Les français de la TV connectée : iFeelSmart

Publié le 21 septembre 2012 - 6 commentaires -
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Dans la série des acteurs fran­çais de la TV connec­tée, nous allons exa­mi­ner l’offre d’une star­tup, celle d’iFeelS­mart. La société pro­pose une solu­tion logi­cielle pour la consom­ma­tion de conte­nus télé­vi­suels sur TV connec­tées, set-top-boxes et seconds écrans (tablettes, smart­phones). Elle est dotée d’une inter­face uti­li­sa­teur très agréable d’utilisation et sup­por­tant tous les types de conte­nus. Elle est com­mer­cia­li­sée en marque blanche auprès des opé­ra­teurs télé­coms et construc­teurs de TV connectées.

ifeelsmart logo

L’équipe

La société IFeelS­mart a été créée par deux spé­cia­listes du monde de la télé­vi­sion et des médias : Shy Shri­qui (Pré­sident) et Xavier Brin­gué (DG).

Shy Shri­qui a été notam­ment res­pon­sable infor­ma­tique chez War­ner Music où il a pu créer de nou­veaux for­mats, numé­riques, de dif­fu­sion de la musique. Chez Nove­dia et pour le compte d’Orange, il mène une mis­sion de conseil consis­tant à détec­ter les tech­no­lo­gies inté­res­santes chez les star­tups. Il y lance le pro­jet Wor­mee, le « Dee­zer » d’Orange puis rejoint Jean-Louis Constanza en 2008 lors de la créa­tion d’Orange Val­lée décidé par le CEO de l’époque, Didier Lom­bard. Sous l’impulsion de ce der­nier, il y lance le pro­jet de nou­velle set-top-box TV du groupe qui a abouti après diverses aven­tures à la créa­tion d’iFeelSmart.

Xavier Brin­gué a de son côté un pro­fil mar­ke­ting pro­duit : sur Quick­Time chez Apple, sur les pro­duits de com­mu­ni­ca­tion grand public (modems) chez Sagem puis les « web­phone » d’Alcatel. Il entre en 2000 chez Micro­soft où il par­ti­cipe à la pro­mo­tion des tech­no­lo­gies Win­dows Media auprès des créa­teurs de conte­nus, opé­ra­teurs, construc­teurs et chaines de TV en Europe. Il est aussi impli­qué dans la bataille HD-DVD, promu par Micro­soft, contre Blu-ray. La bataille est gagnée par ce der­nier. Il entre chez Orange en 2008 au Tech­no­centre qui est la branche mar­ke­ting amont de la société où il prend en charge le pro­jet de pro­chaine set-top-box TV.

C’est à ce moment que Xavier Brin­gué ren­contre Shy Shri­qui avec qui il tra­vaille de concert sur ce pro­jet. Lorsque le pro­jet perd son sou­tien en interne chez Orange, Shy Shri­qui et Xavier Brin­qué décident de conti­nuer à le faire vivre en quit­tant Orange. Le tout en étant sou­tenu par Jean-Louis Constanza qui lui, reste chez Orange.

Chez Orange et par la suite, les fon­da­teurs d’iFeelSmart ont fait appel à Dale Herig­stad (ci-dessous) pour la concep­tion de l’interface uti­li­sa­teur de leur solu­tion. Avec son agence Sche­ma­tic, il avait gagné l’appel d’offre d’Orange contre Ideo, une société de design bien connue aux USA. Dale Herig­stad est un concep­teur d’interfaces gra­phiques qui a eu quatre Emmy Awards sur la créa­tion de sites web de grandes chaines TV, a été impli­qué dans l’un des pre­miers pro­jets de TV inter­ac­tive (à Orlando en 1994), tra­vaillé sur Bat­tles­tar Gal­lac­tica. Il a aussi conçu les inter­faces uti­li­sa­teurs de “Mino­rity Report”. Une poin­ture et un par­te­na­riat unique en son genre dans l’écosystème fran­çais. Il joue le pré­cieux rôle de “design advi­sor” d’iFeelSmart.

