{"id":17127,"date":"2019-02-11T14:17:10","date_gmt":"2019-02-11T13:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/?p=17127"},"modified":"2019-02-12T14:18:37","modified_gmt":"2019-02-12T13:18:37","slug":"la-france-des-deep-techs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2019\/la-france-des-deep-techs\/","title":{"rendered":"La France des deep techs"},"content":{"rendered":"<p>En janvier 2015, Bpifrance avait lanc\u00e9 une op\u00e9ration de promotion des innovations de services, notamment dans son <a href=\"https:\/\/www.bpifrance.fr\/content\/download\/8622\/109328\/version\/1\/file\/Guide%20Innovation%20Nouvelle%20Generation.pdf\">Guide des Innovations Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration<\/a>. On \u00e9tait en pleine vague du concept d\u2019uberisation. Depuis, aucune nouvelle startup fran\u00e7aise ne semble avoir perc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale pour uberiser ou interm\u00e9dier quoi que ce soit. Nous avons toujours l\u2019embl\u00e9matique Blablacar qui incarne cette fili\u00e8re. Il connait des hauts et des bas mais est toujours sur pattes. Lorsque je fais le tour des startups ayant r\u00e9alis\u00e9 les plus grande lev\u00e9es de fonds ces derni\u00e8res ann\u00e9es, je constate qu\u2019elles sont en majorit\u00e9 plut\u00f4t \u201chigh tech\u201d que \u201clow tech\u201d (voir page 302 du <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2018\/guide-des-startups-2018\/\">Guide des Startups \u00e9dition 2018<\/a>), m\u00eame lorsqu\u2019on ne peut pas les classifier stricto-sensu dans les deep techs.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2016 et d\u00e9but 2017, j\u2019avais publi\u00e9 une s\u00e9rie de plusieurs textes sur la <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/renaissance-startups-scientifiques-1\/\">renaissance des startups scientifiques \u2013 1<\/a>. Je sentais que l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me fran\u00e7ais des startups \u00e9tait un peu trop tourn\u00e9 vers les innovations de services avec des difficult\u00e9s \u00e0 les faire percer \u00e0 l\u2019international et pas assez investi dans des projets \u00e0 plus fort contenu technologique. J\u2019y d\u00e9crivais les sp\u00e9cificit\u00e9s de ces startups, les raisons pour lesquelles elles avaient plus de chances de devenir des acteurs d\u2019ampleur mondiale, et quelques-uns de leurs facteurs cl\u00e9s de succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Je m\u2019\u00e9tais attard\u00e9 sur une belle brochette de startups des medtechs et biotechs, principalement fran\u00e7aises (<strong>DNA Script<\/strong>,<strong> Supersonic Imagine<\/strong>,<strong> Damae Medical<\/strong>, <strong>Mauna Kea<\/strong>, <strong>EOS Imaging<\/strong>, <strong>Eye Tech Care<\/strong>, <strong>Th\u00e9raclion<\/strong>, <strong>Cardiologs<\/strong>, <strong>Cellectis<\/strong>, \u2026). Je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 un peu en cours de route car j\u2019avais pr\u00e9vu initialement de couvrir \u00e9galement les startups technologiques des greentechs. J\u2019ai alors pris le chemin de l\u2019intelligence artificielle, une forme de deep tech qui monopolise l\u2019attention depuis cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>Les deep techs font depuis l\u2019objet de toutes les attentions. La French Tech a communiqu\u00e9 dessus \u00e0 l\u2019occasion de la participation fran\u00e7aise au CES 2018. Lanc\u00e9e en 2014, la conf\u00e9rence <strong>Hello Tomorrow<\/strong> en est un showcase international d\u2019excellent niveau. Sa prochaine \u00e9dition se tient \u00e0 Paris les 14 et 15 mars \u00e0 Paris. <a href=\"https:\/\/deeptechfounders.com\">Deeptech Founders<\/a>, lanc\u00e9 par Xavier Duportet, le cr\u00e9ateur de Hello Tomorrow,\u00a0 f\u00e9d\u00e8re une belle brochette de <a href=\"https:\/\/deeptechfounders.com\/mentors\">mentors<\/a>, presque tous fondateurs de deep techs fran\u00e7aises. Des fonds sp\u00e9cialis\u00e9s dans les deep techs se lancent comme <strong>Quantonation <\/strong>dans l\u2019informatique quantique. <strong>France Biotech <\/strong>fait de plus en plus la promotion active des startups de son secteur, \u00e0 la fois dans les biotechs et les medtechs.