{"id":66,"date":"2006-07-01T16:50:00","date_gmt":"2006-07-01T14:50:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2006\/rencontre-avec-bernard-liautaud\/"},"modified":"2006-07-01T21:41:58","modified_gmt":"2006-07-01T19:41:58","slug":"rencontre-avec-bernard-liautaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2006\/rencontre-avec-bernard-liautaud\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Bernard Liautaud"},"content":{"rendered":"<p><em>Je suis all\u00e9 rencontrer Bernard Liautaud, Chairman de Business Objects, centralien d\u2019une promo avant moi. C&#8217;\u00e9tait dans son bureau du si\u00e8ge de Business Objects \u00e0 Levallois-Perret et le 22 mai 2006. Mon objectif \u00e9tait d&#8217;en faire une interview destin\u00e9e \u00e0 la revue \u00ab <a href=\"http:\/\/www.centraliens.net\/docs\/revue.php\">Centraliens <\/a>\u00bb des anciens \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;Ecole Centrale Paris \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un dossier dont j\u2019assurais la coordination sur les \u00ab Opportunit\u00e9s de l\u2019industrie informatique en France \u00bb. Ce num\u00e9ro vient tout juste d&#8217;\u00eatre envoy\u00e9 aux abonn\u00e9s, aussi je me permet de relayer cette interview pour ceux qui ne seraient pas abonn\u00e9s, ce qui est le cas de la plupart d&#8217;entre vous si vous n&#8217;\u00eates pas centraliens.<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><em>Bernard Liautaud est le centralien entrepreneur qui a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 la r\u00e9ussite la plus exemplaire dans l\u2019industrie informatique. Son \u00e9clairage \u00e9tait donc plus que n\u00e9cessaire dans ce num\u00e9ro. Bernard est un de ces hommes d\u2019affaire globe-trotter qui passe son temps dans les avions. Il a en fait trois bureaux : un \u00e0 San Jos\u00e9 en Californie, un autre \u00e0 Londres o\u00f9 il habite, et un \u00e0 Levallois o\u00f9 il passe r\u00e9guli\u00e8rement. Bernard est aussi quelqu\u2019un qui a su garder la t\u00eate froide. Il analyse tr\u00e8s objectivement la vie de son entreprise, ses hauts et ses bas. Il a aussi quelques opinions bien tranch\u00e9es sur les mani\u00e8res de dynamiser l\u2019industrie du logiciel en Europe. Donc, allons-y\u2026<\/em><\/p>\n<p><strong>Business Objects est une tr\u00e8s belle histoire et une r\u00e9ussite \u00e9clatante pour l\u2019industrie du logiciel fran\u00e7ais. Etait-ce \u00e9crit dans le marbre \u00e0 sa cr\u00e9ation ? Quelle \u00e9tait ton ambition au d\u00e9part avec Denis Payre ?<\/strong><\/p>\n<p>Avec Denis Payre, nous voulions devenir un \u00e9diteur de logiciels leader international sur son march\u00e9, de $50m de chiffre d\u2019affaire et cot\u00e9 en bourse. Le tout en moins de cinq ans. Nous avons ex\u00e9cut\u00e9 ce plan comme pr\u00e9vu ! Le d\u00e9veloppement s\u2019est ensuite acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s ces cinq premi\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les d\u00e9cisions cl\u00e9s au moment de sa cr\u00e9ation qui ont permis \u00e0 l\u2019\u00e9diteur de devenir le succ\u00e8s que l\u2019on conna\u00eet ?<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9marrage, nous avons d\u2019embl\u00e9e cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 en reprenant les mod\u00e8les entrepreneuriaux de la Silicon Valley.