Les français de la TV connectée : WyPlay

Publié le 6 janvier 2013 et mis à jour le 18 janvier 2013 - 2 commentaires -
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Je suis allé visi­ter WyPlay à Mar­seille le 12 décembre 2012. Cet éditeur de logi­ciels connu pour avoir notam­ment déve­loppé le midd­le­ware de la box SFR Evo­lu­tion sor­tie en novembre 2010 valait le détour.

Cette société est spé­cia­li­sée dans le déve­lop­pe­ment de solu­tions logi­cielles pour toutes formes de box : set-top-box d’opérateurs télé­coms, câble ou satel­lite, box “over the top”, seconds écrans. Ils four­nissent une archi­tec­ture de midd­le­ware en kit per­met­tant la mise en œuvre des prin­ci­pales fonc­tion­na­li­tés atten­dues par les opé­ra­teurs : guides de pro­grammes, live TV, replay TV, recom­man­da­tion, social TV et multi-écrans.

WyPlay Logo

Rela­ti­ve­ment dis­crète, cette société se dis­tingue par quelques faits d’armes qui la placent très bien dans le concert des star­tups fran­çaises de la TV connec­tée. Elle a main­te­nant de nom­breuses réfé­rences clients en plus de SFR qui l’a fait connaitre en 2010 et une taille cri­tique de plus de 100 collaborateurs.

La société

WyPlay a été fondé en 2006 par une équipe d’anciens de Neo­tion, un autre acteur de la télé­vi­sion situé pas loin, à Aubagne. Il s’agit de Jacques Bour­gni­naud (CEO, ci-dessous à gauche), Domi­nique Feral (CMO, ci-dessous à droite), Sébas­tien Brule (R&D) et Arnaud Cha­tai­gnier (CTO). Julie Géret (ci-dessous au centre) est res­pon­sable dans la com­mu­ni­ca­tion dans l’équipe de Domi­nique Feral.

Jacques Bourgninaud Julie Geret et Dominique Feral (WyPlay)

A ce jour, la société compte 105 per­sonnes et emploie une moyenne de 15 sous-traitants en régie pour assu­rer les pointes d’activité. L’essentiel des équipes est basé à Allauch (ci-dessus, dans l’immeuble blanc au bout de la route) dans un pay­sage inha­bi­tuel pour une star­tup fran­çaise, qui plus est de la TV connec­tée. Le siège est situé au bas d’une col­line que sur­plombe la cha­pelle d’Allauch.

Allauch (2)

On est en fait au nord de l’agglomération mar­seillaise, à envi­ron un quart d’heure de coins comme ci-dessous au bord de la mer. De l’authentique à l’ancienne… !

Marseille (5)

WyPlay a aussi une petite équipe de 10 per­sonnes à Mont­pel­lier. Pour­quoi donc ? Parce que c’est une ville très active où l’on trouve beau­coup d’ingénieurs avec un bon bagage technique.

Côté finan­ce­ment, il est rare de trou­ver une star­tup de la TV qui a autant levé : 23m€ en trois tours !

  • En octobre 2006 au moment de la créa­tion, avec Sofin­nova qui met 4m€ dans la société. Cela leur a per­mis de démar­rer dans la four­ni­ture de midd­le­ware pour les boi­tiers retail mul­ti­mé­dia qui étaient en vogue à l’époque. Ils ont alors pour clients LaCIE, iomega et D-Link.
  • En mai 2008, Sofin­nova revient, com­plété d’Elaia Part­ners et de A+ Finances, avec un total de 10m€. Dans la fou­lée, ils signent leur gros contrat avec SFR en 2009, puis Voda­fone en Ita­lie et en Espagne.
  • En mai 2010, Sofin­nova, Elaia Part­ners et A+ Finances reviennent, com­plé­tés par Amundi , pour un tour de 9m€. Ils signent Berl­ga­com en Bel­gique et R en Espagne. A l’été 2012, ils signent Canal+, nous y reviendrons.

