Les infrastructures techniques de M6 - 1/3

Publié le 4 avril 2011 et mis à jour le 6 avril 2011 - Un commentaire -
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J’ai l’habitude de com­men­ter sur ce blog l’évolution des solu­tions de consom­ma­tion de média numé­rique, notam­ment dans le champ de la télé­vi­sion. Le point d’orgue est le Rap­port annuel du Consu­mer Elec­tro­nics Show, rela­tant la grande foire d’empoigne tech­no­lo­gique des loi­sirs numé­riques. Cela concerne sou­vent le der­nier maillon de la chaine de valeur des conte­nus : leur consom­ma­tion par le grand public. Mais leur pro­duc­tion est un autre monde éminem­ment passionnant !

L’occasion m’a été don­née de décou­vrir de manière l’autre côté du miroir côté chaine TV en visi­tant l’ensemble des infra­struc­tures tech­niques du groupe M6, situées dans plu­sieurs bâti­ments à Neuilly-sur-Seine. J’ai été accueilli par le Direc­teur des Moyens Tech­no­lo­giques Chris­tophe Foglio et par son équipe. Ils m’ont ainsi fait visi­ter non pas sim­ple­ment les stu­dios (un grand clas­sique), mais égale­ment l’amont et l’aval : de l’acquisition des conte­nus externes jusqu’à la régie finale et en pas­sant par les salles de la rédac­tion pour la par­tie information.

Ce n’est pas la pre­mière fois que je mets les pieds dans une chaine TV. Habi­tant à Paris au début de mon ado­les­cence, j’avais décou­vert la Mai­son de la Radio du Quai Ken­nedy. C’était du temps de l’ORTF, c’est dire si ça date ! Plus récem­ment, je suis aussi passé plu­sieurs fois dans des stu­dios divers, notam­ment chez LCI, mais pour des inter­views et débats et sans avoir le temps de visi­ter grand-chose !

Groupe_M6_logo_2009

Depuis le milieu des années 2000, pas mal de choses ont changé qui ont affecté la pro­duc­tion télé­vi­suelle : le pas­sage à la haute défi­ni­tion, la numé­ri­sa­tion de bout en bout et la déma­té­ria­li­sa­tion totale de la vidéo dans tout pro­ces­sus de pro­duc­tion et de dif­fu­sion, l’interactivité nais­sante, la dif­fu­sion des conte­nus des chaines dans des tuyaux et for­mats de plus en plus diver­si­fiés, chez les FAI pour l’IPTV, pour la TV de rat­tra­page sur Inter­net, et puis l’accès aux conte­nus en direct ou dif­féré via les smart­phones et autres tablettes.

La numé­ri­sa­tion des infra­struc­tures des chaines TV a démarré il y une bonne dizaine d’années. Elle a notam­ment affecté très tôt la pro­duc­tion des jour­naux télé­vi­sés et accom­pa­gné l’arrivée de nou­velles chaines d’information comme LCI et BFM TV. Le groupe M6 était quelque peu en retard dans ce pas­sage au numé­rique. En 2008, ils ont décidé de mettre les bou­chées doubles et de refondre l’ensemble de leur work­flow télé­vi­suel pour pas­ser au tout numé­rique et au déma­té­ria­lisé. Le timing était bon : il cor­res­pon­dait à l’extinction de la TV ana­lo­gique, au décol­lage de l’IPTV, à l’éclosion des nou­veaux usages et de la TV haute défi­ni­tion. Ils ont appris des erreurs des uns et des autres. Chris­tophe Foglio et une par­tie de son équipe sont eux-mêmes des anciens du groupe TF1.

Ges­tion du changement

Le groupe M6 a mené cette tran­si­tion au numé­rique tam­bour bat­tant en 2008/2009 grâce à quelques recettes simples mais efficaces :

  • La créa­tion d’une Direc­tion tech­nique uni­fiée ras­sem­blant toutes les fonc­tions tech­niques du métier de la télé­vi­sion. Cela sim­pli­fie le pro­ces­sus déci­sion­nel par rap­port à d’autres orga­ni­sa­tions où cette res­pon­sa­bi­lité est écla­tée dans plu­sieurs divi­sions. Une bonne par­tie de la nou­velle équipe pro­vient du groupe TF1, une autre très bonne école des tech­no­lo­gies de la télé­vi­sion numérique.
  • Une forte mutua­li­sa­tion entre les chaines et pro­grammes. Cela se retrouve à tous les niveaux du work­flow : dans l’acquisition des conte­nus, dans la ver­sa­ti­lité des stu­dios tout comme dans la régie finale. Le titre du post est d’ailleurs inexact car nous allons par­ler de l’ensemble des chaines TV du groupe M6 et pas seule­ment du vais­seau ami­ral M6.
  • La mai­trise des couts en gérant le pro­jet en interne, et en réa­li­sant tous les achats en direct avec les four­nis­seurs. Ceci a per­mis de faire de sérieuses écono­mies dans les inves­tis­se­ments. Le groupe M6 est connu pour cela : faire grand avec peu de moyens. Leurs moyens tech­niques sont en effet bien plus limi­tés que ceux de TF1 ou de France Télé­vi­sion, mais avec une part de mar­ché des plus respectables !