<br \/>\nNous avons tout d\u2019abord longuement pr\u00e9par\u00e9 notre business plan : six mois de travail ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires. Ensuite, nous avons rapidement lev\u00e9 des fonds (en trois phases avec $1m en 1991, $2m en 1992 et $2m en 1993). Le tout avec des investisseurs fran\u00e7ais (Partech, Innovacom), europ\u00e9ens (Atlas Venture)et am\u00e9ricains (des venture capitalistes ind\u00e9pendants). Le business plan \u00e9tait construit pour permettre une introduction en bourse apr\u00e8s quelques ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons alors engag\u00e9 un d\u00e9veloppement international rapide avec la cr\u00e9ation de bureaux de vente au Royaume Unis et aux USA, focalis\u00e9s sur la vente op\u00e9rationnelle. Et avec des \u00ab top guns \u00bb des soci\u00e9t\u00e9s de bases de donn\u00e9es (Oracle, Informix, \u2026), un commercial et un technico-commercial pour commencer.<\/p>\n<p>La croissance a \u00e9t\u00e9 au rendez-vous avec $1,5m en 18 mois au d\u00e9marrage (ao\u00fbt 1990), puis $5,5m l\u2019ann\u00e9e 2, $14m l\u2019ann\u00e9e 3 et $30m l\u2019ann\u00e9e 4.<\/p>\n<p>Le produit avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 \u00e0 un d\u00e9veloppeur ind\u00e9pendant, Jean-Michel Cambot, qui avait pr\u00e9sent\u00e9 son produit \u00e0 Oracle et qui n\u2019\u00e9tait pas int\u00e9ress\u00e9. C\u2019est ce qui nous a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er Business Objects. Avec une innovation consistant \u00e0 permettre l\u2019acc\u00e8s aux bases de donn\u00e9es relationnelles de fa\u00e7on extr\u00eamement simple et puissante. Il y avait peu de concurrents \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Ils sont apparus peu apr\u00e8s. Et notre pr\u00e9sence aux USA nous a permis de les d\u00e9tecter rapidement et de rester concurrentiels.<\/p>\n<p>Cela a aboutit alors \u00e0 notre introduction en bourse, parfaitement ex\u00e9cut\u00e9e en en septembre 1994. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait \u00e9valu\u00e9e avant son introduction \u00e0 $125m et \u00e0 la fin de la premi\u00e8re journ\u00e9e, elle valait $220m. Nous \u00e9tions le premier \u00e9diteur de logiciel europ\u00e9en au Nasdaq ! Nous avions renforc\u00e9 notre \u00e9quipe avec un CFO am\u00e9ricain bas\u00e9 \u00e0 Paris. Sept bons trimestres cons\u00e9cutifs de r\u00e9sultats nous ont amen\u00e9 \u00e0 $1B de valorisation boursi\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Qui t\u2019a le plus aid\u00e9 dans ce d\u00e9veloppement?<\/strong><\/p>\n<p>La compl\u00e9mentarit\u00e9 entre Denis Payre et moi-m\u00eame \u00e9tait critique. Denis apportait l\u2019\u00e9nergie et le sens commercial. De mon c\u00f4t\u00e9, c\u2019\u00e9tait plus l\u2019aspect produit et management. Ce bin\u00f4me, fort utile pour les entreprises de high-tech, a dur\u00e9 six ans.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien aid\u00e9 au d\u00e9part par mon beau-p\u00e8re, Arnold Silverman, un ancien du board d\u2019Oracle, qui nous a conseill\u00e9 sur la mani\u00e8re d\u2019acc\u00e9der aux investisseurs aux USA. J\u2019avais sinon de bon VCs, autant fran\u00e7ais qu\u2019am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>Nous avons ensuite fait de bonnes embauches. La lev\u00e9e a permis de recruter de bons profils tr\u00e8s t\u00f4t. L\u2019argent a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en intelligence !<\/p>\n<p><strong>Quelles ont \u00e9t\u00e9 les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9, comment les a-t-elle surmont\u00e9es ?<\/strong><\/p>\n<p>Comme beaucoup d\u2019entreprises de high-tech, nous avons eu \u00e0 affronter une crise majeure, au bout de 5-6 ans d\u2019existence.