{"id":13069,"date":"2016-07-25T14:03:54","date_gmt":"2016-07-25T12:03:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/?p=13069"},"modified":"2016-09-07T11:48:39","modified_gmt":"2016-09-07T09:48:39","slug":"etat-strategie-industrielle-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-3\/","title":{"rendered":"L&#8217;Etat peut-il encore avoir une strat\u00e9gie industrielle ? &#8211; 3"},"content":{"rendered":"<p>Dans les <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-1\/\">deux premiers articles<\/a> de cette s\u00e9rie, nous avons pu faire un tour circonstanci\u00e9 des cinq derni\u00e8res d\u00e9cennies d\u2019action de l\u2019Etat en mati\u00e8re de strat\u00e9gie industrielle. Il n\u2019est certes pas bien glorieux dans l\u2019ensemble. Tandis que dans le num\u00e9rique, la majorit\u00e9 des initiatives ont \u00e9chou\u00e9, quelques p\u00e9pites int\u00e9ressantes ont cependant pu \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9es dans d\u2019autres domaines comme dans l\u2019industrie a\u00e9rospatiale.<\/p>\n<p>Faut-il jeter pour autant le b\u00e9b\u00e9 de l\u2019Etat avec l\u2019eau du bain de ses plans industriels ? Non, trois fois non car le r\u00f4le de l\u2019Etat reste indispensable pour d\u00e9velopper la comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle. Il mutualise de nombreux efforts transversaux comme dans l\u2019\u00e9ducation. Il peut adopter une approche long terme que peu d\u2019agents politiques et \u00e9conomiques sont \u00e0 m\u00eame de fournir, notamment dans le financement de la recherche fondamentale. Il y prend bien plus de risques que n\u2019importe quel investisseur priv\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Etat doit \u00e0 la fois jouer ce r\u00f4le long terme dans l\u2019amont incertain et diffus de l\u2019enseignement et la recherche de l\u2019innovation et cr\u00e9er ensuite les conditions de l\u2019\u00e9mergence d\u2019innovations, surtout entrepreneuriales et s\u2019assurer que la r\u00e9glementation permet aux innovateurs de s\u2019\u00e9panouir. L\u2019Etat peut-\u00eatre aussi acheteur et influencer l\u2019offre et acc\u00e9l\u00e9rer son acc\u00e8s au march\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Etat est aussi un syst\u00e8me de poup\u00e9es russes qui va des \u00e9chelons locaux aux syst\u00e8mes supra-nationaux, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Union Europ\u00e9enne, de l\u2019ONU et de ses d\u00e9pendances ou des organismes de standardisation nationaux et internationaux. Dans la collaboration inter-Etat et la diplomatie, l\u2019Etat joue ainsi un r\u00f4le cl\u00e9 pour promouvoir le pays \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, y compris ses entreprises de toutes tailles. Chaque voyage pr\u00e9sidentiel avec sa cohorte de chefs d\u2019entreprises invit\u00e9s est l\u00e0 pour le rappeler.<\/p>\n<p>Il est en ce moment de bon ton de vouloir tout remettre en cause, de la notion m\u00eame d\u2019Etat au fonctionnement de la d\u00e9mocratie. De vouloir en changer le fonctionnement en revisitant l\u2019\u00e9quilibre entre l\u2019actuelle d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, et une d\u00e9mocratie participative voire directe, qui remettrait le pouvoir dans les mains du peuple. Comme si les hommes pouvaient par miracle s\u2019organiser sans hi\u00e9rarchies et \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle. Comme si les citoyens pouvaient devenir des multi-sp\u00e9cialistes de toutes les questions du monde. Comme si tous les citoyens pouvaient s\u2019extraire de leur condition et adopter une vision globale et long terme du monde. Les strat\u00e9gies industrielles font partie de ces sujets qui justifient en tout cas l\u2019existence de corps interm\u00e9diaires, malgr\u00e9 leurs travers connus.<\/p>\n<p>L\u2019Etat n\u2019est pas une personne physique. On ne peut pas m\u00eame l\u2019assimiler \u00e0 son Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. C\u2019est un ensemble h\u00e9t\u00e9roclite qui g\u00e8re les affaires de la Nation avec un ex\u00e9cutif, un corps l\u00e9gislatif, des administrations, des hauts-fonctionnaires, des services et \u00e9tablissements publics, des autorit\u00e9s de r\u00e9gulation et enfin, des individualit\u00e9s \u00e0 chacun de ces niveaux \u00e0 m\u00eame d\u2019exercer une forme de leadership ou d\u2019influence. On y range les \u201cexperts\u201d. On appelle avec d\u00e9dain tous ces niveaux de d\u00e9cision ou d\u2019influence \u201cles \u00e9lites\u201d quand on n\u2019en fait pas partie ou lorsque l\u2019on ne se sent pas assez \u00e9cout\u00e9.<\/p>\n<p>Ces \u00e9lites, facilement mises dans le m\u00eame sac, sont d\u00e9nonc\u00e9es pour au choix leur immobilisme, l\u2019entre-soi, leur incomp\u00e9tence crasse ou leur incapacit\u00e9 \u00e0 se remettre en cause. Ces \u00e9lites sont pourtant loin d\u2019\u00eatre uniformes et coordonn\u00e9es comme le laisse \u00e0 penser la vulgate populiste. En mati\u00e8re de strat\u00e9gie industrielle, aucun membre de cette soi-disant \u00e9lite ne semble d\u2019ailleurs en phase avec les choix en cours. Et pour cause puisque chacun a tendance \u00e0 d\u00e9fendre sa cr\u00e8merie et \u00e0 penser avoir raison contre les autres ! Nous essaierons d\u2019analyser ce qui cloche dans les \u00e9lites et comment elles pourraient s\u2019am\u00e9liorer.<\/p>\n<p><strong>La France des rattrapages industriels<\/strong><\/p>\n<p>La France est une habitu\u00e9e des rattrapages dans les r\u00e9volutions industrielles. Depuis le 18i\u00e8me si\u00e8cle, elle a presque syst\u00e9matiquement du combler un retard par rapport au Royaume-Uni ou \u00e0 l\u2019Allemagne puis aux USA et enfin, face \u00e0 l\u2019Asie moderne. La France a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte tr\u00e8s souvent un pays du \u201cme-too\u201d dans l\u2019industrie.<\/p>\n<p>Le Royaume-Uni a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la pointe de la premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle entre le 18e et le 19e si\u00e8cle en se lan\u00e7ant coup sur coup dans les r\u00e9volutions du textile, du charbon, de l\u2019acier et du chemin de fer. Il \u00e9tait favoris\u00e9 par ses ressources en charbon qui ont permis l\u2019\u00e9mergence d\u2019une sid\u00e9rurgie forte. La France n\u2019avait pas le m\u00eame niveau de ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, les houill\u00e8res de l\u2019Est et du Nord ayant un rendement bien moindre et leur charbon plus rare et co\u00fbteux \u00e0 extraire. L\u2019industrie sid\u00e9rurgique fran\u00e7aise en a longtemps p\u00e2ti, d\u00e8s le d\u00e9but du 19e si\u00e8cle. Pendant le 19e et les d\u00e9buts du 20e si\u00e8cle, la production de charbon et d\u2019acier fran\u00e7ais ont toujours \u00e9t\u00e9 en retrait par rapport au Royaume-Uni puis \u00e0 l\u2019Allemagne.