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Propositions pour “France Numérique 2020”

Post de Olivier Ezratty du 27 octobre 2011 - Tags : Entrepreneuriat,Innovation,Startups | 17 Comments

Eric Besson a lancé une france-numerique-2020-consultation-publique         Assises du numerique 2011

Pour l’instant, elle ne fait pas trop parler d’elle. Le cabinet d’Eric Besson aurait reçu quelques dizaines de réponses. Le plan doit être présenté le 30 novembre 2011 à l’occasion des Equipes au complet du Startup Weekend Nantes Feb2011 (1)

Culture du risque

Changer la culture est plus difficile que modifier la fiscalité ou allouer des budgets ! C’est un domaine où l’Etat a peu de prises, ou est plutôt maladroit en général. Les indicateurs sont assez mitigés sur les trois dernières années :

  • Favoriser l’actionnariat salarié dans les startups : avec la crise financière, ce n’est plus trop à la mode. Mais le sujet reste d’actualité pour motiver les jeunes et moins jeunes à entrer dans des startups. D’une manière générale, ce sont les méthodes de recrutement et de management au sein des startups qui peuvent faire des progrès. Mais cela sort du périmètre de l’action de l’Etat.
  • Limiter les risques personnels pour les créateurs d’entreprises : les histoires autour de la garantie Oséo qui est bizarrement vendue aux entrepreneurs ont montré qu’il subsistait des abus dans le domaine (elle protège les prêteurs et les investisseurs, pas les entrepreneurs). La règlementation en vigueur est pourtant censée protéger les entrepreneurs. En même temps, améliore-t-on la culture du risque en diminuant le risque ? C’est peut-être à côté de la plaque !
  • Favoriser les échanges internationaux dans l’enseignement supérieur et la recherche : il s’en développe de plus en plus, en tout cas, là où je circule. La loi sur l’autonomie des universités de 2007 a-t-elle eu un impact ? Il semble que oui, mais cela mérite d’être étudié de près.
  • Connecter les grands Corps de l’Etat avec l’entreprenariat et le risque : un gros point noir ! Le très courageux Président qui changera cela en début de mandat ne semble pas encore né.
  • Faire preuve d’exemplarité par le haut dans l’usage des TICs : Sarkozy Eric Besson twitting himself

    Financements privés

    Le début de mandat de Sarkozy était plutôt bien parti, et la crise est passée par là. Résultat : on pédale en arrière et la situation risque de devenir plus mauvaise qu’avant 2007. L’instabilité fiscale permanente a été un véritable boulet ! Les clubs de business angels ont été mis à mal par la Loi de Finances 2011. Il en va de même pour la plupart des fonds ISF qui même si certains n’avaient pas grand chose à voir avec l’innovation, contribuaient à financer les startups du numérique. Le cercle vertueux est de toutes façons vérolé à cause du point que nous verrons plus loin et qui a trait à l’international.

    • Créer une politique fiscale encourageant les gros investissements privés dans l’innovation : ca n’en prend pas la tournure. Après les premières années dynamiques d’application de la loi TEPA (depuis 2008), les soubresauts budgétaires remettent cela en question. Les financements privés de l’innovation liés à la loi TEPA auraient baissé d’au moins 40% en 2011 par rapport à 2010. Et le rabotage des niches fiscales ne fait que commencer ! Le plafond de déductions fiscales pour les investissements dans l’innovation est bien plus élevé au Royaume Uni. On devrait s’en inspirer. Il y aussi des évolutions européennes de la règlementation prudentielle qui affectent les fonds de capital risque et pourraient limiter à 3m€ leur capacité d’investissement dans les startups. C’est finalement l’Etat qui comble le trou avec le FSI (Fonds Stratégique d’Investissement) qui se retrouve être un des rares véhicules financiers à pouvoir investir plusieurs dizaines de millions d’Euros dans des entreprises de technologies. Mais il ne le fait que pour éviter que des entreprises du secteur passent sous contrôle étranger ou lorsqu’elles sont en difficulté. Je n’ai pas observé de cas où cela ait permis d’accélérer le développement international d’une véritable pépite. DailyMotion ? C’était déjà trop tard !
    • Créer le Crédit d’Impôt Innovation : on en est loin ! L’Etat a toujours du mal à intégrer la notion d’innovation de services, toujours arque-bouté sur les innovations technologiques de rupture. La règlementation européenne fait obstacle à cela. C’est une règle du jeu difficile à contourner. Il faut donc la changer !
    • Aligner la fiscalité des FCPI sur les SBIC américains : il s’agissait d’alléger plutôt la fiscalité en sortie (plus-value) qu’en entrée (TEPA) pour les investisseurs dans les startups. Pas vu de changements dans le domaine et le contexte financier et politique ne s’y prête pas.

