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Quelques dessous du e-G8

Post de Olivier Ezratty du 27 mai 2011 - Tags : Communication,France,Google,Internet,LeWeb,Politique,USA | 15 Comments

Le e-G8 s’est terminé mercredi 25 mai 2011 après deux journées de conférences introduites par Nicolas Sarkozy et conclues par Mark Zuckerberg de Facebook.

J’ai participé au premier jour de la conférence et y ai notamment fait un Nicolas Sarkozy @ eG8 (8)

Ce discours du Président était le résultat de la contribution de divers membres de son cabinet, présents dans la salle, dont Henri Gaino (pour le début sur la contribution historique de l’Internet), Camille Pascal (conseiller audiovisuel, probablement pour la partie concernant la propriété intellectuelle), Jean-David Levitte (cellule diplomatique et Sherpa pour le G8 et le G20), Franck Louvrier (communication) et Nicolas Princen (ce dernier étant en charge de l’Internet et probablement à l’origine de la partie sur les libertés). Une part importante de cette intervention était consacrée aux Alec J Ross (US State Department)

Un track record qui n’inspire pas confiance

Le discours du Président portait sur les principes généraux. Mais les principes se valident par les actes. Pour nous rassurer sur le respect des libertés fondamentales, nos gouvernements doivent donner des gages de bonne conduite dans leur attitude. Malheureusement, le “track record” français est plutôt déplorable.

Nous avons besoin de symboles plus forts d’une volonté de respect des libertés fondamentales – si tant est qu’elle existe. Elle pourrait prendre la forme de l’inscription de l’accès à Internet comme un droit fondamental. Ce serait une avancée et elle a été suggérée par certains participants américains du eG8. Mais le gouvernement français fait la sourde oreille. Il faudrait pour cela évidemment revenir en arrière sur la fameuse coupure de la liaison Internet de l’HADOPI.

De surcroit, quelques maladresses ont été commises pour ce eG8 qui ont une charge symbolique plutôt forte :

  • Le refus de traiter du sujet fondamental des libertés et de la démocratie dans les tables rondes, comme proposé initialement par Bernard Kouchner lorsqu’il était encore aux Affaires Etrangères. Résultat, aucun cyberdissident d’invité aussi bien comme intervenant que comme participant. Nos gouvernements les aiment dans les autres pays (Tunisie, Egypte, Libye, Iran), et pas trop chez eux. Jérémie Zimmerman de la Quadrature du Net assistait bien au e-G8 (ci-dessous, interviewé par une chaine TV allemande) mais en était presque gêné d’être présent à la conférence. On leur a préféré une majorité d’intervenants de l’Internet marchand tels que le fondateur de Groupon qui ne représente pas ce qu’il y a de plus glorieux sur Internet. Tout ceci rappelle l’absence d’intégration de la “société civile de l’Internet” dans la composition autant de l’HADOPI que du CNN. La Quadrature du Net a organisé avec d’autres intervenants comme Larry Lessig une conférence de presse improvisée pour Jeremie Zimmerman (Quadrature du Net) (1)

    • L’implication trop visible du secteur privé et marchand avec ces sponsors généreux autofinançant l’événement et obtenant ainsi du même coup un ou deux slots dans les tables rondes avec des intervenants de pertinence pas toujours évidente. C’est un peu dans la lignée d’annonces récentes de membres du gouvernement : celle de l’étude de Tables rondes (12)

      • Une curieuse pratique et un symbole en apparence anodin mais mal placé : la première personne à monter sur scène pour l’intervention de Nicolas Sarkozy était son aide de camp militaire avec une mallette comportant… le texte de son discours. C’est lui qui le plaçait sur le pupitre d’intervention du président et l’en enlevait. C’est parait-il une tradition mais cela aurait très bien pu être un civil ! Voilà comment un signal faible peut tout gâcher à moins que cela ne soit volontaire. On ne sait jamais trop ! On se rappelle alors que seuls les gens ou les organisations peuvent être dangereux, dans le monde réel comme dans le virtuel. Et les gouvernements en font partie comme les citoyens ! Même si je trouve toujours quelque peu exagérées ces assimilations de la volonté de régulation à une “censure de l’Internet”.