J’ai pu le ren­con­trer à l’occasion de l’IBC 2012. Il m’a notam­ment raconté com­ment avaient eu lieu les tests uti­li­sa­teurs de l’interface d’iFeelSmart, en France et au Royaume Uni. Avec une pré­sen­ta­tion de cinq minutes et dix minutes de prise en main assis­tée ou pas. D’où une obser­va­tion inté­res­sante des varia­tions cultu­relles : les uti­li­sa­teurs fran­çais aiment bien les dis­po­si­tions en mosaïque (comme dans les bou­quets Canal­Sat ou dans l’interface uti­li­sa­teur de la SFR Evo­lu­tion) tan­dis que les bri­tan­niques pré­fèrent les grilles de pro­grammes clas­sique (EPG). D’où un mélange des deux méta­phores dans iFeelS­mart. L’interface pro­po­sée uti­lise en abon­dance des repré­sen­ta­tions gra­phiques des conte­nus et évite les éléments tex­tuels tant que c’est possible.

Dale fai­sait aussi remar­quer qu’il faut savoir dis­tin­guer dans la concep­tion les fonc­tion­na­li­tés, la faci­lité d’emploi et le style. On retrouve cela dans la démarche de l’interface uti­li­sa­teur d’iFeelSmart : très bien pen­sée pour les deux pre­miers points (ciné­ma­tique appli­ca­tive) tan­dis que la der­nière n’est pas entiè­re­ment “léchée” et peut don­ner libre court à la créa­ti­vité des clients opé­ra­teurs. C’est ma foi un scé­na­rio assez classique.

Dale Herigstad (1)

L’équipe d’iFeelSmart est sinon com­plé­tée de cinq déve­lop­peurs qui avaient tra­vaillé en sous-traitance sur le pro­jet lorsqu’il avait démarré chez Orange.

L’histoire éton­nante d’une spin-off d’Orange

Une fois n’est pas cou­tume, je vais m’attarder sur l’histoire de ce pro­jet qui est pour le moins originale.

Didier Lom­bard avait confié à Orange Val­lée la mis­sion de pré­pa­rer la future géné­ra­tion de set-top-box du groupe, bien avant l’arrivée de la Neuf­box Evo­lu­tion et de la Free­box Révo­lu­tion, sui­vies récem­ment de la BBox Sen­sa­tion et de la der­nière box de Nume­ri­cable, ces trois der­nières fonc­tion­nant sur archi­tec­ture Intel Atom (Soda­ville ou Gro­ve­land). Il s’agissait de créer une box qui allait tenir compte des évolu­tions du mar­ché notam­ment dans les usages multi-écrans. Le tout dans un contexte d’arrivée pro­gres­sive d’acteurs inter­na­tio­naux sur ce mar­ché (Apple, Google), du poids rela­ti­ve­ment faible d’Orange à l’échelle mon­diale et de la néces­site de mutua­li­ser une par­tie du midd­le­ware avec d’autres acteurs. Et avec une répar­ti­tion en pleine évolu­tion de la valeur entre la gate­way (modem et rou­teur ADSL/fibre) et la box TV. C’est d’ailleurs à ce moment qu’a été créé Sof­tA­tHome, une joint-venture entre Orange, Sagem et Tech­ni­co­lor concer­nant plu­tôt la par­tie gate­way de l’offre des opé­ra­teurs. Ici aussi, dans une logique de mutua­li­sa­tion. Et tout ceci, avant l’arrivée de l’iPad.

En 2008, Shy Shri­qui avait décou­vert les tech­no­lo­gies de cap­ture du geste de Pri­me­sense et Soft­Ki­ne­tic, la pre­mière ayant ensuite fait son appa­ri­tion dans la Kinect de Micro­soft. Elle donna lieu au CES de jan­vier 2009 à une démons­tra­tion réa­li­sée par Orange Val­lée sur le stand du belge Soft­ki­ne­tic de pilo­tage d’une inter­face de vidéo à la demande avec les gestes.

