Le 27 juin der­nier en fin de jour­née avait lieu un événe­ment orga­nisé par l’association IE-Club dans le centre de sémi­naires de Micro­soft France rue de l’Université. Evé­ne­ment dédié aux « Lames de fond du logi­ciel ». Très en phase avec le mou­ve­ment actuel de pro­mo­tion du métier d’éditeur de logi­ciels (cf « Indus­trie du lob­by­ciel »), poussé notam­ment par Microsoft.

Après un mot de bien­ve­nue de Mau­rice Kha­vam (Mana­ging Part­ner NexT­Fund Capi­tal et Pré­sident de l’IE-Club), Eric Bous­toul­ler, le patron de Micro­soft France depuis début 2005, a fait un tour d’horizon des inter­ac­tions entre Micro­soft et la com­mu­nauté des éditeurs de logi­ciels fran­çais. Le cata­logue est tou­jours assez dense dans ce genre de pré­sen­ta­tion : rap­pel sur le rôle du Micro­soft Tech­no­logy Cen­ter (sis au même endroit, rue de l’Université) qui accueille notam­ment les éditeurs pour un accom­pa­gne­ment tech­nique multi-forme (défi­ni­tion d’architecture, vali­da­tion tech­nique, tests, bench­marks), le nou­veau pro­gramme de licen­sing de la pro­priété intel­lec­tuelle issue des labo­ra­toires de recherche (IP Ven­tures, où l’on attend des exemples), le pro­gramme IDEES de par­rai­nage de 25 star­tups fran­çaises par an, et Ima­gine Cup, le concours de déve­lop­pe­ment pour les jeunes de l’enseignement supé­rieur. On n’évite pas les pages de pub: Win­dows Live, les inves­tis­se­ments colos­saux en R&D de Micro­soft, etc.

Eric Bous­toul­ler a indi­qué que Micro­soft aimait l’open source puisque cer­tains de ses logi­ciels étaient four­nis sous forme de licence type OSS. (ita­lique = mon point de vue, pas celui qui était exposé par l’orateur; Amour très ambigu! C’est effec­ti­ve­ment le cas, mais comme avec la tota­lité des éditeurs de logi­ciels com­mer­ciaux (Oracle, Com­pu­ter Asso­ciates, IBM Soft­ware, etc), tant que cela ne remet par en cause le busi­ness tra­di­tion­nel de l’éditeur. Ainsi, seuls quelques outils secon­daires (voir http://www.codeplex.com) ou logi­ciels issus de la recherche sont four­nis en licence open source. Micro­soft a aussi struc­turé son offre de licences open source évitant entre autres l’aspect viral de la GPL et pré­ser­vant sa pro­priété intel­lec­tuelle. Des codes sources de logi­ciels comme Win­dows ou Office sont égale­ment dis­po­nibles, mais pas dans une forme open source. D’abord, parce qu’il s’agit de logi­ciels com­mer­ciaux, et aussi, pour garan­tir leur unicité.

Eric a aussi traité du posi­tion­ne­ment de Micro­soft par rap­port à l’AFDEL et du Syn­tec. En gros, il se féli­cite qu’une asso­cia­tion puisse repré­sen­ter le métier d’éditeur de logi­ciels tout autant que le Syn­tec ait récem­ment mon­tré un plus grand inté­rêt pour cette pro­fes­sion. Ce qui confirme qu’à ce stade, l’AFDEL a au moins servi d’aiguillon pour le Syn­tec a défaut d’exister par elle-même de façon visible. Mais l’association n’a même pas un an d’existence et il faut lui don­ner le temps de se construire. Eric a aussi cité les prio­ri­tés qu’il voit pour l’industrie du logi­ciel: la pro­priété intel­lec­tuelle, l’open source, l’interopérabilité et la pro­mo­tion d’un Small Busi­ness Act qui pous­se­rait la com­mande publique à s’orienter vers les petits éditeurs. Les trois pre­miers points sont pro­ba­ble­ment plus des prio­ri­tés pour Micro­soft que pour l’ensemble des éditeurs. En effet, la prin­ci­pale reste tout de même de croitre et de se déve­lop­per notam­ment à l’international. La der­nière est cri­tique pour per­mettre aux éditeurs de démar­rer en France, mais il ne faut pas se leur­rer : après un démar­rage, un éditeur de logi­ciel doit rapi­de­ment s’exporter car la France ne repré­sente que 2% à 3% du mar­ché infor­ma­tique mon­dial. Et comme la santé d’un éditeur et sa capa­cité à finan­cer sa R&D vient de son volume de ventes, il n’y a pas de choix. Donc, OK pour un SBA, mais sans oublier l’international.