Le plan de déploie­ment ini­tié en 2008 est tou­jours en cours, mais l’essentiel a été fait. Il reste sur­tout un stu­dio à moder­ni­ser. Les tech­no­lo­gies évoluent vite mais pas au point de rendre obso­lètes des inves­tis­se­ments de 2009. Il m’est cepen­dant arrivé de décou­vrir des maté­riels déployés qui n’existaient plus chez leur fabri­cant et avaient été rem­pla­cés par des réfé­rences équi­va­lentes plus récentes. L’obsolescence pro­gram­mée n’affecte donc pas que les pro­duits grand public !

Avec le sec­teur de l’événementiel, les res­sources tech­niques d’une chaine TV sont les plus variées qui soient. On y trouve l’informatique tra­di­tion­nelle (réseaux, ser­veurs, postes de tra­vail), le work­flow vidéo et audio, le sto­ckage et l’archivage de gros volumes de don­nées, la ges­tion des stu­dios, leur éclai­rage, et puis aussi le lien avec les FAI et les sites web.

Allons-y donc, par­cou­rons cette chaine du work­flow des conte­nus dans le groupe M6, sous forme de repor­tage photo com­menté et en trois par­ties. La pre­mière sur le work­flow des conte­nus, la seconde sur la pro­duc­tion en stu­dio, et la der­nière sur la réa­li­sa­tion des jour­naux télé­vi­sés et sur la régie finale.

Workflow M6

Acqui­si­tion des contenus

L’acquisition des conte­nus était la pre­mière étape de cette visite. C’est le seul endroit où sont mani­pu­lés des sup­ports phy­siques de conte­nus. En effet, l’alimentation en pro­grammes (séries, films, etc) des chaines du groupe M6 passe encore par des livrai­sons de K7 vidéo au for­mat pro­fes­sion­nel HD-CAM. Mais de plus en plus de conte­nus sont livrés sous forme déma­té­ria­li­sée. Il en va ainsi des spots publi­ci­taires qui arrivent ici via une ligne spé­cia­li­sée, en pro­ve­nance d’IMD et d’AdStream.

L’ingestion des conte­nus sous forme de K7 HD-CAM passe par des magné­to­scopes Sony clas­siques (ci-dessous). Ceux-ci lisent les bandes et elles sont acquises numé­ri­que­ment pour être trans­for­mées en fichiers. La lec­ture se fait en 1:1 (temps réel, pas en accé­léré). Le pilo­tage de l’ingestion est réa­lisé avec le logi­ciel Media Recor­der de la société fran­çaise MBT.

1 - Acquisition des contenus (7)

Lors de leur numé­ri­sa­tions, toutes les vidéos sont conver­ties en for­mat HD et de ratio 16/9, quelle que soit leur qua­lité de départ. Les images qui arrivent en 4/3 sont conver­ties en 16/9 avec l’ajout de bandes noires sur le côté avant d’entrer dans l’encodeur. Côté for­mat, le for­mat d’origine (SD ou HD) est conservé et les deux types de fichier peuvent coha­bi­ter au moment de la dif­fu­sion. Le “down­con­vert” en réso­lu­tion SD peut avoir lieu en bout de chaine pour géné­rer un signal SD à par­tir de la ver­sion HD pour cer­tains canaux de diffusion.

La nor­ma­li­sa­tion concerne égale­ment les canaux son. Tout est converti en son mul­ti­ca­nal 5.1 s’il existe dans la source ou bien en sté­réo. la ver­sion ori­gi­nale est conser­vée lorsqu’elle existe dans la source. Sa pré­sence dépend des four­nis­seurs de pro­grammes (séries TV US).

1 - Acquisition des contenus (3)

Sto­ckage et archivage

Der­rière la salle des acqui­si­tions se trouve un petit centre de don­nées pour le sto­ckage et l’archivage de tous ces conte­nus ingé­rés. Elle est prin­ci­pa­le­ment construite autour de ser­veurs d’acquisition Omneon Spec­trum ados­sés à un sto­ckage media­Grid d’Omneon (ci-dessous). Le Spec­trum com­prend des ser­veurs lame Media­Port 5000HD 1U empi­lés dans des racks. Ils sont accé­dés par les ser­vices en ligne de M6, par celui de la TV de rat­tra­page ainsi que par tous les PCs internes du groupe M6, et en basse résolution.