<\/p>\n<p>Nous sortions la version 4.0 de notre logiciel phare avec un saut technologique important tant au niveau fonctionnel, que dans l\u2019architecture interne (code reconstruit enti\u00e8rement) et aussi de la plate-forme support\u00e9e, les nouveaux syst\u00e8mes 32 bits de Microsoft (Windows 95 et NT). Le produit proposait la fusion de l\u2019analyse multidimensionnelle et du reporting.<br \/>\nLa demande client \u00e9tait l\u00e0. Mais il y avait deux \u00e9cueils: un, le produit a \u00e9t\u00e9 mis sur le march\u00e9 alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas stable, et deux, nous avions sous-estim\u00e9 la lenteur de migration des postes de travail de nos clients vers le 32 bits. Nous avons alors r\u00e9alis\u00e9 une croissance de 40% \u00ab au lieu \u00bb des 100% pr\u00e9vus et rat\u00e9 nos objectifs financiers. Par ailleurs, une erreur de prise en compte d\u2019une affaire en Allemagne nous avait amen\u00e9 \u00e0 faire une r\u00e9\u00e9valuation de notre chiffre d\u2019affaire. L\u2019action alors est pass\u00e9e de $50 \u00e0 $5 en six mois! Nous avions perdu la confiance de Wall Street.<\/p>\n<p>En 1997, nous avons \u00e9nergiquement d\u00e9cid\u00e9 de redresser la barque. J\u2019ai proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 trois transformations cl\u00e9s: la recomposition des processus de d\u00e9veloppement, des changements au sein des \u00e9quipes et le d\u00e9placement \u00e0 l\u2019ouest du centre de gravit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour le d\u00e9veloppement, je me suis fais conseiller par Michael Cusumano, un consultant tr\u00e8s connu dans la Silicon Valley et auteur de \u00ab <a title=\"Lien Amazon\" href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0684855313\/qid=1151766000\/sr=8-1\/ref=sr_8_xs_ap_i1_xgl\/171-9921924-4389058\">Microsoft Secrets<\/a> \u00bb (et plus tard, de \u00ab <a title=\"Lien Amazon\" href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/0684863456\/qid=1151766038\/sr=1-1\/ref=sr_1_0_1\/171-9921924-4389058\">Competing on Internet time, lessons from Netscape and its battle with Microsoft<\/a>\u00bb). Nous avons notamment d\u00e9marr\u00e9 le projet \u00ab Internet \u00bb pour proposer nos outils de business intelligence en mode Intranet et Extranet \u00e0 nos clients. Le projet a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par une \u00e9quipe \u00e0 part, sans interd\u00e9pendances avec le reste de la R&#038;D.<\/p>\n<p>Nous avons aussi d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 le si\u00e8ge de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 San Jos\u00e9 en Californie et embauch\u00e9 un nouveau CFO. Notre patron du marketing, d\u00e9j\u00e0 un am\u00e9ricain, est reparti aux USA. Et j\u2019ai suivi toute l\u2019\u00e9quipe l\u00e0-bas. L\u2019objectif cl\u00e9 \u00e9tait de recr\u00e9er la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 aux USA.<\/p>\n<p>Ces transformations ont port\u00e9 leurs fruits en 1998\/1999 avec une action pass\u00e9e de $5 \u00e0 $300 &#8211; il est vrai, aussi port\u00e9e par la bulle Internet, un produit stabilis\u00e9 et la migration du march\u00e9 vers le 32 bits.<\/p>\n<p>Les le\u00e7ons apprises pendant cette crise: \u00e9viter les ruptures technologiques brutales en pleine ascension et ne pas sortir un produit qui n\u2019est pas pr\u00eat !<\/p>\n<p><strong>Comment Business Objects est-il devenu leader mondial dans son domaine ?