ePawn et sa plateforme de jeu Arena

Publié le 15 janvier 2012 - Commenter -
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Il est de bon ton d’être scep­tique sur le deve­nir de l’industrie de l’électronique grand public en France, voire en Europe. Les délo­ca­li­sa­tions en Chine et les lacunes dans le design et le mar­ke­ting tout comme dans le finan­ce­ment sont sou­vent évoquées pour expli­quer la fai­blesse de cette industrie.

Pour­tant, il n’y a pas de fata­lité à ce que les entre­prises euro­péennes et fran­çaises ne réus­sissent pas dans le domaine. Elles savent être inno­vantes. Elles ont des atouts et ont besoin d’être pro­mues. Nous avons tout de même Par­rot, Archos, LaCie ainsi que WiThings pour ne citer que les plus connues. Ce der­nier est une société rela­ti­ve­ment récente et qui se déve­loppe très bien à l’international. Je les vois au CES de Las Vegas depuis deux ans main­te­nant. Il y en a d’autres moins connues comme AWOX (box TV/multimédia), Boo­keen (liseuses) ou Memup (tablettes). Cer­tains sont cités dans “Les der­niers mohi­cans de la high-tech fran­çaise” de Maxime Amiot paru récem­ment dans Les Echos.

J’ai eu l’occasion de décou­vrir ces der­niers mois une star­tup de ce sec­teur d’activité qui devrait faire un car­ton et qui méri­te­rait d’être bien sou­te­nue par l’écosystème fran­çais : ePawn. La société a été créée par Chris­tophe Duteil (Pré­sident) et Valen­tin Lefèvre (CTO), ancien cofon­da­teur et CTO de Total Immer­sion, le lea­der fran­çais de la réa­lité aug­men­tée. Les deux se sont ren­con­trés chez Tha­lès dans leur vie antérieure.

J’ai exper­tisé la star­tup pour le compte de Scien­ti­pôle Ini­tia­tive et l’ai ensuite croi­sée au Grand Prix de l’Innovation de la Ville de Paris dans la caté­go­rie numé­rique où ils sont arri­vés seconds. Enfin, ils étaient pré­sents cette année 2012 au Consu­mer Elec­tro­nics Show de Las Vegas.

La tablette Arena

Que font-ils donc ? Ils pro­posent une pla­te­forme de jeu inter­ac­tive basée sur un écran de grand for­mat : 23 pouces pour le pro­to­type et 26 pour le pro­duit fini. Elle détecte la posi­tion, l’orientation et la hau­teur d’objets posés et dépla­cés des­sus. Le tout fonc­tionne en temps réel et avec une flui­dité éton­nante. Allez voir cette vidéo sur Dai­ly­Mo­tion qui pré­sente le fonc­tion­ne­ment de la tablette.

Les usages couvrent tous les jeux de société qui vont asso­cier le vir­tuel et le monde réel avec ces pions.

ePawn se posi­tionne sur le mar­ché grand public pour la vente de ses pla­teaux de jeux mul­ti­mé­dia. La tablette pour­rait aussi ser­vir dans l’éducation en mater­nelle, et aussi pour les wargames.

Table ePawn

Com­ment ça marche ?

Chaque pion com­prend un com­po­sant élec­tro­nique pour l’instant actif (avec pile) qui est détecté par une matrice souple – et bre­ve­tée - située der­rière la dalle LCD stan­dard. Celle-ci peut détec­ter en temps réel la posi­tion, l’orientation et la hau­teur de plu­sieurs dizaines de pions simul­ta­né­ment. Dans sa pre­mière mou­ture, la tablette aura une épais­seur de un cen­ti­mètre. Son for­mat pourra évidem­ment évoluer en fonc­tion des tech­no­lo­gies d’écrans, pour­quoi pas avec des écrans OLED souples et dérou­lables… comme un tapis de jeu ! Et les pions pour­ront à terme deve­nir pas­sifs, sans besoin de pile. Et même pou­voir se déplacer !

La pla­te­forme de jeu d’ePawn n’est pas un ordi­na­teur mais plu­tôt un double péri­phé­rique doté d’un micro­con­trô­leur. Il ne contient ni pro­ces­seur, ni mémoire, ni de sup­port de sto­ckage, ce qui per­met d’avoir un cout de pro­duc­tion très rai­son­nable. Il se connecte à tout mobile ou ordi­na­teur tour­nant pour l’instant sous iOS, Android ou Win­dows. Dans le cas de l’iPhone ou de l’iPad, cela passe par un câble qui se connecte sur la prise stan­dard Apple qui intègre une sor­tie HDMI. Via un pilote de péri­phé­rique, les jeux tour­nant sur ces outils cou­rants vont iden­ti­fier la posi­tion des pions et envoyer en retour l’image ani­mée du jeu sur l’écran. Toute l’intelligence du jeu est dans ces ordi­na­teurs fixes ou mobiles. L’intérêt est qu’il est facile d’adapter des jeux exis­tants à cette plateforme.

