{"id":12930,"date":"2016-07-05T11:58:46","date_gmt":"2016-07-05T09:58:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/?p=12930"},"modified":"2016-09-07T11:49:23","modified_gmt":"2016-09-07T09:49:23","slug":"etat-strategie-industrielle-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-1\/","title":{"rendered":"L&#8217;Etat peut-il encore avoir une strat\u00e9gie industrielle ? &#8211; 1"},"content":{"rendered":"<p>Les enjeux technologiques des ann\u00e9es \u00e0 venir ne manquent pas et ils risquent de bien chambouler les \u00e9quilibres industriels mondiaux. Nous avons par exemple l\u2019intelligence artificielle, la robotique, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019environnement et la g\u00e9nomique pour n\u2019en nommer que quelques-uns, tous ayant, de pr\u00e8s ou de loin, un lien avec le num\u00e9rique.<\/p>\n<p>A chaque nouvel enjeu, on en vient \u00e0 se demander, au moins en France : \u201c<em>que fait l\u2019Etat ?<\/em>\u201d et \u201c<em>avons nous une strat\u00e9gie industrielle digne de ce nom ?<\/em>\u201d. On se met \u00e0 r\u00eaver d\u2019un Colbert, d\u2019un Louvois voire d&#8217;un De Gaulle, lan\u00e7ant de mani\u00e8re lyrique de grandes ambitions industrielle pour le pays.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019une telle strat\u00e9gie est plus ou moins formul\u00e9e dans moult rapports diligent\u00e9s par l\u2019Etat \u00e0 des sp\u00e9cialistes du secteur ou \u00e0 des hauts-fonctionnaires, la r\u00e9action est souvent violente. Le plan est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque, il arrive souvent bien trop tard et veut rattraper un retard, il est trop compliqu\u00e9, les priorit\u00e9s ne sont pas claires, il n\u2019y a pas d\u2019ambition, et souvent, sont privil\u00e9gi\u00e9s des usages internes au pays face aux enjeux industriels mondiaux, notamment \u00e0 l\u2019export. Et la technologie l&#8217;emporte sur les besoins du march\u00e9. Que l\u2019on observe le pass\u00e9 ou les plans industriels propos\u00e9s dans la palanqu\u00e9e de rapports au gouvernement publi\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es, on reste g\u00e9n\u00e9ralement sur sa faim.<\/p>\n<p>Pourtant, ce n\u2019est pas qu\u2019une affaire de communication politique maladroite. La soci\u00e9t\u00e9 civile est massivement impliqu\u00e9e dans la production de ces plans. Sont fr\u00e9quemment impliqu\u00e9s des dirigeants de haut niveau d\u2019entreprises \u00e9tablies, et m\u00eame, plus r\u00e9cemment, de startups. S\u2019y associent des dirigeants d\u2019institutions diverses, \u00e9conomistes et laboratoires de recherche. Bref, des \u00e9lites multiformes. De mani\u00e8re transversale, de la cr\u00e9ation de Sophia-Antipolis au p\u00f4le technologique de Grenoble en passant par les \u201cclusters\u201d et les p\u00f4les de comp\u00e9titivit\u00e9, les pistes pour dynamiser l\u2019innovation industrielle n\u2019ont pas manqu\u00e9 par le pass\u00e9. Si elles n\u2019ont pas servi \u00e0 rien, elles n\u2019ont pas permis pour autant de briller suffisamment.<\/p>\n<p>J\u2019en viens donc ici \u00e0 me poser quelques m\u00e9ta-questions : l\u2019Etat peut-il donc encore cr\u00e9er de v\u00e9ritables strat\u00e9gies industrielles ? A-t-il d\u2019ailleurs pu le faire dans le pass\u00e9 et avec succ\u00e8s ? Quels sont les programmes et pays de r\u00e9f\u00e9rence dans le domaine ? Que faudrait-il faire et attendre de l\u2019Etat et des \u00e9lites face aux grands enjeux industriels du moment ? Comment le num\u00e9rique a-t-il chang\u00e9 la donne ? Et surtout, quelle formes innovantes pourraient prendre des initiatives de mobilisation industrielle ambitieuses ?<\/p>\n<p>Dans cet article en trois parties, j&#8217;aborderai dans un premier temps l\u2019arch\u00e9ologie des grands projets industriels dits <em>gaulliens.<\/em>\u00a0Dans un second, je m&#8217;attaquerai aux plans industriels des 15 derni\u00e8res ann\u00e9es. Enfin, dans une derni\u00e8re partie, nous ferons un tour du cahier des charges d\u2019un Etat strat\u00e8ge capable de\u00a0favoriser l\u2019innovation et un renouveau industriel dans le pays, tout en tenant compte de la nouvelle donne. Vaste programme !<\/p>\n<p><strong>Les plans industriels des trente glorieuses<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019aspiration \u00e0 voir l\u2019Etat endosser le r\u00f4le de strat\u00e8ge industriel est li\u00e9e \u00e0 la nostalgie des ann\u00e9es dites Gaulliennes, qui d\u00e9marrent en fait sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique et se terminent avec le premier mandat de Fran\u00e7ois Mitterrand. Les principaux plans industriels \u00e9taient pouss\u00e9s en partie par le Commissariat G\u00e9n\u00e9ral au Plan et par les corps techniques de hauts-fonctionnaires, issus principalement de l\u2019Ecole Polytechnique.<\/p>\n<p>Ces plans relevaient \u00e0 la fois de la reconstruction d\u2019apr\u00e8s-guerre des infrastructures industrielles du pays, dans le cadre du plan Marshall, et de plans plus sp\u00e9cifiques dans l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire, les transports, l\u2019armement, les t\u00e9l\u00e9coms et le num\u00e9rique (plans calcul). Et il a eu aussi des plans dans les travaux publics, les grandes infrastructures, les barrages, le charbon et l\u2019acier.<\/p>\n<p>A de rares exceptions pr\u00e8s, ces plans visaient \u00e0 garantir l\u2019ind\u00e9pendance technologique du pays, notamment face aux USA. Certains ont permis \u00e0 la France de devenir exportatrice nette, en particulier dans les industries militaires. Dans d\u2019autres cas comme dans le num\u00e9rique, les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t nuls et nous sommes devenus, comme tous les pays europ\u00e9ens, de gros importateurs nets de technologies.<\/p>\n<div class=\"post\">\n<div class=\"body\">\n<div id=\"cba538af-ea5b-45cf-9798-2233af9ea8e2\" class=\"postBody\" style=\"margin: 4px 0px 0px; border-width: 0px; padding: 0px;\" contenteditable=\"true\">\n<p>Ces plans se situaient aussi dans un contexte de fort interventionnisme de l&#8217;Etat dans l&#8217;\u00e9conomie. Il s&#8217;\u00e9tait notamment manifest\u00e9 par les grandes nationalisations au sortir apr\u00e8s\u00a0la Lib\u00e9ration, en 1945, avec Renault ainsi que le secteur bancaire, celui des assurances, le secteur de l&#8217;\u00e9nergie (charbon, p\u00e9trole, gaz, \u00e9lectricit\u00e9), la construction a\u00e9ronautique, les transports a\u00e9riens (la SNCF ayant\u00a0\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1937). La sid\u00e9rurgie a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement nationalis\u00e9e en 1978 et la chimie pendant les ann\u00e9es 60\/70 avec notamment CDF Chimie (1969), Sanofi (1973). Dans un grand nombre de cas, l&#8217;id\u00e9e sous-jacente \u00e9tait de cr\u00e9er des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle par regroupement de secteurs d&#8217;activit\u00e9 tr\u00e8s fragment\u00e9s, comme dans la construction a\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Ont suivi les nationalisations de\u00a01982 sous Fran\u00e7ois Mitterrand avec Thomson Brandt, Saint Gobain, Pont \u00e0 Mousson, P\u00e9chiney Ugine Kuhlman (PUK) et