Brainstorming média au SNPTV et chez NPA

Publié le 3 juillet 2012 - 4 commentaires -
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J’ai assisté les 25 et 26 juin 2012 à deux confé­rences sur la télé­vi­sion et les médias numé­riques : d’une part l’Uni­ver­sité d’Eté du SNPTV (espace Georges V à Paris) et de l’autre le Col­loque NPA Conseil (à la Mai­son de la Chi­mie, aussi à Paris, ci-dessous). Dans les deux cas, avec des inter­ven­tions plu­tôt inté­res­santes per­met­tant de prendre le pouls de la pro­fes­sion, sachant que cer­tains des inter­ve­nants offi­ciaient dans les deux confé­rences. C’était très dense et très diver­si­fié en cou­vrant presque tous les médias : TV, radio, musique, presse écrite, Inter­net, mobile et livres !

Voici un compte-rendu fusion­nel de ces deux confé­rences ali­gné selon les thé­ma­tiques suivantes :

  • La consom­ma­tion de TV qui se porte bien et les nou­veaux usages qui la confortent.
  • Les nou­veaux for­mats TV, des conte­nus à la publicité.
  • Les enjeux des grandes chaines TV avec le point de vue éclai­rant de TF1 et M6
  • La mesure de l’audience TV qui se com­plexi­fie avec les usages multi-écrans.
  • Les trans­for­ma­tions issues du numé­rique qui impactent les autres médias.

Amphi Maison de la Chimie Colloque NPA 2012

Consom­ma­tion de TV et nou­veaux usages

Le point clé de ces débats est que l’univers de la télé­vi­sion se porte glo­ba­le­ment bien, la consom­ma­tion est en hausse par­tout dans le monde (cf ci-dessous en Europe) et l’innovation est au rendez-vous. Le mar­ché de la publi­cité à la TV est même glo­ba­le­ment stable tan­dis que celui de la presse écrite baisse et celui de l’Internet aug­mente régulièrement.

Mar­tine Hol­lin­ger, la pré­si­dente du SNPTV et dans le civil, DG de TF1 Publi­cité, intro­dui­sait ainsi les débats au SNPTV avec quelques chiffres des­ti­nés à remon­ter le moral des annon­ceurs et publi­ci­taires : la TV reste le média pré­féré pour toutes les audiences et dans tous les pays. Il y a certes main­te­nant 6,2 écrans par foyer, mais les conte­nus TV sont consom­més 4h06 par jour et par per­sonne en moyenne. La mul­ti­pli­ca­tion des écrans a créé de nou­veaux points de contact pour la consom­ma­tion télé­vi­suelle ! En “prime time”, 28 mil­lions de per­sonnes regardent la TV en France. Autre don­née clé : sur le pre­mier tri­mestre 2012, 914 annon­ceurs ont fait la pro­mo­tion de 2436 pro­duits dif­fé­rents dans la publi­cité à la TV.

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Une redis­tri­bu­tion de la valeur est cepen­dant en cours qui menace cer­tains acteurs, notam­ment les grandes chaînes de télé­vi­sion qui voient leur audience s’éroder du fait de la mul­ti­pli­ca­tion des offres (cf ci-dessous, source Média­mé­trie), ne serait-ce que sur la TNT.

Audience Chaines France Mediametrie 2005-2011

Chris­tian de Bar­rin, le Secré­taire Géné­ral de l’EGTA qui repré­sente le bras publi­ci­taire des chaînes TV euro­péenne, était tout aussi opti­miste, tout en décli­nant l’agenda de lob­bying des pou­voir publics de son asso­cia­tion (voir sa pré­sen­ta­tion). Au pro­gramme, la demande, réaf­fir­mée par Nico­las de Taver­nost (M6), de pou­voir élar­gir le spectre des publi­ci­tés auto­ri­sées à la TV. Le mar­ché fran­çais est ainsi le plus régulé de ce point de vue là avec des res­tric­tions diverses comme l’interdiction de faire de la publi­cité pour des films de cinéma. Une absur­dité bien fran­çaise qui tire sa source dans une volonté de pro­té­ger les petits pro­duc­teurs de films. A ce titre-là, il fau­drait pure­ment et sim­ple­ment sup­pri­mer toute la publi­cité à la TV puisqu’elle pri­vi­lé­gie struc­tu­rel­le­ment les socié­tés qui ont un gros bud­get marketing !