Fin 2010, la société devient pro­fi­table. Elle fai­sait un CA de 12m€ en 2011. Et l’ambition ne manque pas avec une pro­jec­tion de 110m€ en 2017 et avec 280 per­sonnes. Cela peut paraitre déli­rant, comme toutes ces pro­jec­tions de star­tups sauf que celle-ci a déjà six ans d’existence. C’est pro­ba­ble­ment un peu déli­rant mais on ne peut que leur sou­hai­ter de réus­sir. En 2012, 45% de leur revenu vien­dra de l’international et ils visent 90% en 2017. Ils ambi­tionnent notam­ment de se lan­cer sur les mar­chés d’Amérique Latine et en Asie du Sud-Est. A la fois avec un modèle direct et un modèle indi­rect via des partenaires.

Avec tout cela, WyPlay pré­voit de deve­nir d’ici fin 2013 le qua­trième four­nis­seur indé­pen­dant de midd­le­ware dans le monde, avec 9,5 mil­lions de boxes sup­por­tées. Les trois pre­miers étant Open TV (96m), NDS (80m), Alti­cast (24m). Sachant que dans les 9,5 mil­lions, il y aura 6 mil­lions d’abonnés à Canal+.

Quid des TV connec­tées ? Ils n’ont pas encore de construc­teurs comme clients, mais ils sou­haitent péné­trer ce mar­ché via leur solu­tion open source.

L’offre de WyPlay

Leurs fon­da­teurs ont créé WyPlay en 2006 avec plu­sieurs intui­tions de départ : que des fonc­tion­na­li­tés mul­ti­mé­dia de plus en plus riches allaient entrer dans les box des opé­ra­teurs, qu’il fal­lait être un “géné­ra­liste” du midd­le­ware pour ces box et que Linux et les logi­ciels open source allaient être la norme dans l’embarqué, le tout avec des archi­tec­ture en mode “com­po­sants”. Ils ont alors adopté un métier de super inté­gra­teur, trai­tant les archi­tec­tures logi­cielles du bas au haut niveau, inter­face com­prise. Le tout en assu­rant le meilleur niveau de per­for­mance per­mis par les archi­tec­tures maté­rielles. Ils en uti­lisent au maxi­mum les carac­té­ris­tiques tech­niques. C’est ainsi le cas du STMi­croe­lec­tro­nics STM7105 qui est dans les box SFR Evo­lu­tion et la base ins­tal­lée de Canal+ depuis quelques années. Cela per­met une mise à jour de la base ins­tal­lée des déco­deurs de Canal+ sans chan­ger le maté­riel tout en rafrai­chis­sant l’interface utilisateur.

WyPlay activités

Comme indi­qué dans le schéma ci-dessus, WyPlay pro­pose quatre briques clés aux opé­ra­teurs : côté uti­li­sa­teur, une inter­face uti­li­sa­teur de réfé­rence au-dessus de laquelle les opé­ra­teurs peuvent conce­voir la leur et un midd­le­ware pour set-top-box, et côté ser­veurs, deux appli­ca­tions, WyS­tore et WyClub, qui viennent en com­plé­ment des solu­tions têtes de réseau existantes.

Le schéma ci-dessous pré­sente l’architecture côté client. L’ensemble s’appuie sur un grand nombre de com­po­sants open source qui ont été modi­fiés et adap­tés par Wyplay.

WyPlay Architecture Middleware

WyS­tore per­met de gérer le maga­sin d’applications de l’opérateur. Ce module gère par exemple la gale­rie de wid­gets pour Bel­ga­com et Vod­phone. Il est asso­cié à un outil d’administration pour l’opérateur qui lui per­met de créer et gérer lui-même son bou­quet de ser­vice à base HTML.