Rh\u00f4ne-Poulenc, plus le\u00a0contr\u00f4le de Dassault Aviation, Matra et Roussel-Uclaf. Dans un premier temps, cela a apport\u00e9 une manne\u00a0de fonds propres \u00e0 ces entreprises d\u00e9laiss\u00e9es par leurs actionnaires, leur donnant\u00a0les moyens de se restructurer. Certaines ont ensuite fusionn\u00e9 (Elf avec Total, Roussel Uclaf, dans Hoechst puis Sanofi), disparu (Charbonnages de France) ou ont \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9es par des groupes ou investisseurs \u00e9trangers (Arcelor, \u00a0Pechiney, Rh\u00f4ne-Poulenc, l &#8216;activit\u00e9 grand public de Thomson&#8230;). L&#8217;arriv\u00e9e de\u00a0Jacques Chirac \u00e0 Matignon en 1986 a d\u00e9clench\u00e9 ensuite une douzaine de\u00a0privatisations (Saint Gobain, Paribas, CGE, CCF, Havas, Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale, TF1, Suez, Matra). Le reste a suivi jusqu&#8217;aux ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p><u>Le nucl\u00e9aire civil<\/u><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>On doit au G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle la cr\u00e9ation du CEA en 1945. La premi\u00e8re pile atomique a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e au CEA \u00e0 Fontenay-aux-Roses en 1948, sous la quatri\u00e8me r\u00e9publique. C\u2019est le retour de De Gaulle aux affaires en 1958 qui relance les efforts industriels dans le nucl\u00e9aire avec comme vis\u00e9e la possession de l\u2019arme nucl\u00e9aire, d\u00e9montr\u00e9e la premi\u00e8re fois en 1960. Les centrales nucl\u00e9aires civiles sont ensuite d\u00e9ploy\u00e9es en France entre 1966 et 1997. La France a pu atteindre un record mondial dans la production d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 d\u2019origine nucl\u00e9aire, environ 77% \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Travaux-EPR-Flamanville1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"Travaux EPR Flamanville\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Travaux-EPR-Flamanville1_thumb.jpg\" alt=\"Travaux EPR Flamanville\" width=\"572\" height=\"333\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cet investissement strat\u00e9gique est tr\u00e8s contest\u00e9 aujourd\u2019hui, du fait de ses retomb\u00e9es \u00e0 long terme, dans le retraitement des d\u00e9chets, et par son c\u00f4t\u00e9 non d\u00e9mocratique. A vrai dire, aucun pays n\u2019a fait de r\u00e9f\u00e9rendum pour construire des centrales nucl\u00e9aires. L\u2019accident de Tchernobyl marqua un coup d\u2019arr\u00eat dans le monde aux d\u00e9ploiements de centrales nucl\u00e9aires. Celui de Fukushima 2011 \u00e9galement. A ce jour, les nouveaux d\u00e9ploiements de centrales ont surtout lieu en Chine et en Cor\u00e9e du Sud.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 industriel, <strong>Framatome <\/strong>construisait les r\u00e9acteurs, <strong>Technicatome <\/strong>r\u00e9alisait l\u2019ing\u00e9nierie civile et la fabrication des r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires de la marine militaire, <strong>Alstom <\/strong>fabriquait les turbines et la <strong>Cogema <\/strong>s\u2019occupait des mati\u00e8res premi\u00e8res et du recyclage, comme \u00e0 l\u2019usine de retraitement de la Hague. Framatome, Technicatome et la Cogema ont fusionn\u00e9 en 2001 pour devenir Areva. Les centrales fran\u00e7aises, op\u00e9r\u00e9es par EDF, ont \u00e9t\u00e9 construites en exploitant des brevets am\u00e9ricains : ceux de General Electric pour la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de r\u00e9acteurs \u00e0 eau bouillante (mais dont la commande\u00a0a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e par EDF\u00a0en 1975) puis ceux de Westinghouse pour les r\u00e9acteurs \u00e0 eau pressuris\u00e9e (PWR). Mais l\u2019essentiel de la valeur ajout\u00e9e industrielle a l\u2019air bien fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Si <strong>Areva <\/strong>est bien le leader mondial du secteur du nucl\u00e9aire civil, il est bien mal en point, \u00e9tant notamment plomb\u00e9 par les retards de fabrication des r\u00e9acteurs de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration EPR autant en France (Flamanville) qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Finlande, Chine). La soci\u00e9t\u00e9 a cependant affich\u00e9 des r\u00e9sultats financiers positifs pendant une bonne quinzaine d\u2019ann\u00e9es depuis sa cr\u00e9ation ce qui n\u2019est pas le cas de nombre d\u2019entreprises issues des grands projets gaulliens.<\/p>\n<p><u>Le nucl\u00e9aire militaire<\/u><\/p>\n<p>Le nucl\u00e9aire civil et militaire \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9s, pilot\u00e9s \u00e0 l\u2019origine par le CEA. Le nucl\u00e9aire militaire d\u00e9pend de la DAM du CEA (Direction des Affaires Militaires). Les d\u00e9buts des projets de cr\u00e9ation d\u2019arme atomique remontent \u00e0 la d\u00e9faite de Dien Bien Phu au Vietnam, en 1954, sous Pierre Mend\u00e8s-France.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/SNLE-et-missiles.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; margin: 10px 0px 10px 10px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"SNLE et missiles\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/SNLE-et-missiles_thumb.jpg\" alt=\"SNLE et missiles\" width=\"326\" height=\"307\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cette ind\u00e9pendance a n\u00e9cessit\u00e9 un effort industriel \u00e9norme touchant \u00e0 l\u2019ensemble des vecteurs de missiles nucl\u00e9aires : les sous-marins nucl\u00e9aires (classes Redoutable puis Triomphant), les missiles du plateau d\u2019Albion puis les capacit\u00e9s d\u2019emport de l\u2019aviation militaire (Mirages IV puis Rafale). Dans ce domaine, nous n\u2019avons, et pour cause, jamais \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement exportateurs. Nous avons d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t importateurs, de savoirs et technologies am\u00e9ricaines, mais sous le manteau et de mani\u00e8re tr\u00e8s ponctuelle. La dissuasion nucl\u00e9aire a repr\u00e9sent\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 un point de PIB de la France. Son co\u00fbt est ensuite retomb\u00e9 \u00e0 0,15% (en 2013) ! Autant dire que nos exportations dans le domaine sont nulles. Tout du moins officiellement.<\/p>\n<p><u>Le plan calcul<\/u><\/p>\n<p>Lanc\u00e9 en 1966, le plan calcul est le premier \u201cplan num\u00e9rique\u201d de l\u2019Etat fran\u00e7ais. La France souhaitait se doter de supercalculateurs dans le domaine de la gestion. C\u00f4t\u00e9 nucl\u00e9aire, elle s\u2019\u00e9tait initialement \u00e9quip\u00e9e en calculateurs am\u00e9ricains originaires de Control Data et IBM. Le plan calcul visait \u00e0 cr\u00e9er une fili\u00e8re fran\u00e7aise et europ\u00e9enne, notamment autour de ce qui deviendra Bull. Le plan a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9 en 1975 sous VGE. Mais les aides publiques \u00e0 cette fili\u00e8re ont perdur\u00e9 apr\u00e8s, sans grand succ\u00e8s industriel.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/IBM-360-source-Wikipedia.