Les technologies de séquençage du génome humain - 2

Publié le 2 août 2012 et mis à jour le 7 février 2013 - 3 commentaires -
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Dans l’épisode pré­cé­dent de cette série esti­vale sur le séquen­çage du génome humain, nous avons fait le point sur la manière dont l’ADN était construite en la décor­ti­quant comme une pou­pée russe. Nous avons notam­ment décrit ses “bases”, les pri­mi­tives de la molé­cule, puis les séquences codantes et non codantes qui condi­tionnent les gènes et leur expres­sion dans les cellules.

Dans cette seconde par­tie, nous allons étudier les tech­niques et appa­reillages mis en œuvre pour séquen­cer l’ADN en nous foca­li­sant sur le cas de l’ADN du génome humain.

Il existe plu­sieurs méthodes de séquen­çage de l’ADN, la plus cou­rante au départ étant celle de San­ger. Le séquen­çage de l’ADN est un pro­ces­sus chi­mique com­plexe qui com­prend de nom­breuses étapes. Cela explique pour­quoi et San­ger et Gil­bert qui est avec Maxam créa­teur d’une autre méthode de séquen­çage main­te­nant aban­don­née ont tous les deux obtenu le prix Nobel de chi­mie et pas de médecine !

Le séquen­çage de l’ADN s’appuie sur des étapes com­munes aux dif­fé­rentes méthodes employées que je résume et vul­ga­rise comme suit sachant que le séquen­çage pro­pre­ment dit com­mence à la cin­quième étape de ce processus :

1) La sélec­tion des cel­lules des­ti­nées au séquen­çage, en géné­ral, les lym­pho­cytes du sang pour ce qui est des recherches cli­niques et bio­lo­giques classiques.

2) L’extrac­tion de l’ADN des cel­lules et leur puri­fi­ca­tion, qui passe par le broyage des cel­lules et l’élimination de ce qui ne nous inté­resse pas, à savoir prin­ci­pa­le­ment les lipides et protéines.

3) Le décou­page des brins d’ADN à dif­fé­rents endroits connus à l’avance qui per­mettent de sélec­tion­ner les por­tions à étudier et qui s’appuie sur des enzymes de restriction.

4) La mul­ti­pli­ca­tion de ces brins pour aug­men­ter leur nombre par mil­lions et faci­li­ter la lec­ture des résul­tats dans les phases sui­vantes. Celle-ci s’appuie le plus sou­vent sur de la PCR.

5) Le séquen­çage pro­pre­ment dit s’appuie sur une répli­ca­tion des brins d’ADN s’arrêtant de manière aléa­toire sur cha­cune des bases de l’ADN. Elle génère une soupe avec des brins de dif­fé­rente taille dont les extré­mi­tés sont mar­quées, sou­vent par fluo­res­cence, afin que l’on puisse iden­ti­fier les quatre bases de l’ADN qui sont à leur extré­mité. On trie alors par taille ou lon­gueur les brins rognés et mar­qués, ce se fai­sait au départ sur des gels mais exploite main­te­nant dif­fé­rentes tech­niques à base de nano­tech­no­lo­gies dans les séquen­ceurs de der­nière génération.

6) La lec­ture des résul­tats, his­to­ri­que­ment faite sur un gel sur quatre colonnes avec des traits indi­quant la pré­sence des quatre bases.

7) Leur exploi­ta­tion pour recol­ler les mor­ceaux et recons­ti­tuer le frag­ment d’ADN ou l’ADN com­plet que l’on sou­haite séquen­cer, sachant que le pro­ces­sus est géné­ra­le­ment redon­dant pour détec­ter et sup­pri­mer les erreurs de séquençage.

Cycle Sequencage ADN

La variantes de pro­ces­sus de séquen­çage concernent en par­ti­cu­lier le moment où l’on fait une PCR pour démul­ti­plier les brins et sur la paral­lé­li­sa­tion du trai­te­ment de chaque brin issu du pre­mier décou­page de l’ADN.