WyClub, contrac­tion de Cloud et Hub, est un “use case” qui per­met de consom­mer les conte­nus sur plu­sieurs écrans et avec plu­sieurs pro­fils uti­li­sa­teurs. Il per­met le bas­cu­le­ment entre écrans, pour com­men­cer à regar­der un pro­gramme non linéaire sur un écran et la suite sur un autre écran. Le midd­le­ware pro­pose un suivi des usages. Cette solu­tion était pré­sen­tée pour la pre­mière fois à l’occasion du CES 2013 où WyPlay exposait.

Habi­tuel­le­ment, les opé­ra­teurs ont plu­sieurs têtes de réseaux, l’une pour le broad­cast (satel­lite, câble, IPTV, TNT), une autre pour les mobiles, puis enfin, une der­rière pour les solu­tions web. Le midd­le­ware WyPlay côté opé­ra­teur per­met d’unifier une bonne par­tie de ces têtes de réseaux en uni­fiant l’agrégation des ser­vices des­ti­nés à tous les écrans. Mais WyPlay ne déve­loppe pas les appli­ca­tions second-écran pour autant. Celui-ci peut être réa­lisé par des tiers, qui peuvent s’appuyer sur la pla­te­forme de ser­vices WyClub côté back-end.

WyPlay Multiscreen

Le midd­le­ware de WyPlay est des­tiné à être open source. Mais au sens où ils l’entendent ! Il s’agit d’un accès au code source du moteur et avec une licence pri­vée ad-hoc. La licence est gra­tuite pour les tests et payante pour l’exploitation com­mer­ciale. En gros, cela res­semble plus au Sha­red Source de Micro­soft - signé en 1/1 entre l’éditeur et ses clients - qu’à une licence open source clas­sique ouverte à tout vent avec un code publié sur Source Forge. Ils veulent cepen­dant mettre en place un pro­ces­sus de récu­pé­ra­tion des éven­tuelles contri­bu­tions des clients dans leur moteur. His­toire d’éviter les désa­gré­ments de plu­sieurs “fork” de leur code, condui­sant à devoir main­te­nir plu­sieurs ver­sions en paral­lèle. A ce stade, ils sont encore en train de packa­ger leur midd­le­ware avec un ADK (Appli­ca­tion Deve­lop­ment Kit). Cela leur per­met­tra de pas­ser à terme par un réseau de dis­tri­bu­tion indirect.

Du point de vue de l’architecture, les appli­ca­tions end-user peuvent être déve­lop­pées sous dif­fé­rents lan­gages qui peuvent coha­bi­ter sur le même déco­deur : du Python cou­plé à XML, de l’HTML 5, de l’Android en natif ou Java et même du Flash si besoin est.

Dans le cadre d’une implé­men­ta­tion sous HTML, la box com­prend un ser­veur web et un “ren­de­rer HTML” local. Ce mini-serveur va ali­men­ter les autres écrans du foyer. C’est une approche “d’application gate­way” à contra­rio d’une approche où l’HTML des inter­faces pro­vien­drait d’un back-end opé­ra­teur. Ceci per­met d’avoir une meilleure per­for­mance des inter­faces uti­li­sa­teurs qui ne dépendent plus du débit et de la latence du réseau haut-débit. Cela favo­rise aussi l’utilisation d’applications HTML inté­grables dans le midd­le­ware de la box et avec un bon niveau de réac­ti­vité de l’interface. Cela garan­tit aussi une logique de navi­ga­tion cohé­rente quel que soit l’appareil utilisé.

Une par­tie de l’interface peut tour­ner avec un moteur gra­phique à base Python qui sup­porte OpenGL s’il est dis­po­nible en dessous.

C’est notam­ment le cas dans la box SFR Evo­lu­tion où les effets 3D des car­rou­sels de menus sont ren­dus en Python, le tout en s’appuyant sur le pro­ces­seur ST Microe­lec­tro­nics ST 7105 qui pour­tant ne sup­porte pas la 3D. Un autre fra­me­work, à base JavaS­cript et HTML sert à l’exécution des appli­ca­tions. Cela per­met d’avoir une inter­face uti­li­sa­teur fluide pour les fonc­tions de base (live, VOD, etc) et un sup­port des stan­dards du web pour les applications.