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"IBM 360 (source Wikipedia)\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/IBM-360-source-Wikipedia_thumb.jpg\" alt=\"IBM 360 (source Wikipedia)\" width=\"525\" height=\"332\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Le march\u00e9 des grands calculateurs s&#8217;\u00e9tait dans la pratique\u00a0d\u00e9velopp\u00e9 autour d\u2019un standard de fait, celui d\u2019IBM avec ses mainframes 360 (1965), puis 370 (1971), 43XX (1979) et 308X (1980). IBM\u00a0a pas \u00e0 pas \u00e9cras\u00e9 l\u2019ensemble de ses concurrents, am\u00e9ricains et europ\u00e9ens, que l\u2019on regroupait sous l\u2019acronyme de BUNCH, sorte de \u201cGAFA de losers\u201d : <strong>Burroughs<\/strong> (devenu Unisys en 1986, encore en activit\u00e9), <strong>Univac<\/strong> (fusionn\u00e9 avec Burroughs), <strong>Nixdorf<\/strong> (allemand, absorb\u00e9 par Siemens en 1990), <strong>Control Data<\/strong> (vendu en appartements dans les ann\u00e9es 80\/90) et <strong>Honeywell Bull<\/strong> (devenu Bull, puis int\u00e9gr\u00e9 dans ATOS en 2014). Cela a d&#8217;ailleurs valu un proc\u00e8s antitrust pour IBM, intent\u00e9 en 1969 par le DOJ am\u00e9ricain, et abandonn\u00e9 en 1982. Le DOJ demandait \u00e0 IBM de s\u00e9parer clairement les ventes de mat\u00e9riel et de logiciels. Cela a indirectement permis le d\u00e9veloppement de soci\u00e9t\u00e9s telles que <strong>SAP<\/strong> (cr\u00e9\u00e9 en 1972) et <strong>Oracle<\/strong> (cr\u00e9\u00e9 en 1977).<\/p>\n<p>Les supercalculateurs sont rest\u00e9s un enjeu industriel jusqu\u2019\u00e0 nos jours, et en particulier en 1995, lorsque Jacques Chirac d\u00e9cida de lancer le dernier essai nucl\u00e9aire dans le Pacifique, juste avant que les outils de simulation num\u00e9rique permettent de s\u2019en passer. A noter un reste encore en \u00e9tat du plan calcul : l\u2019<strong>INRIA<\/strong>, cr\u00e9\u00e9 en 1967. Chez ATOS, Bull continue de d\u00e9ployer les \u00e9volutions des super-calculateurs TERA \u00e0 la DAM du CEA. Tous les cinq ans, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration est mise en route : TERA 1 en 2001, TERA 10 en 2005, TERA-100 en 2010, TERA-1000 depuis 2015 et un Exa-1 pr\u00e9vu d\u2019ici 2020. Ils seraient les plus performants d\u2019Europe.<\/p>\n<p>La France, comme toute l\u2019Europe, a par ailleurs compl\u00e8tement rat\u00e9 la vague de la micro-informatique, lanc\u00e9e d\u2019abord en 1975 aux USA (<strong>Altair<\/strong>, <strong>Microsoft<\/strong>), puis par <strong>Apple<\/strong> (1977) et surtout par <strong>IBM<\/strong> (1981) avec les d\u00e9buts du PC. Ce sont pourtant deux fran\u00e7ais, Andr\u00e9 Truong et Fran\u00e7ois Gernelle, qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine d\u2019un des premiers micro-ordinateurs en 1973, le <strong>Micral<\/strong>, lanc\u00e9 avant l\u2019Altair am\u00e9ricain. Leur soci\u00e9t\u00e9 R2E a \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9e par Bull en 1978. Et cela n\u2019a pas donn\u00e9 grand chose, ce dernier ne croyant pas au d\u00e9veloppement d\u2019un march\u00e9 de masse pour ses micro-ordinateurs, erreur fatale aussi commise par <strong>Digital Computers<\/strong> aux USA. L&#8217;industrie du PC a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la France, puis en grande partie aux am\u00e9ricains, pour \u00eatre finalement contr\u00f4l\u00e9e par les asiatiques, surtout Ta\u00efwan et la Chine. Elle est actuellement en d\u00e9clin car les taux de p\u00e9n\u00e9tration des PC sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9s et la mobilit\u00e9 a pris le relai\u00a0comme outil num\u00e9rique prioritaire pour le grand public dans les pays \u00e9mergents.<\/p>\n<p><u>L\u2019aviation civile et militaire<\/u><\/p>\n<p>La France a \u00e9t\u00e9 longtemps exportatrice dans le civil avec la <strong>Caravelle<\/strong> (EADS) puis avec l\u2019<strong>Airbus<\/strong> lanc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. C\u2019est l\u2019un des rares cas de strat\u00e9gie industrielle franco-europ\u00e9enne r\u00e9ussie. Le premier Airbus a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 en 1972. Et la soci\u00e9t\u00e9 tient t\u00eate \u00e0 Boeing depuis pas mal de temps. Elle est l&#8217;objet de disputes avec les partenaires europ\u00e9ens du projet,\u00a0notamment allemands, pour savoir qui fabrique les composants des avions et qui les assemble. L&#8217;Airbus A320 est le recordman des grands produits industriels fran\u00e7ais ou franco-europ\u00e9ens en termes de volume avec plus de 4200 unit\u00e9s livr\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le militaire, la France a \u00e9t\u00e9 exportatrice avec les Mirage de <strong>Dassault Aviation<\/strong>. Son successeur, le Rafale, a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 mais il a fallu attendre ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour voir les premiers contrats de vente \u00e0 l\u2019international \u00eatre sign\u00e9s, et non sans mal (Inde, Qatar, Egypte). L\u2019entreprises priv\u00e9e qu\u2019est Dassault Aviation s\u2019en est bien mieux sortie avec ses Falcon civils que dans l\u2019aviation d\u2019affaire.<\/p>\n\n<p>Il faut aussi signaler l\u2019\u00e9chec commercial du Concorde, dont le premier vol a eu lieu en 1969, le premier vol commercial en 1976 et le dernier en 2003. Il n\u2019a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 que par Air France et British Airways, et pour cause puisque c\u2019\u00e9tait un projet industriel franco-anglais. Les am\u00e9ricains ont bloqu\u00e9 le projet car l\u2019avion \u201c\u00e9tait bruyant\u201d, ce qui n\u2019\u00e9tait probablement pas la seule raison.<\/p>\n<p><u>La marine militaire<\/u><\/p>\n<p>La France est autosuffisante pour l\u2019ensemble des b\u00e2timents de sa Marine Nationale : fr\u00e9gates, destroyers, navires de soutien, sous-marins d\u2019attaque et lanceurs d\u2019engin et porte-avions. La fili\u00e8re est l\u00e9g\u00e8rement exportatrice, on l\u2019a vu r\u00e9cemment avec les fameux navires de support Mistral, vendus initialement aux Russes, puis sold\u00e9s \u00e0 l&#8217;Egypte apr\u00e8s l&#8217;affaire Ukrainienne. Mais il ne s\u2019agit pas d\u2019un \u201cplan industriel\u201d en tant que tel.<\/p>\n\n<p>La France a choisi l\u2019ind\u00e9pendance technologique depuis la nuit des temps, qui remonte aux arsenaux lanc\u00e9s par le Cardinal de Richelieu. Issue de ces arsenaux, la DCNS \u2013 dont l\u2019Etat et Thal\u00e8s sont actionnaires &#8211; fabrique les navires de la Marine Nationale. Elle a du r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9graisser ses effectifs ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es. Et depuis que la branche \u00e9nergie d\u2019Alstom a \u00e9t\u00e9 c\u00e9d\u00e9e \u00e0 General Electric en 2014, les turbines qui \u00e9quipent les r\u00e9acteurs nucl\u00e9aires de la Marine Nationale sont maintenant sous d\u00e9pendance am\u00e9ricaine, m\u00eame si elles sont encore fabriqu\u00e9es en France.