La TV numé­rique avec une voie retour Inter­net fait rêver les agences et les annon­ceurs car elle per­met de créer des annonces ciblées selon le com­por­te­ment des uti­li­sa­teurs ou tout du moins leur seg­men­ta­tion socio-démographique. Pour cal­mer les craintes rela­tives au res­pect de la vie pri­vée, l’IAB a créé l’Euro­pean Digi­tal Adver­ti­sing Alliance, une ins­tance d’auto-régulation qui va défi­nir les règles de fonc­tion­ne­ment de cette publi­cité com­por­te­men­tale. On n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Le tout est com­plété par le site You­rOn­li­ne­Choices qui couvre pour l’instant la publi­cité com­por­te­men­tale sur Inter­net. Son contenu est assez rus­tique et explique notam­ment com­ment se débar­rer des cookies.

Digital Media Use (Carat 2012)

Le socio­loque Mikael Dan­drieux (Era­nos, ci-dessous) inter­ve­nait au début de la jour­née SNPTV avec quelques réflexions sur le com­por­te­ment mou­vant des télé­spec­ta­teurs. Il y avait un désa­mour de la TV il y a quelques années, notam­ment du fait de l’irruption du pre­mier “second écran”, à savoir l’ordinateur per­son­nel. La TV contri­buait à frag­men­ta­tion du “temps reli­gieux”. En jouant sur les mots : reli­gieux = reli­ga­rer en latin, ce qui signi­fie “créer du lien”. La TV his­to­rique avait ce côté cen­tral et rituel. Elle jouait un rôle de par­tage et de ras­sem­ble­ment. Tan­dis que la TV se regarde de moins en moins en famille, le second écran et tout ce qui res­sort de la “social TV” sert à recréer ce lien originel.

Mikael Dandrieux (Eranos) (1)

Plus pro­saï­que­ment, Chris­tian de Bar­rin (EGTA) sou­li­gnait la syner­gie entre télé­spec­ta­teurs et conte­nus créée par les outils de la social TV. Ce d’autant plus que 42% des uti­li­sa­teurs de smart­phones et tablettes les emploient en regar­dant la TV chaque jour, et plus de 60% chaque semaine. Et 25% des télé­spec­ta­teurs consul­te­raient de l’information en ligne après avoir vu la publi­cité à la TV. Autant le faire en quasi-temps réel !

Pour Oli­vier Gou­let de l’agence Iligo, la moi­tié des télé­spec­ta­teurs feraient de la recom­man­da­tion. La tablette est un véri­table com­plé­ment à la TV alors que le lap­top et la presse sont plu­tôt des sub­sti­tuts. L’attente d’interactivité et de par­ti­ci­pa­tion aux émis­sions est grande car les télé­spec­ta­teurs seraient de plus en plus seuls sur leur canapé. La tablette rem­place l’espace col­lec­tif autour de la TV sous forme d’une sorte de “canapé vir­tuel”. Mais la social TV va plus loin en per­met­tant de nou­veaux sché­mas nar­ra­tifs comme ces tweets envoyés par les per­son­nages de séries pen­dant leur dif­fu­sion. L’enjeu est de tenir compte de la “voie retour” et du feed­back des télé­spec­ta­teurs. L’attente est forte et il ne faut pas la décevoir.

Du côté du Col­loque NPA, Bruno Patino de France Télé­vi­sions confir­mait cette ten­dance “sociale”, mise en œuvre avec deux lignes de conduite : un foi­son­ne­ment d’expériences et de pro­to­ty­pages avec une pré­sence sur tous les sys­tèmes, que ce soit sur Twit­ter ou Face­book (pour Mots Croi­sés), Dai­ly­Mo­tion ou même You­Tube, qui sont pris très au sérieux, et sans vou­loir créer de sys­tème pro­prié­taire. L’important est d’être pré­sent quel que soit le par­cours du télé­spec­ta­teur. Car “dans le cybe­res­pace per­sonne peut vous entendre publier”.

