Les clivages de la présidentielle sur le numérique 3

Publié le 22 février 2012 et mis à jour le 18 mars 2012 - 7 commentaires -
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Après une vue d’ensemble des par­ties pre­nantes et un point sur les cli­vages por­tant sur les entre­prises inno­vantes, voici la suite de cette série qui va trai­ter du second des six groupes de cli­vages de la pré­si­den­tielle 2012 que je traite sur le numé­rique : l’enseignement. Sui­vront ensuite le numé­rique dans l’Etat, le très haut débit, l’économie des conte­nus et la régulation.

Clivages Enseignement_thumb[2]

Cli­vages #2 : l’enseignement du numé­rique et de l’entrepreneuriat

Ce sont deux besoins dif­fé­rents mais com­plé­men­taires. Dans les par­tis et syn­di­cats pro­fes­sion­nels, cha­cun s’accorde sur le besoin de déve­lop­per les filières de for­ma­tion au numé­rique pour mieux répondre au besoin des entre­prises. Il faut aussi inté­grer les usages du numé­rique pour pré­pa­rer les jeunes du pri­maire et du secon­daire, ceci rele­vant presque plus de l’éducation civique que d’un appren­tis­sage tech­no­lo­gique. Les cli­vages ? Ils portent sur l’état des lieux, sur l’identification des besoins et sur le rôle res­pec­tif du public et du privé pour y pour­voir. Et sur l’éternel débat : l’éducation prépare-t-elle de futurs citoyens ou des pro­fes­sion­nels, sala­riés ou entrepreneurs ?

Inci­ter les jeunes aux métiers du numérique

A la FIEEC, on pro­pose de “valo­ri­ser les métiers scien­ti­fiques, de la recherche et d’ingénieurs”. D’une manière géné­rale dans la société, mais aussi dans les entre­prises où le pou­voir serait pris par les finan­ciers et ges­tion­naires. Pour l’AFDEL, “le numé­rique est mal connu du grand public et il ne sus­cite pas assez de voca­tions”. Toutes les pro­fes­sions se plaignent d’ailleurs d’un manque de recon­nais­sance, de l’artisanat et agri­cul­teurs aux métiers de l’ingénieur ! Dans le débat sur le numé­rique avec Fran­çois Bay­rou, Marc Simon­cini rap­pe­lait que les métiers du numé­rique sont une solu­tion aux pro­blèmes de l’emploi et de la discrimination.

Tous les élèves des écoles d’ingénieurs iraient-ils donc dans la finance et le conseil ? Si l’on en croit les sta­tis­tiques publiées par L’Etudiant et en com­pi­lant les don­nées d’orientation pro­fes­sion­nelle des jeunes sor­tis d’écoles d’ingénieur variées (groupes A, B, C) sélec­tion­nées parmi les 224 grandes écoles du pays, on voit qu’il y a géné­ra­le­ment bien plus d’étudiants qui s’orientent vers le numé­rique que vers la finance. Même à Poly­tech­nique ! Les excep­tions ? Cen­trale Paris, les Ponts et l’EFREI.

Debouches-Ecoles-Ingenieurs-2011-par[1]

Sur l’ensemble des écoles d’ingénieurs, la ten­dance est à une légère hausse selon l’enquête 2011 de la Confé­rence des Grandes Ecoles. De 9,5% sur les pro­mos 2009 à 10,7% aux pro­mos 2010 dans les métiers des ser­vices infor­ma­tiques ! Ce à quoi il faut ajou­ter les 4% des “indus­tries des tech­no­lo­gies de l’information”, hors ser­vices. Dans le graphe ci-dessous qui réin­tègre les ingé­nieurs des socié­tés de conseil dans leur sec­teur res­pec­tif, le numé­rique se retrouve au troi­sième rang des sec­teurs d’activité après les trans­ports et les cabi­nets de conseil non sec­to­ri­sés. Dans un autre graphe, lié aux fonc­tions exer­cées et pas au sec­teur d’activité des entre­prises, on se rend compte que le total de la R&D infor­ma­tique de ges­tion, de l’informatique indus­trielle et tech­nique et des sys­tèmes, réseaux et télé­com est d’environ 23% des jeunes ingé­nieurs. C’est à mettre en regard des 25% à 29% (selon les périodes) d’offres d’emploi de cadres dans l’informatique qui sont recen­sées par l’APEC. Cette même APEC qui indique que ces offres sont les plus dif­fi­ciles à pour­voir dans les entreprises.