<\/p>\n<p>La DCNS et ses anc\u00eatres est \u00e0 l\u2019origine des porte-avions Foch et Cl\u00e9menceau, lanc\u00e9s sous la 4e R\u00e9publique et mis en service au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 et vendus ou scrap\u00e9s depuis, et du fameux Charles de Gaulle, dont la mise en route a \u00e9t\u00e9 difficile, du fait de d\u00e9fauts dans ses h\u00e9lices qui vibraient trop. Il y a eu des tentatives de lancer un porte-avion franco-anglais, qui n&#8217;ont jamais abouti. Cela aurait permis de g\u00e9n\u00e9rer des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle, passant de 1 \u00e0 3 ou 4 exemplaires. On est loin des march\u00e9s de masse !<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 exportations, la DCNS s\u2019est plut\u00f4t illustr\u00e9e dans les sous-marins, avec des contrats destin\u00e9s au Pakistan, au Chili, avec la Malaisie, \u00e0 l\u2019Inde, au Br\u00e9sil, et r\u00e9cemment avec l\u2019Australie, dans un deal record de 34 Md\u20ac portant sur 12 sous-marins. Cela permet\u00a0 de g\u00e9n\u00e9rer de meilleures\u00a0\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle que dans les porte-avions.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 USA, les chantiers navals militaires am\u00e9ricains sont priv\u00e9s. Le march\u00e9 y est domin\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 <strong>Huntington Ingalls Industries<\/strong> qui poss\u00e8de notamment les chantiers navals NewPort News Shipbuilding en Virginie, sur la c\u00f4t\u00e9 Est. Ils emploient environ 40 000 personnes. Ces chantiers produisent tous les porte-avions et la moiti\u00e9 des sous-marins nucl\u00e9aires am\u00e9ricains. Les grandes s\u00e9ries ? Un porte-avion \u00e0 $10B environ tous les 4 ans ! Ils n\u2019exportent quasiment pas leur production, et dans ce cas, uniquement pour des b\u00e2timents de faible tonnage.<\/p>\n<p><u>Ariane<\/u><\/p>\n<p>Voil\u00e0 un exemple voisin du programme Airbus avec une r\u00e9ussite \u00e0 la fois technique, \u00e9conomique et collaborative avec de nombreux pays europ\u00e9ens. L\u2019industrie fran\u00e7aise y joue un r\u00f4le cl\u00e9, aussi bien dans les \u00e9quipements, la motorisation que dans les lancements avec la base de Kourou en Guyane et enfin, dans la construction de satellites dans le groupe Airbus (anciennement Astrium). Plus de 200 lancements ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s par les fus\u00e9es Ariane depuis le premier en 1979. C&#8217;est probablement le grand projet industriel le plus scalable de France apr\u00e8s Airbus.<\/p>\n<p>La France est \u00e9galement impliqu\u00e9e dans de nombreux autres projets spatiaux\u00a0 : dans la station spatiale ISS, les instruments de mesure de Curiosity sur Mars ou avec la sonde Philae.<\/p>\n<p><u>Le TGV<\/u><\/p>\n<p>Lanc\u00e9 en 1969, men\u00e9 par Alstom, le TGV fut plut\u00f4t une r\u00e9ussite en France dans son d\u00e9ploiement par la SNCF \u00e0 partir de 1981 et la cr\u00e9ation de nombreuses lignes \u00e0 grande vitesse, y compris celle qui va jusqu\u2019\u00e0 Londres et Bruxelles.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/TGV1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"tgv duplex train\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/TGV1_thumb.jpg\" alt=\"tgv duplex train\" width=\"517\" height=\"348\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>A l\u2019export, c\u2019est moins brillant. Un d\u00e9riv\u00e9 du TGV roule en Cor\u00e9e du Sud \u2013 qui est devenue ind\u00e9pendante technologiquement depuis &#8211; et un autre doit \u00eatre mis en service au Maroc. Les allemands de Siemens et les espagnols sont devenus nos principaux concurrents. Et le march\u00e9 est moins bien important que pr\u00e9vu. Dans le m\u00eame temps, le principal march\u00e9 ferroviaire est celui des trains classiques, notamment \u201cde banlieue\u201d et les tramways et l\u00e0, nous sommes notamment face \u00e0 un concurrent de taille, Bombardier.<\/p>\n<p><u>Les t\u00e9l\u00e9communications<\/u><\/p>\n<p>La DGT qui d\u00e9pendait de l\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 longtemps en retard dans l\u2019\u00e9quipement du pays en t\u00e9l\u00e9phone. Nous avions dans les ann\u00e9es 60 \u00e0 70 plusieurs d\u00e9cennies de retard par rapport aux USA (cf <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2011\/retard-qui-ne-date-pas-d-hier-2\/\">Un retard qui ne date pas d\u2019hier<\/a> que j\u2019ai publi\u00e9 en 2011). Ce retard n\u2019a \u00e9t\u00e9 combl\u00e9 qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. S\u2019en est suivi en 1981 le lancement du Minitel et de la t\u00e9l\u00e9matique, une r\u00e9ussite en son temps. Mais ne fut pas export\u00e9e et g\u00e9n\u00e9ra un s\u00e9rieux retard \u00e0 l\u2019allumage dans l\u2019adoption d\u2019Internet \u00e0 partir de 1995. Le Minitel n\u2019a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9branch\u00e9 en France qu\u2019en 2011 et jamais vraiment export\u00e9 \u00e0 grande \u00e9chelle (voir dans le d\u00e9tail de l&#8217;histoire dans les commentaires).<\/p>\n\n<p>Comme les cr\u00e9ateurs du MICRAL dans la micro-informatique, nous avons eu nos inventeurs dans les r\u00e9seaux comme Louis Pouzin, \u00e0 l\u2019origine du datagram, une technique reprise dans l\u2019infrastructure d\u2019Internet et TCP\/IP. Mais c\u2019est une chose que d\u2019avoir un inventeur, c\u2019en est une autre que de lancer une industrie et un standard mondial avec !<\/p>\n<p><u>Les semi-conducteurs<\/u><\/p>\n<p>La place manque pour les d\u00e9crire en d\u00e9tail mais la France n\u2019a pas manqu\u00e9 de plans et d\u2019ambition autour de l\u2019\u00e9lectronique civile, qu\u2019il s\u2019agisse des centraux t\u00e9l\u00e9phoniques cr\u00e9\u00e9s par Alcatel ou des semi-conducteurs, dont la fili\u00e8re est devenue apr\u00e8s de nombreuses fusions\/acquisitions, le groupe franco-italien STMicroelectronics.<\/p>\n<p>La recherche fondamentale est notamment aliment\u00e9e par le CEA-LETI \u00e0 Grenoble, une ville qui ressemble de pr\u00e8s \u00e0 la Silicon Valley des origines. En est sortie une soci\u00e9t\u00e9 comme SOITEC, qui con\u00e7oit et fabrique des wafers SOI \u00e0 isolant, permettant de cr\u00e9er des processeurs \u00e9conomes en \u00e9nergie.<\/p>\n<div class='pfimgcont' id = 'pfimg-pfs1' style='background-color:transparent;border-color:transparent;'><div class=\"flowimgcont\" style=\"margin-left:3px;margin-right:3px;text-align:left;;\"><div class=\"flowimgone imgdescm flownoborder\" style=\"width:577px;height:300px;line-height:0;\"><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/photos\/?g=2014&amp;a=ST%20Microelectronics%20Crolles%20et%20Grenoble%20Dec2014&amp;o=Crolles%20%286%29.jpg&amp;dm=on\" target='_blank'><img decoding=\"async\" class='flowimg' src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-albums\/2014\/ST%20Microelectronics%20Crolles%20et%20Grenoble%20Dec2014\/Crolles%20%286%29.jpg?ts=1417885783\" style=\"width:577px;height:300px;margin-top:0px !important;line-height:0;\" alt='flow'  ><\/a><\/div><br><div   style=\"width: 577px;margin-bottom:14px;\"  class=\"flowimgt imgdescm\" ><div class='imgdescs flowdesc' title=\"Le site de production STMicroelectronics de Crolles avec la Fab300 fabricant des wafers de 300 mm en technologie 28 mm.\">Le site de production STMicroelectronics de Crolles avec la Fab300 fabricant des wafers de 300 mm en technologie 28 mm.