Valery Ger­faud qui gère les acti­vi­tés numé­riques de M6 expo­sait une stra­té­gie en appa­rence dia­mé­tra­le­ment oppo­sée : il pri­vi­lé­gie ses propres appli­ca­tions avec une volonté de les enri­chir avec des conte­nus à valeur ajou­tée, comme les backs­tages de cer­taines émis­sions de TV réa­lité. L’application iPad de M6 serait l’une des plus téléchargées.

De son côté, Thierry Cam­mas de Via­com évoquait le fort enga­ge­ment et le plus haut niveau d’exigence d’interactivité des télé­spec­ta­teurs de la TV payante. MTV a ainsi 100K fol­lo­wers Twit­ter et 1,5 mil­lions de fans Face­book en France. A l’instar de M6, MTV pro­pose une appli­ca­tion tablette à ses abon­nés avec conte­nus à valeur ajou­tée et une dimen­sion sociale per­met­tant de co-regarder des émis­sions avec des co-viewers (qui me rap­pelle ce que fait Seen­talk, une star­tup que j’aurais l’occasion de cou­vrir d’ici la fin de l’année).

Thierry Tuillier, le Direc­teur de l’Information chez France Télé­vi­sions évoquait quant à lui les trans­for­ma­tions induites par les réseaux sociaux dans le trai­te­ment de l’information. Pen­dant les cam­pagnes élec­to­rales, le flux d’information est continu. Les chaînes de la TNT (LCP, BFM, iTV) dif­fu­saient notam­ment tous les mee­tings poli­tiques. Les JT arrivent en bout de course en reprise d’éléments d’information déjà connus. La cou­ver­ture clas­sique n’est plus pos­sible sauf à créer des redites. D’où le besoins de nou­veaux angles d’approche de l’actualité et de tou­jours plus de jour­na­listes dans la démarche. Il met­tait en avant la syner­gie entre débats à la TV (comme sur “Des paroles et des actes”) et ceux qui ani­maient les réseaux sociaux. Les débats (poli­tiques) sur les réseaux sociaux se sont d’ailleurs effon­drés après le début de la cam­pagne offi­cielle (pré­si­den­tielle). Chez France TV Info, les jour­na­listes du JT de 20h peuvent pro­duire du contenu pour d’autres sup­ports. Ils se lancent dans le “fact che­cking”, répondent en temps réel sur les réseaux sociaux et portent les débats à l’antenne. Il y a tou­jours besoin de véri­fi­ca­tions pour pré­ser­ver la cré­di­bi­lité du média. Mais il faut accep­ter un peu plus de prise de risque. L’arbitrage reste humain et le fil­trage col­lec­tif. Ce, mal­gré des chartes de bonne conduite sur les usages dans les réseaux sociaux qui à vrai dire ne sont pas très respectées.

Stéphanie Hospital (Orange)

Chez Orange, repré­senté par Sté­pha­nie Hos­pi­tal (ci-dessus), le mes­sage est très “broad­cas­ter friendly”. L’opérateur pro­pose aux chaînes divers outils leur per­met­tant d’engager leurs télé­spec­ta­teurs, que ce soit avec l’application mobile TVCheck (check-in d’émission) ou Dai­ly­Mo­tion. Avec une don­née inté­res­sante pour ce der­nier : si le temps moyen passé sur le site est de 8 minutes par jour, il est de 56 minutes pour ceux qui l’utilisent à par­tir d’une TV connec­tée (y com­pris une box IPTV).

Jérome Yom­tov de Nume­ri­cable évoquait quant à lui une stra­té­gie très foca­li­sée sur le pre­mier écran avec un choix encore peu cou­rant : Twit­ter peut être exploité sur leur (nou­velle) box tout en regar­dant son pro­gramme de TV. Et le télé­spec­ta­teur peut réagir en uti­li­sant une télé­com­mande biface dotée d’un cla­vier. Une solu­tion dis­cu­table et dis­cu­tée (ci-dessous) !