Nous allons exa­mi­ner ce pro­ces­sus étape par étape sachant que c’est dans la cin­quième par­tie que nous dépar­ta­ge­rons les grandes méthodes de séquen­çage et notam­ment celles qui font appel à du séquen­çage mas­si­ve­ment paral­lèle. Le tout dans le troi­sième article de cette série d’été.

Etape 1 : sélec­tion des cellules

Le poids de l’ADN repré­sente envi­ron 1% de celui des cel­lules. Un corps humain adulte com­prend donc envi­ron 600g d’ADN… ce qui n’est pas rien ! En prin­cipe, on peut séquen­cer l’ADN à par­tir de n’importe quelle cel­lule, y com­pris une cel­lule d’un orga­nisme cli­ni­que­ment mort, voire même fos­si­lisé. L’ADN le plus ancien qui ait été récu­péré était celui d’un coléo­ptère du cré­tacé vieux de plus de 120 mil­lions d’années (source) ! Tout dépend du maté­riau vivant dont on dis­pose et aussi de l’usage qui est fait du séquen­çage : iden­ti­fi­ca­tion d’un gène, séquen­çage com­plet de l’ADN, test de pater­nité, recon­nais­sance d’individus dans le cadre de la police scien­ti­fique, etc. Dans ce der­nier cas, tout est bon à prendre : che­veux, salive ou sperme. Mais le pro­ces­sus d’extraction de l’ADN est faci­lité par l’usage de cel­lules issues de liquides bio­lo­giques, et en par­ti­cu­lier du sang.

Pour le séquen­çage d’ADN com­plet, on passe géné­ra­le­ment par le sang qui est pré­levé de manière clas­sique dans le pli du coude comme dans toute prise de sang. Les cel­lules san­guines pré­sentent la par­ti­cu­la­rité de ne pas se divi­ser  - elles sont géné­rées dans les os - et donc d’avoir un ADN qui ne se pré­sente pas sous forme de chro­mo­somes diploïdes (avec l’ADN répli­qué autour du cen­tro­mère) mais de simple brin autour d’un cen­tro­mère. Le sang pré­levé subit un trai­te­ment chi­mique et de de cen­tri­fu­ga­tion pour en extraire les lym­pho­cytes, un des types de glo­bules blancs (voir ici). Ceux-ci ne repré­sentent que 1% de la com­po­si­tion du sang. On a donc les cel­lules. Etape sui­vante : récu­pé­rer l’ADN qu’elles contiennent.

Etape 2 : extrac­tion de l’ADN des cellules

L’ADN est confiné dans le nucléole au sein du noyau des cel­lules. Com­ment fait-on pour se débar­ras­ser non seule­ment de tout ce qu’il y a autour du nucléole dans les cel­lules mais de tous les autres com­po­santes, notam­ment pro­téi­niques, des cellules ?

En pra­tique, cha­cun peut ten­ter l’expérience avec les moyens du bord et des oignons ou des bananes (cf ici). On détruit la paroi cel­lu­laire (lyse) par trai­te­ment méca­nique (écra­se­ment dans un mor­tier) en pré­sence de sel. Un sol­vant orga­nique comme du liquide vais­selle est uti­lisé pour élimi­ner les lipides, pro­téines et autres acides des cel­lules. On filtre alors le résul­tat et on récu­père l’ADN par pré­ci­pi­ta­tion dans l’alcool. L’ADN peut être coloré pour être rendu visible à l’œil nu sous forme de pelotes de filaments.