<\/p>\n<p>A chaque r\u00e9volution technologique majeure, la France \u00e9tait en position de suiveuse. Elle s\u2019est lanc\u00e9e dans la production textile de masse, mais en d\u00e9pendant fortement des machines provenant du Royaume-Uni. La France en produisait peu et quand elle le faisait, c\u2019\u00e9tait sous licence de technologies anglaises. Les entrepreneurs fran\u00e7ais investissaient m\u00eame assez souvent de mani\u00e8re contra-cyclique. Ils se retrouvaient \u00e0 produire des textiles en trop grande quantit\u00e9 et pas au meilleur prix, au milieu du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>L\u2019agriculture a \u00e9t\u00e9 elle aussi en retard dans sa modernisation. Celle-ci passait par la g\u00e9n\u00e9ration de plus grandes \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et par la m\u00e9canisation. Les remembrements agricoles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s tardivement et timidement, au sortir de la seconde guerre mondiale. Les \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle y ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9es \u00e0 reculons, on le voit encore avec l\u2019affaire de la ferme aux 1000 vaches qui d\u00e9fraie la chronique depuis quelques ann\u00e9es. Et ne parlons pas des OGM qui constituent un progr\u00e8s technologique r\u00e9el \u2013 certes avec quelques risques \u00e0 \u00e9valuer et g\u00e9rer &#8211; mais totalement ostracis\u00e9s en France.<\/p>\n<p>Selon les autres pays europ\u00e9ens, la PAC a permis \u00e0 une agriculture fran\u00e7aise faiblement comp\u00e9titive de rester \u201chors de l\u2018eau\u201d. Ici comme dans de nombreuses industries, la France a souvent eu de grandes difficult\u00e9s \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle favorables comp\u00e9titivement face aux autres pays. Les d\u00e9localisations en Asie d\u2019une bonne part des industries manufacturi\u00e8res n\u2019ont \u00e9t\u00e9 que la fin d\u2019un long cycle de ce point de vue-l\u00e0. La France a \u00e9t\u00e9 un peu plus affect\u00e9e par ce ph\u00e9nom\u00e8ne que bon nombre de pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Au 20e si\u00e8cle, la France a \u00e9t\u00e9 aussi nettement en retard dans l&#8217;adoption de la radio, de la t\u00e9l\u00e9vision puis du t\u00e9l\u00e9phone (cf <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2011\/retard-qui-ne-date-pas-d-hier-1\/\">Un retard qui ne date pas d&#8217;hier<\/a> en deux parties, datant de 2011).\u00a0Encore aujourd\u2019hui, de nombreux indicateurs placent la France dans le peloton de queue de la soci\u00e9t\u00e9 num\u00e9rique. Ci-dessous, un indicateur de la Commission Europ\u00e9enne relay\u00e9 par France Strat\u00e9gie dans sa note <a href=\"http:\/\/www.strategie.gouv.fr\/sites\/strategie.gouv.fr\/files\/atoms\/files\/17-27-revolution-numerique-web.pdf\">Tirer parti de la r\u00e9volution num\u00e9rique<\/a> de mars 2016. Il met en \u00e9vidence une position de la France au milieu des pays du sud de l\u2019Europe. La <a href=\"https:\/\/ec.europa.eu\/digital-single-market\/scoreboard\/france\">raison principale<\/a> ? Un retard dans le d\u00e9ploiement du tr\u00e8s haut d\u00e9bit, des services publics pas assez num\u00e9ris\u00e9s et de l\u2019open data publique pas encore assez d\u00e9ploy\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce retard existe aussi depuis 20 ans dans la num\u00e9risation des PME, comme l&#8217;a rappel\u00e9 le CNNum avec son <a href=\"http:\/\/www.usine-digitale.fr\/article\/le-cnnum-veut-numeriser-les-pme-en-leur-promettant-du-chiffre-d-affaires.N403817\">pr\u00e9-plan en 5 mesures<\/a> pr\u00e9sent\u00e9 au gouvernement le 27 juillet 2016. Un plan qui se situe dans la lign\u00e9e de nombreux plans\u00a0du m\u00eame genre invent\u00e9s ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies qui avaient tous un volet PME (plans Besson en 2008 et 2011, plan Lemoine en 2014, etc). En mars 2013, Google avait m\u00eame lanc\u00e9\u00a0un plan pour former 100 000 entreprises au num\u00e9rique. On aimerait d&#8217;ailleurs bien en r\u00e9cup\u00e9rer les r\u00e9sultats\u00a0!<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Pays-du-sud-Europe-et-numerique.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; margin: 10px 0px 10px 10px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Pays du sud Europe et numerique\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Pays-du-sud-Europe-et-numerique_thumb.jpg\" alt=\"Pays du sud Europe et numerique\" width=\"631\" height=\"276\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>La lecture d\u2019ouvrages sur l\u2019histoire de l\u2019industrie fran\u00e7aise est \u00e9difiante. On peut ainsi y d\u00e9couvrir que les plaintes et complaintes d\u2019aujourd\u2019hui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en vigueur il y a 150 ans. Comme si l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e9tait. Il en va ainsi du manque de capital pour financer les aventures entrepreneuriales les plus prometteuses.<\/p>\n<div class='pfimgcont' id = 'pfimg-pfs1' style='background-color:transparent;border-color:transparent;'><div class=\"flowimgcont\" style=\"margin-left:3px;margin-right:3px;text-align:left;;\"><div class=\"flowimgone imgdescm flownoborder\" style=\"width:450px;height:300px;line-height:0;\"><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/photos\/?g=2016&amp;a=USI%20Jun2016&amp;o=Louis%20Pouzin%20%282%29.jpg&amp;dm=on\" target='_blank'><img decoding=\"async\" class='flowimg' src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-albums\/2016\/USI%20Jun2016\/Louis%20Pouzin%20%282%29.jpg?ts=1465500286\" style=\"width:450px;height:300px;margin-top:0px !important;line-height:0;\" alt='flow'  ><\/a><\/div><br><div   style=\"width: 450px;margin-bottom:14px;\"  class=\"flowimgt imgdescm\" ><div class='imgdescs flowdesc' title=\"Louis Pouzin est l&#039;inventeur du datagramme, une technique de commutation de donn&eacute;es par paquets utilis&eacute;e dans TCP\/IP. Ici, intervenant &agrave; la conf&eacute;rence USI d&#039;Octo Technology en juin 2016 &agrave; Paris.