<\/p>\n<p>Enfin, le plan <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2017\/les-hauts-et-les-bas-du-plan-france-intelligence-artificielle\/\">France IA<\/a> de mars 2017 suivi du <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2018\/rapport-villani\/\">rapport de la mission Villani<\/a> en mars 2018 ont creus\u00e9 le sillon de l\u2019IA qui est l\u2019une des branches les plus actives des deep techs, m\u00eame si on y trouve \u00e0 boire et \u00e0 manger.<\/p>\n<p><strong>Bpifrance met le paquet sur les deep techs<\/strong><\/p>\n<p>Fin janvier 2019, <strong>Bpifrance<\/strong> lan\u00e7ait son initiative <a href=\"https:\/\/www.bpifrance.fr\/content\/download\/75269\/812189\/version\/1\/file\/G%C3%A9n%C3%A9ration%20Deeptech%203001.pdf\">G\u00e9n\u00e9ration Deep tech<\/a> en grande pompe \u00e0 Paris. L\u2019initiative est document\u00e9e dans un PDF A5 de 140 pages librement t\u00e9l\u00e9chargeable. Il comprend des t\u00e9moignages d\u2019entrepreneurs de startups deep techs et quelques bonnes pratiques associ\u00e9es.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Bpifrance-Generation-Deeptech.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; margin: 10px 0px 10px 10px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Bpifrance Generation Deeptech\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Bpifrance-Generation-Deeptech_thumb.jpg\" alt=\"Bpifrance Generation Deeptech\" width=\"408\" height=\"327\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il rappelle en creux que les startups deep techs Isra\u00e9liennes b\u00e9n\u00e9ficiaient en 2017 de pr\u00e8s de quatre fois plus d\u2019investissements que leurs homologues fran\u00e7aises (1200 M\u20ac vs 320 M\u20ac). Entre 2013 et 2017, les ratios entre r\u00e9gions n\u2019ont pas \u00e9norm\u00e9ment chang\u00e9. Le poids de l\u2019Europe a augment\u00e9 en 2017 gr\u00e2ce \u00e0 deux lev\u00e9es de fonds, celle de <strong>Roivant <\/strong>(biotech) en Suisse et de <strong>Oxford Nanopore <\/strong>(medtech) au Royaume Uni.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Investissements-deeptechs.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Investissements deeptechs\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Investissements-deeptechs_thumb.jpg\" alt=\"Investissements deeptechs\" width=\"429\" height=\"752\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>L\u2019annonce de Bpifrance de janvier 2019 consolidait d\u2019autres lancements autour des deep techs.<\/p>\n<p>Cela comprenait l\u2019installation du <strong>Conseil Sup\u00e9rieur de l\u2019Innovation <\/strong>\u00e0 Bercy en juin 2018. A la cl\u00e9, le lancement de d\u00e9fis dans des fili\u00e8res \u00e0 forts enjeux technologiques et soci\u00e9taux (IA, mobilit\u00e9, sant\u00e9, cyber-s\u00e9curit\u00e9) avec 150 M\u20ac par an issus du FII (Fonds Innovation et Industrie). Au m\u00eame moment, Bpifrance se donnait comme objectif de doubler le nombre de cr\u00e9ation annuelle de startups dans les deep techs (\u00e0 2000) et de les aider \u00e0 grandir pour devenir des scale-ups leaders.