En labo­ra­toire, c’est un peu plus com­pli­qué car l’objectif est d’obtenir un ADN puri­fié vrai­ment débar­rassé de tout le reste des cel­lules. Après broyage des cel­lules, on dis­sout le résul­tat avec une solu­tion de lyse comme le Buf­fer P2 de Qia­gen (37€ le demi-litre). Cer­taines solu­tions de lyse vont jusqu’à 2500€ le litre (le Tri­zol LS Reagent). Cette solu­tion va dis­soudre les lipides et déna­tu­rer les pro­téines (déplier leur struc­ture molé­cu­laire tri­di­men­sion­nelle). Cela va notam­ment dis­soudre les pro­téines de la chro­ma­tine comme les his­tones autour des­quelles l’ADN est enroulé.

Il existe des machines spé­cia­li­sées dans la pré­pa­ra­tion des cel­lules comme la Qia­gen Tis­sue­Ly­ser II (ci-dessous) qui opti­mise en broyage des cel­lules en asso­ciant la cen­tri­fu­ga­tion et l’usage de micro­billes de 0,1 microns. Au pas­sage, cela per­met de vendre du consom­mable, le busi­ness model de base de tous les fabri­cants de ces ins­tru­ments de labo­ra­toire, même si ces der­niers res­tent assez chers (5700€ pour le Qiagen).

Qiogen TissueLyser II

On élimine ensuite les pro­téines avec dif­fé­rents sol­vants comme le dodé­cyl­sul­fate de sodium (SDS, uti­lisé dans les déter­gents domes­tiques ou le den­ti­frice) et avec de la pro­téi­nase K, une enzyme qui les digère. Dans l’éprouvette, l’ADN est récu­péré par décan­ta­tion ou cen­tri­fu­ga­tion (cf cen­tri­fu­geuse eppen­dorf ci-dessous). Enfin, on la pré­ci­pite avec de l’éthanol et on la net­toie ensuite avec du phé­nol et du chlo­ro­forme pour la débar­ras­ser de tous les sol­vants utilisés.

Eppendorf-5804R_Multipurpose-Centrifuge-open

Tout ce pro­ces­sus peut durer plu­sieurs heures lorsqu’il est réa­lisé “à la mano”. Et on n’a pas encore démarré le séquen­çage pro­pre­ment dit ! En fait, le pro­ces­sus d’extraction d’ADN a lui aussi béné­fi­cié de pro­grès tech­no­lo­giques ces der­nières années. Il en va ainsi du sys­tème Quick­Gene 810 (ci-dessous) créé par Fuji­film Life Science et dis­tri­bué par Kurabo qui per­met de gérer tout ce pro­ces­sus en 6 minutes pour extraire l’ADN du sang. Au lieu de la cen­tri­fu­ga­tion, il uti­lise un sys­tème de fil­tra­tion sous pres­sion à base de nano-membranes.

QuickGene 810

Il existe même des solu­tions encore plus simples à base de seringues d’extraction d’ADN comme le Pin­point Slide DNA Iso­la­tion Sys­tem de Zymo Research. Mais la diges­tion des pro­téines à base de Pro­téi­nase K dure tout de même 4 heures. Dans la même veine, il y a aussi le Leu­ko­LOCK de la société Ambion qui est spé­cia­lisé sur l’extraction d’ADN de cel­lules san­guines. Ainsi que le MELT égale­ment de Ambion, uti­li­sable pour les autres types de cel­lules et qui uti­lise une com­bi­nai­son pro­prié­taire d’enzymes. Enfin, citons le kit Agen­court Gen­find v2 de Beck­man Coul­ter qui fonc­tionne avec du sang  et du sérum et uti­lise une tech­no­lo­gie à base de magné­tisme, la tech­nique de “Solid Phase Rever­sible Immo­bi­li­za­tion”, qui per­met une extrac­tion en moins de 3 heures avec un haut ren­de­ment. Cette forme d’extraction est uti­li­sée à la fois au début du pro­ces­sus, au niveau de l’extraction, et ensuite, après PCR.