\">Louis Pouzin est l'inventeur du datagramme, une technique de commutation de donn\u00e9es par paquets utilis\u00e9e dans TCP\/IP. Ici, intervenant \u00e0 la conf\u00e9rence USI d'Octo Technology en juin 2016 \u00e0 Paris.<\/div><div class='detaileddesc imgdescd'><\/div><\/div><\/div><\/div><script>$(document).ready( function() { pfnavw.pfslug = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-albums\";pfnavw.pfslugc = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-cache\";pfnavw.st = \"\";pfnavw.pfplug = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/photos\/\";pfnavw.nbrimg['pfs1'] = 2;pfnavw.istouch = false;pfnavw.issmart = false;pfnavw.imgcont['pfs1'] = 'flowimgcont';pfnavw.isadmin = 0;pfnavw.pfpluginurl  = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/plugins\/photo-folders\/\";$('.pftexthi').css('color', '#2580a2');});<\/script>\n<p>On se plaint aussi r\u00e9guli\u00e8rement en \u00e9voquant nos inventeurs incompris comme <strong>Louis Pouzin<\/strong>, le cr\u00e9ateur du datagramme, pr\u00e9curseur de la technologie TCP\/IP qui motorise le r\u00e9seau d\u2019Internet. Et une grande injustice per\u00e7ue : malgr\u00e9 les avanc\u00e9es du Minitel lanc\u00e9 en 1981, la France n\u2019a pas tir\u00e9 les fruits de l\u2019Internet comme l\u2019ont fait les am\u00e9ricains qui en sont \u00e0 l\u2019origine. En cause ? Nos \u00e9lites de l\u2019\u00e9poque (les X-Telecom de la DGT puis de France Telecom) qui n\u2019auraient rien compris \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019Internet et y r\u00e9sist\u00e8rent y compris dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Fardier-de-Cugnot.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; margin: 10px 0px 10px 10px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Fardier de Cugnot\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Fardier-de-Cugnot_thumb.jpg\" alt=\"Fardier de Cugnot\" width=\"458\" height=\"254\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Mais <strong>Louis Pouzin <\/strong>a quelques fameux homologues dans l\u2019histoire de l\u2019industrie fran\u00e7aise : <strong>Nicolas Joseph Cugnot <\/strong>avec son fameux fardier (1770), pr\u00e9curseur des machines \u00e0 vapeur mobiles ainsi que les fr\u00e8res <strong>Montgolfier <\/strong>avec leurs ballons (1783). Les deux ont eu l\u2019inconv\u00e9nient de produire leurs inventions juste avant la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et la p\u00e9riode napol\u00e9onienne qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 favorables \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019industries, surtout exportatrices.<\/p>\n<p>Ont suivi\u00a0 <strong>Nic\u00e9phore Ni\u00e9pce <\/strong>(1827) et <strong>Louis Daguerre <\/strong>(1937) et l\u2019invention de la photo, <strong>Auguste <\/strong>et <strong>Louis Lumi\u00e8re <\/strong>avec celle de la photo instantan\u00e9e et le perfectionnement de la projection cin\u00e9matographique, invent\u00e9e \u00e0 l\u2019origine par Thomas Edison aux USA, <strong>Gustave Eiffel <\/strong>et ses constructions m\u00e9talliques (1858-1891) et <strong>Eug\u00e8ne Freyssinet <\/strong>(1928) et son b\u00e9ton pr\u00e9contraint. Aucun de ces inventeurs n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine d\u2019un p\u00f4le industriel digne de ce nom. Et avant 1945, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Jean-Michel Billaut, la France n\u2019avait pas encore invent\u00e9 l\u2019ENA donc nos malheureux \u00e9narques n\u2019y \u00e9taient pour rien !<\/p>\n<p>Nous avons aussi vu dans le premier article de cette s\u00e9rie que la France \u00e9tait aussi \u00e0 la pointe de la g\u00e9nomique et du s\u00e9quen\u00e7age de l\u2019ADN jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 pour presque tout laisser tomber apr\u00e8s, alors que le march\u00e9 prenait forme et que les industriels \u00e9mergeaient dans le secteur. Nos efforts portaient sur la recherche et ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s aux d\u00e9buts de l\u2019industrialisation. Le \u201ctime to market\u201d semble \u00eatre une donn\u00e9e difficile \u00e0 appr\u00e9cier chez nous : nous arrivons ou trop t\u00f4t ou trop tard !<\/p>\n<p>Pour ces r\u00e9volutions industrielles cl\u00e9s, la France a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des inventeurs brillants mais pas suffisamment d\u2019industriels ambitieux. Les am\u00e9ricains ont eu notamment <strong>Thomas Edison <\/strong>(Edison Company, l\u2019anc\u00eatre de l\u2019actuel General Electric) et <strong>Georges Eastman <\/strong>(Kodak en 1885). Mais la grande majorit\u00e9 des entrepreneurs am\u00e9ricains des 19e et 20e si\u00e8cles n\u2019\u00e9taient pas des inventeurs, tels <strong>Leland Stanford <\/strong>(rail), <strong>Andrew Carnegie <\/strong>(acier), <strong>Henri Ford <\/strong>(automobile)<strong>, Nelson Rockefeller <\/strong>(p\u00e9trole). Heureusement, la France a tout de m\u00eame eu ses grands entrepreneurs industriels comme les <strong>Schneider<\/strong>, <strong>Wendel<\/strong>, <strong>Michelin<\/strong> et autres <strong>Peugeot<\/strong>.<\/p>\n<p>Nous avons une situation scientifique similaire dans le num\u00e9rique. La France a une tradition scientifique solide avec de tr\u00e8s grands math\u00e9maticiens (<strong>Descartes<\/strong>, <strong>Fermat<\/strong>, <strong>Fourier<\/strong>, <strong>Cauchy<\/strong>, <strong>Lagrange<\/strong>, <strong>Laplace<\/strong>, <strong>Lebesgue<\/strong>, <strong>Legendre<\/strong>, <strong>Mandelbrot<\/strong>, <strong>Monge<\/strong>, <strong>Poincar\u00e9<\/strong>, <strong>Poisson<\/strong>, <strong>Schwartz<\/strong>\u2026), des physiciens (<strong>Amp\u00e8re<\/strong>, <strong>Marie et Pierre Curie<\/strong>, <strong>Charpak<\/strong>, <strong>Coulomb<\/strong>, <strong>De Broglie<\/strong>, <strong>De Gennes<\/strong>, <strong>Becquerel<\/strong>, <strong>Carnot<\/strong>, <strong>Haroche<\/strong>, <strong>Fert<\/strong>) et nombre d\u2019inventeurs. On a beau avoir tous ces math\u00e9maticiens et sp\u00e9cialistes de la s\u00e9curit\u00e9 informatique, le pays n\u2019a pas pour autant de leader mondial de la s\u00e9curit\u00e9 informatique, tels que <strong>Symantec <\/strong>ou <strong>Checkpoint<\/strong>.<\/p>\n<p>Le diagnostic est relativement ais\u00e9 : les sciences et les inventions ne se traduisent pas automatiquement en innovations ! Ces derni\u00e8res sont l\u2019aboutissement d\u2019un processus entrepreneurial incertain d\u00e9pendant de facteurs aussi bien mat\u00e9riels (\u00e9nergie, capital) que culturels (la relation \u00e0 l\u2019argent et au succ\u00e8s, l\u2019\u00e9ducation). L\u2019\u00e9troitesse de son march\u00e9 int\u00e9rieur, handicap\u00e9 \u00e0 la fois par sa taille et par ses retards chroniques \u00e0 l\u2019allumage, n\u2019aident pas non plus.