Télécommande biface clavier Numericable

Jean-Luc Ster­vi­nou de la star­tup Devant­La­Tele, l’une des rares repré­sen­tées pen­dant ces deux col­loques, sou­li­gnait l’intérêt du second écran pour géné­rer des inno­va­tions. Les star­tups n’ont pas besoin d’autorisations des chaînes pour créer des briques de “social TV” ! C’est effec­ti­ve­ment un espace d’innovations fai­ble­ment contraint.

Enfin, Daniel Daum du pôle TV de Prisma Presse évoquait le rôle de la recom­man­da­tion sociale dans la consom­ma­tion de la TV et la manière dont il l’intégrait dans les ver­sions en ligne de ses pro­grammes TV.

Les nou­veaux for­mats TV : conte­nus et publicité

Ce sujet était abordé d’abord au SNPTV sous un angle de vue cou­vrant à la fois les conte­nus clas­siques et la publi­cité. Jean Luc Che­trit de Proc­ter & Gamble rap­pe­lait quelques éléments de cahier des charges : l’idée est impor­tante et elle doit bien voya­ger d’un point de contact à l’autre mais sans créer de répé­ti­tion qui lasse. Et de sou­li­gner qu’aux USA, cer­taines cam­pagnes publi­ci­taires sont d’abord ini­tia­li­sées sur Facebook.

Un enjeu confirmé par Sébas­tien Danet de l’UDECAM (l’association des média-planneurs). Le cross-média à qui l’on repro­chait un côté mille-feuille inco­hé­rent est devenu le “trans­me­dia” avec un fort enjeu de cohé­rence. Pour Laurent Solly de TF1 Publi­cité, le multi-écrans a trans­formé la télé­vi­sion en “audio-visuel” qui voit les mêmes conte­nus (publi­ci­taires ou non) se bala­der sur tout un tas d’écrans.

Sachant qu’il ne faut pas oublier le “brand mar­ke­ting” et savoir dis­so­cier la créa­tion d’image et le retour sur inves­tis­se­ment qui sont posi­tion­nés dif­fé­rem­ment dans le cycle de vente. Un moyen de rap­pe­ler aux annon­ceurs que la publi­cité à la TV joue un rôle de “brand mar­ke­ting” qu’il est plus dur d’assurer uni­que­ment via Inter­net et les mobiles. Ce d’autant plus que Google a mis dans la tête des annon­ceurs qu’ils pou­vaient n’acheter que l’utile (du ROI mais pas de bran­ding), selon Emma­nuem Jayr de Goom, entendu au Col­loque NPA.

Il met­tait en exergue avec Ber­nard Gas­siat du Club des Annon­ceurs le besoin de tra­vailler dans la durée, d’assurer une cohé­rence des codes. Ce n’est pas le tout d’être ori­gi­nal dans les conte­nus, il faut obte­nir l’attribution de la com­mu­ni­ca­tion TV et social à la marque. Mais pour Fré­de­ric Win­ck­ler de l’AACC (asso­cia­tion d’agences de com­mu­ni­ca­tion), il faut se méfier de la cohé­rence car elle peut être source d’ennui et de non effi­ca­cité. Il ne faut pas dire la même chose ni de la même manière dans les dif­fé­rents supports.

Pour Thierry Lash­kar de Shine France, une société de pro­duc­tion TV qui n’a que trois ans d’existence et qui pro­duit notam­ment The Voice, il faut créer de la “feel good tv” avec une “posi­tive atti­tude”. Et d’évoquer le cas de The Voice qui a contre­dit tous les doutes sur l’avenir du télé-crochet et de sa stra­té­gie de pré­sence sur les réseaux sociaux com­plé­tée par une appli­ca­tion mobile qui per­met de tes­ter sa voix et de lan­cer des défis entre amis. Et puis, ce for­mat “Baby­Boom” avec le suivi d’une mater­nité. Sachant qu’ils ont tra­vaillé dès la concep­tion du pro­gramme avec Proc­ter et Gamble sur les couches Pam­pers avec la pro­duc­tion de trucs et astuces pour les jeunes parents.