<\/div><div class='detaileddesc imgdescd'><\/div><\/div><\/div><\/div><script>$(document).ready( function() { pfnavw.pfslug = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-albums\";pfnavw.pfslugc = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/photo-cache\";pfnavw.st = \"crolles\";pfnavw.pfplug = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/photos\/\";pfnavw.nbrimg['pfs1'] = 2;pfnavw.istouch = false;pfnavw.issmart = false;pfnavw.imgcont['pfs1'] = 'flowimgcont';pfnavw.isadmin = 0;pfnavw.pfpluginurl  = \"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/plugins\/photo-folders\/\";$('.pftexthi').css('color', '#2580a2');});<\/script>\n<p>La technologie SOI est int\u00e9gr\u00e9e dans le FD-SOI de STMicroelectronics, qui est maintenant utilis\u00e9 sous licence par Samsung et d\u2019autres fondeurs comme Global Foundries. STMicroelectronics est bien positionn\u00e9 sur le march\u00e9 des capteurs et des micro-contr\u00f4leurs dans l\u2019IOT, mais a du mal dans d\u2019autres secteurs. Il annon\u00e7ait en d\u00e9but 2016 arr\u00eater son activit\u00e9 de conception et fabrication de chipsets pour les set-top-box TV.<\/p>\n<p>L\u2019usine de production de semi-conducteurs de STMicroelectronics de Crolles pr\u00e8s de Grenoble est un fleuron technologique, fabricant notamment des wafers de 300 mm en technologie 28 nm. C\u2019est malheureusement un nain par rapport aux leaders du march\u00e9 que sont Intel, TSMC et Samsung, qui ont tous des unit\u00e9s de production plus modernes, utilisant une technologie 14 ou 16 nm.<\/p>\n<p><u>Le plan informatique pour tous<\/u><\/p>\n<p>Lanc\u00e9 sous Laurent Fabius en 1985, alors Premier Ministre, ce plan visait \u00e0 la fois \u00e0 d\u00e9ployer la micro-informatique dans les \u00e9coles et \u00e0 aider l\u2019industrie micro-informatique fran\u00e7aise naissante. Les d\u00e9ploiements \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s avec des TO5 de Thomson coupl\u00e9s \u00e0 des PC Micral de Bull servant de c\u0153ur de r\u00e9seau local.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Micral.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"Micral\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Micral_thumb.jpg\" alt=\"Micral\" width=\"465\" height=\"219\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Partie prenante du projet, Jean-Jacques Servan-Schreiber avait tent\u00e9 sans succ\u00e8s d\u2019imposer le Macintosh. Personne n\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 pousser des PC ! Le pilote initial du projet \u00e9tait Gilbert Trigano, le cr\u00e9ateur du Club M\u00e9diterran\u00e9e, on imagine, tr\u00e8s comp\u00e9tent en informatique. A cette \u00e9poque, l\u2019industrie du PC \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en train de d\u00e9coller depuis quatre ans et le rouleau compresseur \u00e9tait difficile \u00e0 arr\u00eater ! Encore une mauvaise compr\u00e9hension des standards de facto et des \u00e9cosyst\u00e8mes ! Il aurait fallu se bouger au moins 5 \u00e0 10 ans plus t\u00f4t pour avoir une place dans ce march\u00e9. Encore un probl\u00e8me de timing !<\/p>\n<p><u>Le plan \u201cautoroutes de l\u2019information\u201d<\/u><\/p>\n<p>En 1994, le Vice Pr\u00e9sident Al Gore s\u2019\u00e9tait fait remarquer en \u00e9voquant l\u2019enjeu des autoroutes de l\u2019information dans un <a href=\"http:\/\/vlib.iue.it\/history\/internet\/algorespeech.html\">discours c\u00e9l\u00e8bre<\/a>\u00a0qui faisait suite \u00e0 des travaux l\u00e9gislatifs d\u00e9marrant en 1991. C&#8217;\u00e9tait le premier VP am\u00e9ricain avec une v\u00e9ritable culture geek, bien avant tous les autres dirigeants\u00a0du du monde\u00a0(sauf en\u00a0France, dira-t-on). Al Gore\u00a0n\u2019avait pas invent\u00e9 Internet mais avait toutefois imagin\u00e9 l\u2019importance \u00e9conomique et soci\u00e9tale d\u2019un r\u00e9seau mondial ouvert.\u00a0L&#8217;administration Clinton de l&#8217;\u00e9poque\u00a0ambitionnait de lancer un grand plan d&#8217;\u00e9quipement en infrastructures t\u00e9l\u00e9coms num\u00e9riques, mis en oeuvre \u00e9videmment par le secteur priv\u00e9, AT&amp;T et les autres baby-Bells en premier. In fine, ils n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 bien plus brillants que nos op\u00e9rateurs t\u00e9l\u00e9coms en France. L&#8217;infrastructure t\u00e9l\u00e9com haut-d\u00e9bit am\u00e9ricaine est encore tr\u00e8s in\u00e9gale.<\/p>\n<p>La France s\u2019est empar\u00e9e du sujet en confiant au p\u00e8re du Minitel, G\u00e9rard Th\u00e9ry, la r\u00e9daction d\u2019un rapport, adress\u00e9 en 1994 au Premier Ministre de l\u2019\u00e9poque, Edouard Balladur. Bien d\u00e9crites par <a href=\"https:\/\/philippesilberzahn.com\/2013\/01\/07\/les-trois-erreurs-prediction-rapport-thery-autoroutes-information-1994\/\">Philippe Zilberzahn en 2013<\/a>, les erreurs de pr\u00e9vision de ce rapport sont bien connues. L\u2019Internet avait \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 d\u2019un revers de main par les auteurs, car il incarnait une approche trop d\u00e9centralis\u00e9e par rapport \u00e0 l\u2019approche centralis\u00e9e du Minitel et du X25 de l\u2019\u00e9poque. Et G\u00e9rard Th\u00e9ry ne voyait pas comment on pouvait faire \u00e9merger de business models d\u2019un r\u00e9seau aussi ouvert \u00e0 tous vents.<\/p>\n<p>G\u00e9rard Th\u00e9ry avait cependant vu juste sur au moins deux points : l\u2019importance de la fibre optique dont il recommandait le d\u00e9ploiement &#8211; et nous y sommes encore plus de 20 ans plus tard &#8211; et le r\u00f4le des places de march\u00e9 d\u2019applications comme mod\u00e8le \u00e9conomique. Ces <em>app stores <\/em>sont des approches centralisatrices tr\u00e8s voisines dans l\u2019esprit de celle du Minitel ! Et une bonne part de l\u2019Internet est tr\u00e8s centralis\u00e9e, notamment autour de Google Search ou de Facebook. Internet est d\u00e9centralis\u00e9 en tant que r\u00e9seau, mais l\u2019ICANN am\u00e9ricain en contr\u00f4le l\u2019espace de nommage, et les grands services applicatifs sont mondiaux. La v\u00e9ritable d\u00e9centralisation de l\u2019Internet revient au gout du jour avec les promesses de la technologie des Blockchains. Comme quoi, l\u2019histoire peut se r\u00e9p\u00e9ter !<\/p>\n\n<p>C\u00f4t\u00e9 industries dans les couches basses des autoroutes de l\u2019information, nous avions la <strong>CGE<\/strong>, devenue <strong>Alcatel<\/strong>, fusionn\u00e9 avec Lucent, puis absorb\u00e9e r\u00e9cemment par <strong>Nokia<\/strong>. Au moins, c\u2019est rest\u00e9 europ\u00e9en ! Alcatel a souffert d\u2019une fusion difficilement consomm\u00e9e avec Lucent, d\u2019avoir rat\u00e9 la vague de la 3G, et d\u2019une mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, de ne pas avoir pu valoriser sa bonne R&amp;D dans des produits de qualit\u00e9 arrivant \u00e0 temps sur le march\u00e9. C\u2019est le symbole d\u2019une lacune, toujours pr\u00e9sente dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me : la confusion des genres entre la R&amp;D et la capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er des produits industrialis\u00e9s, con\u00e7us pour des march\u00e9s de volume, et r\u00e9pondant \u00e0 une demande client dans un march\u00e9 o\u00f9 la comp\u00e9titivit\u00e9 d\u00e9pend autant du prix que de la qualit\u00e9 et du timing des offres.