<\/p>\n<p>L\u00e0-dessus s\u2019est install\u00e9 un Etat Colbertien et Jacobin dans un pays qui vit encore sous le Roi Soleil et attend tout de l\u2019Etat. Depuis au moins Richelieu, l\u2019Etat est un grand initiateur de projets industriels. Sous ce dernier \u00e9taient lanc\u00e9s les chantiers navals et les industries avales, notamment les corderies et les fonderies de canons.<\/p>\n<p>Dans la vulgate politique, il est de bon ton de mettre en avant nos atouts. La France et ses talents, ses ing\u00e9nieurs, ses math\u00e9maticiens, ses cr\u00e9atifs, ses grandes entreprises et son \u00e9cosyst\u00e8me de startups en plein d\u00e9veloppement. Mais cr\u00e9er une strat\u00e9gie digne de ce nom n\u00e9cessite de bien se connaitre, tant au niveau de ses forces que de ses faiblesses et sans se laisser porter par un amour propre d\u00e9plac\u00e9.<\/p>\n<p>Quelles sont nos v\u00e9ritables forces culturelles ? Un sens de la critique et du d\u00e9tail, une tradition scientifique et th\u00e9orique pouss\u00e9e, et pas seulement dans les math\u00e9matiques. La capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes tr\u00e8s complexes que l\u2019on retrouve dans le r\u00f4le de locomotive europ\u00e9enne dans la capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer de grands projets complexes, qui est la fois une force et une faiblesse. M\u00eame si ce r\u00f4le est largement partag\u00e9 avec l\u2019Allemagne. Nous avons aussi la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/p>\n<p>Notre grande diversit\u00e9 territoriale et historique font du pays une belle plateforme touristique mais toujours sous-exploit\u00e9e faute de professionnalisme et de sens de la qualit\u00e9, sans parler du manque de num\u00e9risation de l\u2019offre. Nous avons aussi de grands groupes mondiaux de taille respectable. C\u2019est le pays du bon vivre et de la qualit\u00e9 de la vie. La protection sociale y reste l\u2019une des meilleures du monde.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation est presque gratuite, notamment dans les \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieur. On l\u2019oublie, mais c\u2019est une force pour attirer les jeunes, si on sait les motiver. Les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s fran\u00e7ais sont peu endett\u00e9s en comparaison de leurs homologues pass\u00e9s par les universit\u00e9s am\u00e9ricaines. Ils cumulent plus d\u2019un trillion de dollars de dettes. Cette dette explique indirectement le co\u00fbt exorbitant de la sant\u00e9 aux USA. Mais n\u2019oublions pas que ce qui fait notre force n\u2019est pas unique pris isol\u00e9ment. Par exemple, on trouve d\u2019excellents scientifiques et ing\u00e9nieurs dans presque tous les pays du monde.<\/p>\n<p>Et nos v\u00e9ritables faiblesses ? Le pays est profond\u00e9ment conservateur, qu\u2019il soit de gauche ou de droite. Une structure fig\u00e9e des \u00e9lites avec des corporatismes lourds autant du c\u00f4t\u00e9 des salari\u00e9s que des patrons. Le patronat n\u2019est pas encore assez modernis\u00e9. Les chercheurs sont mal financ\u00e9s, pay\u00e9s et sont d\u00e9motiv\u00e9s. Les meilleurs ont tendance \u00e0 s\u2019expatrier. Et l\u2019\u00e9ducation va \u00e0 vaux l\u2019eau dans son ensemble.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 administrative p\u00e8se aussi lourd dans \u201cl\u2019imp\u00f4t temps\u201d auquel sont soumis les entrepreneurs qu\u2019au niveau des charges sociales et fiscales. S\u2019y ajoutent selon France Strat\u00e9gie dans son excellente note <a href=\"http:\/\/www.strategie.gouv.fr\/sites\/strategie.gouv.fr\/files\/atoms\/files\/17-27-competitivite-que-reste-t-il-a-faire.pdf\">Comp\u00e9titivit\u00e9 : que reste-t-il \u00e0 faire ?<\/a> de mars 2016 : \u201c<em>un d\u00e9ficit de comp\u00e9tences dans la population active, des d\u00e9ficiences du management des entreprises, la trop faible diffusion du num\u00e9rique au sein du tissu productif, la complexit\u00e9 d\u2019un cadre r\u00e8glementaire insuffisamment propice au d\u00e9veloppement des jeunes entreprises innovantes<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Le principe de pr\u00e9caution inscrit \u00e0 la fois dans la Constitution et dans les esprits bloque l\u2019innovation. L\u2019ascenseur social est en panne et manque bons <em>role models<\/em>. Les entreprises de toutes tailles sont lentes \u00e0 mener leur transformation num\u00e9rique qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019outillage ou de l\u2019esprit. La d\u00e9mographie est faible du c\u00f4t\u00e9 des ETI. Le pays est industriellement, territorialement et politiquement trop fragment\u00e9. C\u2019est aussi vrai de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche. On voit donc trop petit. On pense trop services et pas assez produits.<\/p>\n<p>Le populisme exige des solutions simplistes. La r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe et nuanc\u00e9e. Faut-il aussi ne s\u2019int\u00e9resser qu\u2019\u00e0 nos forces et ignorer nos faiblesses comme le veut l\u2019adage ? Pas forc\u00e9ment car en ne nous reposant que sur nos forces, on risque de faire du sur-place. Il reste \u00e0 identifier les facteurs de causalit\u00e9 entre toutes ces dimensions. Est-ce que le probl\u00e8me est traitable en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la culture et \u00e0 l\u2019innovation ? Est-ce juste une question de s\u00e9lection et d\u2019organisation implicite et explicite des \u00e9lites ? Nous verrons qu\u2019il faut s\u2019attaquer \u00e0 tout \u00e0 la fois et dans la dur\u00e9e pour progresser !<\/p>\n<p><strong>Planifier quand tout va tr\u00e8s vite<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Etat avait quelque peu laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 l\u2019industrie entre le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 et celui des ann\u00e9es 2000. A partir de 2004, l\u2019Etat s\u2019est mis en branle, faisant le constat alarmant et constamment renouvel\u00e9 que la France et les pays occidentaux font depuis deux d\u00e9cennies sur la d\u00e9sindustrialisation rampante de leurs \u00e9conomies. Elle d\u00e9truit des emplois moyennement qualifi\u00e9s en quantit\u00e9 sans les remplacer par autant par d\u2019autres emplois. Cette d\u00e9sindustrialisation est la cons\u00e9quence de plusieurs r\u00e9volutions technologiques dont celle des porte-containers et les technologies de l\u2019information et de la communication qui permettent plus facilement qu\u2019avant de faire collaborer \u00e0 grande distance des agents \u00e9conomiques. Ces technologies ont permis de produire moins cher dans les pays \u00e9mergents, la Chine en premier.