Enfin, du côté du Col­loque NPA, j’ai noté l’intervention de Nelly Bros­sard (ci-dessous) de l’assureur auto­mo­bile ama­guiz (filiale de Grou­pama de quatre ans d’ancienneté qui ne fonc­tionne que sur Inter­net) qui innove à la fois dans l’assurance elle-même, dont les primes sont indexées sur le kilo­mé­trage du véhi­cule mesuré par un sys­tème embar­qué, et par la publi­cité, avec la sor­tie d’un spot inter­ac­tif HbbTV réa­lisé avec l’aide de Wiz­Tivi (basé à Nantes, comme ama­guiz) et de l’agence Vizeum.

Nelly Brossard (Amaguiz) (2)

Les enjeux des grandes chaînes TV

Côté SNPTV, nous avions droits à un débat à fleu­rets mou­che­tés et fausses ama­bi­li­tés entre les grands enne­mis du PAF que sont Nico­las de Taver­nost de M6 et et Nonce Pao­lini de TF1.

Nonce Pao­lini com­men­çait par s’expliquer sur les dif­fi­cul­tés actuelles de TF1. Tout y pas­sait : la conjonc­ture écono­mique, les élec­tions qui ont ralenti les nou­velles ini­tia­tives, le fait que le numé­rique ne com­pense pas la chute des recettes publi­ci­taires tra­di­tion­nelles et la régle­men­ta­tion cas­tra­trice qui sévit dans le pays sur les caté­go­ries auto­ri­sées de publi­ci­tés à la TV. Et de dénon­cer au pas­sage les risques que ferait peser Canal+ en arri­vant sur la TNT avec des chaînes gra­tuites qui lui don­ne­raient un effet de levier pour mieux négo­cier des droits de séries TV amé­ri­caines cou­vrant à la fois la fenêtre de dif­fu­sion payante et la pre­mière dif­fu­sion gra­tuite, au détri­ment de TF1 et M6. Et de signa­ler qu’avec M6 et France Télé­vi­sions, les chaînes gra­tuites et publiques financent trois fois plus de créa­tion (en mon­tants) que Canal+. En plein, il se féli­ci­tait de l’exploitation de conte­nus en mode multi-écrans et notam­ment dans la TV réa­lité mais aussi dans les fic­tions et les jeux. Avec des tea­sers sur le web, la sélec­tion de can­di­dats, des pro­lon­ge­ments (le bébé de Clem…).

Nicolas de Tavernost (M6) et Nonce Paolini (TF1) (3)

Pour Nico­las de Taver­nost, qui inter­ve­nait aussi au Col­loque NPA, démar­rage plein d’humour en citant tous ces phé­no­mènes pas­sés de modes : la TV locale, la TV mobile, la 3D et ces “nou­veaux entrants… pre­miers sor­tis”. Pour lui, la TV n’est pas en crise, c’est l’économie qui va mal ce qui est dif­fé­rent de la presse écrite qui a un pro­blème au niveau du pro­duit. Il cite les exemples de la TV espa­gnole qui a stoppé ses com­mandes de pro­duc­tions aussi bien dans la TV payante que gra­tuite. La TV ampli­fie­rait les cycles écono­miques. Il insiste sur­tout sur le besoin d’assouplir la régu­la­tion pour dyna­mi­ser son sec­teur et demande à ce que l’Etat fasse plus confiance aux entre­pre­neurs. On met 25 ans à réta­blir la seconde cou­pure publi­ci­taire dans les pro­grammes. On n’autorise tou­jours pas la publi­cité TV pour le cinéma. On ne peut pas pro­gram­mer de films à cer­tains moments pour favo­ri­ser la TV payante même lorsque cette der­nière n’en a pas acquis leurs droits. Et l’univers du télé-achat est très contraint tan­dis qu’en Alle­magne, il repré­sente un busi­ness flo­ris­sant de plus de un mil­liard d’Euros, six fois plus qu’en France. Il pense que les chaines TV vont devoir de plus en plus finan­cer la créa­tion et la pro­duc­tion de leurs propres pro­grammes à l’instar de la réfé­rence qu’est à ses yeux le groupe anglais iTV. A la fois pour se dif­fé­ren­tier mais aussi pour se pro­té­ger quant à leur dif­fu­sion en mode multi-écrans. Comme pour le patron de TF1, c’est haro sur les nou­velles chaînes de la TNT : la frag­men­ta­tion n’est pas syno­nyme de qua­lité. Les nou­velles chaînes inves­tissent peu dans les conte­nus et dans un mar­ché qu’il juge inélas­tique car le temps de consom­ma­tion est limité, contrai­re­ment au cinéma (ce qui se dis­cute).