Boxes (1)

Le midd­le­ware de Wyplay est indé­pen­dant du pro­ces­seur uti­lisé dans la box et de l’interface gra­phique de l’opérateur. Pour des besoins de démons­tra­tions ou d’accélération de mise sur le mar­ché de pro­duits, Wyplay pro­pose des implé­men­ta­tions de référence.

Avec d’un côté, le sup­port de pro­ces­seurs Broad­com BCM 7241 (dans une box SDK comme ci-dessus) ou ST Microe­lec­tro­nics Orly et, de l’autre, sa propre inter­face gra­phique (nom­mée Straw­berry, ci-dessous). Elle met en œuvre des concepts de navi­ga­tion qui peuvent très bien être déployés sur tablettes en plus des décodeurs.

Démo Strawberry (5)

WyPlay Multiscreen Interface

Enfin, le midd­le­ware WyPlay peut coha­bi­ter avec une ins­tance Android 4.X, ce der­nier n’étant appelé que pour l’exécution des appli­ca­tions Android (qui sont géné­ra­le­ment écrites en Java).

Outils et pro­ces­sus de tests

Lors de ma visite à Allauch, j’ai pu faire un petit tour des labo­ra­toires de tests de l’éditeur. Tout éditeur de midd­le­ware se doit d’en avoir un pour tes­ter non seule­ment la par­tie géné­rique de son midd­le­ware mais égale­ment les implé­men­ta­tions pour ses clients. Il doit repro­duire l’environnement d’utilisation de ses clients. Et sur­tout, il doit auto­ma­ti­ser au maxi­mum les tests, notam­ment pour les tests de non-régression qui sont très répé­ti­tifs. Ils consistent à véri­fier que l’interface répond comme prévu au gré des modi­fi­ca­tions du code.

Testing Lab (4)

Les bancs de tests uti­lisent des logi­ciels de simu­la­tion de télé­com­mande (ci-dessous).

Testing Lab (5)

Ainsi que des camé­ras qui filment les écrans pour véri­fier le résul­tat qui s’affiche.

Testing Lab (6)

Le labo­ra­toire de tests gère en paral­lèle une tren­taine de confi­gu­ra­tions pro­duits, la moi­tié qui sont en pro­duc­tion et pour les­quels il faut faire des tests d’évolution et de non-régression, et l’autre moi­tié en cours de déve­lop­pe­ment. WyPlay a une ving­taine de sys­tèmes de tests auto­ma­tiques dont six sont déployés chez les clients opé­ra­teurs. Ils sont capables de balayer le maxi­mum de cas d’utilisation des box.

Les tests s’appuient sur 30000 fichiers vidéo, audio et musique qui servent à tes­ter un maxi­mum des cas qui pour­raient se pro­duire lors de la lec­ture d’un fichier télé­chargé depuis internet.

Le labo­ra­toire de tests reçoit bien entendu tous les types de signaux TV dis­po­nibles : TNT, câble, satel­lite et IP en ver­sion live ou en modu­la­tion locale pour simu­ler la récep­tion de TV d’opérateurs étrangers.

Réa­li­sa­tions

En 2006, WyPlay démarre donc son acti­vité en four­nis­sant le midd­le­ware en OEM à dif­fé­rents construc­teurs de boi­tiers inté­grant sto­ckage de don­nées et média player connec­tables aux TV. Il y a ainsi la Cinéma Black de LaCie, une box OTT avec tuner, le Screen­play Direc­tor de iOmega et le Peeble de D-Link. Sachant néan­moins que pour ces deux der­nières box, le midd­le­ware n’est plus celui de WyPlay depuis 2009.