<\/p>\n<p><u>La g\u00e9nomique<\/u><\/p>\n<p>Un rapport r\u00e9cent a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par l\u2019Aviesan (Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9) pr\u00e9conisant le lancement d\u2019un grand plan de g\u00e9nomique en France (<a href=\"http:\/\/presse.inserm.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/Plan-France-me%CC%81decine-ge%CC%81nomique-2025.pdf\">France M\u00e9decine G\u00e9nomique 2025<\/a>). Nous y reviendrons.<\/p>\n<p>Citons d\u2019abord Jacques Monod et Fran\u00e7ois Jacob, prix Nobel de m\u00e9decine en 1965 pour avoir d\u00e9couvert le r\u00f4le de l\u2019ARN dans le m\u00e9tabolisme des cellules et la production des prot\u00e9ines. Tout juste trois ans apr\u00e8s le prix Nobel de Watson et Crick qui avaient d\u00e9couvert la structure en h\u00e9lice de l\u2019ADN, avec l\u2019aide reconnue plus tard de Rosalind Elsie Franklin.<\/p>\n<p>Longtemps apr\u00e8s, les chercheurs fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 parmi les contributeurs non am\u00e9ricains les plus actifs du premier s\u00e9quen\u00e7age complet du g\u00e9nome humain, termin\u00e9 en 2003. En 1990 \u00e9tait m\u00eame lanc\u00e9 un projet fran\u00e7ais de s\u00e9quen\u00e7age du g\u00e9nome humain. La premi\u00e8re cartographie \u00e0 haut niveau du g\u00e9nome humain a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9thon en 1992 et 1993, reprenant pour une part des travaux de l\u2019Institut Pasteur. S\u2019en suivit la cartographie de 30 000 g\u00eanes en 1996. Le G\u00e9n\u00e9thon avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 conjointement par l\u2019AFM T\u00e9l\u00e9thon et le Centre d&#8217;Etude Polymorphisme Humain (<a href=\"http:\/\/www.cephb.fr\/presentation_historique.php\">CEPH<\/a>) cr\u00e9\u00e9 par le prix Nobel 1980 de m\u00e9decine Jean Dousset.<\/p>\n<p>En 1988 avait m\u00eame \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 le projet Labimap 2001, pilot\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019ing\u00e9nierie Bertin, pour cr\u00e9er des machines de s\u00e9quen\u00e7age europ\u00e9ennes. Il fut financ\u00e9 par l\u2019initiative europ\u00e9enne Eureka et regroupait, outre le CEPH et des chercheurs anglais. Les machines de Labimap ont permis au G\u00e9n\u00e9thon de produire ses r\u00e9sultats des ann\u00e9es 1990 gr\u00e2ce \u00e0 une automatisation tr\u00e8s pouss\u00e9e. Mais Labimap a \u00e9t\u00e9 un \u00e9chec industriel et n\u2019a pas permis \u00e0 la France et \u00e0 l\u2019Europe de cr\u00e9er une industrie du mat\u00e9riel de s\u00e9quen\u00e7age de l\u2019ADN, qui est maintenant contr\u00f4l\u00e9e par les am\u00e9ricains et en particulier par Illumina. Question de strat\u00e9gie industrielle et aussi de \u201ctime to market\u201d. Mais la France a plus ou moins laiss\u00e9 tomber son effort dans la g\u00e9nomique, se concentrant sur les th\u00e9rapies g\u00e9niques, notamment au G\u00e9n\u00e9thon. Ce fut le r\u00e9sultat d\u2019un complexe jeu d\u2019influence entre scientifiques et pouvoirs publics de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Human-Genome-Project-timeline.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"background-image: none; padding-top: 0px; padding-left: 0px; display: inline; padding-right: 0px; border: 0px;\" title=\"Human Genome Project timeline\" src=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-content\/WindowsLiveWriter\/VersunCrditImptInnovation_F7C1\/Human-Genome-Project-timeline_thumb.jpg\" alt=\"Human Genome Project timeline\" width=\"552\" height=\"173\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cette histoire est document\u00e9e par le chercheur Antoine Danchin dans <a href=\"http:\/\/www.larecherche.fr\/savoirs\/dossier\/histoire-intense-presque-violente-01-06-2000-74681\">La Recherche<\/a> en 2000 et en version longue dans <a href=\"http:\/\/www.normalesup.org\/~adanchin\/PDF_files\/articles_00\/bioinfo_fr_00.pdf\">Bioinformatics<\/a> ainsi que par l\u2019isra\u00e9lien <a href=\"http:\/\/www.daat.ac.il\/daat\/kitveyet\/assia_english\/segal.htm\">Yossi Segal<\/a>. Dans sa th\u00e8se de 2004 <a href=\"https:\/\/halshs.archives-ouvertes.fr\/tel-00133687\/document\">La Construction de l&#8217;espace g\u00e9nomique en France : la place des dispositifs instrumentaux<\/a>, Ashveen Peerbaye dresse un panorama \u00e9difiant du retard fran\u00e7ais dans la g\u00e9nomique qui remonte \u00e0 l\u2019entre deux guerres ! Il montre que ces grands succ\u00e8s de la g\u00e9nomique fran\u00e7aise sont \u00e0 la crois\u00e9e des chemins entre une association de malades (l\u2019AFM) tr\u00e8s bien financ\u00e9e par le T\u00e9l\u00e9thon et un laboratoire priv\u00e9 (CEPH) financ\u00e9 initialement par une donation. Cela a continu\u00e9 avec le lancement par le G\u00e9n\u00e9thon de BioProd \u00e0 Evry, un centre de production de m\u00e9dicaments de th\u00e9rapie g\u00e9nique unique en son genre en Europe. Tout cela avec une tr\u00e8s faible implication de l\u2019Etat.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, la coordination des efforts de recherche publique a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s laborieuse, sans compter des moyens financiers limit\u00e9s et \u00e9parpill\u00e9s (CNRS, INSERM). Ces derniers ont d\u2019ailleurs refus\u00e9 de s\u2019impliquer dans le Human Genome Project ! Comme l\u2019indique Ashveen Peerbaye, l\u2019absence de grand corps technique de l\u2019Etat dans la sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t un inconv\u00e9nient, au regard des grands projets industriels cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment. Sans compter l\u2019ignorance totale du politique sur le sujet de la g\u00e9nomique. Il fait aussi \u00e9tat de la lutte entre recherche fondamentale et recherche appliqu\u00e9e, la g\u00e9nomique et le s\u00e9quen\u00e7age \u00e9tant de la derni\u00e8re cat\u00e9gorie et peu valoris\u00e9s par les chercheurs en biologie fondamentale. Le c\u00f4t\u00e9 bourrin et tr\u00e8s industrialis\u00e9 du s\u00e9quen\u00e7age n\u2019\u00e9tait pas assez noble pour ces derniers, plus favorables \u00e0 une recherche artisanale, g\u00e8ne par g\u00e8ne. On comprend mieux cette erreur avec le regard actuel sur la discipline, maintenant que l\u2019on a d\u00e9couvert l\u2019int\u00e9r\u00eat de croiser les bases de g\u00e9nomes et de ses variations (SNP) avec les bases de ph\u00e9notypes qui d\u00e9crivent les pathologies des individus dont l\u2019ADN a \u00e9t\u00e9 s\u00e9quenc\u00e9.<\/p>\n<p>En 2007, le <a href=\"http:\/\/www.genoscope.cns.fr\/spip\/\">Genoscope<\/a>, cr\u00e9\u00e9 en 1997, et le Centre National de G\u00e9notypage ont \u00e9t\u00e9 rattach\u00e9s au CEA dans l\u2019Institut de G\u00e9nomique. Il existe m\u00eame une initiative <a href=\"https:\/\/www.france-genomique.org\/spip\/\">France G\u00e9nomique<\/a>, financ\u00e9e par le Plan Investissement d\u2019Avenir, qui regroupe les efforts fran\u00e7ais de recherche en g\u00e9nomique.