Après cette intro­duc­tion, nous avons eu droit à une table ronde très riche sur « les dif­fé­rentes facettes de l’édition de logi­ciels » ras­sem­blant plu­sieurs éditeurs et un capi­tal ris­queur : Oli­vier Novasque (CEO de Side­trade), Fran­çois Bour­doncle (CEO d’Exalead, le moteur de recherche de Quaero), Franck Gana (COO de Sea­nodes), Xavier Laza­rus (Part­ner d’Elaia Part­ners), Ben­ja­min Bej­baum (CEO de Dai­ly­mo­tion, le You­Tube fran­çais), David Ler­man (CEO d’Excentive) et Phi­lippe Boua­ziz (Pré­sident Prod­ware). Le tout était animé par l’inévitable et très per­ti­nent Jean Rognetta (Jour­na­liste indé­pen­dant tra­vaillant notam­ment aux Echos).

La table ronde, photo récupérée sur le site de l'IE Club

Pre­mière ques­tion pas inno­cente : com­bien il y-a-t-il de par­te­naires du pro­gramme IDEES dans la table ronde ? Visi­ble­ment trois au total. Avec comme béné­fice reconnu : l’aide à la rela­tion client via les équipes com­mer­ciales Micro­soft, la visi­bi­lité, la cré­di­bi­lité et un bon backup tech­nique. Et en l’état, pas encore d’inconvénients iden­ti­fiés par les éditeurs présents !

Côté « deal flow » (ten­dances de finan­ce­ment des star­tups par les VCs), Xavier Laza­rus a cité : l’open source, l’embarqué, le Web 2.0 et Soft­ware as a ser­vice (Saas). Pour le pre­mier point, cela me semble être moins ten­dan­ciel que cela. Elaia finance effec­ti­ve­ment un éditeur open source (Idealx). Mais il y a peu d’éditeurs OSS finan­cés par de capi­tal risque en France. Sachant, et c’était un point un peu obs­cur du débat, qu’il y a plu­sieurs sortes d’éditeurs « open source ». Il y a les « pure players » comme Idealx qui créent du logi­ciel en licence open source et le com­mer­cia­lisent avec du ser­vice d’accompagnement. Il y a les éditeurs qui déve­loppent du logi­ciel com­mer­cial au des­sus d’une plate-forme open source (en géné­ral, Linux et le midd­le­ware qui va avec : PHP, MySQL, Apache, …). Et enfin, il y a les four­nis­seurs de ser­vices en ligne qui s’appuient sur une plate-forme open source. Dans ce der­nier cas, peu importe puisque l’utilisateur n’y voit que du feu. Il consomme un ser­vice et c’est trans­pa­rent pour lui (en géné­ral). Il y a une autre caté­go­rie d’acteurs, ce sont les construc­teurs qui intègrent des briques open source dans leur solu­tion, de type « boite noire ». C’est le cas d’Anévia, un construc­teur fran­çais de ser­veurs de strea­ming vidéo basé sur Linux et LAMP, sur le logi­ciel VLC déve­loppé par des élèves de l’Ecole Cen­trale Paris, et sur des briques logi­cielles pro­prié­taires. Sans défi­ni­tion claire de ce dont on parle avec l’OSS, on y perd un peu son latin !

Jean Rognetta deman­dait si les membres du panel pou­vaient citer un éditeur fran­çais de l’open source. Pas vrai­ment de réponse franche. Pour­tant on peut citer JBOSS qui n’avait de fran­çais que le fon­da­teur (Marc Fleury, établi à Atlanta aux US et récem­ment revendu pour plus de $400m à Red­Hat, une des plus belles sor­ties d’un fran­çais dans la high-tech depuis la revente de Kel­koo à Yahoo). Et aussi Object­Web, une plate-forme de midd­le­ware appli­ca­tif assez large cou­vrant à la fois les plates-bandes de JBOSS et de WebS­phere d’IBM. Mais ce n’est pas vrai­ment un éditeur. Object­Web est plu­tôt une asso­cia­tion de socié­tés diverses (avec Bull, INRIA, et d’autres) fonc­tion­nant en mode com­mu­nau­taire. Après Idealx, un lea­der des solu­tions de sécu­rité en open source, il n’y a plus grand monde. En fait, on voit plus pro­li­fé­rer des SSII open source à la Lina­gora et les dépar­te­ments spé­cia­li­sés dans l’open source dans les grandes SSII (qui ne vont tout de même pas lou­per cette oppor­tu­nité, notam­ment dans les mar­chés publics). A l’image de l’industrie infor­ma­tique fran­çaise ou le poids écono­mique des SSII est énorme par rap­port à celui des éditeurs de logiciels.