Secteurs-activites-jeunes-ingenieurs

Et ceci ne tient pas compte des offres d’emploi hors cadres / BAC+5 ou la demande est aussi forte, et où le sys­tème d’enseignement Post-BAC a du mal à répondre aux besoins.

Alors, que faire ? L’AFDEL pro­pose la créa­tion d’une Cité du Numé­rique pour expli­quer le numé­rique au grand public. Une idée redon­dante avec un tas d’initiatives natio­nales et régio­nales (Can­tines, Espaces Publics Numé­riques, etc). Elle me rap­pelle un autre machin qui n’a pas fait long feu : le Centre Mon­dial Infor­ma­tique de Jean-Jacques Servan-Schreiber (1981-1986).

On ne trouve pas de pro­po­si­tions d’ordre poli­tique pour inci­ter les jeunes à s’orienter d’abord vers les métiers scien­ti­fiques et tech­niques, puis, plus spé­ci­fi­que­ment, vers le numé­rique. L’essentiel tourne autour des usages, avec notam­ment la géné­ra­li­sa­tion des Espaces Publics Numé­riques, dont il existe une décli­nai­son des­ti­née aux jeunes En effet, le numé­rique est par­tout dans la société fran­çaise. Mais qui dit usage ne dit pas en faire un métier. C’est le para­doxe du déve­lop­pe­ment des loi­sirs numé­riques à grande échelle.

Mais il existe d’autres points noirs dans les usages du numé­rique qu’il faut rap­pe­ler. Ils se situent dans trois segments :

  • Les séniors ! L’UMP pro­pose à ce titre l’équipement des mai­sons de retraite en moyens d’accès à l’Internet tout comme le déploie­ment de ser­vices numé­riques à domicile.

Usage Internet par tranche age_thumb[3]

  • Dans une part de la popu­la­tion que l’on oublie très sou­vent : les 3 mil­lions de per­sonnes illet­trées (à ne pas confondre avec les anal­pha­bètes). Ce sont les per­sonnes qui ont de graves dif­fi­cul­tés à mai­trise de l’écrit, mais ont été sco­la­ri­sées. La moi­tié ont plus de 45 ans, mais les jeunes y sont repré­sen­tés. Ce n’est pas une coïn­ci­dence : 96% des jeunes dis­posent d’un ordi­na­teur à domi­cile et 4,5% sont illet­trés. Il va sans dire que les per­sonnes qui ont perdu la maî­trise de l’écrit ont du mal à s’approprier les usages du numé­rique ! C’est l’un des aspects mécon­nus de la lutte contre la pré­ca­rité, qui est sous la res­pon­sa­bi­lité de l’Agence Natio­nale de Lutte contre l’Illettrisme.

Illettrisme par tranche age_thumb[7]

  • Les TPE/PME de tous sec­teurs qui sont en net retard par rap­port au reste de l’Europe dans l’adoption de sites web et encore plus de sites de vente en ligne. Pas vu grand-chose sur le sujet dans les pro­grammes de campagne !

Le numé­rique à l’école

Cela fait trois décen­nies que l’introduction du numé­rique à l’école est à l’ordre du jour. Cer­tains se rap­pellent des micro-ordinateurs TO7 du pro­gramme Infor­ma­tique pour tous lancé alors que Laurent Fabius était Pre­mier Ministre (1984-1986) ! Pour des rai­sons d’approche (péda­go­gique, ges­tion de pro­jets), de blo­cages divers (conser­va­tisme des ensei­gnants et des syn­di­cats) et de finan­ce­ment (étri­qué), l’équipement numé­rique des écoles a tou­jours été à la traine par rap­port à nos voi­sins. Le sujet est tou­jours à l’ordre du jour mal­gré un taux de péné­tra­tion élevé du numé­rique dans les foyers (PC, haut débit, smartphones).

