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Retour en Silicon Valley (1/7) grandes tendances

Post de Olivier Ezratty du 24 avril 2011 - Tags : Entrepreneuriat,Google,Innovation,Internet,Loisirs numériques,Silicon Valley,Startups,Technologie | 19 Comments

Ma dernière visite dans la Silicon Valley commençait à dater : novembre 2007. J’en avais tiré Groupe French Siliconnection at Stanford

Comme en 2007, nous avons rencontré de grandes boites du secteur, des startups, des investisseurs et des laboratoires de recherche. Et dans le tas, pas mal de français installés dans la Bay Area. Trois entreprises vues en 2007 ont été revues cette fois-ci : Google, Twitter et Netvibes, le changement le plus marquant concernant Twitter, passé de 10 à 400 personnes.

Au-delà de ce séjour one-shot, il s’est développé une petite industrie de l’organisation de voyages d’études dans la Silicon Valley. On peut citer les HackerDojo

  • Dans la compréhension du cycle de vie des startups, nous avons été exposés à la méthode du customer development” de Steve Blank. Elle formalise le processus de développement de la startup par étape (validation de son offre avec les clients et recherche de son modèle, construction à partir du modèle identifié et ensuite maturation. Steve Blank rappelle que trop de startups et d’investisseurs cherchent à reproduire les modèles des grandes entreprises de manière inappropriée. D’où des créations de postes de VP divers et de commerciaux alors que le processus de vente n’est même pas validé ni reproductible. Sinon, le thème du “pivot” est à la mode, même si on commence un peu à en rigoler. Il couvre l’adaptation permanente des startups. Faire un “pivot” consiste à réorienter la société sur un segment de marché et une offre qui sera plus facilement monétisable. Nous l’avons vu appliqué chez Critéo et NetVibes. Seesmic est aussi très adepte de ce modèle de développement avec déjà deux pivots dans son existence après avoir été créé en 2007.
  • Nous avons aussi pu observer la vitesse à laquelle les startups de l’Internet peuvent devenir des “corporations” avec les lourdeurs associées : l’obligation “par précaution” de signer un NDA (Zynga, Facebook, Google), certains qui ne peuvent même dire sur quoi ils travaillent (chez Google), la prise de photos interdite dans les locaux (Zynga, Google, Facebook, Twitter) et la visite organisée des cafétérias, salles de sport et autres lieux de détente (le jardin de Google avec son T-Rex, ci-dessous, Zynga). Ces sociétés devenues grandes font tout pour préserver l’esprit startup en maintenant de petites équipes produits relativement autonomes. Mais on ne passe pas impunément de 10 à 1500 personnes en trois ans (Zynga).

Dinosaure T-Rex chez Google

  • La dominance de Facebook, Apple et Google inquiète. Elle génère des initiatives diverses. Tout d’abord l’Open Social Network Architecture de Monica Lam à Stanford visant à créer une architecture de réseau social ouverte construite autour des systèmes de messagerie, intéressante dans le principe, mais ayant assez peu de chances de s’imposer. Et puis la fondation Mozilla qui après avoir réussi à déstabiliser la dominance d’Internet Explorer souhaite maintenant contrer celle des “mobile application stores” avec une architecture adaptée aux applications web. De leur côté, les gros acteurs que sont Google ou Facebook n’ont pas l’air de trop se soucier des inquiétudes qu’ils génèrent.
  • La puissance publique intervient surtout par des financements fédéraux de projets de R&D, par le biais de la DARPA (équivalent de la DGA au Pentagone), de la NSF (National Science Foundation, équivalent de notre ANR) ou du NIH (équivalent de l’INSERM). Ces financements concernent essentiellement des projets réalisés par les universités et par des laboratoires de recherche privés comme le SRI ou le PARC. Les Etats du Sud-Est financent l’implantation de structures de production dans les cleantechs pour réindustrialiser leur territoire. Vu d’un investisseur comme Khosla Ventures, le gouvernement reste “un problème” plus qu’une “solution”. L’argent public coute cher et est très lent. La raison ? Les bureaucrates n’ont pas la même relation au risque. Et de toutes manières, le gouvernement fédéral ne finance pas la R&D des startups du numérique, en particulier celles du marché grand public.
  • Quelques sociétés françaises arrivent à s’implanter solidement. C’est notamment le cas de Criteo, Talend, Zong et Exo Platform. Avec de bons modèles de développement de leaders mondiaux couplés à des offres bien différentiées et des modèles économiques qui tiennent la route. Certains comme Critéo ont maintenu de solides structures de développement en France, le meilleur modèle permettant de concilier la création de leaders mondiaux avec le développement d’emplois qualifiés en France. Dans presque tous les cas, nous avons rencontré des français dans les entreprises visitées (notamment chez Google, Facebook et Twitter).

Certaines caractéristiques habituelles de la Vallée sont toujours bien présentes : l’ambition de créer des leaders mondiaux, une forte culture du risque tant pour les entrepreneurs que pour les investisseurs, une concurrence acharnée et un écosystème hyperactif. Tout cela donne l’envie de continuer à s’améliorer, à pousser l’écosystème français de l’innovation à se dépasser et surtout à dépasser ses frontières. Cela fait d’ailleurs un choc de voir quelques intervenants français dans Twitter ou Golden Gate

On pouvait constater que les infrastructures locales ne vivent pas encore tant que cela à l’ère du numérique ou tout du moins ne sont pas très orientées “clients”. A l’arrivée à l’aéroport de San Francisco, on découvre aux livraisons des bagages des écrans cathodiques éteints… presque hors du temps !

San Francisco Airport Baggage Claim

Le plus marquant sont ces arrêts de bus avec juste une indication des numéros de lignes qui y passent et aucun plan ou liste de stations. Dur dur sans application mobile pour s’y retrouver ! Sinon, le débit Internet reste encore modeste en général dans les foyers.

Mais heureusement, le Wifi est assez omniprésent et gratuit : dans l’aéroport de San Francisco, dans les hôtels, dans les points de vente et certains restaurants, et aussi dans les rues de Mountain View (fourni par Google, of course). Et les antiques parc mètres à pièces commencent à être remplacés par des versions plus hightech.

Et puis, San Francisco est toujours la ville de la diversité, un creuset international, et aussi un foyer d’excentricité, tel que cette galerie d’art exposant un char d’assaut (ci-dessous).

Galerie avec un tank

Voilà pour l’aperçu général ! Les épisodes suivants sont consacrés au détail des visites elles-mêmes. Vous n’en raterez pas une miette !

Tous les épisodes de cette série :

Retour en Silicon Valley (1/7) grandes tendances
Retour en Silicon Valley (2/7) la recherche
Retour en Silicon Valley (3/7) grands de l’Internet
Retour en Silicon Valley (4/7) startups Internet
Retour en Silicon Valley (5/7) l’écosystème
Retour en Silicon Valley (6/7) cleantechs
Retour en Silicon Valley (7/7) et nous et nous ?

RRR

 
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