<\/p>\n<p><strong>Les raisons des \u00e9checs industriels<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des plans que nous avons cit\u00e9s n\u2019ont pas fait des merveilles c\u00f4t\u00e9 comp\u00e9titivit\u00e9 industrielle. Ils ont cependant apport\u00e9 au pays une certaine ind\u00e9pendance technologique, dans le nucl\u00e9aire, le spatial, l\u2019aviation et dans l\u2019armement. Ces plans ont probablement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des retomb\u00e9es industrielles indirectes, comme le programme Apollo aux USA. Dans le num\u00e9rique, la France a eu presque tout faux. Dans la g\u00e9nomique, elle a l\u00e2ch\u00e9 prise apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseur du domaine avec les am\u00e9ricains jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Des grands projets que nous avons \u00e9voqu\u00e9s, ceux qui ont le mieux fonctionn\u00e9 d\u2019un point de vue industriel \u00e9taient d\u2019ampleur europ\u00e9enne : Airbus et Ariane ! Ce, malgr\u00e9 les grandes difficult\u00e9s \u00e0 coordonner les industries de plusieurs pays, illustr\u00e9es notamment par les probl\u00e8mes de c\u00e2blage \u00e9lectrique survenus aux d\u00e9buts du programme Airbus A380 et r\u00e9solus depuis. Eux seuls ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des ventes avec un volume respectable.<\/p>\n<p>Qui plus est, les grandes soci\u00e9t\u00e9s industrielles du CAC40 qui sont parmi les leaders mondiaux dans leurs domaines ne sont pas directement issues des projets \u201cgaulliens\u201d : L\u2019Or\u00e9al, Total, Danone, LVMH, Vinci, Air Liquide, Essilor, Michelin, Legrand, Veolia et Bouygues.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 viennent ces difficult\u00e9s \u00e0 transformer une excellence technique en r\u00e9ussites industrielles de grande ampleur ? Les raisons sont \u00e9videmment multiples. La principale est la nature faiblement entrepreneuriale de ces projets lanc\u00e9s par l\u2019Etat, g\u00e9r\u00e9s par des hauts-fonctionnaires, sans grandes contraintes \u00e9conomiques, avec des subventions en tout genre, et sans approche marketing digne de ce nom, que ce soit dans le positionnement march\u00e9 ou dans le marketing op\u00e9rationnel des offres.<\/p>\n<p>On peut \u00e9videmment d\u00e9noncer les \u00e9lites, les Polytechniciens et les \u00e9narques, \u00e0 l\u2019origine de nombre de ces plans. Puis, passent au hachoir nos grandes \u00e9coles, reproductrices d\u2019une \u00e9lite dirigeante incomp\u00e9tente, peu cr\u00e9ative et surtout, pas assez entrepreneuriale. C\u2019est \u00e9videmment un peu rapide m\u00eame si certaines explications se valent sur les m\u00e9canismes de reproduction sociale g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par ces \u00e9coles, leur place \u00e0 part face aux universit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res et sur leur faible dimension entrepreneuriale, tout du moins jusqu\u2019\u00e0 il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Maintenant qu\u2019une bonne part des startups fran\u00e7aises \u00e9mergent de ces m\u00eames grandes \u00e9coles, on les accuse d\u2019alimenter une bulle entrepreneuriale de fils\/filles \u00e0 papa. Ce qui n\u2019est pas enti\u00e8rement faux si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 l\u2019origine sociale dominante des fondateurs.<\/p>\n<p>Les \u00e9lites techniques fran\u00e7aises ont cr\u00e9\u00e9 de grands projets industriels qui \u00e9taient faiblement entrepreneuriaux dans leur substance. Il s\u2019agissait de cr\u00e9er de grandes infrastructures locales ou des produits complexes sur des march\u00e9s tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9s. A part le Minitel, la majorit\u00e9 des projets couvraient des \u201cproduits\u201d \u00e0 tr\u00e8s faible volume (genre \u201cun exemplaire\u201d, comme pour le porte-avion Charles de Gaulle), quelques dizaines (tranches de centrales nucl\u00e9aires) ou centaines (dans l\u2019aviation). Ces projets \u00e9taient \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019approches fordiennes avec de grandes \u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle. Ils \u00e9taient fortement int\u00e9gr\u00e9s verticalement avec une grande part de la chaine de valeur provenant d\u2019industriels fran\u00e7ais. Sauf pour les projets europ\u00e9ens style Airbus et Ariane. Ils n\u2019impliquaient pas directement le consommateur comme on le fait aujourd\u2019hui dans l\u2019\u00e9conomie \u201c2.0\u201d. D\u2019ailleurs, une bonne part des industries manufacturi\u00e8res grand public du pays ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es, notamment dans l\u2019\u00e9lectro-m\u00e9nager, \u00e0 part ce que produit le groupe Seb. C\u2019est une tendance g\u00e9n\u00e9rale en Europe.<\/p>\n<p>La dimension marketing des grands projets est tr\u00e8s limit\u00e9e. Il s&#8217;agit surtout de longs processus de signature de contrats impliquant de douloureux transferts industriels avec une part de la production &#8211; au minimum de l&#8217;assemblage &#8211; qui est d\u00e9localis\u00e9e dans le pays du client. Les contrats int\u00e8grent de la formation et des engagements de maintenance sur des d\u00e9cennies. On est tr\u00e8s loin du business model r\u00e9p\u00e9table des startups profess\u00e9 dans &#8220;Customer Development&#8221; de Steve Blank ! Le marketing se situe aussi\u00a0au niveau de\u00a0la diplomatie d\u2019Etat \u00e0 Etat, quand il ne s\u2019agit pas de m\u00e9caniques de pots de vin et de r\u00e9tro-commissions.<\/p>\n<p>C&#8217;est\u00a0de l\u2019artisanat industriel de produits ultra-complexes pouvant faire la fiert\u00e9 de nos ing\u00e9nieurs. Cela explique d\u2019ailleurs la forme de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me num\u00e9rique fran\u00e7ais, avec une surpond\u00e9ration de soci\u00e9t\u00e9s de services informatiques et de soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;ing\u00e9nierie (comme Alten ou Altran) au regard de soci\u00e9t\u00e9s de cr\u00e9ation de produits comme les \u00e9diteurs de logiciels.<\/p>\n<p>Le fait d\u2019allouer des march\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s \u00e0 nos industriels permet de leur assurer un carnet de commande, mais si leur offre n\u2019est pas assez comp\u00e9titive, cela ne m\u00e8ne pas loin. C\u2019est l\u2019une des raisons pour laquelle l\u2019Etat commande maintenant sans h\u00e9siter des biens d\u2019\u00e9quipement \u00e0 des constructeurs \u00e9trangers, comme dans les transports routiers (Gendarmerie, arm\u00e9e de terre, \u2026). Les march\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s ne le sont plus comme avant lorsque l\u2019Etat doit se serrer la ceinture budg\u00e9taire. Cela explique\u00a0la d\u00e9cision du Minist\u00e8re de la D\u00e9fense de remplacer le l\u00e9gendaire fusil d&#8217;assault FAMAS par une arme qui sera probablement fabriqu\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.journallessentinelles.com\/le-futur-remplacant-du-famas-horizon-2017-75399\">ailleurs en Europe<\/a>.