Il y a quelques semaines avait lieu un ate­liers des Assises du Numé­rique por­tant sur le thème “Peut-on créer un Google en France”. Cet ate­lier pré­sen­tait la sin­gu­la­rité d’être orga­nisé chez Google France ! Une approche osée, mais qui per­met­tait à Google de faire pas­ser ses mes­sages, d’autant plus qu’Eric Bes­son était pré­sent, en plus notam­ment de Pierre Kosciusko-Morizet (Price Minis­ter) et de Cathe­rine Barba (CashS­tore) [NB: je n’y étais pas, la vidéo de l’Atelier est sur http://www.techtoctv.com/2008/06/google.php].

Dans les inter­ven­tions, Michel Dahan - ci-devant patron de Banexi Ven­tures, un fonds d’investissement bien connu de la place de Paris, notam­ment pour son pari réussi dans Kel­koo il y a quelques années – s’est fait remar­quer par une pro­po­si­tion inté­res­sante: ouvrir les don­nées publiques aux star­tups pour géné­rer de nou­velles oppor­tu­ni­tés de busi­ness. Pro­po­si­tion qu’il serait bon de creu­ser un peu.

La pro­po­si­tion dans le texte :

Il y a une vraie fri­lo­sité de l’Etat sur ce sujet : l’Etat ne veut pas mettre à dis­po­si­tion les bases de don­nées publiques, alors que les entre­prises inter­net seraient prêtes à payer pour un tel accès. Si l’ouverture de l’INA est un remar­quable pro­grès, il reste des gise­ments incroyables de don­nées qui pour­raient don­ner lieu à de nom­breuses entre­prises spé­cia­li­sées. L’Etat connait toutes les tran­sac­tions immo­bi­lières, les cadastres etc. L’Etat via l ANPE connait tout de l’emploi. Et les infor­ma­tions de la RATP, de la SNCF, des auto­routes devraient être acces­sibles non seule­ment au public via les ins­ti­tu­tions qui les gardent pré­cieu­se­ment pour leur propre site web, mais tout entre­pre­neur devrait avoir le droit de se connec­ter au ser­veur et de réuti­li­ser ces don­nées en payant éven­tuel­le­ment le cout mar­gi­nal cor­res­pon­dant et en accep­tant de res­pec­ter l’intégrité de ces don­nées et dans cer­tains cas la confi­den­tia­lité. On com­prend qu’on ne puisse pas divul­guer les tran­sac­tions indi­vi­duelles immo­bi­lières mais les sta­tis­tiques par quar­tier seraient très utiles. Ce qui bloque aujourd’hui est à chaque fois le fait que les patrons des agences publiques concer­nées ne veulent sur­tout pas qu’un site privé et per­for­mant ridi­cu­lise leur site public. Une telle ouver­ture qui ne coute rien per­met­trait la créa­tion de dizaines d’entreprises. L’Agence du Patri­moine Imma­té­riel de l’État dont c’est une des fonc­tions ne semble pas suf­fi­sam­ment puis­sante pour impo­ser vrai­ment cette mesure.

Cette pro­po­si­tion avait vu le jour dans le rap­port Levy-Jouyet qui recom­man­dait à l’Etat de faire un inven­taire de ses actifs imma­té­riels et de les valo­ri­ser écono­mi­que­ment. Pas vrai­ment suivi d’effet, à part la créa­tion d’une Agence du patri­moine imma­té­riel de l’Etat, qui dépend de Bercy. Donc, il faut persévérer.

Il me sem­blait cepen­dant que cer­tains orga­nismes natio­naux n’hésitaient pas à com­mer­cia­li­ser leurs don­nées. C’est le cas de l’IGN, qui com­mer­cia­lise ses cartes géo­gra­phiques, notam­ment pour Vir­tual Search, le “Google Earth” de Microsoft.

Le gou­ver­ne­ment du Royaume Uni a de son côté une approche plus volon­ta­riste : sa task force “Power of Infor­ma­tion” a récem­ment lancé un concours doté d’un prix d’environ 30K€ de créa­tion de solu­tions inno­vantes d’utilisation des don­nées publiques. Ils pro­posent diverses don­nées publiques et sou­haitent que des socié­tés pri­vées les exploitent (voir http://www.showusabetterway.co.uk).

En Alle­magne, on peut exploi­ter les don­nées de la cri­mi­na­lité et les inté­grer dans des cartes géo­gra­phiques par des “mashups” ! Un début anec­do­tique, mais amené à se géné­ra­li­ser à d’autres applications.

Si elle était adop­tée, la pro­po­si­tion de Michel Dahan devrait idéa­le­ment être d’abord mise en oeuvre en liai­son avec une force indus­trielle fran­çaise qui peut rayon­ner inter­na­tio­na­le­ment. Comme le tou­risme où la France est numéro un mon­dial en terme d’attraction de tou­ristes en nombre, mais où de nom­breux pro­grès pour­raient être réa­li­sés dans la qua­lité de ser­vice et en consé­quence, dans l’ARPU (revenu moyen par touriste).