Shy Shriqui et démo Keenu Soft Kinetic (2)

En 2009, le pro­jet prend forme et abou­tit à un pre­mier pro­to­type de set-top-box qui tourne sur l’architecture Intel Soda­ville, un pro­ces­seur Atom dédié aux set-top-boxes, le CE4100. Le choix de ce pro­ces­seur est à l’époque plu­tôt hardi car Orange est le pre­mier opé­ra­teur à l’annoncer. Sui­vront de nom­breux autres opé­ra­teurs fran­çais : Free avec la Free­box Révo­lu­tion qui arrive début 2011, puis Nume­ri­cable et Bouygues Télé­com en 2012. Il y avait d’ailleurs beau­coup de scep­ti­cisme sur la capa­cité d’Intel à bien pour­voir aux besoins d’une set-top-box notam­ment sur le sup­port de la sécu­rité des accès aux conte­nus. Le pro­to­type de box Orange est même démon­tré en jan­vier 2010 lors du key­note du CEO d’Intel, Paul Otte­lini, au CES de Las Vegas. Et je suis dans la salle.

En 2010, les déve­lop­pe­ments logi­ciels avancent et j’ai l’occasion d’en voir une démons­tra­tion sous NDA en mars 2011 chez Orange Val­lée à Cha­tillon sous Bagneux, juste après le lan­ce­ment de la Free­box Revo­lu­tion. L’interface pro­po­sée est très élégante et per­met de navi­guer faci­le­ment entre toutes les com­po­santes de l’offre TV : le direct, un guide de pro­gramme, de la VOD, de la catch-up. Il intègre des conte­nus enri­chis, notam­ment au niveau du guide de programme.

A l’époque, pour un tas de rai­sons internes à Orange, le pro­jet perd ses sou­tiens. Le pro­jet de set-top-box d’Orange Val­lée tombe alors à l’eau au prin­temps 2011. Le pro­jet de future set-top-box Orange est alors repris en main par FT R&D avec une vision moins en rup­ture avec la base ins­tal­lée. Il pour­rait sor­tir avant fin 2012, avec presque deux années de retard, après la mise à jour majeure des box de tous les autres opé­ra­teurs fran­çais, Nume­ri­cable compris.

En sep­tembre 2011, pous­sés par l’envie d’entreprendre et de ne pas lais­ser le pro­jet en plan, Shy Shri­qui et Xavier Brin­gué décident de créer une spin-off d’Orange Val­lée pour le fina­li­ser et le com­mer­cia­li­ser. Orange ayant inves­tit plu­sieurs mil­lions d’Euros dans l’affaire : ce serait dom­mage de tout lais­ser en plan ! Ils négo­cient avec Orange une ces­sion de la pro­priété intel­lec­tuelle et la société pour­suit le déve­lop­pe­ment et la com­mer­cia­li­sa­tion du logi­ciel en étant tota­le­ment indé­pen­dante d’Orange.

Je les retrouve au CES en jan­vier 2012 dans une suite d’un hôtel à côté du Las Vegas Conven­tion Cen­ter où ils font la démons­tra­tion de leur tech­no­lo­gie à des opé­ra­teurs et construc­teurs du monde entier. En tout, une cin­quan­taine de rendez-vous qui leur per­mettent de consti­tuer un bon por­te­feuille de pros­pects. Ils me font une démons­tra­tion de leur solu­tion qui a bien avancé et prend main­te­nant en compte les smart­phones et tablettes tout comme les scé­na­rios de « social TV ». L’ensemble est très convain­cant et je l’évoque dans le Rap­port du CES 2012 (pages 74 et 75).

Mais je ne peux en pré­sen­ter aucun élément visuel, l’équipe étant en plein pro­ces­sus de pro­tec­tion de sa pro­priété indus­trielle. Sur ce, début sep­tembre 2012, iFeelS­mart peut enfin pré­sen­ter publi­que­ment son inter­face. Elle le fait à l’occasion de l’IBC d’Amsterdam et sur le stand d’Intel sur lequel on trouve aussi la démons­tra­tion de la nou­velle box du cablo-opérateur néer­lan­dais UPC (sous midd­le­ware NDS avec l’interface Snow­flake 12) et la BBox Sen­sa­tion de Bouygues Télé­com (dont le logi­ciel a été réa­lisé par Sagem).