<\/p>\n<p>Les moyens annonc\u00e9s \u00e9taient modestes avec 70 M\u20ac de financement par an consistant \u00e0 saupoudrer des aides dans les Bourses French Tech Emergence, dans le concours i-Lab du Minist\u00e8re de la Recherche et au niveau des aides individuelles \u00e0 la R&amp;D. Voir <a href=\"https:\/\/www.bpifrance.fr\/A-la-une\/Actualites\/La-France-prend-le-virage-des-Deep-Tech-41659\">La France prend le virage des deep tech<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.bpifrance.fr\/A-la-une\/Dossiers\/Innovation-les-chiffres-cles-de-2017\/La-deeptech-la-nouvelle-tendance-de-l-innovation\">La deeptech : la nouvelle tendance de l\u2019innovation<\/a> (juin 2018). D\u2019ailleurs, on devrait plut\u00f4t parler de \u201cdeep techs\u201d que de \u201cla deep tech\u201d comme dans <a href=\"https:\/\/www.latribune.fr\/technos-medias\/la-france-prendra-t-elle-le-virage-des-deep-tech-756137.html\">La France prendra-t-elle le virage des \u00ab Deep Tech \u00bb ?<\/a> mais passons.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2018, les annoncent passaient \u00e0 la vitesse sup\u00e9rieure avec un plan de 1,3 Md\u20ac \u00e9tal\u00e9 entre 2019 et 2023, issus de fonds de fonds, du Programme d\u2019Investissements d\u2019avenir (PIA) avec 300 M\u20ac issus de <a href=\"https:\/\/www.bpifrance.fr\/\">Bpifrance<\/a>. En tout, ces investissements publics combin\u00e9s \u00e0 leur contrepartie priv\u00e9e devrait repr\u00e9senter 5 Md\u20ac sur cinq ans. Si les investisseurs priv\u00e9s suivent le pas, ce qui n\u2019est pas toujours \u00e9vident.<\/p>\n<p>Enfin, en janvier 2019 \u00e9tait annonc\u00e9 un plan plan compl\u00e9mentaire dot\u00e9 de 800 M\u20ac de nouvelles aides, lui aussi \u00e9tal\u00e9 sur 5 ans. Tout cela comprend le financement des <strong>SATT<\/strong> (Soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;Acc\u00e9l\u00e9ration du transfert des technologies) \u00e0 hauteur de 400 M\u20ac sur cinq ans. Elles ont pour mission de valoriser la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle issue des laboratoires de recherche publique aupr\u00e8s des entreprises ou par la cr\u00e9ation de startups.<\/p>\n<p>En janvier 2019, les th\u00e8mes mis en avant \u00e9taient l\u2019IA, les nouveaux mat\u00e9riaux, l\u2019informatique quantique, la robotique, la production et le stockage de l&#8217;\u00e9nergie, les biotechnologies et les nanotechnologies. On devrait y ajouter les transports, m\u00eame si ces derniers font largement appel \u00e0 ces diverses technologies. Le choix d\u2019investir dans les deep techs est aussi li\u00e9 au besoin de faire de la \u201ctech for good\u201d. J\u2019y vois aussi un int\u00e9r\u00eat qui est de relier les startups au monde physique, m\u00eame s\u2019il est assez rare de croiser des startups qui sont 100% dans l\u2019immat\u00e9riel sans relation avec le monde mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Le r\u00e9f\u00e9rentiel de Bpifrance d\u00e9finit les startups deep techs comme \u00e9tant issues de <strong>travaux de recherche <\/strong>publique ou priv\u00e9e, introduisant de <strong>fortes barri\u00e8res \u00e0 l\u2019entr\u00e9e<\/strong>, ayant un fort <strong>avantage diff\u00e9renciateur <\/strong>(qui devrait \u00eatre un crit\u00e8re pour n\u2019importe quelle startup) et avec une <strong>approche du march\u00e9 longue et complexe <\/strong>(id\u00e9alement, seule la partie scientifique et technologique devrait \u00eatre longue et complexe, pas forc\u00e9ment l\u2019abord du march\u00e9). Peut-on cr\u00e9er une deep tech m\u00eame sans forc\u00e9ment valoriser des travaux de recherche publique ou priv\u00e9e ? Ce n\u2019est pas impossible mais c\u2019est plut\u00f4t rare.<\/p>\n<p>On a toujours bien du mal \u00e0 comprendre si ces annonces repr\u00e9sentent des moyens suppl\u00e9mentaires ou s\u2019il s\u2019agit d\u2019une nouvelle labellisation de programmes existants. En g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est un m\u00e9lange des deux et la manne financi\u00e8re de l\u2019Etat vient presque toujours des PIA. L\u2019approche quantitative de ce genre de programme est souvent lacunaire mais il en va g\u00e9n\u00e9ralement ainsi de nombreux plans sur l\u2019innovation qui ne peuvent pas relever d\u2019approches parfaitement d\u00e9terministes.