Michel Boyon (CSA) (5)

Au Col­loque NPA inter­ve­nait aussi Michel Boyon (ci-dessus), le pré­sident du CSA, juste après avoir entendu le patron de M6. Comme à son habi­tude, il sou­hai­tait posi­ti­ver le débat. Il rap­pe­lait qu’il y avait 1500 socié­tés de pro­duc­tion audio­vi­suelle en France, dont un grand nombre sont uni­per­son­nelles. Ce qui aide à géné­rer de l’originalité. Mais il admet­tait que ces régu­la­tions com­pli­quées pour­raient être sim­pli­fiées. On n’en saura pas beau­coup plus. Sachant que le CSA ne fait pas la loi, il l’applique.

La mesure de l’audience

Ce sujet était traité au SNPTV avec deux pré­sen­ta­tions, l’une de Benoit Cas­saigne de Média­mé­trie (slides) et l’autre de Chris­tophe Fio­rito de Scan­Blog (slides) dédiée à la mesure de l’activité TV sur Twitter.

Pour Média­mé­trie, la mesure de l’audience est plus com­plexe avec une consom­ma­tion multi-écrans et des par­cours télé­spec­ta­teurs en plein bou­le­ver­se­ments entre leurs écrans. En tout cas, les indi­ca­teurs montrent que la consom­ma­tion déli­néa­ri­sée encou­rage la consom­ma­tion linéaire de TV. Les tablettes sont en par­ti­cu­lier prin­ci­pa­le­ment uti­li­sées pour obte­nir plus d’informations et de conte­nus sur les pro­grammes TV. Et de dire qu’il y a de l’avenir aux postes de sta­tis­ti­ciens chez les annon­ceurs, agences de com­mu­ni­ca­tion et les chaînes TV…

Le numé­rique conti­nue de trans­for­mer les autres médias

Der­nier thème de ce compte-rendu, les “autres médias” évoqués pen­dant le Col­loque NPA du 26 juin 2012 : la presse écrite, la radio, la musique et le livre.

Côté presse écrite, nous avions pour com­men­cer Pierre Conte du Figaro qui expli­quait com­ment le numé­rique avait pro­fon­dé­ment trans­formé les rédac­tions. Avec une fusion com­plète des rédac­tions papier (300 jour­na­listes) et web (55) sans pour autant réduire l’effectif. Les usages mobiles ont créé une forte exi­gence de vélo­cité mais le jour­nal a tou­jours besoin de qua­lité. Pro­blème écono­mique : à moyens équi­va­lents, un dol­lar de publi­cité sur papier se trans­forme en 17c sur le web et 1c sur mobile ! Le mar­ché de la publi­cité mobile ne sera que de 50m€ en 2012 en France. L’une des solu­tions consiste à pro­duire plus de vidéos. A la fois parce qu’elle com­plète les textes mais aussi parce qu’elle se moné­tise (pour l’instant) mieux. Il note aussi que les jour­naux payants qui résistent le mieux à la vague du numé­rique sont ceux dont les sites web sont gra­tuits. Chez Métro repré­senté par Edouard Boccon-Gibod, le suivi de Twit­ter est per­ma­nent et génère un phé­no­mène inté­res­sant de “reverse publi­shing”. Ici, la rédac­tion papier va être absor­bée par la rédac­tion digi­tale (7p vs 38p) et le Métro ver­sion papier est devenu le “meilleur du digi­tal de la journée”.