Pano­rama de la solution

La solu­tion d’iFeelSmart est un ensemble de midd­le­ware et d’interface uti­li­sa­teur d’expérience télé­vi­suelle et mul­ti­mé­dia tour­nant à la fois sur TV connec­tées, set-top-boxes et seconds écrans comme les tablettes et smartphones.

La solu­tion pré­sente les carac­té­ris­tiques suivantes :

  • Elle se foca­lise sur l’expérience télé­vi­suelle de la TV en direct, ce qui lui per­met d’être « broad­cas­ter friendly ». C’est presque l’antithèse de Google TV ou de l’Apple TV qui délaissent la TV en direct pour pri­vi­lé­gier la consom­ma­tion de conte­nus à la demande. L’interface d’iFeelSmart com­prend un guide de pro­grammes illus­tré avec des gra­phiques et de fonc­tions d’enregistrement de la TV, d’accès à la TV de rat­tra­page et à la VOD et à la S-VOD (vidéo à la demande sur abon­ne­ment). D’un seul bou­ton de télé­com­mande, on accède à un menu en over­lay du pro­gramme regardé qui per­met de faire une recherche de conte­nus, d’accéder aux autres chaînes, aux appli­ca­tions et au menu principal.

iFeelSmart_Home

  • L’inter­face est très dépouillée et fluide grâce à l’exploitation de la puis­sance des archi­tec­tures pro­ces­seur modernes Intel ou ARM. Elle peut notam­ment fonc­tion­ner en 3D sté­réo­sco­pique. Elle fonc­tionne en mode multi-tâche ce qui per­met de bas­cu­ler rapi­de­ment d’une tâche à l’autre, pour par exemple pas­ser rapi­de­ment de la TV en direct à son navi­ga­teur web ou à une appli­ca­tion spé­ci­fique sans avoir à les relan­cer dans un menu comme c’est le cas aujourd’hui dans les TV connec­tées et les set-top-box. Le design de l’interface n’est pas encore suf­fi­sam­ment dépouillé à mon goût mais peu importe car celle-ci est de toutes manières faite pour être per­son­na­li­sée pour chaque opé­ra­teur avec sa propre charte graphique.

iFeelSmart on Intel booth (France) (3)

  • Elle intègre une fonc­tion de recom­man­da­tion de conte­nus qui fonc­tionne sur l’ensemble des sources de conte­nus pro­po­sés par les opé­ra­teurs clients d’iFeelSmart. Cela couvre aussi bien la TV en direct que la TV de rat­tra­page ou la VOD. Ce genre de fonc­tion­na­lité com­mence à être cou­rante dans les Smart TV. Mais en France, aucune box n’en pro­pose véri­ta­ble­ment. iFeelS­mart s’appuie pour ce faire sur des solu­tions tierces par­ties telles que celles de l’israélien Jinni ou de la star­tup fran­çaise Spi­deo.
  • Elle intègre nati­ve­ment la com­mande ges­tuelle de l’interface en plus d’une télé­com­mande clas­sique à sept bou­tons voire d’un cla­vier. C’est un peu gad­get mais peut se révé­ler utile dans cer­taines situa­tions, notam­ment pour des appli­ca­tions de jeux. Cela s’inscrit dans la mou­vance des com­mandes “mul­ti­mo­dales” de la TV qui asso­cient la télé­com­mande clas­sique, le geste, la voix et les seconds écrans à inter­face tac­tile (tablettes, smart­phones). Cette fonc­tion­na­lité reprend le tra­vail du pro­jet Keenu d’Orange Val­lée. Elle s’appuie sur le SDK de Pri­me­Sense qui consiste en un micro-contrôleur spé­ci­fique, une caméra cou­leur CMOS, un émet­teur infra­rouge et une caméra infra­rouge. Ce kit est inté­gré dans les box et TV des clients d’iFeelSmart en fonc­tion de leurs choix. La fonc­tion de com­mande ges­tuelle suit le mou­ve­ment des mains pour des com­mandes indi­vi­duelles (comme chan­ger de chaine, avec plu­sieurs gestes types recon­nus comme un push avec la main, un cercle, un mou­ve­ment de rota­tion comme avec un volant, etc) ou pour modi­fier un para­mètre (mon­ter ou des­cendre le volume sonore). La com­mande ges­tuelle uti­lise diverses biblio­thèques logi­cielles dont l’une pro­vient de Soft­ki­ne­tic, une société belge et l’autre de PrimeSense.
  • Les fonc­tion­na­li­tés de « Social TV » (Face­book, Twit­ter, etc) sont pré­sentes dans l’ensemble de l’interface uti­li­sa­teur et ne néces­sitent pas le lan­ce­ment d’applications sépa­rées comme c’est actuel­le­ment encore trop sou­vent le cas dans les TV connec­tées et set-top-boxes.