<\/p>\n<p>Au passage, rappelons que la France est dans la moyenne europ\u00e9enne dans ses d\u00e9penses de recherche ramen\u00e9es au PIB mais sup\u00e9rieure aux allemands et aux anglais dans le nombre de chercheurs par habitant. Ce qui est un bon rappel de leur faible niveau de salaires. La Cor\u00e9e du Sud est un des champions du monde en d\u00e9penses de recherche, aid\u00e9e par sa recherche publique et par le poids de ses grands acteurs industriels (Samsung, LG, Hyundai, \u2026). Il reste donc encore fort \u00e0 faire pour revaloriser les parcours dans la recherche.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/image.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"image\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/image_thumb.png\" alt=\"image\" width=\"309\" height=\"178\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9chelle mondiale, les moyens financiers du plan deep tech fran\u00e7ais sont \u00e9videmment fort modestes, surtout face aux moyens d\u00e9ploy\u00e9s aux USA ou en Chine. M\u00eame coupl\u00e9s aux investissements priv\u00e9s locaux, ils sont largement insuffisants pour financer des startups deep techs tr\u00e8s ambitieuses. Nous sommes face \u00e0 un dilemme qui touche toute l\u2019Europe : soit les startups prometteuses se font aussi financer par des capitaux extra-europ\u00e9ens et s\u2019internationalisent au niveau capital et \u00e9quipes, soit elles restent confin\u00e9es \u00e0 leur pays et ne grandissent pas assez vite.<\/p>\n<p>En tout cas, ce mot d\u2019ordre sur les deep techs pourrait aider \u00e0 faire le m\u00e9nage dans certains acc\u00e9l\u00e9rateurs de startups qui ont maintenant trop tendance \u00e0 accueillir un grand nombre de jeunes entreprises qui ne seront probablement jamais des startups, et ne sont que des agences de services en tout genre (communication, web agencies, ESN, design).<\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 du financement<\/strong><\/p>\n<p>Est-ce que ces diff\u00e9rentes annonces vont permettre aux deep-techs fran\u00e7aises de briller \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale ? Ce sont des moyens bienvenus mais ils sont \u00e9videmment loin d\u2019\u00eatre suffisants. Le succ\u00e8s des deep techs n\u2019est pas qu\u2019une histoire de financement. Bpifrance l\u2019a d\u2018ailleurs bien compris en pr\u00e9voyant une dimension formation \u00e0 l\u2019entrepreneuriat dans son plan, surtout \u00e0 destination des chercheurs qui souhaitent entreprendre. Il y a fort \u00e0 faire pour les mettre \u00e0 niveau.<\/p>\n<p>Nombre de dimensions et de choix strat\u00e9giques de ces entreprises conditionneront leur devenir. Vont-elles cr\u00e9er une offre produit comp\u00e9titive fonctionnellement et \u00e9conomiquement \u00e0 partir de travaux de recherche ? Prot\u00e9geront-elles efficacement leur propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et celles des laboratoires de recherche qu\u2019elles exploiteront le seront-elles dans des conditions viables ? Vont-elles se d\u00e9velopper rapidement\u00a0 \u00e0 l\u2019international ? Sont-elles capables de b\u00e2tir des partenariats ? Pourquoi pas \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne ? Auront-elles acc\u00e8s \u00e0 un pool de talents humains en quantit\u00e9 et qualit\u00e9 ? Leur mod\u00e8le produit cible-t-il de v\u00e9ritables march\u00e9s de volume avec des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle ? Est-ce que la startup peut rapidement passer d\u2019un mod\u00e8le produit \u00e0 un mod\u00e8le plateforme en consolidant sa position avec un \u00e9cosyst\u00e8me aussi dense que possible ? Comment peuvent-elles grandir sans \u00eatre acquises par de grands acteurs \u00e9trangers du num\u00e9rique ? Est-ce que la structure de leur actionnariat le permettra ?