En liai­son prin­ci­pa­le­ment avec la presse écrite, les agences de presse sont aussi en pleine remise en cause. Pour Emma­nuel Hoog de l’AFP, ces agences ont perdu le mono­pole de la vitesse face aux chaines d’information en continu à la radio et à la télé­vi­sion. Il est dif­fi­cile d’aller plus vite que le temps réel ! L’AFP a six fois plus de clients à l’étranger qu’en France. En 2007, Reu­ters avait annoncé le résul­tat des pré­si­den­tielles avant 20h. La real­po­li­tik a joué : impos­sible de ne pas en tenir compte en 2012 d’où une annonce avant 20h égale­ment. A charge aux médias fran­çais clients de res­pec­ter les règles du CSA ! Pour Pierre Don­cieux de l’agence Relax­news spé­cia­li­sée dans les loi­sirs et dont le contenu est redis­tri­bué par l’AFP, les agences doivent faire du direct et struc­tu­rer l’information, ce que d’autres appel­le­raient de la cura­tion. Ici, cela devient de la “maga­zi­na­tion” et de la “plateformisation”.

Et la radio ? Inter­ven­tion remar­quée de Chris­to­per Bal­delli (ci-dessous), le pré­sident de RTL pour qui tous les pro­nos­tics ont été déjoués selon les­quels tout se pas­se­rait sur Inter­net et sur les chaines d’information en continu (pen­dant la pré­si­den­tielle). Pour lui, le réseau sert à la pro­pa­ga­tion des rumeurs orches­trées ou non et les chaînes TV qui retrans­mettent les mee­tings poli­tiques en inté­gra­lité ne font que relayer de la pro­pa­gande. Ce n’est pas de l’information ! En fait, l’essentiel s’est passé sur les grands médias chauds, que ce soit à la TV (France Télé­vi­sions avec DPDA) ou à la radio et avec des débats contra­dic­toires. Les médias clas­siques ont besoin d’une iden­tité, de valeur et de se libé­rer. RTL pro­met d’être indé­pen­dant avant, pen­dant et après les cam­pagnes élec­to­rales pour éviter toute com­plai­sance. Au pas­sage, il égra­tigne la RNT (Radio Numé­rique Ter­restre) car elle n’aurait pas de modèle écono­mique, selon les conclu­sions de deux rap­ports (mais les petites radios ne sont pas d’accord…). Et aucun pays euro­péens n’aurait obtenu de déploie­ment satis­fai­sant. Sans comp­ter la concur­rence de la radio IP. Aujourd’hui, 10% de consom­ma­tion de radio se fait sur IP grâce au déve­lop­pe­ment des podcasts.

Christopher Baldelli (RTL) (3)

Denis Oli­vennes d’Europe1 était quant à lui ébahi par la chance d’être une radio, un média résiste bien aux cham­bou­le­ments du numé­rique. Il faut dire que la radio est le seul média vrai­ment mul­ti­tâche (on peut faire autre chose en écou­tant la radio, … comme conduire). Et il y a peu de place dans l’audio dans Face­book et Twit­ter. Europe 1 est la radio la plus pod­cas­tée de France. La RNT ? Elle repré­sente un inves­tis­se­ment de 400m€, dif­fi­ci­le­ment sup­por­table. Il y avait aussi Joël Ronez de Radio France qui rela­ti­vi­sait l’importance de la radio de rat­tra­page. Elle repré­sente 0,36% de l’audience de la BBC. De son côté, Radio France a 25% de part d’audience et repré­sente la moi­tié des pod­casts radio en France.

Il y avait aussi Marie-Laure Sauty de Cha­lon (ci-dessous), de AuFé­mi­nin, qui repré­sente 9m de visi­teurs uniques par mois (assez stable) et 300 per­sonnes. Elle évoquait le che­min qui va du web au papier, avec le cas de Mar­mi­ton Maga­zine, au départ un site web avec 5 mil­lions de vu/mois et un tirage papier de 100000 exem­plaires, mais avec un espace à prendre dans les pério­diques. Le papier fait par­tie d’une stra­té­gie “360°”. Au pas­sage, elle fait le pari que You­Tube va assas­si­ner la TV !