<\/p>\n<p>Cela peut mener les d\u00e9magogues \u00e0 \u00e9voquer une industrie livr\u00e9e \u00e0 la main invisible de la finance mondiale. Cette finance mondiale aurait m\u00eame soigneusement organis\u00e9 un complot consistant \u00e0 vider la classe moyenne de sa substance pour la plumer au profit d\u2019int\u00e9r\u00eats financiers invisibles, concentrant la richesse dans les mains de classes favoris\u00e9es avides. La r\u00e9alit\u00e9 est plus simple : les agents \u00e9conomiques visent toujours \u00e0 optimiser leur int\u00e9r\u00eat propre, et pas forc\u00e9ment de mani\u00e8re coordonn\u00e9e. Sauf quand les Etats s\u2019en m\u00ealent \u00e0 coup de r\u00e8glementations ou de fiscalit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019Etat cherche en tout \u00e0 r\u00e9industrialiser le pays pour limiter les d\u00e9g\u00e2ts, pris entre le \u201c<em>c\u2019\u00e9tait mieux avant<\/em>\u201d et \u201c<em>ne ratons pas les trains qui passent<\/em>\u201d. Entre l\u2019Asie et les USA, l\u2019Europe est un peu perdue. Doit-elle se focaliser sur les hautes technologies sachant que le niveau augmente de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 en Asie ? Doit-elle lever des barri\u00e8res protectionnistes ? Jouer sur les d\u00e9valuations comp\u00e9titives, donc sortir de l\u2019Euro pour la France ? Des solutions exp\u00e9ditives, hasardeuses et qui ne sont pas \u00e0 l\u2019ordre du jour, sauf revirement politique.<\/p>\n<p>L\u2019Etat d\u2019aujourd\u2019hui ne peut plus lancer de plans industriels comme il y a cinquante ans. Son r\u00f4le est de cr\u00e9er les conditions favorables \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019innovation et de transformations industrielles \u00e0 m\u00eame de rendre le pays comp\u00e9titif. Il doit jouer de mani\u00e8re indirecte sur les facteurs qu\u2019il contr\u00f4le le mieux : les lois, la r\u00e9gulation, la fiscalit\u00e9, l\u2019enseignement et le financement de la recherche ainsi que la diplomatie. Il peut \u00e9ventuellement jouer le r\u00f4le d\u2019acheteur, mais de mani\u00e8re bien plus limit\u00e9e que pendant les trente glorieuses. Cependant, il peut le faire dans le domaine du num\u00e9rique o\u00f9 il y a fort \u00e0 faire, m\u00eame si cela n\u2019a que peu d\u2019impact sur la comp\u00e9titivit\u00e9 des industries \u201cmat\u00e9rielles\u201d. En quelque sorte, l\u2019Etat doit cr\u00e9er des <strong>plans \u201cm\u00e9ta-industriels\u201d<\/strong>.<\/p>\n<p>Quand l\u2019Etat se met \u00e0 micro-manager les orientations industrielles, il apparait souvent \u00e0 la fois perdu et en retard. C\u2019est le cas lorsque s\u2019amonc\u00e8lent les tendances en tout genre. Rien que dans le num\u00e9rique, on peut y perdre son latin avec le machine learning, l\u2019Internet des objets, le big data, le cloud computing, le paiement mobile, les applications des Blockchains, l\u2019\u00e9conomie collaborative ou toute autre forme de d\u00e9sinterm\u00e9diation. Comment faire des choix ? Aujourd\u2019hui, l\u2019Etat n\u2019en fait pas et saupoudre son action. L\u00e0 o\u00f9 il peut encore \u00eatre interventionniste, il doit probablement se focaliser plus sur un nombre limit\u00e9 de paris o\u00f9 le pays peut faire la diff\u00e9rence. Faire du me-too n\u2019est pas une strat\u00e9gie industrielle sauf lorsque l\u2019on peut \u00eatre comp\u00e9titif c\u00f4t\u00e9 couts, ce qui n\u2019est pas dans nos cordes. La dimension temporelle est critique : les nouveaux march\u00e9s, notamment ceux qui sont les plus technologiques, se pr\u00e9emptent dans une course contre la montre. Une course qui revient souvent \u00e0 \u00eatre les premiers \u00e0 cr\u00e9er des plateformes technologiques et les \u00e9cosyst\u00e8mes qui vont avec.<\/p>\n<p>Dans ses plans industriels, L\u2019Etat doit aussi tenir compte de grandes r\u00e9volutions en cours dont la port\u00e9e n\u2019est pas \u00e9vidente \u00e0 appr\u00e9hender :<\/p>\n<ul>\n<li>Comprendre que les <strong>m\u00e9canismes de l\u2019innovation <\/strong>ne sont pas les m\u00eames dans tous les secteurs d\u2019activit\u00e9.<strong>\u00a0<\/strong>Peu de secteurs industriels pr\u00e9sentent les m\u00eames \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle et rendements croissants que dans le num\u00e9rique et dans les biotechs. Il est moins \u00e9vident d\u2019y b\u00e2tir des organisations exponentielles telles que promues par Salim Ismail. Ils ne peuvent pas tous se d\u00e9velopper via les m\u00e9canismes qui ont cours dans le num\u00e9rique grand public avec des pivots \u00e0 tout bout de champs et des boucles de feedback courtes et quasi temps-r\u00e9el avec les utilisateurs. Cela a des cons\u00e9quences sur le renouv\u00e8lement du tissu industriel et sur les modes de financement. Les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires et l\u2019emploi g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ne sont pas les m\u00eames. L\u2019industrie est plus \u201cinclusive\u201d que le num\u00e9rique dans la pratique. Par contre, le num\u00e9rique joue un grand r\u00f4le dans la comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle et \u00e0 plusieurs niveaux : dans les phases (num\u00e9riques) de la conception, dans l\u2019int\u00e9gration du num\u00e9rique dans la valeur ajout\u00e9e \u2013 comme avec les capteurs et le big data \u2013 puis dans la vente, le marketing et la relation client, et enfin, quand c\u2019est possible, dans la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes mat\u00e9riels et immat\u00e9riels autour des offres, transform\u00e9es ainsi en plate-formes. En quelque sorte, il faut non pas rejeter le fordisme, mais inventer un nouveau fordisme num\u00e9rique !<\/li>\n<li>La migration de valeur en cours <strong>des produits vers les services <\/strong>dans les modes de consommation. C\u2019est une tendance \u00e9vidente lorsque les produits se d\u00e9mat\u00e9rialisent, surtout dans les contenus. Cette migration pourrait \u00eatre l\u2019une des plus importances cons\u00e9quences de la migration progressive des v\u00e9hicules vers la conduite automatique. C\u2019est l\u2019une des raisons du r\u00f4le cl\u00e9 des plateformes d\u2019interm\u00e9diation num\u00e9riques, associ\u00e9es au ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019Uberisation et qui se retrouvent dans un nombre de secteurs de plus en plus grand. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est amplifi\u00e9 par l\u2019\u00e9conomie du partage qui am\u00e9liorer l\u2019usage des ressources mat\u00e9riels (logements, v\u00e9hicules, infrastructures, outillage). Il g\u00e9n\u00e8re une d\u00e9mon\u00e9tisation de nombreux biens, services et du travail, entrain\u00e9e aussi bien par l\u2019\u00e9conomie collaborative que par des <a href=\"http:\/\/singularityhub.com\/2016\/07\/18\/why-the-cost-of-living-is-poised-to-plummet-in-the-next-20-years\/#.V42AaY2XI4w.facebook\">\u00e9volutions technologiques<\/a> en cours. Elle devrait s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer avec l\u2019\u00e9mergence de solutions d\u2019intelligence artificielle qui auront un impact encore plus grand sur le travail, au gr\u00e9 du remplacement des salari\u00e9s par des robots m\u00e9caniques et\/ou logiciels. Mais l\u2019impact de l\u2019automatisation d\u00e9pend des m\u00e9tiers et des \u00e9volutions qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 subies ces derni\u00e8res d\u00e9cennies comme l\u2019analyse tr\u00e8s bien <a href=\"http:\/\/www.strategie.gouv.fr\/publications\/leffet-de-lautomatisation-lemploi-quon-sait-quon-ignore\">L\u2019effet de l\u2019automatisation sur l\u2019emploi : ce qu\u2019on sait et ce qu\u2019on ignore<\/a> de France Strat\u00e9gie. Dans l\u2019industrie, est-ce finalement la fin du Fordisme ou sa prolongation par d\u2019autres moyens ? <!--EndFragment--><\/li>\n<li>La grande qu\u00eate des <strong>\u00e9nergies renouvelables<\/strong>, le besoin de traiter leur intermittence et de trouver des moyens de stockage denses et efficaces des \u00e9nergies et aussi de distribution alors que sa production se d\u00e9centralise partiellement. Les enjeux scientifiques, technologiques et entrepreneuriaux restent tr\u00e8s entiers et ouverts !<\/li>\n<li>La compr\u00e9hension de l\u2019\u00e9volution des <strong>march\u00e9s g\u00e9ographiques cibles <\/strong>: les pays \u00e9mergents, les relations avec la Chine, le Graal du d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. Avec quels march\u00e9s \u00e9tablir des trait\u00e9s de libre \u00e9change ? Comment exporter ce que l\u2019on peut et ne pas trop importer ? Quels accords de transferts technologiques accepter pour favoriser nos exportations sans devenir les dindons de la farce ? Quels sont nos rapports de force de ce point de vue-l\u00e0 avec les pays concurrents ?<\/li>\n<li>L\u2019\u00e9valuation de la <strong>capacit\u00e9 des grandes entreprises \u00e0 se transformer<\/strong>. Certes, elles se lancent toutes dans des processus d\u2019innovation ouverte et, dans la pratique, d\u00e9sinvestissent discr\u00e8tement dans leur R&amp;D interne. Elles ne sont pas plus \u00e0 m\u00eame qu\u2019avant de g\u00e9n\u00e9rer des innovations de rupture dans leur industrie. Comment pr\u00e9server cette capacit\u00e9 \u00e0 se renouveler ? L\u2019Etat s\u2019y int\u00e9resse en supportant notamment l\u2019<a href=\"http:\/\/proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr\/pub\/document\/18\/21156.pdf\">Alliance de l\u2019Innovation Ouverte<\/a> dont le second forum avait lieu pendant Viva Technology en juin 2016. Mais c\u2019est laborieux. Ce n\u2019est pas en affichant quelques startups plus ou moins aid\u00e9es que l\u2019on se transforme radicalement de l\u2019int\u00e9rieur.<\/li>\n<li>Prendre en compte les besoins en <strong>comp\u00e9tences \u00e0 se r\u00e9approprier<\/strong>. La globalisation du sourcing technologique g\u00e9n\u00e8re de nouvelles exigences. Les ing\u00e9nieurs doivent r\u00e9apprendre \u00e0 fabriquer. Le \u201cproduct management\u201d est une discipline \u00e0 mettre au programme des cursus aussi bien c\u00f4t\u00e9 technologiques que business. Il faut dans le m\u00eame temps ne pas chercher \u00e0 p\u00e9naliser les entreprises \u201cfabless\u201d qui ne font que s\u2019adapter aux exigences de co\u00fbt de leur march\u00e9.<\/li>\n<li>Se poser la question de la <strong>notion m\u00eame de croissance<\/strong>. Doit-on chercher \u00e0 tout prix cette croissance ? Apprendre \u00e0 vivre dans un <a href=\"http:\/\/wiki.iconomie.org\/wiki\/D%27un_monde_%C3%A0_l%27autre\">monde plus frugal<\/a> ? Ne doit-on pas plut\u00f4t chercher \u00e0 optimiser le bonheur d\u2019un peuple ? A quoi ressemble ce bonheur ? Comment rendre les fran\u00e7ais plus heureux et plus optimistes ? Quel est le r\u00f4le de la cr\u00e9ativit\u00e9 dans le bonheur ?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une strat\u00e9gie commence par une vision partag\u00e9e du futur. L\u2019Etat et surtout ses politiques g\u00e9rant le pays \u00e0 vue, on en est malheureusement tr\u00e8s loin. Et ce ne sont pas les populismes \u00e9mergents qui vont am\u00e9liorer cela puisqu\u2019ils ne jouent que sur les angoisses pour contaminer la population.<\/p>\n<p><strong>Les grandes facettes du r\u00f4le de l\u2019Etat strat\u00e8ge industriel<\/strong><\/p>\n<p>Quand aux Universit\u00e9s d\u2019\u00e9t\u00e9 du MEDEF en 2009, on demandait \u00e0 Gary Shapiro, le patron du CES de Las Vegas, ce que les gouvernements devaient faire pour favoriser l\u2019innovation, sa r\u00e9ponse brutale de R\u00e9publicain bon teint \u00e9tait : \u201c<em>Just get out of the way<\/em>\u201d. C\u2019est \u00e9videmment un peu court. M\u00eame aux USA, l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral est tr\u00e8s interventionniste dans son financement de la R&amp;D tout azimut : dans le complexe militaro-industriel \u00e9videmment, qui consomme la moiti\u00e9 des cr\u00e9dits, mais aussi dans les \u00e9nergies renouvelables ou pas, dans la g\u00e9nomique et tout un tas d\u2019autres domaines, notamment li\u00e9s au num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Dans la pratique, m\u00eame sans lancer lui-m\u00eame de projets industriels, le r\u00f4le de l\u2019Etat en mati\u00e8re de strat\u00e9gie industrielle est \u00e0 la fois cl\u00e9 et tr\u00e8s vari\u00e9. On est pass\u00e9 d\u2019un mod\u00e8le d\u2019intervention directe dans le d\u00e9veloppement d\u2019industries cl\u00e9s \u00e0 un mod\u00e8le plus indirect d\u2019influence (<a href=\"https:\/\/fr.scribd.com\/document\/160496540\/L-Etat-stratege-de-la-Renaissance-a-la-troisieme-revolution-industrielle\">source<\/a> : Claude Rochet).