<\/strong><\/p>\n<p>Entre 2000 et 2003, la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019est consolid\u00e9e et a murit. Nous avons fait quelques petites acquisitions et sommes devenus un acteur \u00e9tabli. Notre offre s\u2019est \u00e9largie. Le chiffre d\u2019affaire est pass\u00e9 de $200m \u00e0 $450m (2002) avec une marge nette de 10%.<\/p>\n<p>J\u2019ai alors fait le constat que nos grands clients voulaient r\u00e9duire le nombre de leurs fournisseurs. Avec la consolidation du march\u00e9 qui en r\u00e9sulterait, il fallait \u00eatre un grand acteur pour survivre. Nous avons alors fait le pari risqu\u00e9 de la croissance externe.<\/p>\n<p>L\u2019opportunit\u00e9 s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e avec l\u2019acquisition de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne Crystal Decisions, bas\u00e9e \u00e0 Vancouver, juste avant son introduction en bourse annonc\u00e9e. Cette acquisition nous a amen\u00e9 \u00e0 recomposer la soci\u00e9t\u00e9. Avec notre plus gros site \u2013 de 1200 personnes &#8211; d\u00e9sormais au Canada. Et nous sommes effectivement devenu le num\u00e9ro un mondial du business intelligence et r\u00e9ussissant au passage tous nos objectifs financiers. Fin 2005, nous \u00e9tions 4418 salari\u00e9s dont 915 en R&#038;D.<\/p>\n<p><strong>Business Object pourrait-il maintenant devenir le Google des donn\u00e9es structur\u00e9es ?<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>On y travaille !<\/p>\n<p><strong>Quelle est la strat\u00e9gie de localisation de la R&#038;D?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons une R&#038;D tr\u00e8s distribu\u00e9e avec \u00e0 peu pr\u00e8s un tiers  en France (350p), 450p \u00e0 Vancouver, 300p en Inde (sous-trait\u00e9e) et d\u2019autres plus petits centres en aux Etats-Unis, en Chine et en UK. Le centre en Chine est indispensable pour bien s\u2019implanter dans le pays.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas eu de d\u00e9localisation, mais plut\u00f4t des cr\u00e9ations ou acquisitions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ces diff\u00e9rents groupes de R&#038;D ont du apprendre \u00e0 travailler ensemble. Il n\u2019a par exemple pas \u00e9t\u00e9 facile de faire travailler les canadiens avec les indiens.<br \/>\nCe brassage d\u2019id\u00e9e est tr\u00e8s utile: il aide \u00e0 la remise en question, permet une approche globale et transnationale et apporte une diversit\u00e9 de talents compl\u00e9mentaires. C\u2019est un environnement plus stimulant pour l\u2019ensemble des collaborateurs.<\/p>\n<p><strong>Business Objects a r\u00e9cemment rachet\u00e9 Medience, une startup fran\u00e7aise. Pourquoi une seule acquisition fran\u00e7aise et si tard ? Ou au contraire, il y aurait-il une embellie pour les startups fran\u00e7aises avec coup sur coup une acquisition par Business Objects, Dassault Syst\u00e8mes (Virtools), Oracle (Temposoft) et Microsoft (Motion Bridge)?<\/strong><\/p>\n<p>On avait \u00e9tudi\u00e9 deux acquisitions potentielles aux USA dans un domaine bien pr\u00e9cis. Puis nous avons d\u00e9couvert M\u00e9dience qui avait une meilleure technologie. C\u2019est donc une affaire de circonstances et aussi d\u2019excellence technologique pour la soci\u00e9t\u00e9 acquise.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi abandonner le r\u00f4le de CEO pour celui de Chairman ? Quel est ton r\u00f4le maintenant ?