<\/p>\n<p>Depuis les privatisations de nombreux services public (France Telecom, EDF, \u2026), un autre ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est mis en branle : le d\u00e9clin progressif de l\u2019influence des grands Corps techniques de l\u2019Etat \u2013 issus de Polytechnique \u2013 au profit des Corps administratifs aliment\u00e9s par l\u2019ENA. Un mal pour un mal diff\u00e9rent ? On a remplac\u00e9 des \u00e9lites techniques plus ou moins visionnaires selon les cas par des \u00e9lites qui ne sont plus du tout techniques mais pas plus entrepreneuriales ou visionnaires pour autant. Le pays n\u2019a pas forc\u00e9ment gagn\u00e9 au change. Il n\u2019y a m\u00eame plus un seul scientifique dans le gouvernement, et encore moins d\u2019entrepreneurs ou m\u00eame d\u2019anciens cadres de l\u2019industrie. A contrario, une majorit\u00e9 des membres du gouvernement chinois sont des scientifiques et des ing\u00e9nieurs. Cela aide \u00e0 comprendre les enjeux industriels du moment !<\/p>\n<p>On se plaint de notre sort, mais qu\u2019en est-il du reste de l\u2019Europe ? Le bilan n\u2019est pas bien plus brillant que celui de la France. Il y a bien eu le p\u00f4le de la mobilit\u00e9 dans les pays nordiques avec Nokia en Finlande et Ericsson en Su\u00e8de, mais ils ne sont plus en pleine forme. L\u2019industrie du Royaume-Uni ? Elle a migr\u00e9 vers la finance. L\u2019Allemagne est toujours \u00e0 la pointe dans l\u2019\u00e9quipement industriel ainsi que dans le solaire photo-volta\u00efque. Mais il n\u2019y a pas de Google allemand plus qu\u2019il n\u2019y en a un d\u2019anglais ! Le plus gros \u00e9diteur de logiciels anglais est Sage (3,38 Md\u20ac), juste devant Dassault Syst\u00e8mes (2,85 Md\u20ac). Le plus grand est SAP \u2013 allemand &#8211; et fait 20 Md\u20ac de CA (+18% en 2015) mais sans avoir l\u2019impact sur l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me num\u00e9rique des GAFA. L\u2019Europe n\u2019a pas de v\u00e9ritable grand acteur mondial de l\u2019Internet.<\/p>\n<p>Aux USA, l\u2019\u00e9quilibre semble plus abouti entre le r\u00f4le du secteur public et celui du priv\u00e9. L\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral finance la recherche dans les universit\u00e9s (comme via le NIH dans la sant\u00e9 ou la NSF) et dans les entreprises (via la NASA par exemple), avec une approche projet plus d\u00e9velopp\u00e9e (notamment via la DARPA, la CIA et la NSA). L\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral finance et le priv\u00e9 r\u00e9alise. Ce mode de financement compl\u00e9t\u00e9 par les business angels et le capital risque aboutit \u00e0 une tradition entrepreneuriale plus forte, m\u00eame si cette m\u00e9canique de financement doit g\u00e9n\u00e9rer des effets de bords.<\/p>\n<p>Selon Suzanne Berger du MIT dans son rapport \u201c<a href=\"http:\/\/www.sf2m.asso.fr\/CommissionsThematiques\/DocComThematiques\/RNM_MIT_Final_Summary.pdf\">Reforms in the French Industrial Ecosystem<\/a>\u201d publi\u00e9 \u00e0 l\u2019attention du Minist\u00e8re de la Recherche, 90% du financement de la recherche dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines provient de l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral. Et d\u2019ailleurs, la valorisation de leurs brevets leur apporte une maigre part de leurs ressources financi\u00e8res (3%). Certains commentateurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 m\u00e9langer les soci\u00e9t\u00e9s entre elles et attribuent les succ\u00e8s d\u2019entreprises am\u00e9ricaines du web \u00e0 la commande publique ou au complexe militaro-industriel. S\u2019il est vrai, par exemple, que l\u2019\u00e9diteur Oracle a eu comme premier client la CIA dans les ann\u00e9es 1970, il n\u2019en est rien pour les leaders du web que sont Google, Facebook ou Twitter, m\u00eame si le premier a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;aides f\u00e9d\u00e9rales lors de ses d\u00e9buts \u00e0 Stanford, comme de nombreux projets universitaires. Avec la micro-informatique puis Internet et la mobilit\u00e9, les industries du num\u00e9rique ont vol\u00e9 de leurs propres ailes sans d\u00e9pendre de l\u2019\u00e9tat f\u00e9d\u00e9ral. La consumm\u00e9risation du march\u00e9 du num\u00e9rique a compl\u00e8tement chang\u00e9 la donne !<\/p>\n<p>______________________<\/p>\n<p>Dans la <a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-2\/\">partie suivante<\/a>, je vais passer en revue les plans industriels de ces 15 derni\u00e8res ann\u00e9es et illustrer le changement de m\u00e9thode de l\u2019Etat apr\u00e8s la fin consomm\u00e9e des Trente Glorieuses. Nous verrons comment l\u2019Etat s\u2019est \u00e9loign\u00e9 de son r\u00f4le de strat\u00e8ge en saupoudrant programmes et subventions au gr\u00e9 de l\u2019influence des lobbies d\u2019industries \u00e9tablies et comment certaines nouvelles m\u00e9thodes le rapprochent d\u2019une d\u00e9marche entrepreneuriale plus \u00e0 la page.<\/p>\n<p>_________________<\/p>\n<p>Voir les six parties de cette s\u00e9rie :<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-1\/\">Partie 1<\/a> : sur les plans industriels des trente glorieuses<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-2\/\">Partie 2<\/a> : sur les plans industriels des ann\u00e9es 2000<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-3\/\">Partie 3<\/a> : sur une d\u00e9finition du r\u00f4le de l&#8217;Etat<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-4\/\">Partie 4<\/a> : sur la mission transversale long terme de l&#8217;Etat<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-5\/\">Partie 5<\/a> : sur la mani\u00e8re dont l&#8217;Etat cr\u00e9\u00e9 un environnement propice \u00e0 l&#8217;entrepreneuriat industriel<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/2016\/etat-strategie-industrielle-5-2\/\">Partie 6<\/a> : sur la mani\u00e8re dont l&#8217;Etat aide les entreprises \u00e0 exporter, puis un framework de plan industriel et enfin, le regard des politiques sur le sujet<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les enjeux technologiques des ann\u00e9es \u00e0 venir ne manquent pas et ils risquent de bien chambouler les \u00e9quilibres industriels mondiaux. Nous avons par exemple l\u2019intelligence artificielle, la robotique, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019environnement et la g\u00e9nomique pour n\u2019en nommer que quelques-uns, tous ayant, de pr\u00e8s ou de loin, un lien avec le num\u00e9rique. A chaque nouvel enjeu, on [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,11,33,12,10,5],"tags":[2043,2728,2725,902,1579,2729,2726,2723,2727,1565,1399,2724],"class_list":["post-12930","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-entrepreneuriat","category-france","category-innovation","category-management","category-startups","category-technologie","tag-airbus","tag-autoroutes-de-linformation","tag-concorde","tag-dassault-systemes","tag-genethon","tag-genomique","tag-loreal","tag-plan-calcul","tag-rapport-thery","tag-sequencage","tag-strategie-industrielle","tag-tgv"],"views":73144,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12930","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12930"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12930\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12930"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.oezratty.net\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}