Dans le pro­gramme de l’UMP de juin 2011, on indique que “les jeunes ne dis­posent pas de com­pé­tences pour pro­fi­ter plei­ne­ment de l’utilisation des TIC”. L’école devrait donc leur apprendre à se ser­vir intel­li­gem­ment du numé­rique pour “les usages per­son­nels et pro­fes­sion­nels” (ce qui est peut-être un peu tôt dans ce der­nier cas). Le plan se pro­pose de reprendre les pro­po­si­tions conte­nues dans le rap­port par­le­men­taire du député Jean-Michel Four­gous, “Réus­sir l’école numé­rique” de février 2010 (326 pages). Il sou­haite en par­ti­cu­lier géné­ra­li­ser l’emploi de livres numé­riques et de tableaux inter­ac­tifs numé­riques. Ci-dessous l’état des lieux peu glo­rieux pour la France en 2009 selon Futu­re­Source Consul­ting. Comme d’habitude, l’équipement ne suf­fit pas. Il faut la péda­go­gie et l’envie qui va avec ! Dans de nom­breux cas où les TBI sont ins­tal­lés dans les écoles en France, ils ne sont pas uti­li­sés ! Ces TBI sont très chers à Alain Made­lin qui équipe cer­tains pays afri­cains en liai­son avec la Délé­ga­tion Inter­mi­nis­té­rielle à l’Education Numé­rique en Afrique.

Pour ce qui est des livres numé­riques, on les consulte sur un navi­ga­teur web clas­sique ou bien sur des tablettes. Est-ce que l’Etat doit faire le lit de socié­tés comme Apple ou Sam­sung au contraire pri­vi­lé­gier des socié­tés fran­çaises comme Archos ? Comme il s’en remet aux acteurs pri­vés, cela en a pris la tour­nure. Le plan “tablette pour 1€ par jour” lancé en sep­tembre 2011 a d’abord été incarné par les offres d’Orange et SFR, où les maté­riels d’Apple et Sam­sung sont pro­po­sés, et avec des offres avec 3G pas si inté­res­santes que cela. Seul Bouygues Télé­com s’est appuyé sur Archos, avec une offre concur­ren­tielle, de 66c par jour. Et pour cause : à for­mat égal, les tablettes Archos sont moins chères que celles de Sam­sung et que les iPad.

TBI-dans-le-monde_thumb

Le plan UMP pro­pose aussi d’introduire une sorte d’éducation civique du numé­rique (c’est mon expres­sion) pour cou­vrir les aspects éthiques et écono­miques du numé­rique en plus des aspects tech­niques. Le déploie­ment des ENT (Espaces Numé­riques de Tra­vail, sortes d’extranet pour les élèves, les ensei­gnants et les parents) est encou­ragé, et la for­ma­tion péda­go­gique des ensei­gnants n’est pas oubliée.

Fleur Pel­le­rin s’est expri­mée sur le sujet du numé­rique à l’école dans ses diverses inter­ven­tions, mais en se pré­oc­cu­pant plus du secon­daire que du pri­maire. Le pro­gramme du PS de juin 2011 com­prend trois lignes sur le sujet : “Ensei­gne­ment ren­forcé des tech­no­lo­gies du numé­rique et de leur usage à l’école et en for­ma­tion conti­nue pour assu­rer aux citoyens une maî­trise des nou­veaux lan­gages de com­mu­ni­ca­tion et de créa­tion“, pour trois pages chez l’UMP. En fait, le numé­rique à l’école est traité par Vincent Peillon, en charge de l’école dans la cam­pagne de Fran­çois Hol­lande. Il a annoncé un grand plan sur la e-éducation fin jan­vier 2012. Ce plan serait peu ou prou dans la lignée de celui de l’UMP en com­bi­nant équi­pe­ment d’un côté et conte­nus / approche péda­go­gique de l’autre. Un point aga­çant : l’annonce a été faite uni­que­ment en vidéo. Il n’y a rien d’écrit. Ca fait désordre pour un tel sujet !

Sinon, ces dif­fé­rents thèmes sont peu pro­mus par les syn­di­cats pro­fes­sion­nels du numé­rique qui se foca­lisent dans leurs reven­di­ca­tions sur les for­ma­tions supérieures.