1 - Acquisition des contenus (9)

Les don­nées qui sont sto­ckées dans ces ser­veurs sont ensuite exploi­tées dans tout le reste du work­flow des chaines du groupe M6. Elles sont véri­fiées, et elles sont injec­tées dans la dif­fu­sion des chaines en fonc­tion de conduc­teurs de pro­grammes en régie finale par le biais de quatre ser­veurs de dif­fu­sion de pro­grammes, tou­jours de chez Omneon qui peuvent jouer 44 pro­grammes en simul­tané et ont une capa­cité de 1300 heures de pro­grammes. Deux autres ser­veurs de dif­fu­sion Omneon sont dédiés à la publi­cité et aux annonces, avec 262 heures de capa­cité. Ces six ser­veurs sont exploi­tés par la régie finale que nous ver­rons plus loin. Il y a aussi un ser­veur dédié au sous-titrage.

1 - Acquisition des contenus (10)

Un sto­ckage de longue durée pour l’archivage des conte­nus qui ne sont plus dif­fu­sés est réa­lisé sur des ser­veurs IBM avec des car­touches Sony LTO de 80 Go et 30000 heures de capa­cité. En cas de redif­fu­sion, il est plus simple de pui­ser dans ces archives que de renu­mé­ri­ser le sup­port d’origine, même s’il s’agit d’une nou­velle négo­cia­tion de droits de passage.

Cer­ti­fi­ca­tion des contenus

Ce n’est pas le tout de numé­ri­ser et d’archiver les conte­nus pro­ve­nant de l’extérieur. Il faut aussi les “cer­ti­fier”, c’est-à-dire, véri­fier leur qua­lité tech­nique et aussi la confor­mité de leur contenu. Pour ce faire, le groupe a mis en place huit salles de vision­nage des conte­nus : séries, films, publi­ci­tés. Ce pro­ces­sus est gran­de­ment sim­pli­fié grâce à la numé­ri­sa­tion com­plète des conte­nus, qui évite de faire cir­cu­ler des sup­ports phy­siques (K7 HD-CAM). Les postes de cer­ti­fi­ca­tion accèdent aux conte­nus sur les ser­veur media grid d’Omneon.

2 - Certification des contenus

Les conte­nus sont vision­nés inté­gra­le­ment et en temps réel. L’image comme le son (5.1 ou sté­réo) sont patiem­ment véri­fiés. La confor­mité “paren­tale” est véri­fiée en amont de ce pro­ces­sus mais des alertes peuvent être signa­lées aux équipes de pro­gram­ma­tion en cas de mau­vaise sur­prise. Une fois cer­ti­fiés les conte­nus sont dits “PAD” pour “prêts à dif­fu­ser” et archi­vés au moyen du logi­ciel Diva de la société fran­çaise Front­Porch.

Pro­duc­tion de conte­nus pour la TV de rattrapage

La mul­ti­pli­ca­tion des sup­ports de dif­fu­sion de M6 replay a néces­sité de mettre en place une véri­table archi­tec­ture de fabri­ca­tion de ces conte­nus, pilo­tée par le logi­ciel Phoe­nix Lab­cast de la société fran­çaise MBT. Celui-ci déclenche des batchs de conver­sion de plu­sieurs étapes. Une conver­sion à par­tir du for­mat de numé­ri­sa­tion, uti­lisé pour la dif­fu­sion broad­cast en 1080i, est réa­li­sée dans une dou­zaine de for­mats d’exports dif­fé­rents.. Il existe un for­mat de dif­fu­sion IPTV dif­fé­rent pour chaque FAI avec des variantes pour l’audio (AAC ou MPEG) et pour la vidéo (H264 pour la HD et MPEG2 pour la SD). Et puis ensuite, les for­mats adap­tés à la dif­fu­sion sur Inter­net, pour les tablettes et smart­phones (iPad et iPhone en pre­mier) et les TV connec­tées. L’ensemble de l’activité numé­ri­sa­tion et de conver­sion est piloté dans une salle de contrôle (ci-dessous).

La conver­sion est gérée sur deux ser­veurs dédiés d’Omeon, capables de trai­ter 30 conver­sions simul­ta­né­ment et de sto­cker 900 heures de vidéo. L’architecture de redon­dance est située au niveau des ser­veurs, où les don­nées sont dupli­quées, plu­tôt que des disques en RAID.

1 - Acquisition des contenus (2)

Suite…

Dans le post sui­vant, nous irons faire un tour dans les stu­dios et dans leur régie associée.

Publié le 4 avril 2011 et mis à jour le 6 avril 2011 Post de | Logiciels, Loisirs numériques, TV et vidéo | 6123 lectures

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Un commentaire sur “Les infrastructures techniques de M6 - 1/3” :

  • [1] - Nicole a écrit le 23 avril 2011 :

    Merci de ces infos ultra pro, pré­cis et utiles. En tant qu’étudiante étran­gère en pro­duc­tion audio­vi­suelle à Ina, j’ai appris beau­coup de chose sur la tech­no­lo­gie de la chaîne télé fran­çaise en lisant votre blog. Merci et bonne contiuation.

    Nicole




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