Si cela a per­mis à WyPlay de démar­rer, ce n’était pas for­cé­ment un bon plan sur le moyen et long terme car les ventes de ces boi­tiers ont été rela­ti­ve­ment déce­vantes. Il en va de même des boi­tiers mul­ti­mé­dia divers de construc­teurs comme Netgear.

C’est SFR qui a été la pre­mière réfé­rence chez un opé­ra­teur. Une très grosse réfé­rence. WyPlay a ainsi déve­loppé tout le midd­le­ware ainsi que l’interface uti­li­sa­teur de la SFR Evo­lu­tion côté box TV, sor­tie fin 2010. J’avais à l’époque cou­vert la sor­tie de cette box. L’interface uti­li­sa­teur avait été conçus par NDS France mais déve­lop­pée par WyPlay, une com­bi­nai­son assez curieuse car NDS est sur­tout un four­nis­seur de midd­le­ware. C’est la pro­po­si­tion de valeur basée sur des com­po­sants open source qui a du séduire SFR à l’époque. Ce d’autant plus que SFR sou­hai­tait avoir le contrôle de son code source. Il dépen­dait aupa­ra­vant de Net­gem qui avait réa­lisé le midd­le­ware et l’interface uti­li­sa­teur des box Neuf Telecom.

Comme tous les midd­le­ware, celui de la SFR Evo­lu­tion a évolué ces deux der­nières années. La solu­tion intègre main­te­nant une pla­te­forme de cloud gaming, d’origine G clus­ter. Elle com­prend égale­ment une fonc­tion de recherche d’origine Google qui per­met de retrou­ver des conte­nus TV en live et en rat­tra­page (exemple ci-dessous). Cela ne couvre pas d’autres sources telles que You­Tube. A ce stade, le pas­sage par Google est curieux car ce genre d’information est dis­po­nible auprès de socié­tés telles que Plu­ri­me­dia. Mais le moteur per­met d’étendre le spectre des don­nées cou­vertes sans limi­ta­tion particulière.

Démo SFR Evolution (8)

Côté vidéo à la demande, SFR pro­pose l’accès à plu­sieurs cata­logues. A noter que c’est Wiz­Tivi (dont SFR est action­naire majo­ri­taire) qui a déve­loppé les appli­ca­tions de TV de rat­tra­page de la box SFR. WyPlay a de son côté inté­gré une fonc­tion­na­lité de time shift qui per­met de retrou­ver ce que l’on a vu l’a veille. Le sys­tème peut enre­gis­trer de 6 à 10 heures des der­niers pro­grammes regar­dés. A noter que le navi­ga­teur web de la box est basé sur QT et le Webkit.

Des rumeurs indi­quaient récem­ment que SFR confie­rait son offre de TV et sa VOD à Canal+. Cela tombe bien, c’est aussi un client de WyPlay. Donc, ceci explique peut-être cela.

Seconde réfé­rence, l’opérateur télé­com Bel­ga­com et son offre IPTV. D’un point de vue maté­riel, la solu­tion WyPlay couvre à la fois une box de la base ins­tal­lée fonc­tion­nant en SD (simple défi­ni­tion) et en SD (pro­ces­seur Sigma Design) et une nou­velle box HD (ci-dessous) fonc­tion­nant à base de pro­ces­seur Broad­com BC7413 qui sup­porte notam­ment OpenGL. Ceci per­met à WyPlay de cou­vrir une base ins­tal­lée de 1,3 mil­lions d’utilisateurs. C’est Bel­ga­com qui a géré inté­gra­le­ment son choix et son appro­vi­sion­ne­ment en box.