iFeelSmart_TV_channel_social_app

  • La solu­tion per­met la consom­ma­tion de dif­fé­rents conte­nus : TV et VOD certes, mais aussi appli­ca­tions, jeux, navi­ga­tion Inter­net et médias per­son­nels (images, musiques, vidéos).
  • L’interface fonc­tionne indif­fé­rem­ment sur TV connec­tée, sur set-top-box ainsi que sur les seconds écrans et notam­ment les smart­phones et tablettes Android. A la fois pour y pro­fi­ter de l’ensemble de l’expérience uti­li­sa­teur pour sélec­tion­ner et visua­li­ser les conte­nus mais égale­ment pour inter­agir avec la TV et lui envoyer les conte­nus sélectionnés.

iFeelSmart on Intel booth (France) (5)

Archi­tec­ture technique

iFeelS­mart est l’une des rares solu­tions pour box et TV déve­lop­pée en code natif C++ et en Open GL avec un sup­port des stan­dards du web et notam­ment HTML 5 ainsi que de Flash 10 pour l’exécution des appli­ca­tions tierces-parties. Cette hybri­da­tion com­bine donc la per­for­mance du code natif exploi­tant toutes les capa­ci­tés des pro­ces­seurs, expli­quant la flui­dité de l’interface uti­li­sa­teur, au sup­port des stan­dards pour construire et cap­ter un écosys­tème d’applications, notam­ment celui d’HbbTV (qui au demeu­rant tourne actuel­le­ment sous HTML 4). HTML 5, OpenGL et Flash assurent une com­pa­ti­bi­lité avec les prin­ci­paux jeux du marché.

Le déve­lop­pe­ment repré­sente à ce jour 500000 lignes de code ce qui est une masse consé­quente. Ce déve­lop­pe­ment avait été ini­tia­le­ment sous-traité par Orange à diverses socié­tés de ser­vice (Lina­gora, Altran, …). L’architecture pro­po­sée est bien entendu modu­laire et per­met l’installation de plug-ins ayant accès à l’interface uti­li­sa­teur ainsi que des connec­teurs avec une inter­face géné­rique pour accé­der aux cata­logues de vidéo à la demande, aux maga­sins d’applications tiers et aux don­nées de guides de pro­grammes de chaines TV. Sans comp­ter les divers sys­tèmes de back-office des opé­ra­teurs clients.

iFeelSmart on Intel booth (France) (6)

Côté “client”, la solu­tion iFeelS­mart tourne sur pro­ces­seurs Intel (série Atom Sodaville/Groveland/Berryville) ou sur chip­sets  à base de noyaux ARM. L’équipe iFeelS­mart avait ainsi démon­tré sa solu­tion sur pro­ces­seur Qual­comm Snap­dra­gon pen­dant le CES 2012. Cette tech­no­lo­gie équipe par exemple les nou­velles TV connec­tées de Lenovo mais égale­ment de nom­breux smart­phones sous Android et Win­dows Phone.

iFeelS­mart sup­por­tera égale­ment à terme égale­ment les pro­ces­seurs de la série Orly de chez STMi­croe­lec­tro­nics ainsi que la famille Exy­nos de Sam­sung. Cette der­nière est impor­tante car elle équipe les Smart TV, smart­phones et tablettes Sam­sung. Sur les smart­phones et tablettes tour­nant sous Android, le déve­lop­pe­ment est fait en Java sans dépen­dance vis-à-vis du pro­ces­seur du mobile.

