­tion dans son ensemble res­pecte la valeur tra­vail et la vision très “com­mer­çante” de l’économie est hos­tile a une forte fiscalisation.(comme au USA)

    résumé: le niveau moyen (culture , for­ma­tion, expé­rience pro­fes­sion­nelle) en Israel est net­te­ment infé­rieur a celui de la France. Le VOLUME de l élite en % n est en aucune mesure com­pa­rable a celui de la France et encore moins a celui des pays du moyen Orient.

    résume du résumé: un pays tient écono­mi­que­ment FONDAMENTALEMENT grâce a son Elite et Israel dis­pose d une Impor­tante ELITE de qualité.




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