Les for­ma­tions supé­rieures au numérique

Cha­cun s’accorde à dire que les for­ma­tions supé­rieures au numé­rique sont insuf­fi­santes en volume en France, que ce soit au niveau tech­ni­cien (BAC+2 à BAC+4) ou ingé­nieur (BAC+5 ou plus). Le Syn­tec Numé­rique fait ainsi état d’une créa­tion annuelle de 40000 emplois rien que dans les ser­vices et le logi­ciel. Or seule­ment 9,5% des 100000 ingé­nieurs for­més par les écoles d’ingénieurs toutes caté­go­ries confon­dues vont dans le numé­rique (source: L’Etudiant).

Chez Fran­çois Hol­lande, Fleur Pel­le­rin insiste sur le besoin de relan­cer l’investissement public dans les for­ma­tions supé­rieures, se plai­gnant que les besoins en déve­lop­peurs soient majo­ri­tai­re­ment pour­vus par des écoles pri­vées : celles du groupe IONIS comme EPITA et EPITECH, Supinfo et l’Ecole Euro­péenne des Métiers de l’Internet créée par Xavier Niel, Marc Simon­cini et Jacques-Antoine Gran­jon créée en 2011.

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Il serait inté­res­sant de com­pi­ler des sta­tis­tiques sur le sujet car les for­ma­tions infor­ma­tiques BAC+2/+3 sont abon­dantes dans les IUT et il existe pas mal d’écoles d’ingénieur publiques tour­nant autour de l’informatique : les écoles du groupe de l’Institut Télé­com, Supe­lec, l’ENSEEIHT de Tou­louse, l’ENSIMAG de Gre­noble, l’ESIEE qui dépend de la CCIP, l’EISTI, l’ENSIAME, etc. Mais quand on fait le tour des écoles d’ingénieur fran­çaises, on se rend compte que leur démo­gra­phie thé­ma­tique ne colle pas vrai­ment aux besoins de l’industrie, le numé­rique étant depuis des années devenu le pre­mier pour­voyeur d’emplois d’ingénieurs.

De son côté, l’UMP pro­pose dans son plan de juin 2011 d’encourager la créa­tion de nou­velles filières numé­riques uni­ver­si­taires et dans les grandes écoles ainsi que d’incubateurs dédiés aux entre­prises de l’Internet (encore ce tro­pisme numé­rique = Inter­net…). Le pro­blème ? “Encou­ra­ger” ne veut pas dire grand-chose ! Finan­cer ? Cofi­nan­cer ? Pilo­ter ? Lan­cer ? Créer ? Ce d’autant plus que Laure de la Rau­dière compte sur­tout pour ce faire sur l’autonomie des uni­ver­si­tés garan­tie par la loi LRU de 2007.

Se pose aussi la ques­tion de l’expansion des filières de for­ma­tion mul­ti­mé­dia et numé­rique pré et post-BAC. Les BAC tech­no­lo­giques ont été réno­vés avec la créa­tion des BAC STi2D avec quatre spé­cia­li­tés dont une sur les sys­tèmes d’information et le numé­rique. Il y a 45 DUT en infor­ma­tique dans les IUT en France, avec 87% de taux d’insertion et 96% d’emplois à temps plein. Côté UMP, on met aussi en avant les béné­fices de la réforme des uni­ver­si­tés qui leur donne plus d’autonomie pour lan­cer la créa­tion de nou­veaux cur­sus et mener des par­te­na­riats avec le sec­teur privé.

Les for­ma­tions entrepreneuriales

Ques­tion lan­ci­nante : manque-t-on de finan­ce­ments ou bien de bons pro­jets ? Un bon pro­jet, c’est avant tout une bonne équipe. Et même si ce n’est pas très poli­ti­que­ment cor­rect de le dire, mal­gré l’excellence de nos filières scien­ti­fiques, nos équipes de créa­tion de star­tups ne sont pas encore au niveau des meilleures de pays comme les USA, Israël ou de cer­tains pays asia­tiques. Cela a trait à tout ce qui ne relève pas des “sciences dures”. D’où l’intérêt des for­ma­tions entrepreneuriales.

En une décen­nie, des pro­grès consi­dé­rables ont été réa­li­sés dans les grandes écoles avec la créa­tion de filières entre­pre­neu­riales. Cela concerne aussi bien les grandes écoles d’ingénieurs (Cen­trale, Mines Paris, Télé­com, etc) que les écoles de com­merce (HEC, ESCP, ESSEC, etc), sans comp­ter les MBAs que ces der­nières pro­posent. La plu­part de ces grandes écoles ont ouvert un incu­ba­teur au début ou au milieu des années 2000. Il existe aussi à ce jour 30 incu­ba­teurs reliés aux labo­ra­toires de recherche publics label­li­sés par le Minis­tère de l’Enseignement Supé­rieur et de la Recherche (exemples : Ago­ra­nov, Crea­lys, Incuballiance).