Marie-Laure Sauty de Chalon (AuFeminin) (1)

Côté musique, nous avions à la fois un pro­duc­teur, Eric Haville de pschent music et Jean-Noël Tronc de la Sacem. Le pre­mier rap­pe­lait que les indus­tries de la musique avaient perdu la moi­tié de leurs effec­tifs et que le CD va mou­rir. Comme pour ce qui se pré­pare pour la TV, les modèles numé­riques ne com­pensent pas le manque à gagner des modèles tra­di­tion­nels, même pour ceux qui ont pris le digi­tal à bras le corps. Mais dans l’ensemble, c’est une indus­trie qui a du mal à s’adapter. Pour le second, le poids écono­mique de la musique est lar­ge­ment sous-évalué. La Sacem a ainsi réparti 150m€ au titre de la dif­fu­sion de musique d’ayant-droits (en 2011) et 500m€ au titre du spec­tacle vivant. Et de rap­pe­ler que nous avons le seul numéro un mon­dial d’un sec­teur du numé­rique avec Uni­ver­sal (il y a aussi Das­sault Sys­tème dans la CAO et le PLM…, ques­tion de péri­mètre). Nous avons aussi le numéro un de la musique d’ambiance qui ferait 400m€ mais je n’ai pas noté son nom. De plus, la (taxe de la) copie pri­vée rap­porte 200m€ par an. Au pas­sage, rap­pe­lons que Jean-Noël Tronc, passé notam­ment par Canal+ et Orange était entre 1997-2002 le conseiller sur le numé­rique du cabi­net de Lio­nel Jos­pin à Mati­gnon. Il est notam­ment à l’origine du PAGSI, le pre­mier “gros plan” numé­rique d’un gou­ver­ne­ment fran­çais. Qui en a vu d’autres depuis, notam­ment avec Eric Besson.

Citons enfin l’intervention de Fran­cois Mon­boisse, pré­sident de la Fevad qui repré­sente la vente à dis­tance et est aussi Vice-Président du Conseil Natio­nal du Numé­rique. Pour celui-ci, la vente en ligne a été le pre­mier bas­cu­le­ment vers le numé­rique au détri­ment des bou­tiques phy­siques. Puis, les conte­nus ont été numé­ri­sés et bana­li­sés, per­dant de leur valeur per­çue chez les consom­ma­teurs. Le sen­ti­ment d’appartenance s’est déplacé – sur­tout chez les plus jeunes - du contenu (le disque, le DVD, le livre) au conte­nant (l’iPod et ses suc­ces­seurs). Il évoque plu­sieurs scé­na­rios futurs : une HADOPI confor­tée mais trans­for­mée avec une cou­pure d’accès rem­pla­cée par une amende (qui était une des options au départ de la loi…), le libre accès et sans contrainte (thèse du Parti Pirate) qui remet­trait tota­le­ment en cause le droit d’auteur et ne tient pas la route, l’adoption d’une licence glo­bale qui dans la plu­part des scé­na­rios tue­rait les sites légaux et enfin, l’abrogation de la Loi Lang, le sou­hait d’Amazon, mais cela ne concer­ne­rait que les livres. Avec une pré­fé­rence pour le pre­mier scénario.

Enguerrand Renault (Le Figaro) et Philippe Bailly (NPA)

Ouf, ter­miné !

Côté ciné­ma­tique de confé­rences, le SNPTV et NPA adop­taient deux for­mats dif­fé­rents. Des tables rondes clas­siques avec un modé­ra­teur jour­na­liste au SNPTV et des tables rondes ani­mées par un jour­na­liste (Engue­rand Renault du Figaro) et Phi­lippe Bailly (NPA Conseil) pour le Col­loque NPA (ci-dessus, ça fai­sait très “petits vieux du Mup­pet Show” mais l’analogie s’arrête à la dis­po­si­tion). Ce der­nier modèle étant plus vivant que le pre­mier, mais les inter­ve­nants et les sujets y étaient pro­ba­ble­ment pour quelque chose en plus du for­mat. De même, chez NPA, les key­notes inté­graient une véri­table conver­sa­tion avec les ani­ma­teurs tan­dis qu’ils étaient plus for­mels au SNPTV.

Mes pho­tos sont dis­po­nibles pour l’Uni­ver­sité d’Eté du SNPTV et pour le Col­loque NPA.

Publié le 3 juillet 2012 Post de | Digital media, Google, Médias, TV et vidéo | 7967 lectures

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