<\/p>\n<p>Dans certains domaines comme celui de l\u2019informatique quantique que j\u2019ai d\u00e9cortiqu\u00e9 et benchmark\u00e9 sur plusieurs pays, j\u2019observe de pr\u00e8s et en temps r\u00e9el ce qui peut manquer \u00e0 l\u2019\u00e9closion d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me de deep techs et sur lesquels nos efforts devraient porter.<\/p>\n<p><u>Time to market<\/u><\/p>\n<p>En premier lieu, les startups du nouveau domaine ne sont pas toujours lanc\u00e9es au bon moment face \u00e0 leurs concurrentes d\u2019Outre-Atlantique. Le \u201c<em>time to market<\/em>\u201d reste un avantage cl\u00e9 pour r\u00e9ussir. D\u2019ailleurs, Bpifrance met en avant une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par le BCG et Hello Tomorrow qui place cet aspect en premier des pr\u00e9occupations des entrepreneurs des deep techs fran\u00e7aises devant les questions de financement et les risques scientifiques, technologiques et march\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Defis-deeptechs-BCG-Hello-Tomorrow.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Defis deeptechs BCG Hello Tomorrow\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Defis-deeptechs-BCG-Hello-Tomorrow_thumb.jpg\" alt=\"Defis deeptechs BCG Hello Tomorrow\" width=\"470\" height=\"581\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pour ce qui est de l\u2019informatique quantique, l\u2019Europe est clairement en retard. La majorit\u00e9 des startups du secteur, aussi bien dans le mat\u00e9riel que dans les logiciels sont am\u00e9ricaines et canadiennes. Il va falloir se d\u00e9p\u00eacher pour rattraper ce retard. Dans d\u2019autres domaines, on peut \u00eatre mieux positionn\u00e9 comme l\u2019est <strong>Ledger <\/strong>dans les crypto-monnaies. Ils avaient le plus grand stand du secteur crypto-monnaies et blockchain de tout le CES 2019 ! C\u2019est rare et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9.<\/p>\n<p><u>Comp\u00e9tences<\/u><\/p>\n<p>Le second \u00e9cueil qui affecte les deep techs et leur croissance est l\u2019acc\u00e8s aux comp\u00e9tences. Est-ce que l\u2019enseignement sup\u00e9rieur s\u2019adapte suffisamment rapidement pour se lancer dans de nombreuses fili\u00e8res, pour attirer des enseignants, former des docs et post-docs, et former des \u00e9tudiants ?<\/p>\n<p>Le conservatisme rampant ralentit g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019adaptation de ces \u00e9tablissements. On a connu le m\u00eame retard en ligne en g\u00e9nomique ainsi que dans l\u2019IA ou dans les recherches sur les protocoles d\u2019Internet avant 1995 comme le relate Tariq Krim dans son br\u00fblot <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/invites-du-point\/tribune-comment-la-france-s-est-vendue-aux-gafam-05-01-2019-2283510_420.php\">Comment le France s\u2019est vendue aux GAFAM<\/a> en janvier 2019 dans Le Point. Il y fait cependant quelques exag\u00e9rations : Alcatel voulait \u00eatre fabless, certes, mais c\u2019est aussi le cas de Cisco et de Qualcomm. L\u2019industrie fran\u00e7aise n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 leader mondial dans le num\u00e9rique sauf dans de tr\u00e8s rares exceptions comme celle de Dassault Syst\u00e8mes qui est toujours le num\u00e9ro 1 de son secteur, la CAO et le PLM. La France a aussi compl\u00e8tement rat\u00e9 la r\u00e9volution micro-informatique malgr\u00e9 le pr\u00e9c\u00e9dent de Micral. A cette \u00e9poque l\u00e0, pendant les ann\u00e9es 1970 et 1980, la France n\u2019avait quasiment pas d\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de startups et on comptait trop sur les grandes entreprises pour \u201cinnover\u201d.