<\/p>\n<p>Je vais classifier ce r\u00f4le g\u00e9n\u00e9rique de l\u2019Etat en trois grandes fonctions :<\/p>\n<ul>\n<li>Il <strong>mutualise ce qui rel\u00e8ve du long terme<\/strong> lorsque le secteur priv\u00e9 ne le prend pas naturellement en charge. C\u2019est le r\u00f4le de l\u2019\u00e9ducation, de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche publics. Il finance ou cofinance des infrastructures strat\u00e9giques, dans les transports physiques et immat\u00e9riels, dans le logement voire dans de grands instruments scientifiques, le synchrotron Soleil en r\u00e9gion parisienne en \u00e9tant un exemple (les anglais en ayant un \u00e9quivalent, le\u00a0Diamond Light Source d&#8217;Oxfordshire), tout comme le LHC du CERN \u00e0 Gen\u00e8ve ou ITER \u00e0 Caradache, qui sont des initiatives internationales \u00e0 la port\u00e9e technologique encore plus long terme. Cette mutualisation doit cependant \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 bon escient et sans gaspillage \u00e9conomique. Elle peut \u00eatre supra-nationale.<\/li>\n<li>Il <strong>cr\u00e9\u00e9 les conditions favorables \u00e0 l\u2019entrepreneuriat et l\u2019innovation<\/strong>. Elles sont culturelles, \u00e9thiques, l\u00e9gales, fiscales et financi\u00e8res. La fiscalit\u00e9 doit favoriser l\u2019investissement au d\u00e9triment de la rente. L\u2019Etat peut jouer les r\u00f4les de client et de r\u00e9gulateur qui vont r\u00e9gir la dynamique du march\u00e9 int\u00e9rieur, parfois de mani\u00e8re coercitive comme dans les t\u00e9l\u00e9-d\u00e9clarations pour les entreprises ou dans le contr\u00f4le du syst\u00e8me financier. Il peut aussi f\u00e9d\u00e9rer les diff\u00e9rents agents \u00e9conomiques pour d\u00e9finir des priorit\u00e9s et les cofinancer. Enfin, il fait en sorte que le d\u00e9veloppement industriel profite \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral : il am\u00e9liore les conditions de vie, il profite aux investisseurs, entrepreneurs et salari\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9quitable.<\/li>\n<li>Il <strong>aide les industries \u00e0 exporter <\/strong>via ses fonctions r\u00e9galiennes autant dans la diplomatie que dans le renseignement \u00e9conomique, en plus d\u2019outils de promotion civils plus classiques (Business France, UKTI au Royaume Uni, US Dept of Commerce, etc). La diplomatie technologique est aussi en partie du ressort de l\u2019Etat pour influencer l\u2019\u00e9mergence de certains standards techniques ouverts. Les accords internationaux, notamment en mati\u00e8re de libre \u00e9change, sont n\u00e9goci\u00e9s et sign\u00e9s dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays et de ses industries. En th\u00e9orie.<\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Entrepreneurial-State-Mariana-Mazzucato.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; margin: 10px 0px 10px 10px; display: inline; padding-right: 0px; border-width: 0px;\" title=\"Entrepreneurial State Mariana Mazzucato\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Entrepreneurial-State-Mariana-Mazzucato_thumb.jpg\" alt=\"Entrepreneurial State Mariana Mazzucato\" width=\"165\" height=\"244\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Entrepreneurial-State-Debunking-Public-Private\/dp\/1610396138\/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1469043980&amp;sr=8-1&amp;keywords=The+Entrepreneurial+State\">The Entrepreneurial State<\/a> (2013), Mariana Manzzacuto se bat contre l\u2019id\u00e9e selon laquelle le secteur priv\u00e9 prend des risques et l\u2019Etat est conservateur et lent. Elle montre qu\u2019au contraire, l\u2019Etat \u2013 au moins am\u00e9ricain \u2013 prend bien plus de risques et investit plus sur le long terme que toute entreprise priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle illustre cela en for\u00e7ant le trait du cas d\u2019Apple qui aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la R&amp;D publique am\u00e9ricaine pour cr\u00e9er ses iPhone et iPad. Elle cite une douzaine de technologies : les microprocesseurs, la m\u00e9moire DRAM, les disques durs, les \u00e9crans LCD, les batteries au Lithium, les DSP, l\u2019Internet, HTTP et HTML, les r\u00e9seaux mobiles, le GPS, la roue de navigation (iPod premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration), les \u00e9crans tactiles multi-touch et les interfaces vocales, toutes issues de la recherche am\u00e9ricaine financ\u00e9e par l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral. Elle oublie un point cl\u00e9 : \u00e0 part peut-\u00eatre l\u2019\u00e9cran multi-touch capacitif, toutes ces technologies mises en avant ne sont pas sp\u00e9cifiques aux produits d\u2019Apple. Microsoft, Google, Nokia, Blackberry, Motorola, Samsung et d\u2019autres y avaient aussi acc\u00e8s et n\u2019en ont pas fait le m\u00eame usage. Il y a donc un v\u00e9ritable processus d\u2019innovation diff\u00e9rentiateur en \u0153uvre. Par ailleurs, un grand nombre de ces technologies ont \u00e9t\u00e9 perfectionn\u00e9es hors des USA : les disques durs (celui du premier iPod provenait de Toshiba, et c\u2019est un chercheur fran\u00e7ais \u2013 Albert Fert \u2013 prix Nobel, qui est \u00e0 l\u2019origine de leur perfectionnement), les \u00e9crans tactiles multi-touch (Ta\u00efwanais), les \u00e9crans LCD (japonais ou cor\u00e9ens) et les r\u00e9seaux mobiles (d\u00e9velopp\u00e9s aussi en partie en Europe).<\/p>\n<p>Elle rappelle heureusement que la R&amp;D ne se transforme pas par magie en innovations, ce que l\u2019on sait bien mais n\u2019applique pas assez en pratique. Aux USA, il n\u2019y aurait pas plus de projets de recherche qui se transformeraient directement en startups qu\u2019en Europe. Elle recommande de bien diff\u00e9rentier le r\u00f4le des universit\u00e9s et laboratoires de recherche priv\u00e9e dans la recherche scientifique, des startups dans les d\u00e9veloppements technologiques et des grandes entreprises dans la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle. Sans le savoir, elle jette une pierre dans le lac du Cr\u00e9dit Imp\u00f4t Recherche qui pousse les startups \u00e0 faire de la R&amp;D un peu trop puriste, alors que les risques qu\u2019elles prennent devraient \u00eatre c\u00f4t\u00e9 produit et march\u00e9, et pas du c\u00f4t\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p>S\u2019appuyant sur diverses \u00e9tudes macro-\u00e9conomiques, pas toutes r\u00e9centes, elle montre que la performance \u00e9conomique d\u2019un pays est li\u00e9e au % de son PIB investi en R&amp;D publique et dans la cr\u00e9ation de comp\u00e9tences. Si on l\u2019\u00e9coute bien, il faudrait donc r\u00e9allouer une partie des d\u00e9penses de l\u2019Etat, notamment de redistribution sociale, vers la formation et la recherche.