<\/strong><\/p>\n<p>En septembre 2005, cela faisait exactement 15 ans que j\u2019avais d\u00e9marr\u00e9 Business Objects. L\u2019int\u00e9gration de Crystal \u00e9tait achev\u00e9e. Nous avions pass\u00e9 la barre des $1B de chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n<p>J\u2019ai toujours pens\u00e9 qu\u2019il faudrait \u00e0 un moment donn\u00e9 faire \u00e9voluer le leadership de l\u2019entreprise vers un mod\u00e8le tel que celui-ci et avec notamment la s\u00e9paration entre le r\u00f4le du Chairman et le r\u00f4le du CEO. La plupart des grandes entreprises de technologie ont effectu\u00e9 cette transition (Microsoft, Dell, Sun, et d\u2019autres encore). La r\u00e9alisation des objectifs cit\u00e9s plus hauts et la bonne sant\u00e9 de l\u2019entreprise ont cr\u00e9\u00e9 le timing et les conditions appropri\u00e9es pour effectuer cette transition.<\/p>\n<p>Je souhaitais \u00e9galement revenir habiter avec ma famille en Europe. Alors que le management op\u00e9rationnel de l\u2019entreprise devait rester aux USA. Maintenant, le CEO de la soci\u00e9t\u00e9 est un am\u00e9ricain, John Schwartz. Et je suis Chairman avec un r\u00f4le tr\u00e8s actif dans la d\u00e9finition de la strat\u00e9gie de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9 entre 1990 et 2006 pour se lancer dans le logiciel en France?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a toujours un potentiel \u00e9norme. Surtout li\u00e9 \u00e0 l\u2019excellence de la recherche et aux nombreux talents d\u2019ing\u00e9ni\u00e9rie en France. Il y a aussi beaucoup de liquidit\u00e9s chez les VCs. Les fonds sont maintenant de taille importante. Il y a de l\u2019argent \u00e0 investir. Il manque parfois juste les projets et les entrepreneurs.<\/p>\n<p>Par contre, quand nous avons introduit Business Objects en bourse en 1994, nous pensions \u00eatre suivis par d\u2019autres acteurs europ\u00e9ens. Et cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u de voir qu\u2019il n\u2019y a eu finalement que peu d\u2019\u00e9mules. Il y a encore aujourd\u2019hui peu de grands \u00e9diteurs europ\u00e9ens : Dassault Syst\u00e8mes, ILOG, Sage, SAP. Sur les 300 premiers \u00e9diteurs mondiaux, il n\u2019y a qu\u2019environ 40 europ\u00e9ens !<\/p>\n<p>Je recommande \u00e0 ce sujet la lecture du livre blanc \u00ab <a href=\"http:\/\/www.russellreynolds.com\/docs\/demise_whitepaper.pdf\">Demise of the european software industry<\/a> \u00bb d\u2019Adam Hale, sorti en mars 2005 chez Russel Reynolds, un cabinet de recrutement. Il fait un diagnostic de cette r\u00e9alit\u00e9 et propose quelques recettes pour dynamiser l\u2019industrie europ\u00e9enne du logiciel.<\/p>\n<p><strong>Comment se lancer aux USA quand on \u00e9dite du logiciel ? Faut-il absolument commencer par l\u00e0 en sautant la case \u00ab Europe \u00bb dans le logiciel ?<\/strong><\/p>\n<p>Il ne faut pas sauter la case Europe, mais il faut aller aux Etats-Unis tr\u00e8s t\u00f4t. Ne pas attendre d\u2019avoir r\u00e9ussi sur le march\u00e9 local. C\u2019est critique pour se confronter rapidement \u00e0 la concurrence et \u00e0 un grand march\u00e9 homog\u00e8ne.<br \/>\nLe march\u00e9 int\u00e9rieur fran\u00e7ais (des entreprises) est-il aussi difficile qu\u2019on le per\u00e7oit ? En quoi l\u2019exp\u00e9rience commerciale sur notre march\u00e9 int\u00e9rieur aide-t-elle ensuite \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer d\u2019autres march\u00e9s ?<\/p>\n<p>En fait, le march\u00e9 allemand est encore plus difficile que le march\u00e9 fran\u00e7ais !<\/p>\n<p>La France a une tradition informatique plus forte. Il y a quinze \u00e0 vingt ans, les IBM, Apple, Microsoft et autres ont cr\u00e9\u00e9 leur quartier g\u00e9n\u00e9ral europ\u00e9en \u00e0 Paris. Le Royaume Uni \u00e9tait sinistr\u00e9. Maintenant, il en est peut-\u00eatre autrement, et la France est concurrenc\u00e9e par ses voisins europ\u00e9ens.