<\/p>\n<p>La qu\u00eate des comp\u00e9tences n\u2019est pas une simple question de financement mais d\u2019adaptation rapide des cursus aux enjeux mouvants des sciences et technologies et d\u2019une capacit\u00e9 de remise en cause qui est rarement au rendez-vous. Cependant, dans la majorit\u00e9 des sujets, les laboratoires de recherche fran\u00e7ais en ont sous la p\u00e9dale pour g\u00e9n\u00e9rer des deep techs dignes de ce nom. Bpifrance en identifiait un bon nombre fin janvier 2019 (<em>ci-dessous<\/em>).<\/p>\n<p>La recherche publique fran\u00e7aise doit g\u00e9rer un d\u00e9licat \u00e9quilibre entre recherche fondamentale et recherche appliqu\u00e9e. Cette derni\u00e8re a souvent plus de chances de mener \u00e0 la cr\u00e9ation de startups. Passer directement de la recherche fondamentale \u00e0 la cr\u00e9ation de produits sans passer par l\u2019\u00e9tape de la recherche appliqu\u00e9e n\u2019est pas \u00e9vident. Cela explique la raison d\u2019\u00eatre de CEA Tech avec le Leti, le List et le Liten. D\u2019autres \u00e9tablissements de recherche publique comme le CNRS, l\u2019INRIA ou l\u2019INRA ne semblent pas faire cette distinction. D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u2019usines \u00e0 gaz que sont les IRT et autres 3IA qui doivent faire le pont entre la recherche publique et les entreprises.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Deep-techs-reperees-par-Bpifrance.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Deep techs reperees par Bpifrance\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/La-France-des-deep-techs_E78E\/Deep-techs-reperees-par-Bpifrance_thumb.jpg\" alt=\"Deep techs reperees par Bpifrance\" width=\"553\" height=\"434\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les comp\u00e9tences \u00e0 assembler pour cr\u00e9er une bonne deep techs sont nombreuses. Il faut certes des chercheurs mais aussi des ing\u00e9nieurs qui vont contribuer \u00e0 cr\u00e9er \u201cle produit\u201d et \u00e0 l\u2019industrialiser. Enfin, la dimension business requiert des comp\u00e9tences et exp\u00e9riences en marketing et dans la vente.<\/p>\n<p>La question des comp\u00e9tences rappelle le besoin pour les deep techs d\u2019avoir aussi rapidement que possible des \u00e9quipes internationales. C\u2019est ce que l\u2019on peut souvent observer de pr\u00e8s. Comme les laboratoires de recherche fran\u00e7ais emploient de nombreux chercheurs venant du monde entier, on les retrouve ensuite dans les deep techs. Cela doit continuer.<\/p>\n<p><u>March\u00e9 int\u00e9rieur<\/u><\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me \u00e9cueil est le manque de dynamisme de notre march\u00e9 int\u00e9rieur. Malgr\u00e9 les d\u00e9clarations de bonnes intentions des grandes entreprises fran\u00e7aises, elles sont loin d\u2019\u00eatre de v\u00e9ritables facteurs d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du succ\u00e8s de nos startups, surtout \u00e0 l\u2019international. Les projets y d\u00e9marrent toujours aussi lentement, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de g\u00e9n\u00e9rer des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle pour les startups.<\/p>\n<p>Heureusement, comme dans le march\u00e9 des composants, les startups concern\u00e9es s\u2019orientent rapidement vers des clients \u00e9trangers comme en Asie. Elles n\u2019ont pas le choix : les clients fran\u00e7ais de cette fili\u00e8re sont peu nombreux.