La tablette est sinon conçue pour fonc­tion­ner de manière auto­nome pen­dant plu­sieurs heures. Elle exploi­tera une bat­te­rie plate Lithium-Polymère simi­laire à celles que l’on trouve dans l’iPad. C’est tout à fait fai­sable ! J’avais pu voir des écrans de TV Sharp de plus grand for­mat que le 23 pouces ali­men­tés ainsi par bat­te­rie au CEATEC de Tokyo en octobre dernier.

Le mar­ché d’ePawn

Le mar­ché d’ePawn est nou­veau en soi. Il s’appuie cepen­dant sur deux socles assez solides : d’un côté, un mar­ché des jeux qui se porte bien, et plus pré­ci­sé­ment celui des jeux de société, et de l’autre, le mar­ché des smart­phones, tablettes et autres PC qui ne sont pas des concur­rents mais au contraire des outils sur les­quelles la tablette d’ePawn se connecte. Le besoin est latent : com­ment béné­fi­cier d’un meilleur lien entre le monde réel (des pions de jeux) et le vir­tuel (les jeux vidéo). Les fran­chises de jeux clas­siques style Mono­poly sont toutes à la recherche de solu­tions inno­vantes pour se renou­ve­ler. Sans comp­ter les éditeurs de jeux qui viennent du monde vir­tuel et qui cherchent à rendre plus tan­gibles leurs jeux.

Le modèle écono­mique d’une telle star­tup est mul­tiple : au départ, vendre ses tablettes de jeu. Mais ensuite, cela peut débou­cher sur la vente des pions adap­tés ou leur vente sous forme de royal­ties. Cela peut géné­rer un volume d’affaire récur­rent pour chaque tablette ven­due. Le tout avec un bon effet de levier s’appuyant sur les éditeurs de jeux.

Comme toute star­tup qui démarre, ses ambi­tions de départ sont modestes, mais le poten­tiel de ce mar­ché est énorme si les usages “prennent bien”. Il peut atteindre des cen­taines de mil­liers de tablettes Arena voire bien plus. La tablette pour­rait ensuite se décli­ner sur plu­sieurs for­mats tout comme béné­fi­cier des évolu­tions des tech­no­lo­gies d’affichage.

ePawn a démarré en août 2010 et a pré­senté son pro­to­type dans dif­fé­rents salons et notam­ment à l’E3 de Los Angeles en juin 2011, Spiel à Essen en octobre 2011 et la Game Connec­tion Europe à Paris en décembre 2011. Enfin, ils étaient pré­sents au CES 2012. L’accueil des médias spé­cia­li­sés dans les jeux a été jusqu’à pré­sent excellent. Il leur reste à enclen­cher le déve­lop­pe­ment de jeux sup­por­tant la tablette et à en livrer une pre­mière ver­sion indus­tria­li­sée. Celle-ci devrait être com­mer­cia­li­sée aux alen­tours de 400€.

La concur­rence ? La prin­ci­pale pro­vient des tablettes elles-mêmes, style iPad. Mais celles-ci ne savent pas détec­ter plus de deux objets dans le meilleur des cas et qui plus est, ne peuvent détec­ter leur orien­ta­tion ni leur hau­teur. Elles sont donc très limi­tées pour la mise en place de jeux de société tels que ceux qui sont per­mis par l’Arena d’autant plus que leur sur­face est très réduite.

Leur pré­sence au CES

Der­nière ren­contre avec les fon­da­teurs de ePawn : le CES où ils expo­saient pour la pre­mière fois, dans la zone “gaming” située dans le South Hall.

ePawn CES 2012

Au der­nier jour du salon, le bilan était très posi­tif pour eux. Ils ont pu ren­con­trer de nom­breux médias, notam­ment amé­ri­cains (Forbes, Engad­get, Gama­su­tra, Gamer­tell, Uber­gizmo) mais aussi fran­çais (AFP, TF1, GameOne). Et sur­tout des par­te­naires tech­no­lo­giques poten­tiels : construc­teurs de TV et d’accessoires. Et enfin, les plus impor­tants d’entre eux, les éditeurs de jeux.

Les besoins de la startup

Pour se déve­lop­per, une telle star­tup a évidem­ment besoin de cash, des cen­taines de mil­liers d’Euros pour com­men­cer et rapi­de­ment des mil­lions d’Euros pour décol­ler. Il faut finan­cer les pre­mières pro­duc­tions de tablettes à l’échelle indus­trielle (en France pour démar­rer) et il faut abor­der le mar­ché inter­na­tio­nal car les don­neurs d’ordre et l’écosystème sont prin­ci­pa­le­ment situés hors de France. Cer­tains éditeurs de jeux fran­çais bien pré­sents à l’international comme Activision-Blizzard, Ubi­soft et Game­loft pour­raient sup­por­ter cette nou­velle pla­te­forme pour déve­lop­per leur acti­vité en tirant parti de cette belle inno­va­tion. Et lui don­ner un bon coup de pouce par la même occasion !

A bons entendeurs !

Publié le 15 janvier 2012 Post de | Innovation, Loisirs numériques, Startups | 5251 lectures

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