On n’en a pas encore ter­miné car il faut main­te­nant puri­fier l’ADN ainsi obtenu. On peut aussi le faire par pré­ci­pi­ta­tions suc­ces­sives dans l’éthanol ou par chro­ma­to­gra­phie. En ajou­tant du sel (NaCl), on fait appa­raitre l’ADN sous la forme d’un “nuage de méduse” qui est une pelote de longs fila­ments d’ADN dépliés. Et cela res­semble à ça quand on en a une grande quan­tité (photo prise au Géné­thon à Evry) :

ADN dans ethanol

D’un point de vue pra­tique, l’ADN extrait peut-être conservé à sec après séchage sous vide ou être dis­sous dans de l’eau pure ou dans un mélange tri­shy­droxy­mé­thy­la­mi­no­mé­thane et acide éthy­lène diamine tétra-acétique, com­mu­né­ment appelé Tris-EDTA.

Etape 3 : découpage

Après l’étape 2, nous avons obtenu des micro­grammes d’ADN puri­fié. Alors, on le séquence direc­te­ment ? Bien non. On va en géné­ral d’abord le décou­per en mor­ceaux, puis “ampli­fier” ces mor­ceaux en les répli­quant. Tout du moins pour la plu­part des méthodes de séquen­çage de pre­mière et de seconde génération.

Le décou­page s’effectue à l’aide de pro­téines spé­cia­li­sées, les enzymes de res­tric­tion, qui vont lit­té­ra­le­ment cou­per l’ADN en deux. Elles opèrent au niveau des liai­sons phos­pho­dies­ter qui relient les nucléo­tides entre elles (entre phos­phate et sucre). Ces ciseaux chi­miques coupent l’ADN à des endroits bien pré­cis appe­lés “sites de res­tric­tion” iden­ti­fiés par de courtes séries de 4 à 10 paires de bases. Dans le milieu natu­rel, ces enzymes de res­tric­tion sont uti­li­sées par les bac­té­ries pour se pro­té­ger des virus bac­té­rio­phages qui les attaquent. En gros, elles taillent en pièces l’ADN de ces virus.

Enzyme restriction

La cou­pure opé­rée par les enzymes de res­tric­tion touche les deux brins de l’ADN. Elle a lieu entre liai­sons du même type (A-G et G-A par exemple) au milieu ou pas de la séquence de paires de bases et sur des séquences palin­dro­miques, à savoir des séquences ou les deux brins sont symé­triques l’un de l’autre comme illus­tré ci-dessous. L’exemple ci-dessous à gauche pré­sente le ciseau de l’enzyme EcoRI qui pro­vient de la bac­té­rie Esche­ri­chia Coli. Celui de droite cor­res­pond à l’enzyme SmaI issue de la bac­té­rie patho­gène Ser­ra­tia mar­ces­cens, une habi­tuée des infec­tions noso­co­miales.

Exemples Enzymes Restriction

La contra­po­sée des enzymes de res­tric­tions (endo­nu­cléases) sont les ADN ligases qui peuvent rac­com­mo­der des brins d’ADN cas­sés. Elles opèrent lors du pro­ces­sus de répli­ca­tion natu­rel de l’ADN ou bien dans les tech­niques de génie génétique.

Les enzymes de res­tric­tion ont été décou­vertes à la fin des années 1970 par Hin­dII et leur inven­taire réa­lisé dans les années 1970 par Aber, Nathans et Smith (tous prix Nobel). Parmi les appli­ca­tions de ces décou­vertes, on compte la fabri­ca­tion d’insuline humaine syn­thé­tique à par­tir de bac­té­ries Esche­ri­chia Coli, en lieu et place de l’insuline à base de pan­créas de porc qui ne pou­vait pas être pro­duite en volume et qui n’était pas par­fai­te­ment bio­com­pa­tible avec le corps humain.