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les forces et faiblesses des fran\u00e7ais dans l\u2019industrie du logiciel?<\/strong><\/p>\n<p>En France, on sait cr\u00e9er de la technologie. Avec une R&#038;D de qualit\u00e9, de la sophistication et la capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes compliqu\u00e9s.<\/p>\n<p>On sait cr\u00e9er des entreprises. Mais on ne sait pas toujours les d\u00e9velopper. Il n\u2019y a pas assez de talents c\u00f4t\u00e9 business au-del\u00e0 de la vente. Dans l\u2019informatique, il y a beaucoup de managers commerciaux des filiales d\u2019entreprises am\u00e9ricaines. Mais pas assez de business men qui maitrisent toute la cha\u00eene de la cr\u00e9ation du logiciel.<\/p>\n<p>Il faudrait par ailleurs reproduire certains des facteurs de succ\u00e8s que l\u2019on trouve aux USA, notamment en rapprochant les \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieur, de commerce et d\u2019autres discipline (sant\u00e9, droit, etc). Notre syst\u00e8me d\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de recherche est trop cloisonn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les opportunit\u00e9s dans le logiciel?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a beaucoup de choses qui changent et qui apportent leur lot d\u2019opportunit\u00e9s: les plateformes de services (\u00ab software as a service \u00bb), les \u00e9volutions de l\u2019Internet avec le Web 2.0, l\u2019open source et le renouveau de la dimension grand public. Il suffit de les saisir !<\/p>\n<p><strong>As-tu des conseils \u00e0 donner aux jeunes entrepreneurs en logiciels en France?<\/strong><\/p>\n<p>Il leur faut lever de l\u2019argent \u00ab intelligent \u00bb. Sans ressources financi\u00e8res, ils ne pourront atteindre leurs objectifs. Mais l\u2019argent doit \u00eatre fourni par des acteurs qui ont une exp\u00e9rience op\u00e9rationnelle.<\/p>\n<p>Il leur faut recruter des managers de premier plan. La cr\u00e9ation d\u2019une \u00e9quipe est essentielle dans le succ\u00e8s d\u2019une start-up.<\/p>\n<p>Il faut un business plan s\u00e9rieux, ambitieux et avec de la substance. Et un bon business model qui est encore plus important que le produit. Le produit ne fait pas tout ! L\u2019exemple de salesforce.com qui a b\u00e2ti son succ\u00e8s sur une innovation de business model (software as a service) et non pas sur une innovation technologique est l\u00e0 pour le rappeler.<\/p>\n<p>Il faut rapidement investir aux USA, mais se focaliser sur la vente et non pas simplement construire une infrastructure de co\u00fbts.<\/p>\n<p><strong>Au fait, tu avais fait quelle option \u00e0 Centrale et quelles \u00e9taient tes activit\u00e9s extra-scolaires ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019option \u00e9conomie, et beaucoup de sports : foot, tennis, ski, planche \u00e0 voile.<\/p>\n<p><strong>As-tu des activit\u00e9s hors de Business Objects, notamment pour aider l\u2019entreprenariat en France ?<\/strong><\/p>\n<p>Je passe plus de temps \u00e0 dialoguer avec la profession et avec les pouvoirs publics. Mais 100% de mon job, c\u2019est toujours Business Objects !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis all\u00e9 rencontrer Bernard Liautaud, Chairman de Business Objects, centralien d\u2019une promo avant moi. C&#8217;\u00e9tait dans son bureau du si\u00e8ge de Business Objects \u00e0 Levallois-Perret et le 22 mai 2006. 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