Le mar­ché d’iFeelSmart
iFeelS­mart pro­pose sa solu­tion à deux prin­ci­paux types de clients : les opé­ra­teurs et les constructeurs.

Les opé­ra­teurs télé­coms, du câble et du satel­lite qui pro­posent des solu­tions d’IPTV ou de TV pre­mium ont du mal à concur­ren­cer les solu­tions « over the top », sur­tout hors de France qui est un pays un peu à part avec des FAI très puis­sants équi­pant plus de 27% des ménages en IPTV. Le coût de mise en place de leur solu­tion est de plus en plus élevé et la par­tie TV de leur offre n’est pas très pro­fi­table. Pour ne prendre que l’exemple des FAI fran­çais, ceux-ci ont une offre de base à 30-32€ par mois et leur revenu men­suel moyen par client est de 36€ (en HT, cepen­dant, alors que l’offre de base est TTC). Ce qui veut dire qu’une faible part de leur revenu pro­vient de la vente de conte­nus et ser­vices addi­tion­nels comme la VOD. Le mar­ché se com­plexi­fie avec la consom­ma­tion de conte­nus en mode multi-écrans et notam­ment sur tablettes. Les opé­ra­teurs doivent sup­por­ter un nombre gran­dis­sant d’écrans et d’architectures à par­tir de leur gate­way (modem ADSL/fibre), sans comp­ter leur propre base ins­tal­lée de box d’anciennes géné­ra­tions. Cela devient un casse-tête tech­no­lo­gique et écono­mique. D’où l’intérêt d’offres logi­cielles qui prennent bien en compte cette diver­sité tech­no­lo­gique gran­dis­sante des écrans de la maison.

Les construc­teurs de télé­vi­sions connec­tées avec leurs pla­te­formes pro­prié­taires, Sam­sung en tête font à la fois par­tie de l’univers concur­ren­tiel d’iFeelSmart mais en sont aussi des clients poten­tiels. Ils concur­rencent sur­tout les box des opé­ra­teurs télé­coms qui sont main­te­nant en géné­ral plus puis­santes et sou­vent dotées d’un disque dur pour l’enregistrement de pro­grammes. Les TV connec­tées sont dotées de pro­ces­seurs sou­vent ané­miques qui rendent leur inter­face assez lente. Même si LG Elec­tro­nics et Sam­sung intègrent des pro­ces­seurs de plus en plus rapides dans leurs Smart TV, double cœur et même quadri-cœurs. L’interface uti­li­sa­teur des TV connec­tées est assez défi­ciente en géné­ral car elle s’inspire de canons asia­tiques qui valo­risent l’idéogramme plus que le gra­phisme qui sont assez dif­fé­rents des canons occi­den­taux. Elles n’ont pas d’équivalent sur les seconds écrans.

LG Elec­tro­nics intègre Google TV sur une par­tie de sa gamme 2012 et est pro­prié­taire sur le reste. Les construc­teurs chi­nois comme Haier et HiSense ou Lenovo sont en train d’adopter Android mais avec une inter­face uti­li­sa­teur pro­prié­taire qui n’est pas celle de Google TV. A noter que la plu­part des TV connec­tées ont une assez mau­vaise inté­gra­tion avec la TV en direct et un guide de pro­gramme très pauvre. L’expérience uti­li­sa­teur fonc­tionne en silos : chaines TV, appli­ca­tions, réseaux sociaux. Rien n’est inté­gré dans la navi­ga­tion, un domaine où iFeelS­mart se démarque nettement.

iFeelSmart_TV_channel_ecosystem

Envi­ron­ne­ment concurrentiel

Le mar­ché de la TV connecté est très frag­menté avec des acteurs mon­diaux et locaux, aucun n’arrivant pour l’instant à prendre le des­sus. Par ailleurs, il est carac­té­risé par le syn­drome du « ser­vice outillé », les opé­ra­teurs et construc­teurs deman­dant aux indus­triels et éditeurs de logi­ciels de per­son­na­li­ser leurs offres. Au point que des acteurs lea­ders comme NDS ont plus de la moi­tié de leurs effec­tifs qui tra­vaillent sur les pro­jets clients.