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Le plus signi­fi­ca­tif des incu­ba­teurs en volume de star­tups créées est celui du groupe Télé­com Pari­tech avec envi­ron une qua­ran­taine de star­tups héber­gées en per­ma­nence à Paris et treize à Sophia Anti­po­lis. Rien que dans la majeure entre­pre­neu­riale de Rouen Busi­ness School où je suis inter­venu en sep­tembre 2011, on trouve 79 élèves ! La culture entre­pre­neu­riale se déve­loppe donc bien chez les jeunes. A la fois parce que ceux-ci ont envie de se réa­li­ser mais aussi parce que les grandes entre­prises tra­di­tion­nelles sont par­fois deve­nues des repous­soirs. Là-dessus, il ne faut pas non plus se faire d’idées sur ce qui se passe à l’étranger : moins de 5% des élèves de Stan­ford s’orientent vers la créa­tion de startups !

On peut citer les Pôles Entrepreneurs-Etudiants lan­cés en 2009 par le Minis­tère de l’Enseignement Supé­rieur et de la Recherche, qui servent à sen­si­bi­li­ser les étudiants à l’entrepreneuriat, y com­pris les doc­to­rants, notam­ment ceux des uni­ver­si­tés. Ils s’appuient sur un appel à pro­jets doté de 3m€ pour la créa­tion des pôles, qui sont main­te­nant plus d’une ving­taine, sur un réfé­ren­tiel d’entrepreneuriat pour orien­ter les étudiants, sur un concours des­tiné aux étudiants et le lan­ce­ment de Junior Entre­prises dans les uni­ver­si­tés. En sep­tembre 2011 avaient ainsi lieu “Les 24 heures chrono de l’entrepreneuriat” pour les doc­to­rants CIFRE (tra­vaillant dans des entre­prises en rela­tion avec un labo­ra­toire de recherche public), sortes de Star­tup Wee­kends de cher­cheurs, lan­cées par Novan­cia. Il faut aussi remar­quer la créa­tion du sta­tut de Jeune Entre­prise Uni­ver­si­taire en 2007.

Pour Gilles Babi­net du CNNum, les uni­ver­si­tés ne sont en effet pas en reste. Les entre­prises se mettent à tra­vailler avec elles. Il se créé des fonds d’incubation uni­ver­si­taires et des fonds de clus­ters. Les créa­tions de chaires uni­ver­si­taires vont aussi dans le bon sens pour relie24h_Chrono_02_thumb1r la recherche aux entre­prises. Il faut sur­tout favo­ri­ser la trans­dis­ci­pli­na­rité et rap­pro­cher les étudiants et cher­cheurs de dis­ci­plines com­plé­men­taires qui per­mettent de réus­sir dans le numé­rique : le déve­lop­pe­ment, les mathé­ma­tiques et sta­tis­tiques, la socio­lo­gie, la sémio­lo­gie, le design et le mar­ke­ting. Une solu­tion consiste à les rap­pro­cher phy­si­que­ment dans les uni­ver­si­tés et pôles de grandes écoles, à créer des cur­sus conjoints et plu­ri­dis­ci­pli­naires. Mais ce n’est pas encore inté­gré dans les pro­grammes politiques !

A l’AFDEL, on sou­haite rendre obli­ga­toires les stages de Mas­ters 2 et d’élèves ingé­nieurs et d’écoles de com­merce dans les PME inno­vantes. Pas sûr qu’il faille être aussi coer­ci­tif que cela, d’autant plus que les PME ne pro­posent pas tant de stages que cela car elles n’ont géné­ra­le­ment pas d’équipes en charge des rela­tions avec l’enseignement supé­rieur contrai­re­ment aux grandes entre­prises et leurs DRH. L’initiative pour­rait prendre la forme de l’usage de por­tails de petits annonces de stages ou la créa­tion d’un sys­tème d’intermédiation qui per­met­trait aux PME de publier leurs demandes de stages dans une sélec­tion d’écoles et d’universités de leur choix. Sait-on au juste quelle pro­por­tion des stages de fin d’études ont lieu dans les PME et les grandes entre­prises, sans comp­ter les stages à l’étranger ?