A ce jour, on a iden­ti­fié envi­ron 3000 enzymes de res­tric­tion s’appliquant à l’homme et 600 d’entre elles sont cou­ram­ment exploi­tées dans la pré­pa­ra­tion de l’ADN pour son séquen­çage. Mais elles ont plein d’autres uti­li­tés dans l’industrie, la chi­mie - comme avec les enzymes glou­tons des les­sives –, l’agriculture et la santé.

On dis­tingue trois types d’enzymes de res­tric­tion. Les enzymes de type I et de type III recon­naissent des sites de res­tric­tion mais coupent l’ADN en un endroit aléa­toire pou­vant être à 25 jusqu’à 1000 paires de base du repère (type I et III). les enzymes type II coupent l’ADN à l’endroit de la séquence reconnue.

Pour le séquen­çage de l’ADN, on essaye de cou­per celle-ci pour créer des mor­ceaux fai­sant moins que 1 mbases (1 mil­lion de paires de bases). Comme il y a envi­ron 3 mil­lions de bases dans l’ADN haploïde (hors phase de dupli­ca­tion) et plus de 23000 gènes iden­ti­fiés, cela veut dire que les enzymes de res­tric­tion couvrent une par­tie seule­ment du génome et qu’elles per­mettent de séquen­cer des mor­ceaux d’ADN qui com­prennent par­fois plu­sieurs gènes.

D’un point de vue pra­tique, le décou­page de l’ADN pour son séquen­çage va s’appuyer sur l’emploi de cartes de res­tric­tions qui font l’inventaire des sites de res­tric­tion connus dans l’ADN humain. On trouve d’une part des bases de don­nées de “ciseaux” qui per­mettent de décou­per un frag­ment d’ADN iden­ti­fié à un endroit donné comme la NEB­Cut­ter V2 ou le Web­Cut­ter qui par­tagent comme de nom­breux sites web de géné­tique un look très années 1990. Une fois qu’on a choisi ses ciseaux, il faut trou­ver les enzymes asso­ciées. On peut aller taper dans une base d’enzymes de res­tric­tion comme Rebase. Et après ? On achète les enzymes chez le mar­chand d’enzymes ! Il y en a des dizaines dans le monde et ils sont notam­ment réper­to­riés ici. Par exemple, chez New England Bio­labs, on pourra trou­ver la Sacl qui coupe la séquence symé­trique GAGCTC comme indi­qué ci-dessous. On trouve aussi des gros­sistes et reven­deur comme le fran­çais Ozyme. Chaque pack d’enzyme coute envi­ron 50€.

Exemple Enzyme de Restriction

On fait agir les enzymes avec l’ADN dans de l’eau puri­fiée com­plé­tée d’une solu­tion tam­pon (buf­fer) et dans des petits tubes pla­cés dans un bain marie ou un four à la tem­pé­ra­ture de 37°… celle du corps humain (exemple ci-dessous à droite) ! On a alors comme résul­tat “un” mor­ceau d’ADN qui va pas­ser à l’étape sui­vante de l’amplification, le plus sou­vent par PCR.

Dans cer­taines méthodes de séquen­çage mas­si­ve­ment paral­lèle, on découpe aléa­toi­re­ment l’ADN en mor­ceaux de taille variable pour créer une “biblio­thèque de brins d’ADN” (DNA tem­plate library) qui seront ensuite séquen­cés simul­ta­né­ment. Nous ver­rons cela plus loin dans notre inves­ti­ga­tion du sujet.

IEN2023A Enzyme FreezerFour hybridation

Les enzymes sont conser­vées réfri­gé­rées à des tem­pé­ra­tures com­prises aux alen­tours de -20°C dans des fri­gos de labo qui pré­sentent plu­sieurs par­ti­cu­la­ri­tés : ils sont régu­lés par micro­pro­ces­seurs, dotés d’alarmes sonores lorsque la tem­pé­ra­ture n’est pas la bonne, leur com­pres­seur est en haut du frigo pour faci­li­ter la cir­cu­la­tion de l’air et ils n’ont pas de sys­tème auto­ma­tique de dégi­vrage (qui fait remon­ter la tem­pé­ra­ture à 0°C toutes les 24h dans les congé­la­teurs domes­tiques). Exemple à gauche ci-dessus.