Nous devons en effet faire atten­tion à ne pas être trop franco-français dans la démarche ! Michel Dahan pense qu’il ne faut pas être obsédé par l’international et qu’il y a des oppor­tu­ni­tés pour les TICs en France et en Europe. En fait, ces oppor­tu­ni­tés sont plu­tôt situées sur les couches hautes, ver­ti­cales, proches des uti­li­sa­teurs. Alors que les couches basses, plus orien­tées outils et infra­struc­ture, sont de nature mon­diale et demandent à pas­ser par la case USA pour réussir.

Je me rap­pelle avoir tra­vaillé sur le concept des Ser­vices Web dès 2000, et avoir ima­giné ainsi que de nom­breuses don­nées seraient exploi­tables par des appli­ca­tions logi­cielles et récu­pé­rées sur des sites tiers sur Inter­net. Cette poten­tia­lité tech­no­lo­gique n’a pas vrai­ment vu le jour à grande échelle, cha­cun pro­té­geant natu­rel­le­ment ses don­nées. Et pas seule­ment les ser­vices publics ! L’ouverture est donc néces­saire, mais se heurte à plein d’obstacles qui ne sont pas essen­tiel­le­ment techniques.

Pour rendre opé­rante la pro­po­si­tion, il fau­drait peut-être la décou­per par orga­ni­sa­tion et par don­nées à publier. Chaque orga­ni­sa­tion ayant ses propres contraintes, en par­ti­cu­lier au niveau de la moder­nité et de l’ouverture de son sys­tème d’information… et de ses diri­geants ! Peut-on faire cela en approche “bottom-up” ou avec une grande décla­ra­tion de prin­cipe ? Je crains fort que chaque orga­ni­sa­tion publique milite pour un trai­te­ment spé­ci­fique de ces don­nées et qu’il sera dif­fi­cile d’échapper à l’approche bottom-up, assez lente.

Dans le débat qui fai­sait inter­ve­nir Eric Bes­son, celui-ci a pris note de cette pro­po­si­tion qu’il enten­dait pour la pre­mière fois. On verra bien si cela sera suivi d’effets.

Cela néces­si­te­rait peut-être une conso­li­da­tion des besoins. Et vous, entre­pre­neurs, avez-vous des idées concrètes d’usage de don­nées publiques non dif­fu­sées pour amé­lio­rer vos services ?


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Publié le 17 juillet 2008 Post de Olivier Ezratty | Economie, Entrepreneuriat, Internet, Politique, Startups | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Ouvrir les données publiques aux startups” :

  • Un exemple d’utilisation des don­nées publiques: les bases de l’INSEE que l’ont peut ache­ter (assez cher je trouve)
    Cela per­met, par exemple, de récu­pé­rer chaque année la liste des pré­noms don­nés en France aux nou­veaux nés et du coup de pro­po­ser des sites de choix/comparaisons de pré­noms pour les futurs parents (popu­la­tion ciblée et consom­ma­trice donc récep­tive à la publicité).

  • Bon­jour
    Tout à fait d’accord
    J ai fait un papier sur un thème très voi­sin dans mon blog, ins­piré par un cher­cheur amé­ri­cain

  • http://europa-eu-audience.typepad.com/fr/2008/07/les-institution.html

  • et en ver­sion anglaise
    http://europa-eu-audience.typepad.com/en/2008/07/institutions-ha.html

  • Je connais bien le cas IGN de l’extérieur pour avoir par­ti­cipé au géo­por­tail: théo­ri­que­ment, les pho­tos aériennes et cartes faites avec l’argent public devraient être dans le domaine public, pour auto­ri­ser la créa­tion de valeur au des­sus du fond géo­gra­phique. Mais l’état demande à l’IGN de s’autofinancer en par­tie. Donc l’Institut ne peut pas déci­der par lui-même de renon­cer à ce finan­ce­ment.
    C’est à l’Etat de com­prendre que faute de mettre ces don­nées carto de base dans le domaine public, dis­po­nible effi­ca­ce­ment sur le Web à la mode Google Maps/Earth API, toute la car­to­gra­phie amé­lio­rée, y com­pris celle de ser­vices publics ! se fait et se fera sur Google Maps / Earth. En pra­tique, c’est peut être déjà trop tard (à mon avis); l’avance fran­çaise en Europe liée au Géo­por­tail est en train d’être dilapidée.

    Dom­mage. Espe­rons qu’Eric Bes­son a un gou­rou géo­ma­tique (de pré­fe­rence X tele­com pour être cré­dible :-) qui com­prend ça dans son cabinet.

    Jacques Tal­bot

  • OK, mais l’ouverture des fonds de l’Ina, elle pro­fite à quelle start-up exactement ?

    JR




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