<\/p>\n<p>Elle oublie cependant d\u2019\u00e9voquer un point cl\u00e9 des processus d\u2019innovation : ils partent des probl\u00e8mes et non pas des technologies. Les technologies sont l\u00e0 pour aider \u00e0 la r\u00e9solution de probl\u00e8mes. L\u2019\u00e9tat de l\u2019art technologique et la prospective technologique permettent d\u2019\u00e9tendre le champ des probl\u00e8mes qui peuvent \u00eatre r\u00e9solus par des innovations. Cette logique se comprend bien quand les probl\u00e8mes sont mat\u00e9riels : le fait d\u2019\u00eatre en bonne sant\u00e9, de b\u00e9n\u00e9ficier de transports rapides et fiables, de processus qui ne font pas perdre de temps, d\u2019\u00e9nergies renouvelables qui freinent le r\u00e9chauffement plan\u00e9taire, etc. C\u2019est dans l\u2019\u00e9motionnel que l\u2019approche est plus d\u00e9licate. Quel probl\u00e8me important Pokemon Go r\u00e9sout-il ?<\/p>\n<p>Mariana Manzzacuto met aussi en avant le r\u00f4le dynamisant de la DARPA aux USA. Avec un peu plus de 400 personnes, embauch\u00e9es avec des contrats de type CDD, elle distribue environ $3B de financement de la recherche dans les universit\u00e9s et de d\u00e9veloppements technologiques dans les startups et entreprises \u00e9tablies. Elle finance des projets r\u00e9pondant \u00e0 des besoins pr\u00e9cis, selon des cahiers des charges et avec une mise en concurrence.<\/p>\n<p>Au passage, elle se demande ce que sont devenus les laboratoires Bell Labs et Xerox. Ils existent encore. Mais les Bell Labs appartiennent maintenant aux finlandais de Nokia, apr\u00e8s l\u2019absorption en 2015 du franco-am\u00e9ricain Alcatel-Lucent. A noter un cas qu\u2019elle ne cite pas, celui de deux grands acteurs du num\u00e9rique qui continuent d\u2019investir \u00e0 l\u2019ancienne en recherche fondamentale et partout dans le monde : IBM et Microsoft. Comparativement, les GAFA investissent peu en recherche fondamentale m\u00eame si, sans que ce soit bien document\u00e9, une partie de la R&amp;D de Google rel\u00e8ve bien de la recherche orient\u00e9e moyen et long-terme. Apple, Amazon et Facebook font peu de recherche long terme.<\/p>\n<p>La le\u00e7on de l&#8217;histoire ? D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, IBM et Microsoft qui ne brillent pas toujours pour leurs innovations r\u00e9ussies et qui investissent \u00e9norm\u00e9ment en recherche, et de l&#8217;autre, Apple, qui ne fait quasiment pas de recherche et est la r\u00e9f\u00e9rence en termes d&#8217;innovation ! A m\u00e9diter !<\/p>\n<p>________________________________________<\/p>\n<p>Dans les <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-4\/\">parties suivantes<\/a> de cette s\u00e9rie, je vais passer en revue une dizaine de r\u00f4les de l\u2019Etat pour cr\u00e9er les conditions de r\u00e9ussite des industries du pays.<\/p>\n<p>Nous allons examiner ces diff\u00e9rents r\u00f4les \u00e0 la fois dans la mani\u00e8re dont ils sont assum\u00e9s aujourd\u2019hui et dans les progr\u00e8s potentiels. Je vais aller assez droit au but dans certains\u00a0cas. Pris isol\u00e9ment, ces dispositifs sont plus tactiques que strat\u00e9giques, mais bien orchestr\u00e9s, ils peuvent \u00eatre mis efficacement au service de\u00a0strat\u00e9gies industrielles concert\u00e9es et orchestr\u00e9es par l&#8217;Etat.<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019Etat formateur et chercheur<\/li>\n<li>L\u2019Etat fiscal<\/li>\n<li>L\u2019Etat actionnaire<\/li>\n<li>L\u2019Etat l\u00e9gislateur et r\u00e9gulateur<\/li>\n<li>L\u2019Etat acheteur<\/li>\n<li>L\u2019Etat diplomate<\/li>\n<li>L\u2019Etat espion<\/li>\n<li>L\u2019Etat num\u00e9rique<\/li>\n<li>L\u2019Etat des \u00e9lites<\/li>\n<li>L\u2019Etat d\u2019esprit<\/li>\n<\/ul>\n<p>_________________<\/p>\n<p>Voir les six parties de cette s\u00e9rie :<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-1\/\">Partie 1<\/a> : sur les plans industriels des trente glorieuses<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-2\/\">Partie 2<\/a> : sur les plans industriels des ann\u00e9es 2000<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-3\/\">Partie 3<\/a> : sur une d\u00e9finition du r\u00f4le de l&#8217;Etat<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-4\/\">Partie 4<\/a> : sur la mission transversale long terme de l&#8217;Etat<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-5\/\">Partie 5<\/a> : sur la mani\u00e8re dont l&#8217;Etat cr\u00e9\u00e9 un environnement propice \u00e0 l&#8217;entrepreneuriat industriel<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-5-2\/\">Partie 6<\/a> : sur la mani\u00e8re dont l&#8217;Etat aide les entreprises \u00e0 exporter, puis un framework de plan industriel et enfin, le regard des politiques sur le sujet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les deux premiers articles de cette s\u00e9rie, nous avons pu faire un tour circonstanci\u00e9 des cinq derni\u00e8res d\u00e9cennies d\u2019action de l\u2019Etat en mati\u00e8re de strat\u00e9gie industrielle. Il n\u2019est certes pas bien glorieux dans l\u2019ensemble. Tandis que dans le num\u00e9rique, la majorit\u00e9 des initiatives ont \u00e9chou\u00e9, quelques p\u00e9pites int\u00e9ressantes ont cependant pu \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9es dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,34,21,292,11,33,12,18,10,5],"tags":[2734,2736,2739,2740,2738,2741,2743,2735,2737,1399,2742],"class_list":["post-13069","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-enseignement-superieur","category-entrepreneuriat","category-environnement","category-france","category-innovation","category-management","category-politique","category-startups","category-technologie","tag-cugnot","tag-daguerre","tag-eugene-freyssinet","tag-gustave-eiffel","tag-louis-lumiere","tag-louis-pouzin","tag-mariana-manzzacuto","tag-montgolfier","tag-niepce","tag-strategie-industrielle","tag-thomas-edison"],"views":62564,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13069","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=13069"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/13069\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=13069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=13069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=13069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}