Etape 4 : amplification

Der­nière étape que nous allons abor­der dans cet article, l’amplification. Elle consiste à prendre un brin d’ADN qui a été obtenu par découpe via enzyme de res­tric­tion et à le démul­ti­plier jusqu’à des mil­lions de fois pour en per­mettre le séquen­çage. Il existe plu­sieurs méthodes de mul­ti­pli­ca­tion mais je vais me foca­li­ser ici sur la plus connue et la plus uti­li­sée : la poly­me­rase chain reac­tion (PCR) sachant qu’il en existe plein de variantes.

La PCR est un pro­cédé inventé au milieu des années 1980 et qui a révo­lu­tionné le génie géné­tique. Avec la décou­verte des ADN poly­mé­rases qui inter­viennent dans la répli­ca­tion de l’ADN et des enzymes de res­tric­tion, c’est l’un des maillons clés qui a per­mis le déco­dage du génome humain en 2000.

La PCR est une sorte de pho­to­co­pieuse d’ADN qui per­met de repro­duire rapi­de­ment le pro­ces­sus de répli­ca­tion semi-conservative de l’ADN qui inter­vient dans celui de la divi­sion cel­lu­laire. Il per­met de mul­ti­plier les brins d’ADN par 2, puis 4, puis 8, etc en peu de temps et de géné­rer un échan­tillon de plu­sieurs dizaines de mil­lions de brins d’ADN iden­tiques que l’on pourra ensuite exploi­ter dans le séquen­çage. Cette ampli­fi­ca­tion est ren­due néces­saire du fait des tech­niques de lec­ture optique du résul­tat du séquen­çage que nous ver­rons plus loin. La PCR s’est aussi révé­lée très utile pour éluci­der des crimes lorsque l’on ne dis­pose que d’un tout petit nombre de cel­lules, comme un bout de cheveux.

La PCR fonc­tionne sur un cycle répété n fois qui com­porte trois étapes :

  • La déna­tu­ra­tion, qui sépare les deux brins de l’ADN à séquen­cer par une mon­tée à une tem­pé­ra­ture de 95°C pen­dant une minute. On avait vu dans la pre­mière par­tie de cette série que ceci serait faci­lité par les liai­sons hydro­gènes qui relient les bases dans l’hélice d’ADN, ces liai­sons étant à faible énergie.
  • L’hybri­da­tion, où l’on ajoute de courtes amorces nucléo­ti­diques de syn­thèse d’entre 18 et 24 bases qui sont com­plé­men­taires des deux extré­mi­tés du brin d’ADN à ampli­fier. L’opération a lieu à 50°C-60°C pen­dant moins d’une minute.
  • La poly­mé­ri­sa­tion où l’on fait agir des ADN poly­mé­rases (exemple ci-dessous) pour créer un brin com­plé­men­taire de cha­cun des deux brins sépa­rés par la déna­tu­ra­tion. Ces ADN poly­mé­rase savent iden­ti­fier les amorces et déclen­cher la “pho­to­co­pie” de l’ADN par ajout de nucléo­tides com­plé­men­taires des paires de bases. On ajoute pour ce faire dans la solu­tion les quatre nucléo­tides (dATP, dTTP, dCTP, dGTP) qui vont se lier à cha­cune des nucléo­tides com­plé­men­taires des deux brins. L’élongation com­mence à par­tir des amorces créées lors de l’hybridation et se pour­suit jusqu’à la géné­ra­tion de deux copies à l’identique du brin d’ADN ini­tial. On obtient alors quatre brins d’ADN. L’opération a lieu à 72°C pen­dant deux minutes.