<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame de nombreuses biotechs et medtechs qui obtiennent parfois l\u2019autorisation de mener des tests cliniques aux USA plus rapidement qu\u2019en France. Et l\u2019Europe ? Elle constitue rarement un effet de levier efficace, \u00e9tant un march\u00e9 trop fragment\u00e9 \u00e0 tous points de vue malgr\u00e9 l\u2019Euro et l\u2019Union Europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><u>Approvisionnement<\/u><\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me \u00e9cueil concerne les deep-techs qui produisent du mat\u00e9riel \u00e9lectronique. Elles ont une difficult\u00e9 grandissante \u00e0 acqu\u00e9rir les composants et mati\u00e8res premi\u00e8res rares n\u00e9cessaires \u00e0 leur fabrication. Soit parce qu\u2019ils en ont besoin en faible volume, soit que leur production est monopolis\u00e9e par les grands acteurs mondiaux.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s souvent le contournement reste la fabrication en Asie, avec des relais sur place qui savent o\u00f9 et comment s\u2019approvisionner. C\u2019est l\u2019un des facteurs cl\u00e9s qui ralentissent la r\u00e9industrialisation en France de la fili\u00e8re \u00e9lectronique. Nombre de startups des objets connect\u00e9s se sont cass\u00e9es les dents sur cette dure r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><u>Soci\u00e9t\u00e9 et culture<\/u><\/p>\n<p>Le dernier \u00e9cueil est soci\u00e9tal et culturel. Les chercheurs fran\u00e7ais s\u2019orientent moins facilement qu\u2019ailleurs dans l\u2019entrepreneuriat et y sont moins bien arm\u00e9s.<\/p>\n<p>De plus, les Fran\u00e7ais n\u2019ont pas confiance dans l\u2019avenir et dans les sciences. Ils ont peur de presque tout, et une bonne partie des \u00e9lites intellectuelles mettent souvent de l\u2019huile sur le feu. Il est difficile d\u2019\u00eatre leader mondial des deep techs si l\u2019on n\u2019a pas confiance dans leur capacit\u00e9 \u00e0 changer le monde pour le meilleur. Est-ce que la volont\u00e9 de faire de la tech for good et de l\u2019IA \u00e9thique compense ces craintes ? J\u2019en doute.<\/p>\n<p>Les pays leaders des deep techs ont un meilleur \u00e9quilibre entre leur culture d\u2019entreprise, leur confiance dans les technologies et une vision plus positive de l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Ces \u00e9cueils doivent-ils nous faire broyer du noir ? Non. Nombre de deep-techs savent les contourner. et s\u2019affranchir des contraintes qui s\u00e9vissent en France. Nous avons bien des Inside Secure, Talend, Sequans, Ledger, Algolia, Dataiku, Navya, Eligo Bioscience, Snips, Prophesee, Diabeloop et autres DNA Script qui se d\u00e9veloppent, le plus souvent en s\u2019orientant rapidement \u00e0 l\u2019international.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En janvier 2015, Bpifrance avait lanc\u00e9 une op\u00e9ration de promotion des innovations de services, notamment dans son Guide des Innovations Nouvelle G\u00e9n\u00e9ration. On \u00e9tait en pleine vague du concept d\u2019uberisation. Depuis, aucune nouvelle startup fran\u00e7aise ne semble avoir perc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale pour uberiser ou interm\u00e9dier quoi que ce soit. Nous avons toujours l\u2019embl\u00e9matique Blablacar [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[11,2659,14,3057,10,5,36],"tags":[3199,2126,3198,2418,3200,3201,2464,2981],"class_list":["post-17127","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-france","category-intelligence-artificielle","category-marketing","category-quantique","category-startups","category-technologie","category-usa","tag-biotech","tag-bpifrance","tag-deep-techs","tag-hello-tomorrow","tag-medtech","tag-satt","tag-startups","tag-xavier-duportet"],"views":21664,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17127"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17127\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}