Tou­jours dans la table ronde, nous avons eu l’occasion de décou­vrir les acti­vi­tés des dif­fé­rents pro­ta­go­nistes, en par­ti­cu­lier de Dai­ly­Mo­tion (4 mil­lions de pages vue/mois, phé­no­mène d’adoption viral, 2500 vidéos télé­char­gées par jour, publi­cité à côté des vidéos, modèle de reve­nue sha­ring), d’Exalead et notam­ment de son rôle dans le pro­jet Quaero (3 mil­lions de lignes de code pour leur moteur, posi­tion­ne­ment du search comme outil d’infrastructure). Puis, la dis­cus­sion a viré sur le mode loca­tif de vente du logi­ciel, très en vogue. Cer­tains veulent dis­tin­guer les vrais ASP (appli­ca­tion Web) des faux ASPs (qui hébergent sim­ple­ment une appli­ca­tion client riche en Citrix). Il y a une vraie révo­lu­tion dans le busi­ness model où le coût est lissé dans le temps. Un éditeur ASP prend un risque per­ma­nent contrai­re­ment à un éditeur de logi­ciels sous licences clas­siques (one shot + main­te­nance) car le ser­vice doit fonc­tion­ner en per­ma­nence et évoluer de façon trans­pa­rente pour l’utilisateur.

Enfin, ques­tion qui tue : com­ment faire pour avoir plus d’éditeurs en France qui dépassent 10m€ ? Exa­lead insiste sur un déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal indis­pen­sable mais pru­dent. Xavier Laza­rus d’Elaia indique que l’on enlève sou­vent l’étiquette « A vendre » lorsque l’éditeur a atteint cette taille cri­tique car il peut alors conti­nuer à se déve­lop­per. Mais les offres de rachat des grands éditeurs amé­ri­cains sont dif­fi­ciles à refu­ser. Phi­lippe Boua­ziz de Prod­ware pense que l’on assiste à un retour de la ver­ti­ca­li­sa­tion autour de plates-formes qui s’enrichissent (il pense sans doutes aux outils de Micro­soft Dyna­mics) et à un glis­se­ment du métier d’éditeur vers celui de SSII. J’aurais ten­dance à ne pas géné­ra­li­ser ce que l’on constate effec­ti­ve­ment dans le sec­teur des ERP, condamné à terme à se conso­li­der for­te­ment ou à gra­vi­ter autour des lea­ders de ce mar­ché (SAP, Oracle, Micro­soft, Sage, Cegid). Mais il n’y a pas que les ERP dans l’édition de logi­ciels!

Sur ce, nous avons eu droit à une pré­sen­ta­tion Han Solo de Didier Ben­chi­mol, CEO de Car­te­sis (entre autres, ex-Netscape EMEA, ex fon­da­teur d’iMediation). Un éditeur qui se dirige vers les 100m€ de CA avec 600 per­sonnes. Pas mal ! Ils ne sont pour­tant pas très connus. Leur mar­ché est celui de la conso­li­da­tion finan­cière dans les grands groupes inter­na­tio­naux, pous­sée notam­ment par les contraintes de la loi Sarbannes-Oxley aux USA qui rejaillit sur toutes les entre­prises mon­diales. En marketing-parlance, ils appellent cela: “Finance and Per­for­mance Mana­ge­ment Soft­ware” Car­te­sis a fait évoluer son métier dans l’autre sens que Prod­ware : de celui de SSII vers celui d’éditeur de logi­ciels. Para­doxa­le­ment, la com­plexité de la comp­ta­bi­lité en France les a aidé à abor­der le mar­ché mon­dial. Ils sont pré­sents dans huit pays dont les USA, et vont abor­der rapi­de­ment le mar­ché asia­tique. Bref, de quoi avoir la foi dans la crois­sance d’un grand acteur fran­çais, et à espé­rer que l’on ne parle plus que des excep­tions « Das­sault Sys­tèmes et Busi­ness Objects » qui cache­raient une indus­trie du logi­ciel mori­bonde en France. Elle recèle des talents, des entre­pre­neurs, une bonne R&D, qui ne demandent qu’à s’exporter. Il manque par­fois une dose de mar­ke­ting et de com­merce pour secouer l’ensemble, mais est-ce si dif­fi­cile de l’acquérir ?

Après un petit verre et quelques échanges de cartes de visite, tout ce petit monde s’en est allé d’un pas pressé rejoindre son écran plat tout neuf ou celui de son café pré­féré pour voir le match France-Espagne. Match qui a redonné espoir à la « France qui gagne ». Un peu comme la pré­sen­ta­tion de Didier Ben­chi­mol qui mon­trait qu’un éditeur de logi­ciels peut aller haut quand l’ambition est là.