    Aides publiques

    Même topo pour les aides publiques ! La situation empire également :

    • Etendre le statut de la JEI : au lieu de l’étendre, Siege Criteo Palo Alto

      • Développer la présence des PME dans les événements mondiaux : il y a quelques initiatives intéressantes du pôle Cap Digital qui emmène ses startups en Asie et aux USA, comme au SIGGRAPH. La présence française reste très faible au CES de Las Vegas mais elle est forte à l’IBC d’Amsterdam. C’est le reflet de notre faiblesse dans les produits d’électronique grand public.
      • Tolérer voire encourager l’usage de l’anglais : on en est encore loin ! Les grandes écoles continuent cependant de monter le niveau en exigeant de leurs élèves de passer des tests type TOEFL avant d’obtenir le diplôme. Les formations complémentaires à l’étranger sont aussi de plus en plus encouragées. Et des initiatives comme l’accélérateur Le Camping, obligent les douze startups qui y participent à tout faire en anglais. Ils ont même des coaches à demeure qui sont anglophones. Bravo !
      • Participer plus activement à la normalisation et à la standardisation internationale : difficile à suivre. Pas l’impression que l’on ait fait de progrès particuliers dans ce domaine, ne serait-ce qu’en termes de moyens alloués. Sauf bouygues-telecom-initiatives

        • Encourager les acquisitions : il y en a toujours très peu. Les industriels français sont rarement des portes de sorties pour nos startups. Exception remarquée avec Parrot qui a acquis coup sur coup DibCom et Varioptic en 2011. Et dans une certaine mesure, Orange avec DailyMotion.
        • Mise en application du SBA à la française : la Loi de Modernisation de l’Economie de juillet 2008 instituait timidement une orientation de la commande publique vers les PME. Mais sans effet coercitif, du fait de la règlementation européenne. Elle n’a pas eu d’effets marqués sur les startups du numérique, un peu hors du champs de la commande publique. Il y a aussi des efforts de municipalités comme la Ville de Paris et son Paris Region Lab. Avec le recul, cette proposition me semble maintenant moins importante que les habitudes d’achat des grandes entreprises du secteur privé ou l’accès à des marchés assez fermés comme celui de la télévision numérique qu’il faudrait débloquer (j’aurais l’occasion d’y revenir).

        paris-region-lab

        • Intégrer les marchés mondiaux dans la règlementation : cette proposition visait à pousser l’Etat à ne pas créer de règlementation en décalage par rapport au reste des marchés mondiaux. Décalage il y a eu avec les lois HADOPI et LOPSSI. Le gouvernement s’enorgueilli d’être imité par d’autres pays pour HADOPI. Il n’empêche que ces lois ont consommé une bande passante incroyable de l’écosystème français du numérique entre 2008 et 2010, le relai ayant été pris par la neutralité du net. Pendant ce temps là, on s’occupe moins des produits et des clients.

        Climat médiatique

        Ce dernier point qui avait aussi un lien avec la “culture” de l’entrepreneuriat et relevait d’actions symboliques du pouvoir et des médias pour créer un climat encourageant l’entrepreneuriat. Par certains côtés, ce sont des événements non planifiés comme les suicides chez France Télécom et la mauvaise image des grandes entreprises qui a créé un effet d’appel vers l’entrepreneuriat pour une minorité de jeunes.