On peut aussi encou­ra­ger l’alternance dans l’enseignement supé­rieur, dans la lignée des périodes dites de “césure” qui durent en géné­ral un an mais sont sou­vent option­nelles. L’expérience montre que les étudiants en appren­tis­sage sont plus à même de s’orienter vers la créa­tion d’entreprise. Il existe cepen­dant un écueil à cor­ri­ger : les can­di­dats à l’apprentissage sont sou­vent ceux qui ne peuvent pas payer des frais de sco­la­rité (3000€ à 8000 € par an dans les busi­ness schools). Théo­ri­que­ment, c’est l’entreprise dans laquelle ils sont inté­grés qui paie ces frais pour eux en affec­tant à l’école une par­tie de leur taxe d’apprentissage. Mais encore faut-il que le mon­tant de la taxe cor­res­ponde au mon­tant des frais de sco­la­rité ; ce qui n’est pas le cas quand l’étudiant intègre en appren­tis­sage une petite entre­prise de quelques sala­riés ! C’est ce qui explique sans doute le fait que les écoles sont réti­centes à aug­men­ter la part des appren­tis dans leurs effec­tifs : elles y perdent de l’argent.

Au Syn­tec Numé­rique on pro­pose la créa­tion d’une for­ma­tion entre­pre­neu­riale foca­li­sée sur le busi­ness et le mar­ke­ting dans la filière du logi­ciel qui ferait inter­ve­nir des entre­pre­neurs et serait finan­cée par des spon­sors. C’est une bonne idée, quoique pas très sca­lable. Il serait inté­res­sant d’y inté­grer la dis­ci­pline du “pro­duct mana­ge­ment”, très impor­tante dans le numé­rique et rare­ment enseignée !

Conclu­sion

Ce sujet ne devrait pas déclen­cher trop de cli­vages poli­tiques, sauf les divi­sions tra­di­tion­nelles droite-gauche sur la prio­rité à accor­der (ou non) à l’enseignement public vis-à-vis du privé.

L’essentiel est de rendre le sys­tème éduca­tif souple et adap­table. Il fut un temps où il sor­tait trop d’ingénieurs en infor­ma­tique par rap­port à la demande (il me semble au début des années 1990 et au début des années 2000). C’est bien beau d’avoir des cur­sus en numé­rique, mais il faut aussi qu’ils soient à la page ! C’est un chan­tier per­ma­nent dans l’enseignement !

L’éducation au numé­rique concerne on l’a sinon vu de nom­breux seg­ments de popu­la­tion à ne pas oublier : les séniors, les illet­trés qu’il faut réin­té­grer dans le monde de l’écrit, et les TPE/PME.

Suite…

Epi­sode sui­vant… le numé­rique dans l’Etat !

La liste com­plète des articles de cette série :

Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 1 : car­to­gra­phie et posi­tion des syn­di­cats pro­fes­sion­nels, et des can­di­dats.
Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 2 : l’environnement des entre­prises inno­vantes
Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 3 : l’enseignement du numé­rique et de l’entrepreneuriat
Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 4 : le numé­rique dans l’Etat
Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 5 : le haut débit et le très haut débit
Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 6 : l’économie des conte­nus et la régulation

Publié le 22 février 2012 et mis à jour le 18 mars 2012 Post de | Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, Politique, Startups | 7117 lectures

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Les 7 commentaires et tweets sur “Les clivages de la présidentielle sur le numérique 3” :

  • [1] - francois momboisse (@fmomboisse) a écrit sur Twitter le 22 février 2012 :

    RT très bon état des lieux de @olivez: les “Cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique” sur l’enseignement : http://t.co/ryMbB3W4

  • [2] - (@olivcim) (@olivcim) a écrit sur Twitter le 22 février 2012 :

    Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 3 http://t.co/KkSgb9XR le feuille­ton conti­nue via @oezratty - Tjs aussi utile

  • [3] - Christian Renard a écrit le 22 février 2012 :

    Merci pour cet excellent article. A relier avec la For­ma­tion des cho­meurs a laquelle le Nume­rique pour­rait don­ner une grande effi­ca­cite multi-dimensionnelle. Il suf­fi­rait de regar­der d’un peu plus pres ce qui se passe en la matiere en Afrique.