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Publié le 30 juin 2006 Post de Olivier Ezratty | France, Logiciels, Microsoft, Startups | 4 commentaires

Les 4 commentaires sur “Soirée logicielle à l’IE Club” :

  • [1] - Alexis a écrit le 30 juin 2006 :

    Il me semble que les aspects de coopé­ti­tion entre les éditeurs open source et les éditeurs pro­prié­taires n’ont pas été évoqué(collaboration MySQL,JBOSS avec MS)et le phé­no­mène de bas­cu­le­ment en open source des pro­duits propriétaires(Ingres,Sun)
    J’étais pas pré­sent pour le verre et puis j’ai déjà ta carte de visite;)

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 30 juin 2006 :

    Oui effec­ti­ve­ment.

    La coopé­ti­tion se déve­loppe entre Micro­soft et cer­tains acteurs de l’open source. Pour Micro­soft, l’intérêt est double : s’assurer que toutes les solu­tions logi­cielles du mar­ché tournent bien sur ses plates-formes (Win­dows, Vista, .NET) et au pire, qu’elles inter­opèrent bien avec. C’est aussi l’intérêt des clients.

    Pour ce qui est des migra­tions pro­prié­taire vers libre, mon point de vue est quelque peu « Micro­sof­tien ». Ce sont des pro­duits géné­ra­le­ment « losers » sur leur mar­ché qui suivent ce che­min. Ingres est mar­gi­nal dans le monde de la base de don­nées face à Oracle, MS SQL Ser­ver et MySQL. Euclid (de Matra Data­vi­sion) est passé en open source alors que la bataille était per­due depuis long­temps avec Catia de Das­sault Sys­tèmes, UGS et autres PTC. Sun ? On ne peut pas dire qu’ils ont le vent en poupe. Ils ont été à l’origine d’un grand stan­dard du mar­ché, Java, mais n’en ont pas vrai­ment tiré un retour écono­mique consé­quent. Le logi­ciel repré­sente moins de 5% de leur chiffre d’affaire. Et comme chez Apple, le logi­ciel est chez Sun un moyen de vendre du maté­riel. Ce n’est pas le cœur de métier de l’entreprise.

    Il y a des bouts de logi­ciels qui sont pas­sés en open source chez Oracle et IBM, mais ce n’est jamais sur leur cœur de métier ou dans les pro­duits qui repré­sentent une grosse part de leur revenu.

    Donc, certes, ce phé­no­mène peut arri­ver, mais ce n’est pas une ten­dance lourde du mar­ché. L’autre ten­dance, par contre, c’est que les logi­ciels open source ont poussé cer­tains acteurs à être plus « ouverts ». C’est le cas d’OpenOffice par rap­port à Micro­soft Office. Alors qu’il y a quelques années, il était impen­sable chez MS d’avoir un for­mat ouvert pour Office, la ver­sion cou­rante d’Office a un for­mat docu­menté, et la pro­chaine repo­sera sur des sché­mas XML qui en plus vont être « dépo­sés » à l’ECMA (comme l’avait été la spé­ci­fi­ca­tion de la CLR – le run-time - du fra­me­work .NET, tout comme le lan­gage de pro­gram­ma­tion C#).

  • [3] - Julien a écrit le 30 juin 2006 :

    compte rendu tres riche !
    merci.

  • DAILYMOTION DONNE ACCES A LA PORNOGRAPHIE POUR LES ENFANTS

    L’HYPOCRISIE DE DAILYMOTION
    Cer­tains membres de Dai­ly­mo­tion envoient régu­liè­re­ment des vidéos por­no­gra­phiques que les enfants peuvent voir à loi­sir jusqu’à ce que Dai­ly­mo­tion se décide à les envoyer dans la par­tie sexy réser­vée aux adultes ou ils peuvent quand même voir des pho­tos por­no­gra­phiques ! J’admire leur hypo­cri­sie en conseillant aux membres de ne pas pos­ter ces vidéos alors quils leurs offrent un espace pour qu’ils puissent s’y ins­tal­ler à loi­sir , en offrant la pos­si­bi­lité à tout le monde d’admirer leur album pho­tos ! Etant donné qu’il n’y a pas d’autre entée sur le site pour pos­ter des vidéos , d’une part, ils leur disent de ne pas les pos­ter et par ailleurs ils les invitent à le faire en leur offrant un espace réservé à cet effet !
    Ne vaudrait-il pas mieux qu’ils désac­tivent leur compte dès la pre­mière vidéo por­no­gra­phique , plu­tôt que de les encou­ra­ger à conti­nuer ?
    http://jesuispersonne.blogspot.com/




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