Box Belgacom avec WyPlay (2)

L’interface uti­li­sa­teur est assez clas­sique, mais uti­lise, ce qui est rare, une police de carac­tère avec bas de chasses type “Times New Roman”. Cela lui donne un style “livresque”. Le sys­tème uti­lise le moteur de recom­man­da­tion de la star­tup israé­lienne Jinni. Et pour cause, Bel­ga­com en est action­naire. La fonc­tion de recom­man­da­tion couvre les conte­nus des chaines de TV en live, en dif­féré et la VOD. En ce moment, WyPlay planche sur la créa­tion d’une nou­velle ver­sion de l’interface utilisateur.

Démo Belgacom (3)

Troi­sième réfé­rence notable, celles – com­bi­née ici – de Voda­fone en Espagne et en Ita­lie. Il s’agit d’un cas de figure cou­rant dans d’autres pays que la France avec un opé­ra­teur mobile qui créé une offre “over the top” pour le fixe, his­toire de com­plé­ter son offre. L’accès aux conte­nus passe ici par la TNT pour la TV et par la connexion Inter­net pour le reste (replay, VOD, ser­vices addi­tion­nels). La box est dotée d’un slot pour un lec­teur de carte de contrôle d’accès (CI+) pour l’accès à des conte­nus Pre­mium sur la TNT.

La box Voda­fone a été conçue et fabri­quée en entier par WyPlay (ci-dessous). Elle est sans disque et pré­sente la par­ti­cu­la­rité d’être com­pa­tible avec tous les sys­tèmes de ges­tion de fichiers de disques durs, le tout étant basé sur du code WyPlay. La carte mère a été conçue en interne autour d’un pro­ces­seur ST 7105 et la box fabri­quée en Tuni­sie et en Pologne. 100000 de ces box ont été ven­dues par Vodafone.

Vue des contraintes, notam­ment finan­cières, cette acti­vité qui intègre la par­tie maté­rielle a cepen­dant été for­te­ment réduite dès 2011. Au départ, WyPlay s’était aussi impli­qué dans le maté­riel car les box de l’époque n’étaient même pas connec­tées ni n’avaient de tuner TV. Puis, les box, notam­ment hybrides (tuner + IP) sont deve­nues des com­mo­di­tés avec plein de concep­teurs et fabri­cants, ren­dant cette acti­vité inutile côté WyPlay pour péné­trer le mar­ché. Ce d’autant plus qu’une grande par­tie des opé­ra­teurs a pris l’habitude de s’approvisionner en midd­le­ware chez des socié­tés dif­fé­rentes de celles qui pro­posent les box.

Boxes (2)

Der­nier cas de figure à citer, celui de Canal+. Le pro­jet a été rem­porté à l’été 2012 par WyPlay. Il vise à rem­pla­cer le midd­le­ware de la base ins­tal­lée des déco­deurs satel­lite de Canal+ basés sur pro­ces­seurs ST Microe­lec­tro­nics ST7105 et notam­ment les Cube. C’est l’un des avan­tages de l’offre logi­cielle de WyPlay : elle uti­lise à fond les nou­velles tech­no­lo­gies des pro­ces­seurs les plus récents mais elle tourne aussi sur la base ins­tal­lée. Ce qui per­met de mettre à jour l’interface uti­li­sa­teur de la base ins­tal­lée sans chan­ger le maté­riel. Chez Canal+, un upgrade maté­riel de la base ins­tal­lée revien­drait à 500m€. Cela fait une belle écono­mie pen­dant quelques temps.

La nou­velle inter­face uti­li­sa­teur est en cours de créa­tion par les équipes de Canal+ et sera déve­lop­pée par la chaine en s’appuyant sur le midd­le­ware de WyPlay.

Les fonc­tion­na­li­tés appor­tées seront : un zap­ping très rapide entre chaines et entre chaines et  ser­vices, le sup­port com­plet de HTML pour les appli­ca­tions, le pas­sage d’une chaine TV live à l’interactivité en moins de trois secondes. Une bonne part des éléments d’interactivité seront en over­lay (super­po­si­tion) sur la chaine en cours.