Qui sont les acteurs en concur­rence fron­tale avec iFeelS­mart ? Il y a l’embarras du choix sachant que l’inventaire n’est jamais exhaustif.

Les grands éditeurs de midd­le­ware comme NDS avec son inter­face Snow­Flake ou le groupe Kudelski avec ses filiales Nagra­vi­sion et OpenTV. Ils mai­trisent en géné­ral égale­ment les tech­no­lo­gies de contrôle d’accès condi­tion­nel (CAS) et de DRM. Ce sont des éditeurs de logi­ciels avec une grosse acti­vité de ser­vice pour per­son­na­li­ser les solu­tions pour leurs clients qui sont les acteurs de la TV payante : les opé­ra­teurs télé­coms, du câble et du satel­lite.  La plu­part d’entre eux ont main­te­nant des offres mul­ti­pla­te­formes et sup­portent la plu­part des chip­sets des set-top-boxes du mar­ché (ST Microe­lec­tro­nics, Broad­com, Sigma design, Intel). Par contre, ils ne sont pas pré­sents dans le mar­ché des construc­teurs de TV connec­tée. Leurs prix sont assez élevés du fait de coûts de struc­ture impor­tants et d’une dif­fi­culté à fac­to­ri­ser leurs logi­ciels entre leurs clients.

Les éditeurs de logi­ciels « over the top » comme l’israélien Boxee que l’on retrouve dans les boi­tiers de D-Link. Comme l’Apple TV, ces logi­ciels per­met­taient de consom­mer tout un tas de conte­nus vidéo à la demande, sauf la TV en direct. Résul­tat, ils ont ajouté un sup­port de la TNT avec un tuner sous forme de dongle et une ver­rue dans l’interface uti­li­sa­teur. Contrai­re­ment à iFeelS­mart qui intègre la TV live au cœur de son inter­face uti­li­sa­teur. On peut aussi citer un autre israé­lien, Comigo, qui vise le mar­ché des set-top-box comme celui des TV et des seconds écrans. Il pro­pose une solu­tion multi-écrans qui se rap­proche fonc­tion­nel­le­ment de celle d’iFeelSmart.

Le fran­çais httv que nous avons déjà aus­culté dans ce blog et avec sa solu­tion httv­Box, qui s’appuie sur HbbTV. La solu­tion est plu­tôt des­ti­née aux box “OTT” exploi­tant la TV broad­cast qu’aux box des opé­ra­teurs. Ce n’est pas vrai­ment le mar­ché visé par iFeelSmart.

Un autre fran­çais, Net­gem, ancien four­nis­seur his­to­rique de SFR/Neuf et qui se déve­loppe bien à l’international, comme en Aus­tra­lie (avec Tel­stra) ou dans les pays nor­diques. C’est l’un des rares à mai­tri­ser son midd­le­ware de bout en bout et à sup­por­ter divers écrans dont les tablettes. Il pro­meut son archi­tec­ture n-cloud per­met­tant le par­tage des conte­nus de l’utilisateur en mode SaaS. Côté inter­face uti­li­sa­teur et usages sociaux, l’offre de Net­gem est par contre un peu en retrait.