        • Présence du Président de la République aux remises de prix liées à l’entrepreneuriat : on ne l’y a pas encore vu, mais il s’est vaguement rattrapé en créant le Conseil National du Numérique et en lançant la Nicolas Sarkozy et Maurice Levy (1)

          • Communication sur les success stories : cela s’améliore dans les médias. Il y a aussi une orgie d’événements sur l’entrepreneuriat, y compris ceux qui sont organisés par l’Etat, tels cette journée “Internet Nouveaux Mondes 2.0” du 21 octobre 2011 qui a été l’occasion d’une conférence politico-industrielle sur l’Internet et l’événement dédié aux startups en soirée (ChallengeL EntreprisePKM Price Minister

            • Formation des dirigeants aux TICs : il y a encore beaucoup de travail ! Nathalie Kosciusko-Morizet avait lancé quelques initiatives de ce genre pour former les élus au numérique lorsqu’elle était Secrétaire d’Etat à l’Economie Numérique. Mais on a toujours très peu d’élus nationaux qui s’intéressent au sujet qui ne semble toujours pas très porteur politiquement. Laure de la Raudière, Lionel Tardy, Catherine Morin-Desailly pour la majorité et toujours les mêmes à gauche : Christian Paul et Patrick Bloche.

            Voilà pour “ma” scorecard ! A part quelques détails, ces propositions sont toujours d’actualité ! Le débat que j’avais déclenché en juin dernier sur les aides publiques à l’innovation est là pour en attester. Il n’y a pas grand chose à renier, sauf peut-être la méthode un peu artisanale de la soumission.

            La persistance sur certains points me semble utile ici. Trois thèmes me semblent essentiels :

            • Développer l’interdisciplinarité au niveau de l’enseignement supérieur, de la recherche et des pôles de compétitivité et équivalents.
            • Mieux orienter nos startups vers l’international. C’est le cercle vertueux dont nous avons besoin pour avoir un écosystème sain.
            • Améliorer l’efficacité des financements publics et des incitations aux financements privés.

            Je laisse d’autres s’occuper du feuilleton du très haut débit, de la fracture numérique, de la neutralité du net et des usages divers (e-santé, e-éducation, etc). Tout en reconnaissant qu’une grande partie des questions évoquées dans cet article ne sont pas toujours spécifiques au numérique. Je reviendrais cependant d’ici peu sur le sujet de la télévision numérique qui pourrait faire l’objet d’un volet dans le plan 2020.

            Et vous ? Au delà de dire que ce plan France Numérique 2020 vous passe par dessus la jambe du fait d’une fin de quinquennat qui le rendra faiblement opérant ?

            ____________________________________________

            PS du 5 octobre 2011 : quelques autres propositions faites pour le plan France Numérique 2020 provenant pour la plupart de syndicats professionnels :

            – Une contribution de Jean-Claude Morand qui évoque à juste titre certains usages à développer comme le e-tourisme. Il évoque aussi le besoin d’améliorer la dimension “produit” de nos startups.

            – Une contribution de la FEVAD (vente à distance) qui porte surtout sur les usages des TIC dans les PME et notamment dans le e-commerce. Côté entrepreneuriat, la FEVAD est au diapason de l’ensemble de la profession pour demander une plus grande stabilité fiscale autour du financement de l’innovation.

            – Une contribution du MUNCI (professionnels de l’informatique) qui demande à relancer un projet type Quaero (!), qui propose des dispositions pour faciliter l’accès aux grandes entreprises pour les startups et TPE du numérique. Nombre d’entre elles ne sont pas forcément applicables du fait des règles de la concurrence européenne, mais elles méritent d’être étudiées une par une.

            – Une contribution de l’ACSEL (services en ligne) qui porte surtout sur les usages, commerce en ligne, epayment, confiance numérique, etc.

            – Une contribution du SFIB (matériel, services) qui parle beaucoup de cloud, de calcul intensif et de simulation numérique, des usages dans le secteur public, dans les PME, la santé, l’éducation, dans le développement durable, et qui réclame un guichet unique pour les aides publiques.

            – Le Syntec Informatique et l’AFDEL planchent encore sur leur réponse.

            RRR

             
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