Démo Canal  (2)

Avec ce client, WyPlay aligne deux gros opé­ra­teurs de télé­vi­sion en France : SFR et Canal+. Ils font certes tous deux par­tie du groupe Vivendi, mais c’est une belle per­for­mance. Aucun autre acteur du midd­le­ware n’est pré­sent sur deux opé­ra­teurs majeurs en France.

Concur­rence

WyPlay n’est évidem­ment pas seul sur son mar­ché. Un nombre signi­fi­ca­tif d’acteurs déve­loppent des midd­le­wares pour set-top-boxes, et de plus en plus exploitent des briques open source.

Leur concur­rence au pre­mier degré est com­po­sée des socié­tés contre qui ils ont gagné chez les opé­ra­teurs qui sont leurs prin­ci­paux clients :

  • Contre Net­gem chez SFR. En 2010, Net­gem équi­pait les box TV de Neuf Tele­com avec une base ins­tal­lée de plus de deux mil­lions d’abonnés. SFR sou­hai­tait reprendre la main tech­no­lo­gi­que­ment. Ils ont été séduits par WyPlay dont une bonne par­tie des briques logi­cielles était en open source. Le code résul­tant du pro­jet est la pro­priété de l’opérateur, ce qui n’était pas le cas avec Net­gem à l’époque. Dans ce pro­jet, SFR avait confié à NDS France Design la concep­tion gra­phique de l’interface de la box TV. Réa­li­sée par Oli­vier Lacour, celle-ci s’inspire (vague­ment) de son concept Snow­flake. La box Evo­lu­tion a été lan­cée en novembre 2010, mais son suc­cès fut mitigé sur le mar­ché. En grande par­tie du fait du lan­ce­ment consé­cu­tif de la Free­box Révo­lu­tion qui relança Free en termes de parts de mar­ché. Le retour de Free s’est sur­tout fait au détri­ment de SFR, Orange et Bouygues Télé­com tenant plu­tôt bon. Mal­gré tout cela, SFR reste un très bon client pour WyPlay.
  • Contre Sof­tA­tHome chez Bel­ga­com. A l’époque, Sof­tA­tHome avec qui WyPlay était en com­pé­ti­tion ne pou­vait pas pro­po­ser une solu­tion “one stop shop­ping” cou­vrant l’interface uti­li­sa­teur de la box. Sof­tA­tHome était au départ sur­tout un créa­teur de midd­le­ware “couches basses” qui cou­vrait aussi bien les box “gate­way” que les box “TV”. Depuis, la société essaye de remon­ter au niveau de l’interface uti­li­sa­teur pour pro­po­ser une solu­tion “one stop shop­ping” à ses clients. Aujourd’hui, Sof­ta­thome est implanté chez Orange (sa mai­son mère étant France Télé­com, tout comme Viaccess/Orca), chez Eti­sa­lat dans les Emi­rats Arabes Unis, et chez Boxer en Norvège.
  • Contre Nokia Sie­mens Net­works était le four­nis­seur en place chez Bel­ga­com et gérait à la fois la par­tie tête de réseau et le midd­le­ware embar­qué dans la box, qui n’est pas leur point fort.
  • Contre OpenTV chez R, un câblo-opérateur espa­gnol (R Cable y Tele­co­mu­ni­ca­ciones Gali­cia). Avan­tage de WyPlay vs Open TV au moment du choix ? Approche com­po­sant, base Linux, sup­port de la HD, et aussi au niveau du prix.
  • Contre NDS chez Canal+ sur une par­tie de la base ins­tal­lée de leurs déco­deurs, et sur­tout le Cube G5. Canal+ semble prendre ainsi quelques dis­tances vis à vis d’un four­nis­seur his­to­rique qui fai­sait vivre le midd­le­ware Media­High­way qui venait… de Canal+ Tech­no­lo­gies et avait été revendu à Thom­son en 2002 puis à NDS en 2003. Pour­quoi ce choix ? NDS est certes un éditeur de logi­ciels, mais le déploie­ment de toute box s’accompagne de pres­ta­tions de ser­vices lourdes. Les opé­ra­teurs trouvent à la longue cela trop cou­teux et man­quant de sou­plesse. Canal+ semble donc avoir choisi une pla­te­forme qu’il jugeait plus souple et plus ouverte même si, dans le même temps, NDS a bien évolué. Le déploie­ment de WyPlay devrait avoir lieu à l’horizon 2013. En 2012, NDS est pas­sée dans le giron de Cisco. Dif­fi­cile de dire si cela a eu une influence sur le choix de Canal+. Dans le même temps, NDS vient de gagner de nou­veaux clients sur le mar­ché amé­ri­cain, ce dont nous par­le­rons dans le rap­port du CES 2013.