      Aide de camp de Nicolas Sarkozy (2)

      Bref, tout cela ne contribue pas à Xavier Niel (Free) (2)

      • Comment pouvait-on être invité à cette manifestation ? Il y a ceux qui le sont automatiquement (pas pour ce qui me concerne) et ceux qui le sont en le demandant. Dans un grand nombre de cas, par ses connaissances à l’Elysée ou au Ministère de l’Industrie et du Numérique, via les sponsors ou via différents réseaux et organisations liés aux précédents. Au premier rang lors du discours de Nicolas Sarkozy se trouvait le Prince Al Waleed

        • Le e-G8 était financé par treize sponsors privés. Deux à 500K€ (Vivendi et Orange), cinq à 250K€ (Microsoft, Google, etc) et cinq à 100K€. Le total faisant 2,75m€, complétés par l’organisateur  Publicis pour faire 3m€ au total. Il n’y a pas eu de procédure d’appel d’offre de l’Elysée car le secteur privé a tout financé sans dépenses de l’Etat apparentes (il y en a toujours d’indirectes comme la mobilisation des forces de sécurité ou la “location” des Tuileries).  Vu le cours délai de l’organisation de l’événement (moins de deux mois), un appel d’offre était de toutes manières inenvisageable. Le choix de Publicis comme organisateur n’est bien entendu pas anodin car les retombées pour cette grande agence de communication peuvent être nombreuses. Dix des douze sponsors avaient un intervenant dans les tables rondes. Tout ce lobbying de grosses entreprises privées fait un peu désordre. Il devient presque trop public même s’il est bien connu des parties prenantes de ces débats. Maurice Levy a sollicité directement un grand nombre des intervenants pour les faire venir. Certains ont du bousculer sérieusement leur agenda pour ce faire. Mais ils doutent de la pérennité d’une telle manifestation qui aurait pu être reprise par les pays assurant à tour de rôle la présidence du G8.

         Logos (3)

        • Il n’y avait pas ou peu d’intervenants de moins de 40 ans à l’exception notable de Mark Zuckerberg le second jour, Sheryl Sandberg (Facebook) (2)

          • Dans la forme, les débats étaient ce qu’il y a de plus en plus convenu. Un modérateur et une demi douzaine d’intervenants pendant une heure. Résultat: des débats assez superficiels sauf lorsque cela a concerné la propriété intellectuelle. Petite innovation de détail cependant : les noms des intervenants écrits proprement sur le côté des fauteuils. Pratique lorsque l’on prend des photos ! Il y avait tout de même des questions de la salle. Mais cela n’allait tout de même pas jusqu’à avoir un mur “Balloon” pour suivre le flux Twitter de la conférence.
          • D’où des interventions des plus classiques comme celles de Stéphane Richard (Orange) sur le besoin de financement des infrastructures par ceux qui en profitent, de Eric Schmidt (Google) pour qui l’Internet va plus vite que les gouvernements, et de Frédéric Mitterrand qui rappelle qu’il faut valoriser la propriété intellectuelle. Il y avait aussi cette présentation un peu terne de McKinsey sur l’impact économique de l’Internet qui reprenait à l’échelle mondiale Ruppert et Wendy Murdoc

            • La “worst practice” de Pascal Nègre (Universal Music) qui lit un texte pour répondre à côté à une question dans la table ronde sur la propriété intellectuelle. Cela ne l’a pas grandi, c’est le moins que l’on puisse dire.
            • Le booklet distribué aux participants comprenait l’agenda de l’événement et une photo pleine page de chaque intervenant, Nicolas Sarkozy en premier. Il y avait aussi un CD audio de Jessie J, offert par Universal Music (groupe Vivendi, un des sponsors). Un bien curieux message de modernité. On aurait préféré un abonnement gratuit à un service de musique ou de vidéo en ligne ou … une tablette ! Divers (28)

              • Le très bon coup de Mike Butcher de Techcrunch Europe qui a créé un petit happening en haranguant les gens dans la tente des sponsors pour faire pitcher des entrepreneurs dans le plus pur style “Hyde Park” (ci-dessous). Normal : il est anglais ! Bien vu en tout cas au vu de l’absence d’entrepreneurs de startups dans les tables rondes.

              Mike Butcher (Techcrunch Europe) (5)

              • Les différences avec LeWeb ? Gratuit (eG8) vs payant (LeWeb), sur invitation (eG8) vs sur inscription ouverte(LeWeb), plus de politiques (eG8) et plus d’entrepreneurs (LeWeb), plus de discussions sur les nouveaux usages de l’Internet et sur les modèles économiques (LeWeb), plus d’interactivité (LeWeb), concours de startups (LeWeb) et une audience semble-t-il un peu plus internationale (LeWeb). Voilà, bref, ce n’est pas pareil !
              • Nicolas Sarkozy a annoncé à l’issue du G8 que ce e-G8 serait reconduit dans les autres pays assurant la présidence du G8. Il est facile de tenir une promesse que d’autres devront assurer. On verra bien…

              J’en ai terminé pour l’instant. On peut passer à autre chose maintenant !

              RRR

               
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