Cycle PCR

On obtient ainsi un nombre de copies qui est une puis­sance de 2 du nombre de cycles qui durent cha­cun trois minutes. Il faut au moins une tren­taine de cycles pour obte­nir un échan­tillon conve­nable pour la suite des événe­ments. Mais le nombre de cycles dépen­dra bien entendu de la taille de l’échantillon ini­tial d’ADN. Une PCR durera entre 1h et 2h. Il existe des méthodes de PCR dites “temps réel” avec plein de variantes qui per­mettent de réduire le nombre de cycle grâce à une mesure temps réel du nombre de cycles avec un mar­queur fluo­res­cent. Cela per­met d’arrêter la PCR lorsque l’on dis­pose d’un échan­tillon suf­fi­sant alors qu’en PCR clas­sique, on n’obtient cette mesure qu’à la fin des cycles.

Cycle PCR

Quid des appa­reils de PCR et des consom­mables ? Les appa­reils sont une autre sorte de fours que ceux que nous avons vu pour le décou­page de l’ADN à séquen­cer. Il s’agit de ther­mo­cy­cleurs. Dans les sys­tèmes PCR temps réel deve­nus stan­dards, ils exploitent un spec­tro­fluo­ri­mètre qui mesure la fluo­res­cence per­met­tant de mesure l’avancement de la PCR et de l’arrêter lorsque l’échantillon obtenu est suf­fi­sant. Ces appa­reils ne servent plus prin­ci­pa­le­ment au séquen­çage, mais à l’identification de gènes dans des échan­tillons d’ADN. Ils sont capables de mener des PCR en paral­lèle sur des dizaines d’échantillons d’ADN dif­fé­rents sélec­tion­nés en fonc­tion des gènes recher­chés. La ABI Prism 7900HT ci-dessous est ainsi capable de mener 384 ana­lyses en parallèle !

ABI Prism 7900HT

Il existe une variante de la PCR : l’emPCR ou “emul­sion PCR” qui exploite une biblio­thèque de frag­ments d’ADN géné­rée par frag­men­ta­tion aléa­toire d’ADN géno­mique. Chaque frag­ment est atta­ché à une sorte de perle (bead) dont la sur­face est recou­verte d’oligonucléotides. L’ensemble est inté­gré dans une émul­sion eau-lipide. Chaque perle est enfer­mée dans sa bulle de lipide au sein de laquelle aura lieu une mini-PCR qui va répli­quer le brin d’ADN qui y est rat­ta­ché, les répli­cats étant atta­chés à la perle. On verra com­ment cette tech­nique est uti­li­sée dans cer­tains séquen­ceurs mas­si­ve­ment parallèles.

Côté consom­mables, les packs de nucléo­tides en solu­tions salines valent la peau des fesses : plus de 200€ par milli-litre mais cela s’utilise heu­reu­se­ment en toute petit quan­tité par PCR ! L’ADN poly­mé­rase est tout aussi chère tout comme les amorces. Nous sommes déjà pas­sés par une bonne demi-douzaine d’appareils dif­fé­rents et nous n’avons tou­jours pas démarré le séquen­çage ! Ce qui me laisse son­geur quand on parle de séquen­çage à $100. Ce prix cor­res­pon­dra peut-être au consom­mable du séquen­çage à pro­pre­ment par­ler. Mais il n’est pas évident qu’il intègre aussi toutes ces étapes que nous venons de trai­ter, sans comp­ter l’amortissement de toutes ces machines et la main d’œuvre.