Google TV, une solu­tion logi­cielle des­ti­née aux TV connec­tées et à des set-top-boxes « over the top » bâtie autour d’un moteur de recherche de vidéos, d’un navi­ga­teur Inter­net vague­ment adapté à l’expérience télé­vi­suelle et d’un maga­sin d’applications, qui com­prend des ser­vices de VOD. Mais Google TV ne gère pas direc­te­ment la consom­ma­tion de la TV et ne com­prend pas de véri­table guide de pro­grammes linéaire clas­sique par chaîne. Google TV est sup­porté par LG Elec­tro­nics sur cer­tains modèles aux USA, par Vizio sur le mar­ché US, et par Sony  qui vient d’arriver en France avec une box OTT sous Google TV (box OTT : per­met­tant de visua­li­ser des conte­nus pro­ve­nant d’Internet sans qu’elle soit four­nie par un opé­ra­teur télécom/câble). Google TV n’a pour l’instant pas beau­coup d’effets de levier sur l’écosystème, que ce soit sur les opé­ra­teurs télé­com ou les chaines de TV. Sur­tout dans la mesure où l’objectif avoué de Google étant à terme de cap­ter une part du juteux mar­ché de la publi­cité TV. Résul­tat, Google se lance dans ‘”l’achat” de l’écosystème de conte­nus en finan­çant à coups de cen­taines de mil­lions de dol­lars des conte­nus et des chaines de conte­nus “pre­mium”. Pour l’instant, sur­tout en langue anglaise. Auront-ils les moyens de le faire pour leur adap­ta­tion en fran­çais ? Ache­ter son écosys­tème n’est jamais un très bon signe de santé de sa pla­te­forme même si c’est peut-être plus cou­rant dans les conte­nus que dans les appli­ca­tions et les logi­ciels. Sam­sung a du faire de même aux débuts pour enri­chir le cata­logue d’applications natives de ses Smart TV. Un cata­logue qui ne com­porte que quelques cen­taines d’applications à ce jour. Ce qui montre que soit le mar­ché est trop frag­menté pour atti­rer les déve­lop­peurs, soit qu’il n’y a pas suf­fi­sam­ment d’usages chez les télé­spec­ta­teurs, soit les deux à la fois !

Micro­soft et sa Xbox 360 qui est deve­nue un ter­mi­nal de choix secon­daire pour les opé­ra­teurs. En France, Orange est de la par­tie, en plus de Canal+ et M6. Aux USA, Veri­zon pro­pose ses ser­vices IPTV FiOS via la Xbox. Plu­sieurs dizaines d’opérateurs ont fait de même dans le monde et pro­fitent ainsi de la base ins­tal­lée de près de 80 mil­lions de Xbox dans le monde, dont plus de la moi­tié sont connec­tées et avec un abon­ne­ment Xbox Live.

Apple qui pro­pose pour l’instant son boi­tier « over the top » Apple TV qui s’est vendu à envi­ron 5 mil­lions d’exemplaires dans le monde ce qui est assez modeste. Il s’agit sur­tout d’un boi­tier per­met­tant de consom­mer des conte­nus à la demande, et notam­ment de la VOD via iTunes et main­te­nant Net­flix (dans les pays cou­verts par ce der­nier), une fonc­tion que savent assu­rer tout un tas de boi­tiers comme celui de Roku tout comme les lec­teurs de Blu-ray. Apple TV n’enrichi pas la consom­ma­tion de TV en direct, que ce soit via un tuner ou via des chaînes TV strea­mées. Tout le monde attend une hypo­thé­tique TV miracle d’Apple qui n’arrivera visi­ble­ment pas avant 2013 si ce n’est 2014. Si elle arrive un jour. Et de toutes manières, Apple n’est pas un four­nis­seur de midd­le­ware pour opérateurs !

Conclu­sion

Depuis que j’ai pu la décou­vrir, la ciné­ma­tique de l’interface uti­li­sa­teur d’iFeelSmart m’a vrai­ment séduit. Elle est par­fai­te­ment adap­tée à la consom­ma­tion de conte­nus en mode multi-écrans. Sa flui­dité a très peu d’équivalents sur le marché.

Reste à vendre la solu­tion. Ce busi­ness est dif­fi­cile. Quelles sont les chances d’y arri­ver quand on est une star­tup ? Ici, la R&D a été réa­li­sée et bien finan­cée, en amont par Orange. Il reste évidem­ment des modules à écrire déci-delà, mais l’essentiel est de trou­ver des clients. Dans un mar­ché où les grands acteurs ne prennent pas de risques, l’une des approches les plus inté­res­santes consiste à faire alliance avec des par­te­na­riats indus­triels. Cela a bien com­mencé avec leur rela­tion avec Intel et Qual­comm qui leur a per­mis de ren­con­trer un tas d’opérateurs et construc­teurs à l’échelle mon­diale. Il faut main­te­nant concrétiser !

Publié le 21 septembre 2012 Post de | Apple, Mobilité, Startups, TV et vidéo | 8575 lectures

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