  • [4] - Malo richard (@Malo_Ricetank) a écrit sur Twitter le 22 février 2012 :

    bon­jour @olivez je viens de lire votre article http://t.co/VyXL0hnu vous par­lez des 24h, ils sont orga­nisé par #Novan­cia ex #Advancia

  • [5] - Olivier Ezratty (@olivez) a écrit sur Twitter le 22 février 2012 :

    OK, je pré­cise cela dans màj. RT @Malo_Ricetank: http://t.co/1pr5hlwo vous par­lez des 24h, ils sont orga­nisé par #Novan­cia ex #Advancia

  • [6] - Michel Nizon a écrit le 23 février 2012 :

    Comme l’avait dénoncé il y a plu­sieurs années déjà Steve Job il y a trop de conser­va­tisme et de défense d’intérêts par­ti­cu­liers pour que les chan­ge­ments néces­saire viennent de l’intérieur des ins­ti­tu­tions éducatives.

    Je pense que ces chan­ge­ments néces­saire vien­dront des entre­pre­neurs eux mêmes avec des modèles dis­rup­tifs comme celui de Niel dans la télé­pho­nie Mobile.

    Acteur nous même du sec­teur du e-learning, nous avons décidé fin 2011 d’introduire un véri­table modèle dis­rup­tif en divi­sant par 100, le prix d’une for­ma­tion à l’anglais par rap­port aux pra­tiques des autres acteurs du e-learning et de la for­ma­tion.
    L’objectif est de véri­ta­ble­ment démo­cra­ti­ser la for­ma­tion en répon­dant à la demande de mil­lions d’élèves à tra­vers le monde.
    C’est un modèle qui fait sens sur le plan écono­mique (il y a 500 mil­lions de clients poten­tiels sur notre mar­ché) tout en ren­dant la for­ma­tion acces­sible au plus grand nombre.

    Les poli­tiquent peuvent encou­ra­ger la créa­tion de start up inno­vantes dans le sec­teur de l’éducation en obli­geant le minis­tère de l’éducation à ouvrir ses achats à de nou­veaux acteurs sans aucun favo­ri­tisme et clien­té­lisme comme c’est mal­heu­reu­se­ment le cas aujourd’hui en France.

  • [7] - Benjamin Richard (@Lobz) a écrit sur Twitter le 25 février 2012 :

    Les cli­vages de la pré­si­den­tielle sur le numé­rique 3 http://t.co/U83Pvd70 #etudes #mas­ter #web




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Avec Marie-Anne Magnac, j'ai lancé #QFDN, l'exposition photo des femmes du numérique. Installée depuis le 16 octobre 2012 à l'espace Soleilles Cowork de Paris, elle a aussi été présentée et sera présentée dans différentes manifestations. Et je continue régulièrement à enrichir les 200 portraits initiaux de l'opération !
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Cocktail Orange France lors de la Conférence LeWeb 2012 le 8 décembre 2012. Conférence annuelle des anciennes de l'ESCP organisée au siège du MEDEF le 17 janvier 2013. Conférence La journée de la femme Digitale organisée par Catherine Barba et Delphine Rémy-Boutang le 8 mars 2013. Conférence Osons la France le 5 avril 2013, à l’Espace Cardin. MipTV au Palais des Festivals de Cannes des 8 au 11 avril 2013. Au Web2Day, organisé à Nantes les 16 et 17 mai 2013. A Futur en Seine, organisé en Ile de France par le pôle de compétitivité Cap Digital, dans le cadre du Village des Innovations au 104 à Paris, du 13 au 16 juin 2013. Dans la conférence USIevents, organisée par la SSII Octo et destinée aux DSI, les 24 et 25 juin 2013 au Palais Brongniard.

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Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays : Chine (2010) à Shanghai et Beijing Corée du Sud (2009) à Séoul Israël (2010) à Tel Aviv Japon (2009) à Tokyo Japon (2011) au CEATEC de Tokyo Japon (2012) au CEATEC de Tokyo Silicon Valley (2007) Silicon Valley (2011)