Je vais m’arrêter ici car le quota de signes et d’illustrations est dépassé. Pro­chain épisode : le séquen­çage, oui, lui, le vrai…

Publié le 2 août 2012 et mis à jour le 7 février 2013 Post de | Santé | 7125 lectures

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Les 3 commentaires et tweets sur “Les technologies de séquençage du génome humain - 2” :

  • [1] - Creation entreprise (@crea_entreprise) a écrit sur Twitter le 2 août 2012 :

    Les tech­no­lo­gies du séquen­çage du génome humain - 2 http://t.co/MO5fqHH2 #inno­va­tion: Les tech­no­lo­gies du séquen… http://t.co/F6fyRnB5

  • [2] - patrick a écrit le 14 août 2012 :

    Petite pré­ci­sion:

    Le décou­page de l’ADN n’est pas for­ce­ment une étape néces­saire au séquen­cage de l’ADN. Effec­ti­ve­ment plu­sieurs tech­niques majeures d’aujourd’hui découpent, mais la plu­part des tech­niques à base de San­ger passent direc­te­ment à l’étape PCR, qui elles génèrent des frag­ments de 100 à 1000 bases.

    Les nvelles tech­niques à base de nano­pores iront très très vite car l’ADN ne devrait pas etre coupé, mais seule­ment déroulé et ana­lysé lors de son pas­sage dans ces fameux nanopores.

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 14 août 2012 :

      En effet, je viens d’ajouter cette pré­ci­sion dans le texte.

      Pour les tech­no­lo­gies à base de nano­pores que je suis en train d’étudier pour l’article sui­vant, j’ai vu que les brins d’ADN séquen­çables peuvent être plus longs, de plu­sieurs mil­liers voires dizaines de mil­liers de bases et qu’effectivement, on n’a pas for­cé­ment besoin de l’étape de “décou­page”. Mais cela dépend un peu des technos.




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Avec Marie-Anne Magnac, j'ai lancé #QFDN, l'exposition photo des femmes du numérique. Installée depuis le 16 octobre 2012 à l'espace Soleilles Cowork de Paris, elle a aussi été présentée et sera présentée dans différentes manifestations. Et je continue régulièrement à enrichir les 200 portraits initiaux de l'opération !
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Cocktail Orange France lors de la Conférence LeWeb 2012 le 8 décembre 2012. Conférence annuelle des anciennes de l'ESCP organisée au siège du MEDEF le 17 janvier 2013. Conférence La journée de la femme Digitale organisée par Catherine Barba et Delphine Rémy-Boutang le 8 mars 2013. Conférence Osons la France le 5 avril 2013, à l’Espace Cardin. MipTV au Palais des Festivals de Cannes des 8 au 11 avril 2013. Au Web2Day, organisé à Nantes les 16 et 17 mai 2013. A Futur en Seine, organisé en Ile de France par le pôle de compétitivité Cap Digital, dans le cadre du Village des Innovations au 104 à Paris, du 13 au 16 juin 2013. Dans la conférence USIevents, organisée par la SSII Octo et destinée aux DSI, les 24 et 25 juin 2013 au Palais Brongniard.

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“Il parait que les bonnes entreprises innovantes sont toujours sur le fil rouge....”
“Je lis ce guide depuis 2011, c'est LA mine d'or des startuper en herbe, et des plus aguerris ! Un grand merci à Olivier Ezratty et tous les experts qui ont contribué à cette 17 ème édition ! A bientôt, Yanis K....”
“Non, position différente des acteurs. Apple est un "problème" dans le rapport. Un grand américain qu'il faut juguler/réguler et qui pourrait/devrait contribuer au financement de la culture, même si les yeux sont plu...”
“Merci de ces éclarcissements à travers cet article très bien rédigé et qui résume les grandes lignes du rapport Lescure notamment. Oui Michel Nizon, votre constat met en lumière la french -don't- touch !...”
“Blog très didactique de @olivez sur les composants optoélectroniques @BellLabs @Alcatel_Lucent...”


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Les clivages de la présidentielle 2012 sur le numérique :
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Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays : Chine (2010) à Shanghai et Beijing Corée du Sud (2009) à Séoul Israël (2010) à Tel Aviv Japon (2009) à Tokyo Japon (2011) au CEATEC de Tokyo Japon (2012) au CEATEC de Tokyo Silicon Valley (2007) Silicon Valley (2011)