Si la société est toute récente, iFeelS­mart est à citer tout de même mal­gré le fait qu’elle  soit plus posi­tion­née sur l’expérience uti­li­sa­teur multi-écrans tan­dis que WyPlay est plus posi­tionné sur les couches basses du middleware.

On peut aussi citer un autre fran­çais, httv, déjà vu dans cette série d’articles, qui pro­pose aussi un midd­le­ware de set-top-box, Httv­Box, en grande par­tie basé sur HbbTV. Celui-ci couvre notam­ment le mar­ché des box retail OTT en Alle­magne, asso­cié aux chaines de TV gra­tuites. C’est un mar­ché d’entrée de gamme et hors opé­ra­teurs qui n’intéresse pas WyPlay.

Il y a aussi dans une cer­taine mesure Micro­soft Media­room, même si cette solu­tion ne semble pas cap­ter de nou­veaux clients depuis pas mal de temps. La foca­li­sa­tion de Micro­soft chez les opé­ra­teurs semble s’être dépla­cée vers la XBOX 360 qui est main­te­nant le récep­tacle “seconde box” de nom­breuses offres de TV inter­ac­tive. Rien qu’en France, il y a Orange, Canal+ et M6.

Conclu­sion

WyPlay est un acteur signi­fi­ca­tif du midd­le­ware de box TV en France avec SFR et Canal+ dans son por­te­feuille. Mais comme toutes les entre­prises du sec­teur, l’enjeu clé de son déve­lop­pe­ment est de se pro­je­ter à l’international. C’est bien leur ambi­tion de gran­dir et d’aller très loin de ce côté-là.

Ils ont ainsi un petit bureau avec trois déve­lop­peurs à Bei­jing en Chine. Au départ, c’était pour lan­cer un déve­lop­pe­ment avec un par­te­naire chi­nois. Les fran­çais par­tis pour ce faire sont res­tés là-bas même si ce par­te­na­riat n’a pas débou­ché. Cela leur ser­vira de tête de pont pour abor­der le mar­ché de l’Asie du Sud-Est.

Ils ont sinon un busi­ness deve­lo­per basé dans la Sili­con Val­ley et un autre en Inde. Ils en recrutent un en Amé­rique du Sud. Leur objec­tif est de dou­bler leurs effec­tifs inter­na­tio­naux en 2013 et de pas­ser à 50 per­sonnes en 2017.

Autre illus­tra­tion de leur ambi­tion : après Allauch, je vais les retrou­ver cette semaine au Vene­tian pen­dant le CES 2013 ! Ils ne sont pas les seuls fran­çais de la TV connec­tée sur place puisque l’on y trou­vera de nom­breuses autres socié­tés citées dans cet article : Net­gem, httv, iFeelS­mart, NDS (avec l’équipe de NDS France) et aussi ST Microe­lec­tro­nics. Ils font par­tie des 54 socié­tés fran­çaises que j’ai pu iden­ti­fier comme étant pré­sentes d’une manière ou d’une autre au CES 2013. Petit monde…

Publié le 6 janvier 2013 et mis à jour le 18 janvier 2013 Post de | Actualités | 12426 lectures

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